Yo !

Vais-je toujours laisser passer un mois avant chaque chapitre ? Grande question. Aujourd'hui c'est le fait de savoir qu'une personne pour qui j'ai une immense estime a apprécié cette histoire qui m'a motivée, et j'espère que ça continuera de me motiver.

Pour me faire pardonner, le chapitre est un chouï plus long que les autres.

Merci beaucoup à Razhensha Raven, Saiken-chan, Mypple, Lucky-Holmes8 et Stalia pour leurs reviews, je les chéris et je les adore.

Stalia : Je suis contente que l'histoire t'intrigue, et j'espère qu'elle continuera de le faire. Et bien entendu qu'il y a une suite !

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C'est bon, tu peux mourir heureux. En fait, tu préfèrerais mourir maintenant, tout de suite, immédiatement, là, dans la seconde, parce que ça t'éviterait de te coller cet air stupide de poisson devant les phares d'une voiture.

Marinette.

T'a.

Fait.

La.

Bise.

Certes, ce n'est pas si spécial que ça, après tout elle fait la bise à Alya et à toutes les filles de la classe – sauf Chloé, parce que … Chloé – tous les jours. Mais à toi ? Jamais. Elle est encore en face de toi, au milieu de la cour, et quand elle te glisse un léger « Merci pour les deux portraits. » avec un sourire mi-gêné mi-complice, tu te dis qu'il serait peut-être temps que tu réagisses. Test numéro un : la voix. Erreur 404, les cordes vocales ne répondent plus. Tu essaies un sourire, mais ta bouche se tord plutôt en une sorte de grimace indéfinissable. Tu te demandes un instant s'il existe des cours de contact social, mais te contentes d'acquiescer. La bonne nouvelle, c'est qu'elle a l'air gêné, elle aussi. Quoique, tu ne sais pas vraiment si c'est une bonne chose, en fin de compte. Parce qu'aucun de vous deux n'est apte à détendre l'autre, dans l'instant.

« Mais, dis-moi … »

Sa voix te fait sursauter. La gêne tord un peu ses jambes.

« Comment … comment tu as su ? »

Tu t'attendais à cette question, d'autant que si tu n'es pas un génie, tu aimes à penser que tu es parfois un peu plus lucide que la moitié des gens. Comme tu n'as aucun mensonge valable en stock cependant, tu n'as d'autre choix que d'admettre ta nature de stalker, un peu fier tout de même de pouvoir affirmer que tu es bon dans ce que tu fais.

« En te dessinant, bien sûr. »

Tu t'auto-check mentalement pour ne pas avoir bafouillé, et elle branle doucement du chef, assimilant l'information. La première sonnerie retentit, et vous vous dirigez d'un même pas vers la salle de classe, où tous vos camarades sont déjà ameutés. Juste avant d'entrer, elle te demande, tout bas,

« Ça te dirait qu'on se voie après les cours pour … en parler ? »

, et tu fais oui de la tête, par réflexe. Tu remontes jusqu'à ton bureau, et l'information trouve enfin ton cerveau. Tu remercie le bois de ta chaise, pour t'empêcher de te ramasser lourdement la gueule. Bon sang. Cette invitation, c'est presque … un rendez-vous.

Et tu te dis à nouveau : c'est bon, je peux mourir en paix.

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Marinette se laisse reposer sur son coude, expulsant un demi-soupir sous le regard interrogateur de son amie. Elle se demande si elle devrait parler de toute cette histoire à Chat Noir, mais repousse vite cette idée. Il peut être un garçon adorable et de bon conseil, elle sait bien que tout ce qu'il fera, c'est de se montrer jaloux, quelque chose comme « Lui, il a le droit de savoir et pas moi ! ».

Elle s'en veut un peu, parfois, de le laisser avec ses interrogations, mais ce n'est pas comme si elle pouvait lui dire qui elle est. Et même, qu'est-ce que cela changerait ? Il serait déçu, sûrement. Elle n'est pas aussi exceptionnelle que Ladybug. Jetant un léger regard au fond de la classe, elle sourit doucement. Elle est heureuse, en un sens, que ce soit lui qui aie découvert son identité, et pas seulement parce qu'il gardera le silence. Elle sait que d'une, il ne juge jamais les gens avec méchanceté, et est toujours plein d'indulgence, et qu'il a été amoureux d'elle. De Marinette, juste Marinette, la simple fille avec une vie normale.

Elle n'a même pas vraiment d'appréhension, en fait. Alya aurait fait tout un plat de cette histoire, aurait sans doute voulu le dire à tout le monde sur son blog – elle aurait cru bien faire, certes, mais ce n'est pas la question –, Chat Noir aurait été déçu – et ne parlons même pas de Chloé, sa soi-disant plus grande fan – et Paris … Paris se rendrait compte que son salut tient dans les mains d'une adolescente tout ce qu'il y a de plus banale. Ô joie.

Marinette se retourne vers sa voisine, qui ne semble pas l'avoir lâchée du regard depuis le début du cours, un sourcil levé – et si elle restait bloquée dans cette position ? –, et comprend que la récréation n'aura rien de reposant.

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Jetant un coup d'œil à ton porte-monnaie, tu vérifies que tu as de quoi l'inviter boire un verre. Certes, ce n'est pas vraiment un rendez-vous reste que, ça t'angoisse. Tu suggère à tes mains de se calmer, au risque d'avoir l'air – pour changer – d'un parfait idiot. De loin, tu la vois saluer Alya de la main, et l'indolente élégance du geste te donne envie de l'immortaliser sur papier. Avant même que tu aies pu t'en rendre compte, elle est à tes côtés, et tu sursautes presque.

« On y va ? »

Acquiesçant – elle va finir par croire que tu es muet – tu prends la tête de la marche, tu as déjà une idée d'où tu veux l'emmener. Un café sympa, sur une petite place fleurie, où tu vas souvent pour dessiner les clients.

Le trajet se passe en silence, et tu te dis que ça doit la déranger, puisqu'elle se met à chantonner un air lent. Reconnaissant la mélodie, tu ouvres de grands yeux. À vrai dire, tu ne pensais pas qu'elle écoutait ce genre de musique. Un éclair de compréhension te saisit. Vous êtes dans la rue d'Alésia. En fait, elle ne s'ennuie peut-être pas. Quand arrive la seconde voix du duo, tu chantes à moitié, tu parles à moitié de ta voix la plus grave – parce que tu ne sais pas screamer, mais alors vraiment pas du tout – et c'est un peu – pas mal – faux, mais ça suffit à lui arracher un sourire, un sourire de Marinette, alors tu continues en yaourt sur les paroles que tu ne connais qu'en partie.

Les gens vous regardent étrangement, comme on regarde des créatures qu'on n'identifie pas tout à fait, mais qui titillent notre curiosité, et à ses yeux tu comprends qu'elle s'en fiche. Peut-être parce qu'elle est versée dans l'art, peut-être parce qu'elle est Ladybug. Tu te mordilles la lèvre. C'est incroyable qu'elle soit capable de tant de maturité, avec tout ce poids sur ses épaules.

Vous arrivez dans un silence nouvellement presque confortable devant le Septième Ciel, où une jeune femme, pleine d'entrain, vous installe en terrasse. C'est en partie pour elle que tu viens ici, pour sa capacité à être proche de ses clients sans jamais les mettre mal à l'aise, sans fouiner. Vous vous asseyez et tu sens que tu devrais – que tu dois – parler. Tu t'éclaircis malhabilement la gorge, ce qui te fait tousser, puis t'étouffer avec ta salive, puis tousser à nouveau. Marinette se retient de rire, et tu fronces les sourcils, vexé. Elle pince les lèvres et lève les mains en signe de paix. Finalement, c'est elle qui parle.

« Donc … quand est-ce que tu as su que j'étais Ladybug ?

—Il y a un peu plus de deux semaines. »

Elle cligne lentement des yeux en signe d'approbation et bon sang, ses cils semblent des fils de soie, si fins et vaporeux que tu te demandes comment ils peuvent bien tenir. Fins, délicats, mais forts. Comme elle.

« Et tu … ne vas en parler à personne, pas vrai ? »

La question te vexe un peu. Te croit-elle incapable de garder un secret ? Son soda arrive, et comme elle prend la paille entre ses lèvres avec d'infinies précautions, tu comprends que ça ne lui plait pas d'avoir à te demander ça, mais qu'elle le doit.

« Bien sûr que non. »

Tu voudrais répondre plus, faire de longues et belles phrases, mais ton incapacité à formuler une pensée décente et correcte grammaticalement en sa présence te retient. La ligne de ses épaules s'abaisse en un souffle : elle se détend. Une question te turlupines et, tant qu'à faire – de toute façon ce n'est pas comme si vous aviez une quelconque relation que tu pourrais endommager. Ah – tu la poses.

« Pourquoi … pourquoi tu le caches ? »

Elle fronce les sourcils. Elle ne devait pas s'attendre à cette question, qui, pour toi, s'impose. C'est vrai, pourquoi donc garder pour elle sa vie incroyable ? C'est bien la seule chose que tu ne comprends pas chez les super-héros.

« Je suis Marinette, Nathanaël. »

Tu sens bien que pour elle, ça explique tout, mais tu dois bien avouer ne pas la suivre. Comprenant ta pensée, elle soupire, et continue son explication.

« Je veux dire … je suis juste Marinette, une fille banale, une gamine, presque … qu'est-ce que les gens penseraient ? »

Elle a un rire un peu amer, et ton thé prend un goût insipide, le temps d'une seconde.

« Ça n'est pas rassurant, quand même, de devoir sa sécurité à … à moi. »

Ça t'étonne – non, en fait, pour être tout à fait honnête, ça te troue le cul – comment cette fille, cette fille passionnante qui est à la fois Marinette et Ladybug peut-elle douter un instant d'elle-même ?

« C'est ce que tu crois ?

—Eh bien, je …

—Mais c'est insensé ! »

Tu rougis un peu, d'avoir élevé la voix. Tu ne fais jamais ça en public. Devant tes parents, parfois, mais ce sont tes parents.

« Je veux dire, tu es …

—Ladybug, oui, mais ça ne change rien …

—Non, tu es Marinette, et c'est déjà énorme, tu es sûrement la personne la plus digne de confiance que je connaisse. »

Tu fais une pause, reprenant ton souffle, mettant de l'ordre dans tes pensées. Tu évites soigneusement son regard – c'est tout sauf le moment de bafouiller.

« Bien sûr, tu es aussi Ladybug, et c'est encore plus incroyable, mais honnêtement, s'il y a une personne à qui je devais confier ma vie, ce serait toi. »

Tu te dis que ça sonne comme une déclaration –c'en est même peut-être une – et tu remarques qu'elle rougit un peu. Il serait plus exact de dire que ses joues rosissent doucement, éclairées par le soleil descendant lentement, qu'un éclat dans ses yeux baissés capte le regard et que ses lèvres, rouges d'avoir été trop pincées, s'écartent à peine sur une protestation silencieuse. Elle ne dit plus rien – en même temps, qu'est-ce que tu aurais répondu, toi, si quelqu'un t'avait dit ça ? – et semble balayer le sujet d'un battement de cils.

Ça fait longtemps que tu y penses, alors aujourd'hui, tu vas le faire. Tu prends une gorgée de ton thé de Yunnan – dans le vain espoir que cela te confère un tant soit peu de courage – et remet ta mèche en place.

Tu lances une conversation.

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Et voilà pour ce chapitre !

Pour la chanson citée, il s'agit d'Alesia d'Eluveitie, un groupe de Metal celtique, que je trouve tout bonnement excellente et que je chantonne à chaque fois que je vais dans ce coin du quatorzième (oh, et tant qu'on y est, le Septième Ciel est un bar dans Final Fantasy VII).