Notes de l'auteur : Bonjour à tous et bonne année ! J'espère que, malgré tout, celle-ci vous offrira plein de belles choses.
Merci pour l'accueil que vous avez réservé à cette histoire, je suis contente de voir qu'elle vous intéresse. Voici un nouveau chapitre, différent de ce que j'écris habituellement. Avec cette histoire, je m'amuse, j'écris des courts chapitres où je peux explorer de nouveaux thèmes et styles. Ne vous inquiètez pas, l'intrigue va tout de même bientôt se mettre véritablement en place.
Remerciements : Merci à Dup' qui m'a accordée un bout de ses vacances scolaires pour me corriger ce chapitre !
Réponse à Oswin Goldstein : Hey, tu es aussi ici ! Merci de continuer de lire ce que je fais ! Désolée pour ton impatience, ce chapitre arrive avec un peu de retard. J'espère qu'il te plaira tout de même !
Bonne lecture !
Coffee
Des tintements mécaniques résonnaient à mesure où les pièces roulaient dans la machine, les une après les autres. Quelques secondes plus tard, l'appareil trembla légèrement, laissant échapper un ronflement sourd tandis que les jets saccadés d'un liquide chaud et épais s'écoulaient lentement dans un gobelet noir. Puis, la machine s'arrêta net et une sonnerie aigue retentie.
Le café était prêt.
Castiel souleva la vitre qui le séparait de sa boisson et saisit le gobelet, tentant de toucher le moins possible la partie brûlante de celui-ci. Il le porta à ses narines, cherchant à renifler l'arôme qui s'en échappait. Mais il n'y avait rien. Strictement rien. Castiel soupira. Décidemment, il n'aimait pas le café de l'hôpital.
Sans conteste, Castiel préférait le café qu'il faisait lui-même chez lui ou encore celui que proposait le petit bistrot du centre-ville, en face du poste de Police. Ici, la boisson ne valait pas grand-chose. Quelques dizaines de centimes et le tour était joué : un café industriel et insipide remplissait en quelques secondes un gobelet en plastique qui lui mordait les doigts par sa chaleur insoutenable. Alors, il ne venait que rarement dans cette cafétéria où seuls quelques machines et autres distributeurs automatiques proposaient aux visiteurs de quoi boire et se nourrir. Puisque, en plus du café fade qu'il y buvait, l'endroit était toujours bondé, rempli de monde qui inondait l'espace d'un brouhaha sourd et assourdissant. Castiel peinait toujours à trouver une table où il pourrait être tranquille, loin des enfants qui jouaient et criaient ou encore des couples qui se disputaient.
D'un rapide coup d'œil, il analysa les alentours. Plusieurs familles se tenaient dans la pièce, discutant entre eux. Castiel reconnut quelques personnes qu'il avait croisées lors de ses visites hebdomadaires. Certains visiteurs avaient appris à se connaître, à sympathiser. Beaucoup d'entre eux venaient ici régulièrement, comme Castiel. Seulement, Castiel était toujours seul dans son coin de la cafétéria, lors de ses rares visites. Il était toujours accroché à son schéma habituel, à ses étapes bien rythmées. Ce n'était pas faute d'avoir essayé, au début. Mais cela n'avait pas marché. Il n'arrivait pas à comprendre les autres visiteurs, tout comme eux n'arrivaient pas à le comprendre. Alors, Castiel avait baissé les bras. De toute manière, il venait ici pour Anna. Il ne venait pas pour se faire des amis.
Castiel repéra rapidement une table près de la porte d'entrée. Le pas rapide et décidé, Castiel s'y précipita. Quelques gouttes s'échappèrent du gobelet lorsque Castiel le posa sur la table haute, tâchant le meuble un peu plus qu'il ne l'était déjà. Castiel souffla sur le liquide, tentant de le refroidir un peu. Il avait hâte de quitter cette pièce qui l'étouffait mais il n'était pas pour autant pressé de retourner dans la chambre de sa cousine. Après tout, il ne l'avait pas quitté pour rien. Aujourd'hui, c'était son anniversaire. Anna fêtait ses vingt-cinq ans. Alors, la famille Novak-Milton s'était partiellement réunie pour l'occasion. Michael et Uriel étaient venus, ainsi que son oncle Zachariah et ses tantes Naomi et Hester. Castiel s'en serait bien passé. Il les aimait, c'était sa famille, sa chair, son sang. Seulement, les choses étaient bien plus simples lorsqu'il était seul avec Anna. Personne n'essayait de la forcer à réagir, de redevenir comme elle était avant. Personne ne la jugeait. Il n'y avait que Gabriel qui se comportait également comme cela avec elle. Mais il n'était pas revenu depuis des mois, peut-être même des années. Castiel avait arrêté de compter.
Il porta sa main jusqu'à la petite corbeille en tissu posée sur la table avant de saisir d'une des touillettes qu'elle contenait. Castiel la déposa dans son café et commença à jouer lentement avec, faisant tournoyer le liquide dans le gobelet. Il releva son poignet et regarda sa montre. Il n'était parti que depuis cinq minutes.
A ses côtés, les portes de la cafeteria s'ouvrirent et laissèrent entrer un couple qui discutait calmement. Castiel les reconnut aussitôt. Il ne pouvait pas se tromper. Cet homme immensément grand aux longs cheveux bruns et cette femme presque aussi grande, ses cheveux blonds ondulés flottant sur ses épaules, ne pouvaient être que le couple qui rendait régulièrement visite au patient de la chambre d'à côté. Castiel les observa se diriger vers la machine à café, oubliant sa propre boisson qui patientait sur la table. L'homme y glissa des pièces, comme Castiel l'avait fait un peu plus tôt. Et, deux minutes plus tard, la jeune femme serrait son gobelet de thé entre ses mains et le jeune homme saisissait le café qui venait tout juste d'être servis. Ils se tournèrent ensuite vers la salle, cherchant visiblement un endroit où s'installer. Castiel les imita, se demandant où ils allaient aller puisque toutes les tables étaient occupées et surchargées, avant de porter de nouveau son attention sur le couple. La jeune femme était légèrement tournée et, grâce à cet angle, Castiel remarqua un détail qui lui avait échappé jusqu'à lors. Elle était enceinte. De trois-quatre mois, tout au plus. Elle posa une main sur son ventre et le caressa légèrement, son regard perdu dans la salle. Puis, soudainement, elle releva la tête et croisa le regard de Castiel.
Et, sans trop comprendre pourquoi, Castiel lui fit un geste de la main.
A quoi jouait-il ? Il ne les connaissait pas. Ce n'était pas ses diverses séances d'observation qui faisait de lui quelqu'un de leur entourage. Son comportait était tout simplement stupide. Téméraire. Cela ne lui ressemblait absolument pas. Qu'allait-il bien pouvoir leur dire ? Il allait encore passer pour un imbécile.
Tandis que Castiel était prêt à se gifler aussi bien mentalement que physiquement, la jeune femme lui répondit un sourire et se dirigea vers lui, suivie par le jeune homme qui l'observait avec un regard interrogateur. Une fois qu'ils arrivèrent à sa hauteur, Castiel tenta de se justifier.
« Je ne vais pas rester ici longtemps, si vous voulez avoir ma table.
Le sourire de la femme aux cheveux blonds s'agrandit à ces mots, illuminant tout son visage.
– C'est vraiment gentil, répondit-elle. Merci beaucoup.
– Ce n'est rien, je sais que c'est difficile de trouver une table ici. Je vais me dépêcher de finir mon café.
– Ca te va, Sam ? demanda la jeune femme à son compagnon.
Celui-ci posa son gobelet sur la table avant de passer une main dans ses cheveux. Il adressa un sourire timide à Castiel avant de répliquer :
– Oui, c'est parfait, merci beaucoup. Mais ce n'est pas la peine de vous dépêcher, ne vous en faites pas pour nous.
Castiel répondit avec un sourire avant de se concentrer sur sa boisson. D'un mouvement de poignet régulier, il remua le liquide, veillant à ce que le sucre ne se soit pas déposé au fond du gobelet. Il s'apprêta à boire d'une traite son café quand l'homme, Sam, commença à parler à la jeune femme de quelqu'un d'autre.
Un dénommé Dean.
Castiel comprit rapidement qu'il s'agissait là du patient qui séjournait dans la chambre d'à côté. Dean. Son nom était donc Dean. Castiel ne put s'empêcher d'écouter ce que disait le couple sur lui. La jeune femme murmura qu'il semblait aller mieux, aujourd'hui. Que tout allait certainement s'arranger un jour. Qu'il n'allait pas rester ainsi toute sa vie, qu'il fallait faire confiance aux médecins. Sam écoutait les paroles de sa compagne, hochant régulièrement la tête, le regard perdu dans le vide. Il semblait avoir perdu espoir. Le jeune homme répondit qu'il avait peur de ne jamais retrouver son frère comme il était autrefois. Qu'il s'en voulait de l'avoir laissé partir là-bas, tout ça pour que Dean puisse suivre les traces de leur père. Castiel baissa un peu plus la tête, honteux de s'immiscer dans le moment que partageait le couple.
– Je me demande tout de même qui apporte les orchidées dans la chambre de Dean.
Castiel, qui tentait de finir son café sans se brûler la langue par la même occasion, manqua de s'étouffer suite à la remarque du jeune homme. Heureusement pour lui, le couple ne sembla pas le remarquer.
– Tu es sûr qu'il ne s'agit pas de l'hôpital ? demanda la femme aux cheveux blonds.
– Non, je leur ai demandé… Ils n'offrent pas de fleur aux patients. Il s'agit de toute évidence d'un visiteur mais j'ai demandé à tout le monde… A Bobby, Ellen, Jo, Andrea. Lisa n'est pas passée. J'ai même demandé à Rufus, pour tout dire. Personne ne savait de quoi je parlais.
– Il doit avoir une admiratrice secrète alors, proposa la jeune femme dans un petit rire. Ca ne m'étonnerait même pas si on m'annonçait qu'il avait déjà commencé à briser des cœurs ici.
– Ouais, ça lui ressemblerait bien, répondit Sam avec un sourire. Ca me fait plaisir qu'il reçoive ces fleurs, en tout cas.
Le jeune homme s'humidifia les lèvres avant de continuer, le regard soudainement perdu sur la table :
– Et bon sang, qu'il me manque. J'aimerais juste rentrer à l'appartement et l'écouter me parler de la conquête qu'il a eue la veille, je le laisserais même me parler de tous les détails s'il le voulait. Et je continuerais à lui parler de toi et il se moquerait de mon « romantisme à la con », comme il l'appelait. Et je lui parlerais du bébé. Il ne sait même pas qu'il va être un oncle…
Sa compagne posa une main sur son épaule avant de le caresser légèrement à l'aide de son pouce. Castiel détourna le regard et termina rapidement son café. Il tenta de se lever silencieusement, afin de ne pas déranger le moment intime qu'ils vivaient tous les deux.
Castiel se glissa le long de la table et se dirigea discrètement vers la porte. Le couple ne le remarqua pas et il pouvait entendre la jeune femme chuchoter des mots réconfortants à son compagnon. Puis Castiel franchit les portes, sans un mot.
Le chemin qui le menait jusqu'à la chambre d'Anna lui parut interminable. Castiel avait toujours cru que se lier avec d'autres familles, que de connaître d'autre personne dans la même situation que lui serait une bonne chose. C'était sa principale motivation lorsqu'il avait tenté de faire des efforts, lors de ses premières semaines dans l'hôpital Broughton. Castiel n'aurait pas pu plus se tromper. C'était douloureux. Les sentiments qui habitaient ce jeune homme nommé Sam était bien trop tangibles, bien trop réels. Castiel pouvait les comprendre plus que n'importe qui. Et c'était difficile d'entendre ses propres sentiments, ses propres pensées, s'échapper de la bouche d'un autre. C'était si cruel de voir sa propre peine se dessiner sur le visage d'un autre, de voir ses larmes humidifier les yeux d'un autre. Castiel avait beau ne pas connaitre ce Sam, ni même sa compagne, il était triste qu'ils aient à ressentir ce que lui-même vivait depuis des jours et des jours, des mois et des années. Et Castiel s'était bêtement mis à se demander comment était le nouveau patient, Dean, avant qu'il ne sombre dans sa folie. Comment était cet homme qui manquait tant à Sam. Que faisait-il dans la vie ? Quels étaient ses rêves, ses ambitions ? Avait-il des passions, des espoirs ? Des craintes ?
Et n'allait-il pas trop loin à se poser toutes ces questions sur un homme qu'il ne connaissait même pas ?
Une fois devant la chambre d'Anna, Castiel soupira. Sa main était posée sur la poignée mais il n'osa pas l'abaisser. Pas tout de suite. A travers la porte, il pouvait entendre Naomi discuter avec Zachariah. Ils parlaient du travail, encore une fois. Comme si cela ne suffisait pas qu'ils se voient tous les jours à leur bureau, il fallait qu'ils continuent ici, dans la chambre de leur nièce. Castiel hésita pendant quelques secondes, sa main posée sur la poignée. S'il entrait maintenant, Naomi allait encore lui parler du travail, à lui aussi. Pourtant, son travail était simple. Il se contentait seulement de récolter les plaintes des civils et il s'occupait également de la circulation, de temps en temps. Il était un bon policier, qui respectait les ordres, qui respectait les règles. Le shérif était content de lui. Mais Naomi souhaitait qu'il change, qu'il ait un poste plus haut placé, quitte à changer radicalement de carrière. Castiel ne savait plus comment lui expliquer qu'il était très bien comme il était.
Ses pieds reculèrent de quelques pas, lui laissant un champ de vision suffisant pour qu'il puisse jeter un coup d'œil dans la chambre d'à côté. Quelques pas de plus et il pourrait dépasser cette lisière, comme lors de toutes ces fois où il était venu discrètement déposer une orchidée. Dean ne l'avait jamais remarqué mais les fleurs étaient toujours très bien entretenues. Castiel savait pertinemment que ce n'était pas Dean lui-même qui en prenait soin mais il ne pouvait s'empêcher de ressentir un doux sentiment lorsqu'il réalisait que si cette chambre avait plus de vie, c'était un peu grâce à lui et à ses fleurs. Seulement, il n'avait pas pu en apporter cette semaine. Ses cousins, son oncle et ses tantes se seraient posés des questions et Castiel n'avait pas vraiment envie de leur expliquer son étrange fascination envers le voisin de sa cousine, un patient qui était interné dans l'hôpital Broughton, un homme qu'il ne connaissait même pas.
Castiel fit un pas en avant, se rapprochant légèrement de la chambre de Dean. Avait-il le droit de rentrer, même s'il n'avait pas de fleur avec lui ? Pouvait-il s'assurer que le patient allait bien, livré à lui seul dans cette chambre froide ? Un autre pas l'attira un peu plus vers la pièce.
Ce fut à cet instant précis que Dean le remarqua.
Le jeune homme avait tourné la tête vers lui, le scrutant de ses prunelles vertes. Castiel déglutit. L'homme en face de lui ne cligna pas des paupières, pas une seule fois, et ne prononça pas un seul mot. Il se contenta simplement de rester assis en tailleur sur son lit et de le fixer encore, encore, encore, l'inondant dans une mer d'absinthe.
Dean le voyait-il vraiment ? Etait-il conscient de sa présence ?
Des éclats de voix brisèrent le silence qui enveloppait le couloir, faisant aussitôt sursauter Castiel. Il recula d'un pas avant de se précipiter vers la chambre d'Anna et d'ouvrir la porte, sans réfléchir une seconde plus.
Cinq paires d'yeux fixèrent Castiel pendant qu'il refermait la porte derrière-lui, le souffle court. Anna, elle, parlait sans émettre le moindre son, ni même le moindre murmure, les yeux rivés sur le poste de télévision. Naomi, dont la coiffure était toujours impeccablement mise en place, lui adressa ensuite un sourire.
– Ah justement Castiel, commença-t-elle, nous parlions de l'entreprise. Savais-tu qu'Inias compte nous quitter d'ici la fin du mois ? Nous sommes en train de lui chercher un remplaçant, tu sais. »
Sa tante continua de parler, expliquant plus en détail les raisons du départ d'Inias – une histoire d'amour hasardeuse, d'après ce que Castiel compris. Ce dernier l'écouta sans l'interrompre, tout de politesse et de courtoisie.
Castiel passa rapidement sa langue sur ses lèvres, les humidifiant légèrement. Un léger parfum de café s'infiltra dans sa bouche. Et, à mesure où Naomi continuait de parler, Uriel et Michael approuvant chacun de ses propos, Castiel pensa avec nostalgie à son court moment passé dans la cafétéria.
Et, à l'abri des regards, un sourire germa aux coins de ses lèvres.
À suivre
Notes de l'auteur : Et c'est fini pour le second chapitre. Le troisième devrait être plus rapide à arriver, si tout se passe bien. Je commence son écrire ce week-end :) ! Je m'habitue vite aux chapitres de 2500 mots, à vrai dire. C'est agréable ! C'est étrange de repasser sur une base de 7000 lorsque je retourne sur mon autre histoire, hù.
A très bientôt.
