Notes de l'auteur : Et voilà le quatrième chapitre ! J'avais hâte et peur à la fois de l'écrire. Hâte parce qu'il amène un tournant, peur parce que je ne devais pas rater le personnage de Dean. Ce chapitre tourne et tourne dans ma tête depuis plus d'un mois, thème bien ancré dans ma tête, et voilà, il est écrit et je le publie enfin. J'espère qu'il vous plaira !

Remerciements : Merci à mamie, Dupond et Dupont, pour ses retours, conseils et corrections ! Elle m'a rassurée comme il fallait et donner tout plein d'indications pour améliorer ce chapitre. Plein d'amour sur elle. Et de poils.

Merci également à Deidato qui traduit désormais cette histoire en anglais !

Réponse à Oswin Goldstein : Hello, merci de continuer à suivre mes histoires et pour cette nouvelle review ! Ca me fait plaisir ! *keur* J'espère que cette rencontre va te plaire. A bientôt~

Bonne lecture !


Dean

« Tu es revenu.

Castiel se figea brusquement. Dean venait-il vraiment de parler ou tout cela n'était-il qu'un rêve ? Les lèvres de Dean avaient à peine bougé, comme une illusion, un mirage chimérique. Comme si Castiel devenait un peu fou, lui aussi. Dean le fixait toujours et ne semblait pas vouloir s'arrêter. La salive que Castiel avait accumulée sous sa langue glissa dans sa gorge, roulant péniblement le long de sa pomme d'Adam.

Dean le voyait-il vraiment ?

Dos courbé, il faisait peine à voir dans sa tenue d'hôpital délavée, dans ces vêtements qui n'étaient plus blanc depuis longtemps. Le t-shirt et le pantalon n'étaient qu'une étoffe de grisaille et de morosité, un accoutrement ridicule bien trop grand pour lui. Dean s'était emmitouflé sous la couverture mais Castiel apercevait tout de même un bout de cuisse enveloppée par son pantalon et son orteil nu qui s'échappait de la moelleuse épaisseur de coton. Ses jambes bougeaient de manière presque imperceptible sous la couette, déformant de temps à autres ses sinueux replis.

– Je n'étais pas sûr de te revoir un jour.

Ce n'était donc définitivement pas un rêve. Dean lui avait bel et bien parlé. Un frisson de panique parcourut Castiel. Devait-il partir ? N'était-ce pas trop tard, à présent ? Castiel n'avait jamais imaginé, ne serait-ce qu'un seul instant, que le patient de la chambre d'à côté puisse le voir, ou même lui parler. Lui dont le regard était si souvent perdu dans le vide et dont les mots n'avaient aucune cohérence, lui dont l'esprit semblait être enfermé dans un autre monde, était pourtant bien conscient de sa présence.

La langue de Dean passa minutieusement sur ses lèvres. Elles étaient d'un rose claire, aux légères nuances de rouge et de violet. Quelques fines lamelles de peau blanchâtre parsemait et déchirait la chair, comme s'il elles avaient machinalement été rongées par Dean au cours de ces dernières semaines.

Les yeux verts de Dean fuirent le bleu de Castiel lorsqu'il ouvrit de nouveau la bouche.

– A vrai dire, je n'étais plus si sûr que tu existes vraiment. Apparemment, je suis un peu taré.

Un rire roula dans la gorge de Dean et se faufila à travers ses lèvres. C'était un rire triste. Un rire empli de désillusion, de désarroi. Castiel aurait aimé pouvoir le faire disparaitre et ne plus jamais avoir à entendre ce son qui venait de lui pincer le cœur.

– Du moins, c'est ce qu'ils disent. Les médecins, les psys… Même Sammy.

Castiel avait déjà entendu ce prénom. Dean l'avait de maintes et maintes fois prononcés lors de ses crises, lors de ses moments de trouble et de frénésie. Castiel était persuadé que ce Sammy s'agissait en réalité du frère du jeune homme, ce certain Sam avec qui il avait partagé une table quelques semaines plus tôt.

Même s'il n'avait eu que des moments volés au temps, que des œillades lancés dans l'embrasure de la porte, Castiel avait le sentiment que Dean était plus conscient que lors des semaines précédentes, plus terre à terre. Il semblait aller mieux. Pourtant, à peine cette pensée effleura l'esprit de Castiel, le regard du patient se perdit de nouveau dans la pièce, fixant longuement un point sans réagir. Ses jambes s'arrêtèrent de bouger et ses lèvres se figèrent, immobiles. A quoi pensait-il, à présent ? A son frère ? Au Purgatoire ?

– Tu ne veux pas entrer ?

La question de Dean claqua dans la pièce silencieuse et Castiel sursauta. Il avait presque oublié que le jeune homme avait conscience de sa présence désormais. Il le regardait de nouveau, ses yeux de vert et d'or se baladant sur son visage sans jamais réussir à trouver un point fixe.

Devait-il accepter ? Etait-ce vraiment la meilleure des choses à faire ? Ils ne se connaissaient pas. Castiel ne venait pas ici pour lui rendre visite. Ils voyaient peut-être de temps à autre Garth et Balthazar mais c'était différent. Seulement… Seulement, Dean semblait sincèrement le vouloir dans cette pièce, dans sa chambre. Castiel ne se sentit pas capable de refuser.

Alors, lentement, il hocha la tête et déposa un pied sur le linoléum. Il fit un premier pas, un deuxième, un troisième. Castiel expira. Il était entré mais son dos était collé à la porte. S'il le voulait, il pouvait toujours partir en courant.

– Je ne mords pas, ajouta Dean dans un sourire. Enfin, je crois. Les infirmiers ne sont jamais plaints de ça pour le moment.

Castiel avait vu de trop nombreuses fois sa cousine entrer dans une colère folle sans raison pour savoir que Dean ne faisait pas d'humour dans cette phrase hasardeuse. Cela aurait dû être le moment de partir, de fuir. Castiel le savait pertinemment : cet homme pouvait être violent. Il l'avait même déjà été. Castiel ne comptait plus les fois où il avait entendu des cris, des gémissements et des supplications se faufiler à travers la porte. Qu'allait-il faire si Dean changeait brusquement de comportement ? Qu'allait-il faire s'il plongeait dans sa rage ? Il était plus lourd et plus musclé qu'Anna. Castiel avait beau être un agent de police, il n'était pas sûr de pouvoir le contrôler.

Oui, vraiment. Cela aurait dû être le moment de partir. Pourtant, Castiel se rapprocha un peu plus et prit place dans le fauteuil qui trônait à côté du lit.

Dean se redressa un peu plus contre sa tête de lit, calant son crâne contre les barres de plastique grises. La position semblait inconfortable mais il ne la changea pas. Castiel, lui, restait stoïque dans le fauteuil. Il n'osait plus bouger.

– Tu es réel, hein ?

Les sourcils de Castiel se courbèrent, fronçant les quelques lignes qui se dessinaient sur son front.

– Tu n'as pas prononcé un seul mot depuis ton arrivée, expliqua Dean.

– Oh, répondit aussitôt Castiel. Mes excuses.

Sa voix se cassa sur ces mots. Il se racla la gorge et poursuivit :

– Oui, je suis bien réel.

Un sourire illumina le visage de Dean. Ses lèvres s'ourlèrent, soulevant légèrement ses pommettes où mille-et-une tâches de rousseurs dansaient entre elles. Elles se dessinaient çà et là sur son visage fatigué, se perdant sur l'arrête de son nez et parfois même sur son menton. Des traits droits et fins structuraient son visage, soulignant délicatement sa mâchoire musclée et sa bouche pulpeuse.

Castiel ne remarqua le bras de Dean que lorsqu'il se posa sur lui, au sommet de son crâne. Le toucher fut bref, délicat et le souffle de Castiel s'était brusquement arrêté. Etait-ce normal de réagir ainsi, pour un simple contact ? Dean recommença l'expérience et effleura de nouveau ses cheveux, ses doigts se glissants cette fois dans la masse ébène. Dans son regard, une certaine pointe d'étonnement jaillit.

– Tu ne mens pas, tu es bien là.

Du bout de ses doigts, Dean appuyait sur son crâne. Il retira ensuite sa main et la porta dans ses cheveux châtains où les éclats blafards des néons miroitaient et révélaient quelques mèches doré. C'était une main calleuse, déjà fatiguée par la vie, et tant d'histoires semblaient se cacher derrière les nombreuses lignes qui sillonnaient sa paume et creusaient finement ses phalanges. Peut-être qu'un jour Dean les lui conterait. Peut-être. En attendant, Castiel ne pouvait s'empêcher de noter que, à l'instar d'Anna, ses ongles avait été coupé courts, certainement pour l'empêcher de griffer les autres ou de tout simplement se faire du mal à lui-même.

Dean se gratta rapidement le sommet de sa tête avant de faire tomber son poing contre son ventre, ses doigts jouant machinalement avec le tissu de la couette.

– Les vampires et les démons, eux, je n'arrive pas à les toucher. Les Léviathans non plus, pourtant ce sont les pires. Je ne les aime vraiment pas.

Les épaules de Dean se soulevèrent s'abaissèrent dans un souffle.

– Ils sont là, devant moi. Ils souhaitent me faire du mal, ils chuchotent entre eux. Ils se jouent de moi, ils me rappellent ce que j'ai vécu. Ils veulent me ramener là-bas, je crois. Et moi, j'essaie de me défendre, de les attaquer mais…

Dean fit une pause, s'humidifiant de nouveau les lèvres. Il tendit son bras en avant. Le t-shirt de son accoutrement que l'hôpital lui avait fourni glissa le long de son biceps, dévoilant légèrement la peau du jeune homme. La lumière de la pièce jouait avec ses muscles, illuminant et ombrant les courbes qui façonnaient son bras.

Le poing ouvert, Dean resta immobile pendant quelques secondes comme s'il tentait de saisir quelque chose dans le vide, comme s'il voyait quelque chose que Castiel ne pouvait percevoir. Sa paume se referma, phalanges blanchies, avant de retomber sur ses cuisses. Sa tête se tourna vers Castiel.

– Hop. Dès que je les touche, ils disparaissent, comme ça. Comme de la fumée. Une fumée noire, noire, noire.

Castiel déglutit. C'était si étrange d'entendre Dean parler de sa condition comme s'il parlait de la pluie et du beau temps. Comme si tout cela était dérisoire. Castiel n'avait jamais eu ce genre de conversation avec Anna depuis son internement. C'était peut-être pour le mieux.

– On parle un peu trop de moi. On parle toujours trop de moi dans cette pièce. Dean par-ci, Dean par-là. Comment vas-tu, Dean ? Tu te sens mieux, Dean ? Toujours aussi taré, Dean ?

Le patient rit de nouveau et laissa sa tête tomber en arrière. Sa nuque appuyait un peu plus contre les barreaux de plastiques mais il ne semblait pas s'en soucier. Brusquement, il fixa de nouveau Castiel

–Parle-moi de toi. Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu n'as pas l'air d'être fou comme moi.

– Je rends visite à ma cousine. Comme tous les samedis.

– Elle est comme moi ? Aussi tarée ?

Castiel fronça les sourcils. Anna n'était pas tarée. Elle avait subi un choc psychologique important et sa conscience n'avait pas su s'en remettre. Tout le monde n'était pas capable de se relever après avoir subi un traumatisme. Tout le monde n'était pas égal sur ce plan, là. Anna, elle, même si elle avait toujours été forte, plus forte que lui, n'avait pas réussi. C'était ainsi.

– Non, elle n'est pas « tarée ». Et je n'aime pas employer ce terme-là concernant ma cousine.

Dean se détacha de la tête de lit. Son visage se rapprocha doucement de celui de Castiel, son regard allant et venant de toute part. Une légère odeur de flan industriel se dégageait de ses lèvres entrouvertes.

– Désolé.

Sa tête se pencha sur le côté et ses sourcils se froncèrent. Castiel détecta dans ses prunelles une certaine pointe de culpabilité.

– Je ne voulais pas être malpoli, tu sais. Ce n'est pas une excuse mais c'est juste… Ils m'ont mis en isolement pendant plusieurs jours, je ne sais même pas combien, ils ont essayé un autre type de traitement… Celui que j'avais avant me rendait complètement mou. Et maintenant, je suis lucide. Je me demande si ce n'était pas mieux quand je ne réalisais pas l'état dans lequel je me trouvais. Désolé d'avoir agi comme un con. Même en étant fou, je ne peux visiblement pas empêcher cette partie de moi de faire surface.

C'était donc ça. C'était pour ça que Dean avait réalisé sa présence. Castiel avait bien compris que le comportement de Dean était différemment de celui de d'habitude. Il ne l'avait jamais vu ainsi, capable de tenir une conversation, capable d'être conscient de ce qui l'entoure. Et maintenant, Dean s'en voulait.

– Je ne l'ai pas pris mal, Dean.

– C'est vrai ?

– C'est vrai.

– Cool, murmura-t-il.

Un nouveau sourire illuminant son visage, Dean se recolla contre la tête de lit, ses yeux ne le lâchant plus. Ou alors, peut-être était-ce plutôt Castiel qui n'était pas capable de détourner son regard de ces deux prunelles vertes.

– Je suis content que tu ne sois pas une énième illusion, confessa Dean.

Cette fois, ce fut au tour de Castiel de sourire. Il avait envie de lui répondre que lui était heureux de voir Dean lucide, de pouvoir lui parler, de commencer à le connaître. Seulement, le jeune homme venait de confier qu'il ne le vivait pas bien. La culpabilité enflait en Castiel, honteux de ressentir cette touche de bonheur alors qu'elle causait un tel désarroi chez l'homme qui se tenait face à lui.

Dean n'attendit pas que Castiel lui réponde et lui demanda à nouveau de parler de lui, de lui raconter les détails de sa vie. Et, à mesure où il lui dévoilait la monotonie de son existence, le sourire de Dean s'élargissait. Pourtant, Castiel était loin d'avoir une vie excitante. Il lui parla de son boulot auprès du sheriff. Du quartier où il vivait. De ses voisins, dont il connaissait vaguement les prénoms. Il lui parla même de ses abeilles, celles dont il s'occupait avec le plus grand soin au fond de son jardin. Dean en redemandait, encore et encore, toujours un peu plus. Alors, Castiel lui évoqua sa grande famille, ses oncles et ses tantes, ses cousins et cousines, son frère. A ces mots, le visage de Dean s'était fermé et Castiel s'était arrêté de parler.

– Sammy me manque, souffla-t-il après un long silence. Je ne l'ai pas vu depuis trois semaines. Les visites ont été interdites pendant mon isolement.

– Quand reviendra-t-il ?

– Lundi. Les visites seront à nouveau autorisées.

– Tu n'as toujours pas le droit d'avoir des visiteurs ?s'interrogea Castiel, sourcils froncés.

– Toujours pas, non.

– Je devrais peut-être partir, dans ce cas.

Dean cligna des yeux plusieurs fois avant de baisser la tête.

– Tu as sans doute raison, oui. Et il se fait tard. Les infirmiers ne vont pas tarder à venir me servir mon dîner. Enfin, si on peut appeler ça ainsi… Bordel, voilà un autre inconvénient à être lucide : je suis en manque de tarte. De belle bonne grosse tarte aux noix de pécans. Avec un bon burger servi juste avant, comme ceux que nous prépare Ellen au Roadhouse. Fais chier, tiens.

Castiel jeta un coup d'œil à sa montre. Une heure s'était écoulée depuis son arrivée dans cette chambre. Il porta de nouveau son attention sur Dean qui s'était tourné vers lui.

– Merci, lâcha-t-il. Ça m'a fait du bien de te parler. C'était un plaisir… Je ne connais même pas ton prénom.

– Castiel. Je m'appelle Castiel.

Une pensée traversa l'esprit de Dean pendant quelques secondes, le coupant temporairement du reste du monde. Avec un prénom comme le sien, Castiel était habitué à ce que les gens réagissent à son prénom, que ce soit par un rire ou un signe d'étonnement. Dean revint à lui et ajouta :

– Tu reviendras ? »

Castiel sortit de la pièce quelques minutes plus tard, un sourire imprimé sur les lèvres.

La semaine d'après vint le trouver de nouveau face à cette porte, celle-là même qu'il avait observée durant de longues semaines, sans jamais oser s'y attarder.

Et, sans y réfléchir à deux fois, Castiel toqua et entra.


À suivre


Notes de l'auteur : Eeeet voilà. J'espère que vous avez apprécié cette rencontre ! Normalement je commence à écrire la suite la semaine prochaine. A très vite !

Ellen.