Notes de l'auteur : Et c'est parti pour le sixième chapitre (à la base, ça ne devait être qu'un paragraphe. Puis c'est devenu un chapitre.). J'ai le feu de l'écriture en moi pour cette histoire en ce moment. Je n'arrive plus à m'arrêter. Wouuh !
Remerciements : Merci à la plus choupi des choupi-bêta-amies : Dupond et Dupont. Et à la plus cool des traductrices : Deidato
Réponse à Oswin Goldstein : Merciiii ! Je suis contente de t'avoir offert un peu de poésie. Merci de continuer à me lire !
Réponse à JH : Merci pour les reviews ! J'espère que la suite te plaira autant.
Bonne lecture !
Mary
Castiel se sentait bien. Paisible. Pourtant, l'odeur chimique de détergeant planait toujours dans toutes les pièces de l'hôpital. Les infirmiers et les infirmières étaient toujours les mêmes, dans leur blouse blanche et rose. C'était un samedi qui ressemblait à tous les autres mais Castiel se sentait bien.
Peut-être était-ce l'idée de revoir Dean qui le mettait dans un tel état. Voilà maintenant une semaine qu'il avait vu le jeune rire à gorge déployée sous la pluie, heureux d'être en vie. Voilà une semaine que Castiel était tombé amoureux. Ou qu'il l'avait simplement réalisé.
Castiel avait beau ne pas avoir beaucoup d'expérience dans ce domaine, il savait qu'il ne se trompait pas. Qu'il s'agissait bel et bien de l'amour, de ce sentiment qui tordait les entrailles et qui faisait battre le cœur. Puisque Dean était intelligent, drôle, beau et bon, offrant l'amour qu'il pouvait à ceux qui l'aimaient. Puisque Castiel avait envie de le voir sourire et rire. Entendre sa voix. Glisser sa main dans ses cheveux et s'inonder de ce vert qui faisait ses yeux.
Peut-être qu'il se sentait bien grâce aux éclats de rires qui résonnaient dans le couloir. Puisque ce n'étaient pas des rires forcés, des rires pour tenter d'oublier. Puisque ce n'étaient pas des rires qui transpiraient l'angoisse des patients, des rires qui refoulaient des larmes trop fières pour se laisser couler. Non. Ces rires-là étaient vrais. Ils étaient cristallins et sincères.
Peut-être encore était-ce parce que, comme Castiel l'avait deviné, Dean recevait des visiteurs aujourd'hui. Puisqu'il était entouré des siens. Puisqu'ils riaient tous en chœur.
Peut-être était-ce tout simplement parce qu'il savait que Dean était heureux.
Quand il passa devant leur porte, Castiel reconnut la voix de Sam. Il s'arrêta pendant quelques secondes, une pensée égoïste lui traversant l'esprit. Lui aussi, il avait envie d'entrer, de rire avec eux. Lui aussi, il avait envie d'être témoin du bonheur de Dean. Seulement, il n'en avait pas tout à fait le droit. Il n'était pas de la famille. Alors, Castiel s'apprêta à reprendre sa marche pour retrouver Anna quand une voix le coupa net dans son élan.
« Eh Cas ! Tu peux venir deux secondes ?
Un léger frisson parcourut son corps à l'entente de ces mots. Dean l'avait vu et voulait qu'il vienne avec eux.
Hésitant, Castiel glissa un coup d'œil à travers l'embrasure de la porte et vit plusieurs paires d'yeux rivées vers lui. Il n'avait plus vraiment le choix, à présent, n'est-ce pas ?
A peine Castiel eut-il fait un pas dans la pièce que Dean reprit la parole :
– Je vous présente Castiel, mon nouvel ami.
Amis. Dean le voyait comme un ami. Il n'était pas le cousin un peu bizarre de la patiente de la chambre d'à côté. Il n'était pas l'inconnu pervers qui lui offrait des orchidées. Castiel était son ami. Une telle chose ne devrait pas l'envahir d'une douce chaleur réconfortante mais Castiel ne lutta contre la vague tiède qui s'entortillait dans ses entrailles. Il était l'ami de Dean.
Castiel observa rapidement les alentours. Dean était assis dans son lit, les jambes en tailleur. Dans ses bras se tenait une masse informe de tissu que Castiel n'arriva pas à reconnaître. En plus de Sam et de Jessica, Castiel avait déjà vu les autres personnes présentes dans la pièce. Il les avait entraperçues lors de ses premières œillades discrètes, quand il n'avait pas encore eu le courage d'offrir des fleurs à son ami, à Dean.
– Cas, tu connais déjà Sammy et Jess.
Le couple lui adressa un signe de la main, Castiel leur répondit un sourire.
– Le vieil homme, là, c'est Bobby. Il est ronchon mais on l'aime bien malgré tout.
Dean désigna un homme d'une cinquantaine d'année, à la barbe et aux cheveux grisonnants. Sur sa tête, une vieille casquette rapiécée et étiolée trônait fièrement. Bobby glissa ses deux mains dans les poches de son pantalon et grommela que Dean, lui, était un petit con. Ignorant la réplique de son ami, Dean continua et lui présenta Ellen, une femme d'âge mûr mais dont le regard pétillait comme celui d'une adolescente. Dean passa ensuite à la fille d'Ellen : Jo. Elle semblait être un peu plus jeune que Sam, de jolis traits fins et frais dessinés sur son visage. Quelques mèches dorées tombaient çà et là sur sa nuque, s'échappant du chignon rapide qui attachait sa chevelure. Elle était belle.
A vrai dire, ils étaient tous beaux.
– Enchanté, répondit simplement Castiel.
Ils lui sourirent tous. Seulement, face à ces gens qu'il ne connaissait pas, Castiel n'arrivait pas à être complètement à l'aise. Il avait beau être l'ami de Dean, il n'en restait pas moins gêné par toute cette situation. Et s'ils savaient ? Et s'ils avaient deviné la vraie nature de ses sentiments ? Castiel tourna la tête vers son ami qui le regardait et lui souriait. L'instant d'après, il se sentit mieux.
– Et je dois encore te présenter la personne la plus importante de toutes aujourd'hui, continua Dean.
Castiel fronça les sourcils, ne voyant personne d'autre dans la pièce quand le regard de Dean se baissa sur le tas de tissu posé sur ses jambes. Alors, il se rapprocha et, après avoir jeté un coup d'œil au ventre de Jessica, il comprit.
– Cas, voici Mary. Mary, voici Castiel.
Ce n'était pas un amas de linge, loin de là. Dean portait un bébé. L'enfant de Sam et de Jessica. Mary.
– J'ai accouché un peu plus tôt que prévu, expliqua Jessica. C'était le soir-même où nous sommes allé dans le jardin.
– Elle avait trop hâte de rencontrer son tonton Dean, ajouta Dean.
Castiel ne put s'empêcher de sourire, dévoilant toute ses dents sans pudeur. Il n'était pas de ceux qui s'extasiaient devant les bébés, à faire des gouzigouzis ou autres babillements sans queue-ni-tête, mais ce bébé rose à la tête toute fripée et aux deux-trois cheveux blonds qui bataillaient au-dessus de sa tête avait un petit quelque chose de charmant.
– Tonton, répéta Dean dans un souffle.
Un de ses doigts glissa le long d'une des joues de la petite.
– Tu te rends compte, Cas ? murmura-t-il. Je suis tonton.
Le regard de Castiel se posa de nouveau sur Dean, dont les yeux scintillaient d'un bonheur sans nom.
Jessica posa sa main sur l'épaule de Sam dont la tête venait de se baisser et l'atmosphère changea en quelques secondes. Dean se racla la gorge. Castiel se sentit de trop.
– Tu nous fais un baby blues, Sam ?
– C'est juste que… Que tu es là, avec elle. Il y a quelques mois encore tu ne réalisais même pas que Jessica était enceinte et… Maintenant, ouais, tu es tonton.
– Ouais. Je sais Sammy, je sais…
Sam releva la tête, les yeux embués de larmes. Est-ce qu'il était temps pour Castiel de partir ? De les laisser en famille ? Castiel s'apprêta à ouvrir la bouche, à dire qu'il allait voir Anna maintenant. Après tout, il était venu pour ça. Il ne devait pas oublier sa cousine. Seulement, Dean le coupa dans son élan.
– Bref ! Tu peux prendre Mary s'il te plaît ?
Sam se pencha vers le lit et, après avoir posé délicatement sa main derrière la nuque de sa fille, la prit dans ses bras et la serra contre lui. Dean se retourna et saisit un paquet qu'il avait caché derrière son oreiller.
– C'est l'heure des cadeaux ! s'exclama-t-il.
– Dean, commença aussitôt Sam, il ne fallait pas, tu–
– Ce n'est pas parce que je suis cloué dans cette chambre que je ne vais pas gâter ma nièce favorite ! Jess, tu peux prendre le cadeau ?
Jessica, de l'étonnement dans le regard, saisit le paquet. Castiel remarqua le sourire imprimé sur les lèvres du nouveau papa lorsqu'elle commença à déchire le papier.
– Bon, ce n'est pas pour tout de suite, se justifia Dean. Ils ne vendaient rien pour les nouveau-nés à la boutique.
– Je suis sûr que ça sera très bien, souffla Sam.
Il scruta attentivement le vêtement que dépliait Jessica avant de froncer les sourcils.
– Ou… Pas… Vraiment Dean ? Vraiment ?
Jo et Ellen se glissèrent auprès de Sam pour mieux contempler le cadeau de Dean et, après s'être échangées un regard, affichèrent un grand sourire.
– Arrête Sam, répliqua Jo, il est trop bien ! Je suis jalouse, je veux le même !
– Je doute que tu rentres là-dedans ma fille, répondit Ellen devant la moue de Jo.
Castiel cligna des yeux, intrigué par ce que venait d'offrir Dean. Il se décala légèrement, tentant de jeter un coup d'œil. Dans les mains de Jessica se tenaient un t-shirt pour enfant. L'impression était si bien faite que l'on aurait pu croire qu'il s'agissait d'une petite chemise surplombée d'une veste marron. Sur le côté, un sabre avait même été dessiné, comme s'il était accroché au vêtement. Et, au dos, une inscription avait été écrite dans une police manuscrite : « Ahoy, I am a fuc*ing pirate! Arrrr! ».
– Ma fille ne serait pas une « foutue » pirate, non, rétorqua Sam, lèvres pincées.
– T'es pas drôle Sam, bouda Jo.
A ses côtés, Ellen glissa deux-trois mots à l'oreille de Bobby qui laissa échapper un rire grave. Castiel contempla la scène, simple spectateur du spectacle familial qui se jouait devant lui.
– Il y a un petit pantalon qui va avec dans le paquet, ajouta Dean. Et attendez, c'est pas fini !
Dean tendit un autre paquet, plus petit cette fois. Jessica, un air suspicieux sur le visage, le saisit avant de l'ouvrir.
– Ta-da ! Un vrai bandeau de pirate pour Mary, la sirène de la mort… Ou encore Mary, la vengeresse sanglante…
– Dean, reprit Sam. Mary ne sera pas une pirate assoiffée de pouvoir et de richesse. Et elle ne portera pas un t-shirt avec le mot « fucking » dessus. Jess, dis quelque chose.
Pour seule réponse, Jessica se rapprocha de sa fille et lui glissa le bandeau sur la tête. Le bébé cligna des yeux et laissa échapper un bruit inaudible – une bulle de salive éclata au coin de sa bouche. La petite Mary ne comprenait pas vraiment tout ce qu'il se passait.
Sam observa la mère de sa fille sans un mot et Jessica conclue à voix basse :
– C'est vrai que c'est plutôt classe.
– Haha ! Jessica, je t'avais dit que tu avais épousé le mauvais frère ! T'en pense quoi, Cas ?
Que pensait-il du fait que Jessica aurait dû se mettre en couple avec Dean plutôt que Sam ? Castiel fronça les sourcils. Cette question était étrange.
– Sam et Jessica forment un très joli couple, je ne suis pas sûr de bien comprendre…
– Je parlais de la tenue, rit Dean.
– Oh. Oh... Je pense qu'elle lui ira à merveille. Elle sera bien la nièce de son oncle, avec son t-shirt et son bandeau.
– T'as vu Sam, même Cas le dit.
Un sourire moqueur se dessina sur les lèvres du cadet.
– Bon eh bien si Cas le dit, hein…
Dean fusilla aussitôt son frère du regard.
– Merci pour le cadeau Dean, conclut Jessica. Ça nous touche, malgré la réaction ingrate du nouveau papa. J'espère que ça ne t'a pas causé trop de souci pour avoir ce cadeau.
– Tu ne l'as volé à personne, hein ? demanda brusquement Jo.
– Hahaha, Jo. Toujours le mot pour rire. Je n'ai rien volé, sache que je dois tout à mon sourire charmeur.
Dean haussa les sourcils, semblant chercher à courtiser la jeune femme qui se contenta de lever les yeux au ciel dans un soupir exagéré.
– Ah, Dean Winchester, ce bourreau des cœurs. Il y a des choses qui ne changent pas !
Dean Winchester. C'était la première fois que Castiel entendait le nom de famille de Dean et, étrangement, il lui était familier. Dean Winchester. Où avait-il entendu ce nom, déjà ?
– Castiel, tu veux porter Mary ?
La douce voix de Jessica le sortit de ses pensées. Tous les regards convergèrent vers lui. Jessica lui avait proposé cela si facilement, comme si c'était normal, comme s'il appartenait lui aussi à cette pièce. Sa salive roula difficilement dans sa gorge.
– Euh, je ne sais pas, je n'ai jamais, je…
Un soupçon de panique l'envahit brusquement. Et s'il n'en était pas capable ? Et s'il faisait une bêtise ? Il pouvait sentir le regard de Dean sur lui mais Castiel n'osa pas l'affronter.
– Tu ne vas pas la casser Castiel, rassura Sam.
– D-d'accord.
Un sourire aux lèvres, Sam se rapprocha de lui. Il lui indiqua comment prendre Mary pour bien caler sa nuque puis laissa sa fille aux creux des bras de Castiel.
– Tu peux respirer Cas, tu sais, lâcha Dean avec un sourire.
Castiel lui jeta un regard apeuré et tous se mirent à rire. Ils ne se moquaient pas de lui. Ils étaient juste heureux. Et Castiel, lui aussi, était heureux avec eux.
Il ne garda pas longtemps Mary dans ses bras mais ce fut suffisant pour qu'il puisse s'imprégner du doux confort que lui apportait la chaleur du nourrisson contre son torse. C'était un si petit être, si fragile, naïf, innocent. Elle était magnifique et avait toute la vie devant elle. Tant d'espoirs à animer. Tant de rêves à réaliser. Et une famille qui l'aimait déjà plus que tout au monde.
Son regard s'aventura pendant quelques secondes dans celui de Dean qui l'observait en silence. Castiel tenta d'ignorer son cœur qui se mit brutalement à pulser au sein de sa poitrine. Il battait si fort que Castiel se demanda si tout le monde n'était pas capable d'entre les boum-boum, baboum-baboum, qui résonnaient dans sa cage thoracique.
Mary serra le doigt de Castiel avant de bailler. Il porta de nouveau son attention sur elle, contemplant ses yeux qui s'humidifiaient de secondes en secondes.
– Je vais prendre le relai, proposa aussitôt Jessica. Elle est fatiguée… Je vais y aller, Sam. Je ne veux pas qu'elle nous fasse de nouveau une crise de larmes comme la dernière fois sinon je vais devenir folle. Et elle sera mieux à la maison.
– Tu es sûre ? demanda Sam. Je peux venir t'aider, si tu veux.
– Reste plutôt avec ton frère, répondit la jeune femme en prenant Mary dans ses bras. Je peux m'en occuper toute seule et papa passe à la maison en soirée, ne t'en fais pas.
– Je vais aussi vous laisser entre vous, ajouta Castiel.
– Tu es obligé ?
Castiel se tourna vers Dean. Ce dernier avait penché sa tête sur le côté, une moue triste sur le visage.
– Il faut que j'aille voir Anna. Je suis déjà en retard.
– Oh. D'accord. Tu repasses après ?
– Comme toujours, Dean.
Castiel accompagna Jessica jusqu'à sa voiture, l'aidant à se déplacer avec sa poussette dans les couloirs de l'hôpital. Lorsqu'il repassa devant la chambre de Dean, devant les éclats de rire qui ne semblaient jamais cesser, un sourire bourgeonna sur le visage de Castiel. Son regard accrocha celui de Dean pendant un court instant, des secondes furtives, presque secrètes.
Et, un peu plus tard, lorsqu'il se trouva devant Anna et qu'elle lui demanda comme il se sentait, aujourd'hui, il répondit :
– Je me sens bien. »
À suivre
Notes de l'auteur : Et voilààà. Le septième arrivera dans une semaine environ. En attendant, n'hésitez pas à me fait part de vos impressions !
Ellen.
