Chapitre 2: Un jeu cruel.
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Le temps était comme figé. Le silence dans la salle n'était qu'entrecoupé par les sanglots de désespoir d'une élève. Kazumi ne savait pas qui c'était. Elle supposa qu'ils venaient d'une des filles dont elle ignorait le nom, car les pleurs semblaient venir du fond de la classe. Tournant légèrement la tête de côté, elle observa les réactions de ses camarades de classe. Evangeline fixait un point invisible quelque part devant elle, aucune émotion ne transparaissant sur son visage. Fumika, la plus jeune des jumelles se faisait aussi petite qu'elle le pouvait sur sa chaise. Setsuna, dont le nez continuait de saigner abondamment, lançait un regard chargé de haine sur l'homme. Asuna, elle, semblait à deux doigts de se lever et se mettre à hurler. Kazumi pria silencieusement pour qu'elle n'en fasse rien. Ils avaient déjà assez de problème comme ça.
L'homme au manteau noir se tenait toujours devant eux, fermement planté sur ses deux jambes. Kazumi pouvait sentir la puissance émaner de lui. Elle ne doutait pas un seul instant qu'il fût capable de briser le dos de n'importe lequel d'entre eux d'un simple mouvement. Et elle ne doutait pas non plus qu'il y prendrait un malin plaisir si qui que ce soit lui en laissait la possibilité.
«Ce mec est taré…Il faut qu'on trouve un moyen de se tirer d'ici…mais comment faire ?»
Tandis que la jeune fille réfléchissait à tout allure, l'homme reprit la parole.
-Aha…Apparemment, cette demoiselle sait ce qui se prépare. Siffla-t-il perfidement en désignant du menton la fille en pleurs. Alors…Tu veux leur expliquer ? Hein ? Tu veux bien leur dire ce qui vous attend ? Va-y, j'économiserai mon énergie. Ca ne vaut pas la peine que je me fatigue pour des enflures comme vous. Alors PARLE !
La fille tenta de se reprendre, respirant fortement et reniflant à plusieurs reprises. Elle releva sa tête et essuya maladroitement les larmes qui maculaient ses joues.
-C'est à cause de vous…souffla-t-elle.
-Pardon ?demanda l'homme.
Prenant soudainement une grande inspiration, la fille s'écria:
-C'est à cause de vous que mon frère est mort ! Vous l'avez envoyer à la mort ! Il n'avait que quatorze ans ! Vous n'êtes que des enfoirés !
Kazumi vit l'homme serrer ses poings en entendant ces paroles. Rapide comme l'éclair il se déplaça jusqu'au bureau ou se tenait l'effrontée. Celle-ci avait perdu le courage qu'elle avait un court instant rassemblé et se tenait recroquevillée sur sa chaise.
L'homme commença à s'abaisser à son niveau jusqu'à ce que son visage fut exactement à la hauteur de celui de la jeune fille.
-Aurais-tu le culot de répéter ce que tu viens de dire ? Dit-il.
-Je…vous…Mon frère est mort à cause de vous. A cause de cette saloperie de Programme !
Kazumi vit très clairement l'homme se mettre à trembler de rage. Elle eut peur qu'il réagisse au quart de tour et mette k.o la fille. Mais il n'en fit rien. Elle le vit alors se relever et dominer de toute sa hauteur l'élève. Lorsqu'il se mit à parler, sa voix tremblait de rage.
-Peut être bien que ton frère était trop idiot pour s'en tirer…car vois-tu, dans ce jeu, seuls les plus malins et seuls les plus déterminés peuvent s'en sortir. Si il est mort, ce n'est pas une grande perte. Maintenant écoutez moi tous !
Il retourna devant le tableau noir et fit de nouveau face à la classe toute entière.
-Je n'ai pas de temps à perdre alors ouvrez grandes vos esgourdes. Voici les règles. Vous allez tous recevoir un sac. Dans ce sac vous trouverez des provisions, une carte de l'île ou nous nous trouvons…Ah tiens ? Aurais-je oublié de mentionner que nous sommes sur une île déserte ? Dit-il en voyant la mine surprise et catastrophée des jeunes. Et bien maintenant c'est FAIT ! Oui, vous vous trouvez en ce moment même sur une petite île dont tous les habitants ont été évacués en vue de ce Programme. Vous êtes donc seuls, inutiles d'aller frapper à la première porte que vous verrez, ça ne sert à rien. Vous ne pourrez compter que sur vous. Est-ce bien clair ?
Silence dans la salle. Kazumi vit Konoka échanger un coup d'œil affolé vers Setsuna.
-Bien. Donc, je reprends. Je disais que vous trouverez dans chaque sac des provisions, une carte de l'île, une boussole et une arme. Eh oui, il vous faut bien des armes si vous voulez pouvoir vous tuer les uns les autres. Mais les armes ne sont pas toutes de même nature…Vous en trouverez certaines idéales pour le combat, et d'autres qui se prêteront plus à un usage dirais-je, moins directe. Mais ce sera le hasard qui décidera sur quelle arme vous tomber. Ainsi, les filles auront autant de chances que ces messieurs de finir finalistes.
«Des armes…pensa Kazumi. Alors ça y est ? On va vraiment le faire ? On va vraiment devoir faire…Ça»
Elle ne voulait même pas y penser. Elle voulait échapper à ce problème le plus longtemps possible. Mais il fallait être réaliste. Ils allaient tous y être très bientôt confronté. Et alors à ce moment là…
-A présent, passons aux choses sérieuses. Le jeu dure trois jours. Vous avez donc septante deux heures pour vous entretuer. Il ne doit y avoir qu'un seul survivant. Un seul et unique survivant parmi vous tous. Si cela n'est pas le cas tous les colliers que vous portez autour de vos cous exploseront. Il n'y aura donc en ce cas aucun survivant, ce qui serait dommage, alors essayez de faire en sorte que cela ne se passe pas de cette manière. Autre chose: si au bout de vingt quatre heure il n'y a eu aucun morts, nous vous ferons tous sauter aussi. Ah oui, j'oubliais : vous ne pouvez pas enlever vos colliers. Si vous tenter quoi que ce soit pour vous en défaire, nous vous supprimerons aussitôt.
Un frisson de peur traversa chacun des élèves présents. Automatiquement, la plupart portèrent leur main à leur cou pour tâter le métal froid.
-Ces colliers nous permettent également de vous localiser et de contrôler votre pouls, ainsi nous saurons exactement si vous êtes morts ou vivants.
Ensuite passons aux déplacements. Vous êtes libres d'aller ou vous voulez. Du moins au début. Vous pouvez allez à l'encontre des autres pour vous faire des alliés si vous le désirez ou bien vous pouvez rester seuls si vous avez plutôt l'âme d'un loup solitaire. C'est à vous de voir. Chaque choix à ses avantages et désavantages.
Kazumi se demanda immédiatement ce qu'elle ferait…et se rendit compte qu'elle n'en avait aucune idée. En réalité, ses pensées étaient trop embrumées pour lui permettre de réfléchir clairement à la situation.
-Passons maintenant aux zones interdites. Chaque jour, quatre fois par jour pour être précis, je m'adresserai à vous par des hauts parleurs disposés partout sur l'île. Je vous donnerai alors le nom des morts et les coordonnées des zones qui seront à éviter. Ces zones, comme je l'ai dit avant, portent le nom de zones interdites. Ces zones servent à ce que les trouillards ne se planquent pas sans arrêt en attendant la fin du jeu. Si vous vous trouvez à un moment dans une de ces zones, une alarme se déclenchera à votre collier. A ce moment là, vous aurez tout intérêt à déguerpir le plus vite possible et à quitter la zone dangereuse parce que sinon…BOUM ! Votre collier explosera et vous avec. Notez bien également que la zone dans laquelle nous nous trouvons en ce moment deviendra interdite vingt minutes après le départ du dernier d'entre vous.
Sur ces mots l'homme s'arrêta et sembla reprendre son souffle.
Kazumi eut soudainement envie d'arracher ce collier qui l'entravait. Observant ses amies, elle vit que la plupart d'entre elles promenaient également leur doigts sur leur collier, mais n'osant pas le prendre à pleine main de peur qu'il n'explose.
Setsuna s'était sensiblement rapprochée de Konoka dans un vain espoir de la rassurer. Evangeline échangeait des regards avec Chachamaru. Ayaka semblait faire tout son possible pour rester forte, mais elle ne pouvait cacher l'angoisse qui transparaissait sur son visage. Les jumelles laissaient libre cour à leur larmes. Chisame tremblait légèrement. L'inconnue à côté de la reporter serrait le bois de son bureau entre ses mains.
Kazumi elle-même ne savait pas comment elle aurait dû réagir. Elle hésitait entre pleurer, hurler ou foncer hors de la classe et laisser tout derrière elle. Mais on ne lui en laissa pas le temps. Elle entendit soudainement une chaise racler le sol et des pas précipités. Tournant la tête, elle eut le temps de voir un des garçons qui se trouvait auparavant au fond de la classe se précipiter vers la porte. Elle pu lire sur son visage une panique foudroyante. Au moment ou il allait passer la porte et réussir à s'échapper, l'homme tendit le bras à l'horizontal dans la direction du jeune garçon et tira avec un pistolet.
La balle frappa en plein dans la tête de l'élève qui fut propulsé contre le mur sous la puissance du choc. Du sang gicla contre la paroi blanche. Le garçon, qui tenait debout appuyé contre le mur tomba lourdement et ne bougea plus. Des cris éclatèrent un peu partout dans la salle à la vue du sang qui s'écoulait le long du mur de la salle. Quelqu'un que Kazumi ne pu voir se mit à vomir. Les plus proches du cadavre devait avoir une vue peu réjouissante…Bien qu'elle ne puisse en juger avec ses propres yeux, elle aurait parier que le sang n'était pas la seule matière à avoir giclé hors du crâne fracassé. Cette fois ci, elle vit que même Evangeline avait perdu sa légendaire assurance.
-Bien. Normalement, je devrais pas tuer. Le jeu perd de son intensité lorsqu il y a moins de participants. Celui là aurait pu faire des dégâts parmi vous si il avait pas perdu la tête tout d'un coup. Bon, à présent assez perdu de temps. Nous allons vous donner vos sacs et ensuite le jeu débutera.
Au moment ou il termina sa phrase, des militaires armés jusqu'aux dents firent irruption dans la pièce en traînant derrière eux un chariot contenant des sacs.
Tous suivirent ce cortège sinistre des yeux, n'osant dire un mot. Les militaires s'arrêtèrent devant l'autre homme et se placèrent chacun d'un côté du chariot.
-Quand je vous appellerai, vous viendrez chercher un sac. Dès que vous aurez quitter cette salle, le jeu commencera.
Des murmures de frayeur s'élevèrent un peu partout dans la salle. Qui allait être appeler en premier ? Que faudrait-il faire ? S'en aller tout de suite ? Attendre ses amis ? Pouvait-on avoir confiance dans un jeu pareil ? Et qui fallait-il craindre ? Kazumi vit bon nombre de personnes se dévisager. Chacun essayait de se faire des alliés sans même élever la voix. Chacun tentait de deviner ce que pensait les autres.
-Fumika Naritaki! Annonça soudainement l'homme.
«Oh la pauvre…»songea Kazumi.
Fumika était la plus jeune des jumelles et elle était très sensible. En la voyant marcher à pas tremblants vers l'homme, Kazumi ne pu s'empêcher de penser qu'elle avait peu de chances de s'en tirer seule.
Lorsque la fillette fut devant le reste de la classe, un des militaires pris un sac au hasard dans le tas et le lui lança avec une telle force que la pauvre tomba à terre. Se relevant, Fumika se tourna vers le reste de la classe et leur jeta un regard terrifié. Puis, saisissant son sac à deux mains, la fillette se dirigea vers la sortie en évitant soigneusement de marcher dans le sang qui s'était répandu sur le sol près du cadavre. Une seconde plus tard elle avait passé la porte et avait disparu du champ de vision des autres.
-Fûka Naritaki!
A son tour, l'autre sœur se leva précipitamment et empoigna le sac qu'on lui lança. Elle courut à toute vitesse vers la porte avec l'intention de rattraper sa jumelle. Elle n'accorda pas un regard au reste des élèves.
-Ayaka Yukihiro !
Tous les regards convergèrent vers la déléguée de classe qui se leva et s'avança très digne vers le militaire. Lorsqu'on lui envoya son sac, elle le rattrapa d'une main sûre puis se tourna vers ses amies.
-Ecoutez-moi vous toutes. On va trouvez un moyen. Je vous le promet. Ne faites rien d'irréparable…
Et elle s'en alla sur ces mots, sans se retourner. Kazumi ne pu empêcher une bouffée de respect de monter en elle. Même dans une situation pareille, malgré le danger et la mort imminente, elle gardait son sang froid.
-Setsuna Sakurazaki!
Kazumi vit la kendoka se baisser vers Konoka et lui adresser quelques mots. Cela fait, elle se dirigea à grands pas vers le devant de la classe, prit son sac et disparu de la salle.
-Fuyumi Etô!
La fille inconnue qui se trouvait à gauche de Kazumi se leva alors. D'une démarche souple et confiante, elle s'approcha du chariot ou se trouvaient les sacs. Ses cheveux noirs intense tombaient jusqu'au bas de son dos. Ses yeux n'exprimaient qu'une grande détermination. En voyant cela, Kazumi se dit qu'il vaudrait mieux se méfier de cette inconnue. Celle-ci, après avoir récupéré son sac, partit rapidement laissant les autres apeurés et étonnés devant une telle nonchalance.
-Sakura Manase !
Une autre inconnue s'avança du fond de la classe. C'était la fille qui avait parlé avant. Celle dont le frère était mort pendant le jeu. Bien que ses joues soient encore un peu luisantes des larmes qu'elle avait versées peu avant, son regard n'exprimait que de la haine. Elle s'empara de ses affaires et après un dernier coup d'œil plein de rage à l'homme, elle s'enfuit en courant de toutes ses jambes.
-Kazumi Asakura!
Entendant son nom, la jeune fille se leva sur ses jambes tremblantes.
«Ça y est…»pensa-t-elle.
C'était à son tour.
S'avançant avec prudence, elle jeta un coup d'œil derrière elle. Asuna lui adressa un signe de la tête pour l'encourager et Konoka lui sourit faiblement.
L'un des militaires lui balança alors son sac. Elle le rattrapa de justesse puis commença à marcher vers la porte.
Elle allait bientôt sortir.
Elle allait bientôt peut être mourir.
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Et voilà pour le deuxième chapitre ! Commentaires s'il vous plaît ? Aimer ou pas aimer ?
Pour le chapitre suivant, vous aurez une fiche avec la liste des élèves et leur profil.
