Hiruma et Musashi étaient debout, côte à côte, face à la rivière que le crépuscule avait teint d'orange, leur ombres gigantesques et immobiles s'étendaient derrière eux.
Le Quater Back avait les mains enfoncées dans les poches.
Le Kicker avait les bras croisés sur sa poitrine.
- Comment t'as deviné, fuckin' vieillard ? finit par demander le premier.
- Quand on s'y intéresse, c'est pas très difficile de comprendre, répondit le second.
Le blond du duo ne trouva rien à répliquer.
Il avait comprit qu'il était inutile de nier, il ne ferait que confirmer les soupçons de son coéquipier.
C'était loin d'être un imbécile, il en avait conscience, ça faisait partie des choses qu'il appréciait chez lui, même s'il ne l'avouerait jamais.
- Je ne dirais rien à Kurita.
- Sage décision.
Le capitaine des Devil Bats hésita un peu avant de demander :
- Depuis quand tu es au courant, fuckin' vieillard ?
- Ça fait quelques mois que je me pose des questions, mais c'est une découverte, que j'ai faite il y a quelque jours, qui mit fin à mes soupçons.
- Pourquoi tu n'es pas venu me voir avant, alors ?
- J'hésitais un peu à t'en parler.
Soit quelque chose de plutôt compréhensible, parce que même si Musashi faisait partie des quelques personnes n'ayant pas « peur » du blondinet, il se méfiait de certaines de ses réactions.
- Est-ce que Haïhana sait que tu es au courant ? fini par demander Hiruma.
- Non, je voulais attendre de t'avoir parlé.
Musashi attendit une réponse de son Quater Back, puis, comprenant qu'elle ne viendrait pas il enchaîna :
- Si vous ne voulez pas que ça se sache, c'est que vous avez vos raisons.
Hiruma passa machinalement une main derrière sa tête avant de dire, lâchant ses mots un par un, hésitant :
- Si... si on disait la vérité, ça changerait tout pour nous deux... Je crois que ni elle ni moi n'en avons envie... Cette situation imprécise nous arrange...
- Mais, un jour, tout le monde saura. Tu en a conscience au moins ?
- Bien sûr, fuckin' vieillard ! Mais ça voudra aussi dire qu'il n'y aura aucune autre alternative.
- Vous allez attendre d'être au pied du mur ? demanda Musashi, sceptique.
- Oui, mais c'est nous qui déciderons où est le mur.
OxOxHHxOxO
Haïhana avait fini par retourner au lycée.
Pas parce que Musashi l'appelait trois fois par jours pour la convaincre, qu'elle avait envie de voir Yôichi, qu'elle voulait persécuter Jûmonji, qu'elle aimait terroriser Sena en se contentant de lever les yeux vers lui, qu'elle commençait à apprécier la chaleur maternelle de Mamori, qu'elle s'ennuyait à mourir dans son petit appartement, que tout les Devil Bats lui manquaient terriblement, qu'elle voulait qu'ils renoncent...
Pas parce qu'elle avait décidé de devenir une lycéenne normale.
Non.
C'était à la fois pour toute ces raisons et aucune d'elles que la brunette avait remit les pieds au lycée de Deimon après plus d'une semaine d'absence.
Ce fut telle la reine de retour de bataille que Haïhana pénétra dans le local des Devil Bats, à l'aide de l'un de ses coups de pied ravageurs.
- Toujours en vie ? fit Hiruma en voyant la jeune fille.
- Qu'est-ce que tu veux ? La mort ne veut pas de moi, je lui fais trop peur, déclara l'intéressée en s'installant d'autorité sur les genoux du blondinet.
Elle mit son nez dans le creux de l'épaule de Yôichi avant d'ajouter à voix basse :
- Toi aussi tu m'as manqué.
Le capitaine des Devil Bats ébaucha un semblant de sourire sous le regard médusé du reste de l'équipe.
Non, ils n'arriveraient jamais à se faire à cette situation, soit quelque chose de relativement compréhensible et normal.
Mamori se leva, bafouilla une excuse précipitée et dénuée de sens profond, avant de sortir du local en claquant la porte -que Haïhana n'avait pas refermée- derrière elle.
- Un problème avec la fuckin' manager ? lâcha Hiruma, un peu déconcerté par la réaction de la métisse.
- C'est juste que tu es indélicat, répondit Suzuna.
- Quoi ?!
La pompon-girl leva les yeux au ciel avant de suivre son amie.
Haïhana pouffa, elle venait de comprendre où était le problème. Yôichi lui appartenait, ça l'amusait beaucoup de voir que d'autres filles essayaient de lui voler son bien.
Il ne lui venait même pas à l'esprit qu'elle aurait dû être jalouse plutôt que satisfaite.
- Tu peux m'expliquer ce qui te fait rire ? demanda le blondinet, interdit.
- Oh ! Ne t'inquiètes pas, tu comprendras bien assez vite, répondit l'intéressée.
Le monomaniaque des armes à feu soupira avant de demander :
- C'est les hormones qui les mettent dans cet état ?
- Disons qu'elles font partie du problème, concéda la jeune fille.
Elle avait à peine fini sa phrase que les trois frères entrèrent dans la pièce.
Haïhana leva aussitôt les yeux vers Jûmonji qui la fixait, la brunette lui sourit amicalement et quitta les genoux qui lui servaient de siège pour aller lui serrer la main sous le regard perplexe de l'équipe et surtout du capitaine.
Alors que le Lineman allait lâcher la main de la sportive, cette dernière le tira vers elle pour lui chuchoter au creux de l'oreille :
- Comme je te l'ai déjà dit, on est quittes, alors je ne dirai rien à Yôichi... Et... ne fais plus ce genre d'imbécillité, ça ne te ressemble pas.
Elle savoura l'air surpris de l'homme à la cicatrice quelques secondes avant de s'adresser à toute l'équipe :
- Bonne journée à tous !
Et elle ressorti avec la même démarche royale qui était la sienne, accompagnée du cliquetis caractéristique de sa chaîne qui ne l'avait toujours pas quittée et suivit du regard par tout les membres des Devil Bats.
Haïhana avait quelque chose à faire cet après-midi-là, quelque chose qui l'empêcherait de retourner embêter l'équipe Yôichi, quelque chose qui allait la priver d'entraînement avec les Poseidon, mais quelque chose de très intéressant.
OxOxHHxOxO
Tout les membres officiels des Devil Bats -excepté leur bien-aimé Quater Back, leur bienveillant Kicker et leur manager chérie*- et la capitaine des pompons girls étaient dans leur local, à ruminer silencieusement leurs divers problèmes.
Certains ne pensaient qu'au match, et c'étaient certainement les plus réalistes, motivés et minoritaires du lot.
D'autres avaient un membre du sexe opposé au leur -ou du même sexe, élevons un peu le débat que diable !- à l'esprit, et ont pouvait très honnêtement se demander ce qu'ils avaient dans le crâne, si ce n'est de l'eau tiède*.
Quelques-uns s'inquiétaient pour leur état de santé mentale respectif : faire confiance à Hiruma, se risquer au suicide collectif pour la gloire du sport... pas très sain tout ça. C'étaient peut-être les plus pessimistes de l'équipe.
Des inconscients pensaient aux poses qu'ils allaient pouvoir prendre pour se mettre en valeur pendant le match, mais on sait que les Devil Bats compte dans leurs rangs ce genre de personnage, alors leurs pensées n'étonneront personne.
Plusieurs d'entre eux se demandaient comment allait Kurita qu'ils n'avaient pas revu depuis que Bamba l'avait emmené après leur match de base-ball, ceux là cherchaient certainement à se changer les idées.
L'un d'eux se demandait s'ils allaient un jour comprendre qu'il ne faisait pas partie du club de Football Américain mais de celui d'athlétisme, et comme d'habitude, personne ne lui prêta attention.
Quelqu'un se demandait avec angoisse s'il allait pouvoir rendre ses planches pour le concours de dessin à temps.
Trois d'entre eux se demandaient si Mamori allait un jour leur donner des cours particuliers, mais leurs pensés étaient sans importance.
Certains pensaient à plusieurs choses en même temps et il en ressortait quelques amalgames surprenants, inquiétants, drôles et parfois même horribles -comme Hiruma donnant des cours particuliers de dessin, en petite tenue, pour la gloire du sport... Mais pour le bien de tous, nous ne dirons pas qui a pensé cela-.
Bref, ils étaient tous plongés dans leurs propres pensés quand la petite voix flûtée de Suzuna (Nelio: elle est de retour?) se fit entendre :
- Vous n'avez rien remarqué d'étrange chez Hana, aujourd'hui ?
Il va sans dire que la pompon girl avait adopté le surnom de la jeune fille.
- Plus étrange que d'habitude, tu veux dire ? demanda Sena en levant le nez du playbook qu'il étudiait avec Monta.
- Oui, il y avait quelque chose de différent chez elle, murmura Suzuna.
- Elle m'a serré la main, c'est peut-être ça qui te déconcerte, commenta Jûmonji tout en restant plongé dans son magasine.
- Au delà de ça. D'ailleurs, pourquoi elle fait ça ?
- Comment veux-tu que je sache ce qui lui passe par la tête ?
- Elle t'a bien dit quelque chose à l'oreille, non ? remarqua Yukimitsu en posant son crayon sur la table. Tu dois donc savoir de quoi il s'agit.
Une antenne significative se dressa sur le crâne de la plus jeune du groupe.
- Elle s'est quand même pas déclarée ! Pas devant Hiruma ! Même Hana n'oserait pas ! s'exclama t-elle.
- Non mais ça va pas ?! s'écria Jûmonji, s'intéressant brusquement à la conversation.
- Tes lèvres disent non, mais ton visage sous-entend l'inverse, remarqua Kuroki, les bras croisés sur sa poitrine, pour titiller son ami.
En effet, le balafré avait prit une intéressante teinte écarlate.
- Vous êtes tous malades ! constata bruyamment l'intéressé. Elle m'a collé un coup de latte il y a quelques semaines de ça et maintenant elle se déclarerait ?! Vous n'avez aucune suite dans les idées ou quoi ?!
- Au contraire, ça pourrait être une forme d'entrée en matière, déclara Yukimitsu, se prêtant au jeu.
Le blond écarquilla les yeux.
Non... c'était clairement impossible, pas elle, même si elle ne l'avait pas dénoncé à Hiruma, ça ne voulait rien dire...
- Si tu nous disais ce qu'elle t'a dit ? proposa Sena, malicieux.
Où était passé ce petit gosse qui craignait Jûmonji ?
- Oui, ça dissiperait les doutes Max !
Le Lineman se voyait plutôt mal expliquer les faits: avec le recul qu'il avait aujourd'hui il comprenait parfaitement qu'il avait fait une erreur. C'était la colère qui l'avait conduit à faire ça, rien d'autre, enfin si, peut-être un trop plein de fierté.
Jûmonji trouvait son idée d'une stupidité digne d'être célébrée à grands coups de tête dans les murs du local qu'ils s'étaient donné tant de mal à rénover. En plus d'être stupide, c'était indigne de lui, de son esprit sportif et de ses valeurs.
Bref, ça n'avait pas de sens.
Quoiqu'il en soit, il devait trouver une explication logique qui les contenterait tous et même s'il n'avait pas l'intelligence d'un Hiruma -un seul Hiruma par équipe suffisait*, merci bien-, il était loin d'être un imbécile :
- Elle s'est excusée pour le coup de pied, expliqua t-il.
L'antenne de la pompon girl s'affaissa et l'équipe reporta son attention sur autre chose :
- Mais si ce n'est pas ça, qu'est-ce qui t'as dérangé, Suzuna ? lança Monta.
- J'ai déjà dit que je ne comprenais pas, remarqua l'intéressée.
Ils se concentrèrent tous sur leurs souvenirs de la matinée, cherchant intensivement ce qu'avait pu remarquer la jeune fille, ce qui avait pu changer chez Haïhana...
Ce fut Toganô qui trouvât la réponse :
- Elle s'est maquillée, les yeux surtout.
- Comment tu as remarqué ça ? demanda quelqu'un.
- Je dessine, ça développe le sens de l'observation, répondit-il simplement sans lever les yeux de son manga.
- Pourquoi est-ce qu'elle aurait fait ça ? remarqua Yukimitsu.
- Peut-être pour Hiruma, après tout, cette demoiselle veut lui plaire ! lança Taki.
Certains pensaient que Taki avait peut-être eu raison pour une fois et ces personnes là se trompaient.
Plusieurs d'entre eux émirent une moue septique, quelqu'un d'aussi masculin et intelligent que la brunette démoniaque ? Chercher à plaire grâce à quelque chose d'aussi peu subtil ? Difficile à croire, il y avait forcément une autre raison. Ceux-ci avaient raison.
D'autre ne s'étaient pas vraiment intéressés à la question, et ils n'avaient pas vraiment tort, il y avait plus important en cours.
Trois d'entre eux espéraient, plutôt égoïstement, qu'Hiruma ne serait pas aussi observateur que Suzuna et Toganô.
Deux se demandaient si Mamori se maquillerait les yeux pour eux un jour mais ces deux là ne faisaient pas vraiment partie des Devil Bats et tout le monde savaient que leurs cas étaient irrécupérables de toute façon.
Quelqu'un se demanda s'il ne devrait pas penser au maquillage pour se faire remarquer un peu plus.
OxOxHHxOxO
Alors que la quasi-totalité des Devil Bats songeait à son cas, Haïhana pénétrait dans l'enceinte du lycée Rebelles. Un léger sourire amusé flottait sur ses lèvres alors qu'elle prenait la direction des vestiaires de l'équipe de foot US local.
Et ce fut toujours avec sa démarche royale, son sourire ironique et le son caractéristique de la chaîne qui serrait sa taille qu'elle entra dans les lieux avant de s'asseoir d'autorité en face du boss du coin qui grimaça en la reconnaissant.
- Bonjour, Rui*, déclara t-elle calmement.
- Qu'est-ce que tu fais ici ?! répliqua vivement l'intéressé.
- Tu es surpris de me voir ?
Habashira la dévisagea longuement avant de répondre, plus poliment :
- Je crois que rien ne peut plus me surprendre, avec toi.
Haïhana sourit de plus belle avant d'incliner un peu la tête en signe de remerciement.
- Vous vous connaissez ? demanda quelqu'un.
- Hum... On peut dire ça, répondit la brunette. C'est un ami d'enfance, en quelque sorte...
- Dégagez tous d'ici, tonna Rui. Allez vous entraîner !
Voyant que les choses n'allaient pas assez vite à son goût, il cru bon d'asseoir son autorité en plantant son couteau papillon dans la table, qui, en prenant en compte le nombre de failles qu'elle comptait, n'en était pas à sa première fois.
Les coéquipiers de Habashira s'étaient enfuis à la seconde où ils l'avaient vu glisser sa main dans sa poche.
- C'est une manière intéressante de gérer ses effectifs, remarqua la Quater Back avec un léger sourire.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? répéta Rui.
Le sourire de Haïhana disparut brusquement et elle répondit avec la même brutalité :
- Ne fait pas l'idiot, tu sais très bien pourquoi je suis ici.
Il se raidit sur sa chaise avant de demander, un brin d'angoisse presque imperceptible dans la voix :
- Tu lui as dit ?
- A Yôichi ? Non, et je n'ai aucun intérêt à le faire.
- Comment ça ?
- Ça déclencherait quelque chose que personne ne sera en mesure de contrôler, ni toi, ni moi, ni lui... De plus, d'une certaine manière, je l'ai amplement mérité et ça a eu la qualité de me remettre les idées en place... Chose dont j'avais apparemment besoin maintenant que je vois mes derniers agissements avec un peu de recul.
Elle avait voulu jouer à imiter Hiruma, mais comme le lui avait fait remarquer Musashi, ce n'était pas son truc, loin de là. Et si les choses tournaient comme elle le présentait, Haïhana n'aurait plus à jouer ce rôle pendant longtemps.
Voyant qu'il ouvrait la bouche, elle leva la main pour l'interrompre :
- Non, je ne t'en veux pas, pas plus que j'en veux à Jûmonji ou à tes gars. Si je suis ici c'est pour deux raisons : premièrement, tu devais savoir que je suis au courant et que si jamais tu t'avises de refaire une imbécillité pareille -parce que c'est une imbécillité, et je sais que tu en as conscience-, je serais dans l'obligation de réagir de manière... pas très honorable.
La brunette n'avait pas de carnet de menace, mais ça ne voulait pas dire qu'elle n'avait aucun moyen de pression sur lui.
- Deuxièmement, je veux savoir qui est derrière tout ça, car même si j'ai de très forts soupçons, je veux en avoir le cœur net.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? interrogea t-il.
- Je sous entend que Jûmonji n'aurait jamais eu une idée pareille tout seul. Comprend moi bien : je ne le traite pas d'idiot, il fait plutôt partie des rares intellos de l'équipe de Yôichi. C'est juste que ce n'est pas dans son tempérament de faire des trucs pareilles. Même remarque à ton sujet d'ailleurs. Dix contre une, même si c'est moi -sans vouloir me vanter de quoi que ce soit-, ce n'est pas loyal, et la loyauté c'est un concept qui te plaît. Enfin... c'est ce que je pense.
- Et tu n'as pas totalement tort... marmonna Habashira. C'est quelque chose d'important, surtout dans un sport tel que le nôtre.
- Je ne peux qu'être de ton avis.
Ils échangèrent un petit sourire puis Haïhana reprit la parole :
- Alors ? Qui est le troisième homme ?
- Je...
Silence. Un silence facilement interprétable : un silence aux lents relents de peur.
- Écoute, Rui, c'est très simple, fit-elle après avoir laissé passer un certain temps. Au Japon, il y a deux personnes qui sont en droit de m'en vouloir, la première c'est Yôichi et la seconde Jûmonji. Il y a une personne qui pourrait avoir quelques raisons de m'en vouloir, c'est toi.
En effet Habashira avait « quelques » raisons d'en vouloir à Haïhana.
Une histoire de paris stupides qui avaient mal tournés entre les deux gosses sans vrais moyens qu'ils étaient à l'époque. Pas très original et pas vraiment important, mais Rui en avait gardé des marques, même après tout ce temps.
La petite brune hésita une seconde avant de terminer :
- Et enfin, il y a une personne qui n'a aucune raison valable de me faire la guerre, si ce n'est un ego trop important, mais qui le fait quand même, et cette personne c'est Agon. Soit un type assez fort pour te menacer, assez intelligent pour avoir l'idée de manipuler la colère de Jûmonji en passant par quelqu'un d'autre et quelqu'un d'assez pathétique pour mettre un plan aussi déloyale en marche.
Nouveau silence, soulagé cette fois.
- Dois-je en conclure que j'ai une idée assez précise de l'identité du troisième homme ? interrogea la Quater Back.
- Tu n'as pas besoin que je te le dise, remarqua Habashira avec un demi-sourire.
- Certes.
Elle le fixa quelques instants avant de demander :
- Pourquoi tu lui as obéit ?
- Parce qu'il est fort, Haïhana. Parce qu'il aurait pu me casser la gueule ainsi qu'à tout les membres de mon équipe. Parce que j'ai eu peur. Parce qu'il sait être convainquant. Parce qu'il y avait moins de risques à lui obéir.
- Il n'empêche que vous avez échoué.
- Sans l'arrivée de ce gars, on t'aurait massacrée, tu en as conscience.
La petite brune grimaça avant de changer brusquement de sujet :
- Je t'aime bien, Rui, et j'ai aussi apprit à apprécier Jûmonji. Je ne veux pas vous avoir pour ennemi, ni l'un, ni l'autre.
- C'est donc pour ça que tu as voulu jouer carte sur table avec moi...
Habashira s'appuya sur la table, pour se rapprocher d'elle, avant d'ajouter :
- … Et si je ne me trompe pas, tu espères plus ou moins que je fasse part de certains détails de cette conversation à Jûmonji.
La petite brunette se mordit la lèvre inférieure avant de répondre :
- Je dois avouer que je ne sais pas comment aborder le sujet avec lui... Je le connais moins bien que toi, et vous n'avez probablement pas le même niveau d'honnêteté.
- Tu as peur ?
- De Jûmonji ? Non, pas vraiment, je crois en avoir fait assez pour qui ne se laisse plus manipuler par Agon, que ce soit directement ou indirectement. Mais... J'ai peur d'avoir fait des dégâts dans l'équipe de Yôichi.
- Les Devil Bats ont besoin de plus que ça pour se désunir.
Et c'est à ce moment là que Habashira comprit la « putain de différence » entre lui et Hiruma :
- Peut-être que c'est la peur qui les a fait entrer dans l'équipe, mais tous, que ce soit Sena, Monta ou encore Jûmonji ont comprit que ce sport pouvait leur apporter quelque chose. D'une certaine manière, on peut dire que Hiruma n'a fait que leur montrer le chemin qu'ils cherchaient. Il leur a donné un but, peut-être stupide, mais c'est néanmoins une raison de se lever tout les matins, pour affronter le jour suivant et les prochains adversaires.
Haïhana sourit.
Ils se ressemblaient beaucoup tout les deux, toujours en train de se comparer à Yôichi, toujours à chercher à le dépasser. Mais c'était peut-être grâce à ça qu'il arrivait à le comprendre, ou au moins en partie.
- Un démon gardien de brebis ? Drôle d'image, plaisanta-t-elle, pour dissiper cet étrange atmosphère.
Il se laissa aller à un petit rire bref, puis la Quater Back se leva.
- Qu'est-ce que tu vas faire, pour Agon ? demanda Rui, par pure curiosité.
- Rien...
Elle fit quelques pas vers la porte avant d'ajouter :
- … pour le moment en tout cas. Mais laisse-moi te dire que si jamais j'ai l'occasion de lui rendre la monnaie de sa pièce, il ne faudra pas que tu sois de son côté de la ligne.
- Parfois, je me demande qui je préférerais avoir comme ennemie entre Hiruma et toi, soupira le défenseur.
- Avoir l'un, c'est avoir les deux, prophétisa-t-elle.
La petite brune sourit, c'était un sourire un peu tordu, sadique, à la Yôichi, avant de quitter le local de son pas conquérant.
OxOxHHxOxO
Le reste de la semaine précédent le match contre les Dinosaurs passa à une vitesse alarmante, et, sans en avoir prit conscience, ils étaient déjà devant le stade.
Haïhana n'était pas venue avec les autres Devil Bats, non, elle était une nouvelle fois accompagnée par les deux défenseurs géants de Poseidon.
Le calme et la sagesse de l'un ainsi que la bonne humeur exubérante de l'autre lui seraient probablement fort utiles dans un jour comme celui-ci.
- Dites... murmura la jeune fille alors qu'ils venaient de s'installer sur les gradins.
- Quoi ? fit gaiement Mizumachi.
La brunette ne répondit pas, troublée au plus haut point, ce qui n'échappa pas à Kakei :
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- … Quoi qu'il arrive aujourd'hui... quoi que je fasse... vous ne changerez pas d'opinion à mon sujet, pas vrai ?
- Bien sûr que non ! s'exclama l'ancien nageur.
- Pourquoi on changerait d'opinion ? interrogea l'autre, interdit.
- Pour... commença la Quater Back.
Elle hésita une seconde, pesant le pour et le contre avant de soupirer :
- … pour rien.
Mizumachi lui ébouriffa amicalement les cheveux alors que Kakei lui offrait l'un de ses rares sourires sincères.
- Merci, murmura-t-elle. Pour tout.
- Tu commences à être flippante, constata le Lineman. On peut savoir ce qui te fait tourner au mélodramatique comme ça ?
La brunette sourit mais ne répondit pas.
Un coup de sifflet venait de retentir accaparant ainsi tout son attention sur le terrain.
OxOxHirumaxOxO
Hiruma le sentait.
Il sentait qu'il avait fini par faire perdre son sang froid à Marco.
Il sentait que Gao était dans le même état que l'autre fuckin' faux cils.
Et puis surtout, il sentait qu'il était dans la merde.
Il sentait tout ça, mais il savait aussi que c'était trop tard pour faire demi tour.
- Pour les femmes, l'amour... Pour les hommes, la force... Pour Yôichi Hiruma...LA MORT.
Quand le blondinet entendit ces mots, il ne put s'empêcher de lâcher un petit soupir de mépris avant de sourire de plus belle.
Ne surtout pas inquiéter les fuckin' nabots.
Il en allait du dénouement de ce match.
Ils devaient gagner, quel qu'en soit le prix.
C'est à ça qu'il pensait alors que Kisaragi fonçait sur lui, le bras tendu.
C'est à ça qu'il pensait alors que Kurita repoussait la grande brindille.
C'est à ça qu'il pensait alors que Gao s'imposait dans son champ de vision.
Cette vision éclipsa tout ce qu'il y avait dans sa tête, schémas tactiques, informations sur les joueurs, noms des courses...
Il ne savait plus qu'une chose : il avait peur, ce sentiment l'empêcha d'agir pour se sauver.
Il était déjà trop tard lorsqu'il laissa tomber :
- Non... les enfoirés...
Il eu l'impression de s'être prit un camion de plein fouet lorsque Gao l'écrasa.
- HIRUMAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !
Il se retrouva allongé par terre, les bras en croix, incapable de bouger.
Alors c'était ça qu'avait ressentit Kidd ?
C'était contre ça que combattait Kurita depuis le début du match ?
C'était ça la force de Gao ?
Son regard tomba sur le ballon qui avait roulé à quelques centimètres de sa main droite.
Puis tout devint noir.
OxOxHHxOxO
La brunette n'avait même pas pu crier, elle était restée muette de stupeur face à ce spectacle épouvantable.
Il était là, étalé par terre par la puissance de Gao, les yeux clos, évanouit, pathétique, faible.
- Haïhana ? appela Mizumachi en secouant un peu la jeune fille.
- Ça va ? interrogea Kakei.
C'était comme si on avait tué Hiruma, ou au moins son image.
Ce fut sur cette pensée que l'ancienne Quater Back frissonna avant de se pencher brusquement en avant pour vomir.
- Hana ! s'exclama l'ancien nageur en la redressant.
- Ça va, déclara t-elle en s'essuyant la bouche du revers de la manche.
Il n'y avait pas que cette image blasphématoire qui l'avait fait rendre à la terre ce qui lui appartenait de droit : elle avait eu l'impression que c'était elle qui avait reçu le tacle.
Est-ce que Hiruma avait ressenti la même chose en la voyant se faire tacler ?
Où était-ce simplement le tacle en question qui s'était rappelé à elle ?
Haïhana secoua la tête pour remettre ses idées en place avant de demander d'une voix qu'elle ne reconnu pas comme étant la sienne :
- Tu sais comment aller à l'infirmerie, Kakei ?
- Tout les stades ont une architecture semblable, alors je pense que oui, répondit-il.
- Alors on y va.
Elle se leva, sûre d'elle, et quitta les gradins.
OxOxHHxOxO
Kakei et Haïhana marchaient à grands pas dans les couloirs de béton du stade.
Mizumachi papillonnait autour d'eux, ne comprenant pas ce qu'il se passait et posant continuellement la même question :
- Tu es sûre -il insistait toujours sur ce mot- que tout va bien ?
Une fois de plus Haïhana ne répondit pas, l'esprit concentré sur une chose loin dans le temps et l'espace.
- Tu deviens vraiment flippante là, reprit l'ancien nageur.
La brunette avait le visage figé dans une expression où se mélangeaient la douleur, la colère et la détermination.
- Allez quoi, dit quelque chose, supplia le Lineman.
- Laisse-la tranquille, Mizumachi.
L'intéressé afficha une mine boudeuse mais il ne reprit pas la parole, se contentant de suivre le mouvement.
- On est arrivés, finit par dire Kakei en montrant une porte du doigt.
OxOxHHxOxO
Tout était fini pour les Devil Bats.
Le match, le tournoi, le Christmas Bowl...
L'équipe.
Tout.
Et Marco se faisait un plaisir de retourner le couteau dans la plaie sous couvert de compassion :
- Je vais encore me faire critiquer pour avoir posé la question, mais bon... désolé, hein ?
Il se tourna vers Musashi avant de continuer :
- Je te demande à toi, l'aîné, et celui qui semble avoir le plus la tête sur les épaules. Que faites-vous ? Vous voulez continuer ?
L'ouvrier se détourna de Marco pour contempler ses coéquipiers.
- On a un sérieux problème, souffla Yukimitsu. Il nous faut quelqu'un pour remplacer Hiruma. Pas seulement en tant que Quater Back, mais aussi en tant que capitaine...
- Il a raison, approuva Jûmonji. Hiruma, c'est le cœur de cette équipe, sans lui...
Il laissa la fin de sa phrase en suspend, mais tout le monde semblait du même avis que lui.
- Alors, vous abandonnez ? insista Marco.
Tous les Deimon Devil Bats posèrent les yeux sur Musashi, l'aîné comme l'avait si bien fait remarquer le buveur de Coca.
L'adolescent à l'allure de vieillard jeta un petit coup d'œil vers l'entrée du terrain, puis, à la grande surprise de tout le monde, il sourit, amusé par une bien étrange pensée :
« J'ai fini par vous ressembler ».
Il se tourna vers Marco pour répondre :
- C'est dans les ténèbres qu'on perçoit la lumière.
Alors que chacun se préparait à réclamer des informations à Musashi, une voix surexcitée se fit entendre dans tout le stade :
- Oh ?! Il semblerait que les Devil Bats aient un Quater Back providentiel !
Le commentateur reprit son souffle avant de déclarer :
- Dans les ténèbres et la glace des enfers s'élève une tour imprenable qui grandit pour venir prendre la place de sa jumelle...
OxOxHHxOxO
*« leur bien aimé Quater Back, leur bienveillant Kicker et leur manager chérie » : cette périphrase n'est pas vraiment ironique. Après tout, on ne peut pas dire que les Devil Bats n'aiment pas Hiruma, ni que Musashi n'est pas bienveillant et encore moins qu'ils ne chérissent pas Mamori... disons plutôt qu'elle doit être prise au troisième degré (l'inverse de l'inverse de ce qu'il pense).
*« Eau tiède » : alerte référence.
*« un seul Hiruma par équipe suffisait » : private joke que vous aurez peut-être l'occasion de comprendre.
*Rui : nom original de Habashira que j'ai préféré utiliser dans le cas présent. Sachez, chers lecteurs, que Louis et Rui ont une prononciation semblable en japonais (… même plus que semblable, c'est la même).
OxOxHHxOxO
BOUHAHAHAHAHAH !
Je suis diabolique !
Mais c'est fini,
Dans le prochain chapitre vous apprendrez enfin ce qui lie Haïhana et Yôichi.
A la prochaine !
Signé : Lulu Murdoc, auteur sadiquo-diabolique.
Corrigé: Nelio Maboroshi, snoboardeuse débutante. Et qui s'attendait pas à trouver ce mail à 23h57 et qui l'a corrigé quand mêmeuh!
