Notes de l'auteur : Je vis dans le danger. Je publie ce nouveau chapitre en étant assise à mon bureau. Grosse folie, je ne sais pas ce qu'il se passe dans ma tête. bref, arrêtons de faire les fausses bad-ass. Voici le cinquième chapitre !

Remerciements : Aujourd'hui, je vais faire dans l'originalité et remercier Dupond et dupont pour ses corrections et ses retours. Vous êtes scotchés hein ? Ouais, moi aussi.

Et des mercis à Deidato qui continue sa traduction de qualité !

Réponse à Oswin Goldstein : Pour ne pas changer non plus, je me suis roulée par terre en lisant ta review. Merci merci !

Bonne lecture !

Ps : Sur mon ordinateur, ou peut-être celui du boulot, ça fait un truc bizarre au niveau de ma mise en page. Mes petites lignes ne s'affichent pas correctement. Désolée si vous avez aussi ce souci. J'essaie d'arranger ça.


Petrichor

Flip. Flap. Des gouttes d'eau éclaboussaient les chaussures noires et cirées à mesure où elles avançaient dans les flaques qui jonchaient le macadam. Flip-flap. Un autre pas et des ondulations se dessinèrent sur la fine pelliculeuse aqueuse où un orgueilleux soleil miroitait paisiblement.

Parapluie sous le bras, Castiel leva la tête. Quelques nuages anthracite planaient au dessus de lui, perturbant le ciel bleu qui le dominait. Il avait plu toute la nuit et, malgré l'accalmie de la matinée, les cumulus se faisaient toujours inquiétants.

Castiel se remit en route, s'éloignant peu à peu de la boutique de Joshua. Voilà quelques semaines que Castiel n'avait plus acheté deux orchidées au lieu d'une seule auprès du fleuriste. Il s'était arrêté lorsque Dean avait quitté temporairement la chambre d'à côté, se contentant de seulement en prendre pour sa cousine. Et maintenant qu'il avait établi une sorte de « relation » avec le Dean, Castiel n'avait jamais osé lui en offrir. C'était une chose que d'offrir en secret des fleurs à un inconnu et ça en était une toute autre que de lui avouer tout cette histoire.

Aujourd'hui, il était prêt.

Après tout, cela faisait un mois qu'ils se voyaient maintenant. Un mois que Castiel venait lui rendre visite après avoir discuté avec Anna. Un mois qu'ils se retrouvaient tous les deux dans cette pièce blanche. Un mois que Castiel racontait les détails insignifiants de son existence devant les yeux enthousiastes de Dean.

C'était étrange. Peut-être même un peu irréel. Castiel n'avait parlé à personne de ces petites visites qui s'étaient implantées naturellement à sa routine bien huilée. Ce n'était pas qu'il avait honte de Dean, non. C'était plutôt de lui. Castiel ne pouvait déterminer si son comportement était normal ou non, dans tout cette histoire. Il savait juste qu'il avait envie de continuer de le voir, de discuter avec lui, de l'entendre rire. Et si quelqu'un lui disait qu'il n'en avait pas le droit, que tout ça était hors-limite, Castiel n'était pas sûr de pouvoir l'accepter. Alors, c'était mieux ainsi. C'était mieux que tout cela reste entre eux.

Ploc. Une goutte s'écrasa sur son trench-coat. Ploc. Une autre sur sa chaussure droite. Castiel soupira et ouvrit son parapluie. Floc. Floc. Floc. Les gouttelettes dansèrent, chutèrent, dégringolèrent sur la toile noire avant de disparaître sur le bitume.

Quand Castiel arriva devant l'hôpital Broughton, l'averse s'abattait toujours violement – son pantalon détrempé en témoignait péniblement. Une voiture rouge passa à ses côtés, se garant aussitôt sur le parking de l'hôpital. Castiel suivit distraitement le véhicule du regard. Une jeune femme blonde sortit du véhicule, son ventre arrondi dépassant du long manteau gris qu'elle portait sur les épaules. Elle se pencha, semblant chercher quelque chose dans sa voiture, avant de claquer la portière. La jeune femme posa une de ses mains sur son ventre avant de se diriger vers l'hôpital. Ce fut à ce moment que Castiel la reconnu. Jessica.

Il n'était pas sûr qu'elle se souvienne de lui et de leur bref rencontre dans la cafétéria, mais cela ne l'empêcha pas de s'avancer vers elle et de la saluer. Avec tout ce que Dean lui avait dit à son sujet, Castiel avait comme l'impression de la connaître un tant soit peu. La jeune femme cligna des paupières, un soupçon de surprise sur le visage.

Bon sang. Il avait encore agi trop précipitamment. Si Gabriel était là, il se moquerait très certainement de ses capacités relationnelles bien trop rouillées. Castiel déglutit difficilement avant de designer son parapluie du regard.

« Oh, répondit Jessica, son sourire se reflétant dans ses yeux. Merci. J'ai oublié le mien à la maison. Depuis que je suis enceinte, je passe mon temps à oublier mes affaires après moi.

Elle laissa échapper un petit rire et ses fossettes se creusèrent, jouant avec les grains de beauté dessinés sur sa peau laiteuse. Elle se rapprocha finalement de lui pour se protéger de la pluie. Castiel sourit.

– Vous passez votre temps à me sauver ! lâcha-t-elle quand ils se mirent en route.

– Comment ça ?

– D'abord à la cafétéria, maintenant le parapluie. Je vais finir par vous être redevable.

– Oh, ça. Ce n'est rien, vraiment. Ne vous en faites pas.

La jeune femme lui répondit avec un sourire. Ils n'ajoutèrent pas un mot de plus jusqu'à leur arrivée dans l'hôpital. A peine les portes eurent-elles le temps de glisser devant eux, les enveloppant de l'atmosphère chaude et étouffante du lieu, que le frère de Dean se précipita devant eux.

– J'ai vu ta voiture depuis le chambre de Dean, lâcha-t-il. Tu devrais rester à la maison, dans ton état tu–

– Dans mon état rien du tout, rétorqua aussitôt Jessica. Je ne suis qu'à huit mois et demi, il me reste deux semaines, et je deviens folle coincée à la maison. Tu ne vas pas me forcer à rester enfermer là-dedans !

Le visage de Sam se ferma et ses deux lèvres se pincèrent. C'était donc ça ses fameuses bitchfaces. Castiel baissa le regard, gêné de participer au malentendu du couple, et songea qu'il était temps pour lui de fermer son parapluie. Ca allait l'occuper le temps qu'ils règlent leur problème.

La conversation floue du couple résonnait dans ses oreilles quand il agita son parapluie sur le tapis de l'entrée, enlevant le plus possible les gouttes qui s'étaient accumulées sur la toile. Castiel porta ses doigts sur le bouton qui lui permettait de rabattre les tiges métalliques et appuya dessus. Les branches se détendirent et Castiel pressa le bout pour rétracter la canne. Une fois. Deux fois.

Castiel fronça les sourcils. Le mécanisme semblait bloqué. Il posa ses orchidées sur le tapis et renouvela l'opération, ce qui eut le don d'empirer le tout, les tiges se tordant dans une position complètement anormale. Castiel n'était pas de ceux qui juraient à tout va mais il ne put s'empêcher de grommeler un « bordel de merde » entre ses dents.

A côté de lui, le couple ne parlait plus. Castiel releva la tête. Ils l'observaient en silence. Le regard de Sam allait et venait entre Castiel, le parapluie et les deux orchidées.

– Hm. Je crois… Je crois qu'il est cassé, expliqua Castiel.

Du coin de l'œil, il remarqua une poubelle. Il s'y rendit sans un mot de plus, tentant d'ignorer les chuchotements de Jessica à son compagnon. Il avait été ridicule. Une fois le parapluie jeté, et Castiel pria pour qu'ils ne pleuvent pas sur le chemin du retour, il se baissa pour récupérer ses deux fleurs. Il adressa un sourire timide au couple avant de conclure :

– Je… Je vais aller voir ma cousine maintenant.

– C'est toi qui offre des fleurs à mon frère ? lâcha brusquement Sam.

Le visage de Castiel se referma aussitôt. S'il avait un peu plus porté attention aux propos de Dean, il aurait pu savoir qu'ils allaient forcément en arriver là.

– Sam est intelligent, lui avait un jour expliqué Dean. C'est le cerveau de la famille. Tu t'entendrais bien avec lui.

Evidemment que Sam allait comprendre que c'était lui. Castiel lui avait bêtement déposé les orchidées à ses pieds. Evidemment. Et maintenant, à cause de sa bêtise, Castiel allait devoir dévoiler ce secret. Tout allait se finir. A cause de lui.

– Ce n'est pas un reproche, ajouta aussitôt Jessica.

– Tu offres des fleurs à Dean, c'est bien ça ? Chambre 42 ?

Castiel hocha la tête et un sourire illumina le visage du jeune frère.

– C'est juste que… Je trouvais sa chambre triste quand il n'y avait plus personne. J'en amène toutes les semaines à ma cousine et je me suis dis que…

– Comme le disait Jess, ajouta Sam, ce n'était vraiment pas un reproche. Grace à ça, on s'est dit qu'il était temps de décorer un peu plus sa chambre, tu sais.

Sam se racla la gorge avant de reprendre :

– Je crois que j'ai toujours cru, espéré, que ce séjour ne serait que temporaire, je ne trouvais pas vraiment d'intérêt à embellir tout ça. Seulement… Ca fait des mois qu'il est là. Et ce n'est pas moi qui suis forcé à vivre tous les jours dans cette pièce. Je ne réalisais pas qu'il avait besoin de ça. Bref. Je voulais savoir qui était à l'origine de tout ça depuis un moment pour remercier cette personne.

Sam lui tendit la main avant d'ajouter :

– Merci.

Castiel la serra et lui répondit que ce n'était pas grand-chose et que ça lui avait fait plaisir. Jessica observa l'échange en souriant, une main caressant doucement son ventre.

Après leur avoir dit que la chambre de sa cousine était celle à côté de la chambre de Dean, ils se mirent tous les trois en route. Sam lui expliqua ensuite qu'il était rassuré de savoir que Castiel était bien réel.

– Il va mieux tu sais, lui raconta Sam. Ces dernières semaines il a fait de véritables progrès. Il est lucide la plupart du temps. Dean avait été mis en isolement quelques temps et son nouveau traitement marche vraiment bien. Alors quand il a commencé à me parler de toi, j'ai cru qu'il sombrait à nouveau… Qu'il s'imaginait de nouvelles choses. Pourtant là, c'était différent. Normalement il n'imagine que des monstres, des choses vraiment néfastes, et pour la première fois c'était quelque chose de positif. Donc… J'étais perdu. Mais savoir que, ouais, tu es vraiment venu lui rendre visite au cours du mois dernier, ça me fait du bien. Ca me rassure.

Castiel lui demanda alors s'il ne lui en voulait pas. Sam répondit que non, qu'il était heureux, au contraire. Castiel n'alla pas plus loin dans la discussion puisqu'ils venaient d'arriver devant la porte de Dean. Castiel fit quelque pas de plus pour se rendre devant celle d'Anna.

– S'il arrête de pleuvoir on ira se balader dans le jardin, annonça Jessica. Tu es le bienvenu si ça te dit.

Une fois dans la chambre de sa cousine, Castiel se répéta encore et encore la conversation qu'il avait eu avec le frère de Dean, son regard s'échappant de temps à autre vers la fenêtre.

Anna ne lui adressa pas un seul mot aujourd'hui. Elle ne le remarqua pas lorsqu'il déposa l'orchidée sur sa table de chevet, ni même lorsqu'il effleura son front de ses lèvres. Alors, lorsque le soleil prit de nouveau possession du ciel, Castiel se demanda s'il pouvait partir plus tôt. S'il pouvait accepter l'invitation de Jessica. S'il pouvait enfin découvrir ce fameux jardin. S'il pouvait être un peu plus avec Dean.

La pluie s'était arrêtée de tomber depuis quarante minutes lorsque Castiel se décida. Il embrassa de nouveau sa cousine et sortit de sa chambre. Il glissa un coup d'œil dans celle de Dean. Vide. Etait-il trop tard ?

Castiel déposa l'orchidée qu'il avait acheté pour Dean sur sa table de chevet puis, sans attendre une seconde de plus, il suivit la signalétique qui ornait les murs gris des couloirs. Il ne s'était jamais rendu dans ce jardin. Anna, elle, n'avait pas le droit aux sorties et Castiel n'avait alors eu aucune raison de venir le découvrir. Jusqu'à présent.

Et si la proposition de Jessica n'était qu'une façon polie de le remercier pour le parapluie ? Et s'ils préféraient être seuls, en famille ? Ces questions agitèrent les pensées de Castiel lorsqu'il se retrouva devant la baie vitrée qui menait au jardin de l'hôpital.

Derrière les fenêtres, un immense tableau vert aux nuances de bleu, de rouge et de jaune s'étendait devant-lui. Le jardin était sommaire, avec quelques chemins qui sillonnaient la pelouse çà et là, des fleurs qui bourgeonnaient tout juste et des arbres qui reprenaient quelques couleurs. Une fontaine en marbre trônait en son centre mais ne semblait plus fonctionner depuis un bon moment – des feuilles mortes gisaient encore dans ses bassins.

Au loin, Castiel aperçut Dean. Il marchait aux côtés de son frère. Jessica les suivait quelques pas derrière-eux. Castiel ouvrit la porte. Jessica le remarqua et lui fit un signe de la main. Il n'était peut-être pas de trop, finalement.

Castiel s'avança doucement vers eux. Dean ne l'avait toujours pas remarqué. Est-ce qu'il ne dépassait pas les limites ? Dean voulait-il voir ici ?

Et depuis quand Castiel passait-il son temps à se poser des questions ?

Avant, tout était simple. Ordonné. Tranquille. Maintenant, l'univers tout entier n'était qu'un point d'interrogation.

– Les garçons, Castiel est là, signala Jessica.

Dean se tourna et la poitrine de Castiel se contracta aussitôt.

– Bonjour Dean, articula-t-il difficilement.

– Hey, Cas, répondit Dean avec un sourire.

Castiel sentit le regard de Jessica se poser sur lui. Ses yeux toujours ancrés dans ceux de Dean, il remarqua tout de même que la jeune femme décida de prendre la main de son compagnon et de reprendre la marche avec lui.

– Ils m'avaient dit que tu allais sans doute passer, continua Dean. C'est cool de te voir ici. De te voir ailleurs que dans cette foutue chambre.

– C'est gentil à eux de m'avoir fait cette proposition.

– Ouais, répondit simplement Dean.

A leur tour, ils se mirent en marche. A ses côtés, Dean marchait doucement. Castiel lui adressa de temps à autre des coups d'œil, contemplant l'air calme et serein qu'arborait le patient. Castiel ne l'avait jamais vu aussi bien.

– J'aime tellement cette odeur, lâcha Dean. Pas toi ?

Il se tourna vers lui, un sourire aux lèvres. Castiel renifla et, ne sentant pas grand-chose, demanda :

– Le pétrichor ?

– Le pétriquoi ? répéta Dean en s'arrêtant.

– Le pétrichor. C'est ce qui désigne l'odeur de la terre après la pluie. Quand les sols et les roches n'ont pas été au contact de l'eau pendant un long moment, il y a une sorte de réaction… L'odeur est essentiellement due à la géosmine, une molécule. L'odeur n'est pas très forte, le sol ne devait pas être si aride que ça avant la pluie de cette nuit… Mais je crois que je commence légèrement à la sentir moi aussi.

– Quand je disais que tu étais bien trop intelligent pour moi, rétorqua Dean quelques secondes plus tard.

– Je ne suis pas, commença Castiel, sourcils froncés. Je ne suis pas « trop intelligent ». Et tu es aussi intelligent, Dean. Il y a de nombreuses choses que tu connais et qui me sont inconnues.

Dean haussa les épaules et se remit en route. Castiel se demanda s'il avait été trop loin.

– N'utilise plus jamais les guillemets de cette façon par contre, Cas. Je suis peut-être taré mais je sais reconnaître ce qui est ringard ou non.

Un sourire aux lèvres, Castiel marcha de nouveau à ses côtés. Devant eux, Jessica et Sam ouvraient le chemin, main dans la main. Jessica désigna un arbre du doigt et Sam se mit à rire à gorge déployée.

– Il paraît que c'était toi qui m'apportais des orchidées.

– Oui, répondit aussitôt Castiel. J'espère que ce n'est pas un problème.

– Non, je les trouvais jolies.

Castiel laissa échapper un sourire de soulagement et lui répondit par un petit rire.

– Tant mieux, continua Castiel. Parce que je t'en ai ramené une nouvelle aujourd'hui.

– C'est vrai ? s'étonna Dean, les yeux pétillants.

– C'est vrai.

Le visage de Dean s'illumina quand une goutte d'eau s'écrasa sur son nez. Le jeune homme fronça les sourcils, louchant légèrement pour contempler la traînée humide qui glissait le long de son arrête. Ploc. Une deuxième goutte tomba sur ses tâches de rousseur. Ploc, une troisième.

Castiel tourna la tête. Sam avait enlevé son manteau et protégeait Jessica de la pluie tandis qu'il l'amenait à l'abri.

– Je crois qu'il est temps de rentrer, lâcha Castiel en s'avançant vers la porte d'entrée.

– Attends !

Dean écarta ses deux bras et baissa sa tête en arrière. Il ne semblait pas décidé à quitter ce jardin où l'averse devenait de plus en plus violente.

– Tu vas tomber malade, s'inquiéta alors Castiel.

– Profite, Cas ! Profite ! On est en vie, tu ne le sens pas ?

Les gouttes dégringolaient sur lui, roulant le long de son front, de ses joues, de ses lèvres. Son t-shirt blanc se collait à son corps de seconde en seconde. Dean, lui, s'en fichait complètement. Il ferma simplement les yeux, bouche grande ouverte et laissa un rire rouler dans sa gorge. Il était si innocent, en cet instant. Si pur.

Et quand les infirmiers sortirent dans le jardin pour ramener Dean dans sa chambre, Castiel se demanda s'il ne venait pas de tomber amoureux de lui.


À suivre


Notes de l'auteur : Et boum. Voilà pour le cinquième chapitre. J'espère que vous l'avez apprécié !

Ellen.