disclaimer : les personnages de la série sont la propriété exclusive de warner bros et fox production. les personnages des séries de référence ne m'appartiennent pas.
classement : PG 18 +
type de fanfiction : crossover entre scarecrow et mrs king et charlie's angels
saison : après la saison 2 mais sans rattachement à la saison 3
résumé : un projet qui tourne mal (ou pas), aide du passé, attention : scènes de sexe, violence...
I.F.F. : Institut Fédéral du Film
Adresse : quelque part au cœur de Washington
Activité : production de films documentaires
Nombre de salariés : inconnu
Nom du président directeur général : inconnu
Organigramme : inconnu.
Si la fin des années 80 laisse entrevoir la chute imminente du bloc soviétique, la guerre froide fait encore des ravages autant dans le bloc de l'est que dans le bloc de l'ouest. L'espionnage, le contre-espionnage, les infiltrations, les agents doubles, les agents triples, les trahisons… Tel est le quotidien des espions de la plus grande agence de services secrets des Etats Unis travaillant sous couvert de l'I.F.F.
Un bâtiment typique des bâtiments américains de la capitale : neutre, invisible, insoupçonnable, dans lequel se dissimule en sous-sol une énorme organisation s'étalant sur plusieurs étages.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrent sur un immense couloir blanc immaculé.
Les lumières artificielles des néons accentuent encore la pureté des murs et des sols.
Les gens circulent calmement dans tous les sens, certains discutant en groupe, d'autres tenant des dossiers, d'autres encore lisent en marchant. Les hommes portent tous des costumes sombres : noir, bleu ou gris. La couleur blanche ou claire de leurs chemises tranche avec leurs cravates sombres. Les femmes quant à elles, portent des tenues sobres : tailleurs jupes ou pantalons de couleur plus variée. A l'image de leurs homologues, leurs chemisiers sont de couleur claire pour la plupart. Le bruit des talons résonne sans cesse dans le couloir.
L'homme sort de l'ascenseur et prend immédiatement vers la gauche. Le corridor semble interminable, impossible d'en voir le bout. Il ne prête aucune attention aux personnes qui l'entourent. Il avance d'un pas déterminé. Agé d'une quarantaine d'années, assez grand et bien bâti, ses cheveux bruns commencent à laisser paraitre quelques signes sur son âge.
C'est un homme séduisant sans pour autant être attirant. Ses sourcils froncés et son visage fermé affichent une certaine détermination.
Il passe devant une énorme devanture lumineuse accrochée au mur. Sur fond bleu, on peut voir un insigne noir contourné par les lettres « S.I.C.E. ». Il passe la double porte vitrée se trouvant en face de l'enseigne. Au-dessus de ces portes, on pouvait lire : « Service Infiltration et Contre-Espionnage ».
Il arrive dans une grande salle dans laquelle se trouvent plusieurs bureaux. Elle contraste avec le couloir immaculé. Son sol bleu sombre et les bureaux en bois permettent de mieux évaluer l'espace de la pièce.
Sur la droite de l'entrée, un jeune homme se tient debout derrière une chaise sur laquelle est assise une jeune femme. Tenant une tasse de café à la main, il est concentré sur l'écran et suit des yeux le doigt de sa collègue glissant sur l'écran.
-« hey ! Salut Bob ! » S'exclame-t-il en levant la tête.
Ne daignant même pas lui accorder un regard, Bob continue d'avancer d'un pas décidé vers la porte qui se trouve au fond de la pièce.
Il pose sa tasse sur le bureau, laissant la jeune femme seule devant l'ordinateur.
-« Hey Bob ! » insiste le jeune homme, poursuivant son ami.
-« Dis-moi, qu'est-ce que tu fais là ? Tu viens voir le chef ? J'ai entendu dire que la mission avait échouée. C'est pas de ta faute tu sais, ça arrive aux meilleurs. Tu as besoin de quelque chose ? Tu sais, si tu as besoin d'une couverture, je suis disponible en ce moment et…. »
Il se tait quand qu'il voit l'agent porter sa main sur son flanc droit, saisissant l'arme de poing accrochée à sa ceinture.
-« Bob, ça ne va pas ? Parles moi ! » Insiste le jeune homme, tentant de le résonner.
Arme à la main, Bob tire sur la culasse, engageant une cartouche, et continue sans mot dire son chemin vers cette porte.
Celle-ci s'ouvre, laissant apparaitre un homme âgé et en surpoids. Il passe sa main sur son crâne chauve sur lequel résistent encore quelques cheveux épars puis, cherche dans sa poche une boite jaune dans laquelle se trouvent ses médicaments. Ses sourcils blancs et les rides de son visage n'arrivent plus à dissimuler l'usure des années qu'on peut lire dans son regard fatigué. Il souffle en sortant, puis s'adresse fermement à la femme qui lui emboite le pas.
-« non Jane ! Je refuse ! Il est hors de question que mes agents choisissent les dossiers qu'ils veulent traiter ! Je suis le chef de ce service, c'est à moi de dire si un dossier est prioritaire ou non ! Dites bien à l'agent en place qu'il a 24 heures pour ramener ses fesses au bureau ! » Râle-t-il alors qu'il arrive face à Bob.
-« Ariman ? Tu viens faire ton rapport ? J'espère que tu as une bonne explication pour justifier l'échec de… » Interroge-t-il alors que l'homme lève le bras armé dans sa direction.
Médusé, le chef de service reste tétanisé face à la scène qui se déroule. Relevant la tête de son dossier, la secrétaire se met à crier en voyant l'agent pointer le canon vers son patron.
Sans réfléchir, le jeune homme qui le suivait toujours, lui attrape le bras, l'obligeant à le lever vers le plafond. Le coup de feu part dans un bruit infernal.
Tous les agents présents dans la salle se figent avant de venir prêter main forte au jeune homme qui tentait maintenant d'immobiliser l'agresseur.
Désarmé et plaqué au sol par ses collègues, Bob se met à crier de douleur. Empoignant sa tête violemment, il se tord de douleur avant de s'effondrer, mort.
-« s'il te plait Billy » Supplie Lee tandis qu'il traverse la salle des opérations clandestines en tentant de suivre son patron, en évitant meubles et collègues.
Agé de seulement trente-cinq ans, Lee Stetson, nom de code : SCARECROW, a su imposer son style pour devenir l'un des meilleurs agents secrets du service des opérations clandestines. Grand et bien charpenté, il connait son fort pouvoir de séduction sur la gente féminine. Ses cheveux châtains toujours impeccablement coiffés et ses yeux noisette les font toutes fondre. Ses lèvres bien dessinées et sa mâchoire carrée sont un appel à l'amour. Il porte une attention toute particulière à son physique : rasé de près, et toujours bien habillé. Il apporte un soin particulier au choix de ses costumes. Ils doivent être taillés sur mesure. Qu'importe le prix, célibataire endurci, il ne doit de compte à personne. Mais il tient à ce qu'ils mettent sa silhouette bien faite en valeur.
-« Billy ! Tu ne vas pas me faire ça ! » Insiste Lee tandis que l'homme poursuit son chemin vers son bureau, le sourire aux lèvres.
Billy Melrose est un homme afro-américain bedonnant d'une cinquantaine d'années. Il est l'un des plus jeunes agents à avoir été promu au rang de chef de service. Les années ne l'ont pas épargné. Comme il l'aime à le dire, ce boulot lui a fait perdre ses cheveux. Marié, il passe pourtant le plus clair de son temps au bureau. Très humain, il prend soin des personnels qui sont sous ses ordres. Il préfère l'échec d'une mission à la perte d'un de ses hommes.
Il entre suivi de près par Lee.
-« Ferme la porte » lui enjoint-il alors qu'il fait le tour de son bureau pour s'assoir.
-« Billy, je peux faire cette mission tout seul ! Elle est simple et sans risque. » Argumente le jeune homme en s'appuyant sur le bureau.
-« Lee, tu ne peux pas aller là-bas tout seul ! Tu aurais l'air de quoi ? Tu te ferais repérer en quelques secondes. Et depuis quand tu sais te servir d'un ordinateur ?»
-« D'accord, alors…. » Réfléchit-il, « Francine ! »
-« Bizarrement, Francine ne veut plus partir en mission avec toi depuis Kaboul. D'ailleurs, j'aimerai avoir des explications à ce sujet.»
-« Il n'y a rien à dire », grommelle Lee, gêné.
-« Sarah ? » continue-t-il.
-« Afghanistan »
-« Loïs »
-« Cuba »
-« Ne me dis pas qu'il n'y a plus aucun agent féminin de disponible ! » râle Lee en montrant la pièce d'à côté.
-« Je ne te le dis pas. » S'amuse Billy, tout en se plongeant dans un dossier.
-« Maggie du service comptable ! »
Billy relève la tête, surpris.
-« Non, pas Maggie » s'excuse Lee. Cette femme a un cœur de pierre. Elle est froide et même pas attirante. Chaque fois qu'elle le voit, elle le gronde comme un enfant, et son sourire ravageur ne fait qu'attiser sa colère.
-« Billy… » Recommence Lee.
-« Je n'ai qu'elle à te proposer. En plus, elle a toutes les compétences requises pour cette mission. » Le coupe le chef de service.
-« Compétences ? Mais quelles compétences ? C'est une femme au foyer affublée de deux enfants qui vit chez sa mère ! Elle n'a même pas de formation d'agent d'ailleurs : elle n'est même pas agent ! C'est une civile ! »
-« Peut-être mais elle sait parfaitement se servir d'un ordinateur et se fondre dans la masse. Elle est intelligente, perspicace, réfléchie et, en plus, elle est tout à fait séduisante. »
-« Séduisante ? Séduisante…. » Réfléchit Lee.
-« Elle se met toujours dans des situations inextricables, à croire qu'elle le fait exprès ! » tente cette fois l'agent.
Billy lâche son dossier et fixe Lee dans les yeux.
-« Ecoute, soit tu fais la mission avec elle soit, je mets Fedman sur l'affaire. »
-« Fedman ? Avec Amanda ? Non mais ça ne va pas ! Il est incompétent ! Il va tout faire foirer ! Il va la faire tuer ! » S'exclame-t-il.
-« Il m'a déjà fait savoir qu'il était volontaire pour cette mission surtout, s'il s'agit de travailler avec Amanda. » Billy fait une pause, souriant « En plus, il est aussi fort séduisant ! Je suis sûr qu'Amanda sera ravie de travailler avec lui. »
-« Ok, d'accord… Tu as gagné. Je prends Amanda mais j'aimerai qu'il soit noté ….. »
-« …Ton sacrifice pour la nation. Les Etats Unis te seront éternellement reconnaissants. » Finit Billy victorieux, en regardant son agent franchir la porte d'un air agacé.
Deux ans.. Cela fait presque deux ans que Lee a ramené Amanda à l'agence. Deux ans que Billy le regarde évoluer auprès de cette femme. Que Scarecrow le veuille ou non, sa présence lui est bénéfique. Il devient meilleur de jour en jour. Billy le sait : le hasard a bien fait les choses : les deux font la paire.
Alors qu'il se dirige vers son bureau, l'agent se fait interpelé :
-« Lee, bonjour ! » s'exclame une voix douce et enjouée.
Comme tous les jours, Amanda arrive les bras chargés de gâteaux faits maison. Un régal pour tout le service qui attend impatiemment son arrivée.
-« Bonjour Amanda ! » lance un agent passant derrière elle, saisissant une part au passage.
-« Bonjour ! » Lui lance-t-elle tout sourire.
Lee se laisse tomber sur sa chaise. Il s'étire en passant ses mains dans les cheveux.
-« Bonjour », retente la jeune femme.
Il la regarde enfin : Amanda King. Grande et très élancée, ses cheveux noirs et lisses font ressortir les traits fins et délicats de son visage. Son teint pâle accentue le noir ébène de ses yeux. Sa taille est si fine qu'on peut presque en faire le tour à deux mains. Ce qu'elle a changé depuis cette rencontre fortuite sur le quai de la gare de Washington. Et dire qu'il avait interpelé cette inconnue pour qu'elle remette un paquet à l'homme au chapeau rouge. Un paquet… un simple paquet… Tellement motivée à intégrer l'agence qu'elle avait totalement changé son style vestimentaire. De pulls colorés et mal apprêtés aux jupes mi- longues en passant par les manteaux bas prix, elle était passée aux chemisiers cintrés et pantalons en polyester noirs boot cut. Elle est passée de banale voire, invisible à élégante et séduisante. Le regard de Lee se pose sur son raz de cou agrémenté d'une petite pierre brillante. Chacun de ses mouvements, chacune de ses respirations fait bouger cette petite pierre qui laisse deviner la délicatesse de sa peau et la finesse de ce corps.
Il se ressaisit et se lève de sa chaise pour venir à sa rencontre. Il la prend doucement par le bras et l'invite à le suivre vers la sortie.
-« Amanda, soyez prête à 19h, je passerai chez vous et…. »
Comprenant son intention, elle fait un tour complet sur elle-même et se plante devant lui, l'assiette de gâteaux toujours à la main.
-«Les gens bien éduqués et polis commencent par dire bonjour », lance-t-elle.
-« Oui, c'est vrai : bonjour Amanda », rectifie-t-il.
-« Comment allez-vous ce matin ? Avez-vous bien dormi ? Le temps est magnifique n'est-ce pas ? » Continue-t-il sur un ton moqueur.
-« Oui bon, ça va, n'en faites pas trop non plus ».
-« Je peux reprendre ? »
-« Non » répond-elle lui rendant son sourire, le plantant là, abasourdi.
-« Monsieur Melrose m'a appelé ce matin, j'ai rendez-vous avec lui ». Continue-t-elle en se dirigeant vers le bureau du chef de service.
Lee regarde autour de lui. Le temps semble s'être arrêté, les yeux des hommes sont rivés sur la jeune femme.
-« Ça va ? On ne vous dérange pas trop ? Vous n'avez pas de travail à faire ? » S'énerve-t-il.
Honteux, voilà tous les agents qui se replongent derrière leurs écrans, reprenant énergiquement les cliquetis des claviers.
Amanda se retourne et regarde la scène. Elle refait face à la porte du chef de service pour masquer un sourire. Ça l'amusait toujours de voir la jalousie de son coéquipier, même si le plus souvent, il s'époumonait à crier qu'il n'a pas de partenaire. « Vous êtes une civile dont se sert l'agence pour certaines missions non dangereuses » la définissait-il.
Il la rattrape et l'invite à nouveau à faire demi-tour.
-«Je sors de son bureau, il nous a assigné une mission. Donc, comme je le disais : soyez prête à 19h, je passe vous prendre chez vous. »
Alors qu'ils se dirigent vers la sortie, Amanda s'arrête de nouveau.
-« Et puis-je savoir où nous allons ? »
-«En Pologne » répond l'agent, riant déjà à la réaction que va susciter sa réponse.
-« En Pologne ? » S'exclame-t-elle.
« Ah mais non ! Je ne peux pas partir en Pologne ! Je n'ai pas prévenu ma mère et les enfants ont un match très important demain. Non, je ne peux pas partir comme ça ! Je ne sais même pas si mon passeport est à jour ! Il faudra que je vérifie. Non, je dois voir Monsieur Melrose. L'école se termine dans un mois. Je ne peux pas partir avant la fin de l'année ! Ensuite, les enfants partent chez leur père pour les vacances d'été, je serai plus disponible mais là, non, je ne peux vraiment pas. Je l'ai pourtant dit à Monsieur Melrose, je… » Continue-t-elle alors qu'elle se dirige à nouveau vers le bureau du chef de service.
Satisfait du résultat obtenu, Lee la rattrape par le bras, saisit l'assiette qu'elle tenait toujours, prend une part avant de la poser sur le bar du coin café.
-« Nous sommes invités au cocktail de l'ambassadeur de Pologne, ici : à Washington. » s'amuse-t-il alors qu'il l'accompagne jusqu'à l'ascenseur.
-« Ooh ! » lâche-t-elle soulagée.
-« Mais pourquoi allons-nous à l'ambassade de Pologne ? » continue-t-elle.
-« Parce que nous avons une mission »
-« Quelle mission ? »
Sans répondre, Lee la poussa doucement dans l'ascenseur.
-« Lee ! Quelle mission ? » Répète-t-elle alors que les portes se ferment.
-« 19h ! » rappelle-t-il « et en tenue de rigueur ! » finit-il en riant.
-« Ma chérie, tu es particulièrement en beauté ce soir » souligne Dotty.
-« Merci maman » souffle Amanda en descendant l'escalier qui mène à la cuisine, essayant d'accrocher sa boucle d'oreilles.
Dorothy, la mère d'Amanda, est une femme sans âge. Les années semblent glisser sur elle sans laisser la moindre trace.. Blonde, aux cheveux courts, elle dégage un certain charme. Les ongles toujours soignés, elle prend grand soin de son apparence. Très proche de sa fille, il lui était apparu évident de l'accueillir sous son toit avec ses petits-enfants au moment du divorce d'avec Jo. Elle regrettait toujours cet échec. Jo était gentil et attentionné mais tellement accaparé par son travail qu'il avait anéanti leur mariage. Depuis, elle souffrait de voir sa fille toujours célibataire, ne voulant s'engager auprès de personne, faisant passer ses enfants avant son bonheur. Elle avait cependant noté un bouleversement récent dans sa vie depuis qu'elle avait réussi à décrocher ce nouvel emploi. Qu'y faisait-elle ? Dotty l'ignorait mais elle sentait sa fille plus enjouée, plus motivée, enfin impliquée dans autre chose que la vie de ses enfants. Ses transformations vestimentaires, son investissement au travail, ses cachoteries, Dotty sentait la présence d'un homme dans cette histoire même si Amanda ne lui disait jamais rien.
-« Maman, tu peux m'aider ? » demande la fille en présentant son dos afin que Dotty l'aide à accrocher son pendentif.
-« un dos nu ? » remarque la mère, «Mais où vas-tu habillée ainsi ? Je sais qu'on est en été mais tu n'as pas peur d'attraper froid ? »
-« Monsieur Stetson m'emmène à une réception à l'ambassade de Pologne », se contente d'expliquer Amanda.
Elle s'arrête un instant et regarde sa robe. Très près du corps, elle est longue et noire et ne tient qu'à l'aide de très fines bretelles. Le lâche décolleté laisserait libre court à l'imagination des hommes. La fente remontant à mi-cuisse met en valeur ses longues jambes fines. Elle a opté pour des chaussures noires à talons qui se ferment à l'aide d'un lacet qu'on enroule autour de la cheville.
-« c'est trop ? » S'inquiète Amanda.
Sans attendre la réponse, elle continue :
« Oui, c'est trop. Qu'est-ce qu'on va penser ? Non, il faut que je me change ! Je vais trouver quelque chose de plus conventionnel. »
Dotty l'attrape :
-« Non ma fille. Tu es superbe. Juste une petite chose cependant…. »
-« Quoi ? »
-« Tes cheveux. Relève tes cheveux. » Invite Dotty en mêlant le geste à la parole.
-« Comme ça, oui. » Admire-t-elle alors qu'Amanda se met une pince à chignon.
-« Comme ça, ça va ? » insiste Amanda en tournant sur elle-même.
Quelques mèches rebelles entourent son visage.
-« Tu es magnifique. » Sourit Dotty, heureuse de voir sa fille si élégante et si séduisante.
Amanda regarde l'heure : 19h03. Elle est en retard. Lee doit l'attendre devant la maison.
-« Je file, ne m'attend pas. Les garçons : vous aidez votre grand-mère et pas de télé ce soir ! » Ordonne-t-elle en saisissant son boléro et son petit sac à bandoulière.
Elle embrasse les deux têtes blondes et court vers la porte d'entrée.
-« A l'ambassade de Pologne » reprend Dotty, pensive.
Lee attend, adossé à sa corvette. Il ne cache pas son impatience, en regardant sa montre.
Amanda se dirige vers lui. Elle remarque sa tenue très élégante : un costume noir affublé d'une chemise blanche relevée d'un nœud papillon droit. Dieu qu'elle aime le voir dans cette tenue : charmeur, séduisant, oserait-elle le penser : sexy.
-« Je suis désolée, je suis en retard mais maman prépare le diner pour les garçons et je voulais…. »
Elle remarque le regard insistant que Lee pose sur elle. Elle s'inquiète et inspecte sa tenue.
-«Quelque chose ne va pas ? »
-« Heu, non, rien. C'est parfait. » Dit-il en secouant la tête.
-« Allez, on y va, on va être en retard. » Se fâche-t-il ouvrant la portière passager pour l'aider à s'installer.
Après quelques minutes dans un silence absolu, Amanda se décide à poser la question :
-« Alors ? »
-« Alors quoi ? »
-« Quelle est la mission ? »
Lee prend une inspiration.
-« Nous allons au diner de l'ambassadeur de Pologne pour essayer de soutirer les informations confidentielles qu'il cache dans son ordinateur personnel. »
-« Quelles informations ? »
-«Pardon ? »
-« Oui : quelles informations ? »
-« Nos sources ont révélé récemment que nos chers amis les russes seraient en train de mettre en point un virus. Il semblerait que notre hôte soit à la tête de ce projet et soit donc en possession de toutes les informations. C'est pourquoi nous nous rendons à sa réception ce soir. » Explique-t-il en lui tendant une disquette.
-« un virus ? »
-« Oui, un virus. Ils n'en sont qu'à la phase de recherche mais nous devons absolument en savoir plus. »
-« Oh…. A quoi ce virus est-il censé servir ? »
-« quoi ? »
-« L'agence pense qu'il est dangereux ? » reformule-t-elle.
-« on n'en sait rien, Amanda. C'est à ça que servent nos sources : à nous apprendre des choses qu'on ne sait pas. C'est pour ça qu'on va voler ces données et les faire analyser par nos scientifiques. »
-« Oh. »
-« vous comprenez ? »
-« Oui… enfin je crois. »
Un moment de silence s'installe encore.
-« …. Mais du coup, je fais quoi moi, dans cette histoire ? »
-« Vous ? Vous me servirez de couverture et vous vous introduirez dans l'ordinateur pour en faire une copie. » Lui répond Lee en lui tendant une disquette.
-« Une copie, d'accord. Mais c'est quoi notre couverture ? »
-« Je suis le directeur du service du film économique et animalier chez IFF et vous êtes ma secrétaire. »
-« Votre secrétaire ? » insiste Amanda.
-« Oui, ma secrétaire. Ça vous pose un problème ? »
-« Non, non….. »
Sentant qu'elle cachait quelque chose, Lee insiste :
-« Quoi ? »
-« Non, rien. »
-« Quoi ? »
-« Et bien voilà. »
Et c'est parti, soupire Lee.
-« Je trouve que je ne suis pas habillée pour jouer les secrétaires voyez-vous. »
-« Comment ça : pas habillée ? Vous êtes très bien ! » Lance-t-il agacé.
-« Et bien, personne ne pourra croire que je suis votre secrétaire, habillée comme ça ? »
-« Et vous pensiez à quoi ? »
-« Et bien d'habitude….. » hésite-t-elle.
-« D'habitude quoi ? » Insiste-t-il.
-« D'habitude, vous me demander d'être votre femme ! »
Amusé par le double sens de la remarque, Lee la regarde. Se rendant compte de son lapsus, elle rectifie, gênée :
-« Vous me demandez de jouer le rôle de votre femme. »
-« Et bien ce soir, vous êtes ma secrétaire particulière, ça vous dérange ? » précise-t-il, un sourire au coin des lèvres.
-« non, c'est très bien. » Conclut-elle, déçue.
Il est vrai qu'au cours de leurs nombreuses missions, Lee avait souvent dû jouer de subterfuges avec Amanda pour qu'elle accepte de jouer le rôle de l'épouse. L'idée du mariage, même fictif, la faisait fuir.
-« Mais je pense vraiment que ma tenue n'est pas adaptée pour le rôle. »
-« Amanda ! » s'énerve Lee, « vous êtes absolument sublime !» Lâche-t-il sans réfléchir.
Amanda le fixe, assommée par le compliment de son partenaire. Ils étaient tellement rares qu'ils méritaient d'être soulignés.
-« Amanda » balbutie-t-il, «votre tenue est parfaite, d'accord ? »
-« D'accord » arrive-t-elle à marmonner.
Ils arrivent enfin devant l'ambassade de Pologne. Ils se mettent dans la file de voitures qui emmène jusqu'au porche.
Le bâtiment est énorme. Les éclairages illuminent les colonnes qui tapissent la façade. A l'étage, on peut distinguer un balcon aussi long que la demeure sur lesquels sont accrochés des drapeaux rouges avec le marteau et l'enclume qui s'entrecroisent.
Les jardins semblent aussi magnifiquement bien entretenus. Des spots éclairent les fontaines et les arbustes limitent les zones de grands espaces de verdure parsemés d'arbres.
Arrivés devant le porche, un homme se dirige vers la portière conducteur et invite Lee à sortir de sa voiture. A son tour, il fait le tour et ouvre la portière d'Amanda à qui il tend la main pour l'aider à sortir. Bras dessus, bras dessous, ils se dirigent vers l'entrée de la bâtisse :
-« Bonsoir : Monsieur Stedman et Mademoiselle Kein pour IFF. » Annonce Lee alors que le portier regarde sa liste.
-« Bonsoir monsieur… Oui, monsieur l'ambassadeur vous attend. Bonne soirée monsieur. »
Le portier regarde le couple s'avancer… enfin, ses yeux dévorent surtout Amanda, ce qui ne passe pas inaperçu auprès de Lee qui lui lance un regard foudroyant en retour. Gêné, le jeune homme retourne vers les invités suivants.
Passés le corridor, la vue qui s'offre aux convives est vertigineuse. Un énorme lustre trône au milieu du très haut plafond orné de peintures. Sur les murs, sont accrochées des tentures or pointées de rouge descendant jusqu'au sol, entrecoupés par d'immenses portes fenêtres donnant sur les jardins. Sur le sol, sont posés des carrelages brillants, couleur ocre, sur lesquels se reflètent les innombrables appliques murales. Des tables rondes recouvertes de nappes blanches immaculées, sont disposées ça et là. Autour de chacune, sont disposées quatre chaises noires. Ne négligeant aucun détail, l'hôte de la soirée a fait venir, pour l'occasion, de la vaisselle directement de Russie. Les verres transparents comme du cristal, des assiettes blanches ornées de rouge et les couverts couleur argent viennent parfaire le portrait idyllique que souhaitait imposer l'ambassadeur. Inconcevable pour lui de laisser paraitre la moindre faille dans le système idéal du communisme imposé par la mère patrie. Malgré un nombre important de personnes, la salle semble vide. Amanda ne sait plus où donner de la tête devant tant de merveilles.
-« Voici le joyau qui manquait à mon humble demeure. Ainsi, la soirée sera parfaite. » Sourit un homme à l'accent fort prononcé, en baisant la main d'Amanda.
D'âge mûr, il dégage cependant une très grande prestance. Grand, athlétique, les cheveux poivre et sel, l'homme semble charmant et surtout, charmeur.
-« Merci » balbutie Amanda, perturbée par son regard profond.
-« Excusez mon mari mademoiselle. Il se sent toujours obligé de charmer les jolies femmes. » Réplique une dame d'un âge avancé arrivant derrière lui.
Encore fine, et le visage lisse malgré ses cheveux gris, l'épouse est superbe. Vêtue d'une robe rouge qui lui tombe sur les pieds, une fente laissant apparaitre ses genoux, elle est d'une élégance et d'une grâce qu'Amanda lui envie.
-« Tu n'intéresses plus personne vieux bougon, tu es trop vieux. Elle est bien mieux avec ce charmant jeune homme. » Continue-t-elle tendant doucement sa main vers Lee, jouant les séductrices.
-« Madame, Monsieur l'ambassadeur. » Salut Lee, en déposant un baiser sur la main de la femme.
-« Vous êtes là pour IFF, c'est bien cela ? » interroge l'ambassadeur.
-« Oui, monsieur »
L'ambassadeur saisit la main d'Amanda et la place à son bras.
Tandis que les deux couples déambulent dans la pièce, Scarecrow développe sa couverture.
-« Nous souhaiterions pouvoir nous rendre en Pologne pour faire un documentaire sur la gestion économique de l'élevage bovin de votre pays. »
-« Oui… sujet très vaste. Vous êtes donc venus quémander une autorisation de ma part pour vous rendre dans mon pays. » Répond l'homme en offrant une coupe de champagne à sa nouvelle conquête avant de se servir.
-« Tout à fait, monsieur l'ambassadeur. » Réplique Lee, se servant à son tour, laissant son regard trainer autour de lui.
-« Et vous charmante demoiselle ? Qu'êtes-vous venue chercher ? »
-« Je ne suis que la secrétaire, monsieur l'ambassadeur. Je ne fais qu'accompagner monsieur Stedman… mon patron. »
-« N'avez-vous pas honte de faire travailler une aussi charmante petite chose à cette heure-ci, monsieur Stedman ? »
-« Rassurez-vous monsieur l'ambassadeur, je la rémunère bien. » sourit Lee.
Amanda ne peut s'empêcher de le regarder, un sourcil levé en signe d'interrogation avant de retourner aux simagrées imposées par le protocole.
-« Je vois » lâche-t-il alors qu'un convive l'interpelle au loin.
-« Je vais devoir vous laisser un moment. » S'excuse-t-il en se tournant vers Amanda.
-« Je vous en prie monsieur l'ambassadeur. »
-« Amusez-vous bien en attendant. Je fais préparer les autorisations par mon camarade secrétaire. » Indique-t-il en direction de Lee.
-« Merci monsieur l'ambassadeur. »
Lee récupère le bras d'Amanda en regardant l'ambassadeur et son épouse se diriger vers un autre groupe.
-« Vous ne pouvez pas vous en empêcher. » Râle soudain le jeune homme.
-« Quoi ? » réplique Amanda, surprise.
-« Pourquoi faut-il qu'à chaque fois que je vous emmène quelque part, vous fassiez du charme aux hommes ? »
-« Quoi ? » répète-t-elle plus fort, cette fois en colère, tournant la tête vers son interlocuteur.
-« J'ai dit qu'il fallait qu'on reste discret. » continue-t-il à grommeler alors qu'il tirait son bras en direction du couloir.
-« Non, mais vous plaisantez ! C'est vous qui m'avez dit que ma tenue…. »
-« Il faut trouver son bureau. » la coupe-t-il alors qu'il regarde autour de lui.
Il repère plusieurs portes accessibles au couloir. Tandis qu'il réfléchit aux différentes possibilités, Amanda, toujours fâchée, lui fait face.
-« à l'étage. »
-« Quoi ? »
-« A l'étage. » insiste-t-elle alors qu'elle indique d'un coup de tête les deux militaires qui gardent les marches de l'escalier.
Elle fait semblant de rajuster son nœud papillon.
-« Si je devais garder des documents secrets, je ne les mettrai pas là où des invités peuvent tomber dessus. Je les mettrai en lieu sûr, bien gardé…. A l'étage. » Argumente-t-elle, les yeux rivés sur le nœud.
Evidemment qu'elle a raison, comme souvent. Evidemment qu'il se garde bien de le lui faire remarquer.
-« Il faut qu'on monte. »
Ben voyons ! pense-t-elle voyant toujours les deux molosses qui montaient la garde. Facile ! Ils ne sont que deux et armés jusqu'aux dents. Presque trop simple pour notre héros national.
Une cloche retentit invitant ainsi les convives à rejoindre leur place à table.
Lee accompagne Amanda, tire une chaise et, une main dans le creux de ses reins l'invite à prendre place avant de s'assoir à côté.
Un tintement se fait entendre. Debout devant l'assemblée, l'ambassadeur demande le silence en tapant doucement un couteau sur son verre.
Le calme posé, l'hôte commence son discours. Tandis qu'il parle, Lee se penche doucement vers Amanda.
-« Il faut qu'on trouve un moyen de monter à l'étage. » insiste-t-il.
Amanda réfléchit. Elle a bien une idée mais elle ne va certainement pas lui plaire. Tant pis, ce sera pour sa remarque tout à l'heure.
Les premiers mets commencent à circuler de table en table. Les serveurs arrivent avec les bouteilles de champagne. La présentation est magnifique, le service est impeccable, l'entrée est déjà prometteuse.
-« Il faut qu'on monte. » Râle-t-il.
-« J'avais compris les quinze premières fois. » rétorque-t-elle, fâchée alors qu'elle dégustait un toast recouvert de caviar.
Surpris, Lee observe sa partenaire.
-« Vous êtes fâchée ? » interroge-t-il.
-« Bien sûr que non voyons ! Pourquoi serais-je fâchée ? Après tout, je ne fais que « charmer » tous les hommes qu'on rencontre. »
-« moi, j'ai dit ça ? »
-« Oui »
-« C'était un compliment. » Tente-t-il devant sa mine renfrogné.
-« Vous appelez ça un compliment ? Vous m'avez traitée de femme…. Facile. » Rétorque Amanda en cherchant ses mots. Elle fait bien attention qu'aucune oreille indiscrète ne traine.
-« Vous ? Une femme facile ? Ah pardon, mais vous êtes tout sauf une femme facile. »
-« Qu'est-ce que ça veut dire ? »
-« Oh vous le savez, vous et votre morale ! Vous êtes plus proche de la bigote que de la femme facile. »
-« Parce que je suis une bigote maintenant ? »
Lee ne sait plus quoi répondre. Quoiqu'il dise, elle le prend mal. Il la regarde d'un air désespéré. La lumière de la salle, cette robe à damner un saint, ce visage si doux, ces yeux encore plus noirs que d'ordinaire…
-« Amanda, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Quoique soit, ça ne vous va pas. Vous n'êtes ni une femme facile ni une bigote, vous êtes si….. » Lee s'arrête. Les mots qui lui viennent à l'esprit ne peuvent être dits, ni même pensés d'ailleurs.
-« Si quoi ? » insiste Amanda.
-« Si compliquée. Ça va, ça ? »
-« Moi : compliquée ? Oh je vous en prie ! Je suis la personne la plus simple du monde ! J'ai une vie bien rangée, j'ai de bonnes manières moi ! Je ne suis pas comme vos ….. »
Le regard de Lee la coupe dans son élan.
-« Il est peut-être temps de réfléchir à la manière dont on va monter là-haut avant qu'on ne soit au dessert ! » rétorque-t-il alors que le plat de résistance arrive.
Un serveur s'approche de la table pour servir tandis qu'un autre se positionne entre le couple pour présenter la bouteille de vin rouge à Lee.
D'un hochement de tête, celui-ci l'autorise à servir. Alors qu'elle réajuste sa serviette sur ses genoux, Amanda donne un léger coup de coude au malheureux qui déverse la moitié de la bouteille sur la chemise immaculée de son partenaire.
Reculant brusquement sa chaise, ce dernier ne peut que constater les dégâts. Amanda se précipite sur lui pour essuyer la tâche avec sa serviette qu'elle humidifie dans un verre d'eau.
-« Mon Dieu ! Ça va tâcher ! » Lance-t-elle, évitant le regard courroucé du jeune homme.
-« Monsieur, je suis désolé, je suis maladroit. » se confond en excuses le serveur à l'accent très prononcé.
L'ambassadeur et son épouse s'approchent de la table pour évaluer la situation.
D'un air très contrarié, l'hôte lance un mot en russe ou polonais. Le serveur lui répond, penaud.
Amanda, toujours affairée à essayer de faire disparaitre la tâche, interrompt cet échange qui semble tout sauf cordial.
-« Monsieur l'ambassadeur, c'est ma faute, j'ai bousculé son bras remettant ma serviette. Je suis la seule fautive. Vous comprenez, je ne voulais pas tâcher ma robe, elle est toute neuve et… »
De plus en plus convaincu que son geste était volontaire, Lee repousse Amanda.
-« ne vous inquiétez pas monsieur Stedman, la tâche partira avec du vin blanc. » insiste-t-elle.
Ses remèdes de bonne femme ! pense-t-il.
-« nous n'allons pas laissé ce fâcheux incident vous empêcher de profiter de la fête. » lance l'ambassadeur.
D'un geste de la main, il appelle une serveuse qui se tenait non loin, un plateau à la main. Elle se débarrasse de son fardeau et rejoint le groupe.
-« J'ai ce qu'il faut dans mes appartements. Montez et choisissez ce qui vous plaira. » Invite-t-il.
De nouveau, il s'exprime dans une langue qu'Amanda n'arrive pas à identifier. Il semble donner des instructions. Sans mot dire, la jeune serveuse invite le couple à la suivre.
Alors qu'ils se lèvent, Amanda continue :
-« Merci beaucoup monsieur l'ambassadeur. Si vous saviez à quel point cette soirée est importante pour monsieur Stedman, il espérait tant vous rencontrer et vous exposer son projet. Vous savez, c'est un acharné du travail et… »
-« Mademoiselle Kein ! » hurle Lee.
-« Oui, monsieur Stedman, je vous suis. »
Les deux gardes surveillant l'accès aux escaliers s'écartent à l'arrivée de la serveuse. Amanda attrape sa robe afin de ne pas marcher dessus et commence à gravir les marches. Malgré sa colère, Lee lui prend le bras. Vu d'en bas, l'escalier ne paraissait pas si large et si beau. Chaque pilier de la rampe est finement sculpté, le bois massif est recouvert d'un tapis rouge indiquant le chemin à suivre. Arrivés sur le pallier, Amanda reste bouche bée devant tant de beauté.
-« c'est vraiment magnifique. Ça doit être compliqué à entretenir : les poussières, le ménage…. » Lance-t-elle à la serveuse qui se contente de sourire. Pas sûr qu'elle comprenne notre langue pense-t-elle alors qu'ils longent un immense corridor.
Toujours bras dessus, bras dessous, les deux acolytes suivent la serveuse jusqu'au bout du couloir. Elle se tourne vers eux et leur indique la porte de droite.
Ils entrent suivis de la domestique. Celle-ci se dirige vers une double porte dérobée qu'elle ouvre en grand. Elle s'écarte pour leur laisser la place. Arrivés devant le dressing, Amanda lève les yeux au plafond et descend doucement.
-« On pourrait y mettre la chambre des garçons ! » s'exclame-t-elle.
-« Amanda ! » se fâche Lee.
-« Quoi ? »
Sans mot dire, il donne un coup de tête vers la porte d'entrée.
Après un rapide coup d'œil, elle réitère :
-« Quoi ? »
-« La serveuse ? » chuchote-t-il.
-« Elle est sortie. » Dit-elle sur un ton nonchalant.
Il lève les yeux au ciel, désespéré tandis qu'Amanda a déjà le nez dans les chemises à la recherche de celle qu'il pourrait mettre. Elle en regarde plusieurs avant de se faire tirer le bras par Lee.
-« On n'est pas là pour préparer un défilé. Vous prenez la première qui vous vient et on va à la recherche de son ordinateur. » Rappelle-t-il.
-« il est sur le bureau près de la fenêtre. » Indique-t-elle.
Surpris, il passe la tête derrière la double porte et regarde de l'autre côté de la pièce. Un bureau se tient effectivement devant la fenêtre, non loin du lit.
-« mais comment… ? »
-« Jo : mon ex-mari, était un forcené du travail. Je vous ai dit que Jo était avocat. »
A l'évocation de ce nom, Lee grommelle une approbation.
-« Donc, comme je le disais : Jo était un acharné du travail. Il pouvait se réveiller en pleine nuit et reprendre un dossier parce qu'il avait pensé à quelque chose. Du coup, on avait installé un bureau dans notre chambre comme ça, il n'avait pas à traverser toute la maison au risque de réveiller tout le monde. » Explique-t-elle.
-« Amanda, on doit faire vite ou on ne va pas tarder à avoir de la visite. » grogne le jeune homme en tentant de la faire sortir du dressing.
Juste le temps d'attraper une chemise et la jeune femme s'installe devant l'ordinateur.
Tandis qu'elle pianote rapidement, elle sort la disquette de son petit sac et l'insère dans l'ordinateur. Tout à coup, son regard est attiré par ce qui se passe derrière l'ordinateur.
Lee enlève sa veste, son nœud papillon et sa chemise. Amanda ne peut détacher ses yeux de ce torse nu, imberbe et si bien dessiné. Alors qu'il commence à enfiler la chemise propre, il jette un coup d'œil vers l'ordinateur. Amanda reprend immédiatement le travail, se cachant derrière son écran. Flatté, l'homme esquisse un sourire, ajustant sa nouvelle tenue avant de commencer à la boutonner.
-« oh mon dieu ! » Lâche soudain la jeune femme.
Toujours débraillé, il la rejoint derrière l'écran.
-« Qu'est-ce qu'il y a ? » demande-t-il curieux.
-« c'est écrit en cyrillique. » constate Amanda, « je ne sais pas lire le cyrillique ! »
Il commence à parcourir l'écran et pointe un dossier.
-« celui-là. »
-« vous êtes sûr ? »
-« Amanda ! »
-« d'accord ! »
Elle commence la copie.
D'un coup, Lee entend du bruit dans le couloir. Discrètement, il entrouvre la porte et voit la serveuse et deux gardes arriver droit vers eux.
-« Amanda ! Il faut se dépêcher ! » Enjoint-il tout en continuant à surveiller la porte.
-« je ne peux pas aller plus vite ! »
-« Amanda ! »
-« Je fais ce que je peux ! »
Les soldats sont devant la porte. Lee n'a pas le temps de se rhabiller, il va falloir improviser.
Il se dirige vers Amanda. Alors que la copie se termine, elle a juste le temps de retirer la disquette, se lève pour partir quand il la prend fermement dans ses bras, la couche sur le lit et se jette sur elle.
Elle pousse un petit cri d'étonnement alors qu'il passe sa main derrière son cou et l'embrasse. D'abord tétanisée, elle comprend rapidement le plan et répond à son baiser. D'abord brutal, l'homme devient rapidement plus tendre. Leurs langues se rencontrent et commencent leur danse. Elle laisse ses mains se balader sous sa chemise, dessinant ses muscles saillants du bout des doigts. Il frissonne à son contact, tandis qu'il lui maintient toujours le cou, son autre main descend en caressant son bras pour aller explorer sa hanche et trouver la fente de sa robe pour découvrir sa cuisse. Sentant ses doigts remonter sa jambe, Amanda lui saisit le poignet afin de repousser cette main trop curieuse.
Les soldats sont arrivés derrière la porte, ils échangent quelques mots et commencent à appuyer sur la poignée.
Afin d'accentuer sa crédibilité, Lee fait glisser sa langue le long du cou d'Amanda jusqu'à arriver à cette pierre qui le fascine tant. Elle tourbillonne rapidement, au rythme de sa respiration.
Il se met à embrasser son épaule et remonte doucement jusqu'à son oreille, profitant de gouter chaque parcelle de cette peau sucrée et délicate dont il a si souvent essayé de deviner la saveur. Ses caresses langoureuses provoquent une décharge au creux des reins d'Amanda qui se cambre, dressant ainsi sa poitrine encore cachée. Ses ongles s'enfoncent dans le dos de son faux amant qui se voute, entrainant un coup de reins violent. Il ne peut réfréner un souffle de plaisir, chaud et bruyant au creux de son cou. Les yeux fermés, Amanda perd toute notion alors que les lèvres de Lee reviennent sur les siennes pour laisser à leurs langues le plaisir de reprendre leur balai incessant.
Un raclement de gorge vient ramener le couple à la réalité. Les deux soldats se tiennent dans l'embrasure de la porte accompagnés de l'ambassadeur. Cessant leur câlin improvisé, Lee se redresse, faignant une gêne profonde alors qu'il essayait de réajuster sa chemise. Chancelante, Amanda se lève à son tour, remettant sa robe en place.
-« Monsieur l'ambassadeur, je suis désolé » balbutie Lee « nous n'avions pas prévu… »
Sans se retourner, il fait un geste aux militaires leur indiquant de sortir.
-« Monsieur Stedman, je suis en droit de me sentir offusqué. Il s'agit de ma chambre à coucher tout de même. » L'ambassadeur semble vraiment en colère. Lee réfléchit : comment se sortir de cette situation.
Voyant le désarroi du jeune homme, le diplomate ne peut s'empêcher de sourire.
-« Ceci étant, sachez que je n'ai jamais cru à une simple relation professionnelle... » Finit-il.
Soulagé, il lui rend son sourire tandis qu'il finit de se rhabiller. Amanda ramasse son nœud papillon et le range dans son petit sac avant de sortir, honteuse.
Sur le chemin du retour, un silence pesant s'est installé. Son regard perdu, sa tête tournée vers le paysage, Amanda repense à ce qui s'est passé dans cette chambre, elle continue de ressentir ses mains parcourant son corps au-dessus de sa robe, ses lèvres embrassant son cou, sa langue dansant avec la sienne… elle ferme les yeux et passe sa main sur son cou.
-« Amanda… » Commence Lee, les yeux rivés sur la route.
Elle tourne la tête vers lui.
Elle reste silencieuse attendant la suite.
-« Je suis désolé pour ce qui s'est passé… la situation dans laquelle je vous ai mise…. »
-«Ce n'est pas grave. » Murmure-t-elle.
-« Amanda… Vous savez que je vous respecte et que jamais je ne…. »
-« C'est bon Lee. Vous n'aviez pas le choix… On se serait fait prendre. » Convient-elle en regardant la route.
-« Oui, c'est sûr…. »
Repensant à cette étreinte, il se met à sourire. Elle tourne de nouveau la tête vers lui.
-« Qu'est-ce qu'il y a ? »
-« Rien. »
-« Ben si, qu'est-ce qu'il y a ? »
-« Non, rien. »
-« Vous souriez…. Qu'est-ce qu'il y a ? »
-« Et dire que je vous ai comparé à une bigote… » Avoue-t-il en tentant de réprimer un rire.
-« Et vous trouvez ça drôle ? » s'offusque la jeune femme.
-« Vous avez été merveilleuse. »
Elle reste silencieuse, interloquée.
-« Je veux dire : vous avez été très professionnelle… »
-« Merci….. Enfin je crois. »
Le silence s'installe de nouveau dans l'habitacle.
-« Où est-elle ? » s'inquiète-t-il soudain.
-« Où est qui ? »
-« la disquette ! Où est la disquette ? »
-« Dans la poche arrière de votre pantalon. »
-« Dans…. Mais quand… ? »
-« Quand vous m'avez…. Enfin quand on était sur le lit. »
-« Ouah ! » Lâche-t-il impressionné.
Il se gare enfin devant la maison d'Amanda. La maison est blanche et simple. Elle ressemble à toutes les maisons de ce quartier résidentiel d'Arlington : on devine que les chambres sont à l'étage, la maison n'est pas grande mais semble confortable.
Il descend de la voiture pour lui ouvrir la portière.
-« Merci pour…..de m'avoir raccompagnée… » Dit-elle timidement alors qu'elle prend la direction de la maison.
Il ferme la portière, un sourire béat sur son visage.
Elle passe la porte silencieusement, enlevant ses chaussures pour ne réveiller personne.
Alors qu'elle s'apprête à monter dans sa chambre, elle entend un bruit venant du salon. Elle passe la tête pour regarder.
-« Tu as passé une bonne soirée ma chérie ? » demande Dotty alors qu'elle se lève du canapé sur lequel elle s'était endormie.
-« Maman, pourquoi n'es-tu pas au lit ? »
-« Tu as beau être majeure, tu restes ma fille. Et comme je ne connais pas ce Stetlor… »
-« Stetson, maman »
-« Comme je ne connais pas ce Stetson, je suis en droit de m'inquiéter. » dit-elle l'esprit encore embrumé, se dirigeant vers la cuisine.
-« Maman, tout va bien. Vas te coucher. » Souffle-t-elle avant de tenter un demi-tour.
Dotty lui tourne le dos, la tête dans le réfrigérateur.
-« Tu es toute décoiffée. »
-« Pardon ? »
-« Tu es toute décoiffée. Et qu'est-ce qu'il y a dans ton sac ? »
Dotty sort sa tête et pointe du doigt un morceau de tissu noir dépassant du sac de sa fille.
Sans réfléchir, Amanda tire dessus et en sort un nœud papillon.
-« Amanda ! » s'exclame Dotty, les yeux ronds.
Sentant pointé un interrogatoire interminable, Amanda tente une esquive.
-« Ce n'est rien maman, un accident de vin rouge sur une chemise blanche…Bonne nuit maman »
Elle laisse sa mère seule dans la cuisine, accoudée sur le plan de travail, un verre dans une main, la bouteille de lait dans l'autre.
« Un accident de vin rouge ? » s'interroge-t-elle remplissant son verre jusqu'à le faire déborder.
-« Oh zut ! C'est pas vrai ! » Ronchonne-t-elle saisissant un torchon posé là.
Seule dans le noir, allongée sur son lit, Amanda revit cette soirée. Bien sûr qu'elle le trouve attirant. Même plus qu'attirant. Ses cheveux, ses yeux, sa bouche, ses mains, son corps tout entier… tout est parfait chez lui. Mais elle est déterminée à ne pas tomber amoureuse. Elle ne voulait pas faire partie de son tableau de chasse car oui, elle en est convaincue, pour l'avoir vu agir depuis presque deux ans : Lee Stetson considère les femmes comme des proies. Il aime les femmes mais il tient plus encore à sa liberté. Elle aime ce boulot à l'agence, elle aime travailler avec lui, elle l'aime… elle secoue la tête : Non ! Elle n'en a pas le droit ! Elle ne veut pas prendre le risque de tout perdre pour une histoire qu'elle sait sans lendemain. Et puis, de toute façon, elle le sait : il préfère un autre type de femme. En fait, il préfère tous les types de femmes qui ne lui ressemblent pas.
Éreinté, Lee arrive au bureau. Il n'a même pas pris le temps de se changer.
-« Alors ? » interroge Billy qui se tient au comptoir à l'espace café.
Se retournant à peine, Lee va jusqu'à sa chaise pour s'affaler.
-« Alors…. Mission réussie. » Annonce-t-il en sortant la disquette de sa poche.
-« C'était animé. » devine Billy, un sourire aux lèvres, saisissant l'objet tant convoité.
-« On a eu chaud. » répond-il négligemment.
-« Je vois ça. » Constate le chef de service, affichant clairement ses dents blanches.
Lee suit la direction de son regard et note du rouge à lèvres imprimé sur le col de sa chemise.
Tentant frénétiquement d'enlever la tâche, il balbutie :
-« Ce n'est pas ce que tu crois. »
-« Bien sûr que non. »
Amusé, Billy lui indique le cou de son doigt. Gêné, il frotte énergiquement le creux de son cou.
Le chef de service se dirige alors vers son bureau.
-« Billy, ne vas pas t'imaginer.. ! On a dû improviser ! Ils se rapprochaient, ils allaient nous démasquer ! » Se justifie-t-il en courant après son chef.
-« Bien sûr, je comprends. » répond-il, faignant la conviction.
-« Tu n'y étais pas… »
-« J'aurai bien voulu ! »
-« Très malin. En attendant, l'agence me doit une chemise à 200 dollars. » Crie-t-il alors que Billy referme la porte de son bureau.
La mission est terminée. Lee rentre chez lui.
Il passe le pas de sa porte ouvrant sur son salon. Du moins, ce qui devait être à l'origine un salon. Il évite les tas de linge et de magasines jonchant le sol pour s'écrouler dans son canapé. Il a pourtant une chambre mais son lit ne le voit pas souvent. C'est d'ailleurs peut-être la seule pièce à peu près rangée.
Se soulevant péniblement, il saisit sous lui ce qui semble être…. Une chaussure. Où était l'autre ?
Peu importe, il rangera demain. Pour l'instant, il veut dormir.
Il tourne et se retourne, cherchant désespérément le sommeil qui ne vient pas. Quand il ferme ses yeux, il ne voit qu'elle, son cou, les yeux, ses lèvres, cette robe, il sent encore ses mains sur son dos, et cette pierre qui caresse sa peau si délicate… non Lee ! Ça va pas ! C'est une civile ! Une mère de famille respectable ! Et puis c'est Amanda ! Tu es totalement ridicule ! Elle a besoin de stabilité, de sécurité, rien de ce que tu peux lui offrir en somme.
Le matin, Francine arrive toujours la première. Cette jeune femme blonde, élancée, toujours habillée chiquement et maquillée à outrance. Elle en a coincé des hommes avec son charme. C'est un agent très doué, relayé au rang d'assistante pour une faute qu'elle a commise il y a presque deux ans. Elle ne porte pas Amanda dans son cœur. C'est elle qui a découvert sa trahison involontaire, c'est elle qui a pris sa place auprès de Lee. C'est peut-être elle aussi qui fera que Lee se perdra un jour… pour elle. Alors qu'elle prépare le café pour le service, elle entend grommeler derrière elle. Elle se retourne et quelle surprise !
-« Lee, tu es tombé du lit ce matin ? »dit-elle sur un ton amusé en voyant son ami dans un état déplorable.
-« Commences pas Francine. Je n'ai pas dormi de la nuit d'accord ? »
-« Je croyais que la mission était facile.»
-« Elle l'était. La disquette doit être arrivée à la crypto maintenant. Mission réussie. » Dit-il peinant à se lever pour prendre un café.
-« Alors, il ne reste que notre bonne vieille Amanda. C'est elle qui t'a épuisé comme ça ? » Demande-t-elle fièrement car elle sait que ce sujet est sensible.
-« Oh ! Tu n'as pas idée de ce qu'elle m'a fait. » Lui répond-il d'un ton coquin.
Vexée, ne voulant surtout pas en savoir plus, elle prend sa tasse de café, récupère les dossiers qu'elle a posé sur le bar et s'en va en direction du bureau de Billy.
Il connait l'animosité de Francine envers Amanda, il ne rate donc jamais une occasion de la taquiner.
Leur histoire n'a duré que deux mois, et s'est terminée à Kaboul, juste avant l'arrivée d'Amanda. Il ne lui avait jamais rien promis, elle savait très bien où elle mettait les pieds quand ils ont commencé à se fréquenter.
Que le temps passe lentement quand on n'a rien à faire, pense-t-il affalé sur sa chaise, les yeux rivés sur l'ordinateur. Où est Amanda ? C'est elle qui s'occupe de ses rapports d'habitude. Il regarde l'horloge : 10h du matin. Ça fait déjà quatre heures qu'il est là et il ne se passe rien. Il s'ennuie.
-« Des nouvelles de la crypto ? » demande-t-il à Billy qui passe devant son bureau.
-« Non, rien encore. J'espère qu'ils vont réussir à déchiffrer toutes les données. Il nous faut l'avis des scientifiques au plus vite. »
Décryptage, avis des scientifiques…. Quoiqu'il en soit, il ne peut rien faire d'autre qu'attendre.
Billy est retourné à son bureau. Il semble plongé dans un dossier. C'est l'occasion ! Lee saute de sa chaise et s'en va frapper à la porte de son chef de service.
-« Entrez ! »
-« Billy, je me demandais… »
-« J'attends toujours ton rapport sur la mission d'hier soir. »
-« Oui, je sais » dit-il en tournoyant sur lui-même, « Amanda est dessus. »
-« Très bien. Je veux l'avoir sur mon bureau ce soir. »
-« Bien sûr… Billy ? »
-« Quoi ? »
-« Dis-moi, tu n'aurais pas une petite mission qui traine par hasard ? Tu sais, le temps que la crypto et les grosses têtes aient fini d'étudier le dossier…. »
Billy réfléchit un court instant.
-« Tiens. » Lui dit-il en lui tendant un dossier.
-« Qu'est-ce que c'est ? » répond Lee en l'attrapant.
-« Svetlana Pétosvska. »
-« Russe ? »
-« Envoyée par mandat spécial de Moscou. Officiellement, elle prend la tête du service des relations internationales de l'ambassade. »
-« Officieusement ? »
-« C'est un agent du KGB. Il faut découvrir sa mission. »
Il regarde la photo figurant dans le dossier : mignonne, comme toutes les russes.
-« approche ? »
-« la danse du paon. »
-« Sérieusement ? Si elle est du KGB, elle doit savoir qui je suis. »
-« Débrouilles toi pour la convaincre que tu veux passer de l'autre côté. »
-« Elle n'y croira jamais. »
-« Prends ton temps mais pas trop. Il faut qu'on sache ce qui se trame à l'ambassade et pourquoi elle est là. »
-« Je vais étudier le dossier. » dit-il en le refermant.
Sorti du bureau de son chef, il monte dans l'ascenseur et appuie sur la flèche du haut. Arrivé au rez-de chaussée, il pousse les vêtements posés sur des cintres dissimulant ainsi le véritable rôle de cette penderie.
La porte s'ouvre sur un hall sombre. Un bureau siège sous l'escalier qui mène à l'étage dans lequel se trouvent les bureaux officiels d'IFF ainsi, la couverture est complète.
-« Bonjour madame Marsden. »
Madame Marsden est une femme âgée en charge de l'accueil ou plutôt du filtrage. Lee ne s'y frotterait pas, elle est impitoyable.
-« Bonjour monsieur Stetson. »
Un sourire obligé traverse son visage ridé.
-« Bonne journée madame Marsden. »
-« Bonne journée monsieur Stetson ».
Dehors, Lee se dirige vers sa voiture.
Les dossiers c'est bien mais rien ne vaut l'observation sur le terrain. Il décide donc d'aller à l'adresse indiquée sur le dossier et se gare non loin du domicile de sa proie. La place choisie lui offre une vision parfaite sur les allers et venues de l'appartement.
Assis confortablement dans sa corvette, il patiente, attendant le moindre signe de mouvement, en feuilletant le dossier de sa cible.
Svetlana Pétosvska: 34 ans, née à Stalingrad. Issue d'une famille aisée, elle fait ses études sur les civilisations à Moscou et sort diplômée alors âgée d'à peine de 20 ans. Elle part ensuite en « voyage d'études » à New York pendant 4 ans avant de disparaitre des radars. Depuis : plus rien jusqu'à la semaine dernière. Officiellement, elle parle neuf langues, maitrise le corps à corps, pratique beaucoup le yoga et aime le rock. Affectée à l'ambassade de Russie depuis trois semaines. C'est un peu mince conclut Lee.
Il prend quelques photos, observe les alentours. Quartier cosy, Moscou n'a pas lésiné sur les moyens ! Situé non loin de l'ambassade, l'appartement offre une vue imprenable sur le parc du Capitole.
Perdu dans ses pensées, Lee est réveillé par la sonnerie du téléphone de sa voiture.
-« J'arrive. » répond-il, tournant la clé de contact.
-« Libellule ! » Essaie Amanda qui tentait de franchir le poste douanier qu'était madame Marsden.
Un signe négatif de la tête de la gardienne lui interdit l'accès à l'ascenseur.
-« Vésicule ! »
-« Madame Marsden, c'est moi ! Lee ne m'a donné le mot de passe que ce matin… je l'ai noté quelque part… » Dit-elle en fouillant son sac à main.
-« Pellicule. » se fait entendre une voix masculine arrivée derrière elle.
-« Pellicule ! » répète fièrement Amanda tandis que le cerbère lui tend le badge visiteur et appuie sur le bouton d'appel de l'ascenseur situé sous son bureau.
-« Il va vraiment falloir que vous trouviez un moyen de vous souvenir des mots de passe, Amanda. » Râle Lee en l'accompagnant vers les portes qui s'ouvrent.
-« Je sais ! D'habitude, je les note dans mon chéquier… » Explique-t-elle en sortant son carnet, alors que l'agent appuie sur le bouton pour descendre.
-« Vous voyez : cacahouète, c'était celui de lundi. Aéronautique, il était dur celui-là, c'était celui de la semaine dernière et pellicule… Ah ! Il était marqué là. » Dit-elle, gênée.
Les portes s'ouvrent sur le long corridor.
-« Billy veut le rapport de notre petite escapade d'hier soir sur son bureau avant la fin de la journée. » Explique Lee alors qu'ils s'approchent de la baie vitrée du service des opérations clandestines.
-« pour la fin de la journée ? Très bien, je m'y mets. Vous avez des nouvelles de ce qu'on a rapporté ? »
-« Pour l'instant : rien, mais je vais aller me renseigner. »
Amanda s'installe à son bureau et commence à taper le rapport.
-« Billy, on a du nouveau sur la disquette ? » demande Lee en franchissant la porte du bureau du chef de service.
-« Ils ont réussi à décrypter le fichier et les scientifiques sont dessus. Ça ne présage rien de bon. »
Francine est dans le bureau elle aussi. Elle feuillète un dossier.
-« La bonne nouvelle c'est que le peu qu'ils ont réussi à déchiffrer ne parle pas d'un virus mais plutôt d'une sorte de sérum. Nom de code : Mandragore. Ce serait un mélange de Thiopental Sodique et de cathinone. » Lit-elle.
-« Ce n'est pas un virus ? » s'étonne Lee.
-« Non, mais ça ne le rend pas moins dangereux.» relativise Billy.
-« c'est quoi le thio… et le cat-machin ? demande l'agent, incapable de répéter.
-« Le premier est un anesthésique puissant qui, injecté à forte dose, deviendrait un véritable sérum de vérité. » Explique Francine, le nez toujours dans le dossier.
-« Un sérum de vérité, encore un. Mais pourquoi faire ? Ils ont déjà un truc qui fonctionne. » s'interroge Lee, se rappelant de mauvais souvenirs.
-« Le deuxième est un alcaloïde proche de l'amphétamine. C'est un désinhibiteur qui augmente la concentration et les facultés intellectuelles… » Commence Francine, semblant se concentrer sur la suite.
-« Un cocktail détonant en clair. »
-« Un cocktail dangereux. » Renchérit Billy.
Toujours concentrée sur le dossier, Francine blêmit.
-« La suite ne va pas vous plaire messieurs. Il semblerait que nos informations ne soient plus à jour, et de loin : contrairement à ce qui nous a été annoncé, nos amis ont dépassé le stade de la recherche et sont sur le point de valider la phase de test. »
-« C'est pas vrai ! » S'exclame Lee, « Je croyais qu'ils n'étaient qu'au début ! »
-« C'est l'information qu'on m'a transmise, Lee. Je n'en sais- pas plus que toi. » S'énerve à son tour Billy.
-« D'où vient l'information ? » S'énerve l'agent.
-« C'est un dossier de chez nous. Il nous a été transmis il n'y a que trois jours. » Informe Francine, regardant dans la pile de dossiers posée sur le coin du bureau.
-« Je vais me renseigner, savoir quel est imbécile qui n'a pas fait son travail. » Gronde-t-il en décrochant son téléphone.
Alors que Francine et Lee sortent du bureau, la jeune femme continue de scruter le dossier.
-« Lee, regarde ça. Qu'est-ce que c'est à ton avis ? »
-« Une liste codée ? » Interroge-t-il.
-« Vous comptez faire une retraite ? » Intervient Amanda, la tête posée sur l'épaule de Lee.
Les deux agents se retournent sur la jeune femme.
-« ça vous dit quelque chose ? » Demande Lee en lui tendant la liste.
-« Et bien… Oui ! L'année dernière, pendant les vacances d'été, les enfants étaient partis chez Jo, vous vous souvenez ? J'avais demandé à ne pas travailler. Du coup, avec maman, on voulait profiter de l'occasion pour s'organiser un week-end thalasso, massage, remise en forme… vous voyez ? Non parce que les occasions sans les enfants sont très rares : l'école, les matchs, les scouts…. » »
-« Amanda… » S'agace Lee.
-« Oui, enfin bref. Du coup, avec maman, on a regardé toutes les brochures de centres de remise en forme… Vous savez que c'est extrêmement cher ! Pour deux jours ! Je trouve franchement que c'est abusé et …. »
-« Amanda ! »
-« En dehors de ces cinq-là, je connais le nom des autres. Vous savez, on s'était décidée à aller dans celui-là mais maman a été malade tout le week-end du coup, il nous a fallu annuler et…. »
Elle n'a pas eu le temps de terminer que Lee est déjà de retour dans le bureau de Billy, suivi par Francine, la liste à la main.
- « Le rapport est sur le bureau de Monsieur Melrose !» Crie-t-elle vers le jeune homme.
-« Merci Amanda, mais de rien Lee. Vous êtes vraiment formidable, vous me flattez Lee. » Improvise Amanda, debout, seule au milieu de la pièce des opérations clandestines.
Elle regarde la scène qui se déroule dans le bureau du chef de service. Lee semble très contrarié et montre à Billy la liste qu'il tenait dans sa main, indiquant du bout des doigts un endroit précis. Billy non plus n'a pas l'air content. Il prend son téléphone et compose un numéro. Toujours avec sa mine renfrognée, le jeune agent sort rapidement du bureau suivi de près par Francine.
-« Lee, tu vas où ? » s'inquiète la jeune femme blonde.
-« Disons qu'en attendant de voir ce que Billy va découvrir, j'ai des choses à faire. » Répond l'agent en saisissant ses clés sur son bureau avant de se diriger vers l'ascenseur.
Sans mot dire, Amanda le suit. Alors qu'il rentre dans l'ascenseur, il arrête la jeune femme.
-« J'ai des choses à faire… seul. » Précise-t-il l'empêchant d'aller plus loin.
-« Et moi, je fais quoi ? »
-« Rentrez chez vous. Il est tard et votre famille doit vous attendre. » Se force-t-il à sourire pendant que les portes se ferment.
Décontenancée, elle retourne au bureau récupérer ses affaires.
La nuit est quasi-totale. De nouveau garé devant l'appartement de sa cible, Lee n'a pas à attendre longtemps avant de voir la belle russe sortir en tenue de soirée. Elle hèle un taxi et monte dans le premier qui se gare à son niveau. Lee les suit jusqu'à un bar à cocktails situé au centre de la ville. Restant dans sa voiture, il observe les allers et venues des clients. Il en reconnait certains. Ce sont des personnels de l'agence. Elle a trouvé notre repère, pense-t-il. Il descend de la voiture et rentre dans le bar. Elle est assise au fond de la salle, à une table, semblant attendre quelqu'un.
Il s'arrête au bar, commande un whisky et commence à l'observer discrètement du coin de l'œil. Habillée d'une robe sombre, arrivant jusqu'aux genoux, ses fines bretelles laissent apparaitre ses épaules. Les cheveux relevés mettent en valeur son cou fin. Maquillée sans excès, elle attire l'œil des clients. Après presqu'une heure, la jeune femme se lève et s'en va.
Lee la regarde déambuler jusqu'à la porte. J'aurai pu avoir pire comme mission, concède-t-il en scrutant sa chute de reins et ses jambes interminables. Il termine son verre et retourne surveiller son appartement devant lequel il passe toute la nuit. Alors qu'il regarde les lumières s'éteindre dans le logement, son esprit se met à divaguer. Le voilà reparti à penser à elle. Il voit ce sourire sans qui la journée ne serait pas une bonne journée, cette pudeur exacerbée qui impose le respect. S'il ne l'appréciait pas autant, il la classerait sans aucun doute dans la catégorie bigote. Il sourit à cette pensée. Puis, le voilà à nouveau parti, sur son cou cette fois. Cette pierre qui tourne sur elle-même au gré de sa respiration, cette fragilité affichée qui lui donne envie de la serrer dans ses bras à la moindre contrariété. Il se rend compte qu'il ne passe pas une journée sans la toucher ou la voir, allant parfois jusqu'à sa fenêtre de cuisine pour l'apercevoir. Aucune femme ne lui résiste mais il le sait, ce n'est pas une femme, c'est « la » femme. Qu'il aimerait tant cesser de penser à elle ! Il sait qu'elle n'est pas pour lui. Ce qu'elle a le don de l'agacer parfois, que dire : souvent ! Toujours à palabrer sur des choses inutiles. Il se dit qu'en relevant ses défauts, il la fera sortir de sa tête mais peine perdue.
Le lendemain, à l'agence :
-« Tu rigoles Billy ! » Hurle Lee dans le bureau de son chef.
-« Ecoutes, je l'ai appris ce matin ! » Crie à son tour Billy.
-« Trois mois ? Ça fait trois mois qu'ils ont ce dossier et on ne l'apprend que maintenant ? Ils sont au courant qu'on a le même patron ? »
-« J'ai justement rendez-vous avec lui et le chef du service du contre-espionnage et je compte bien faire toute la lumière sur tout ça. »
-« Et on fait quoi en attendant ? »
-« En attendant Lee, tu as d'autres dossiers à traiter je te rappelle. A moins que tu n'aies pas encore assez de travail ? » Lee a très bien compris l'allusion : il doit poursuivre sa surveillance.
Amanda arrive à son tour dans l'open-space, les bras encore chargés de gâteaux. Lee manque de la bousculer. -« Bonjour Lee. » Lance-t-elle, constatant son ami énervé.
-« Bonjour Amanda. » Lance-t-il en se dirigeant vers le couloir.
-« Vous avez besoin de moi ? » Demande-t-elle cherchant à poser ses plats.
Ne daignant même pas s'arrêter, il lui lance :
-« Non Amanda… et arrêtez de ramener des gâteaux, on va tous devenir obèses ! » Crie-t-il en s'éloignant.
-« Qu'est-ce qui se passe, Francine ? » Interroge-t-elle en se dirigeant vers le coin café.
-« Disons simplement que certains risquent de se faire virer. »
-« Lee ? »
-« Non. » Rigole-t-elle presque.
-« Amanda, vous n'avez rien de prévu aujourd'hui ? » demande Francine.
-« Et bien visiblement : non. Je suis totalement libre. »
-« Je suis en train de regarder la liste. Vous savez ? Celle des centres de remise en forme. J'aurai besoin d'un coup de main. »
-« Bien sûr, Francine ! »
-« Nous devons éplucher les bases de données dans l'ordinateur et savoir quels établissements pourraient servir de couverture. »
-« De couverture ? A quoi ? »
-« à un laboratoire. »
-« A un laboratoire ? Ça a l'air sérieux. »
-« C'est très sérieux Amanda. Et c'est surtout très urgent. »
-« Très bien. Je m'y mets alors. » Répond la jeune brune en s'installant à son bureau.
De son côté, Lee est retourné dans le quartier de sa proie. Il fait le tour du pâté de maisons, observe les voisins, surveille le passage des voitures… Ne voyant pas de danger, il profite de son absence pour s'introduire dans son immeuble. Le logement est composé d'une pièce de vie et d'une chambre, il est petit mais bien aménagé. Il commence par le bar situé dans le coin, près de la fenêtre. Il tombe sur une bouteille rose pâle sur laquelle est marqué : « Zubrowka ». Elle aime la vodka polonaise, souligne-t-il. Il continue et voit une bouteille de Gin. Elle aime les alcools forts. Il regarde son réfrigérateur : que des légumes. On oublie le barbecue, conclut-il. Il se dirige vers sa chambre. Le lit est fait, pas un pli ne dépasse. La pièce est rangée au cordeau. Il ouvre les placards, les vêtements sont parfaitement repassés et posés sur des cintres. Il fouille dans sa commode : les dessous sont rangés par ensemble. Ce genre de sous-vêtements ne laisse que peu de place au doute, pense-t-il en prenant un soutien-gorge rouge vif transparent, parsemé de dentelle. Au tour de la salle de bains : des crèmes pour le corps, des sels de bain parfumés et du maquillage… Bref, assez banal au fond. Il n'a rien trouvé de compromettant. Cependant, il n'a pas perdu son temps : il a appris beaucoup de choses sur cette femme. Il repart à sa voiture et attend son retour qui ne tarde pas.
Trois jours, ça fait déjà trois jours qu'Amanda et Francine travaillent à la recherche des informations sur les cinq sites inconnus. Lee passe son temps à tourner en rond comme un lion en cage, à ruminer une rage latente. Trois jours qu'il passe ses nuits dans sa voiture ou au bar, à observer sa proie. Mais c'est décidé, ce soir sera le grand soir.
-« Scarecrow, Francine, Amanda ! Suivez-moi ! » Hurle Billy en sortant de son bureau.
Il traverse la salle le visage fermé, suivi des trois acolytes.
-« Où allons-nous ? » Ose Amanda.
-« Voir le grand patron. » répond-il sèchement.
Son pas est rapide et Amanda doit presque courir pour rester à la hauteur du groupe alors qu'ils traversent le couloir.
-« Pour le dossier Mandragore ? » Interroge Lee, enthousiaste.
-«C'est quoi le dossier Mandragore ? »
-« C'est le petit nom qu'ont donné nos amis les russes à leur petit projet de sérum. » Répond Francine.
-« Du sérum ? »
-« Oui, Amanda, du sérum. Contrairement à ce qui a été annoncé et si quelqu'un avait fait correctement son travail, on aurait su que ce n'était pas un virus que nous cherchions mais bien un sérum. » Renchérit Lee, agacé alors qu'il lui tient le coude comme pour l'aider à maintenir le rythme.
-« Oh ! L'ambassade de Pologne ! » Se rappelle alors la jeune femme, notant le rictus apparu sur les lèvres de son partenaire.
-« Vous avez réussi à savoir ce que c'est alors. » S'intéresse-t-elle.
-« Oh oui ! Et des têtes vont tomber. » S'énerve Billy.
-« Je ne suis pas sur l'affaire, moi, alors pourquoi je dois venir ? » S'inquiète Francine.
Ils s'arrêtent devant le S.I.C.E. La main sur la poignée de la porte vitrée, Billy se retourne vers la jeune femme.
-« Le fait d'être mon assistante, Francine vous offre le privilège de partager mes engueulades. »
Le groupe se dirige vers le bureau du chef de service. Ce dernier est assis à son bureau. Au fond de la pièce, se tient un homme grand, aux cheveux blonds tirant sur le gris, un embout de cigarettes à la main. A l'arrivée des agents, il affiche un sourire sournois. Amanda n'aime pas le docteur Smyth, Lee non plus d'ailleurs. C'est un homme sans cœur pour qui seule la mission compte, peu importe le nombre de vies que cela coûte. Mais c'est le chef de division. Heureusement que Billy est là pour temporiser.
-« Alors maintenant, tu vas m'expliquer ce bordel John ! » Hurle sans vergogne Billy en s'adressant à l'homme assis.
-« Ce dossier revient de plein droit au service du contre-espionnage Billy, on n'a pas besoin des opérations clandestines. Je n'ai aucun compte à te rendre ! Comment as-tu eu ce dossier ? Tu as envoyé un de tes larbins fouiller ici ?» répond du même ton le chef de service.
-« Trois mois que vous êtes sur ce dossier et vous n'avez avancé à rien. Pire ! La situation s'aggrave d'heures en heures. »
-« J'ai déjà perdu trois agents Billy, tu n'as pas besoin de me rappeler la gravité de ce dossier ! »
-« Trois ? Et tu comptes attendre d'avoir décimé tout ton service avant de passer la main ! »
Un brouhaha inaudible s'en suit. Les deux chefs de service s'empoignent violemment verbalement.
-« Ca suffit. » tranche le docteur Smyth, une cigarette fumante accrochée à ses lèvres.
Le silence s'impose malgré la tension qui règne toujours entre les deux chefs de service.
-« John, vous transférez l'intégralité du dossier Mandragore au service des opérations clandestines. »
-« Mais, monsieur… »
-« Ca suffit j'ai dit. Billy a raison : vous n'avancez à rien sur ce dossier. »
Satisfait, Billy affiche un sourire victorieux.
-« Mais attention, Billy… » Commence-t-il en se tournant vers l'homme afro-américain.
-« Je ne vous laisserai pas la moindre marge de manœuvre. Vous échouez : vous êtes viré. Et je me chargerai personnellement de faire le ménage dans votre service. » Finit-il en regardant Amanda.
Reprenant le chemin du service des opérations clandestines, Amanda ne peut s'empêcher de réfléchir.
-« Je sens qu'il ne m'aime pas. » soupire-t-elle en frissonnant.
-« Rassurez-vous, Amanda, il n'aime personne. » Lui sourit Lee en lui frictionnant les bras.
-« J'aurai préféré que vous me disiez que je n'allais pas être virée ! » Dit-elle en s'arrêtant un instant avant de passer la porte vitrée de son service et rattraper le groupe.
Tout le monde se retrouve dans le bureau de Billy. Ce dernier prend un petit temps pour souffler et réfléchir.
-« Francine : vous et Amanda, vous avez pu avancer sur la liste des établissements ? »
-« Oui Billy. » répond la jeune femme blonde. « En recoupant les données de l'ordinateur avec ceux transmis par le S.I.C.E., il nous reste…. » Elle lit rapidement le nom des sites déjà explorés par l'équipe précédente.
-« Deux sites sur lesquels on n'a rien. »
-« Scarecrow : toi et Amanda vous épluchez le dossier du S.I.C.E et vous voyez ce qu'ils ont raté. Et Amanda, vous irez voir l'équipe scientifique pour qu'ils vous fassent un point sur ce qu'ils ont sur ce satané sérum. Francine : vous réservez un week-end dans chacun des sites. Lee et vous dans l'un, Fedman et Héléna dans l'autre. En attendant, vous accompagnerez Amanda voir les blouses blanches. »
-« On a combien de temps ? » Demande Lee.
-« On est mercredi soir, soyez prêts pour demain soir. Vous partirez vendredi matin, des questions ?» -« Monsieur, si vous le permettez : pourquoi je ne fais plus partie de la mission ? Vous savez, maman peut garder les garçons, en plus, ils ont prévu de partir faire du camping ce weekend et je suis totalement libre…» Commence Amanda.
-« Madame King, il s'agit d'une mission dangereuse. J'ai besoin d'agents de terrain cette fois. » Répond Billy.
-«Mais je ne risque rien ! Lee couvrira mes arrières. En plus, je pense que je suis mieux placée que Francine.. Pardon Francine… »
-« Il n'y a pas de mal » bougonne la jeune femme, vexée.
-« Amanda… » Reprend Billy.
-« Non monsieur, s'il vous plait. Je fais partie de cette mission depuis le début et franchement, Francine et Lee font très…. »
-« Très quoi ? » s'offusque Francine.
-« Très agents du gouvernement » murmure presqu'Amanda devant le regard amusé de Lee. Billy prend le temps de la réflexion.
Il s'accorde à convenir que Lee et Amanda sont un duo très efficace. Amanda a déjà participé à des missions difficiles et dangereuses mais le plus souvent, c'était dû au hasard ou parce qu'elle n'en avait fait qu'à sa tête. La mission est dangereuse, deux agents ont déjà perdu la vie et Amanda est civile…
-« Billy… » Commence Lee voyant son chef hésiter.
-« Non Lee. Amanda a raison. Les autres agents se sont rapidement fait repérer. Amanda donnera un côté plus réaliste à votre couverture. Francine : vous irez avec Fedman, Lee et Amanda : vous irez ensemble. » Coupe Billy.
-« Quoi ? Ce gratte-papier ? Billy, il n'a pas été sur le terrain depuis des années ! En plus, il ne ressemble à rien ! » S'exclame Francine.
-« Justement, c'est le but ! Comme ça, j'ai mes deux meilleurs agents sur le terrain qui seront accompagnés de gens sachant passer inaperçus ! » Gronde maintenant Billy.
-« Heu… J'avais prévu un petit truc ce week-end Billy et… » Continue Lee, gêné.
-« Une nouvelle conquête ? » S'amuse Francine. -« La ferme, Francine. » Enjoint-il.
-« Ceci est une priorité absolue, Scarecrow. Annulez vos projets. » Ordonne Billy en invitant tout le monde à sortir.
-« Scarecrow. » Interpelle le chef.
-« Veilles sur Amanda. Je ne voudrai pas regretter ma décision. » Implore Billy.
Lee acquiesce silencieusement. Une nouvelle conquête… quoi d'étonnant quand on connait le personnage, s'attriste Amanda.
-« Alors ? » Interroge la jeune femme.
-« Alors quoi ? »
-« Qui est-ce ? »
-« Qui est qui ? »
-« Votre nouvelle conquête ! Je la connais ? »
-« Amanda, il n'y a personne. Francine ne sait pas de quoi elle parle. D'accord ? »
-« D'accord. » Répond-elle sans conviction.
-« ça fait des heures que je lis et relis ce dossier et je ne vois rien. » Conclut Amanda, se frottant le cou de lassitude.
-« Je ne vois rien non plus. Le S.I.C.E. a envoyé trois agents dans trois établissements différents. Le premier a été retrouvé morts dans sa chambre à l'institut, le deuxième ne se souvient même pas d'y avoir été, quant au troisième est mort en essayant de tuer son… » Lee s'arrête en lisant les noms : Jack Pierce, Johnathan Kerrigan et Robert (Bob) Ariman.
-« Vous les connaissiez ? » Devine la jeune femme en voyant la mine défaite de l'homme.
-« On avait travaillé ensemble plusieurs fois. C'était des gars biens. J'avais été au mariage de Bob. »
-« Pauvre femme. Ça doit être dur de perdre son mari dans ces circonstances. Elle a été prévenue ? »
-« Il a divorcé l'année dernière. Ce métier est incompatible avec une vie de famille. » Lance-t-il, se levant pour aller chercher un café.
-« Billy est marié, lui. » Cite-t-elle pour le contredire.
-« Il est une exception. » Contrecarre Lee.
Il regarde la pendule accrochée au mur : 21h. Il pose sa tasse, se rapproche de sa partenaire et tout en lui tendant son manteau et son sac, il l'invite à se lever.
-« Où va-t-on ? »
-« Vous ? Vous rentrez chez vous. Il est tard, vos enfants et votre mère vont vous attendre et vous avez un sac à préparer, je vous rappelle. » Sourit-il.
-« Et vous ? »
-« Vous êtes bien curieuse, Amanda King. » Lui répond-il en lui caressant le nez.
Face à face, presque collés, il la fixe, une main collée au creux de ses reins, hypnotisé un court instant par cette pierre qui danse devant ses yeux.
-« Allez ! Rentrez chez vous. Le dossier ne nous apprendra rien de plus ce soir de toute façon. »
Lee arrive au bar qu'il fréquente maintenant depuis quelques soirs. Il s'installe face au barman, comme d'habitude. Il commande un whisky. Elle est là, toujours assise à la même table tous les soirs à attendre on ne sait qui. Mais quelque chose a changé. Il a failli ne pas la reconnaitre : de blonde, elle est passée à brune intense ce qui rendait son regard plus perçant. Cette fois, il la regarde. Ça fait maintenant deux ou trois soirs qu'il ne se cache plus. Elle le fixe à son tour, affichant un sourire espiègle. Un coup de tête pour la saluer et il retourne à son verre.
-« Bonsoir. » Entend-il derrière lui. Une voix douce et sensuelle. Il se retourne, elle a quitté sa table.
-« Cette place est libre ? »
Sans mot dire, il l'invite à s'assoir. Il note sa parfaite maitrise de la langue. S'il n'avait pas lu son dossier, il penserait que c'est une compatriote.
-«Mandie Prescott. » Se présente-t-elle.
Lee a bien noté le pseudonyme de Svetlana, Mandie : le diminutif d'Amanda. A quoi joue-t-elle ?
-« Lee Stedman. »
-« Enchantée monsieur Stedman. »
-« Alors ? » Commence-t-elle, faisant signe au barman de lui resservir un verre.
-« Alors ? » reprend-il.
-« Vous êtes un habitué ? »
-« Disons plutôt que je suis en passe de le devenir. Et vous ?» Dit-il d'un sourire charmeur, le regard porté sur son décolleté.
-« Je viens d'arriver à Washington donc, disons que je découvre les charmes de la ville. » Sourit-elle en posant sa main sur le haut de la cuisse de son interlocuteur.
-« Oh ! » Lance-t-il, surpris.
-« ça vous choque ? »
-« Disons que c'est un peu rapide, vous ne trouvez pas ? » Sans répondre, elle remonte encore sa main.
Lee a juste le temps d'esquiver.
-« Ecoutez, je vous préviens : je ne paie jamais pour ce genre … de services. » Rétorque-t-il feignant de ne pas la connaitre.
-« Je pense qu'il y a erreur sur la personne. » Fait-elle, vexée.
Alors qu'elle se relève, Lee l'interpelle.
-« Je vous demande pardon. Je pensais…. Enfin je veux dire : je n'ai pas l'habitude de…. »
-« De quoi ? »
-« Je veux dire… Vu le nombre d'hommes qui sont dans cette pièce, vous avez l'embarras du choix et… » Lui explique-t-il en se retournant sur la salle.
- « et ? »
-« Et disons qu'ils seraient tous contents d'être à ma place en ce moment. Tandis que moi, je suis là, à noyer mon chagrin comme un pauvre type… je ne pensais pas pouvoir intéresser qui que ce soit. »
-« Mais vous m'intéressez, moi. Je vous vois presque tous les soirs vous assoir ici, à ce bar, seul, un verre de whisky à la main. » Sourit-elle en se rasseyant. -« et qu'est-ce que ça vous inspire ? »
-« Je me dis que c'est triste de voir un si bel homme, séduisant, charismatique, seul, au bar, un verre de whisky à la main alors que je pourrais lui tenir compagnie. » -« Je suis désolé, je ne suis pas de bonne compagnie ces derniers temps. » -« Alors, laissez-moi vous aider. » propose-t-elle en reprenant ses avances. Il la regarde interrogatif.
-« La vie nous apporte son lot quotidien de malheur, de déception et de trahison. Je me suis promise de toujours saisir le plaisir, même éphémère, quand il se présente. On ne sait jamais de quoi demain est fait. Si l'on devait mourir demain, je préfère partir avec des remords qu'avec des regrets. » Elle est audacieuse.
Lee se demande lequel des deux fait la danse du paon. Le résultat est là. La proie a mordu à l'appât. Il s'agit maintenant de ne pas précipiter les choses. Au moindre faux pas, la proie se changera en chasseur et l'appât sera tué. 2h du matin, ils arrivent à son appartement. Tandis qu'elle ouvre la porte, elle l'invite à entrer. Il s'installe sur le canapé, scrutant la pièce comme s'il la voyait pour la première fois.
-« c'est joli chez toi. »
-« Merci. Un whisky ? » Propose-t-elle. Il n'avait pas vu de whisky la fois où il est venu. Il la regarde. La bouteille a l'air neuve mais il faut rester prudent.
-« Oui, pourquoi pas ? Mais un seul, je conduis après. » Sourit-il.
-« Qui parle de partir ? » L'interroge-t-elle alors qu'elle s'installe à califourchon sur ses cuisses, le verre d'une main, l'autre commençant déjà l'exploration de son corps sur sa chemise. Heureusement qu'il avait laissé son arme dans sa voiture. Cette négligence aurait pu lui coûter la vie. Il prend le verre et le pose sur le guéridon à côté de lui, la saisit par le cou avant de l'embrasser langoureusement. Elle commence à faire danser son bassin, sentant le désir de l'homme grandir entre ses cuisses. Il en veut plus. Il pose ses mains sur ses hanches et l'aide dans son mouvement d'excitation. Elle se cambre, laissant libre accès à sa poitrine encore couverte de sa robe. Il remonte ses mains dans son dos, l'obligeant à se plaquer contre lui. Il fait parcourir sa langue sur sa peau la faisant gémir de plaisir. Il arrive au commencement de son cou et regarde le bijou qui danse sur sa peau. Non, il n'y arrivera pas ce soir. Elle sent qu'elle le perd. Penaud, il l'aide à descendre avant de se lever.
-« Je suis désolé Mandie. » S'excuse-t-il alors qu'il se dirige vers la porte.
Frustrée mais professionnelle, elle se rapproche de lui.
-« Ce n'est pas grave, Lee. Je t'aurai la prochaine fois. » Murmure-t-elle en l'embrassant dans le cou. Il sourit et sort.
-« Bonjour Lee. » ce perpétuel bonjour, tous les jours, sur le même ton, avec ces éternels gâteaux.
-« Hum, vous êtes de mauvaise humeur. Vous avez passé une mauvaise nuit ? » Demande-t-elle en voyant sa tête des mauvais jours.
-« Bonjour Amanda. Oui, j'ai passé une mauvaise nuit. Parce qu'on ne trouve ni comment, ni où, ni pourquoi ce sérum est fabriqué et que les russes ont déjà fait trois victimes dans nos rangs et que nous : on n'a rien ! rien depuis trois longs mois. Ça vous va ? »
-« Oui, je comprends. » Dit-elle, se sentant idiote de ne pas y avoir pensé.
-« excusez-moi Amanda, c'est ce dossier qui me hante… » Commence-t-il en se passant la main dans les cheveux.
-« Pas grave. »
-« Si. Je n'ai pas à vous parler comme ça. »
-« Pas grave, je vous assure. »
Décidément, c'est une partenaire hors pair. Quoiqu'il lui fasse subir, elle lui pardonne toujours. Il a de la chance et il le sait. Il se calme et esquisse un sourire rassurant.
-« Vous devez aller voir les blouses blanches aujourd'hui avec Francine, c'est ça ? »
-« Oui. On va voir ce qu'ils ont trouvé, ce qu'ils peuvent nous dire dessus. »
Elle se retourne vers l'entrée de la pièce.
-« La voilà justement. Allez, je file. » Dit-elle en allant à sa rencontre.
Le laboratoire est situé deux étages en-dessous de celui des services spéciaux. C'est une grande pièce froide et aseptisée entourée de baies vitrées laissant entrevoir d'autres pièces toutes aussi austères. Des hommes et des femmes en blouse blanche s'affairent sur les tables longeant les murs. Certains se concentrent sur leur microscopes tandis que d'autres discutent en feuilletant un dossier. Un petit homme arrive à la rencontre des deux jeunes femmes, un dossier à la main.
-« Vous venez pour le dossier Mandragore, je suppose ? »
-« Oui, nous devons tout savoir. » Répond Francine.
-« Et bien… » Commence-t-il en ouvrant le dossier, se dirigeant vers une table.
-« Nous avons étudié les informations que vous nous avez transmises. Nous les avons recoupées avec les analyses que nous avons effectuées lors des autopsies des deux agents ainsi que l'examen du prélèvement de sang effectué sur le troisième. » Les deux jeunes femmes l'écoutent attentivement.
-« Donc, au vu de la composition de ce sérum, voilà ce qu'on peut en dire : le Thiopental Sodique d'abord : vu la dose qu'on a trouvé, l'objectif est clairement de délier la langue du patient. Avec ça, il vous raconte même ses pires secrets. Quant au cathinone : il stimule les capteurs de mémoire. Sachant que c'est une variante de l'amphétamine, mélangé au Thiopental Sodique, il rend le patient très docile, très rapidement. »
-« ça : nous le savions déjà. Dites-nous ce que nous ignorons. »
-« Et bien, le problème de ce mélange ce sont surtout les effets secondaires. Le patient est totalement désinhibé. Selon son état d'esprit à ce moment-là, il peut être pris d'accès de violence incontrôlables allant jusqu'au meurtre. »
-« Bob. Je sais qu'il s'était fâché avec son chef de service peu de temps avant le début de la mission. Il l'accusait d'être à l'origine du refus de son avancement. Ça faisait des années qu'il l'attendait. » Souligne Francine.
-« Il peut avoir des envies suicidaires. »
-« John. Sa femme et lui avaient de gros problèmes avec leur fils. Il avait été arrêté plusieurs fois pour conduite en état d'ivresse. Il semblerait qu'il était récemment passé à la vitesse supérieure et était tombé dans la drogue. John et sa femme ne savaient plus quoi faire, lui s'en voulait. Il pensait que tout était de sa faute, qu'il aurait dû être plus présent pour sa famille.» Continue-t-elle.
-« Je croyais qu'il était toujours en vie. » S'étonne Amanda.
-« Il en a fallu de peu. Il s'était passé la corde autour du cou quand sa femme est rentrée. Elle a juste eu le temps de le décrocher. Quand il s'est réveillé à l'hôpital, il avait tout oublié. »
-« Oui, nous pensons que c'est dû au sérum. Les victimes ne se souviennent de rien. »
-« Autre chose ? » Interroge Francine.
-« Et bien, nous en savons trop peu sur ce cocktail pour en faire une liste exhaustive des effets secondaires. Comme je vous le disais : violence, dépression, amnésie, augmentation des pulsions sexuelles… » finit-il.
-« Des pulsions sexuelles ? » Répète Amanda.
-« Oui. Le cathinone a cette faculté d'augmenter l'appétit sexuel. Mais, mélangé au Thiopental, je suis bien incapable de vous donner les effets. » Détaille-t-il.
-« Pourquoi l'agent Pierce et l'agent Ariman sont morts ? » Interroge Francine. -« L'autopsie des deux agents a montré des pathologies sous-jacentes : l'agent Pierce avait un problème cardiaque jamais détecté. Quant à l'agent Ariman, il avait une petite fragilité au niveau des vaisseaux sanguins situés au cerveau. Il a fait un accident vasculaire cérébral fulgurant. Il n'avait aucune chance. Sans ce produit, ils auraient pu vivre encore des années avant de ressentir le moindre problème.» Explique le scientifique.
Il se dirige vers une double porte battante, suivi des deux jeunes femmes. La salle est sombre et très froide. Seuls les néons éclairant des tables d'acier alignées au milieu, donnent un semblant de lumière. Arrivé devant un mur composé de petites portes, toutes carrées, toutes de la même taille, le scientifique en ouvre deux, côte à côte et tire sur les deux brancards. Il retire les draps pour laisser apparaitre le corps des deux agents morts. Amanda ne peut s'empêcher de tourner la tête.
-« Comme vous pouvez le voir : ils ont été piqués au même endroit. Là : dans la jugulaire. » Montre l'homme en tournant légèrement la tête des victimes vers la gauche, laissant apparaitre une trace de piqure nette sur la droite.
-« Les effets ont dû être instantanés. » Continue-t-il.
-« Combien de temps fait effet ce produit ? » Demande Amanda.
-« Nous avons estimé son efficacité entre 2 et 4 heures. Tout dépend de la dose que le patient reçoit ainsi que la capacité de son métabolisme à éliminer. Les deux hommes ont reçu une très forte dose de produit. A cela, vous rajoutez leur problème de santé et nous obtenons : le décès. »
Après avoir remercié l'homme, les deux jeunes femmes quittent le laboratoire. Amanda ressasse l'exposé qu'elle venait d'entendre. Son cœur se serre, elle commence à avoir peur pour Lee.
Alors qu'il raccompagne Amanda, il note le silence qui règne dans la voiture.
-« Quelque chose ne va pas ? » S'inquiète-t-il.
-« Non, ça va. » Murmure presque la jeune femme.
-« Amanda. » Insiste-t-il.
-« Je m'inquiète pour cette mission. » Avoue-t-elle.
-« Comment ça ? Que vous ont dit les blouses blanches ? »
-« Et bien, il semblerait que ce nouveau…. Machin soit un puissant sérum de vérité. » Commence-t-elle.
-« ça, on le savait déjà. » -« Ce que vous ne savez pas, c'est la liste des effets secondaires. »
-« Qu'est-ce que c'est ? »
-« Et bien, les agents Pierce et Ariman sont morts parce qu'ils étaient malades. »
-« Ariman ? Certainement pas ! Il était en pleine forme ! Il courait 10 kilomètres tous les matins. »
-« Il avait un problème dans le cerveau et avec la dose qu'il a reçue, ça l'a tué. » Un silence s'impose à nouveau.
-« Amanda, si vous avez peur, vous n'êtes pas obligée de… »
-« Ce n'est pas pour moi que j'ai peur ! Et si on allait droit dans un piège ? Et si vous aviez un problème que vous ignoriez ? Et si ….. »
-« Amanda ! Vous connaissez les médecins : toujours à dramatiser. Je n'ai aucun problème et puis, vous serez là pour me protéger. » Sourit-il en tentant de la rassurer.
Pensive, elle ne peut s'empêcher de trembler pour lui. Il lui prend la main comme pour la rassurer. Dans sa chambre, alors qu'elle prépare ses affaires, son esprit divague sur le dossier de la mission. Lee se met toujours en danger, c'est un jeu pour lui. Qu'est ce qui se passerait s'il était leur prochain cobaye ? Et s'il se faisait du mal ? Et s'il était malade sans le savoir ? Rien ne va dans cette histoire. Comment ce dossier est-il arrivé sur le bureau de Billy ? Qui a décidé d'y affecter l'équipe ? Même le docteur Smyth ne semblait pas savoir que Billy avait le dossier. Pourquoi l'avoir eu aussi tard ? Pourquoi n'était-il pas complet ? Qui tire les ficelles ? Qu'est-ce que Lee ne lui dit pas ? Son sac est prêt, il faut qu'elle dorme. Le départ est très tôt demain.
Heureusement que la corvette est confortable. La route est longue pour arriver au centre. Les paysages défilent à mesure qu'ils avancent. Du panorama urbain, Lee et Amanda ont maintenant une vue imprenable sur une route interminable, déserte et désespérément droite. La dernière trace de civilisation qu'ils ont traversée était Baltimore, il y a presque une heure maintenant. Des arbres à perte de vue, laissant apparaitre parfois une étendue d'eau ou une plaine qui s'évanouit à hauteur de collines. Il n'y a rien à des kilomètres, ce n'est pas le moment de tomber en panne. Deux heures qu'ils ont quitté Washington, et comme si le destin s'acharnait, les voilà obligés d'emprunter un chemin de traverse. Le centre serait-il perdu au milieu de la forêt ? Au bout de quelques minutes, un signe de vie, enfin ! Un énorme panneau leur indique qu'ils sont bientôt arrivés : « bienvenue au centre de vos problèmes ».
-« Pas très accrocheur comme slogan », lance Lee, obligé de ralentir au vu de l'état de la route.
Des creux, des bosses, un passage tantôt étroit, tantôt boueux, tantôt sablonneux… rien n'est fait pour laisser passer une corvette. Si Lee n'était pas aussi têtu, ils auraient pu prendre la voiture d'Amanda : le break familial américain typique mais, qui a au moins l'avantage de passer partout. Elle voit déjà poindre l'humeur grincheuse de son partenaire devant l'état de sa voiture. Elle l'entend déjà pester sur le fait qu'il va devoir la nettoyer. Et oui, après son célibat, sa voiture est la chose la plus importante pour lui. Un petit bijou de technologie, affreusement basse et totalement inadaptée à ce genre d'aventure. Les voici enfin en train de longer une barrière de bois. Lee se réjouit, la route l'a épuisé. Il ralentit espérant trouver l'entrée de la propriété qui ne se montre pas.
-« C'est pas vrai ! Parti comme ça, on va bientôt devoir passer la frontière canadienne pour rentrer dans ce satané centre ! » S'énerve-t-il.
Amanda n'a pas dit un mot depuis leur départ. Elle est plongée dans l'énorme dossier qu'elle a ramené, comme si elle essayait de l'apprendre par chœur. Elle lève enfin les yeux pour admirer le cadre qui agace tant son partenaire. A son tour, elle scrute le chemin pour trouver l'accès à la propriété. Ça y est ! Une arche en bois surplombée d'une énorme planche : « Centre de Ricketts Point ».
-« Et bien, c'est là ! C'est inutile de s'énerver. Vous savez Lee, vous devriez faire plus attention à vous. Le stress entraine des problèmes cardio-vasculaires, des ulcères… »
-« Amanda ! Ce n'est pas le moment ! »
-« Vous savez, mon oncle Harry, et bien il a toujours travaillé : du lundi au dimanche. Il tenait un magasin de bricolage et de jardinage. C'était bien ! On trouvait de tout et à pas cher. Tout le village venait dans son magasin, il était très apprécié, toujours disponible…..»
-« Laissez-moi deviner : il a fait une crise cardiaque au milieu du rayon outillage.» Ironise-t-il.
Pourquoi s'obstine-t-il à l'encourager systématiquement quand elle part dans ses histoires ? ça ne devrait pas l'intéresser et pourtant, il s'entête à toujours essayer d'en savoir plus.
-« Non ! Pas du tout ! Il est mort quelques jours avant sa retraite. Il avait pris trente kilos ! » Explique Amanda.
-« Quel est le rapport avec le stress ? » S'énerve Lee.
-« Aucun ! Mais l'idée de ne plus s'occuper de son magasin l'a tellement stressé qu'il a commencé à faire de l'hypertension, du cholestérol. En plus, il était devenu aigri, soupe au lait, il ne supportait plus rien, il se mettait toujours en colère !»
-« Ce que j'aime chez vous Amanda, c'est qu'à chaque fois que vous essayez de me raconter quelque chose, la chute est toujours inattendue. Je ne vois toujours pas le rapport.»
-« Et bien, ma tante : sa femme, et lui avaient toujours rêvé de faire une grande croisière au moment de leur retraite, vous voyez ? Alors ma tante a tout organisé à l'occasion de leurs soixante-cinq ans, et surtout, leurs vingt-cinq ans de mariage. Vingt-cinq ans, vous imaginez ? »
-« Amanda ! »
-« Oui, enfin bref. Du coup, ma tante avait réussi à convaincre mon oncle de vendre le magasin quelques mois avant mais voilà, il n'était pas prêt. Du coup, il s'est mis à stressé et à avoir beaucoup de problèmes de santé. Ma tante avait peur de ne pas pouvoir faire le voyage dont ils avaient toujours rêvé. »
-« Amanda ! De quoi est mort votre oncle ? » S'impatiente-t-il.
-« Oh ! Il est mort lors du braquage de son magasin. »
-« Oh, je suis désolé. » Dit-il d'un air compatissant.
A sa tête, Amanda comprend son erreur.
-« Non ! Non ! Il est mort d'une crise cardiaque pendant le braquage de son magasin ! Les voleurs ont tenté de le ranimer mais, rien à faire. Les pauvres, ils étaient si jeunes ! Vous imaginez ! Ça a dû être traumatisant pour eux. » Son empathie, Lee a toujours été impressionné par sa capacité à pardonner, elle arriverait à trouver des excuses au Diable.
-« Et votre tante ? Elle n'a pas pu réaliser leur rêve.»
-« Ah si ! Elle est partie un an après avec leur voisin. » Lee la regarde surpris.
Pour toute réponse, il reçoit un rictus et un haussement d'épaules.
-« Vous lui ressemblez beaucoup. »
-« Pardon ? »
-« A mon oncle, vous lui ressemblez beaucoup. »
-« Vous me trouvez gros ? C'est vrai que j'ai pris un ou deux kilos.» S'inquiète Lee en regardant son ventre.
-« Non ! Mais vous êtes tout aussi désagréable que lui quand vous êtes stressé. »
-« Je suis désagréable ? Moi ? Il n'y a personne de plus charmant que moi ! »
-« Ça, c'est vrai, vous êtes charmant le plus souvent ! Mais, vous êtes aussi grognon, râleur, toujours insatisfait, toujours contrarié, mauvais caractère… »
-« Bon ben ça va ! On a compris ! » Grogne-t-il en se touchant l'estomac.
-« Mais rassurez-vous ! Physiquement, vous êtes parfait. » Lance-t-elle le voyant perplexe.
Parfait ? Surpris, Lee regarde sa voisine, un sourcil interrogateur et un rictus au coin des lèvres.
-« Enfin, je veux dire… Vous n'êtes pas gros. » Tente-t-elle de rectifier en détournant le regard vers la vitre passager.
Il faut qu'elle change de sujet et rapidement. Ils sont presque arrivés.
-« Quelle est notre couverture cette fois ? » Demande-t-elle.
-« Et bien, vous allez être contente. Figurez-vous que le thème de ce weekend c'est la « redécouverte de l'autre ». »
-« Le thème ? »
-« D'après Francine, le centre organise un weekend pour les couples qui veulent faire renaitre la flamme. » S'amuse Lee.
-« Les couples ? Et donc, nous sommes ? »
-« Mariés. Félicitations madame Stedman. »
-« Mariés !» Répète Amanda, abasourdie.
-« Attendez, la dernière fois, vous m'avez reproché d'être ma secrétaire. Cette fois, nous allons jouer les couples mariés, je croyais que c'est ce que vous vouliez ! » S'étonne l'agent.
-« Lee, nous allons passer le weekend dans un centre de remise en forme pour retomber amoureux ? »
-« Oui, et ? »
-« Et ça n'a rien à voir avec la mission à l'ambassade ! »
-« Qu'est-ce qui n'a rien à voir ? Nous sommes en mission, sous couverture. C'est la même chose ! »
-« Mais il ne s'agit pas d'une mission de quelques heures mais, de quelques jours ! »
-« Effectivement. Ecoutez Amanda, j'avoue que je n'arrive pas à vous suivre là. »
-« Lee ! » Supplie la jeune femme.
-« Amanda ! » Répète le jeune homme.
-« ça change tout ! »
-« ça change quoi ? » Demande-t-il maintenant agacé.
-« ça veut dire…. » Commence-t-elle gênée.
-« ça veut dire ? »
-« ça veut dire qu'on va être dans la même chambre, Lee. »
-« Vous êtes perspicace madame Stedman. »
-« Oh ! Je vous en prie, ne m'appelez pas comme ça ! »
-« Ecoutez, c'est un weekend pour les amoureux. Ce n'est pas moi qui choisis ! Si vous voulez, il est encore temps de faire demi-tour ! »
-« Non… c'est juste que…. » -« Que quoi Amanda ? »
-« Bon, écoutez, ce n'est pas grave. On demandera à installer un lit de camp. Ça ira. J'ai déjà fait ça avec les enfants et c'était très confortable ! En plus, ce n'est que pour deux nuits. La dernière fois, ça a duré une semaine et …. »
Elle est interrompue par un grand coup de freins. Lee arrête la voiture et se tourne vers sa partenaire.
-« Non Amanda, on ne demandera pas un lit de camp ! Il s'agit d'un weekend de retraite en amoureux, pas d'un weekend scout camping et feu de camp ! » Amanda réfléchit.
-« Ecoutez Amanda, on peut toujours annuler la mission…. »
-« Non. Le canapé ! Il y aura sûrement un canapé ! Vu le prix du weekend, ils auront sûrement un canapé dans la chambre. Et puis, ce ne sera pas un première pour vous, souvenez-vous la mission où… »
-« Je m'en souviens Amanda. Je prendrai le canapé, ça vous convient ? » Concède Lee, le souvenir du mal de dos se rappelant à lui.
-« Oui, merci. » Dit-elle souriante, soulagée d'avoir trouvé un compromis.
Il redémarre et reprend la direction du parking. Affublés de leurs sacs de voyage, ils arrivent à l'accueil de l'établissement : un hôtel de luxe, moderne malgré la façade ancienne. Lee fait un rapide tour d'horizon. Le hall d'accueil est très haut de plafond. Il est éclairé par des reflets dorés venant tantôt des plafonniers tantôt des énormes baies vitrées laissant passer les rayons du soleil. Le sol clair et brillant complète le côté luxueux de l'endroit. Les carrelages sont grands, d'un blanc étincelant sur lequel figure un liseré noir, très fin. A droite de l'entrée, un salon composé de quelques fauteuils épars et d'un bar. En face, un énorme dégagement. Au fond, une grande pièce. Certainement le restaurant. Juste à côté, un corridor. De leur position, il ne peut pas voir où il mène. Sur le côté ouest se dresse un énorme escalier central style colonial et pourtant très moderne. A gauche, la réception en bois d'ébène finement travaillée. Elle est suffisamment longue pour permettre à trois personnes de travailler aisément. Derrière les réceptionnistes, se trouvent des casiers pour ranger le courrier que les résidents reçoivent.
-« Bonjour, Monsieur et Madame Stedman. » Se présente Lee, bras dessus bras dessous avec Amanda.
-« Bonjour monsieur Stedman. Bienvenue au centre. Votre chambre est prête. C'est la numéro 102, au premier étage. » Répond le réceptionniste en lui tendant les clés.
-« Dans votre chambre, vous trouverez le planning des activités de ce weekend. Notre objectif : vous rendre plus amoureux qu'au premier jour. » Continue-t-il en souriant.
-« Merci, je suis sûr que ça va être formidable, n'est-ce pas mon amour ? » Renchérit Lee en regardant sa compagne.
-« Oui, certainement, chéri. » Complète Amanda.
Alors qu'ils entrent dans leur chambre, Lee pose ses bagages sur le lit et commence à ouvrir sa valise. Amanda fait le tour de la pièce. Les murs sont tapissés de rose poudrée, à peine visible. Des tentures rouge sang encadrent les deux portes fenêtres qui mènent au balcon. Au milieu de la pièce, face à la lumière, trône un grand lit. Il semble très confortable, Elle se met à rêver d'avoir le même dans sa petite chambre, chez sa mère. Non, il ne rentrerait pas. Dans un coin, une chaise accompagne une petite table en guise de bureau. Dessus, se trouvent un téléphone et un dépliant à l'effigie de l'hôtel. Juste à côté, la porte menant certainement à la salle de bains. La chambre est décorée avec goût. Elle n'est pas très grande mais reste cependant d'une taille tout à fait correcte pour le standing de l'établissement.
-« Lee, nous allons avoir un… » Lee pose son doigt sur sa bouche en signe de silence.
-« La chambre est tout à fait charmante. » Constate faussement le jeune homme, un appareil à la main.
Il parcourt la pièce. Amanda a compris, il cherche des micros.
-« Oui, tout à fait charmante. Et regardes la vue qu'on a ! Le lac est magnifique ! » Dit-elle en tirant le rideau blanc qui cachait la vue.
-« Nous serons bien ici ce weekend, mon amour. » Continue Lee.
-« Oui, j'ai hâte de commencer les activités. » Renchérit Amanda en prenant le dépliant sur la table de chevet.
-« Tout est clair. Il n'y a rien. » Conclut-il en repliant l'appareil.
-« Lee. » -« Quoi ? » Demande-t-il, le nez dans sa valise.
-« Lee. » Insiste Amanda.
-« Quoi ? » S'énerve-t-il en relevant les yeux.
-« Il n'y a pas de canapé. » Constate la jeune femme. Scrutant la chambre à son tour, l'agent confirme.
-« Et alors ? »
-«Et alors ! Où est-ce que vous allez dormir ? » Il regarde le lit.
-« Ici ! C'est assez grand pour nous deux. »
-« Lee. » Supplie Amanda. Il sait ce qui la dérange.
Dormir dans le même lit qu'un homme avec qui elle n'est pas mariée va à l'encontre de ses principes. Il se rapproche de la jeune femme et lui prend doucement les mains.
-« Amanda, vous savez qu'il ne se passera rien. » dit-il sur un ton rassurant.
-« Je dormirai sur les draps, ça vous va ? » Lui propose-t-il, le nez à nouveau dans sa valise.
-« Sur les draps ? » Insiste-t-elle.
-« Sur les draps. » Il la regarde, un sourire aux lèvres.
-« Habillé ? »
-« En pyjama. » lance-t-il fièrement en sortant un tee-shirt et un short.
-« Il ne s'agit que de deux nuits. » Tente de se convaincre Amanda en défaisant à son tour ses bagages.
-« Deux nuits et pas une de plus. »
Ils commencent à ranger chacun leurs affaires : les vêtements dans la commode et les affaires de toilette dans la salle de bains. -« Lee. » Interpelle Amanda. -« Quoi encore ? » Râle-t-il.
-« J'ai un problème. »
-« Que vous arrive-t-il ? »
-« J'ai oublié ma chemise de nuit » constate-t-elle, « comment je vais dormir ? » S'inquiète-t-elle.
-« Tenez, ça vous ira très bien. » Lance-t-il en lui tendant une de ses chemises.
Dubitative, elle prend le vêtement et l'installe sur le lit.
-« Bien, quelle est la première activité ? » Demande Lee.
-« L'honnêteté dans le couple. » Lit-elle.
-« ça promet d'être passionnant. » Soupire le jeune homme, « très bien, allons-y."
Lee et Amanda traversent le hall de l'hôtel et suivent les autres couples qui se dirigent vers le restaurant. Lee en profite pour jeter un coup d'œil vers le mystérieux couloir. Alors qu'il a les yeux braqués sur sa cible, Amanda le tire par le bras, l'obligeant à la suivre pour se diriger vers une baie vitrée donnant vers l'extérieur. Collant parfaitement à l'image luxueuse du bâtiment, le jardin a tout du style anglais : de la verdure à perte de vue, entrecoupée d'arbres et de buissons, le tout aménagé avec finesse. Un petit cours d'eau court au milieu de ce paradis. Le groupe se dirige vers un abri sous lequel sont installées des rangées de chaises. Parfaitement alignées, elles se divisent en deux groupes afin de laisser un passage au milieu. Face à elles, une petite estrade en bois. En guise de toit, du lierre s'enroule majestueusement autour des lambourdes dissimulant presque l'intégralité de la structure. Des petites branches pendent çà et là. L'endroit est romantique sans pour autant être ostentatoire. Tous les couples s'installent calmement, prenant le temps d'admirer le cadre dans lequel va bientôt se dérouler le premier exercice. Une femme âgée d'environ quarante ans, se dresse sur l'estrade. Cheveux courts tirant sur le blond, les yeux clairs, l'embonpoint lui va très bien. Le visage doux, elle aspire confiance et attire les confidences. Elle laisse le groupe le temps de s'installer.
-« Bienvenue ! Et merci pour la confiance que vous vous apprêtez à m'accorder car, oui, je suis consciente qu'on ne se connait pas encore et que nous allons explorer ensemble les endroits les plus intimes et les plus secrets de votre couple. Alors, je me présente : je m'appelle Candice. Je suis mariée depuis plus de vingt ans et j'ai deux magnifiques enfants et, comme vous, mon histoire n'a pas toujours été un long fleuve tranquille : mensonges, non-dits, trahisons, séparations, renouvellement de la vaisselle (des rires discrets se font entendre). Bref, je pense avoir tout exploré en dehors du divorce. J'ai créé ce séjour pour éviter que, comme moi, vous ne tombiez dans la spirale infernale de la souffrance, de la peur d'aimer et de perdre le seul être capable de supporter tous vos défauts, vos caprices, vos peurs et que vous ne deviez casser la vaisselle reçu en héritage parce qu'il ne vous reste plus que ça ! »
Son objectif est atteint, les résidents se détendent.
-« Très bien. » Commence l'animatrice.
-« La première chose qu'il faut absolument retenir c'est le dialogue. Sans le dialogue, vous ne pouvez pas vous comprendre. Alors, j'entends déjà ces messieurs se plaindre que mesdames ne font que ça de dialoguer… »
Un sourire apparait sur le visage de Lee qui repense à toutes les fois où Amanda a pu lui raconter toutes ses péripéties. Les siennes mais aussi celles de ses enfants, de sa mère, de son oncle Harry…
-« …Mais, il faut que vous compreniez deux choses : les femmes ne parlent qu'aux gens en qui elles ont confiance... » Candice fait une pause, prenant le temps de regarder chaque homme.
-« … et elles ne se confient qu'aux personnes qu'elles aiment. » Candice fixe chaque homme. Certains tournent leur bassin comme s'ils cherchaient à s'enfoncer un peu plus dans leur chaise, d'autres baissent la tête semblant réfléchir aux paroles qu'ils venaient d'entendre.
-« Alors messieurs, comprenez bien que si vous considérez qu'apporter tout le confort matériel à votre femme suffit à la rendre heureuse parce que vous êtes l'homme de la maison et que c'est votre devoir, saisissez bien une chose : elle s'en moque éperdument. Les mentalités ont évolué vous savez ! La plupart d'entre elles travaille aujourd'hui ! C'est peut-être d'ailleurs là que vous l'avez rencontrée ! Au bureau ! Elle n'était peut-être, au départ, qu'une collègue, la comptable ou la secrétaire de direction. Vous étiez peut-être amis ou voisins ! Ce que je veux vous expliquer c'est qu'aujourd'hui, rien n'a changé. Vous êtes toujours son collègue ou son ami. C'est juste que maintenant, vous êtes surtout bien plus que ça : vous êtes son confident, son partenaire de vie, son amant, son intérêt principal. Et oui, je vous l'accorde : son psychologue aussi. »
Elle laisse le temps aux hommes d'encaisser l'idée et note une certaine fierté dans le regard de certaines femmes.
-« Quant à vous mesdames, le silence de ces messieurs ne signifie pas qu'il se moque de ce que vous lui dites. Il ne signifie pas non plus qu'il n'écoute pas ou qu'il ne veut pas se confier ! Certes, il parle moins que vous voire, beaucoup moins que certaines d'entre vous mais, cela ne veut pas dire pour autant qu'il ne vous considère pas ! Mais si vous savez regarder, il vous révèle ce qu'il y a de plus fragile, de plus précieux, de plus délicat. Allez ! Levez la main celle qui n'est pas capable de voir quand son mari ne va pas bien. »
Elle attend quelques secondes avant de reprendre devant l'absence de mouvement.
-« Très bien. Alors dites-moi celle qui n'est pas capable de déceler de la tristesse, de la fatigue, un moment de faiblesse. Dites-moi celle qui, rien qu'en le regardant, n'est pas capable de comprendre ce qui le tourmente. Allez mesdames ! Du courage ! Qui osera me dire qu'elle a besoin d'entendre des mots sur la souffrance de son mari ? Dites-moi celle qui n'a jamais été capable, d'instinct, de prendre le relai de son mari ? Laquelle d'entre vous n'a pas anticipé son retour du travail en lui préparant son plat préféré, un jour où elle savait qu'il allait rentrer fatigué ? Dites-moi mesdames que vous avez besoin d'entendre ce qui se passe dans sa tête ou dans son cœur parce que vous ne le connaissez pas à ce point ? » Candice s'arrête à nouveau et scrute le visage des femmes. Elles ont toutes la tête baissée.
-« Et maintenant mesdames, soyez honnête : laquelle n'a jamais eu le soutien silencieux de son mari un jour où elle était fatiguée. Lequel d'entre eux ne vous a jamais pris dans ses bras alors que vous n'avez rien dit de votre mélancolie, de votre tristesse ou de votre mal-être ? Lequel n'a jamais été jaloux parce qu'il avait peur de vous perdre ? Maintenant, j'aimerai juste que vous vous demandiez si les mots sont si importants ? »
C'est au tour d'Amanda de repenser à tous ces moments où il était là pour elle. Ces missions difficiles où il l'a prise dans ses bras, où il est venu la chercher se moquant des conséquences. Tous ces moments où, rien qu'à son regard, elle comprenait ce qu'il attendait. Ces soirs où il se cache sous sa fenêtre de cuisine, juste cinq minutes, pour ne lui parler de rien. Toutes ses attentions quotidiennes dont il ne semble même pas être conscient. C'est vrai, ils sont plus que des collègues, ils sont amis. Est-ce vraiment tout ? Est-elle vraiment si importante pour lui ? Mais à quel point ? Son cœur se serre, le doute s'installe. Elle lutte contre cette douce utopie d'avoir un jour plus que son amitié, elle tente de se résonner. Il faut qu'elle reste réaliste. Lee observe la jeune femme du coin de l'œil. Son émotion est palpable. Il lui prend la main comme pour la rassurer. Elle le regarde à son tour. Elle perd pied, elle n'arrive plus à gérer ses pensées, il faut qu'elle s'éloigne, vite.
-« Excusez-moi », Dit-elle en se levant.
-« Que se passe-t-il, Amanda ? » Demande Candice.
-« Je ne me sens pas très bien, le voyage m'a épuisé. » Explique-t-elle en partant.
Lee se lève à son tour, perturbé par la réaction de sa collègue.
-« Excusez-moi. » Dit-il simplement avant de la suivre.
-« Et voilà, mesdames : un parfait exemple d'amour silencieux. » lance Candice, le sourire aux lèvres.
-« On reprend. » Dit-elle alors que Lee rentre dans le bâtiment.
Alors qu'il s'apprête à monter les escaliers, il jette un coup d'œil vers le couloir. Deux hommes en blouse blanche se dirigent vers le fond. Il les suivrait bien mais le réceptionniste a les yeux braqués sur lui. Pas maintenant, il doit rejoindre Amanda.
Seule dans la chambre, la jeune femme se regarde dans la glace de la salle de bains. Pourquoi est-elle si perturbée ? Ce n'est qu'une mission après tout ! Tout ce qu'elle a entendu ne peut pas s'appliquer à elle. Il faut qu'elle reprenne le dessus sinon, Lee voudra annuler la mission. Elle entend la porte de la chambre s'ouvrir.
-« Amanda ? » Interroge Lee en entrant.
Elle s'essuie le visage, se redresse et souffle un bon coup.
-« Je suis là. » Indique-t-elle en essayant de montrer son plus beau sourire.
-« Est-ce que tout va bien ? » Demande-t-il inquiet.
-« Oui, juste un petit coup de fatigue. »
-« Vous êtes sûre ? » Insiste-t-il n'en croyant pas un traitre mot.
-« Oui, oui ! La route a été longue. »
-« Et maintenant ? » Demande-t-elle.
-« et maintenant, il est l'heure d'aller poser des questions, madame Stedman. » Lui sourit-il en regardant sa montre.
-« Très bien, allons-y monsieur Stedman. » Lance-t-elle en se dirigeant vers la porte.
Toujours devant la sortie, il ne bouge pas et fixe sa partenaire. Il tente de déceler ce qui l'a perturbée à ce point. C'est vrai que ce qu'a dit Candice l'a troublé aussi. Coincée, Amanda le regarde à son tour et remarque ses yeux posés sur elle.
-« Lee ? »
-« Allons-y. » Dit-il en lui prenant le bras. Attablés avec les autres convives, Lee et Amanda filent le parfait amour. Cherchant à glaner des informations, ils n'arrivent à rien. Les gens semblent être ici pour bénéficier des bons soins du centre. Une fois le repas terminé, ils se dirigent vers le bar. Les meilleures sources d'informations sont souvent détenues par le seul qu'on ne remarque jamais : le barman.
-« Un whisky et un rosé, s'il vous plait. » Demande Lee, accoudé au bar.
-« Tenez, monsieur. »
-« Dites-moi, ma femme a quelques problèmes de santé. Vous avez un médecin ici ? »
-« Oui, monsieur. L'infirmerie se trouve juste derrière vous, à côté de la réception. Vous prenez ce couloir et vous arrivez à l'infirmerie. » Répond le serveur en tendant le bras dans la direction du couloir près de l'escalier.
-« par là, vous dites ? J'aurai pourtant juré voir des infirmiers par là. » Insiste Lee en montrant le couloir mystère.
-« Ça m'étonnerait monsieur. Par là, vous allez au sous-sol. C'est une zone interdite au public.»
-« C'est peut-être réservé aux personnels. » Tente Lee.
-« Oh non, monsieur, c'est une zone de stockage. C'est là qu'on nous livre les marchandises. Il n'y a rien là-bas. Il y a du personnel pour gérer l'approvisionnement. Les infirmiers n'ont pas le droit d'y aller. Peut-être avez-vous confondu avec les manutentionnaires.»
-« Bien sûr. C'est évident.» Sourit-il. Lee prend les deux verres et rejoint Amanda assise un peu plus loin.
-« Vous avez appris quelque chose ? » Demande-t-elle alors que Lee lui embrasse le dos de la main.
-« Oui. Je suis sûr que ce palace sert de couverture. On nous cache quelque chose. J'irai faire un tour cette nuit au sous-sol. »
-« Au sous-sol ? Pourquoi ? »
-« J'ai vu deux molosses déguisés en infirmiers aller par là-bas. »
-« Et alors ? Ils descendaient peut-être chercher du matériel. »
-« C'est possible mais j'ai comme un doute. »
-« Pourquoi ? »
-« La dernière fois qu'on m'a prescrit du plomb, j'ai failli en mourir. Et ce n'était pas une allergie. »
-« Pourquoi dites-vous ça ? »
-« Le 9 mm qu'ils avaient à la ceinture est un bon indice. S'ils sont infirmiers, moi : je suis le roi du pétrole. » Ironise l'agent.
-« En attendant, il y a une autre animation en fin d'après-midi. Nous devrions nous reposer un peu surtout si vous voulez jouer les espions cette nuit. » Propose Amanda.
Ils se lèvent, laissant les verres encore pleins sur la table. Ils arrivent dans la chambre, Lee s'écroule sur le lit, épuisé.
-« Lee » Interpelle la jeune femme.
-« Quoi encore ? » Grommelle-t-il en se poussant vers le bord, ne daignant même pas ouvrir les yeux.
-« S'il vous plait. »
-« Quoi ? Vous préférez dormir de ce côté-là ? »
-« Non ! Mais… »
-« Amanda, je suis fatigué. Je vais juste faire une petite sieste d'accord ? » Résignée, Amanda cède.
-« D'accord. Et bien moi, je vais aller sur le balcon. »
-« C'est ça, bonne idée. » Soupire-t-il alors qu'il s'endort.
L'air est chaud, le soleil caresse sa peau. Appuyée sur la rambarde, elle ferme les yeux pour profiter de l'air pur. Elle reste là, à apprécier le calme et la beauté de la nature. Rien, il ne se passe rien. Elle vit pleinement ces moments trop rares pendant lesquels elle n'a pas à s'inquiéter ou à faire semblant. Il est là, à côté, à ses côtés. Il dort. Il ne risque pas sa vie, il n'est pas en train de courir après elle ne sait quoi. Il est là, si près et pourtant si loin. Elle aime ces missions où il n'est qu'à elle. Ces petits moments où la vie normale reprend ses droits, ces moments où leur vie ressemblerait presque à celle de tout américain moyen. Cette vie qu'elle avait avant. Elle fait du bien, elle est rassurante, elle est… tellement ennuyeuse ! Ça fait quelques heures qu'elle est sur le balcon, assise sur une chaise. Elle a profité de ce moment pour reprendre le dossier et l'éplucher encore. Elle en connait chaque mot, chaque virgule. Elle le connait par cœur et pourtant, elle n'arrive pas à reconstituer l'histoire. Il lui manque des morceaux. Pourquoi seule une partie du dossier est arrivée sur le bureau de Billy ? Pourquoi la personne qui l'a transmise n'a pas donné toutes les informations ? Pourquoi attendre trois mois et deux morts ? Pourquoi le transmettre à Billy ? Quel était le but recherché ? Le but : voici l'élément qui manquait. Cette mission aurait très bien pu rester au service du contre-espionnage. Lee et Amanda n'ont rien découvert de vraiment nouveau. Alors quel est le but ? Et qui se cache derrière tout ça ? Elle est sortie de ses pensées par un bruit venant du jardin, en contre-bas. Un homme et une femme semblent se disputer. De son point de vue, et éblouie par le soleil, Amanda ne distingue rien.
-« Je t'ai dit que je m'en occupais. »
-« Pour l'instant, je ne vois rien. »
-« Je te dis que ça va marcher. »
-« On verra. » Ce sont les derniers mots qu'elle réussit à entendre, le couple est parti.
-« ça va ? Ça fait longtemps que vous êtes là ? » Demande une voix masculine derrière elle.
Elle se retourne. Elle ne l'a pas entendu se lever.
-« Oui. Bien dormi ? »
-« Oui, ça fait du bien. » Répond Lee en s'étirant.
-« A quelle heure la prochaine attraction ? » Interroge-t-il. Amanda regarde sa montre.
-« ça commence dans dix minutes. Il serait bien que nous nous montrions. »
-« Ouais » Soupire-t-il, ne cachant pas sa lassitude.
De retour sous le patio, Candice est à nouveau sur l'estrade. Elle attend l'arrivée de tous les résidents. Elle sourit à l'apparition d'Amanda, contente de voir la main de Lee posé sur son dos.
-« Mesdames, messieurs, j'espère que vous avez bien mangé. Cet après-midi, nous allons nous promener. Comme vous le voyez, le cadre se prête tout à fait au prochain exercice. » Dit-elle en tendant le bras vers le jardin.
-« L'objectif est de découvrir une nouvelle forme de dialogue. Comme je vous l'ai expliqué ce matin, il y a celui qu'on entend, celui qu'on voit et celui qu'on ressent. J'aimerai que vous appreniez à voir celui auquel vous n'avez pas prêté d'attention jusque-là. Il peut donc être oral, silencieux voire tactile. A vous de voir. Trouvez-vous l'endroit que vous jugerez le plus approprié à cet exercice et laissez-vous porter. Faites-vous confiance et surtout : faites-lui confiance ! »
-« C'est une occasion inespérée. » Lance Lee.
-« Pourquoi ? » Demande Amanda.
-« Le personnel ne traine pas dans le jardin et les résidents ne s'occuperont pas de nous. Je vais en profiter pour explorer les alentours. »
Les couples se dispersent pour envahir l'espace infini qu'offre le jardin. Il est aménagé de sorte qu'il est facile pour chacun de s'isoler des autres, ne pas être vu. C'est donc naturellement qu'Amanda et Lee se dirigent vers le couloir, espérant pouvoir voir quelque chose à travers les baies vitrées. Une orangeraie longe le bâtiment. Une table en pierre accompagnée de deux bancs trône au milieu de ce petit paradis. C'est l'endroit parfait pour espionner sans être vu. Lee se rapproche de la verrière. Il regarde au travers et distingue une double porte battante en bois, ornée d'un œil de bœuf. Il revoit les deux infirmiers qui marchent en direction les deux battants : deux molosses, les cheveux rasés, le teint slave, le visage carré. Je n'aimerais pas tomber malade, pense l'agent, notant la présence des deux armes à feu. Les deux hommes regardent autour d'eux avant de passer les portes. Avant de se faire repérer, il se précipite vers Amanda déjà installée sur la table. Il s'assoie face à elle, lui prenant les mains.
-« J'ai revu les deux armoires à glace. Je suis convaincu qu'il y a quelque chose au sous-sol. » Affirme Lee.
-« Le laboratoire ? »
-« Je ne sais pas mais, il faut que j'aille voir. Attention, je crois que c'est à vous de jouer.» Lance-t-il en voyant Candice arriver vers eux.
-« très joli coin, très bon choix. » concède la jeune femme.
-« Amanda, comment allez-vous depuis tout à l'heure ? Vous avez réussi à vous reposer ? »
-« Oui merci. Une bonne sieste réparatrice, il n'y a que ça de vrai. » Répond Amanda sur un ton enjoué.
-« Très bien. Alors, racontez-moi un peu. Comment vous-êtes-vous connus ? » Continue-t-elle en s'installant entre les deux.
-« Il m'a fait prendre le train. » Rit Amanda en se remémorant leur première rencontre.
-« Il vous a emmené en voyage ? »
-« Non, il m'a demandé de remettre un message à son ami qui se trouvait dans le train. »
-« Vous deviez monter dans ce train ?»
-« Non, pas du tout ! J'étais là pour raccompagner un ami. »
-« Et vous êtes montée ? »
-« Oui ! Et je me suis retrouvée en chemise de nuit en partance pour New York. Et le pire, c'est que je ne connaissais même pas Lee à ce moment-là ! »
-« Alors, pourquoi avoir fait ça ? »
-« Je ne sais pas… Son regard sûrement. J'ai eu envie de l'aider, je pense. » Soupire Amanda en regardant Lee.
-« Et vous, Lee, pourquoi avoir interpelé Amanda ? »
-« Et bien, j'allais rater le train et il fallait absolument que je vois mon ami donc… »
-« Pourquoi Amanda ? Elle était seule sur le quai ? »
-« Non, c'était bourré de monde, le train allait partir. »
-« Alors, pourquoi Amanda ? »
-« Je ne sais pas… Encore aujourd'hui, je ne sais pas. Je courrais et elle m'est tombée dans les bras, alors… » Murmure-t-il.
-« Et vous demandez ce genre de service à toutes celles que vous attrapez ? »
Un silence s'installe, les yeux dans les yeux, l'évocation de ce souvenir réveille chez chacun d'eux quelque chose de troublant, qu'ils avaient presqu'oublié. L'animatrice remarque leur sourire et continue.
-« Lee, dites-moi, quel est le plus beau souvenir que vous ayez avec Amanda ? »
C'est alors qu'il se remémore le premier noël qu'ils ont passé ensemble, enfermés dans une cabane au milieu de la forêt tentant de convaincre Ted Rudolph de ne pas divulguer la liste des agents en mission. Alors qu'il venait d'être blessé par des agents russes, Amanda a réussi un miracle ce jour-là en imposant une trêve. C'est comme ça que, pour la première fois, Lee s'est retrouvé à partager un festin de boites de conserve avec ses pires ennemis. Il en est persuadé : il n'y a qu'elle pour mettre fin à une guerre. Le sourire qu'il affiche n'échappe pas à Amanda qui sourit à son tour, se demandant à quoi il songeait. -« Pensez-vous pouvoir faire confiance à Amanda ? » Demande l'animatrice. Cette fois, il se souvient de la mission pendant laquelle il avait fait croire à tous qu'il avait perdu pied. Afin de convaincre le bureau, Lee avait simulé qu'il était fini, au bout du rouleau. Menacé d'être enfermé dans un bureau après l'échec de trois missions dont il était responsable, il avait même été jusqu'à démissionner de l'agence afin d'infiltrer une organisation terroriste. Amanda a été la seule à avoir cru en lui, la seule à être allée le chercher pour le ramener, la seule qui ne l'a jamais laissé tomber.
-« Oui. » Murmure-t-il dans un soupir à peine audible.
Il ne sourit plus. Amanda non plus d'ailleurs, elle sent ses mains se resserrer sur les siennes alors qu'il ne la quitte pas des yeux.
-« Quel est le pire souvenir que vous ayez ? » Le premier qui lui vient en tête est la fois où Hollander a failli la tuer. Et puis, celle où il lui a donné le sandwich empoisonné qui lui était destiné, ou encore celle où, à cause de la capture de Rostov, elle a été kidnappée à sa place pour être envoyée en Russie, cette fois où elle a failli mourir… Sentant la douleur qu'évoquent ces souvenirs chez le jeune homme, l'animatrice passe à une autre question.
-« Avez-vous déjà ressenti de la jalousie envers les hommes qui entourent Amanda ? »
-« Moi, jaloux ? » S'exclame-t-il.
-« Oui, vous. » Insiste la jeune femme, amusée.
Dean McGuire, Delano, Benson, Alan Squires, Conrad Barnhill, Lord Ralph Bromfield et bien sûr Jo King, son ex-mari dont elle lui rebat les oreilles à la première occasion. S'il ne connait pas tout le passé d'Amanda, il sait que Jo tient encore une place particulière dans son cœur. Séduisant, intelligent et aisé, il pourrait reconquérir son premier amour. Et Amanda quitterait alors l'agence pour reprendre la vie qu'elle mérite : une vie de famille stable et sécurisée. Jo est celui qui pourrait l'enlever, la faire disparaitre de sa vie, il en est convaincu. Amanda l'observe, remarque toutes les mimiques de son visage et la colère dans ses yeux. Les mains serrent les siennes jusqu'à lui faire mal mais elle ne le lâche pas. Candice étudie la scène qui se joue devant elle.
-« Amanda, que croyez-vous que Lee ressente à cet instant ? »
-« De la colère, de la peur, de la tristesse. » Murmure-t-elle, inconsciente d'avoir répondu à haute voix.
-« Et vous Lee. Que voyez-vous ? »
-« De l'inquiétude, de la compassion. »
-« C'est bien. » Dit-elle en se relevant.
-« Je vous conseille de la lâcher avant de lui casser un os. » Lance-t-elle, amusée alors qu'elle s'éloigne du couple.
Il regarde ses mains, ses doigts sont blancs.
-« Pardon ! » Souffle-t-il, « ça va ? Je vous ai fait mal ? »
-« Non, ça va. » Répond-elle en se frottant les extrémités. L'exercice est terminé, Lee veut s'éloigner d'Amanda.
-« Retournez dans la chambre et appelez Billy. Faites-lui votre rapport. » Ordonne-t-il.
-« Et vous ? Qu'est-ce que vous allez faire ? »
-« Je vais chercher une voie d'accès pour ce soir. » Tandis qu'elle le regarde s'éloigner, elle se frotte les mains encore douloureuses. A quoi a-t-il bien pu penser pour qu'il réagisse comme ça ?
De retour dans la chambre, Amanda est au téléphone avec Billy lui expliquant la piste que Lee est en train de suivre.
-« Soyez prudents, pas de risque inconsidéré. Et dites à Lee que c'est un ordre ! »
-« Je transmettrai monsieur. Qu'en est-il de Francine ? Vous avez des nouvelles ? »
-« Oui, il n'ont rien trouvé. Le bâtiment était vide. Francine pense qu'il s'agissait peut-être de leur ancien laboratoire. Elle a retrouvé un fauteuil d'examen et des tubes à essai mais rien de récupérable. Ils vont interroger les habitants alentour et pensent rentrer demain en fin de journée. »
-« Très bien. Je vous laisse, je dois encore étudier le dossier du S.I.C.E. »
-« Bonne chance Amanda. Et rappelez-moi si vous trouvez quelque chose. »
-« Oui, monsieur. Bonne soirée. » Il est bientôt l'heure d'aller diner et Lee ne revient pas.
Elle commence à s'inquiéter. Ça fait déjà presqu'une heure qu'elle n'a plus de nouvelle et la nuit commence à tomber. Que doit-elle faire ? Attendre encore ou rappeler Billy ? Elle tourne en rond, regardant par la fenêtre pour guetter son arrivée. Elle n'aime pas quand il part ainsi sans elle. Et s'il se faisait attraper ? Alors que son angoisse continue à monter, Lee passe la porte.
-« Vous êtes prête ? »
-« Prête à quoi ? »
-« Pour aller diner ! C'est l'heure ! » Dit-il en lui indiquant sa montre.
-« Oui, c'est vrai. Allons-y. » Elle ne peut s'empêcher de l'observer, s'assurant qu'il va bien.
Si l'angoisse est partie, l'inquiétude, elle, est toujours là. Ils arrivent au restaurant et s'installent à l'écart des autres, à l'abri des oreilles indiscrètes.
-« Alors ? » Interroge Amanda.
-« J'ai trouvé un passage derrière le bâtiment qui mène tout droit au sous-sol. Il n'y pas de caméra, la porte n'est pas gardée. »
-« Lee, je n'aime pas ça. »
-« Ecoutez, il y a peu de chance… » Il s'interrompt à l'arrivée du serveur, lui laisse le temps de poser les plats et repartir, avant de reprendre.
-« Il y a peu de chance que nous soyons au bon endroit. »
-« J'ai eu Billy tout à l'heure. Francine et Fedman n'ont rien trouvé. Le bâtiment était vide. »
-« Dommage. »
-« Ils soupçonnent l'endroit d'avoir été l'ancien laboratoire. Mais ils ont tout vidé avant de partir. » Le jeune agent réfléchit.
-« Lee, ça veut dire que la probabilité qu'on soit au bon endroit est très élevée. »
-« Amanda, on ne sait même pas si notre piste est la bonne ! Je vous rappelle qu'on est parti d'une simple liste ! »
-« Je n'aime pas ça. » Répète-t-elle.
S'il y a une chose que Lee ne sous-estime plus, c'est le pré-sentiment d'Amanda. Il s'est avéré redoutable plus d'une fois.
-« Je serai prudent, promis. » lui murmure-t-il en lui déposant un baiser sur la main.
-« pas de risque inconsidéré. C'est un ordre de Billy !»
-« Pas de risque inconsidéré. Très bien madame, à vos ordres. »
Le dessert terminé, le couple remonte dans sa chambre.
-« Qu'est-ce que vous faites ? » Demande la jeune femme tandis que Lee est en train de se déshabillé.
-« Je vais me changer. Le pull blanc et les chaussures cirées : ce n'est pas très discret pour faire ce que je m'apprête à faire. »
Le voilà à nouveau torse nu devant elle. Elle aimerait détourner le regard mais ce corps si musclé, si parfait l'envoute totalement. Il enfile rapidement un pull col roulé noir et remplace ses chaussures par des bottes montantes type commando.
Ça fait bientôt deux heures que Lee est parti. Amanda a tenté de s'occuper l'esprit. Elle a pris une douche, s'est séché les cheveux et s'est installée sur le lit, le dossier à la main. Elle a enfilé la chemise que l'agent lui a prêtée en guise de tenue pour la nuit. Bien trop grande, lui arrivant à mi-cuisses, elle a dû retrousser les manches. L'odeur du vêtement l'ensorcèle malgré elle. Les fragrances lui rappellent l'homme, elle se surprend à étreindre le tissu sur sa peau. Elle repose le dossier sur le lit et va jusqu'au balcon, espérant l'apercevoir puis, retourne à sa lecture. Elle effectue ce balai régulièrement depuis son absence. La nuit est noire et sans lune. Elle ne le distinguerait même pas s'il était à côté d'elle. Tout est silencieux, trop silencieux. Pourquoi ce silence ne la rassure-t-il pas ? Elle n'arrive pas à se concentrer. Ou est-il ? Est-ce qu'il va bien ? Encore dix minutes et elle appelle Billy. Elle entend la poignée de la porte. Cette dernière s'ouvre doucement. Lee est enfin rentré. D'un bond, elle se lève.
-« Est-ce que tout va bien ? Vous avez pu voir quelque chose ? »
-« Oui, je vais bien et oui, j'ai tout vu. » Dit-il en s'asseyant sur le bord du lit pour enlever ses chaussures.
-« Le laboratoire est là ? »
-« Oui, et les méchants aussi. » Il a déjà enlevé le pull et commence à déboutonner son pantalon.
-« Vous en avez identifié ? »
-« Non pas tous ! Ah si ! il y avait Portman, Sportman, Stordman.. arh, je ne me souviens plus. »
-« J'appelle Billy. » Décide-t-elle en décrochant le téléphone.
Elle n'a pas le temps de composer le numéro que Lee reprend le combiné et le repose. Surprise, Amanda se tourne vers lui. Il ne porte plus qu'un caleçon.
-« Vous avez oublié votre tee-shirt. » Souligne-t-elle en évitant son regard.
Il reste silencieux. Elle s'oblige à relever la tête et distingue une petite goutte de sang sur son cou. Elle se penche pour l'examiner, il a une trace de piqure. Effrayée, elle tente de s'enfermer dans la salle de bains. Il la retient par le bras et la plaque contre le mur adjacent. Elle commence à trembler, craignant le pire. Les bras tendus de chaque côté de son visage, il l'empêche de partir. Elle ne veut pas le regarder.
-« Lee, qu'est-ce que vous allez me faire ? » Murmure-t-elle.
-« L'amour. » Répond-il d'une voix suave.
Tétanisée, elle le scrute. A-t-elle bien entendu ? Elle cherche désespérément un rictus, une réaction, quelque chose qui la rassurerait, n'importe quoi. La terreur est telle qu'elle ne s'aperçoit pas qu'il a fini de déboutonner sa chemise. Son doigt descend lentement de son collier vers son ventre. Son mouvement est doux, à peine perceptible à croire qu'il n'ose pas la toucher. Il ne cherche pas encore à enlever son vêtement, se contentant des parties de son corps déjà à sa disposition. Elle frissonne à son contact. Son doigt n'est arrêté que par le fin morceau de dentelle qui protège encore son intimité. Elle pose sa main sur son poignet, espérant le stopper. Satisfait, il relève la tête. Il se rapproche encore réduisant ainsi ses chances de lui échapper. Elle détourne ses yeux et pose ses mains sur son poitrail musclé pour le repousser mais les retire immédiatement. Elle ne peut pas le toucher.
-« non » arrive-elle difficilement à balbutier.
Il sourit et l'oblige à refaire le geste. Il la tient par le poignet, elle n'a aucune force. Elle le regarde à nouveau. Elle n'arrive pas à réfléchir. Ces yeux… elle est comme hypnotisée, incapable du moindre mouvement et pourtant, elle aimerait tant que ça s'arrête. Son visage se rapproche, ses lèvres frôlent les siennes. Elle frémit, fixe cette bouche qui revient à l'assaut. Son baiser est doux, délicat, presque timide. Il contemple la moindre réaction, le moindre soubresaut avant de revenir à l'attaque plus franchement. Elle ne veut pas répondre et malgré cela, sa langue danse avec la sienne. Il enroule ses bras autour d'elle comme un serpent enroulant sa proie. L'instant d'après, il fait le même parcours que son doigt, mais avec sa bouche cette fois. Comment s'est-elle retrouvée allongée sur le lit ? Il passe sa langue entre ses seins. Les bras le long du corps, elle est paralysée. Une forte décharge électrique l'oblige à se cambrer, lui laissant libre accès à sa poitrine jusque-là recouverte de sa chemise. Il relève à peine la tête, juste ce qu'il faut pour l'admirer avant de retourner explorer cette nouvelle partie libérée. Son souffle est fort et court, elle sent chaque caresse de ses lèvres sur sa peau, son corps étendu sur elle, Amanda devine son membre viril déjà très gonflé entre ses jambes. Les mouvements de son bassin harcèlent délicieusement son intimité. Il est nu. Elle est totalement perturbée, ressentant un mélange de peur et de plaisir. il veut tout voir, toucher chaque parcelle de ce corps qu'il s'est toujours interdit d'approcher. Son membre imposant se présente à l'entrée interdite. Elle réagit d'un coup :
-« Non Lee, je ne veux pas ! » Le supplie-t-elle d'une voix éteinte.
Il se redresse et colle son front contre le sien. Elle ferme les yeux et détourne la tête. Une larme glisse le long de sa joue.
-« Regarde-moi. » Lui susurre-t-il.
Incapable de lutter, elle obéit et se plonge dans ses yeux. Elle le sent qui entre en elle, délicatement, faisant danser doucement son bassin. Elle ne peut se détourner de lui. Il va de plus en plus loin, elle le sent qui l'envahit un peu plus à chaque va et vient. Il sait qu'elle n'est pas prête à l'accueillir et pourtant, il veut sentir chaque centimètre de son espace intime. A chaque pénétration, la respiration d'Amanda se coupe. Il ne lâche pas son regard, se délectant de chacune de ses réactions. Il s'immobilise un instant avant de se retirer. Sentant le plaisir monter, elle n'espère qu'une chose, que c'est terminé. Devinant ses pensées, il lui sourit avant de donner un grand coup de reins. Elle se tend violemment, les yeux révulsés, elle empoigne les draps, incapable de reprendre sa respiration. Son bassin reprend sa danse, ses mouvements, plus vifs, restent encore doux. Il la sent lutter encore. Il la voit se mordre la lèvre inférieure pour s'empêcher d'atteindre ce qu'il veut. Ses coups de reins se font plus forts, plus rapides. Elle ne peut plus respirer, elle le supplie silencieusement d'arrêter. Elle sent son souffle chaud et saccadé sur son visage alors qu'il continue à la fixer. Plus elle s'obstine à se refuser à lui, plus il sent son plaisir grandir. Il veut la posséder entièrement. Il passe son bras autour de sa taille et l'oblige à s'assoir sur lui, la plaquant contre lui. Elle s'accroche à ses épaules, sentant sa hampe la pénétrer plus profondément. Elle se cambre, laissant échapper un gémissement de plaisir. Elle le regarde toujours. Il contracte ses muscles fessiers afin de faire bouger sa verge en elle. Elle baisse sa tête et ferme les yeux. Son corps la trahit, son bassin bouge, à son tour, au rythme de son membre. A présent, la respiration de Lee est si forte qu'elle ressemble à un râle. Il pose ses mains sur ses hanches, l'obligeant ainsi à le laisser aller plus loin encore. Leurs corps en sueur bougent à l'unisson. Il la sent vibrer sous ses doigts. Bientôt Lee ne pourra plus se contenir. Il la rallonge sur le lit. Cette fois, ses coups de reins sont brutaux et rapides. Il passe ses mains dans le creux de ses reins, l'aidant ainsi à se soulever pour faciliter l'entrée de son membre. Amanda ne peut plus résister, elle laisse éclater l'orgasme qu'elle a tenté en vain de contenir. Il se penche vers elle afin d'admirer son travail. Elle sent le liquide chaud se répandre en elle alors qu'il continue ses coups de butoir. Il rapproche son visage et plonge son regard dans le sien.
-« Je t'Aime, Amanda ». Lui murmure-t-il dans un dernier spasme.
Libéré, il lui sourit et l'embrasse, satisfait, avant de s'allonger à côté d'elle. Elle reste là, rajustant sa chemise. Son cœur bat si fort qu'elle a l'impression qu'il va sortir de sa poitrine. Ses derniers mots résonnent dans sa tête. Elle avait fantasmé sur ces mots sans jamais espérer les entendre. Il a fallu qu'il les prononce, là, à cet instant. Assise sur le lit, recroquevillé sur elle-même, Amanda revit cette dernière demi-heure. Etait-ce un cauchemar ? Un rêve éveillé ? Est-ce que ça s'est vraiment passé ? Elle est perdue : partagée entre le dégoût, la colère, le plaisir qu'il lui a donné et le fantasme inavouable qui venait de se concrétiser. Et ces mots qui repassent encore et encore. Un violent mouvement la sort de sa sidération. Elle regarde vers Lee qu'elle croyait endormi. Il est pris de violentes convulsions.
-« Lee, non ! Restez avec moi ! » Crie-t-elle, paniquée.
Elle se tient debout depuis des heures devant ces portes battantes d'un blanc immaculé, épiant chaque médecin qui entre et qui sort, elle n'a pas bougée d'un centimètre. Le sas est austère et froid. Tout est blanc et aseptisé, du sol au plafond. Et ce silence assourdissant qui l'emmène presqu'à la folie.
-« Amanda… Amanda ? » La jeune femme sort de sa torpeur et se retourne pour faire face à celui qui l'appelle.
-« Monsieur Melrose. » Soupire-t-elle, presque soulagée.
Arrivé depuis quelques minutes, ça fait un moment qu'il essaie d'attirer son attention en vain. Il sent que quelque chose ne va pas. Il a déjà vu Amanda bouleversée par la peur de perdre Lee mais, ça n'a jamais été à ce point. Même quand elle a cru à sa mort lors de l'affaire Russel Sinclair, elle avait su faire face. Il la sent si hagarde. Il remarque qu'elle porte une chemise de son partenaire, les manches toujours retroussées.
-« Amanda, est-ce que ça va ? » S'inquiète-t-il, cherchant son regard.
Elle se retourne vers la porte et laisse à nouveau son esprit la ramener dans cette chambre, à cette soirée, oubliant la présence de son patron.
-« Il a été pris de convulsions. Il voulait aller au sous-sol, il a disparu pendant deux heures. J'aurai dû vous appelé plus tôt. »
-« Amanda, vous avez fait ce qu'il fallait. Il est entre de bonnes mains. »
-« J'aurai dû aller avec lui. Il va m'en vouloir. J'aurai jamais dû venir. Il a raison. » Son discours est incohérent.
Billy a du mal à suivre mais il préfère attendre que la tension redescendre avant de l'assommer de questions.
-« ça fait combien de temps qu'il est là ? »
-« Comment ai-je pu faire ça ? Pourquoi j'ai laissé faire ? »
-« Amanda. » Tente-t-il en la prenant par les bras.
-« Depuis combien de temps est-il là ? » Revenue à la réalité, elle regarde l'homme face à elle.
-« Monsieur Melrose. »
-« Combien de temps ? » Répète-t-il doucement. E
lle regarde sa montre : 7h du matin déjà.
-« ça va faire six heures, je crois. »
Ses yeux semblent si tristes que Billy en est troublé. Elle ressemble à une petite fille effrayée qui se serait égarée. La porte s'ouvre.
-« Madame King ? » Demande un médecin.
Elle se tourne vers lui. Devant sa mine grave, son cœur s'arrête.
-« Est-ce qu'il est .. ? »
-« Non madame. Monsieur Stetson a été placé en coma artificiel pour faire arrêter les convulsions. Les premiers examens montrent qu'il n'a pas de lésions graves mais nous allons le garder un moment dans cet état pour éviter une aggravation de son état. »
-« Très bien. » Souffle-t-elle.
-« Madame, vous étiez avec lui quand il a fait ce malaise, c'est bien ça ? »
-« Oui. »
-« J'aurai besoin de savoir ce qu'il faisait juste avant de convulser. »
-« Pourquoi ? » La question d'Amanda surprend Billy.
Pour quelle raison demande-t-elle ça ?
-« Monsieur Stetson est arrivé avec des palpitations cardiaques : signe d'un effort intense ou d'un problème plus grave. Je voudrais connaitre la source de ces palpitations. »
-« C'est important ? »
A son tour, le médecin reste perplexe face à la réaction de la jeune femme.
-« Oui, c'est même très important madame. Cela va me permettre d'ajuster son traitement. » Elle reste silencieuse, pose ses mains sur ses épaules comme pour se protéger et part s'assoir sur un banc le long du mur.
-« Laissez-nous un moment s'il vous plait. » Demande Billy au médecin.
Il s'installe à côté d'elle en silence. Il connait Amanda, elle n'a jamais eu la langue dans sa poche. En plus d'être une piètre menteuse, elle a toujours dit ce qu'elle pensait et n'a jamais lésiné sur les détails, même les plus insignifiants, lors de ses rapports. Il admet d'ailleurs que, souvent, ce sont ces détails qui ont fait avancer les enquêtes. Elle est méticuleuse, précise et très observatrice. Cette réaction ne lui ressemble pas. Elle aurait donné jusqu'au nombre de sucre dans son café si ça avait pu aider le médecin à soigner Lee. Il en est convaincu, elle n'est pas seulement bouleversée par l'état de l'agent. Il s'est passé quelque chose de grave cette nuit qu'elle veut taire.
-« Parlez-moi, Amanda. »
Sans mot dire, elle reste assise à fixer le sol. Quelques larmes tombent par terre.
-« Je suis votre ami. Et je suis aussi celui de Lee. Laissez-moi vous aider.»
Elle pleure sans retenue. Il lui prend la main en guise de soutien et patiente.
-« Je suis sûre qu'il ne le voulait pas. » Dit-elle.
-« Qu'il ne voulait pas quoi ? » Murmure-t-il.
-« Ils l'ont drogué. Le docteur avait dit que ça faisait partie des effets secondaires et je n'ai pas écouté. »
-« Qu'est-ce qui s'est passé, Amanda ? »
-« C'est de ma faute ! Je n'ai rien fait pour l'arrêter. » Sanglote-t-elle. Billy a peur de comprendre.
-« Est-ce qu'il vous a fait … du mal ? »
-« J'aurai dû l'en empêcher, j'aurai pu l'en empêcher ! » Se fâche-t-elle en essuyant nerveusement ses larmes.
Billy ferme les yeux. Il a compris. Comment va-t-il pouvoir gérer cette situation ?
-« Amanda, voulez-vous porter plainte ? » Lui demande-t-il.
-« Billy ! Personne ne doit jamais le savoir ! Et surtout pas lui !» Lui crie-t-elle.
-« Amanda… »
-« Jamais, vous entendez ! Si vous êtes son ami, promettez-moi de ne jamais lui en parler. »
-« Amanda… »
-« Promettez-le ! »
-« Si c'est ce que vous voulez… »
-« Promettez. »
-« Je vous le promets, Amanda. » Quelques heures se sont encore écoulées. Le médecin revient.
-« Son état s'est stabilisé. Nous l'avons transféré dans une chambre. Vous pourrez le voir… »
-« Maintenant. » Ordonne Amanda.
-« Madame, je comprends mais… »
-« Maintenant.»
Billy fixe le médecin et, d'un regard, lui demande d'accéder à la demande de la jeune femme.
-« Suivez-moi. » Concède-t-il.
-« Je vais mettre un agent devant sa porte. » Décide le chef de service.
Deux jours que Lee est hospitalisé à l'hôpital de Baltimore. Deux jours qu'il est maintenu dans le coma et qu'Amanda le veille. Elle n'a quasiment pas dormi. Elle ne peut pas dormir, ce sont toujours les mêmes images qui reviennent. Elle passe son temps à tenter de réécrire l'histoire. Elle aurait dû le gifler, ça l'aurait peut-être ramené à la réalité. Ou bien le mordre ou le frapper. Elle aurait pu courir, crier, appeler à l'aide ! Au lieu de ça, elle l'a laissé faire. Elle n'a pas bougé. Pire ! Elle a aimé. A défaut de pouvoir se reposer, elle lit, relit et lit encore ce satané dossier. Quelque chose l'interpelle. Pourquoi avoir été envoyé en mission à l'ambassade de Pologne ? Le dossier ne fait aucune mention de l'ambassadeur ? Il n'est marqué nulle part qu'il est l'instigateur de ce projet. Comment Billy a eu l'information ? Voilà une nouvelle question à laquelle elle ne trouve pas de réponse. Une femme entre dans la chambre.
-« Oh mon Dieu ! Lee !» Lance-t-elle en s'approchant de l'agent.
-« Qu'est-ce qui s'est passé ? Comment va-t-il ? » Demande-t-elle en direction d'Amanda.
-« Excusez-moi mais, qui êtes-vous ? » Interroge la jeune femme, surprise par cette nouvelle venue.
-« Oh pardon ! Je suis Mandie, la fiancée de Lee. »
-« La…. Fiancée ? » Son cœur se serre.
Malgré le fait qu'elle n'y croit pas, elle ne peut s'empêcher de souffrir.
-« Excusez-moi encore mais, comment êtes-vous entrée ici ? » Insiste-t-elle.
-« Par la porte ! » Répond Mandie étonnée.
Et en plus, elle a le sens de l'humour, pense Amanda. Décidément, elle ne l'aime pas. Elle se lève, se dirige vers la sortie et passe la tête dans le couloir : personne. Où est le garde qui doit assurer la sécurité ? Alors qu'elle revient vers le lit, elle aperçoit la fiancée en train de manipuler la canule installée dans le bras de Lee.
-« Mais qu'est-ce que vous faites ? » Hurle la jeune femme en se jetant sur elle.
Le regard de Mandie devient noir, son visage se ferme. Sans un mot, elle bouscule Amanda sur le lit et tente de lui planter la seringue qu'elle tient dans la main.
-« Au secours ! » S'époumone Amanda.
-« A l'aide ! »
Ses cris sont entendus et plusieurs infirmières arrivent. Mandie n'a pas le choix, elle doit fuir.
-« Vous êtes sûre ? » Demande Billy.
Amanda est assise sur le canapé du bureau du chef de service. Elle tremble encore tellement l'émotion a été forte.
-« Oui, monsieur. Elle était grande, brune et plutôt jolie. Elle s'est présentée comme étant la fiancée de Lee. Où était le garde du corps ?» S'énerve-t-elle.
-« On l'a retrouvé inconscient dans le local de ménage. » Répond Francine.
-« Vous allez avec les dessinateurs faire un portrait-robot. » Ordonne Billy.
-« Où est Lee ? »
-« Il a été ramené à l'infirmerie de l'agence. Ils devraient être en train de le réveiller. » Répond Billy en regardant sa montre.
A nouveau, elle sent son cœur se serrer. Comment va-t-il réagir ? Comment va-t-elle réagir ? Elle espère que, comme l'autre agent qui a survécu, il ne se souviendra de rien sinon… Elle sort faire le portrait-robot demandé par Billy avant de rentrer chez elle. Sa mère ne l'a pas vue depuis trois jours. Elle va finir par s'inquiéter.
Le lendemain matin, elle s'installe à son bureau, toujours le nez dans ce dossier qu'elle n'arrive pas à cerner et ces questions auxquelles elle n'a pas de réponse.
-« Bonjour Amanda. » Entend-elle. Elle connait bien cette voix.
Soulagée de l'entendre, elle ne veut cependant pas se retourner. Elle ne veut pas l'affronter.
-« J'ai dit : bonjour Amanda. » Insiste-t-il en s'asseyant sur son bureau.
Elle recule la chaise.
-« Oui, pardon, j'étais …. » Commence-t-elle en montrant le dossier.
-« Enfin, j'étais sur une affaire.. Bonjour Lee, comment allez-vous ? Je suis contente de vous revoir. » Dit-elle d'une traite, arborant un faux sourire.
Il voit bien qu'elle évite son regard.
-« Il parait que je vous dois la vie. » Il se penche et lui dépose un baiser sur la joue. Elle réfrène un geste de recul mais trop tard, il l'a remarqué.
-« Tout va bien ? » Interroge-t-il, surpris.
-« Oui, je suis juste un peu tendue. C'est cette affaire… »
-« Vous voulez que je vous aide. »
-« Certainement pas ! » S'exclame-t-elle, apeurée, saisissant le dossier qu'il essaie de prendre.
-« Je veux dire : vous devez vous reposer ! Je vous rappelle qu'hier encore, vous étiez dans le coma. »
Estomaqué par la réaction exagérée de la jeune femme, il la regarde s'éloigner, le dossier sous le bras. Derrière sa baie vitrée, Billy a suivi les retrouvailles. Il regarde, impuissant, Amanda fuir son ami.
Une semaine s'est écoulée depuis le séjour au centre. Lee a repris sa danse du paon et Amanda passe ses journées voire, certaines de ses nuits enfermée dans une salle de réunion qu'elle a aménagé avec un tableau en liège sur lequel sont épinglés des documents, des photos reliés, pour certains, avec des bouts de fils tantôt rouges, tantôt bleus.
Elle passe des heures à le fixer. Parfois, elle relit le dossier, parfois, elle bouge des éléments mais le plus souvent, elle reste assise sur une table à regarder ce tableau. Lee a bien noté son changement de comportement. Quand il essaie de rentrer dans la pièce, elle fait rapidement basculer le panneau d'affichage et sort avec lui. Elle trouve toujours une bonne excuse pour ne pas le laisser seul dans la salle. Le reste du temps, elle l'évite poliment. Quand il passe chez elle le soir, il ne l'aperçoit même pas. Que se passe-t-il ?
-« Billy, tu ne trouves pas qu'Amanda agit bizarrement depuis un moment ? » S'inquiète-t-il.
-« Lee, où en est le dossier Pétosvska ? » Demande Billy, évitant le regard de l'agent en esquivant la question.
-« ça avance. Billy, je m'inquiète vraiment pour Amanda. » Insiste le jeune homme.
-« Elle est grande, elle sait ce qu'elle fait. »
-« Tu lui as confié un dossier qui est peut-être trop compliqué. Je peux l'aider ? »
-« Depuis quand tu es volontaire pour travailler avec Amanda ? » Se fâche-t-il, tentant désespérément de trouver une excuse pour lui laisser de l'espace.
-« J'ai fait quelque chose de mal ? » s'alarme Lee face à la réaction de Billy.
-« Excuse-moi, c'est un dossier qu'on vient de m'amener, ça me met les nerfs en pelote. » Se justifie l'afro-américain.
-« Je comprends. » Ou pas. Il est déjà arrivé à Billy de s'énerver contre lui mais, jamais sans raison.
-« Ecoute, j'aimerai qu'elle travaille seule sur ce dossier. Si je sens qu'elle a besoin, je te remettrai avec elle. Mais pour l'instant, laisse-la se débrouiller, d'accord ? »
-« Oui, très bien. » Lee sort, dépité.
Il n'est absolument pas convaincu ni par l'excuse du dossier, ni par sa volonté de la laisser seule sur une mission. Quelque chose cloche et il veut découvrir ce que c'est. Il passe devant la pièce. Les rideaux sont tirés mais il voit la lumière allumée. Cette fois, ça suffit. Il entre.
-« Amanda… » Commence-t-il en regardant le tableau.
Quelque chose attire particulièrement son attention. Alors qu'elle s'apprête à retourner le panneau, il l'arrête et se focalise sur une photo ou plutôt, un dessin. Il est à part. Aucun bout de fil n'arrive à lui.
-« Où avez-vous eu ça ? » Demande-t-il.
-« Eu quoi ? » -« ça, ce dessin ! »
-« C'est un portrait-robot que j'ai fait d'une femme qui a tenté de vous tuer à l'hôpital mais elle n'a pas encore été identifiée. Personne ne semble la connaitre. »
-« Moi, je la connais. » Dit-il en arrachant la feuille de la punaise.
-« Qu'est-ce que c'est que ce dossier sur lequel Amanda travaille ? » S'énerve Lee en franchissant rapidement la porte du bureau de Billy sans prendre la peine de frapper.
-« De quoi tu parles ? »
-« C'est quoi ce dossier Billy ? » s'écrit-il en plaquant le dessin du portrait-robot devant son nez.
Il regarde la feuille.
-« Oui, c'est le portrait-robot qu'elle a fait de la femme…. »
-« Tu ne la reconnais pas ? » S'énerve l'agent.
-« Non. » Murmure le chef, prenant le dessin dans ses mains pour mieux regarder.
-« Regarde encore. Imagine la blonde. »
Cette fois, Billy se concentre vraiment. Se pourrait-il que ce soit… ? Il lève les yeux pour demander confirmation.
-« Est-ce que c'est…. ? »
-« Amanda, que vous a-t-elle dit quand elle est venue à l'hôpital ? » Demande Lee.
-« Que c'était votre fiancée. »
Un sourire presque sadique se dessine sur le visage de l'agent.
-« Fiancée hein ? »
-« Qui est-ce ? » interroge Amanda, dubitative.
Elle n'a jamais vu Lee dans cet état.
-« Laissez-moi vous présenter Svetlana Pétosvska, un agent du KGB. A quoi elle joue ?» Elle aimerait bien le savoir aussi, se tournant à son tour vers le chef de service.
-« Arrêtez-la. Immédiatement ! » Enjoint Billy.
Svetlana est enfermée dans l'une des salles d'interrogatoire de l'agence. Elle est assise face au miroir sans tain. Elle n'a pas bougé depuis presque une heure. Quand soudain, semblant deviner qu'elle est observée, elle sourit. De l'autre côté de la vitre, Amanda frissonne. Billy l'observe. La porte s'ouvre laissant passer Lee.
-« Bonjour Mandie… Ou devrais-je dire Svetlana. »
-« Bonjour Lee. Toujours en vie à ce que je vois. »
-« Et oui, désolé. »
-« Bah, c'est le jeu ! Mais si ta chère Amanda n'avait pas été là…»
-« Oui, mais elle a été là. Allez, parle-moi de Mandragore. » Demande-t-il en prenant place face à elle et jetant un dossier sur la table.
-« Mandragore ? »
-« Ne joue pas avec moi d'accord ? Tu me donnes quelque chose, je te donne quelque chose. »
-« Mais j'ai déjà eu tout ce que je voulais. Et même plus ! Tu as dit à ta chère Amanda qu'on couche ensemble ? » Il ricane.
-« Tu crois qu'elle serait jalouse ? »
-« Mandragore. »
-« Tu aurais dû voir sa tête quand je lui ai dit qu'on était fiancé. »
-« Très bien. Puisque tu ne veux rien dire, bon retour à Moscou. » Conclut-il en se levant.
-« C'était un piège. » lâche-t-elle en baissant la tête. Il s'arrête et se retourne à nouveau vers la jeune femme.
-« Précise. »
-« Mandragore, c'est un piège. »
-« Contre qui ? »
-« Quelle heure est-il ? »
-« Contre qui ? » répète Lee, appuyé sur la table, rapprochant son visage au plus près du sien.
-« Je vais bientôt être libre, Lee. »
-« Pas sans mon accord. »
-« Tout ça te dépasse complètement, toi et ton Amanda. J'aurai dû la tuer quand j'en ai eu l'occasion.»
-« Si tu lui fais du mal … » Menace-t-il.
-« Oh non ! Moi jamais ! Je te laisse ce privilège. » Lui murmure-t-elle droit dans les yeux tandis qu'elle se lève.
Que veut-elle dire ? Elle a réussi à le déstabiliser mais, l'interrogatoire n'est pas terminé. Il doit se ressaisir.
-« Assieds.. » Commence Lee avant d'être interrompu par l'irruption de quatre hommes en costume sombre.
-« On s'arrête là. » Prononce l'un d'eux tandis qu'il se dirige vers la prisonnière qui tend ses poignets menottés, ne cachant pas son sourire satisfait.
-« Pile à l'heure. » Constate-t-elle sur un ton provocateur.
-« Hey, mais vous êtes qui vous ? » Se fâche Lee.
-« L'interrogatoire est terminé. » Confirme un autre.
-« Non mais vous rigolez ! C'est mon suspect ! » Se défend-il les regardant libérer la jeune russe.
-« Elle est soupçonnée d'espionnage et de deux meurtres ! Où l'emmenez-vous ?» Crie-il.
-« Laisse-les partir. » Ordonne sans conviction Billy dans le cadre de la porte.
-« Qu'est-ce qui vient de se passer là ? » Se fâche Lee, le bras pointant la table.
-« FBI. Il semblerait qu'elle savait qu'on allait venir l'arrêter. Elle a écrit au département d'Etat il y a deux jours pour demander l'asile en échange d'informations. »
-« C'est une blague ?! En échange de quelles informations ? Tu l'as bien vu ! C'est une menteuse et une manipulatrice ! » Hurle-t-il sur le chemin les ramenant au service.
-« Il semblerait que le département d'Etat et le département de la Justice ne soient pas de cet avis. »
-« Billy ! Et puis quoi ? Elle va bénéficier du système de protection des témoins et disparaitre dans la nature ? »
-« Je suis désolé Lee, crois-moi mais on ne peut rien faire ! On n'a aucune preuve qui la relie à Mandragore donc, aux deux meurtres. On n'a rien. Le dossier est vide. Le dossier est clos. » Annonce le chef de service en rentrant dans son bureau.
Lee a la sensation que ces derniers mots ne sont pas qu'à son attention. Restée en retrait, Amanda n'a rien raté de la conversation.
-« Et quand elle dit que c'est un piège ? » Insiste l'agent, suivi de sa partenaire.
-« Tu l'as dit toi-même : c'est une menteuse et une manipulatrice. » Souffle-t-il en s'affalant sur son fauteuil, l'air fatigué.
-« Et ma tentative de meurtre ? On a un témoin quand même ! »
-« Insuffisant et tu le sais. »
-« Alors quoi ? Elle gagne ? Ça s'arrête là ? » Rouge de colère, il se passe nerveusement les mains dans les cheveux, tournant en rond comme un lion en cage.
-« Oui. Ça s'arrête là. » Répond sèchement Billy en regardant Amanda.
Lee ne décolère pas. Il sort du bureau, prend sa veste et s'en va en direction de l'ascenseur. Amanda reste là, debout sans un mot, fixant le pauvre homme dépité. -« Je suis désolé, Amanda. »
-« Et maintenant ? »
-« Rendez le dossier au S.I.C.E. Pour nous, l'affaire est terminée. »
-« Et c'est tout ? »
-« Croyez-moi, Amanda, si je pouvais faire quelque chose, je le ferai. Mais j'ai les mains liées. »
Un mois plus tard, les vacances d'été ont commencé depuis une semaine. Vu l'heure tardive, les bureaux du service des opérations clandestines sont presque vides. Lee est au coin café en train de se servir une tasse. Amanda lui fait face.
-« Non mais vous rigolez ? »
-« Non ! Je vous jure, Lee. Je l'ai vu ! Il a mis quelque chose dans sa poche. »
-« Et vous ne me le dites que maintenant ? » Râle-t-il en retournant à son bureau.
-« Je ne pensais pas que c'était important ! Vous ne me dites jamais rien ! Comment aurais-je pu deviner qu'il était en train de voler les plans de ce…. Machin là ? »
-« Système de détection radar anti-aérien électromagnétique. »
-« Oui, ça. Et qui a eu l'idée de cacher ce microfilm dans une boite de chocolats ? » Interroge-t-elle en s'appuyant sur le bureau.
Son débardeur en satin blanc à fines bretelles offre à Lee une vue imprenable sur son magnifique décolleté, son ras le cou pendant dans le vide.
-« Vous. » Lui répond-il sur un ton charmeur, s'appuyant à son tour sur la table, son nez presque collé au sien.
-« Moi ? » -« Rappelez-vous, votre histoire avec le cousin Mickael. » Dit-il en prenant ses affaires.
Il fait le tour du bureau, la prend par le bras et l'accompagne vers la sortie.
-« C'était de la pâte à modeler ! Il en mettait un morceau dans le papier d'emballage à chaque fois qu'il prenait un chocolat. Mon oncle et ma tante n'ont rien vu pendant des jours ! » Se rappelle-t-elle, se retournant exaspérée.
-« Et bien, le microfilm était caché dans un papier de bonbons. Quelle différence ? »
-« C'est vrai, aucune ! Tout le monde s'est fait avoir ! Mon cousin a été puni pendant deux mois. Et vous, qu'est-ce qui va se passer maintenant ? » Lui répond-elle d'un sourire inquiet.
-« Rien. Le plan a fonctionné. »
-« Je vous demande pardon ? »
-« Contrairement à ce que vous pouvez penser Amanda, je vous écoute ! »
-« J'avoue que je ne comprends plus rien. »
-« Votre cousin Mickael a fini par se faire avoir. Nous espérions la même chose de Draskov. »
-« Vous ne voulez pas essayer d'être plus clair ? » Lui demande-t-elle alors qu'ils rentrent dans l'ascenseur.
-« Nous savions qu'il chercherait à le voler. Et nous savons aussi qu'il est très bien informé. L'objectif était de laisser l'information filtrer et de voir à quelle vitesse il mordrait. »
Ils sortent du bâtiment et arrivent sur le parking quand Amanda s'immobilise. Le soleil commence à peine à se coucher. L'horizon est couleur feu, il donne l'impression que la toute la ville est en train de brûler.
-« Nous avons une taupe ! » Murmure-t-elle.
-« Shut ! Oui. » Répond Lee en lui reprenant le bras pour continuer le chemin.
-« Mais le microfilm ? » -« Un leurre. Mais le temps qu'ils s'en aperçoivent, j'espère qu'on aura trouvé le traitre. »
-« Comment vous allez faire ? » Ils sont arrivés à côté de leurs voitures.
-« Je me suis souvenu de votre histoire, vous savez…. Celle de la chasse aux trésors ou je ne sais plus quoi. Vos enfants sont partis en weekend et.. »
-« La fois où Phillip et Jaime sont partis en weekend scout ? Chacun avait un indice différent qui les emmenait à un autre indice etcetera et jusqu'à leur trésor, c'est ça ? » -« Oui. »
-« Et c'est quoi le rapport ? »
-« Nous avons laissé filtrer différentes informations qui, selon sa source, emmènerait Draskov à voler le microfilm à un endroit différent. »
-« Vous voulez dire qu'il y a plusieurs microfilms ? »
-« C'est ça. Et en fonction de l'identité de la taupe, Draskov a volé celui qui était dans la boite de chocolats. »
-« oh ! » Comprend Amanda.
-« C'est vrai que vous m'écoutez ! » S'écrit-elle, tout sourire en se tournant vers sa voiture.
-« Amanda ? » Continue Lee sur un ton hésitant.
-« hum ? » -« Vous avez fait du bon travail sur cette mission et je me disais… »
-« Quoi ? » -« Et bien, vos enfants ne sont pas là. »
-« Non, ils sont avec Jo pour deux mois ! C'est reposant ! Même si j'avoue qu'ils me manquent, surtout le soir.»
-« Du coup, vous êtes libre ? »
-« Libre comme l'air ! »
-« Si on allait prendre un verre pour fêter ça ? »
Le sourire qu'elle affiche se défait doucement sur son visage. Elle baisse les yeux, ressentant une douleur au ventre. Elle ne peut pas. Il lui faut esquiver rapidement.
-« Oui, pourquoi pas ? Ah non ! Je suis désolée Lee, j'ai oublié mes clés au bureau. » S'excuse-t-elle en fouillant dans son sac.
-« Ce sera pour un autre soir, d'accord ? » Dit-elle en retournant vers le bâtiment.
Il sait qu'elle l'évite mais il ne sait pas pourquoi. Elle s'enfuit dès qu'il s'agit de sortir du cadre professionnel. Dès qu'il commence à être un peu trop curieux, elle l'arrête et s'éclipse. Déçu, il monte dans sa voiture. Il fait nuit noire. Billy reste seul à son bureau. Il faut qu'il y aille, il le sait. Tellement de choses à régler, tellement de papiers à remplir, de dossiers à lire… parfois, il voudrait n'avoir jamais eu ce poste. Il se lève, décroche son manteau de la patère, saisit son chapeau et sort. Il entrevoit de la lumière dans une des salles de réunion. Il souffle d'un air désespéré et se dirige vers la porte.
-« Amanda. »
-« Monsieur Melrose ! Vous m'avez fait peur ! » Sursaute la jeune femme.
-« Il faut vous reposer. »
-« Oui, je vais partir, je voulais juste… »
-« Amanda. Il faut lâcher l'affaire maintenant. C'est du ressort du S.I.C.E. »
-« Regardez ce que j'ai trouvé ! Les quatre victimes ont toutes travaillé sur la même affaire il y a deux ans à Kaboul. Je n'arrive pas à accéder au dossier mais, je suis sûre que ça n'est pas une coïncidence ! J'ai demandé des détails à Francine, je sais qu'elle y était aussi mais, elle ne veut rien me dire. »
-« Amanda. » Souffle-t-il.
-«Et la petite note dont vous avez parlée sur l'ambassade de Pologne : disparue ! Il n'y a aucune trace nulle part ! »
-« Amanda. »
-« Et elle… » Dit-elle d'un ton sec, le doigt posé sur la photo de Svetlana.
-« Elle est au centre de tout ! J'en mettrai ma main à couper ! »
-« Amanda ! Ça suffit ! » Crie-t-il.
Devant l'air abasourdi de la jeune femme, il continue.
-« Allez-vous coucher. Allez profiter de votre famille. »
-« De ma famille ? Alors qu'elle est dehors, libre ! Non. Tant que je n'ai pas toutes les réponses à mes questions, je ne lâche rien. » Ricane-t-elle.
-« Sortez d'ici ou je vous fais interdire l'accès. » Menace-t-il à contre cœur.
Elle regarde encore le tableau mais elle doit l'admettre : elle est épuisée. Elle range ses informations dans le placard encastré et le ferme à clés puis, reprend ses affaires et raccompagne Billy jusqu'à sa voiture. Alors qu'elle s'apprête à monter, l'homme l'interpelle :
-« Amanda, vous savez que vous pouvez vous faire aider à l'agence. »
-« C'est vrai ? J'aurai besoin d'accéder au dossier… »
-« Je voulais dire : parler à quelqu'un de ce qui s'est passé. Ça pourrait peut-être vous aider ? »
-« Je m'apitoierai sur mon sort quand elle sera mise hors d'état de nuire. Bonne soirée monsieur. »
Sans attendre sa réponse, elle monte et démarre. Si elle arrive à donner le change auprès de tout le service, il sait qu'elle souffre à chaque instant. Il sent sa colère monter chaque fois qu'il la surprend se concentrer sur le dossier.
Le lendemain matin, Amanda arrive au bureau un peu en retard. Ça fait un moment qu'elle a repris son habitude de revenir les bras chargés de gâteaux. Ce matin ne fait pas exception.
-« Bonjour Lee, je suis désolée pour le retard mais figurez-vous que ma voiture… »
Elle s'arrête voyant son collègue absorbé par ce qui se passe dans le bureau de Billy. L'open-space est silencieux. Le temps semble s'être figé. Tous les yeux sont braqués vers la baie vitrée du patron. Le chef de service semble énervé. Il est debout et s'agite devant le docteur Smyth qui lui, reste impassible. On peut même deviner un rictus se dessiner sur le coin de ses lèvres.
-« Qu'est-ce qui se passe ? » S'inquiète la jeune femme.
-« Je n'en ai aucune idée mais, on va aller faire un petit tour. » Répond Lee en prenant ses affaires.
Comme à son habitude, il place sa main dans le creux des reins de sa partenaire et l'invite vers la sortie. -« Personne ne sort. » Enjoint un colosse en bloquant la porte. C'est un géant, il fait au moins une tête de plus que Lee mais surtout, il est très large. Son costume accentue encore sa charpente déjà impressionnante. Ses bras croisés et son visage fermé finissent de convraincre qui veut passer de faire demi-tour.
-« Je dois… » Tente l'agent.
-« Personne ne sort. Ordre du docteur Smyth. » Le coupe-t-il.
-« Qu'est-ce qui se passe ici ? » S'énerve Lee en retournant à son bureau.
-« La rumeur dit que quelqu'un va avoir de gros ennuis. » Lance Francine à la volée, alors qu'elle passe à côté du couple, un dossier à la main.
-« Qu'est-ce que ça veut dire ? » Interroge Amanda en direction de Lee. Il n'a pas le temps de répondre que les deux hommes sortent du bureau.
-« Vous ne pouvez pas faire ça. » Supplie presque Billy.
-« Je peux le faire et je vais le faire. » Conclut le grand homme en faisant signe aux deux molosses.
-« Veuillez nous suivre, madame King. » Invite l'un d'eux en arrivant derrière elle.
-« Qu'est-ce que ça veut dire ? » S'énerve Lee en se redressant pour faire barrage.
-« Lee ! Ne te mêle pas de ça ! Je m'en occupe ! » Ordonne Billy.
-« Lee ! » Supplie Amanda.
Impuissant, il la regarde s'éloigner accompagnée du docteur Smyth et de Billy. Francine et le reste de l'équipe restent médusés. Si les paris avaient dû être lancés sur celui qui allait devenir la victime du docteur Smyth, celui d'Amanda n'aurait même pas été évoqué.
C'est au tour d'Amanda d'être installée dans la salle d'interrogatoire. Elle fait face à cet homme qu'elle n'aime pas. Il reste debout, silencieux, dans le coin de la pièce à côté de la vitre, à feuilleter un dossier. Seul, Billy observe, de l'autre côté, inquiet.
-« Qu'est-ce que je fais là ? » Interroge la jeune femme.
-« Madame King, je suis ravi de pouvoir enfin discuter avec vous, seul à seul. » Dit-il sournoisement en déposant deux paquets face à elle.
Les deux dossiers sont fermés. L'un d'eux a une couverture bleue ciel sur lequel est estampillé le logo de l'agence. Le deuxième est beige clair. Même présenté à l'envers, Amanda reconnait le logo du département de la justice qui trône en son milieu. En revanche, elle se force à tenter de déchiffrer ce qui a d'écrit en haut à gauche.
-« Madame King, reconnaissez-vous ce dossier ? » Lui demande-t-il en indiquant le dossier bleu.
-« Non, pas spécialement. »
-« Il s'agit du rapport que vous avez rédigé concernant la mission que vous avez faite avec Scarecrow au centre il y a un mois. C'est bien vous qui l'avez rédigé n'est-ce pas ? »
-« Est-ce que Lee nous écoute ? » S'inquiète Amanda.
Elle ignore encore où il veut en venir mais, le nœud qu'elle a à l'estomac la fait tellement souffrir qu'elle est effrayée à l'idée de continuer cette conversation. -« Scarecrow n'a pas le droit d'être présent. Il n'y a que vous et moi ici. »
-« Et vous me demandez de vous faire confiance ? Comme ça ? »
-« Je suis seul, Amanda. » Entend-elle dans les hauts parleurs, reconnaissant la voix de Billy.
-« On peut commencer ? » Invite le docteur Smyth. Au même moment, Lee rejoint Billy dans l'arrière salle.
-« Comment tu es arrivé là ? Où est ton escorte ? »
-« Qu'est-ce qui se passe, Billy ? Pourquoi est-ce qu'il interroge Amanda ? »
-« Sors tout de suite ! Si Smyth te voit ici, tu es fini ! Et Amanda aussi !» De l'autre côté du miroir, le docteur continue.
-« Est-ce vous qui avez rédigé le rapport de mission concernant le soir où Scarecrow a été empoisonné ? » Devant son silence qu'il pense approbateur, il réitère sa question.
-« Avez-vous écrit ce rapport ? »
-« Oui. » Il fait une pause.
-« Pourquoi Smyth l'interroge sur une mission classée il y a plus d'un mois ? » Demande Lee.
-« Tu devrais vraiment sortir d'ici Lee. Je te le demande en tant qu'ami. » Cette phrase suffit à susciter sa curiosité.
Entre Amanda qui est traitée comme une criminelle et l'impression désagréable qu'on lui cache quelque chose, il est clair qu'il ne bougera pas de cette pièce.
-« Souhaitez-vous modifier ce rapport ? » Reprend Smyth.
-« Je vous demande pardon ? »
-« Souhaitez-vous rajouter quelque chose à ce rapport ? Disons quelque chose que vous auriez oublié de mentionner par exemple. » Reformule-t-il.
-« Non. » murmure-t-elle.
Elle est terrorisée, priant pour que Smyth ne fasse pas allusion à ce qu'elle a subi ce soir-là.
-« Madame King, je vous repose une dernière fois la question : Voulez-vous modifier les faits que vous relatez dans ce rapport ? »
Elle reste droite et silencieuse, soutenant son regard inquisiteur. De l'autre côté, Billy s'est reculé. Il est désemparé face au séisme qui se prépare. Lee reste concentré sur le visage de sa partenaire.
-« Très bien. » Conclut l'homme en prenant le dossier beige.
-« Comme vous le savez, Svetlana Pétosvska a passé un accord avec le gouvernement américain. En échange de renseignements, les Etats-Unis lui offrent une nouvelle identité et une nouvelle vie. » Explique-t-il afin de lui rafraichir la mémoire.
Devant le mutisme de la jeune femme, il continue.
-« Afin de pouvoir bénéficier du programme de protection des témoins, elle doit avouer tous les crimes qu'elle a commis. »
-« La liste doit être longue. » Ironise-t-elle.
-« Tous les crimes qu'elle a commis mais aussi, ceux dont elle a été témoin. Vous voyez où je veux en venir, madame King ? »
-« Mais de quoi il parle ? » S'exclame Lee. Billy et Amanda ne prononcent pas un mot.
-« Je vais vous en lire un passage, vous permettez ? »
-« Non. »
-« Et bien, je vais me le permettre alors. » Son regard fixe et froid glace le sang de la jeune femme.
-« Scarecrow avait été coriace. Il a fallu au moins deux doses de Mandragore pour le faire parler. Quand on l'a relâché, je l'ai suivi. Je ne voulais pas qu'il s'écroule au milieu de l'hôtel, au risque de tomber sur un civil. »
-« Le début vous plait-il ? » Demande-t-il ironique.
-« Arrêtez. » -« Je continue : je suis montée sur le balcon. Les fenêtres étaient ouvertes, j'ai tout vu et tout entendu. »
-« Arrêtez. » Répète Amanda d'une voix à peine audible.
-« Il s'est déshabillé et, quand madame King a compris ce qui s'était passé, elle a tenté de lui échapper en allant s'enfermer dans la salle de bains. Il l'a bloquée contre le mur et a commencé à la caresser et à l'embrasser. »
-« Arrêtez, je vous en prie. » Supplie-t-elle.
Lee reste sans voix. Son esprit se met à tourner rapidement.
-« Selon vous, madame King était-elle consentante. Là, c'est l'inspecteur qui parle. » Précise-t-il le doigt sur la ligne incriminée. « Non, elle lui a clairement demandé d'arrêter et a tenté de le repousser. S'est-il arrêté ? Non, il l'a allongée sur le lit et a continué à la caresser. » Il scrute la réaction de sa victime, elle a les larmes aux yeux. -« Que s'est-il passé ensuite ? Juste avant de la prendre de force, elle a tenté de le repousser encore une fois. C'est là qu'il l'a pénétrée. »
Lee s'appuie sur la table qui siège à côté de lui. Il blêmit tout en regardant Amanda et espérant qu'elle nie. -« Ne faites pas ça. » Implore-t-elle en fermant les yeux à l'évocation de cette soirée.
-« Qu'a-t-il fait ? Il l'a obligée à le regarder pendant qu'il la violait. Quand il a eu fini, il s'est écroulé et c'est là que les convulsions ont commencé. »
-« Et maintenant, madame King, vous n'avez toujours rien à me dire ? » Les yeux noirs de colère, elle le défie.
-« ça vous amuse ? »
-« Madame King, je crois qu'on ne s'est pas bien compris. Il ne s'agit pas d'un jeu ! Il s'agit d'un crime punissable par la loi et vous, vous avez couvert ce crime. Vous avez couvert Scarecrow ! » Se fâche-t-il.
-« Suis-je obligée de répondre à cela ? »
-« Madame King »
-« Suis-je obligée de vous répondre ? » Insiste-t-elle en se levant de sa chaise.
-« Je vous déconseille de jouer à ça avec moi. »
-« Vous avez raison docteur Smyth, nous sommes d'accord sur un point : on ne s'est pas compris. Ne comptez pas sur moi pour vous livrer Lee sur un plateau. Et sans moi, vous ne pouvez rien contre lui. » Conclut-elle, la main sur la poignée de la porte. Alors qu'elle s'apprête à sortir, l'homme l'interpelle une dernière fois.
-« Madame King, je suis au regret de vous informer que vous êtes suspendue. Vous n'avez plus accès à l'agence, vous ne toucherez plus de salaire, vous rendrez tous vos badges et laissez-passer, et surtout, madame King. » Dit-il en se rapprochant au plus près d'elle.
-« Je vous interdis de communiquer avec Scarecrow de façon directe ou indirecte et de quelque manière que ce soit et ce, à compter de maintenant. Si vous enfreignez une de ces règles, vous irez en prison pour trahison et croyez-moi, je n'hésiterai pas une seconde. »
Luttant pour ne pas tomber, elle sort, escortée des deux mêmes hommes qui l'avaient emmenée dans cette pièce. Au même moment la porte s'ouvre, Lee la regarde. Elle voit dans ses yeux un mélange de tristesse, de colère et de honte. Elle sent son cœur se briser. Billy tente de se justifier.
-« Amanda, ce n'est pas… » -« On se tait Billy. » Intervient Smyth.
-« Scarecrow ! Vu votre tête, vous n'avez pas raté une miette de ce qui s'est dit. » Sourit-il d'un air satisfait.
Sans un mot, l'agent se jette sur lui, arrêté in extremis par deux autres gardes. Totalement déstabilisée, Amanda va vers son bureau et, d'une main tremblante, les yeux embués, elle saisit son sac et son manteau.
-« Amanda, je suis… » Commence Francine d'un air désolé, avant de voir le regard désapprobateur de Billy.
-« Raccompagnez madame King à la sortie et veillez bien à ce qu'elle rende tous les effets de l'agence. » Ordonne Smyth. Lee profite que le docteur soit occupé pour rejoindre Billy dans son bureau. Accoudé, il se tient la tête, désemparé.
-« Tu étais au courant ? » se fâche-t-il.
-« Oui. » Admet-il.
-« Pourquoi tu ne m'as rien dit ? »
-« Je le lui ai promis, Lee. »
-« Tu le lui as promis ? Tu te fous de moi ? »
-« Ecoute, elle ne voulait pas te perdre. Tu peux comprendre ça ? »
-« Qu'est-ce que ça veut dire ? » Billy n'a pas le temps de lui répondre que le docteur Smyth fait son entrée.
-« Vous êtes content de vous ? Comment avez-vous pu lui faire ça ? » Hurle Lee.
-« En l'occurrence Scarecrow, je ne lui ai rien fait. C'est vous ! » L'homme semble amusé de la situation.
-« Je ne sais pas ce qui me retient de vous casser la gueule. »
-« Scarecrow ! » Crie à son tour Billy.
-« C'est elle qui a provoqué cette situation. Elle a menti dans son rapport, elle a menti à sa hiérarchie, elle a menti à l'agence, elle a couvert un crime. Vous connaissez la politique de la maison, Scarecrow. Si vous n'êtes pas content, je ne m'opposerai pas à votre démission. »
-« ça suffit ! » S'interpose le chef de service en voyant son agent qui s'apprêtait à répondre.
-« On va se calmer, messieurs ! Il y a eu assez de dégâts pour aujourd'hui vous ne croyez pas ? » Continue-t-il sur un ton plus posé.
-« Tenez. » Impose Smyth en tendant un dossier à Lee.
-« Qu'est-ce que c'est ? » Demande ce dernier intrigué en l'ouvrant.
-« Votre ordre de mission. Vous partez dans une heure. L'avion vous attend à l'aéroport. »
-« La corne de l'Afrique ? » Lit-il, surpris.
-« Et pour être sûr que vous ne vous perdiez pas en route, je vous assigne deux de mes meilleurs chauffeurs. » Ironise-il en ouvrant la porte sur les deux colosses de tout à l'heure.
-« Je vous souhaite bon voyage. » Conclut-il en quittant la pièce.
Trois semaines se sont écoulées depuis le dernier incident. Lee est de retour au pays. A peine a-t-il pris le temps de se changer qu'il prend la direction de l'agence. Il s'octroie un petit détour vers Arlington et ralentit devant la maison blanche qu'il affectionne tant. Peut-être va-t-il l'apercevoir ? Tout est fermé, la maison semble vide. Après tout, qu'est-ce qu'il espérait ? Qu'elle l'attende sur le perron avec un morceau de gâteau ? Il reprend la route vers le centre de Washington. Il passe la double porte vitrée du service. Son visage est neutre, il ne laisse rien paraitre. Ses traits sont tirés et son regard est vide. Alors qu'il se dirige vers le bureau de Billy, il ne peut s'empêcher de regarder la chaise vide dans laquelle elle s'asseyait. Il revoit son sourire, ses mimiques lorsqu'elle ne comprenait pas, ses inquiétudes, ses regards rassurants… c'est encore plus dur de revenir qu'il ne l'aurait imaginé.
-« Scarecrow. » Appelle Billy.
Silencieusement, il entre et ferme la porte derrière lui. Le chef de service prend le temps de le jauger. Il ne semble pas blessé. Il parait cependant, avoir perdu quelque chose.
-« Comment tu vas ? »
-« La mission s'est passée. Rien à signaler. L'affaire est classée. » Répond-il machinalement.
-« Est-ce que ça va ? » Sans mot dire, il le fixe.
Son regard est glacial, vide. Son visage est fermé, il n'a pas dû sourire depuis longtemps.
-« Lee, tu devrais prendre quelques jours de vacances. » Il lâche un rire sarcastique.
-« Et pour aller où ? »
-« En Californie. » Coupe Smyth.
-« Vous êtes encore là, vous ? »
-« Je suis toujours là, Scarecrow. Vous serez parti que je serai encore là. » Lui sourit-il.
-« La Californie ? »
-« Oui, vous savez ! Le soleil, les palmiers, le sable chaud. » Ironise le docteur.
-« Et qu'est-ce que j'irai faire en Californie ? »
-« Vous allez nous ramener votre copine. » Lance-t-il.
-« Je vous demande pardon ? » S'écrie-t-il, surpris.
-« Vous parlez de qui exactement ? » Demande Billy. Alors qu'il joue avec son embout à cigarettes, il s'installe sur le canapé pour prendre le temps de répondre.
-« Il semblerait que madame King ait décidé de se lancer dans une vendetta. Le problème, c'est que le FBI nous demande de la récupérer avant qu'elle ne retrouve Svetlana Pétosvska. »
Lee ne peut s'empêcher de sourire en imaginant la jeune femme parcourant l'Etat à la recherche de son ennemie jurée.
-« Pourquoi est-elle en Californie ? » Continue Billy. -« Et bien disons que… » Smyth se tortille sur le canapé à la recherche d'une réponse.
-« C'est à cause de vous ! » Comprend Lee.
-« Qu'est-ce que vous avez fait ? » Commence-t-il à crier.
-« Pour qui me prenez-vous, Scarecrow ? Je ne suis pas si insensible que ça !»
-« Oh si ! Vous l'êtes ! »
-« Disons que la colère d'une femme peut avoir du bon ! Et offrir la protection des Etats Unis à un traitre qui a tué deux de mes agents et failli en assassiner deux autres…. Je suis obligé d'obéir mais, pas d'adhérer à toutes les décisions. »
Il se met debout et, les yeux dans le vague, il continue.
-« Avant sa suspension, madame King avait bien avancé sur le dossier Mandragore. Il ne lui fallait qu'un petit coup de main du destin. »
-« Vous lui avez transmis le dossier du FBI. » Devine Lee.
-« Que voulez-vous ? Je ne peux rien contre les larmes d'une jolie femme ! Le cœur me perdra. »
-« Vous nous enterrerez tous. » Ironise l'agent.
-« Trêve de plaisanterie, elle devient incontrôlable. Nos agents sur place me font remonter des incidents quasiment tous les jours. Ramenez-la avant qu'elle ne fasse une grosse bêtise et que je doive aller m'expliquer devant le département de la justice.»
-« Nous avons combien de temps ? »
-« Sachant qu'elle a toutes les raisons de vous en vouloir, je vous laisse trois jours. »
Smyth pose un dossier beige sur le bureau de Billy avant de se diriger vers la sortie.
-« Trouves-moi un avion, je décolle ce soir. » Ordonne Lee en prenant le dossier.
-« Un conseil : Melrose, vous devriez l'accompagner. Je pense que de voir un visage amical sera plus favorable à la négociation. » Recommande le docteur, avant de passer la porte.
L'agent a du mal à l'admettre mais, il a raison. Amanda ne voudra sûrement pas l'écouter et encore moins le voir après ce qu'il lui a fait.
-« Je ne suis pas sûr d'être le visage qu'elle aura envie de voir. » Marmonne Billy à son tour.
-« Elle a toujours eu beaucoup de respect pour toi, Billy. »
-« Et elle est partie en pensant que je l'ai trahie. »
-« Elle te pardonnera. A moi, c'est moins sûr. »
L'avion atterrit à l'aéroport international de Los Angeles. Le soleil est déjà bien haut. Il fait une chaleur étouffante. Lee et Billy traversent le tarmac affublés de chemisettes, d'un pantalon en toile et de lunettes de soleil, chacun porte un gros sac noir en bandoulière. Une fois sortis de l'aéroport, Lee hèle un taxi.
-« Où allons-nous ? » demande Billy.
-« 193, North Robertson Boulevard, Beverly Hills. » Indique Lee.
-« C'est notre hôtel ? »
-« Non, c'est une agence de détectives privés un peu particulière. »
-« Une agence de détectives ? Quel est le rapport avec Amanda ? »
-« Tu te souviens que Smyth nous a dit qu'il lui avait fait parvenir le dossier Pétosvska ? Et bien, il n'a pas fait que ça notre loup de mer sans cœur. » Il lui tend le dossier à la page intéressante.
-« Charles Townsend ! Comme le Charles Townsend qui a créé l'agence ? » Lit Billy à haute voix.
-« Lui-même. Il a ouvert une agence de détectives dans les années soixante-dix, ici, à Los Angeles. Smyth a dû contacter Townsend pour qu'il apporte son aide à Amanda.» Il réitère son geste en direction des voitures jaunes qui se garent le long du trottoir. Une voiture noire longe le cortège de taxis et vient se garer devant les deux hommes.
-« Monsieur Stetson ? Monsieur Melrose ? » Interpelle un jeune homme en baissant sa vitre passager.
-« Et vous êtes ? »
-« Oui, pardon… » Répond-il maladroitement, « Je suis l'agent spécial Mac Gillys du FBI. » Se présente-t-il en montrant sa plaque. « On m'a chargé de vous escorter jusqu'à… », il prend le dossier avant de reprendre, « une certaine Amanda King ? »
-« Et elle se trouve où ? » Demande Lee, méfiant.
-« Elle vit chez une amie à elle mais, à cette heure-ci, vous aurez plus de chance de la trouver à l'agence Townsend. » Répond-il. Convaincus, les deux hommes s'installent.
-« Vous savez passer inaperçu. » Ironise Lee, pour faire remarquer le côté FBI du véhicule et du conducteur.
Ils arrivent devant une grande bâtisse de briques rouges. Les fenêtres blanches rappellent l'entrée massive. Composée de deux colonnes carrées blanches de chaque côté de la porte, elle est rehaussée d'un porche blanc. Sur la porte, est accroché un panneau sur lequel est inscrit : «193 ». Sur la devanture, on peut lire : « Charles Townsend, agence de détectives. » Lee sent un nœud douloureux à l'estomac. Il angoisse à l'idée de la revoir. Qu'est-ce qu'il va pouvoir lui dire ? Va-t-elle seulement accepter de rester dans la même pièce que lui ? Pourquoi est-il venu ? Il est certainement la dernière personne au monde à qui elle veut parler. Devinant la terreur de son agent, Billy se contente de lui dire :
-« ça va aller, Lee. Elle est forte, elle saura te pardonner. »
Il reste seul dans la voiture encore quelques secondes, le temps que ses jambes retrouvent la force de le porter. Les trois hommes passent la porte et arrivent dans un grand corridor. La maison est peut-être ancienne mais elle est décorée avec gout, sans trop de fioriture. Un homme bedonnant, à l'air sympathique les accueille.
-« Agent spécial Mac Guillys ! Vous nous ramener les invités ?» Sans attendre, il les fait rentrer dans le bureau.
La pièce est immense. Sur la gauche, un grand bureau de très grande qualité sur lequel trône un téléphone et un petit haut-parleur gris. Le fauteuil a l'air, lui aussi de bonne facture. Il permet à celui qui s'installe de discuter avec les éventuels occupants des deux énormes canapés blancs qui se font face, séparés d'une simple table basse. Face au bureau, de l'autre côté des canapés, une cheminée massive est incrustée dans le mur. Il est clair qu'elle est d'époque mais, pourquoi une cheminée dans une ville où l'unique saison est l'été ? De chaque côté de la cheminée, des baies vitrées à petits carreaux donnant directement sur la plage. Dans le coin droit, face à la porte d'entrée, presque dissimulé derrière un long rideau, des étagères en verre et un bar de la même couleur que le bureau. Lee ne l'avait pas remarqué à son arrivée mais une femme se lève du canapé le plus proche de la porte. Elle est magnifique, elle a un visage angélique et doux. Ses cheveux longs et bien coiffés mettent en valeur ses traits presque poupons. Habillée d'une simple robe d'été, il peut deviner sa taille fine et sa forte poitrine.
-« Monsieur Stetson, je présume ? Kelly Garrett. Je suis une amie d'Amanda. » Lui sourit-elle en lui tendant la main.
-« Je vous en prie, installez-vous ! Les filles ne sont pas encore là. » Invite l'hôte.
-« Excusez-moi, je n'ai pas retenu votre nom. » Demande Billy.
-« Bosley, John Bosley. C'est moi qui gère tout ça en l'absence de monsieur Townsend. » Se présente-t-il.
-« Vous voulez boire quelque chose ? » Propose Kelly en allant vers le bar. Lee la suit pour voir ce qu'elle peut lui servir.
-« Vous, c'est le whisky, c'est ça ? » Devant la réaction de surprise, la jeune femme sourit.
-« Je vous l'ai dit : je suis une amie d'Amanda. »
-« Vous la connaissez depuis longtemps ? »
-« Oh ! Je l'ai connue bien avant son mariage d'avec Jo si c'est votre question. » Lee lève un sourcil : Jo encore.
Il continue à entendre ce nom même à 4 000 kilomètres de Washington. Kelly remarque son air agacé.
-« Elle m'a tout dit de vous. » Lui murmure-t-elle à l'oreille.
-« Permettez-moi d'en douter. » Répond-il, le nez dans son verre, les yeux tristes.
L'attitude du jeune homme le confirme, Amanda ne lui a pas tout dit. Elle veut découvrir ce que son amie lui cache. Des rires de femmes se font entendre dans le couloir. Une jeune femme blonde passe la porte la première. Très belle, Lee la trouve cependant moins attirante que Kelly.
-« Non mais, tu as vu sa tête ? »
-« Quoi ? Il l'avait bien cherché ! » Répond l'autre femme toujours cachée dans le couloir.
La première s'arrête quand elle aperçoit les trois hommes. Cette voix ! Lee la reconnaitrait entre toutes. Il ne peut s'empêcher de reculer espérant pouvoir se cacher derrière le rideau.
-« Non, mais il s'est pris pour qui ? » Amanda passe la porte à son tour, le sourire aux lèvres.
A son tour, elle s'arrête pour observer le seul homme qu'elle repère près du bureau. -« C'est un nouveau client ? » demande la jeune femme blonde en direction de Bosley, assis à son bureau.
-« Je ne crois pas, Chris. » Répond Amanda, un rictus en coin.
-« Regardes : costume complet noir, chaussures cirées noires, cravate noire, cheveux gominés. Ça sent le FBI, la CIA ou la NSA peut-être, enfin tous les acronymes du gouvernement que tu veux. C'est un agent fédéral. » Conclut-elle fièrement. Lee la dévore des yeux. Elle porte un petit débardeur blanc surmontée d'une chemise bleue nouée au-dessus de son nombril avec un short en jeans et des sandales noires à semelles compensés. Elle a remonté ses cheveux. Tout est parfait, elle est magnifique. Et toujours aussi perspicace ! Il sourit.
-« Agent spécial Mac Guillys, madame. »
-« Et laissez-moi deviner agent spécial Mac Guillys. Qui est-ce qu'on dérange suffisamment pour qu'on nous envoie le FBI ? » Le téléphone se met à sonner.
-« Pile à l'heure ! » S'exclame Bosley en appuyant sur le bouton du haut-parleur.
-« Bonjour mes anges ! » -« Bonjour Charlie ! » S'écrient Kelly et Chris.
-« Amanda n'est pas là ? Je ne l'ai pas entendue. »
-« Je suis là Charlie. » Répond-elle en s'avançant vers le bureau, fixant toujours l'agent qui se sent de plus en plus mal à l'aise.
-« Très bien. Nos invités sont-ils arrivés ? » Nos ? Surprise, Amanda regarde le haut-parleur.
-« Oui, monsieur Townsend, nous sommes là. » Cette voix ! Amanda se retourne et dévisage l'homme qui vient de se lever du canapé.
-« Monsieur Melrose ! » Murmure-t-elle, ébahie.
-« Bonjour Amanda. » Balbutie-t-il, esquissant un sourire.
-« Vous êtes là pour m'arrêter ? » Demande-t-elle sèchement.
-« Non, je suis là pour vous ramener à la maison. » Explique-t-il.
-« Je dérange encore l'agence ? A 4000 kilomètres ? Et on m'envoie mon ancien chef de service ? » Dit-elle sur un ton acerbe.
-« Amanda. » Dit-il tendrement.
-« Laissez-tomber les « je suis là pour vous aider, Amanda. » J'ai vu ce que ça a donné la dernière fois. »
-« Non, ça c'est ma mission. » Lance Lee en sortant de sa cachette.
Elle est estomaquée, plus aucun son ne sort de sa bouche. Elle ne peut se détourner de celui qui lui a tant manqué.
-« Amanda, toutes les personnes présentes dans cette pièce sont là pour vous apporter leur aide. » Insiste Charlie.
-« Ben voyons. Merci mais, non merci. » Assène-t-elle en sortant par la porte fenêtre. Le silence s'impose dans la pièce. Billy et Lee baissent la tête. Bosley ne cache pas sa déception, quant à Kelly, elle observe chacun d'entre eux.
-« Je m'en occupe. » Se propose-t-elle.
-«Non. S'il vous plait, c'est à moi d'y aller. » Corrige Billy. « En attendant, agent Mac Guillys : faites le point avec le reste de l'équipe. »
Il sort à son tour, à la recherche d'Amanda qu'il ne tarde pas à trouver. Elle est assise sur un rocher, les genoux sur la poitrine, les mains posées sur ses pieds et le regard perdu vers l'horizon. Il s'installe sans bruit non loin d'elle. Elle sait qu'il est là. Ils restent ainsi un petit moment avant qu'elle ne prenne la parole.
-« Pourquoi est-il là ? »
-« Il voulait venir. Il voulait vous voir. Il avait besoin de vous voir. »
-« Vous ne lui avez rien dit n'est-ce pas ? Pas plus qu'au docteur Smyth. » Affirme-t-elle en lui jetant un regard noir.
-« Amanda, je suis tellement désolé. Quand Smyth a tout découvert, il voulait la tête de Lee et la vôtre. Je lui ai proposé ma démission mais il l'a refusée. »
Elle retourne son attention vers l'horizon, un sourire triste sur son visage.
-« Comme vous visiblement sinon, pourquoi seriez-vous là ? »
-« Amanda, je ne veux pas vous perdre. Lee ne veut pas vous perdre. »
-« Ce que j'ai vu ce jour-là dans ses yeux, le dégout qu'il a ressenti quand il m'a regardé ! C'est pire encore que ce qui s'est passé là-bas. Alors bien sûr qu'il peut vivre sans moi. Ça fait deux ans qu'il refuse de travailler avec moi ! Ça lui fait une bonne raison maintenant ! »
-« Vous vous trompez, Amanda. » Une larme coule le long de ses joues.
La bise l'oblige à fermer ses yeux.
-« Que vous me croyez ou non, je suis votre ami. Je ne vous ai jamais trahi. » Elle rit à contrecœur. Billy ne sait plus quoi ajouter pour la convaincre. Il décide de la laisser seule. Elle a besoin de temps pour réfléchir.
Lee est assis sur le canapé, le verre à la main. Il regarde le liquide tournoyer. Il entend l'agent Mac Guillys mais ne l'écoute pas. Il s'attendait à quoi ? Qu'elle lui saute dans les bras ? Il se trouve égoïste : il n'a pensé qu'à lui, il n'aurait jamais dû venir. Kelly, assise à côté, l'observe. Elle devine le désespoir qui le consume.
-« Elle reviendra. » Lui murmure-t-elle, une main posée sur son genou.
Ne quittant pas son whisky des yeux, il ne peut que lui répondre par un triste sourire.
Billy est de retour, suivi de peu par Amanda. Elle s'appuie sur le bureau, bouchant presque la vue à Bosley, installé sur son fauteuil, tandis que le chef de service prend place à côté de Chris.
-« Très bien », continue Mac Guillys, « donc, comme vous le savez déjà, Petrosvska a ouvert bar de nuit dont le but est de dénicher de nouveaux talents. Nous pensons que ce bar lui sert aussi de couverture pour continuer ses petits trafics avec ses amis russes : trafic d'armes, d'alcool, drogue, renseignements… tout y passe ! Nous ne savons pas encore comment mais, nous pensons qu'il y a une taupe dans nos services qui la renseigne et, qui la renseigne bien ! Elle anticipe le moindre de nos mouvements. Nous savons qu'elle a fait installer un coffre-fort dans une des salles à l'arrière de son club. Nous avons toutes les raisons de penser que c'est là qu'elle cache une sorte de livre de comptes dans lequel se trouve le détail de ses opérations. Légalement, nous ne pouvons pas intervenir sans mandat. Et nous craignons que si nous en demandons un, elle en soit immédiatement informée et qu'elle aille le mettre ailleurs. C'est pourquoi nous faisons appel à vous. Récupérez ce carnet et nous pourrons mettre fin au programme. »
-« Tu as réussi à joindre Marlon ? » Demande Chris en regardant Amanda.
-« Je le vois ce soir. » Répond-elle, « d'ailleurs, je ne vais pas tarder sinon, je vais être en retard ! » Dit-elle en se levant rapidement.
-« On se retrouve là-bas ! » S'écrie-t-elle en sortant.
Qui est ce Marlon ? D'où il sort ? Le cœur de Lee se brise.
La nuit est déjà bien avancée. Le moment de rejoindre Amanda est arrivé. Mac Guillys est parti et les filles se sont mises dans leurs plus beaux atours pour aller à la soirée. Lee est vêtu d'une chemise en satin blanc, le col déboutonné et un pantalon noir pincé. Bosley est en costume de soirée et Billy est habillé en chauffeur. Chris saisit le bras de Bosley tandis que Kelly s'agrippe à celui de Lee.
-« Vous êtes superbe. » Complimente-t-il.
-« Merci. » Répond Kelly, un sourire malicieux en coin.
Ils s'installent dans la limousine que Charlie a mise à leur disposition pour la soirée. Billy conduit jusqu'à l'adresse du bar de nuit.
La voiture se gare devant l'entrée, en double file, dans une grande avenue. Une enseigne lumineuse accrochée sur la devanture éclaire la façade : « Russkiy d'Yavol. » Lee sourit.
-« Qu'est-ce que ça veut dire ? » Demande Kelly, devinant qu'il avait traduit.
-« Le diable russe. Elle a un grand sens de la dérision. »
Bosley arrive telle une star au bras de Chris. Il est suivi par Lee et Kelly. Billy assure leur couverture de la voiture.
L'intérieur du bar est tamisé. Seule la scène, vide, est éclairée grâce à un projecteur. Des instruments de musique et des micro-pieds tiennent lieu de spectacle La salle est noire de monde. Les femmes portent des toilettes festives, pratiques pour danser. Les hommes portent des tenues décontractées mais sophistiquées. L'argent et l'alcool coulent à flot. Les gens s'amusent et dansent au rythme des morceaux qui passent.
-« Mesdames et messieurs ! Le Russiy d'Yavol est heureux de vous accueillir ce soir ! Il est temps pour vous d'avoir chaud ! On veut voir de la sensualité, on veut voir du charme, on veut voir du sexe ! C'est à vous de danser ! » Crie le micro.
Un groupe s'installe sur la scène. Un guitariste, un bassiste, un batteur, un trompettiste… tout y est.
Les danseurs se mettent en place. Les gens s'écartent et se préparent à admirer le spectacle.
Lee repère Amanda. Elle porte une tenue rouge sang composé d'un décolleté cache-cœur lui enserrant la taille et d'une jupe ample à jupons, à ses pieds des chaussures à talons fines rouges. Un homme lui tient la main. Bien bâti, le blond de ses cheveux contraste avec son teint ensoleillé. Il porte une chemise de satin noir ouverte, laissant apparaitre un poitrail imberbe bien dessiné. Le couple attire tous les regards malgré la présence d'autres danseurs.
La musique commence : une salsa.
Amanda et son partenaire se lancent dans une danse endiablée. Il la fait tourner, la bascule, la porte à un rythme effréné. Le charme opère, la sensualité est exacerbée, la tension sexuelle est palpable. Ils ne se quittent pas des yeux, leurs corps se collent l'un contre l'autre, se séparent, reviennent plus fort. Quelques derniers pas de danse et il l'attrape par la taille, la plaque contre lui, la soulève. Elle plonge son regard dans le sien, elle caresse sa joue et descend jusqu'à sa poitrine.
Le public est charmé et applaudit tandis que la piste se vide et que la musique retentit à nouveau dans les hauts parleurs. Ils reprennent leur danse endiablée.
Lee reste là, à regarder Amanda serrer son partenaire dans ses bras. Il le voit poser ses mains sur les épaules de la jeune femme. Elle lui sourit. Ce sourire, c'est à lui qu'elle le donnait il n'y a pas si longtemps. Elle semble être tombée sous son charme. Lee tente de l'admettre : il a énormément de charme. Il essaie de se résonner, tentant de se convaincre que c'est mieux ainsi, qu'elle mérite d'être heureuse. Mais, malgré tous ses efforts, il ne ressent que jalousie et colère.
Ils disparaissent du champ de vision de Lee. Il se met sur la pointe des pieds, tentant de la repérer. Il ne voit que Bosley qui joue les play-boys, entouré de jolies écervelées.
-« Lee ! » L'appelle-t-il à le rejoindre.
-« Bosley, où est Amanda ? »
-« Elle danse bien, hein ? »
« Oui. Où est-elle ? Et où sont les filles ? »
-« Oh ! Elles parties faire un petit tour !» s'écrie-t-il avant de se pencher vers lui et lui murmurer : « elles sont parties chercher le colis. »
-« Quoi ? Toutes seules ? » S'exclame Lee.
-« Ben oui ! Elles seront là d'une minute à l'autre. » Lui assure-t-il avec un sourire benêt.
-« C'est pas vrai ! Elles vont se faire repérer ! » Se fâche Lee en se dirigeant vers la porte qui mène à l'arrière du bâtiment.
-« Laissez-les faire ! » Demande Bosley en le retenant par le bras. « Faites leur confiance, elles vont y arriver. »
-« Arriver à quoi ? » Intervient Kelly qui apparait derrière les deux hommes.
Chris et Amanda sont non loin, Amanda toujours accaparé du bellâtre blond bodybuildé. Elle lui dépose un tendre baiser sur la joue avant de rejoindre le groupe.
-« On y va ? L'ambiance n'est pas terrible. » Ironise-t-elle.
Lee boue de colère.
De retour à l'agence, les filles jubilent. Kelly sort le fameux carnet.
-« Mission accomplie. » Dit-elle, excitée en faisant danser le livre noir devant le nez de Lee.
-« Bien joué les filles ! » Répond le haut-parleur.
-« Demain, vous le donnerez au FBI. Ils trouveront certainement de quoi l'arrêter. En attendant, je vous souhaite une bonne nuit mes anges. »
-« Bonne nuit Charlie ! » Répondent en cœur les trois femmes.
-« Bon, et bien, c'est une affaire rondement menée ! Je vais me coucher. » Conclut Chris.
-« Je vais en profiter pour le lire avant de le donner au FBI. » Informe Amanda.
-« Je vais aller ranger la limousine et je vais me coucher aussi. Vos chambres sont à l'étage messieurs. Bonne nuit.» Lance à son tour Bosley.
Sans un mot, Lee sort discrètement sur la plage. Il s'installe sur un banc, sur le sable, les yeux fixant la lune.
-« Un sou pour vos pensées. » Ironise Kelly qui s'installe à côté de lui.
Toujours silencieux, il baisse la tête.
-« Qu'est-ce qui s'est passé ? » L'interroge-t-elle.
-« Si elle ne vous a rien dit, ce n'est pas moi qui vais la trahir. J'ai déjà fait assez de dégâts comme ça. »
Après une petite pause, Kelly tente une autre approche.
-« Elle me parle souvent de vous. »
Il ricane, ne voulant pas y croire.
-« Parlez-moi d'elle. » Demande-t-il, curieux.
-« Je l'ai connue juste après la mort de son père. On avait à peine 18 ans et on voulait changer le monde. » Se souvient-elle, les yeux pétillants.
-« Elle ne m'a jamais parlé de son père. »
-« Il était colonel dans l'armée de l'air. Il s'est crashé en mer lors d'une mission à l'étranger. Ce fut une épreuve terrible pour elle et Dotty. Pleines de conviction, on a décidé de s'engager dans la police. »
-« Amanda ? Dans la police ? Elle ne supporte pas les armes ! »
-« Vu ce qu'on faisait, on n'en avait pas besoin, croyez-moi. Ce n'était pas le boulot qu'on espérait alors, on est partie et Charlie nous a embauchées. Elle est restée très peu de temps. Elle a rencontré Jo sur une affaire et.. Vous connaissez la suite.»
-« Amanda, flic. On aura tout vu. »
-« Vous avez tout à fait raison. C'est aussi impossible que de l'imaginer en espionne. » Se moque-t-elle.
-« D'accord, un point pour vous. »
-« Ne la sous-estimez pas Lee. Elle est bien plus forte que ce que vous pouvez imaginer. Elle est douée dans son travail. »
-« Je sais. » De nouveau, il fixe la lune laissant son esprit divaguer.
-« Je ne connais pas le sujet de votre dispute mais, je suis sûre que ça s'arranger. »
-« Oh non, croyez-moi. Ça ne s'arrangera jamais. »
-« Il est tard, vous avez eu une longue journée. Allez-vous reposer. Bonne nuit Lee. »
Kelly se lève et rentre.
Il reste là, laissant libre court à ses pensées. S'il pouvait changer les choses, si seulement il pouvait revenir en arrière.
Le temps s'est rafraichi, il reste peu de temps avant le lever du soleil. Exténué, il décide de rentrer. Le bureau est dans le noir mais la lune éclaire suffisamment la pièce pour distinguer les meubles. Il entend marmonner sur le canapé. Amanda s'est endormie, le livre de compte de Svetlana dans les bras. Elle semble avoir froid. L'agent attrape une couverture posée non loin et l'installe doucement sur la jeune femme. Il lui retire délicatement le livre des mains pour le poser sur la table. Avec les lumières de la nuit, Amanda a le visage presque laiteux. Il s'assoit sur le bord du canapé et prend quelques minutes à l'observer. Il fait glisser une de ses mèches qui lui traversent le visage. Les yeux embués, il lui susurre :
-« Je suis tellement désolé Amanda. »
Il se lève et sort de la pièce à pas de loup.
Il presque 10 heures du matin au deuxième jour. Toute l'équipe fixe silencieusement le carnet noir posé sur la table basse. Amanda est la seule à l'avoir lu en entier. Tout est codé. Seuls certains mots ressemblent à des noms mais, le reste n'a aucun sens.
-« Il faut l'apporter au FBI. » Propose Bosley.
-« De toutes façons, on ne peut rien en faire. » Continue Kelly.
-« Et cette affaire est aux mains des fédéraux. » Tente de convaincre Billy.
-« J'y vais ! » S'exclame Amanda en le prenant.
-« Scarecrow vous accompagne. » Ordonne le chef de service.
Elle marque une pause et le fusille du regard.
-« Je vais venir avec vous. » Rassure Chris.
Bosley renchérit en se proposant de conduire le petit groupe.
Les trois compères sont dehors, devant la porte à attendre la voiture. Alors qu'Amanda parcourt toujours le carnet, Chris éloigne Lee discrètement.
-« Ça fait longtemps que vous êtes ensemble ? » Demande-t-elle, intriguée.
-« Je vous demande pardon ? » Prononce Lee en s'étouffant.
-« Oh arrêtez ! Pas à moi ! Je vois bien comment vous la regardez. »
-« Il n'y a strictement rien entre elle et moi. Nous sommes juste des a… des collègues. »
-« Ben voyons ! Et c'est bien sûr strictement dans un cadre professionnel que vous aviez envie de tuer Marlon hier soir, au bar. »
Lee regarde son interlocutrice.
-« Oh pardon ! Parce que vous pensiez que je n'avais pas vu le regard assassin que vous lui avez lancé quand elle l'a embrassé ? »
-« Ce n'est pas ce que vous croyez, Chris. »
-« Bien sûr que non ! C'est strictement professionnel. »
Le regard de Lee s'arrête sur une voiture qui vient de s'engager dans la rue.
-« Quelque chose ne va pas ? » Interroge la jeune femme en regardant dans la même direction.
Noire, aux vitres fumées, sans plaque, elle ralentit au niveau du bâtiment. Soudain, il voit la vitre arrière se baisser.
-« baissez-vous. » Conseille-t-il à la jeune femme avant de s'élancer vers la porte.
-« Amanda ! » Hurle-t-il.
La fusillade commence. Lee a juste le temps de plaquer Amanda au sol. Il entoure sa tête de ses mains et protège le reste de son corps avec le sien. Amanda le serre contre elle de toutes ses forces. Des tirs incessants à l'arme de guerre criblent l'endroit où se tenaient, une seconde avant, les trois amis. Les fenêtres et les pneus des voitures garées explosent, les murs s'effritent tout autour d'eux. Les ouvertures du bâtiment se fracassent dans un bruit infernal. Ils ne peuvent rien faire qu'attendre. D'un coup, les pneus de la voiture des assaillants crissent sur la route, laissant un silence de mort dans la rue déserte.
-« Amanda ! Chris ! » Hurle Kelly, sortant du bâtiment en courant.
-« Lee ! » S'inquiète Billy à son tour.
Chris s'est couchée derrière une voiture. Quand elle se relève, elle a des bouts de verre plein les cheveux. Ses mains sont coupées par les morceaux tombés sur le sol.
Lee est toujours allongé sur Amanda. Billy se penche pour l'aider à se relever.
-« ça va, Amanda ? » Demande-t-il en aidant Lee.
-« ça va. » Dit-elle.
-« Vous êtes blessée ! » Constate l'homme en regardant son vêtement ensanglanté sur le côté.
-« Non, ce n'est pas mon sang… Lee ! »
Tandis qu'il avait trouvé un appui sur le bras de son chef, Lee sent la tête lui tourner. Il s'écroule. Amanda soutient sa tête posée sur ses genoux et cherche la blessure.
-« Appelez les secours, vite ! » Ordonne-t-elle à Billy.
-« Lee, restez avec moi. Restez avec moi. Vous n'avez pas le droit de mourir. » Implore-t-elle le regardant sombrer lentement dans l'inconscience.
Toute l'équipe fait le pied de grue dans la salle d'attente de l'hôpital. Amanda fait les cents pas d'un bout à l'autre de la pièce.
-« Amanda, assieds toi, tu me donnes la nausée. » Supplie Chris.
-« Elle a failli nous tuer tous ! Tout ça pour son foutu carnet ! Qu'elle a réussi à récupérer en plus !» S'énerve-t-elle.
Tout le monde reste silencieux.
-« Je n'arrive pas à y croire ! On était si près du but ! »
Kelly la connait bien. Elle évite volontairement le sujet qui la préoccupe vraiment. Un médecin arrive.
-« Comment va-t-il ? » S'inquiète la jeune femme.
-« Il va bien. Il s'agit seulement d'une égratignure. Nous l'avons recousu, il est comme neuf ! » Sourit-il.
L'équipe se congratule de cette bonne nouvelle et attend avec impatience le retour du héros avant de quitter l'établissement. Lee apparait enfin. Chris se jette à son cou. Il grimace de douleur.
-« C'est gentil, merci. »
-« Oh pardon ! Ça va aller ? »
-« Oui, oui, ça va. »
Scrutant la pièce, il s'inquiète :
-« Où est Amanda ? »
A leur tour, les membres de l'équipe regardent autour d'eux.
-« Je ne comprends pas, elle était là i peine une minute. » Répond Bosley.
Le groupe court vers la voiture qui l'attend à l'entrée. Quel soulagement de constater qu'elle est toujours garée. Kelly sent une boule au ventre.
-« la voiture est ouverte. » Constate-t-elle en ouvrant la portière passager.
Elle s'installe et fouille dans la boite à gants. Elle se retourne vers le groupe, l'air blafard.
-« Que se passe-t-il ? » S'inquiète Billy.
-« L'arme. Elle a pris l'arme. » Comprend Chris.
-« Elle retourne se venger. » Conclut Kelly.
-« Bosley, conduisez-nous au bar de Svetlana ! » Ordonne Lee pendant que le groupe prend place.
Le bâtiment semble vide. Pas âme qui vive. Tout est silencieux.
Armes aux poings, Lee indique la ruelle sombre sur le côté du bar. Il divise l'équipe en deux : Chris et Kelly passent par devant tandis que Billy et lui passent par la ruelle. Bosley reste à la voiture et surveille les alentours.
L'allée est sombre et sale. Au milieu, un caniveau à ciel ouvert la sépare en deux. D'énormes bennes malodorantes jalonnent le passage. Les deux hommes arrivent enfin près de la porte de service. Ils se positionnent et synchronisent leur entrée. La porte grince un peu, ils pénètrent doucement dans l'immeuble. Il fait sombre mais pas noir. Ils avancent avec prudence, à la recherche du moindre mouvement.
-« Vous n'arriverez jamais à l'arrêter ! » résonne soudain une voix masculine, un peu plus loin.
-« Où est-elle ? » Hurle la voix d'Amanda.
-« Vous pouvez me tuer. Je ne vous dirai rien. » Continue l'homme.
Le groupe se retrouve dans la pièce d'où venaient les cris. Chris et Kelly par un accès, Billy et Lee par l'autre. Amanda se tient debout, au-dessus d'un homme, et le braque avec une arme. L'homme est étalé de tout son long sur le sol. Lee est surpris car il semble plutôt costaud. Comment a-t-elle réussi à le faire tomber ? Malgré son invitation, l'agent voit bien qu'il a peur.
-« Amanda, lâchez cette arme. » Demande-t-il en se dirigeant vers elle.
-« Non ! Je n'est pas fini ! »
-« Lâchez cette arme, s'il vous plait. » Sa voix est douce.
-« Dis-moi où elle est ! »
Il se place entre elle et sa victime. Elle ne lui tirera pas dessus, il le sait.
-« Donnez-la moi. »
Ses mains tremblent tellement qu'elle enlève son doigt de la queue de détente. Doucement, il pose sa main sur le canon de l'arme pour le pointer vers le sol.
-« Regardez-moi. »
Elle lève les yeux vers lui. Ces paroles, elle les a déjà entendus. Sa souffrance devient insupportable, elle lâche l'arme et s'écroule. Il tend le pistolet au groupe et la rattrape in extrémis. Il l'étreint tandis qu'elle pleure toutes les larmes de son corps. Elle s'accroche à son bras et enfouit sa tête dans ses épaules. Sans un mot, le reste du groupe attrape l'homme et le sort pour leur laisser ce moment.
Ils restent là tous les deux, assis sur le sol. Il attend qu'elle se calme. Il reste silencieux face à sa souffrance. Il a tellement mal, lui aussi. Il ne trouve pas les mots. Il n'y a rien à dire, pas maintenant.
Mac Guillys est venu récupérer le prisonnier. Il va tenter d'en apprendre plus. Amanda franchit la porte de l'agence la première et se dirige vers le bar, furieuse. Le reste du groupe entre et s'éparpille dans la pièce.
-« De quoi vous souvenez-vous, Amanda ? Il y avait peut-être quelque chose dans ce carnet qui pourrait nous aider ? » Interroge Billy.
-« Je veux qu'il parte ! » Hurle-t-elle, un verre d'alcool à la main.
-« Amanda. » Tente Kelly espérant la résonner.
-« Non ! Je veux que vous preniez le premier vol pour Washington aujourd'hui ! Rien de tout ça n'aurait dû arriver « ! » Fulmine la jeune femme avant de sortir sur la plage.
-« Non, c'est à moi cette fois. » Coupe Lee en voyant Kelly la suivre.
Elle marche sur le sable, près des vagues qui viennent mourir sur le rivage. La nuit n'est pas encore tombée et pourtant le soleil semble s'éteindre doucement à l'horizon.
-« Et c'est tout ? » Interpelle Lee en courant vers elle.
-« Quoi c'est tout ? » Répond énergiquement Amanda en se retournant.
-« C'est terminé, on arrête là ? Comme ça ? »
-« Rentrez à Washington ! »
-« Je ne peux pas, Amanda ! »
-« Laissez-moi ! »
-« Pour que vous puissiez retrouver votre Marlon ? »
Amanda le regarde, outrée.
-« Allez-vous en ! » Crie-t-elle plus fort.
-« Je ne peux pas ! »
-« Pourquoi vous me torturez comme ça ? Qu'est-ce que vous voulez ? Des excuses ? Je vous demande pardon, ça vous va ?»
-« Me demander pardon ? Mais pourquoi ? »
-« Oh ça va ! Je sais ce que vous pensez ! La pauvre ménagère d'Arlington ! C'est tomber vraiment bien bas ! »
-« Non mais ça va pas ! Comment pouvez-vous dire ça ? » Hurle-t-il.
-« Arrêtez ! Je l'ai vu dans vos yeux ! »
-« Vu quoi ? »
-« le dégoût ! »
-« Vous vous trompez, Amanda. » Murmure-t-il, désappointé.
-« C'est ce que je vous inspire ! Parce que ça n'aurait jamais dû arriver ! Parce que j'aurai pu vous arrêter ! »
-« Bien sûr que non, Amanda ! »
La vision brouillée par les larmes, elle tente de lui envoyer une gifle magistrale qu'il stoppe, puis un coup de pied qu'il balaie pour la faire tomber. Il s'allonge sur elle et l'immobilise.
-« Vous n'auriez rien pu faire, Amanda. » Lui souffle-t-il, « La seule chose que vous aviez c'était de m'abattre. »
Elle ne résiste plus, se contentant de pleurer.
Il la relève doucement et s'assoit derrière elle dans le sable, l'enserrant dans ses bras espérant la rassurer.
-« Mon Dieu, Amanda, ce que j'aimerai revenir en arrière, jusqu'à ce moment-là et ne vous avoir jamais fait souffrir. » Lui murmure-t-il doucement.
-« Vous ne m'avez pas fait souffrir. »
Il hésite un moment mais, il a besoin de savoir.
-« Est-ce que j'ai été violent ? » bégaye-t-il.
Amanda prend le temps de répondre.
-« Non. »
Il respire profondément avant de poser la question qui lui fait peur.
-« Est-ce que je vous ai fait…. Mal ? »
Elle se retourne, les sourcils froncés, l'air interrogatif. Elle l'observe. C'est la première fois qu'il semble si fragile.
-« Non. » Répond-elle, sa voix à peine audible.
Une larme apparait dans les yeux de Lee, puis deux. Doucement, elle passe ses mains sur ses joues.
-« Tout était parfait. Vous avez été parfait. »
Il plonge son regard dans le sien, lui caresse la joue. Elle coince sa main contre son épaule, elle veut profiter de ce contact. Il colle son front contre le sien. Leur nez se touche. Il fixe cette pierre autour de son cou. Leurs lèvres ne sont plus qu'à quelques millimètres.
-« Amanda ! Lee ! » Entendent-ils.
Ils se redressent et se regardent, complices pour la première fois depuis longtemps. Ils s'éloignent à l'approche de Chris et Kelly. Ils se raclent la gorge comme pour dissiper un malaise.
-« Venez ! On a du nouveau ! » Crie Chris.
Ils rejoignent les deux jeunes femmes et reprennent la direction de l'agence.
Restés en retrait, Kelly fixe Lee d'un air amusé.
-« Quoi ? » Demande-t-il naïvement.
-« Je vous l'avais dit qu'elle reviendrait. »
Il lui sourit en retour, soulagé.
Mac Guillys se tient au milieu de la salle. Tout le monde est assis, attendant la bonne parole. Avant de franchir la porte, Lee attrape la main d'Amanda. Celle-ci laisse passer Kelly. Il plonge son regard dans le sien. Sans un mot, elle resserre ses doigts autour des siens. Ils se sourient à nouveau d'un air convenu.
-« Nous avons réussi à faire parler votre ami. » Annonce-t-il fièrement.
-« Où est Svetlana ? » Interroge Amanda.
-« La seule réponse qu'il nous a donné à ce sujet c'est qu'elle est retournée là où tout a commencé. Si quelqu'un y comprend quelque chose ? »
-« Washington ! » S'écrient Lee, Amanda et Billy.
-« Elle est de retour à Washington. » Répète Billy.
A l'aube du troisième jour, Chris, Kelly, Bosley et même l'agent Mac Guillys : tout le monde est là pour dire au revoir à Amanda, Lee et Billy. Devant la porte d'embarquement, ils attendent le feu vert de l'hôtesse pour monter dans l'avion.
Le départ est imminent. Kelly éloigne Amanda.
-« Il t'aime, tu le sais ? »
-« Kelly, c'est juste un ami. »
-« Bien sûr.. Amanda, c'est moi ! Il t'aime, ça se voit. Et toi aussi. »
La jeune femme se retourne de peur que quelqu'un l'ait entendue.
-« Kelly ! »
-« Quoiqu'il se soit passé, il est toujours là. »
Amanda sourit, gênée.
-« Il t'aime, crois-moi. »
-« Tu te trompes, je le connais, il n'est pas du genre à s'attacher. »
-« Amanda, il a traversé le pays pour te retrouver. Il a failli se faire tuer pour toi. Il s'est inquiété pour toi. Tu ne vois rien, mais crois-moi, il est fou de toi. »
-«Madame, votre avion est prêt. Les messieurs sont déjà partis, si vous voulez bien prendre place. » Invite l'hôtesse.
-« Au revoir, mon amie. » Murmure la jeune femme en serrant dans ses bras celle qui a toujours été là.
Dans l'avion du retour spécialement affrété par l'agence, Amanda somnole. Pour la première fois depuis longtemps, son esprit est vide. Elle profite de ce moment d'insouciance.
Quelques rangées plus loin, Lee ne la quitte pas des yeux. Billy s'installe à côté de lui et lui tend une tasse de café.
-« Elle n'a pas voulu te mentir. »
-« Je sais. »
-« Elle voulait juste te protéger. »
-« Je sais. »
-« Elle est forte. »
Le nez dans son café, il sourit.
-« Tu l'as bien formée. »
-« Pas assez. »
Lee ne sourit plus, il a mal au cœur. Billy en est conscient, il faut qu'il lui dise.
-« Elle a démissionné. »
-« Quoi ? Pourquoi ? »
-« Après l'altercation avec le docteur Smyth, elle a pensé que tu ne voudrais plus jamais travailler avec elle. »
-« C'est ridicule ! Dis-moi que tu l'as refusée. »
-« Sa lettre est toujours dans mon bureau mais je ne vais pas pouvoir la cacher éternellement. A toi de la convaincre maintenant. »
-« C'est moi qui lui fait du mal et c'est elle qui s'en veut ? Je ne comprends pas Billy. »
-« L'amour a ses raisons que la raison ignore. »
-« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
-« Tu crois sincèrement qu'elle a accepté tout ça juste parce qu'elle aime ce travail ? Tu es l'un de mes meilleurs agents, Lee mais, en matière de femmes, tu es un idiot. »
Il le regarde, cherchant à comprendre l'allusion.
-« Il n'y a rien de plus beau que l'Amour, surtout quand il est réciproque… »
Billy s'arrête là, se lève et retourne vers l'arrière de l'appareil. Lee se remet à fixer Amanda toujours endormie.
Doit-il comprendre ce qu'il a compris ? Billy a-t-il raison ? Comment la convaincre de rester ? Comment la convaincre de ne pas l'abandonner ? Tant de questions auxquelles il ne trouve aucune réponse.
La voiture se gare sur le parking. Le trajet de l'aéroport de Washington à FFI a été silencieux. Amanda regarde le bâtiment, que de souvenirs : ses débuts, ses collègues, Francine, Billy, même madame Marsden et Lee…. Elle se rend compte qu'elle a tout perdu et que, malgré cela, elle va devoir y retourner une dernière fois.
Elle accompagne Lee et Billy jusqu'à l'ascenseur. La gardienne les regarde passer silencieusement. Elle n'avait jamais noté à quel point cet ascenseur était lent. Plus ils approchent de leur destination, plus son cœur se serre. Et si tout le monde savait ? La honte l'envahit.
Ils arrivent devant le service des opérations clandestines. Elle s'arrête un instant. Elle ne peut pas apparaitre devant les portes vitrées. Elle est terrorisée. Sans un mot, Lee lui prend la main et l'accompagne jusqu'à l'entrée. Billy est déjà dans l'open-space. Lee est juste derrière elle. Tout le monde est là et la fixe. Personne ne bouge, pas un mot, pas un bruit. L'angoisse, la peur, la honte, tant de sentiments qu'elle n'arrive pas gérer. Tout à coup, un claquement de mains puissant mais lent, vient rompre ce silence pesant. Un homme s'approche et continue à applaudir : le docteur Smyth. Il est bientôt suivi de tout le service, le rythme s'accélère. Elle regarde Lee qui sourit. Abasourdie, elle voit Francine et reconnait tellement d'autres. Elle fixe celui qui est à l'origine de sa mise à pied.
-« Bon retour. » Lui lance-t-il au creux de l'oreille.
Elle ne comprend plus rien. Certains agents viennent la saluer, ils sont si heureux de la revoir. Même Francine s'approche :
-« Il était temps ! Lee devenait ingérable ! »
Elle le dit suffisamment fort pour que l'homme entende. Il lui fait une grimace amicale et accompagne Amanda jusqu'au bureau de Billy.
-« Monsieur Melrose. » Commence Amanda.
-« Vous avez une mission à terminer. » La coupe-t-il.
-« Scarecrow : avec Amanda, vous reprenez tous les éléments du dossier. Vous épluchez celui du FBI, vous reprenez celui du SICE, vous renversez les bureaux, vous défoncez des portes bref, vous faites ce que vous voulez mais je veux sa tête, est-ce que je me suis bien fait comprendre ? » Ordonne-t-il.
Il regarde sa paire d'agents avant de reprendre sur un ton autoritaire.
-« Et maintenant, dehors ! Je ne veux pas vous revoir avant d'avoir des résultats ! »
Lee retourne à son bureau. Avant de sortir, Amanda se retourne vers le chef de service.
-« Je ne reviendrai pas. » Lui dit-elle.
Attristé, il la regarde s'éloigner. Il ouvre le tiroir de son bureau dans laquelle se trouve une enveloppe bleue claire au nom de Billy Melrose sur laquelle il est écrit « je suis désolée ».
Amanda rentre chez elle, exténuée.
-« Ma fille ! Mais où étais-tu passée ? Je n'ai plus de nouvelle de toi depuis des jours ! Pourquoi tu ne m'as pas appelé ? Est-ce que tu vas bien ? »
Dotty était morte d'inquiétude et compte bien le lui faire savoir. Elle regarde sa fille, elle a l'air si fatiguée, vidée de toute énergie. Tant pis pour la remontrance, elle la serre dans ses bras. Pour la première fois depuis longtemps, Amanda se sent bien dans les bras de sa mère. Elle ferme les yeux et profite de ce moment.
Sa mère l'emmène jusqu'au canapé, l'installe comme quand elle était petite et qu'elle était malade.
-« Je vais te chercher un bouillon, ça va te faire du bien. »
Elle revient quelques secondes plus tard, un bol chaud à la main. Amanda le prend et commence à le gouter. Dotty s'assoit sur la table basse et attend patiemment. Sa fille reste silencieuse, plongée dans ses pensées, regardant le fond du bol.
-« Parle-moi ma chérie. Tu m'inquiètes. » Implore-t-elle.
-« Tout va bien, maman. » Peine-t-elle à articuler.
-« C'est ce monsieur Stedlor, c'est ça ? »
Décidément, elle n'y arrivera jamais, pense-t-elle amusée.
-« Stetson, maman : Lee stetson. »
-« S'il t'a fait du mal ! » S'énerve-t-elle.
-« Je vais me coucher, je suis épuisée. » Répond-elle d'un air triste.
-« Bonne nuit maman. » Rajoute-t-elle en se levant, déposant un tendre baiser sur le front de sa mère.
-« Je t'aime, Amanda. »
-« Je t'aime maman. »
Les jours défilent puis les nuits. Lee et Amanda ne lâchent plus le tableau de liège qu'elle avait commencé un mois avant. Ils rajoutent les éléments qui manquent, modifient certains autres. Amanda note les noms qu'elle a lus dans le carnet noir : Victoria, Green Land, khoroshiy potseluy iz rossii, Evergreen, Yang Ming …
Mais quelques questions subsistent :
Même s'ils sont maintenant certains qu'il s'agit de la même personne qui renseigne Svetlana : qui a fourni à Billy la partie du dossier à l'origine de tout et pourquoi ?
Quel est son rôle dans cette histoire ?
Quel est le vrai but de tout ça ?
Quel est le lien avec Kaboul ?
Parfois Amanda rapporte de quoi manger, parfois c'est Lee qui ramène le café. Amanda essaie de rentrer tôt de temps en temps. Quelques fois, c'est Lee qui, épuisé, part se reposer. Mais cette enquête les obsède tous les deux : elle cherche la vengeance, lui cherche à la retrouver. Il sait que, tant qu'ils n'auront pas rattrapé Svetlana, il ne pourra pas la faire revenir.
Un soir, alors que la nuit est déjà bien entamée, Amanda est seule dans la salle. Lee est parti. Elle relit encore le dossier du SICE et quelque chose attire son attention : le rapport sur l'incident concernant l'agent Ariman. « L'agent Foldman est intervenu et a immobilisé l'agent. » Foldman, ce nom tourne en boucle dans sa tête. Pourquoi lui rappelle-t-il quelque chose ? Elle sait qu'elle ne le connait pas et pourtant, ce nom ! Elle l'a déjà entendu quelque part.
D'un coup, elle se souvient, ce fameux soir :
-« Vous en avez identifié ? » -« Non pas tous ! Ah si ! il y avait Portman, Sportman, Stordman.. arh, je ne me souviens plus. »
Elle saute de la table et court vers la salle du SICE. Les bureaux sont déserts à cette heure-ci. Elle commence à chercher le bureau de l'agent. Heureusement qu'il y a les petits chevalets sur lesquels figurent les noms. « R. Kerrigan », « J.D. Smith », « A. Cottich », « K. Foldman ». Elle regarde autour d'elle avant de commencer à fouiller. Son bureau est jonché de dossiers mal classés. Elle ouvre chaque tiroir un par un et examine leur contenu méticuleusement. Elle arrive au dernier qui refuse de s'ouvrir. Elle prend un trombone, le déplie et commence à le forcer. Après tout, elle a déjà vu Lee le faire plein de fois.
-« Vous cherchez quelque chose, madame King ? » Résonne une voix derrière elle.
Elle se retourne et manque de tomber. Un jeune homme la surplombe. Blond et grand, les yeux marron, il sourit. En tenue règlementaire, il a les mains posées sur ses hanches montrant ainsi son holster accroché à sa ceinture.
-« C'était vous, n'est-ce pas ? »
-« Venez, on va faire un tour. »
Son invitation ne laisse aucun choix. Il lui saisit le bras pour l'aider à se relever. Il la serre fort, lui faisant ainsi comprendre qu'elle devait le suivre sans résistance.
-« Pourquoi ? » Demande Amanda alors qu'ils sont dans le couloir.
-« Vous allez prendre vos affaires et je vous expliquerai tout, promis. »
De retour dans la salle de réunion où se trouve le tableau, Amanda prend doucement ses affaires. Foldman est absorbé par tous les éléments accrochés, les liens qui ont été faits, les absents.
-« C'est moi, ça ? » Demande-t-il en montrant un profil humain noir sur fond blanc.
-« J'aimerai comprendre. » Insiste Amanda.
-« Mais vous allez comprendre, madame King. Vous allez tout comprendre ! » Dit-il sournoisement.
-« Allez ! On y va ! Et pas de bêtise. » Ordonne-t-il en lui saisissant à nouveau le bras, méchamment.
Le soleil n'est pas encore levé et Lee passe les portes vitrées du service. Il constate au loin que la salle de réunion est éteinte. Il prend le temps de boire un café au bar. Il s'assoit à son bureau et regarde les messages qui lui ont été laissés.
Le bureau de Billy est allumé. Il décide d'aller le voir.
-« Bonjour Billy. Amanda est partie tard hier soir ? »
-« Elle était encore là quand je suis parti. Comment avance le dossier Pétosvska? »
-« On a donné la liste des noms dont Amanda se souvenait à Francine pour qu'elle fasse des recherches dans la base de données mais pour l'instant, on n'a pas grand-chose. »
-« Et Amanda ? »
-« Quoi Amanda ? »
-« Comment ça va entre vous ? »
-« Disons qu'on est revenu à une certaine normalité. »
-« Et ? »
-« Et quoi, Billy ? Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Elle est totalement obsédée par le dossier. »
-« Résolvez cette affaire et après, occupe-toi de régler l'autre problème. »
La démission d'Amanda, comment la faire changer d'avis ?
Il rentre dans la salle de réunion et s'installe à ce qui est devenu leur place habituelle, une table posée face au panneau. Elle est suffisamment grande pour permettre d'y stocker les dossiers tout en les comparant aux informations affichées. Il fixe à nouveau le tableau en buvant des gorgées de café. Il ne voit plus rien. Fatigué, il pose sa tasse près d'un dossier ouvert. Son regard est attiré par quelque chose de brillant dessus : le collier d'Amanda !
Un mauvais pressentiment grandit rapidement. Il se saisit du bijou et court vers Billy.
-« Ils l'ont enlevée. » S'écrie-t-il.
-« Qui a enlevé qui ? » Questionne Billy.
-« Svetlana ! Elle a enlevé Amanda ! » Crie-t-il en lui tendant la pierre.
-« Svetlana ? Mais comment aurait-elle pu franchir la sécurité ? »
-« Elle ou la taupe ! Amanda a dû découvrir qui c'était et il l'a enlevée ! »
Francine arrive derrière son collègue. Elle a tout entendu et s'empresse de vouloir partager ses trouvailles.
-« Lee, j'ai fait les recherches que tu m'as demandées. Tous les noms que tu m'as donnés sont des noms de bateaux de plaisance appartenant tous à des sociétés écrans. En poussant mes recherches, j'ai trouvé que toutes les sociétés ont un lien plus ou moins direct avec Moscou. Ils ont tous fait au moins une fois dans les six derniers mois, une escale dans un port russe et ils tous fait un séjour dans un port américaine. Il y en a trois actuellement au port d'Alexandria : le Victoria, l'Evergreen et le khoroshiy potseluy iz rossii. »
-« Le khoroshiy potseluy iz rossii ? Tu es sûre du nom ? »
-« Il était écrit en cyrillique mais Amanda s'est rappelé de chaque caractère. »
-« Le khoroshiy potseluy iz rossii ! » s'écrient en cœur Billy et Lee.
-« Je monte une opération de sauvetage. On sera prêt dans une demi-heure ! » S'écrie Billy.
-« Je fonce ! C'est à dix minutes en voiture ! »
-« Lee ! » Interpelle le chef de service, « sois prudent. »
-« Je la ramènerai. » Promis Lee.
Francine est intriguée et lit à nouveau le nom du bateau sur lequel les deux hommes se sont arrêtés.
-« khoroshiy potseluy iz rossii … bon baiser de Russie… évidemment. »
Lee arrive au port. Alexandria est réputé pour son port de plaisance. Vieille ville aux maisons colorées, elle semble être restée dans une autre époque. Petite bourgade très tranquille, elle n'est pourtant située qu'à dix minutes de Washington. Elle est fréquentée par une population plutôt aisée. Les embarcations accostées au port sont pour la plupart, révélatrices de la richesse de leurs propriétaires. Le port est calme, très peu de badauds se promènent le long des berges. La corvette de l'agent ne choque pas dans le paysage des voitures de luxe.
Il longe lentement la rive à la recherche d'un indice, d'un mouvement inhabituel, de quelque chose qui n'a rien à faire là. Il repère une camionnette blanche garée non loin d'un bâtiment un peu isolé. Il se rapproche. Elle n'a pas de plaque. Deux hommes gardent la porte du hangar. Lee repère les armes de poings cachées sous leur veste. Il en est convaincu, c'est l'endroit qu'il recherche. Il se gare un peu plus loin. Il doit trouver un téléphone et avertir Billy mais il sait déjà qu'il n'attendra pas le groupe d'intervention. Chaque seconde compte.
Il se rapproche furtivement de l'immeuble. Il passe par le côté, camouflé par la végétation. Il distingue une lucarne en hauteur. Il peut l'atteindre d'un bond. Il s'agrippe au rebord. Malgré le manque de lumière, il arrive à distinguer quelqu'un assis sur une chaise au milieu de la pièce. Les portes du hangar sont ouvertes et donnent directement sur le port. Un, deux et trois, il compte trois personnes à l'intérieur en plus des deux hommes en faction devant. Comment rentrer sans se faire repérer et surtout, comment éliminer cinq personnes à lui tout seul ?
-« Vous savez, on peut vous faire visiter, ce sera gratuit pour vous. » Entend-il derrière lui.
Il se retourne et lâche le rebord. Un des gardes braque une arme. Pour l'effet de surprise c'est raté.
La pièce est immense et très haute. Ça doit être là que le bateau est mis en cale sèche : un grand espace au centre et d'immenses étagères tout autour surplombées d'un couloir métallique. La seule lumière vient des doubles portes qui mènent à l'embarcadère. Lee repère un escalier de métal qui mène au couloir.
-« Lee, tu m'as manqué ! Nous t'attendions. »
-« Tu m'en voudrais beaucoup si je te disais que ce n'est pas réciproque, Svetlana ? »
La femme se dirige vers Lee et l'embrasse.
-« Rappelle-toi, je t'ai dit que je t'aurai la prochaine fois qu'on se verrait. »
-« Qu'est-ce que tu lui as fait ? » S'écrit Lee en reconnaissant Amanda, inconsciente sur la chaise.
-« Oh ! Ne t'inquiète pas, elle va bien. » Le rassure-t-elle en se retournant sur sa victime.
Un jeune homme arrive et assène à Amanda une énorme claque.
-« Hey ! » S'énerve l'agent, arrêté dans son élan par le garde qui le braque toujours.
Un mouvement de tête et un râle venant de sa partenaire le soulage. Elle reprend conscience doucement.
-« uspokoysya moy brat ! » Se fâche Svetlana.
Lee scrute le jeune homme.
-« moy brat ? » Répète-t-il, « mon frère ? C'est ton frère ? »
Le sourire qu'elle affiche confirme sa traduction.
-« Je vous connais, vous. » Réfléchit-il.
-« Agent Karl Foldman pour vous servir. » Ironise le jeune homme.
-« Le S.I.C.E. ! » Se souvient Lee, « la taupe, c'est vous ! »
-« Amanda ? Amanda ? Lee est là, il nous a rejoints pour notre petite fête. » Lui susurre Svetlana.
-« Non. » Balbutie-t-elle.
Le garde invite le prisonnier à se rapprocher.
-« Qu'est-ce que tu lui as fait ? » Insiste Lee en voyant l'état léthargique d'Amanda.
-« Rien, je lui ai donné juste de quoi la détendre un peu. »
-« Espèce de… » Un coup de poing magistral dans l'estomac lui coupe la respiration.
-« Voyons Lee, je t'ai connu plus… doux. »
Amanda reprend ses esprits lentement.
-« Décidément, vous savez les choisir. » Lance-t-elle.
-« Amanda, est-ce que ça va ? » S'inquiète l'agent.
-« Non, je n'arrive pas à me lever. Je veux rentrer chez moi. »
-« Je sais. C'est bientôt terminé. »
-« Je n'aime pas votre fiancée. » Continue-t-elle, « vous avez couché avec elle aussi ? »
-« Qu'est-ce que tu lui as donné ? » Demande Lee en s'adressant à l'espionne russe.
-« Du penthotal. Ce n'est pas dangereux. En tous cas, pas encore. »
-« Mais qu'est-ce que tu veux à la fin ? »
-« Que tu ailles jusqu'au bout de ta mission ! »
-« De quoi tu parles ? »
-« Voyons Lee, tu le sais. La danse du paon, ta défection... On y est maintenant, tu vas venir avec moi à Moscou. Tu imagines, quelle prise ! »
-« Tu es totalement cinglée. Tu as fait tuer deux agents pour que je passe à l'est ? »
-« Non ! Ça, c'était mon petit bonus. »
-« Je ne comprends rien. Pourquoi tout ça ? »
-« Je te l'ai dit : ça te dépasse totalement. »
-« Non. » Répond Amanda, « en fait, c'est très simple ! N'est-ce pas ? »
-« Expliquez-nous ça madame King. » interroge Svetlana.
-« Arrêtez-moi si je me trompe mais tout a commencé à Kaboul il y a deux ans. «
Svetlana reste silencieuse.
-« L'agence devait se rapprocher d'un chef de clan afin de récupérer des informations sur les mouvements de troupes russes en Afghanistan. Le plan d'attaque était simple, il fallait convaincre sa femme. Et c'est là que Lee rentre en jeu, n'est-ce pas ? »
-« Continuez, je vous en prie. »
-« Borgia, c'était ça son nom. Borgia Maahboob. Mais son nom de naissance était Borgia Pétosvska. »
-« C'était ta sœur ? » S'étonne Lee.
-« votre famille faisait partie de la haute société tsarine et, la révolution bolchevique a tout bouleversé. Vos parents voulaient élever leurs enfants à l'ouest. C'est pour ça qu'ils vous ont envoyé étudier à New York, vous et votre frère. C'est à ce moment-là que vous avez changé de nom. Ils espéraient réussir à vous sauver mais, votre sœur elle, s'est retrouvée du mauvais côté. »
-« Mes parents étaient des patriotes ! » s'énerve la jeune femme.
-« Pas du tout ! C'était des traitres à la mère patrie et vous le savez ! »
De rage, elle lui assène une gifle qui la fait presque tomber de sa chaise.
-« La vérité c'est que ce sont vos parents qui ont demandé au gouvernement américain de sauver votre sœur ! La vérité c'est que ce sont les russes qui l'ont abattue alors qu'elle était sur le point de rentrer aux Etats-Unis ! »
-« C'est faux ! Si l'agence ne lui avait pas retourné la tête, elle serait toujours en vie ! »
-« Vous avez décidé vous venger de tous ceux qui avaient participé à l'opération : Jack Pierce, Johnathan Kerrigan, Robert Ariman et en particulier : Lee Stetson. Après tout, c'est lui qui a couché avec votre sœur, n'est-ce pas ? Elle a trahi son mari, elle a trahi son pays ! »
Une fois encore, cette réflexion lui vaut un nouveau coup.
-« Arrêtes ! Ça suffit ! » Ordonne Lee.
-« Mais vous ne vouliez pas vous contenter de les tuer, non ! Il fallait qu'à leur tour, ils trahissent toutes leurs convictions. Il fallait qu'ils souffrent ! Mais votre patron n'aurait jamais accepté de vous envoyer à Washington pour une vendetta personnelle. Il vous fallait une couverture pour justifier votre mission. Je ne sais comment, vous avez entendu parler de l'opération Mandragore et vous avez décidé de l'exploiter pour arriver à vos fins. Revenir avec des informations de haute valeur et avec le meilleur espion de l'agence, vous auriez été vue comme une héroïne par Moscou et vous auriez assouvi votre vengeance. »
-« Il ne me manquait que Francine Desmont et j'aurai été comblée. Mais il a fallu que vous interveniez. Je vous ai sous-estimée, madame King. »
-« J'avoue que tu m'as énormément déçue Lee. » Dit-elle en se tournant vers lui.
-« Tu as été le plus coriace à faire parler. J'ai dû doubler la dose. »
-« Quelle déception ça a dû être pour vous. Après tout, vu sa réputation… Il avait déjà couché avec votre sœur alors, pourquoi pas vous ? Ah mais, non ! Il n'a pas voulu de vous, c'est vrai ! »
Le regard noir, Svetlana veut la détruire.
-« J'étais là ce soir-là, j'ai tout vu. J'ai vu comment il vous a fait l'amour, parce que c'est ce qu'il vous a dit n'est-ce pas, qu'il allait vous faire l'amour. Comment vous avez pris du plaisir sous ses caresses ! Et dire qu'on m'avait assuré qu'il ne pouvait rien se passer entre vous. Vous devriez me remercier. Il était clair que vous n'attendiez que ça : la petite ménagère insipide qui aura réussi, au moins une fois dans sa vie, à mettre le grand Stetson dans son lit ! »
Lee regarde l'altercation, muet. Il n'espère qu'une chose, que Billy réussisse à arriver à temps.
-« Je suis peut-être une simple ménagère mais, c'est vers moi qu'il est revenu, pas vers vous. »
-« Oh ! Comme c'est touchant. Tu as vu Lee ? Elle pense que, parce que tu as couché avec elle, tu es amoureux d'elle ! »
Elle pavoise devant l'homme impuissant. Elle devine sa rage.
-« C'est peut-être parce que ce soir-là, tu lui as dit que tu l'aimais. Elle pense peut-être que tu étais sincère. »
Svetlana rit en se tournant à nouveau vers Amanda.
-« Pauvre petite chose fragile ! Lee Stetson amoureux ! Comme c'est romantique ! Mais il faut être réaliste, madame King, jamais un homme comme lui ne pourra tomber amoureux d'une femme comme vous. »
Amanda essaie de se lever mais ses jambes ne la portent pas encore.
-« Ce sont des larmes que je vois là ? Je suis désolée si je vous ai déçue. »
Lee a repéré du mouvement à l'étage. Il regarde vers le port. Il a du mal à distinguer les quatre hommes à cause du contre-jour. L'équipe est là, prête à intervenir.
-« C'est terminé, Svetlana. Rends-toi. »
-« Pour quoi faire ? Finir ma vie dans l'une de vos prisons ? Je serai morte avant la fin de l'année et tu le sais. »
-« Tu pourras peut-être négocier un retour à Moscou ? »
Elle rit.
-« Ils me tueront : ici ou ailleurs. »
-« On peut te protéger. »
-« Et que je trahisse mon pays ? »
Un point rouge apparait furtivement sur Karl. C'est le signal.
-« Amanda ! A terre ! » S'écrie Lee, dégageant du même coup l'arme pointée sur lui.
Svetlana regarde le couple s'allonger sur le sol. Des coups de feu retentissent dans le bâtiment. Le bruit fait l'effet d'une pluie de bombes. Elle se couche à son tour et rampe vers une porte sur le côté du bâtiment.
Amanda la voit, saisit l'arme du garde tombée à côté d'elle et la suit sans réfléchir, au milieu de la fusillade qui se termine très vite.
Billy arrive, constatant la mort des gardes. Karl est assis près d'un carton. Il est gravement blessé à l'abdomen.
-« Appelez une ambulance. » Ordonne-t-il à l'équipe qui envahit les lieux.
Lee se relève doucement.
-« ça va ? » Demande le chef.
-« Oui, ça va. »
-« Où est Amanda ? »
Lee regarde autour de lui. Il scrute le sol, l'arme du garde a disparu. A l'extérieur, une voiture démarre en trombe.
-« C'est pas vrai ! »
Lee comprend et court vers la première sortie.
Des coups de feu retentissent suivis de crissements de pneus et d'un grand bruit fracassant. Il court vers l'accident. Amanda est là, devant la voiture encastrée dans un arbre. Elle tient l'arme en direction de la conductrice, sonnée.
Amanda tient à peine debout. Il arrive à côté d'elle et lui prend l'arme des mains.
-« Bien joué ! » S'exclame-t-il devant le calme de sa partenaire.
Billy et quelques hommes arrivent à leur tour et s'occupent de Svetlana.
L'équipe finit l'inspection du bâtiment et de l'embarcation.
-« Elle comptait partir en bateau. » Conclut Billy.
-« Et oui ! Tu imagines à côté de quoi je suis passé ! Une croisière en amoureux jusqu'à la mer noire ! » Ironise Lee.
-« En parlant d'amoureux… » Répond le chef de service en montrant Amanda, assise sur un banc face à l'eau.
-« Je ne sais pas quoi lui dire. » Soupire l'agent.
-« Improvise. »
Il se rapproche d'elle doucement, réfléchissant à ce qu'il allait pouvoir trouver comme argument.
-« Comment ça va ? »
-« ça va. Je sens encore les effets de ce machin.» répond-elle simplement sans quitter le rivage des yeux.
-« Le penthotal. Ce n'est rien, ne vous inquiétez pas, ça va se dissiper très vite. » Dit-il pour la rassurer.
Il se tait un instant et reprend.
-« Vous m'avez impressionné aujourd'hui. Mais vous n'auriez jamais dû… »
-« Elle avait raison n'est-ce pas ? »
-« Raison sur quoi ? »
-« Je suis insipide. »
-« Amanda non ! »
-« Je ne reviendrai pas, Lee. »
-« Pourquoi ? »
-« Je ne peux pas. »
-« Pourquoi ? » Insiste-t-il en s'asseyant à côté d'elle.
-« Parce que je ne connais pas la vérité. »
-« Quelle vérité ? »
-« Est-ce que tout était faux ce soir-là ? »
Elle s'arrête et le fixe en espérant une réponse qui ne vient pas.
-« Amanda… » Commence-t-il en baissant la tête.
-« Je n'aime pas ce machin ! Il veut m'obliger à dire des trucs que je ne veux pas dire. » S'énerve-t-elle, ne voulant pas entendre la suite.
-« Comme quoi ? »
Elle se mordille la lèvre.
-« Ne posez pas de questions si vous ne voulez pas entendre la réponse, Lee. » Dit-elle en s'éloignant.
Billy observe de loin. Amanda est partie et Lee reste sur ce banc à scruter l'horizon.
Quelques jours se sont écoulés depuis la fin de la mission. Amanda n'a pas remis les pieds au bureau. Lee reste assis, le nez plongé dans des dossiers sans importance. Personne n'ose lui adresser la parole. Il est tellement agressif quand il répond.
-« On ne peut pas le laisser comme ça ! » S'inquiète Francine.
-« On ne peut rien faire. C'est à lui de jouer. » Regrette Billy, le regardant dépérir jour après jour.
-« Scarecrow ! Dans mon bureau ! » Enjoint-il.
Lee se lève, tel un automate sans vie.
-« Ferme la porte. »
Billy s'installe à son bureau. Lee reste debout sans un mot.
-« Tu ne peux pas rester comme ça, reprends-toi ! »
-« Je fais mon travail non ? »
-« Lee, tu es mon ami. »
-« ça va Billy, je vais bien. »
-« Très bien. Voici ta nouvelle mission. » Lui dit-il en lui tendant un dossier.
Lee le prend mais ne l'ouvre pas.
-« Qu'est-ce que c'est ? »
-« Ramener un de nos agents à la maison. »
Sans discuter, il sort pour s'assoir à son bureau.
Il ouvre le dossier, sans conviction et commence à lire.
-« Monsieur Melrose, je tenais à commencer cette lettre par vous remercier, vous remercier pour la confiance que vous m'avez accordée depuis le premier jour de cette aventure. Vous remercier aussi pour m'avoir permise d'apprendre avec le meilleur. Mais, il faut me rendre à l'évidence : Lee avait raison depuis le début : je ne suis pas faite pour ce métier. Je l'ai mis en danger un nombre de fois que je suis incapable de vous donner. Il a failli mourir à cause de moi encore une fois, une fois de trop. Et pour la première fois, je suis obligée de lui mentir. Je suis obligée car, s'il l'apprenait, je perdrais son respect, son amitié, je le perdrais lui et ça, je ne peux le supporter. J'aime mon travail mais, cette mission m'a fait prendre conscience que je ne pourrai jamais devenir un agent car j'ai commis une faute qu'il ne pourra jamais me pardonner : je suis tombée amoureuse de lui.
Pour toutes ces raisons, je suis au regret de vous présenter ma démission.
Amanda,
PS : prenez soin de lui. »
D'un bond, il se lève et s'en va, bousculant presqu'au passage Francine.
-« Où court-il comme ça ? On dirait qu'il a vu un fantôme. » Demande-t-elle à Billy alors qu'il sort de son bureau.
-« Il va peut-être se réveiller enfin. » Sourit-il, laissant la jeune femme dans l'ignorance.
Quelqu'un frappe à la porte de la maison d'Arlington. Dotty, affairée dans sa cuisine, enlève ses gants et va ouvrir.
-« Oh, bonjour madame West. » Dit Lee surpris.
-« Est-ce qu'Amanda est là ? » Demande-t-il en regardant par-dessus l'épaule de la femme.
-« Elle est sortie. Vous êtes ? »
-« Oh, pardon ! Je suis Lee stetson. »
-« Ah monsieur Stetson ! Ravie de vous rencontrer enfin, vous prendrez bien une tasse de café ! Amanda ne devrait pas tarder à rentrer, elle est partie au supermarché pour m'acheter du lait. » Commence à digresser Dotty, obligeant le jeune homme à la suivre.
-« Je ne veux pas vous déranger, je peux repasser. »
-« Non ! Maintenant que vous êtes là, je tiens à en profiter ! Vous savez, ma fille ne me parle pas beaucoup de vous mais je sais qu'elle tient beaucoup à vous. »
Il baisse la tête et sourit. Il s'assoit sur le canapé.
-« Alors dites-moi, monsieur Stetson, quels sont vos projets avec ma fille ? » Demande-t-elle en lui tendant une tasse de café.
-« Pardon ? »
-« Vous savez, je ne suis peut-être pas très intelligente mais je sais reconnaitre l'amour quand je le vois. Et vous, vous êtes amoureux de ma fille. »
-« Ecoutez, madame West, je ne vais pas pouvoir rester. Il faut que…. » Bafouille-t-il en posant la tasse sur la table, se préparant à partir.
-« Elle ne le sait pas n'est-ce pas ? »
Il se retourne.
-« Elle ne sait pas ce que vous ressentez pour elle. »
-« Madame West, je suis désolé de vous avoir déranger mais… »
-« Et vous, vous ignorez complètement ce qu'elle ressent pour vous. »
Il ne sait pas quoi répondre.
-« Le jour où elle vous a rencontré pour la première fois… De ce jour-là, j'ai su qu'il n'y aurait personne d'autre. »
D'un coup, le visage de Lee s'illumine. Il se jette à son cou.
-« Merci madame West, merci ! » Crie-t-il en courant vers la porte.
Il revient sur ses pas.
-« Ne dites pas à Amanda que je suis venu ! Au revoir, madame et merci pour le café ! » Dit-il avant de sortir.
-« Qu'est-ce que j'ai dit ? »
Le soir venu, Amanda va jusqu'à sa boite aux lettres relever le courrier, comme tous les jours. En revenant vers la maison, elle regarde les enveloppes, les prospectus… un courrier attire son attention. Il n'y a pas de timbre, pas d'adresse, juste son nom. Intriguée, elle l'ouvre : « rendez-vous à la gare de Washington, quai n° 3 à 2h00. »
Elle retourne la carte, elle n'est pas signée, pas d'information sur l'expéditeur.
La soirée avance, Dotty ramasse les assiettes. Accoudée sur le bar de la cuisine, Amanda fixe cette carte anonyme. Doit-elle y aller ? Est-ce un piège ? Sa mère regarde par-dessus son épaule.
-« Tu devrais y aller. » Lui suggère-t-elle.
-« Maman ! » Répond Amanda sur un ton répréhensif.
-« Moi, ce que j'en dis. »
La nuit est tombée, la maison est rangée, les deux femmes sont sur le canapé en train de lire un livre. Dotty s'étire et baille.
-« Vas te coucher maman. »
-« Bonne idée, je suis exténuée. »
Tandis qu'elle se lève difficilement, elle interpelle une nouvelle fois sa fille.
-« Tu devrais y aller. »
-« Bonne nuit maman. »
-« Bonne nuit ma fille. »
-« Je t'aime. »
Elle lui fait un signe de la main en guise d'approbation.
Quelques secondes plus tard, elle pose son livre et retourne jusqu'au bar de la cuisine. Elle tourne et retourne le billet puis, l'enveloppe. Rien, il n'y a strictement rien qui pourrait la mettre sur la voie de l'expéditeur.
La curiosité l'emporte. Elle prend son manteau, ses clés de voiture et part pour la gare.
Quai n°3. Elle regarde sa montre, il est bientôt 2h00. La gare est quasiment déserte. Il n'y a personne sur le quai. Elle observe chaque passant, attendant qu'il vienne à sa rencontre mais rien. Le chef de gare passe non loin.
-« Monsieur, excusez-moi, bonjour ! »
-« Bonjour madame. »
-« J'aurai voulu savoir : à quelle heure arrive le prochain train sur ce quai ? »
-« Il n'y a aucun train de prévu avant demain matin madame. »
-« Ah ? »
-« Bonne soirée, madame. »
-« Bonne soirée, merci. »
Pourquoi l'avoir fait venir jusqu'à la gare s'il n'y a pas de train ? Elle commence à s'inquiéter. Alors qu'elle fait demi-tour, elle est bousculée par un homme en costume de serveur.
-« Aidez-moi ! » Lui demande-t-il en lui tendant un paquet.
-« Lee ? Mais qu'est-ce que … »
Elle ne finit pas sa phrase et regarde à nouveau autour d'elle. La gare, ce quai, ce serveur… Mon Dieu ! Il rejoue leur première rencontre !
-« Lee. »
-« Aidez-moi s'il vous plait ! C'est une question de vie ou de mort. »
Ce sont exactement les mêmes mots que ce jour-là. C'est exactement le même paquet que ce jour-là. La seule différence c'est l'heure, il faisait un peu moins nuit.
-« Lee. »
Il insiste et lui tend le paquet.
-« Ouvrez-le. »
Elle sonde son regard à la recherche de réponse mais, en dehors de son sourire charmeur, elle ne décèle rien. Elle prend le paquet et l'ouvre. Dedans, se trouve un écrin noir. Elle le saisit et ouvre doucement le couvercle.
-« Mon pendentif ! » S'écrie-t-elle, les yeux émerveillés.
Ravi de son effet, Lee prend le pendentif, le passe doucement autour du cou d'Amanda et l'accroche.
Elle tient la pierre et se retourne vers lui.
-« Merci Lee. »
-« Amanda… ça fait des jours que je réfléchis à tout ça et… »
-« Lee, écoutez… »
-« Non, vous : écoutez. Voilà… » Il marmonne, bredouille, hésite mais n'arrive pas à dire quoique ce soit.
-« Lee, je ne changerai pas d'avis. C'est mieux comme ça. » Dit-elle pour abréger ses souffrances.
Alors qu'elle s'éloigne, il s'écrie :
-« Tout est vrai ! »
Elle se retourne, elle a peur de comprendre.
-« Tout est vrai. Ce que j'ai dit ce soir-là, je le pensais. Et je le pense toujours. »
Il a l'air si fragile. C'est la deuxième fois qu'elle le voit comme ça.
-« Je n'arrive plus à avancer. Je n'arrive plus à me concentrer. Le boulot ne m'intéresse plus. Ma vie ne m'intéresse plus si vous n'en faites plus partie… la vérité c'est que j'ai besoin de vous. Je vous en prie : revenez. »
Les derniers mots sont prononcés dans une sorte d'agonie. Ses yeux suppliants fendent le cœur d'Amanda. Elle ne peut pas soutenir son regard plus longtemps. Elle s'éloigne sans mot dire, le laissant seul sur le quai.
Abattu, Lee rentre chez lui. Il passe la porte de son appartement, jette les clés négligemment sur la table basse et s'écroule sur son canapé. Il en est sûr, il l'a perdue. Elle ne reviendra pas. Il n'arrive pas à réfléchir. Il ne peut envisager une suite à tout cela. Pour la première fois de sa vie, il est vraiment amoureux. Pour la première fois de sa vie, il voyait l'avenir autrement que sa mort héroïque au service de la nation. Et tout cela a disparu.
Des bruits sourds résonnent dans l'appartement. Quelqu'un frappe à sa porte. Il n'a aucune envie d'ouvrir et encore moins, à 4h00 du matin. L'intrus insiste encore. Il se lève, bien décidé à en découdre.
Alors qu'il s'apprête à hurler sur son invité surprise, il s'arrête coupé dans son élan.
-« Je suis désolée, je dérange. Je n'aurai pas dû venir, c'était ridicule, pardon, je vous laisse. »
Après cette salve d'excuses ininterrompues, Amanda commence à repartir. Il la retient par le bras.
-« Restez. » Murmure-t-il.
-« S'il vous plait. » Continue-t-il sur un ton implorant.
Hésitante, elle rentre dans le logement. Il ferme la porte et se plante devant elle. Elle reste là, à regarder autour d'elle. Ce n'est pourtant pas la première fois qu'elle vient. Mais ainsi, elle évite son regard.
-« Je… Je ne sais pas pourquoi je suis venue… »
Elle tente de fuir à nouveau.
-« Amanda, s'il te plait. Parle-moi. »
Ce tutoiement la surprend.
-« Je ne sais pas quoi dire. »
-« Dis-moi que tu reviens. »
-« Je ne sais pas. »
-« Pourquoi ? »
-« Parce que je ne sais pas si je vais savoir gérer ! »
-« Gérer quoi ? »
-« Gérer tout ! Me gérer moi, mes peurs ! »
-« Quelles peurs ? »
-« Mes peurs de te perdre. » Murmure-t-elle.
Elle baisse la tête mais garde son regard vers lui.
-« Qu'est-ce que tu attends de moi ? » Reprend-elle.
-« Que tu reviennes. »
-« Je suis là maintenant. Qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce que tu veux ? »
-« Toi. »
Elle ne bouge pas, le laisse approcher. Doucement, il caresse sa joue. Elle ferme les yeux. Il se rapproche encore, collant son front contre le sien. Elle rouvre les yeux. Il l'observe amoureusement. Il attend son approbation. Elle lève un peu la tête, et frôle sa bouche. Elle n'ose pas aller plus loin. Il pose délicatement ses lèvres sur les siennes. Elle referme les yeux, tend son visage vers le sien. Il s'éloigne. Elle le regarde à nouveau, interrogative. Il sourit et l'embrasse plus franchement, la plaquant contre la porte. Elle répond à ce baiser fougueux, passant ses bras autour de son cou pour l'empêcher de partir. Il lui enlève son manteau et commence à tirer son chemisier de son pantalon et à l'embrasser dans le cou. Elle ne peut plus respirer, elle laisse échapper des soupirs au rythme des courants électriques qui parcourent son corps, sentant ses mains sur sa peau. Soudain, il s'arrête. Pris de panique, il la regarde. Il ne veut pas recommencer la même erreur. Elle le fixe à son tour, comprenant sa peur.
-« Fais-moi l'amour, Scarecrow. » Lui susurre-t-elle.
Il sourit, heureux.
-« Bien, madame. A vos ordres. »
Il lui prend la main et l'emmène doucement vers sa chambre, se délectant déjà de ce que l'avenir lui promet.
Le soleil s'est levé depuis une heure. Lee se réveille difficilement. Il sent une main posée sur sa poitrine. Il regarde à côté de lui, elle est là, endormie. Ce n'était pas un rêve. Il pousse doucement sa main et se lève. Il sort de la chambre sans prendre le temps de s'habiller. Il ne voudrait pas la réveiller.
Alors qu'il prépare le café en caleçon, il entend frapper à la porte.
-« C'est pas vrai. » Grommelle-t-il, cherchant son peignoir pour aller ouvrir.
-« Bonjour Scarecrow. »
-« Billy ? Mais qu'est-ce que tu fais ici ?
Billy force le passage et entre. Il observe la pièce.
Amanda s'est réveillée en entendant la conversation. Elle saute du lit, enfile une chemise et se colle à la porte pour écouter.
-« Vu que tu n'es pas au bureau, le bureau vient à toi. » Dit-il en essayant de dissimuler un sourire.
-« Tu aurais pu appeler ! »
-« Oui, j'aurai pu essayer. » Répond-il en reposant le combiné tombé du téléphone depuis un moment semble-t-il.
-« Billy, écoute, je suis désolé mais je ne me sens pas très bien. Je pense que je vais prendre une petite semaine de… »
-« On a fini notre enquête sur la taupe. Non seulement Foldman fournissait des informations à Svetlana et la prévenait de tous nos mouvements mais, c'est lui qui vendait des renseignements. Le coup du microfilm, c'était lui. »
-« Super ! Donc, affaire classée ! »
-« Oui, enfin presque. »
-« Comment ça, enfin presque ?»
-« Amanda ! Vous remettez notre grand malade sur pied et vous revenez tous les deux au bureau pour faire votre rapport. Je vous laisse deux jours ! »
En entendant son nom, Amanda bascule sa tête contre le mur et se frappe le front.
-« Oui, monsieur. Très bien, monsieur. »
-« Allez, remets-toi vite, Scarecrow. Tu as le meilleur remède dont on puisse rêver. » Ironise Billy, fier d'avoir grillé sa meilleure équipe.
-« Merci Billy. » Dit-il, gêné, en le raccompagnant.
Amanda attend que la porte se referme avant d'apparaitre à son tour.
-« C'est ma chemise ça ? » Constate Lee.
Elle regarde son vêtement avant de revenir à ce qui la préoccupe.
-« Qu'est-ce qu'on va faire ? » Demande-t-elle inquiète.
-« Quoi ? qu'est-ce qu'on va faire ? »
-« Monsieur Melrose va…. »
-« Monsieur Melrose vient de nous donner sa bénédiction. » Lui explique-t-il tout sourire en la prenant dans ses bras.
-« En attendant, je ne me sens pas bien. Il faut que tu me remettes sur pied. Tu as entendu le chef, tu as deux jours. » Répète-t-il en l'embrassant.
-« ça doit être viral parce que je ne me sens pas bien non plus. » Dit-elle en lui rendant ses baisers.
-« Que doit-on faire ? » Murmure-t-il en faisant glisser sa langue sur son cou.
-« Il vaut mieux garder le lit, c'est plus prudent. » Marmonne-t-elle, se laissant entrainer dans la chambre.
-« Tu as totalement raison. » Approuve-t-il en refermant la porte.
FIN
