Bonjour à tous. Je suis vraiment touchée par toutes les reviews que j'ai reçu, vous êtes formidables. La réponse aux revieweurs anonymes se trouvent en bas.

Ce chapitre a été long à écrire, et est très sombre. Tous les chapitres seront construits de cette façon, alternant toujours entre présent et flash-backs. J'espère que vous en apprécierez le contenu.

Disclaimer : Rien dans cette fanfic ne m'appartient, tout est à JKR.

Titre : Janus, en référence au dieu des choix.

Raiting : T, mais peut passer à M plus tard dans la fic.


Janus

"Le nom de Janus est assimilable à un nom commun signifant « passage ». L'irlandais a dérivé de la même racine le mot désignant le « gué » et la porte d'une maison se dit en latin janua ; inutile sans doute de recourir au dieu étrusque Ani pour expliquer le Janus latin. Il est le dieu qui préside à toute espèce de transition d'un état à un autre.

Dans l'espace d'abord : il veille sur le seuil de la maison, protégeant le passage de l'intérieur à l'extérieur et inversement ; il préside au passage de la paix à la guerre et inversement, c'est-à-dire au départ de l'armée pour l'espace extérieur à la ville et à son retour vers l'espace intérieur de la même ville ; il assure enfin le passage du monde des hommes à celui des dieux et, à ce titre, est toujours invoqué au début de toute prière rituelle.

Dans le temps ensuite : il est le dieu du matin ; on l'honore le premier jour du mois, aux calendes, et il a donné son nom au mois qui devait devenir le premier de l'année,januarius (janvier). Il préside de même au passage à l'histoire, comme premier roi légendaire du Latium, ce qui a justifié son assimilation au Chaos des Grecs. Sa représentation iconographique traditionnelle résume ces deux aspects : les deux visages de la statue évoquent le présent comme transition du passé au futur et il est paré des emblèmes du portier, le bâton et la clé.

Dans l'être enfin : il veille sur la naissance comme passage du néant à la vie. (...)"


Chapitre 2

09/08/96

"Un vieil homme veut apprendre à son petit-fils ce qu'est la vie.

_ En chacun de nous, il y a un combat intérieur, dit-il au jeune garçon. C'est un combat jusqu'à la mort et il se tient entre deux loups. Le premier est ténébreux. Il est la colère, l'envie, le chagrin, le regret, l'avidité, l'arrogance, l'apitoiement sur soi-même, la culpabilité, le ressentiment, l'infériorité, la supériorité, les mensonges, la fausse fierté et l'ego. Le second est lumineux. Il est la joie, la paix, l'amour, la sérénité, l'humilité, la gentillesse, la bienveillance, l'empathie, la générosité, la vérité, la compassion et la foi.

Le petit-fils réfléchit pendant un long moment. Puis il demande à son grand-père :

_ Quel est le loup qui gagne ?

Le vieil homme sourit et lui répond :

_ Celui que tu nourris."

Conte traditionnel Cherokee

.

.

Les bras se refermèrent autour de sa poitrine pour l'empêcher de fuir, comme un étau, comme une prison de chair. Les yeux fixés sur les débris fumants, Hermione serra très fort les paupières.

Inspire.

Expire.

Et maintenant pleure.

Voilà.


Harry papillonna des paupières, ouvrant ses yeux sur le plafond blanc de l'infirmerie de Poudlard. Il eut à peine le temps de se redresser en position assise que Ron fondit sur lui, posant une main compatissante sur son épaule.

_ Harry ? Est-ce que ça va ?

_ Hermione... se contenta de répondre le Survivant, le regard comme mort. Où est Hermione ?

Son ami secoua la tête, les yeux pleins d'inquiétude.

_ On ne sait pas justement… On l'a cherchée toute la nuit.

Harry inspira profondément, plantant ses prunelles dans celles de son meilleur ami. Le temps sembla s'arrêter un court instant, et le chagrin hérissa sa peau de chair de poule, déferla de violents frissons dans sa colonne vertébrale. Les mots qui franchirent ses lèvres, il ne parvenait même pas lui-même à y croire.

_ Ron. Hermione a tué Dumbledore.


(BLAISE.)

.

Tout a commencé au lendemain de la rentrée des classes.

L'ambiance était morose dans notre dortoir – Theo s'était déshabillé en quelques mouvements secs avant de rabattre la couverture sur sa tête sans qu'un son ne franchisse ses lèvres, tandis que Draco fixait inlassablement le vide, ses traits tirés d'épuisement. Crabbe et Goyle ne faisaient que les imiter, rangeant sagement leurs affaires et tirant la tronche. Quant à moi, je me tenais à la fenêtre, enchaînant les cigarettes.

Aucun de nous n'avait envie de parler, et ça pouvait se comprendre. Notre été avait, disons, été… cauchemardesque.

Dumbledore, avec ses belles paroles. Comme quoi il ne fallait pas céder à la magie noire et à l'appel du mal, comme quoi il était insensé de plier genou devant le Seigneur des Ténèbres. Les Gryffondor qui hochaient la tête à son discours, lents et stupides.

Qu'y connaissaient-ils ? Le mal, la torture, le noir. Rien. Ils parlaient et jugeaient sans savoir, parce qu'ils ne pouvaient pas en faire autrement, de stupides animaux, de bons petits soldats pour Dumbledore. L'A.D, hein ? Si c'était pas une déclaration de guerre envers ceux qui n'étaient pas avec eux, ça… C'en était hilarant.

Je réfléchissais dans le noir, et des souvenirs sanglants vinrent soudainement briser ma sainte sérénité. Du sang, j'en avais vu ces derniers temps. Tous les jours, et avec ça les hurlements et moi qui me retournais dans ton lit en me demandant quand ils allaient la fermer. Draco qui, une fois la porte de notre chambre commune fermée, s'effondrait en sanglots nerveux contre le parquet. La maigreur cadavérique de Pansy.

Même Poudlard ne parvenait à me rendre cette sensation chaleureuse de sécurité. Tout était mort, les rires, l'enfance, moi.

En m'étendant dans mes draps, j'avais regardé le plafond et je ne l'avais pas lâché des yeux de toute la nuit, le cœur au bord des lèvres. Si les gens autour de nous étaient encore des enfants, la guerre avait commencé depuis longtemps derrière les portes closes de nos manoirs.


_ C'est le 09/08/96, murmurait en boucle Ron, les yeux fous. Tout ça, c'est à cause du 09/08/96…


Malgré tout, l'été 1996 s'était montré extraordinairement paisible pour un début de guerre. Outre, bien évidemment, les nombreuses « disparitions » de Sang-de-Bourbe tenant des fonctions au Ministère, et ce putain de 09/08/96 qui, j'en suis persuadé, demeurera à jamais gravé dans ma mémoire.

Le 09/08/96.

La journée avait pourtant bien commencé – Vous-Savez-Qui et Bellatrix partis ailleurs, sûrement pour s'en aller semer mort et désolation, mais partis, Draco, les autres et moi étonnamment de bonne humeur, et le ciel d'un bleu sans l'ombre d'un nuage. Tout allait magnifiquement bien. Je me souviens de ce sourire stupide qui refusait de lâcher mes lèvres, et de l'espoir au fond des yeux soulignés de cernes violets de Pansy – espoir que cette guerre froide s'achève enfin, que la vie redevienne comme avant, belle et insouciante.

Ça ne s'était pas déroulé de cette façon.

A midi, on avait avalé notre assiette sans avoir les yeux qui se baissaient sur nos genoux, et infiniment soulagés de l'absence du Maître. Ma mère s'était déridée, nous enjoignant à manger toujours plus, tandis que Narcissa Malefoy perdait peu à peu de sa froideur habituelle. Ça aurait pu être un bon souvenir, parmi ceux qui nous restent en mémoire et nous font sourire comme des idiots quand on y repense parfois. Ça aurait vraiment pu.

Quelle bande d'idiots nous sommes.

Un homme se fracassa sur notre table, paraissant comme tombé du plafond. Comme les autres, j'avais poussé un cri de frayeur et m'étais vivement écarté de la table, reculant jusqu'à ce que mon dos heurte la dureté du mur. Retrouvant son sang-froid avant tout le monde, Narcissa tira mécaniquement sa baguette et s'avança vers l'homme, ses bottes crissant sur les morceaux d'assiette comme sur des crânes humains.

Il avait transplané jusqu'ici. Ce n'était même plus un homme à présent. Il n'en avait que la moitié. Son corps avait été tranché net au niveau des hanches, sans doute par un formidable Septumsempra, et son sang dégoulinait sur le bois de la table, formait de larges flaques par terre. Dégueulasse. J'avais envie de vomir, alors je me pliais en deux pour déverser le contenu de mon estomac à mes pieds. Parcouru de spasmes de souffrance, il agitait désespérément du bras vers nous, incapable d'émettre rien d'autre que d'atroces gémissements, et son visage affichait des brûlures graves.

Il ne faisait aucun doute qu'il allait y passer dans la minute.

Je ne le reconnaissais pas, mais sa cape noire le désignait comme un Mangemort. Sans doute venait-il du QG de Londres… ?

La main gantée de Narcissa coula le long du bras du blessé. Tous deux semblaient se connaître, en témoignait la fureur et le chagrin mêlés qui tordait maintenant les traits de l'épouse de Lucius.

_ Amycus… souffla-t-elle d'une voix douloureuse.

Le dénommé Amycus émit un son étranglé pour toute réponse.

_ QG, parvint-t-il finalement à chuchoter, à force d'efforts. L'O-Ordre… explosion…

Mais Narcissa l'empêcha de continuer, passant sans hésitation ses doigts sur ce qui restait du visage de son ami. Son geste était émouvant de douceur et de tristesse.

_ Chut… il faut que tu dorme maintenant. Chut, chut… tout sera bientôt fini.

Puis, lorsque Amycus eut expiré, elle attendit encore une minute avant de se retourner vers nous. Pansy pleurait silencieusement, sa main plaquée contre sa bouche, et Draco avait passé un bras réconfortant autour de ses épaules. Theo, quant à lui, s'était écroulé contre un mur quelques pas plus loin, la tête dans les mains.

_ Il faut… nous a-t-elle dit. Il faut que j'aille voir.

Nous l'avions regardée avec hébétude transplaner en un claquement de doigts, puis ma mère faire de même. Le cadavre gisant encore sur la table, et le sang qui ne cessait de goutter par terre.

plic-ploc plic-ploc plic-ploc

La suite, je ne l'avais pas vu de mes propres yeux, on s'était contenté de me la raconter. Avec un sens du détail qui frôlait le sadisme, Antonin Dolohov m'avait décrit les restes fumants du QG, perdu au cœur de Londres, les quelques survivants qui mourraient lentement de leurs brûlures, et étaient finalement froidement achevés d'un Avada Kadavra par les membres de l'Ordre rôdant aux alentours. Les nombreuses pertes Moldues, ceux ayant eu le malheur d'habiter autour de ce nid de Mangemorts. Ça me donnait toujours la gerbe.

Si l'Ordre du Phénix lui-même en venait à de telles extrémités, c'était que la frontière entre bien et mal avait perdu son sens.

Parmi ces victimes innocentes, les parents de Granger.

Pas que ceux-ci aient eu la folie d'habiter tout ce temps à côté d'un endroit grouillant de criminels, loin de là. Il y a une semaine, Voldemort avait eu vent de cette attaque grâce à ses oisillons, et décidé que la meilleure manière de les en empêcher était d'enfermer Mr et Mrs Granger dans le bâtiment qu'ils comptaient faire exploser. Apparemment, l'Ordre s'était montré moins que prévisible que prévu, se résignant quand même à tuer de sang-froid ces innocents.

Voilà les faits. Précis. Froids.

A présent, et tout Poudlard avait pu s'en rendre compte, Granger n'était plus la même. Elle parlait peu et refusait de participer en cours. Ses yeux étaient vides, ses sourires rares, elle semblait en fait s'être construit une carapace de froideur afin de supporter sa douleur. En vain. Au cœur d'un cours de métamorphose, elle s'était écroulée en pleurs devant la classe entière, et McGonagall avait dû la faire conduire à l'infirmerie.

Même Pansy n'avait pas eu le cœur à se moquer d'elle.

Les gens avaient tendance à chuchoter sur son passage, plus ou moins discrètement. Des « T'as vu comment elle a maigri ? et ses cernes… quelle horreur ! » par-ci, et des « Il paraît qu'elle n'a plus de famille maintenant, alors elle vit chez les Weasley… » par-là. Mais elle les ignorait royalement et les dépassait, la tête haute. Même Potter et Weasmoche ne semblaient plus la reconnaître.


Severus les repéra à la hauteur de la cabane d'Hagrid.

Ils couraient vers la forêt interdite, poursuivis tant bien que mal par Terry Boot, Padma Patil et Antony Goldstein. Draco avait ôté sa veste pour mieux libérer ses mouvements, et se retournait pour bloquer leurs sorts, ou leur en renvoyer un autre, tandis qu'Hermione filait, petite et légère, esquivant avec une facilité étonnante leurs attaques. Mais ils durent finalement cesser leur course pour mieux riposter.

Et les Impardonnables brillaient dans la nuit noire.

_ Professeur ! lui cria Goldstein avec du soulagement dans la voix. Venez-nous aider !

Quel imbécile. Ne surtout jamais abaisser sa garde.

_ Stupéfix, marmonna Snape, et le jeune garçon tomba inconscient dans l'herbe.

Les yeux de Padma s'agrandirent de peur lorsqu'elle fut fauchée par le même sort. Boot trébucha pitoyablement en cherchant à fuir, et Draco se chargea de l'assommer à son tour.

Voilà qui était fait.

Le professeur se tourna ensuite avec brusquerie vers ses deux protégés. La chemise du jeune Malefoy était trempé de sueur, et Hermione, accroupie au chevet de Patil, lui effleura les cheveux dans un murmure :

_ Je suis désolée…

_ Et pourquoi le serais-tu ? l'agressa presque Draco, ses yeux gris luisants d'une rage qu'on ne lui avait jamais connu. Hein ? Ils étaient sur le point de nous tuer !

Sans se démonter face à la colère du Serpentard, elle se releva et le dévisagea longuement avec un sourire calme, si longtemps que Severus se demanda si elle cherchait à graver ses traits dans sa mémoire pour toujours. C'était étrange. Il y avait quelque chose d'un peu trop amusé, d'un peu trop affectueux dans la façon qu'elle avait de le regarder.

_ Je peux oublier beaucoup de choses, Draco. Mais pas qu'ils étaient mes amis.


Un après-midi de septembre, Granger m'arrêta au milieu d'un couloir. Elle affichait une moue décidée, et j'haussai un sourcil étonné.

_ Je voudrais parler à Malefoy.

Sa demande – son ordre en fait – m'avait surpris. On savait tous très bien qu'elle nous détestait, un peu moins que Weasmoche et Potter, mais quand même, parce qu'elle était Gryffondor et nous Serpentard, et que c'était écrit dans je sais pas quel registre à la con. Et en particulier Malefoy. Nous – j'entends par là moi-même, Theo et Pansy –, nous nous contentions de l'ignorer, parfois de la bousculer pour faire tomber ses cahiers, mais rien de bien méchant.

Draco, c'était une autre histoire.

Je crois que, depuis notre première année, elle le fascinait avec ses airs supérieurs et l'amas de boucles auburn qu'était ses cheveux. Son côté Miss-je-sais-tout, et son intelligence qu'on ne pouvait que reconnaître supérieure à la moyenne. Chaque fois qu'il avait l'occasion de nous en parler, il le faisait, tellement qu'à la fin on en avait marre. C'était bizarre, malsain. Il la traitait de « sale sang-de-bourbe », s'amusait de ses larmes et de sa tristesse, mais, d'un autre côté, ne supportait que d'autres garçons la côtoient comme Potter et Weasley, surtout Weasley.

Pourquoi voulait-elle lui parler ?

C'était la question que je lui avais posée.

Je m'en souviens, elle avait haussé tranquillement les épaules et souri légèrement. Ses prunelles noisette m'avaient frappé comme des lames.

_ Je sais qu'il doit tuer Dumbledore.

Je tressaillis imperceptiblement.

_ Je ne vois pas de quoi tu parles, répondis-je mécaniquement.

Comment Granger pouvait-elle être au courant ? Comment ?

Et pourquoi une horde d'Aurors ne nous était-elle pas déjà tombée dessus dans ce cas ? Les avait-elle seulement avertis ? Je la dévisageais d'un air perdu.

Elle me dit, comme si elle était en fait capable de lire dans mes pensées :

_ Vous n'avez rien à craindre de moi, Zabini. Je suis bien la première à vouloir Dumbledore mort.

_ Pas si fort ! sifflais-je en jetant des regards inquiets autour de nous.

Elle secoua la tête, et je la sentis un peu amusée. Ça m'agaçait de me savoir si confus devant ses mots, alors qu'elle restait si détendue, si sûre d'elle-même. N'était-elle pas censée être en deuil ? Une loque humaine ?

_ Tu veux tuer Dumbledore ? répétais-je, sceptique. Ça n'a aucun sens, Granger. Les Gryffondor ne sont-ils pas censé l'admirer, non, mieux, l'aduler ? Après tout, le favoritisme paie toujours.

_ Je le veux mort. Lui et tous ceux qui ont décidé de déclencher l'explosion du 09/08/96. Je veux que l'Ordre tombe.

_ Que le Seigneur des Ténèbres remporte cette guerre ? Que tes précieux amis meurent ?

Cette fois-ci, Granger cilla.

_ Que je sois ou non du côté d'Harry, Voldemort gagnera. Il est fort, immortel et aimé. Cependant, je pense que le temps lui seul lui fera dommage – il deviendra vieux, et perdra son charisme. Et ici, quelqu'un prendra sa place, quelqu'un comme Malefoy, quelqu'un comme toi.

Je l'écoutais attentivement, pendu à ses lèvres. Elle m'hypnotisait avec sa voix douce, était sur le point de me convaincre. Autour de nous, il n'y avait plus personne – les élèves s'étaient dissipés pour rejoindre leurs différents dortoirs après une journée plutôt harassante.

_ Et Potter ?

Cette fois, elle mit du temps à répondre, prenant le temps de s'humecter les lèvres.

_ Il comprendra, j'en suis certaine.

_ Tu es une Sang-de-bourbe, ça n'a aucun sens…

_ Et Voldemort est un Sang-Mêlé. Est-ce que quelqu'un en a quelque chose à faire ? Non, je ne crois pas. Et en quoi cela peut-il te préoccuper ? Je veux simplement tuer Dumbledore, rien de plus, rien de moins.

_ Ils te haïront.

_ Je sais.

_ Tu seras obligée de rejoindre le Maître.

_ Je sais.

_ Tu auras à tuer tes amis, des elfes, des sang-de-bourbe.

_ Je sais. Maintenant, s'il te plaît, laisse-moi parler à Malefoy.


_ Nous devons y aller, les coupa sèchement Snape en leur empoignant à chacun le bras.

Et sur ce, ils disparurent.


_ Et pourquoi voudrais-tu mettre fin aux jours de ce cher Dumbledore, je te prie ? ricana Draco en s'affalant dans un fauteuil en velours vert.

Granger resta résolument debout, bras croisés. Elle paraissait tendue, et il y avait de quoi – c'était bien la première fois qu'ils accueillaient au sein de leur salle commune une sang-de-bourbe, en plus d'être une Gryffondor. Ses yeux balayèrent les décorations, le feu émeraude qui brûlait dans la cheminée et les quelques élèves qui, assis plus loin, lui jetaient des regards incertains.

J'avais bien entendu pris soin de jeter un Assurdiato avant de m'asseoir, alors ils pouvaient toujours courir pour épier notre conversation.

_ Combien de fois encore vais-je être obligée de me répéter ? soupira-t-elle.

_ Autant de fois qu'il faudra pour qu'on saisisse pourquoi et comment tu tiens tellement à nous aider, lui rétorquais-je froidement.

Elle haussa les épaules, levant sa main vers le feu. Le vert des flammes inondait ses yeux, lui donnait un aspect reptile.

_ Très bien. Le 09/08/96 a tué mes parents – ils auraient pu être sauvé avec un peu d'efforts mais… (Sa voix se brisa.) Mais Dumbledore en a décidé autrement. Il ne m'a pas écouté, il n'a écouté personne, il a simplement fait exploser le QG. Avec mon père et ma mère prisonniers à l'intérieur. Je… je le hais. Et vous pouvez me faire ce que vous voulez, mettre du Veritaserum dans mon verre, me torturer, je vous répéterais toujours la même chose. Je ne suis pas là pour Harry ni pour vous espionner, simplement parce que collaborer avec vous m'apportera ce que je désire.

Draco paraissait lui aussi conquis par ses propos. Un peu mal à l'aise, il étira ses jambes et resta silencieux quelques secondes.

_ Et qu'est-ce que ton aide nous apporte, Granger ?

Elle secoua la tête.

_ Ne sois pas idiot, tu le sais aussi bien que moi. Je peux connaître à l'avance les prochaines attaques de l'Ordre – ils ne se douteront jamais que c'est moi qui les mène à l'échec, je peux te l'assurer – soutirer des informations à Harry sur Dumbledore, faire des choses trop risquées pour toi. Mon soutien est plus précieux que tu ne peux te l'imaginer.

_ Tu vas te mettre tout le monde à dos – Potter, Weasmoche, McGonagall, les Gryffondor. Tu vas être la méchante dans l'histoire.

Ça tira un rictus amer à Granger.

_ Ça n'a plus d'importance, souffla-t-elle, ses yeux perdus dans le vide. Rien n'a plus d'importance.


Ron passa une main sur son visage et la retira mouillée de ses larmes. Il adressa un gémissement désespéré au plafond de la Grande Salle.

Dumbledore. Mort.

Hermione…

Putain.

Hermione.

Avait.

Tué.

Dumbledore.

Et rien ne serait plus comme avant. Rien, rien du tout.

Il n'y avait qu'Hermione dans son cœur. Dans sa tête. Hermione et sa noirceur palpable, ses cheveux ébouriffés, sa baguette levée, ses lèvres qui formaient Avada Kadavra. Impossible…

Il pleura. Encore. Parce qu'il n'y avait que ça à faire après tout, sangloter, se lamenter. Et un jour, faire changer les choses.

« Ron. Hermione a tué Dumbledore. »


(RON.)

.

Merde, merde.

Elle disparut à pas pressés au tournant d'un couloir, et je la suivis en lui courant presque après. Ses boucles auburn fouettaient ses épaules au rythme infernal de ses enjambées, et elle tenait ses livres serrés contre sa poitrine, si fort que ses mains en blanchissaient.

_ Hermione ? Attends-moi, Hermione !

Ma voix trahissait ma peur.

_ Laisse-moi tranquille ! me cria-t-elle en retour, sans pour autant se retourner ni s'arrêter.

_ Mais qu'est-ce qui te prends par Merlin ?! Tout ce que j'ai fait…

_ DEGAGE !

_ Tout ce que j'ai fait, c'est t'embrasser ! Putain, mais pourquoi ça te mets dans cet état, Hermione ?

On était au deuxième étage, alors on déboucha inévitablement sur les Toilettes de Mimi Geignarde. Cet endroit m'avait toujours foutu la frousse, mais ça n'avait fait qu'empirer avec la Chambre des Secrets. Si ça ne tenait qu'à moi, j'aurais reculé et serais parti presque en courant.

Mais il y avait Hermione. Et Hermione ne s'arrêtait pas.

Elle dévora la distance qui la séparait des toilettes et, entrant dans l'une d'elles, me claqua violemment la porte au nez. J'écrasais un long soupir et m'appuyais de tout mon poids contre le bois.

_ Hermione…

_ Fous. Moi. La. Paix.

_ Allez… Je veux juste qu'on fasse la paix.

_ LAISSE-MOI !

_ S'il te plaît… On peut pas… en parler… ?

_ En parler ? (Elle rouvrit la porte d'un coup sec, me faisant trébucher en arrière.) EN PARLER ? Alors que tu as choisi de m'embrasser à mes dépends dans la Grande Salle, devant Poudlard tout entier ? Je… VA MOURIR RONALD WEASLEY !

Je secouais la tête, effaré par la violence de ses propos. Elle avait le visage trempé de larmes, qu'elle essuya du bras dans un geste rageur. Ses yeux, d'ordinaire pleins de douceur et de compassion, n'étaient plus que rage et haine.

_ Arrête un peu ton cirque ! Je ne comprends pas pourquoi tu réagis de cette faç…

_ Tout juste un mois que mes parents sont morts. Assassinés par tes parents. Par D… Par les amis de tes parents. Et tu crois que je veux aimer quelqu'un ? TU CROIS QUE J'EN AI LA FORCE ? Tout ce que je demande, c'est être seule ! Être putain de SEULE !

_ Je ne te reconnais plus, Hermione. Tu n'es plus la même.

_ Comment veux-tu que je sois la même ? (Son intonation perdit de sa colère.) Mes parents ont brûlé sous mes yeux.

Hermione ouvrit les bras, et ses livres de cours tombèrent dans l'eau dans laquelle nos chaussures baignaient. Sans y prêter la moindre attention, elle alla se pendre au lavabo, plantant son regard dans celui de son reflet.

_ Je t'aime, tu sais ?

_ Je sais. Mais tu ne dois pas m'aimer, Ron, jamais.

Je fronçais des sourcils, plus confus que je ne l'étais déjà.

_ Qu'est-ce que tu racontes ?

Ses épaules furent secouées de spasmes, et elle se remit à pleurer.

_ Jamais, jamais. Je suis une mauvaise personne, je finirais par te faire du mal et tu te briseras comme une assiette qu'on jette au sol. Et je ne veux pas, oh non, je veux pas ça…

Je ne comprenais vraiment rien à ce qu'elle racontait, alors je me suis rapprochée d'elle pour l'étouffer de mes bras. Il n'y avait que ça que je puisse faire. Il n'y avait que ça qui pouvait la calmer.

_ Je t'aimerais toujours, Hermione, lui murmurais-je en la berçant.

Elle ne répondit rien à cela.


Ron saisissait enfin ce qu'elle avait voulu lui dire.

Et ça le tuait de ne pas avoir compris à l'époque les signaux de détresse qu'elle lui envoyait.


Nevaeh : Merci beaucoup pour ta review, elle m'a fait vraiment plaisir. Merci également pour les félicitations en tout cas, ça fait chaud au coeur^^Oui, j'aime aussi ce contre-pied, parce que ça me permet de ne pas reproduire le même schéma que d'autres fics dramione, et je trouvais la thématique ultra intéressante, parce qu'avec ça, c'est la vie d'Harry, Ron et de bien d'autres que ça chamboule. Je suis vraiment contente que tu aies aimé, et j'espère que tu as aussi apprécié ce deuxième chapitre:) Bisous, et à la prochaine.


Une petite review... ?

Lybeah.