Bonsoir, bonsoir. Je viens de finir ce chapitre, qui m'a pris du temps et de l'énergie, et je peux vous dire que j'y ai donné tout ce que je pouvais. Encore merci pour vos reviews, c'est trop adorable.

Il y aura une certaine dose de violence ici comme dans les prochains chapitres - ça va pas mal saigner, alors déconseillé aux âmes sensibles.

Disclaimer : Rien dans cette fanfic ne m'appartient, tout est à JKR.

Titre : Janus, en référence au dieu des choix.

Raiting : T, mais peut passer à M plus tard dans la fic.


Janus

"Le nom de Janus est assimilable à un nom commun signifant « passage ». L'irlandais a dérivé de la même racine le mot désignant le « gué » et la porte d'une maison se dit en latin janua ; inutile sans doute de recourir au dieu étrusque Ani pour expliquer le Janus latin. Il est le dieu qui préside à toute espèce de transition d'un état à un autre.

Dans l'espace d'abord : il veille sur le seuil de la maison, protégeant le passage de l'intérieur à l'extérieur et inversement ; il préside au passage de la paix à la guerre et inversement, c'est-à-dire au départ de l'armée pour l'espace extérieur à la ville et à son retour vers l'espace intérieur de la même ville ; il assure enfin le passage du monde des hommes à celui des dieux et, à ce titre, est toujours invoqué au début de toute prière rituelle.

Dans le temps ensuite : il est le dieu du matin ; on l'honore le premier jour du mois, aux calendes, et il a donné son nom au mois qui devait devenir le premier de l'année,januarius (janvier). Il préside de même au passage à l'histoire, comme premier roi légendaire du Latium, ce qui a justifié son assimilation au Chaos des Grecs. Sa représentation iconographique traditionnelle résume ces deux aspects : les deux visages de la statue évoquent le présent comme transition du passé au futur et il est paré des emblèmes du portier, le bâton et la clé.

Dans l'être enfin : il veille sur la naissance comme passage du néant à la vie. (...)"


Chapitre 3

Sometimes killers are alone

"I see darkness in you."

Melisandre, "Game of Thrones"


"Heaven's gates won't open up for me

Les portes du paradis ne s'ouvriront pas pour moi.

With these broken wings I'm fallin'

Avec ces ailes brisées je tombe

And all I see you

Et tout ce que je vois, c'est toi

These city walls ain't got no love for me

Les murs de cette ville n'ont aucun amour pour moi

I'm on the ledge of the eighteenth story

Je suis au bord de la dix-huitième histoire

And oh I scream for you

Et oh je cris pour toi

Come please I'm callin'

Viens s'il te plaît je t'appelle

And all I need from you

Et tout ce que j'ai besoin c'est toi

Hurry I'm fallin'

Je tombe précipitamment."

"Savin' me", Nickelback

.

.

« Bienvenue dans le monde de la solitude, Miss Granger. »


Seamus Finnigan rabattit son capuchon sur son visage. Puis il prit deux grandes inspirations, et offrit sèchement sa paume à la petite main de Ginny. Celle-ci respirait à peine et avait le teint livide de peur, mais elle enroula avec courage son bras au sien.

Sur ce, ils transplanèrent.

Leur atterrissage fut si violent que ses jambes se dérobèrent sous lui, et il tomba tête la première dans la boue. La Weasley chancela, mais parvint à rester campée sur ses pieds, et aida tant bien que mal son ami à se relever.

Autour d'eux, rigoles de sang et de boue mêlés, cadavres irregardables et blessés agonisants avec leurs tripes leur sortant du ventre, et des combattants titubant sur leurs pattes, éclairés par une pluie insassiable d'Impardonnables. Pré-au-Lard n'avait jamais été aussi méconnaissable.

Quatre années de guerre avaient rendu Seamus et Ginny indifférents à ce genre de spectacle. C'était ce genre de choses qu'ils voyaient tous les jours, alors à quoi bon s'y arrêter, à quoi bon s'en horrifier ? ça ne changerait pas les faits, ça ne les sauverait en rien de ce cauchemar éveillé.

A quelques mètres seulement de là, Neville, aux prises avec deux Mangemorts au visage tapi derrière un masque d'argent, fut déséquilibré par un sort de trop, s'entortillant dans sa cape pourpre et trébuchant contre une pile d'étagères vides. Voyant cela, Ginny se rua lui venir en aide avec un cri d'effroi. Mais Seamus ne put en voir davantage, car un autre sbire de Voldemort lui sauta à la gorge avec une rage saisissante.

Alors il ne pensa plus qu'à tuer.

En finir.

De son côté, Ginny en eut rapidement fini des deux Mangemorts. En quelques mouvements félins, ses cheveux rouges tournoyant autour d'elle comme un feu vivant, et elle put ainsi reprendre son souffle et aider Neville à se relever. Déjà, d'autres adversaires leur rentraient dedans. Et le combat reprenait. La folle adrénaline qui fouettait les veines, et enfin la mort.

L'un d'entre eux, le petit maigrichon qui s'approchait dans l'espoir de la tuer, elle le reconnut d'un simple coup d'œil, rien qu'à sa démarche légèrement boiteuse. Theodore Nott. Elle se souvenait l'avoir observée longuement dans la bibliothèque de Poudlard, assis seul à sa table, avec pour seuls amis ses précieux livres d'arithmétique. Qui parlait très peu, mais n'en était pas moins extrêmement intelligent.

Il n'aurait à l'époque pas fait de mal à une mouche.

Elle avait aujourd'hui un meurtrier sous les yeux.

_ Confrigo ! gronda la jeune Weasley.

Le jeune homme évita souplement son attaque, se contentant de continuer à marcher à sa rencontre. La peur lui serra la gorge comme un poing de fer. Il dressa sa baguette vers elle, alors qu'elle tendait ses muscles, prête à bondir pour lui échapper.

_ Endoloris, articula-t-il.

_ Protego !

Son bouclier tint bon, mais la puissance de l'Impardonnable la fit trébucher. La jeune femme le vit presque sourire derrière son masque.

_ Di-ffin-do, dit-il cette fois.

Les yeux sombres de Ginny s'écarquillèrent. Absente, elle regarda avec fascination l'arc de lumière tournoyant filer vers elle, sans même bouger, sans même chercher à se relever sur ses pieds, sans même lever sa baguette pour se protéger. Fixer la mort dans les yeux, c'était indescriptible. Elle se voyait déjà étendue dans la poussière et la boue, sa tête tranchée roulant sous la botte de Nott.

Ce fut sans doute cette pensée qui la fit réagir.

Au dernier instant, elle ouvrit la bouche de terreur et se propulsa avec violence sur le côté. Une douleur inouïe inonda son corps, et elle se crut mourir tellement elle souffrait. Si mal qu'elle ne pouvait même plus en hurler.

Et du sang partout. Sur ses mains tremblantes, ses habits, par terre. Son sang.

Avant même de comprendre ce qui lui était arrivé, Ginny tourna de l'œil.


Au cœur du ballet de capes noires et rouges, sensationnel feu d'artifice d'Impardonnables et véritable boucherie humaine, Harry aperçut, du coin de l'œil, Ginny être frappée au visage d'un Diffindo, et échouer lourdement dans la boue sanguignolante. D'un mouvement brusque de sa baguette, il envoya son adversaire – une Mangemort aux longues dreadlocks – voler de l'autre côté du champ de bataille, et accourut vers la Weasley en hurlant comme s'il venait de recevoir un Doloris en pleine tête.

Le responsable – Theodore Nott, qui d'autre ? – eut un imperceptible mouvement de recul en voyant le Survivant en personne lui faire face, les yeux fous de rage. Ce sale Mangemort allait payer. Voyant rouge, Harry leva sa baguette et entama un duel d'une violence animale.

Autour d'eux, les membres de l'Ordre s'apercevaient peu à peu de l'état critique de Ginny, et cela, au lieu de les décourager, paraissait les faire redoubler de hargne et donc de puissance. Ils en devenaient mille fois plus redoutables, et les Mangemorts paraissaient, quant à eux, perdre petit à petit du terrain. Au QG, Ginny avait toujours été considérée comme une gamine, et leur « petite sœur à tous », les femmes éprouvaient pour elle une affection maternelle, tandis que les hommes se plaisaient à lui ébouriffer les cheveux pour la faire enrager. Elle avait gardé cette candeur d'enfant qu'ils avaient tous perdu et qui poussait les gens à vouloir la protéger, mais, également, ce charisme fou et cette rage de vivre qui la rendaient irrésistible.

_ ENDOLORIS !

_ Avada Kedavra ! riposta vivement Nott, avant de reprendre sur un ton joueur. Alors, t'as pas mieux bébé Potter ?

_ Va te faire foutre, articula Harry d'une voix féroce.

Il ne remarqua pas immédiatement la Mangemort qui se frayait un chemin vers eux. Tout ce que l'on voyait d'elle, c'était sa tenue – une robe noire s'arrêtant aux genoux, des bottes noires, et puis la cape et le masque en argent traditionnels. Elle était petite, mais dangereuse, pouvaient en témoigner les innombrables cadavres et blessés qu'elle laissait sur son chemin. Rien ne semblait l'arrêter, elle marchait droit devant elle, rapide, en labourant ses côtés de maléfices trop souvent mortels.

Puis elle se planta aux côtés de Nott, et le Survivant la reconnut sans même avoir besoin de voir son visage. Rien que sa silhouette menue et sa démarche pressée.

Et soudain, plus rien n'eut d'importance autour d'eux. Ni Ginny et son visage charcuté, et encore moins Nott. Juste elle.

Elle, qui attendait avec un calme olympien.

_ Hermione, souffla-t-il. Je veux voir ton visage.

Sans discuter, elle rabattit son capuchon en arrière, laissant son impressionnant amas de boucles brunes se déverser sur ses épaules. Elle n'a jamais vraiment cherché à les discipliner étant à Poudlard et ce n'est toujours pas le cas aujourd'hui, se dit-il, la gorge nouée. Puis, d'une main lente, elle retira son masque, levant vers lui un visage aux traits doux et sereins.

Un visage de menteuse.

Un visage de tueuse.

Un visage de monstre.

Elle avait été sa meilleure amie, et désormais… il ne savait plus. Devait-il lever sa baguette et l'abattre ici et maintenant ? Ce ne serait que justice, ce ne serait que venger Dumbledore. Ou au contraire la laisser partir ? Et trahir l'Ordre ? Et il y avait toujours cette petite fille dans un coin de sa tête, cette adorable petite fille qui leur récitait le contenu du cours d'Histoire de la Magie avec un sourire arrogant, qui se confrontait à l'image de cette femme aux yeux morts qui frappait sans ciller Dumbledore d'un sortilège de mort.

Toujours.

Un rire amer jaillit des lèvres d'Harry, tandis qu'il avançait d'un pas dans sa direction. Si Hermione demeura de marbre, Nott se vit obligé de relever brusquement sa garde jusque-là baissée. Il y avait tellement de choses à dire, tristes, haineuses, nostalgiques, tellement, tellement de choses, et pourtant c'était comme si sa gorge était obstruée de sable. Rien ne sortait.

Autour d'eux, la bataille continuait de faire rage, les Mangemorts mangeaient poussière. C'était comme si l'on avait dressé un mur entre eux et le reste du monde.

Plus rien n'importait.

Je te déteste.

Je t'aime.

Tout s'emmêlait, son cœur débordait et se tordait dans tous les sens.

_ Dis quelque chose… chuchota finalement Harry à la place.

Hermione le dévisagea sans rien dire. Un cri désespéré enfla sous alors sous la poitrine du Survivant, qui secoua la tête avec fureur :

_ Dis quelque ch… !

_ Je pense qu'il n'y a rien à dire, Harry.

Elle avait à peine haussé la voix, et pourtant, lorsqu'elle lui coupa la parole, il se tut immédiatement pour l'écouter. Cette intonation froide, cette voix devenue cassée et rauque à en donner des frissons. Ce n'était pas ainsi qu'il s'en rappelait. Du temps de Poudlard, Hermione parlait toujours de façon vivante et excitée, hachant chacun de ses mots d'une manière un peu ridicule pour qu'on puisse bien la comprendre. Elle agissait comme une adolescente normale de quatorze ou quinze ans, et avait encore ses parents qui l'attendaient à la maison.

Ça le fit exploser.

_ Et c'est tout ? C'EST TOUT ? Tu sais quoi, Herm' ? (Le surnom d'autan de son amie eut un goût de cendre dans sa bouche.) Je te hais. Je te hais comme je n'ai jamais haï quiconque auparavant.

Il eut juste le temps de voir le masque de froideur d'Hermione se briser, alors que ses yeux se remplissaient de diverses émotions et que sa bouche s'ouvrait puis se refermait sans émettre un son, avant que la réalité ne revienne violemment frapper à leur porte lorsque Hannah Abott attaqua les deux Mangemorts dans le dos. Nott pivota à temps pour dévier le sort, puis contre-attaquer.

Redevenant en un instant d'une impassibilité à glacer le sang, la jeune femme sembla retrouver ses esprits et pointa sa baguette vers la gorge dénudée de la Poufsouffle, dans la très claire intention de la prendre à son tour par surprise. L'Avada Kedavra allait franchir ses lèvres, quand un éclair mauve surgit de nulle part et la frappa si vite à la hanche qu'elle n'eut en rien le reflex de l'esquiver. Harry tira sa propre arme, prêt à lui faire à son tour mordre le sol.

Tombant sur ses genoux, Hermione poussa un sifflement de souffrance en pressant une main contre son flanc blessé. Ses doigts en devinrent rouges et poisseux. Cette vision tétanisa alors le Survivant, qui trébucha avant de se redresser à temps pour assister à l'exécution de Theodore Nott.

Celui-ci, voyant Hermione à terre, l'avait couvée d'un regard inquiet, et s'était reculée devant elle pour mieux la protéger, le distrayant un très court instant de son adversaire. Cette opportunité d'une demi-seconde, Hannah Abott ne la manqua pas.

Et Nott ouvrit de grands yeux stupéfaits lorsque le sortilège de mort le foudroya.

_ Non ! Non ! haleta Granger en serrant le cadavre encore chaud du Serpentard entre ses bras.

Harry en tira une satisfaction malsaine. Qu'elle souffre autant qu'elle les avait fait souffrir. Tout allait bien. Les Mangemorts se tiraient un à un en transplanant, alors que la bataille était sur le point de s'achever, s'abandonnant les uns les autres à leur triste sort. Puis ils mouraient, ils agonisaient en chialant. Ginny bougeait encore, pas encore bien morte, entourée de quelques membres de l'Ordre.

Tout.

Allait.

Bien.

Il inspira, son visage levé vers le ciel.

Hermione, c'était une des rares à se trouver encore en vie. Elle pleurait silencieusement, sa main caressant les boucles cendrées de Nott.

Un mauvais pressentiment lui serra la gorge.

Mais trop tard.

Un spasme de douleur tordit une dernière fois les traits de la Mangemort, et l'on aurait dit que c'était comme si l'on venait de lui arracher le cœur. Puis elle hurla, longtemps, d'un hurlement affreusement strident et déchirant.

Avec ça, des nuages d'une noirceur encre emplirent le ciel et il se mit à pleuvoir d'une vive averse si soudaine que ça en fit tressaillir tout le monde. Le vent soufflait fort, faisant claquer les capes et tournoyer les cheveux pleins de boue et de sang des cadavres. Tout ça en l'espace de six secondes.

Puis Hermione hurla encore, et la totalité des fenêtres de Pré-au-Lard explosèrent simultanément. Les fragments de verre volèrent, se coincèrent sous leurs semelles.

Magie noire.

Harry ferma douloureusement les paupières. Sa baguette visa soigneusement l'arrière de la tête d'Hermione, qui lui tournait toujours le dos, effondrée en sanglots nerveux sans se préoccuper le moins du monde du chaos qui l'entourait.

_ Stupéfix.

Elle peut toujours servir, pensait Harry en cueillant le corps inerte de la traitresse contre sa poitrine

La bonne excuse, songèrent alors les autres.


Une douleur sourde inonda ses membres épuisés, entrant en résonance parmi ses os. Hermione rejeta lentement la tête en arrière, laissant ses yeux balayer la noirceur d'un plafond dont elle ignorait la hauteur, sa respiration reprendre une cadence plus sereine.

Tout – tout allait bien.

Alors, enchaînée à une chaise, seule dans une pièce noire et froide, elle se surprit à rêver d'une époque ultérieure où la guerre lui était encore étrangère.


Extrêmement tard dans la soirée, une des Médicomages poussa enfin la porte grinçante de la salle d'urgences, couvant les deux garçons – à savoir Harry Potter et Fred Weasley – profondément endormis sous une couverture pleine de trous, d'un œil presque attendri. Elle ne devait pas être bien plus vieille qu'eux, mais l'épuisement et la gravité s'échappant de sa personne lui donnaient quarante ans. Ses cheveux blonds étaient tout ébouriffés, et ses petites mains pleines de sang.

Elle s'accroupit au-dessus d'eux pour les tirer de leur sommeil.

_ Elle est vivante, murmura-elle d'une voix soulagée, une fois qu'ils furent parfaitement réveillés. Ginny est vivante.

La petite Weasley dormait dans le lit du fond de l'Entrepôt n°7.

Entrepôt… c'était là où laissait les blessés de guerre y croupir, une fois vaguement rafistolés entre les mains hâtives de Médicomages débordés, jusqu'à ce qu'ils soient en état de tenir debout et tenir une baguette entre les mains, pour mieux les renvoyer dans l'enfer du champ de bataille. Ces endroits étaient de véritables pandémonium, les deux hommes le savaient pour y avoir séjourné un certain temps chacun. Les blessés ne cessaient jamais de gueuler, agonisants, jusqu'à ce qu'on se mette à souhaiter de toutes nos forces qu'ils crèvent enfin.

Elle dormait d'un sommeil tranquille, ses cheveux roux l'enveloppant comme d'un halo de lumière boréale. Sa peau de porcelaine, sa respiration tranquille… Harry aurait pu y voir un ange.

Seulement, il y vit à la place la Balafre.

La tête de Ginny aurait été tranchée net si elle n'avait pas eu l'heureux reflex de se jeter à terre. Mais pas assez rapidement, cependant. Le Diffindo l'avait suffisamment touchée pour qu'il demeure sur sa peau des dommages irréparables. Le Survivant eut le haut-le-cœur.

Une cicatrice immonde barrait sa peau, s'étirant de son arcade sourcilière droite à sa mâchoire gauche, gonflant la peau, défigurant son si beau visage de poupée. Elle était comme morte, Ginny, et Harry s'en sentit tomber de haut.

Saloperie de guerre.

Nott avait bien de la chance d'être mort si aisément. Il ne serait pas montré aussi clément que l'avait été Hannah.

Mais Hermione…

Hermione.

Après avoir tapoté avec compassion l'épaule de Fred, assis au chevet de sa petite sœur, Harry remonta à grands pas féroces l'interminable allée de l'Entrepôt.

Hermione allait payer.

Rejoindre l'escalier principal. Dévaler les quatre étages. Déverrouiller le sceau bloquant les potentielles tentatives d'échappatoire des prisonniers d'un coup de baguette. Retrouver la porte frappée au nombre 73. Tourner la poignée.

Rien de plus dur.

Elle paraissait l'attendre, solidement retenue par des chaînes à une chaise, dos droit, visage vide de toute émotion parasite. Elle tressaillit malgré tout un peu lorsque la porte en fer claqua avec violence dans le dos d'Harry.

_ Maintenant, on va parler, lui dit-il d'une voix dangereusement calme en s'adossant à un mur. Du moins, tu vas parler.

Hermione haussa un sourcil amusé. C'était surprenant de la voir aussi sereine – elle aurait dû être en colère, terrifiée, n'importe quoi, mais calme, ça jamais.

_ Et tu compte m'y forcer, peut-être ? Vas-y, qu'on rigole.

_ Ne me provoque pas, Hermione. Me provoque pas.

Venimeuse, elle le toisa longuement.

_ Tu crois peut-être que que j'ai peur de la torture, de la mort, que j'ai peur de toi et des autres, de vous tous, mais c'est faux. Je ne crains rien.

_ C'est ce que prétendaient chacun de ces Mangemorts passés dans cette salle de torture, et étonnamment, après être passés entre nos mains, ils se trouvaient pourtant tous prêts à nous lécher les bottes pour en finir de leurs supplices. Par exemple, Parkinson.

Cette fois, Hermione réagit avec violence, redressant l'échine et tirant d'un coup sec sur ses liens, comme désireuse de lui sauter à la gorge.

_ Je t'interdis de parler de Pansy !


(PANSY.)

.

Je danse parfois, le soir. Seule dans ma chambre, avec un peu de rock moldu. Mes hanches maigres ondulent d'elles-mêmes, je plonge une main dans mes cheveux crades en me persuadant que je suis encore belle, que je suis encore cette reine des abeilles qui savait séduire d'un claquement de doigts du temps de Poudlard.

Mais au fond de moi, j'ai conscience que cette fille-là n'a pas survécu à la guerre. Cela veut-il donc dire que je suis quelqu'un d'autre ? Il m'arrive aussi de me demander si c'est bien Pansy Parkinson que je fixe dans le miroir.

Je crache une bouffée de tabac vers le plafond.

Continue de danser.

Ne pas s'arrêter.

Ne jamais s'arrêter.

Depuis que nous avons fait tomber, à force de morts et de férocité, le Ministère de la Magie, et, par la même occasion, cloué le Royaume-Uni sorcier à genoux, nous avons pu abandonner nos cellules grises et ridiculement petites aux fenêtres à barreaux pour des appartements infiniment plus spacieux et luxieux. C'en est vertigineux. Avec ça, l'Ordre se fait davantage discret, et peut-être – peut-être bien – qu'on en aura bientôt fini de cette maudite guerre.

Mais on espère pas trop.

C'est dangereux l'espoir.

Ça peut prendre par surprise.

Ça peut tuer.

La Marque ondule paresseusement le long de mon avant-bras, brisant mes rêves et mes illusions, ce foutu serpent noir à tête de mort, et tout ce foutu vert, partout, partout, qui te poursuit jusque dans ton sommeil. Je tire ma manche dessus.

Et puis on sonne à ma porte. Deux, quatre, six fois.

Je finis par aller ouvrir, ma baguette dans le dos. Ne jamais abaisser sa garde. Ne jamais faire confiance. Cette dernière règle, l'arrivée inattendue de Granger parmi les Mangemorts ne nous l'avait que trop bien enseigné.

Et puis, quand on parle du loup.

Draco apparaît, planté fermement sur le paillasson, quelque chose dans les bras. Mon cœur s'affole, mais je n'ai pas le temps d'ouvrir la bouche qu'il me bouscule pour se ruer à l'intérieur de mes appartements.

Il fout du sang partout. Sur la moquette, mes habits éparpillés au sol, les grimoires. Et puis je distingue enfin la chose serrée contre lui. Des boucles sombres, un visage livide. Hermione Granger.

Ça me fait réagir. Je m'approche à grands pas d'une table, et, sans hésiter, renverse par terre d'un large mouvement de bras tout ce qui s'y trouve. Draco, qui peine visiblement à tenir debout, m'aide à l'étendre dessus.

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'Hermione est dans un sale état.

_ Que lui est-il arrivé ? je demande en refrénant la pulsion tentante de me barrer en courant loin de tout ce rouge.

Il semble sur le point de s'écrouler à mes pieds, alors je lui tends une main secourable. Ses yeux me supplient.

_ Lon – Londubat l'a touchée de deux Sectusempra et ça n'a pas raté. Un à l'épaule, l'autre au ventre. Et les Médicomages du coin sont tous débordés, alors… S'il te plaît, dis-moi… dis-moi Pansy que tu peux y faire quelque chose.

Je prends une profonde inspiration.

_ Oui, je peux. Assieds-toi dans ce fauteuil et n'en bouge plus.

Puis je me tourne lentement vers Hermione, qui se vide son sang, le visage couleur craie, les lèvres déjà bleues, et le sombre intense de ses yeux qui semble me bouffer de désespoir et de rage de vivre.

Ouais, rage de vivre. Ce que j'ai perdu, ce qui m'a filé entre les doigts toutes ces dernières années.

Rien que pour ça, elle mérite d'y survivre, je suppose.

Alors je tire ma baguette.

Tu m'en devras une, Grangie.


Un sourire satisfait étira lentement les lèvres de Harry.

_ Alors c'est comme ça que s'est passé ? Le mal, c'est devenu ton chez toi, tu t'y conforte toujours plus. Et ces sales Serpentard… tu te rends compte qu'ils te traitaient de Sang-de-bourbe ? et maintenant, tu les aime tellement, je le vois dans tes yeux… ils nous ont remplacés dans ton cœur, pas vrai ?

_ On avait douze ans, Harry. Dix années ont passés depuis et tu n'as visiblement toujours pas pris conscience que nous n'étions rien de plus que les pions de Dumbledore, tout autant qu'ils étaient perdus dans les idéaux de leurs parents Mangemorts. Combien de temps encore te voileras-tu la face ? Tu pense peut-être que Dumbledore était pour toi un second père, mais à ses yeux, tu n'étais rien de plus qu'un agneau sacrificiel au profit d'une guerre à venir !

Le Survivant perdit peu à peu son rictus au fur et à mesure que les propos d'Hermione grimpaient à ses oreilles. Il secoua la tête, une fois, deux fois.

_ Tais-toi, tais-toi ! C'est toi, la coupable dans l'histoire, pas les autres, pas Dumbledore ! Toi ! C'était un homme bon et tu l'as exécut… !

_ IL A TUE MES PARENTS ! rugit la Mangemort, ses yeux luisants de larmes difficilement refoulées.

Son hurlement de colère surprit Harry, qui se tut, ne la lâchant pas des yeux. Tant de détresse dans sa voix que ça l'avait embrouillé. Il avait un instant songé à la libérer de ses chaînes et le serrer fort, très fort dans ses bras, qu'importe que le reste du monde soit rongé par une guerre sanglante, qu'importe qu'ils soient ennemis, qu'importe qu'elle cherche ensuite à l'assommer, à le tuer.

Mais il ne fallait pas, il ne fallait pas.

Hermione reprit son souffle, avant de dresser son visage vers le plafond en reniflant. Elle parut réfléchir quelques secondes, avant d'ouvrir la bouche :

_ Ginny… est-elle vivante ?

_ Oui. Défigurée à vie, mais vivante.

_ J'aurais aimé que Theo ne lève pas la main sur elle.

_ Tu « aurais aimé » ? releva-t-il en ricanant. Et pour Tonks et Sirius ? Pour Padma Patil ? McGonagall ? Arthur, Molly, Charlie, Bill, Percy et George ? Pour…

_ Ne dis pas son nom. S'il te plaît.

Un fantôme passa entre eux. Ils se dévisagèrent avec une douleur inhumaine, presque avec compréhension.


Elle est toujours là. A l'attendre, la railler, lui faire peur.

Rampante. Pleine d'ombres et de cauchemars refoulés dans le secret de son cœur.

Toujours là pour susurrer au creux de son oreille. Des chuchotis de haine. Rien que ça, parce que c'est tout ce qui lui reste.

Gâchis, tu es un tel gâchis. T-t-t-t. Secourir la veuve et l'orphelin, combattre pour le bon camp, t'y aurais tellement, tellement été bonne.

Et à la place –

_ Tais-toi, crache Hermione en se glissant dans sa chambre.

Ses mains tremblantes ont du mal à verrouiller la porte, elles ne cessent de glisser sur le fer froid.

A la place, te voilà à quoi faire ? Porter la Marque au nom d'un stupide pacte ?

Elle s'écroule de tout son poids contre le parquet, y rampe en frissonnant de tous ses membres. Surtout ne pas s'arrêter, surtout ne pas la laisser envahir ses poumons, sa peau, son âme.

Te voilà tombée si bas.

_ TAIS-TOI !

Stupide, stupide petite fille… Ne comprends-tu donc rien au monde qui t'entoure ?

Elle se traîne tant bien que mal derrière son lit, s'y recroqueville, la joue contre le sol, ses mains plaquées sur ses oreilles.

_ Laisse-moi tranquille, laisse-moi vivre…

Mais ça te ferait trop plaisir, pas vrai ?


(THEO.)

.

Il y a parfois des vérités qu'il vaut mieux ne jamais connaître. C'est ce que j'ai appris le jour où nous avons tous pu découvrir que Snape était en réalité un membre infiltré de l'Ordre.

Stupeur.

Tristesse.

Douleur.

Pour nous, ses Serpentard, c'était une véritable trahison – cet homme qui avait férocement veillé sur nous durant six années se révélait nous avoir menti et ne nous avoir accordé son attention que dans le but de nous soutirer des informations importantes.

En particulier pour moi.

Parce que mon propre père ne m'accordait qu'indifférence et mépris depuis ma petite enfance, je considérais Snape comme tel, parce qu'il avait toujours su s'intéresser à moi, me donner un semblant d'affection, et me soutenir dans des périodes difficiles. Je l'aimais. Véritablement.

Mais tout cela ne s'était avéré, finalement, que mensonge.

Fait inattendu – c'était Hermione Granger en personne qui avait rapporté cette information au Maître. C'était vraiment tombé à pic pour elle.

Deux mois seulement après qu'elle ait assassiné Dumbledore et rejoint les Mangemorts, certains restaient encore dubitatifs de sa sincérité ainsi que de sa loyauté envers Voldemort. Son statut de sang-de-bourbe n'attirait que mépris. Alors quoi de mieux que de prouver son intégrité de cette manière ?

Elle flottait à la droite du Seigneur des Ténèbres lorsqu'on lui amena Severus, vêtue d'une robe et de bottines qui lui conféraient un aspect gothique que je ne lui aurais jamais imaginé, mais la rendaient élégante, attirante. Elle était petite mais avait de la présence. Ses boucles rougeoyaient à la lueur des lustres. Elle balayait des yeux l'assemblée soumise d'un regard froid, mais je la devinais facilement rayonnante de triomphe.

Avant d'être traîné ici par les cheveux, Snape avait été roué de coups avec un enthousiasme frisant le délire pur par Dolohov et Rockwood. Les deux Mangemorts s'étaient tant acharnés sur lui que le résultat faisait frissonner. S'étalant sur le dallage avec une plainte inaudible de douleur, notre ancien professeur de potions faisait peur à voir. Ses yeux peinaient à s'ouvrir, atrocement violacés et gonflés, et des hématomes rouges, violets, jaunes, verts, bleus pleuvaient sur sa peau. Il devait avoir une côte brisée, car il semblait souffrir le martyre chaque fois qu'il tentait de se redresser sur ses pieds.

Alors, recroquevillé à quatre pattes à terre, Severus Snape parut se résigner à son sort.

_ Severus, susurra le Maître. Moi qui t'ai accordé mon entière confiance, moi qui me suis montré si bon avec cette espèce vermine répugnante que tu étais avant que je ne t'accueille dans ma famille. Tu m'as énormément déçu.

Le traître ne rétorqua rien à cela. Sans doute avait-il conscience que son destin était déjà scellé, et qu'il ne servait donc à rien de le reculer davantage.

_ Je regrette d'avoir pris pitié de toi.

_ Comme moi je regrette de m'être agenouillé devant un crétin sans foi ni loi.

Un silence stupéfait accueillit les paroles cinglantes de Snape, avant de céder à une angoisse à en vomir. Il ne valait mieux ne jamais mettre le Maître en colère. Jamais.

Mais Voldemort se contenta de sourire.

_ Ce « crétin sans foi ni loi », comme tu dis, est sur le point de remporter cette guerre, Severus. Et de tuer une par une chaque personne à laquelle tu tiens sur cette terre. Lentement, douloureusement.

Le professeur demeura imperturbable, mais je vis ses poings se resserrer imperceptiblement.

_ Il ne me reste personne. Vous les avez déjà abattu jusqu'au dernier.

_ Oh, siffla le Mage Noir d'une voix moqueuse. Serait-ce le nom de cette sale sang-de-bourbe de Lily Evans que je perçois derrière tes propos ?

_ Trouvez-y plutôt une promesse. Dumbledore. Black. Le jeune Diggory. Tout cela ne demeurera pas impuni. Jamais.

Les yeux reptiles du Lord glissèrent de Severus jusqu'à Hermione, immobile à ses côtés. Elle croisa son regard, pencha légèrement la tête sur le côté.

_ Le garçon ne peut rien contre moi, répliqua-il. Je lui ai volé ses parents, Poudlard et sa plus proche amie. Et nous savons tous qu'il n'est en rien bâti pour commander sur les champs de bataille, qu'il n'y connaît rien.

_ Peut-être, reconnut Snape avec un sourire mystérieux pour lui courber la bouche. On raconte que c'est l'amour qui saura vous vaincre, mais je pense plutôt que, une fois que Potter et ses amis n'auront plus rien à perdre, et qu'il ne leur restera plus que la haine, ce sera elle qui aura raison de vous.

Cette fois-ci, Voldemort en parut irrité et attira l'attention d'Hermione d'un claquement de doigts dédaigneux. Celle-ci avança d'un pas, tira sa baguette d'un mouvement fluide.

Snape dressa le menton et planta ses yeux dans ceux de Granger.

_ Adieu Severus, sourit cruellement le Seigneur des Ténèbres.

J'avais détourné les yeux avant que l'Avada Kedavra ne frappe de plein fouet Severus. Avec l'envie bizarre de chialer toutes les larmes de mon corps.


_ Qu'est-ce qu'on est devenus, Hermione ? Toi et moi. On – enfin, j'aurais jamais pu imaginer que les choses se passeraient ainsi.

Quelque chose s'adoucit dans l'expression dure de la Née-Moldue. Elle dodelina lentement de la tête, semblant y réfléchir.

_ Des adultes, je suppose.

_ Tu veux dire des meurtriers… on répand le malheur partout où on passe, on se réjouit de la mort et des souffrances des autres. C'est terrible.

_ Ça s'appelle la haine, Harry. La vraie.


(HERMIONE.)

.

Il était une fois une petite fille qui rencontra ses rêves les plus fous. Elle était sans histoire, vous savez ? Des parents qui l'aimaient, une peur puérile du noir et d'excellentes notes à l'école.

Et puis un jour, une femme plutôt âgée vint frapper à leur porte, brisant en morceaux sa petite vie tranquille et toutes ses croyances fraîchement gagnées, maintenant qu'elle ne croyait plus au Père Noël ni à la Petite Souris, et « Bonjour, est-ce ici qu'Hermione Granger vit ? ». Et puis la Magie, les grimoires, les gallions, les hibous, le train rouge pétard, l'immense château appelé Poudlard, le Choixpeau et son ventre serré d'angoisse, Gryffondor… Tout s'était enchaîné avant qu'elle n'ait eu le temps de dire « ouf ».

Et puis Harry et Ron. Elle devint amie avec eux d'un claquement de doigts, avec la même intensité qu'ils s'étaient détestés les mois précédents. Harry, son meilleur ami, et Ron son futur mari. C'était écrit d'avance.

Tout allait bien trop vite. La vie filait comme un train au sommet de sa vitesse. Les mois, les années.

Il était une fois une jeune fille qui vit ses parents mourir. La cendre volante, et son sang qui se glaça dans ses veines. Elle ne s'y attendait pas, elle regarda autour d'elle, étonnée mais pas vraiment triste, et puis ce furent tous ces regards chagrinés autour qui lui firent brusquement comprendre.

Elle éclata en sanglots hystériques et ne fut plus jamais la même.


Magoo : Coucou, et merci énormément pour ta review;) Je suis vraiment contente que tu aimes cette histoire. Voici la suite, n'hésite pas à me dire et ce que tu en penses. Bisous et à la prochaine3


Une petite review ? ça prend au pire deux minutes et ça me juste hyper plaisir.

Lybeah.