Notes de l'auteur : Et hop, le neuvième chapitre. On approche de la fin, mes amis !
Remerciements : Merci à Dupond et Dupont qui bosse dur ce soir et à qui je souhaite bon courage ! Je l'embrasse, aussi. Merci choupi.
Merci à Deidato qui m'inonde d'enthousiasme dans ma boîte mail :)
Réponse à Oswin Goldstein : Hey, j'espère que ton exam s'est bien passé ! Et t'inquiète pas, tu n'as pas l'esprit mal tourné non ! Des bisous de remerciements pour les reviews !
Bonne lecture !
Touch
Les phalanges de Castiel glissèrent dans sa chevelure, effleurant son crâne, se faufilant entre chacune de ses mèches. Il se massa légèrement le cuir chevelu, ses ongles grattant la peau et crochant dans la racine de ses cheveux.
Castiel avait décidé de mettre ses sentiments de côté. Il ne les avait peut-être pas particulièrement exposés au cours de ces derniers jours – pas même lorsqu'il avait réalisé que son affection pour Dean allait au–delà de la simple amitié – mais cette sensation étrange qu'il avait ressenti lorsqu'il avait quitté la chambre de son ami une semaine plus tôt l'avait suffisamment perturbé pour que Castiel y sente une certaine forme de danger. Il n'avait pas le droit de ressentir ça. Que ce soit de la jalousie ou un simple désir de partager plus de moments avec Dean, ces sentiments n'avaient pas leur place dans cet hôpital où tout était déjà suffisamment compliqué. Ils n'avaient pas besoin de ses futiles états d'âme. Loin de là. Ce n'était pas cela qui allait aider Dean à aller mieux.
Castiel devait être un bon ami pour Dean. C'était tout ce qui comptait.
Sa paume abandonna ses cheveux avant de se poser sur la poignée de sa chambre. La porte était entrouverte, il lui suffit simplement de la pousser. Castiel se racla bruyamment la gorge pour signaler sa présence quand il entra dans la pièce.
Debout devant la fenêtre, Dean ne bougea pas.
Castiel s'avança doucement, ses pas caressant le sol trop propre de la chambre.
« Bonjour, Dean.
– Hey.
Castiel se glissa aux côtés de Dean et regarda à son tour par la fenêtre. Elle donnait sur le parking de l'hôpital. Des rangées de voitures grises, bleues et noires parsemaient le macadam. Quelques anomalies blanches et rouges se dessinaient çà et là, illuminant légèrement le triste décor de cette toile qui se dressait devant eux. Castiel tourna sa tête vers Dean. Son visage était fermé. Quelque chose n'allait pas.
– J'ai parlé avec Sam aujourd'hui, annonça Dean.
– Il y a un problème avec Jessica ? demanda aussitôt Castiel. Mary va bien ?
– Ils vont bien, oui.
– Que se passe-t-il, Dean ?
Dean se tourna à son tour vers lui. Les éclats gris du ciel miroitèrent sur son visage, soulignant les traits fatigués qui creusaient sa peau.
– Je n'arrive juste pas à comprendre pourquoi... Pourquoi tu–
Dean s'arrêta net, ne pouvant pas continuer sa phrase. Il recula légèrement et soupira longuement. Ses doigts pincèrent l'arrête de son nez. Que se passait-il ? Dean avait-il quelque chose à lui reprocher ? Que lui avait dit Sam ?
– Dean ?
La tête de Castiel se pencha sur le côté. Il avait envie de s'avancer, de se rapprocher de Dean. Mais ce dernier avait mis une distance entre eux volontairement. Castiel se résigna, il n'avait pas le droit.
– Dean, parle-moi. Aide-moi à comprendre. Je peux peut-être t'aider. Je peux essayer.
– Tu connais mon passé Cas, rétorqua difficilement Dean. Tu…
Oh. C'était donc cela. Sam lui avait dit. Castiel déglutit. Une partie de lui en voulut au cadet des Winchester. Lui qui avait demandé à Castiel de rien dire, de ne pas en parler avec Dean, l'avait fait dans son dos. Lui qui lui avait demandé de mentir venait de tout dévoiler sans lui en toucher un seul mot avant de le faire.
– Sam voulait que je te t'en parle, expliqua Dean. Il me disait qu'il était temps que tu le saches, que tu en avais le droit. Et… Ouais, il n'avait pas tort. On est amis maintenant, non ? Mais j'avais juste peur que… Que tu le prennes mal. Et c'est là qu'il m'a tout dit. Comment tu…
Dean prit une longue inspiration et ne dit pas un mot de plus. Son regard était plongé dans celui de Castiel. Perçant. Déchirant.
– Dean, je suis désolé, je–
– J'ai torturé des gens, le coupa sèchement Dean. J'ai tué des gens. J'ai… Benny est mort à cause de moi. Lui, il n'avait torturé personne. Il n'a pas été en Enfer. C'était moi. Seulement moi. Et pourtant ils l'ont… Ils lui ont fait du mal à lui aussi.
Castiel fronça les sourcils. La discussion prenait une toute autre tournure qu'il ne l'avait imaginé. Pourquoi Dean parlait-il de lui ? De son passé ?
– Je sais ce que tu vas me dire, que je n'ai jamais été en enfer, que je n'ai pas été au purgatoire, que tout ça c'était de la malchance ou je ne sais quoi mais… Bordel ! Dans ces deux réalités, que la mienne ou que la vôtre soit vraie, il y a un facteur commun au cas où personne ne l'aurait remarqué : j'ai torturé. J'ai tué. Et toi, toi, tu…
Dean semblait chercher ses mots. Castiel ouvrit la bouche, ne savant pas vraiment comment réagir au flot de paroles déverser par Dean. De toutes les fois où ils s'étaient parlé tous les deux, ici, dans cette chambre, Dean ne s'était jamais montré aussi expansif. C'était la première fois qu'il parlait autant, qu'il ouvrait vraiment son cœur, son histoire, à Castiel.
– Toi, tu débarques avec une putain de tarte aux noix de pécans, Cas.
Dean se mordilla les lèvres avant de tourner la tête vers la fenêtre. Castiel n'arrivait pas à comprendre les reproches que lui faisait Dean. Pourquoi ne lui disait-il pas qu'il n'avait pas le droit de fureter dans sa vie privée ? De parler de lui avec son frère ? De lui cacher la vérité ? C'était tout cela qu'il fallait lui dire, qu'il fallait lui jeter au visage. Ce n'était pas cette histoire de tarte.
– Putain. Tu me ramènes un déjeuner complet la semaine suivante, tu me regardes avec ces yeux là, ces putains d'yeux bleus, comme si j'étais une sorte de héros ou je ne sais quoi encore, comme si on pouvait me pardonner, comme si on pouvait m'aimer. Moi pendant tout ce temps j'étais persuadé que c'était juste que tu ne comprenais pas, que tu ne savais pas qui j'étais vraiment, que… Et tu savais, Cas ! Bon sang, tu savais. Pourquoi ?
– Dean, commença Castiel dont la voix se cassa légèrement. Je ne sais pas par quoi commencer. Je sais que je n'aurais pas dû, je–
– Pourquoi tu continues à être si gentil avec moi, Cas ? Pourquoi tu ne fuis pas ? Je te le disais que j'étais taré, que j'étais… Et ce n'est pas seulement à cause de ma condition ici. Ca a commencé bien avant. Ca a commencé dès que j'ai arraché ce putain de premier cri de douleur !
– Dean.
La voix rocailleuse de Castiel claqua dans la pièce et Dean s'interrompit aussitôt. Castiel fit un pas vers lui, beaucoup plus sûr de lui à présent. Dean le remarqua et sembla hésiter avant de baisser la tête. Sa respiration était courte et saccadée. Celle de Castiel était calme et posée.
Il guida ses deux mains vers Dean et les posa sur ses épaules. Ses doigts caressèrent lentement son t-shirt avant de glisser le long de la nuque de Dean. Doucement, il les posa sur son menton et lui releva la tête. Ses yeux verts étaient trop humides, brouillant l'éclat malicieux qui y résidait autrefois.
– Dean, répéta Castiel. Tu ne dois pas t'en vouloir pour ce que tu as fait là-bas. Tu as été manipulé par un psychopathe, comme tous les autres. N'importe qui aurait sombré à cause de ses techniques perverses. Mais toi, Dean Winchester, toi tu as réussi à aller au dessus de tout cela. Ne le réalises-tu pas ? Tu en as parlé à Benny. Tu en as parlé à quelqu'un qui n'était pas au courant. Et tous les deux, vous avez fui pour prévenir d'autres escouades. Tu as voulu changer les choses. Tu as voulu épargner plus de vie. Tu as voulu que tout cela cesse. Tu es un héros. Je ne pense pas que tu en es un, tu es un héros.
Dean posa sa main sur celles de Castiel, le forçant à les retirer de son menton. Castiel les fit tomber le long de son corps et Dean regarda vers l'extérieur. Il ne semblait pas vouloir affronter son regard.
– Non, Castiel. Tu ne me connais pas. Je suis brisé, je suis…
La voix de Dean trembla légèrement à ces mots et Castiel ressentit une lourdeur dans son estomac.
– Je te connais Dean. Tu… Tu es attentif aux autres. Plein de bonnes attentions. Tu tiens à ceux que tu aimes. Tu es de ceux qui cherchent à faire rire les autres pour qu'ils oublient leur peine. Je sais que tu as pris soin de Sam alors que tu n'étais encore toi-même qu'un enfant. Tu es fier de lui, fier de Jessica, fier de Mary. Tu aimes tes amis. Tu ferais tout pour eux. Tu m'as mis à l'aise quand je les ai rencontrés pour la première fois car tu savais que ce n'était pas facile pour moi. Tu fais attention à tous ces petits détails qui peuvent aider les autres. Tu es intelligent. Tu ne le réalises pas mais tu l'es. Tu prends soin des choses, soin des gens. Tu es drôle. Tu as une culture qui me dépasse. Tu n'as pas peur du changement. Tu es fort, Dean. Tu es si fort. Tu te bats chaque jour pour aller mieux. Je le ressens chaque semaine, dès que je reviens ici. Je vois à quel point tu as réussi à changer en à peine sept jours. Je vois que tu vas mieux, que tu es prêt du but. Je vois tout ça, Dean. Je te vois. Alors, s'il te plaît, ne me dis pas que je ne te connais pas.
Instinctivement, Castiel posa ses mains sur celles de Dean. Il fit un pas de plus, se rapprochant légèrement de son ami qui semblait résolument décidé à ne pas le fixer.
– S'il te plaît.
Dean pivota vers lui et, sans prévenir, ouvrit ses bras, s'avança et encercla Castiel. La tête de son ami se posa sur son épaule et ses deux mains se glissèrent dans son dos, s'accrochant au trench-coat que Castiel n'avait toujours pas retiré.
Castiel ne savait pas quoi faire. Il n'était pas de ceux qui enlaçaient les autres, qui étaient tactiles, qui s'exprimaient à travers le toucher. Il ne pouvait même pas se souvenir de la dernière fois qu'il avait pris quelqu'un dans ses bras. C'était certainement avec Gabriel. Il était le seul de sa famille qui osait ce genre de démonstration d'affection. Il était également le seul avec qui il s'entendait suffisamment bien pour pouvoir accepter un tel geste puisque, à présent, Anna ne pouvait plus.
Pouvait-il accepter cela venant de Dean ? Pouvait-il en être capable ? Lui qui ne savait pas quoi faire de ces deux bras qui pendaient stupidement le long de son corps ?
L'emprise de Dean se fit un peu plus forte, comme s'il avait besoin de Castiel, de sa présence. Alors, sans réfléchir une seconde de plus, il imita son ami et l'encercla à son tour. Ses doigts glissèrent sur le tissu, effleurant la tiédeur du corps de Dean.
Un soupir s'échappa malgré-lui de ses lèvres.
Castiel apprécia le contact. Le poids de son ami contre son corps, ses bras autour de sa taille, ses doigts emprisonnés dans ses vêtements. Il se sentait bien, là, inondé par la chaleur et l'affection de Dean.
– D'accord Cas, murmura-t-il. D'accord. »
Son souffle chaud glissa le long de la nuque de Castiel qui serra un peu plus Dean contre lui. A son tour, il posa son cou sur l'épaule de Dean, s'emboîtant dans le creux de sa nuque. Les mains de Dean glissèrent dans son dos, le gratifiant de quelques frôlements chaleureux, de quelques caresses affectueuses.
Castiel ne savait pas quand ce moment allait disparaître pour ne devenir plus qu'un souvenir alors il en profita autant qu'il le pouvant, s'imprégnant de toutes les sensations qu'il ressentait, de ce toucher qui l'enivrait.
Lorsqu'ils se séparèrent, Dean évita ostensiblement de croiser le regard de Castiel. Il se dirigea vers son lit et s'assit sur le rebord. Castiel, lui, resta debout, immobile devant Dean.
Son ami lui raconta avec quelques vagues détails comment se portait la petite Mary. Apparemment, celle-ci faisaient des siennes et empêchaient ses parents de dormir. Ils commençaient à manquer terriblement de sommeil. Sam ne tenait presque plus debout et d'après ce que lui expliqua Dean, c'était Jo qui l'avait conduit jusqu'à l'hôpital.
Dean lui parla ensuite du livre qu'il lisait en ce moment et Castiel l'écouta en silence, même s'il aurait préféré continuer leur conversation. Il ne savait toujours pas si Dean avait compris qu'il devait cesser de se sentir coupable ainsi.
Lorsque Castiel sortit de la chambre de Dean, il n'avait toujours pas la réponse à sa question.
Les semaines suivantes furent étranges. Quelque chose avait changé entre lui et Dean. Castiel l'avait vite remarqué. Ce n'était pas à cause de leur « dispute ». Dean et lui n'en avaient plus jamais reparlé. C'était autre chose. C'était physique.
Dès que Castiel s'asseyait sur le lit de Dean, celui-ci ne se décalait plus. Il restait là où il était, sa jambe collée le long de son dos. Lorsqu'ils se baladaient dans le jardin, leurs bras – et parfois leurs mains – se frôlaient de temps à autres sans jamais vraiment se toucher longtemps. Dean posait dès qu'il le pouvait ses doigts sur Castiel. Pour enlever un cheveu posé sur sa chemise. Retirer un cil tombé sur sa joue. Nettoyer une tâche sur son col.
Castiel se surprit lui-même à toucher Dean. Il ne savait même plus si c'était intentionnel ou non. Toujours était-il qu'il ne pouvait s'en empêcher. Une main sur son épaule pour lui montrer un nid d'oiseau dans un arbre. Une autre sur ses jambes lorsqu'il lui parlait dans sa chambre. Il avait ce nouveau besoin d'effleurer, de tâtonner, de sentir. Il était assoiffé par la chaleur de Dean, par le confort de sa peau, par la douceur de ses cheveux. Il lui en fallait toujours plus.
Ils s'enlaçaient pour tout et n'importe quoi, à présent. Pour se dire bonjour. Pour se dire au revoir. Lorsqu'ils parlaient des choses qui les rendaient heureux ou de celles qui les rendaient tristes. Lorsqu'ils ne savaient plus quoi se dire.
Quelque chose avait changé.
Et Castiel le réalisa pleinement lorsque, alors qu'il était venu voir Dean avant de se rendre dans la chambre de sa cousine, ils se retrouvèrent l'un en face de l'autre, les yeux rivés sur leurs lèvres. Castiel n'arrivait pas vraiment à comprendre comment ils avaient fait pour en arriver là.
Quand Castiel était passé devant la chambre de Dean, ce dernier l'avait appelé, lui demandant de venir le rejoindre quelques minutes. Il avait mis un peu temps à s'expliquer, à finalement ouvrir la bouche pour lui faire part de sa pensée. Puis, il lui avait dit qu'il avait enfin compris ce que Castiel avait voulu lui dire, quelques semaines plus tôt. Qu'il commençait enfin à faire la paix avec lui-même. Et qu'il avait une bonne nouvelle pour lui.
Quelques secondes plus tard, ils étaient à la limite de s'embrasser Peut-être était-ce parce que leurs doigts s'étaient entremêlés doucement, délicatement. Peut-être était-ce par ce que le cœur de Castiel s'était emballé à ce contact, prêt à s'échapper de sa poitrine. Ou peut-être était-ce tout simplement parce que Dean était magnifique.
Et tout aurait pu être si facile, si simple. Un simple effleurement. Une simple caresse sur leurs lèvres. Ce n'était sans doute pas la meilleure idée que Castiel ait eue de sa vie mais à cet instant précis, il s'en fichait éperdument. Seul le souffle chaud de Dean contre sa bouche comptait. Il n'y avait plus rien d'autre dans ce monde.
Il voulait embrasser Dean Winchester.
Quand un cri le ramena douloureusement à la réalité.
Un cri strident. Aigu.
Un cri que Castiel avait déjà entendu. Un cri qui le hantait depuis de trop nombreuses années.
Anna.
À suivre
Notes de l'auteur :Je galère un peu dans l'écriture du onzième chapitre, donc je vais mettre un peu de temps avant de publier le dixième. Enfin, "un peu de temps". Une semaine maximum, je pense ! Je veux finir rapidement cette histoire pour retourner sur The Shortest Straw :)
Merci d'avoir lu ce chapitre, j'espère que vous avez apprécié !
A bientôt,
Ellen.
