2- État de faits

J'étais installée derrière Ino. Une fenêtre, à ma gauche, donnait sur la grande cours pavée où quelques cerisiers perdaient leurs fleurs sous le vent printanier. Devant le large tableau noir Kakashi-sensei faisait l'appel mais je n'écoutais pas. Je saurais bien assez tôt le nom de tous mes camarades de classe et je passerais un an à leur côté. Une année que je pressentais difficile. L'atmosphère qui régnait en ce moment même humait une ambiance quotidienne lourde, presque électrique. J'étais mal à l'aise. Être une pièce rapportée n'avait absolument rien d'agréable et je regrettais déjà la sympathie des élèves d'Izumo. J'étais glacée par les regards des gens de la capitale, si la perspective de pouvoir être librement au côté de Neji ne me soutenait pas, j'aurais sûrement fait des pieds et des mains pour retourner dans ma ville natale.

Lorsque de nouveau je prêtais attention à Kakashi-sensei, il distribuait des informations au sujet d'une fête qui aurait bientôt lieu au lycée: la fête du sport. Je soupirai. J'étais tellement bonne en sport que je trouvais toujours le moyen, soit de me blesser, soit de de me ridiculiser. Il n'y avait que deux disciplines où j'excellais. L'une était assez féminine pour m'aller comme un gant. La seconde était celle que mon père s'était acharné à m'apprendre selon la tradition familiale. Malgré mon peu de disposition et mon manque d'enthousiasme, il avait été intraitable et je l'en remerciais car je m'étais sortie de nombreuses situations embarrassantes grâce à son entêtement.

Soudain un grand fracas fit sursauter l'assemblée. Jiraya-sensei venait de faire son entrée magistrale et nous observait de haut, l'air sévère, les quelques rides de son visage crispées par un sérieux qui n'allait pas avec la bonhomie de son physique et contrastait avec l'image qu'il m'avait donné dans la salle des professeurs. Kakashi-sensei sourit à son collègue puis se retourna vers la classe:

- Bien, il semblerait que je doive céder la place. Une dernière chose, Ino, J'ai vu que tu partageais ta chambre avec Hinata à l'internat. Je te charge donc de l'aider à trouver ses repères à Konoha. Tu passeras me voir à la prochaine pause, je serai au bâtiment des dernières années, dans la classe trois. Je te donnerai quelques documents à lui transmettre et lui expliquer. Okay blondinette?

- Oui sensei

- Bon ben, à plus les mecs et bon courage, le vieux est en forme aujourd'hui!

Jiraya-sensei éclata d'un rire presque effrayant et donna une grande claque dans le dos de Kakashi quand celui-ci passa à ses côtés. Puis, il prit place derrière le bureau sur l'estrade. Il installa ses affaires avant de jeter un coup d'œil circulaire dans la pièce et s'arrêter sur moi. Il me dévisagea, ses lèvres s'étirant peu à peu en un sourire qui me parut machiavélique. Je frissonnais. Cet homme était doté d'un charisme fou, à la fois attirant et inquiétant. Il se pencha un peu vers l'avant et entama son cour d'un voix forte et énergique.

- Pour notre nouvelle élève, je me présente, Jiraya, prof de japonais. Je suis tout simplement le meilleur et tu vas adorer mon cour! Même ce cancre de Naruto c'est amélioré grâce à moi!

La classe entière éclata de rire. Mais si les garçons y allaient d'un rire franc et joyeux, les filles ricanaient sous cape, visiblement moqueuses. Je souris timidement avant d'acquiescer. Le professeur fronça les sourcils.

- Et bien jeune fille! Timide? Debout! s'exclama Jiraya l'air furieux.

Je fus si surprise par son brusque changement d'humeur, que je me levais, bondissant comme un ressort. L'intonation de sa voix avait remué mes souvenirs d'Izumo. Les ordres secs de mon père, sa perpétuelle colère, son autorité sans commune mesure avaient guidé mes gestes de l'instant. La chaise tombée dans un bruit fracassant, ma tenue hiératique, presque militaire, la première surprise passée, provoqua l'hilarité de la majorité... de tous les garçons. Je me sentis rougir et les larmes brûlèrent mes yeux. J'étais en colère, contre moi, contre ce professeur, contre ces élèves...

- Votre nom, demanda-t-il sèchement.

- Hinata Hyûga, répondis-je dans un murmure

- Je ne vous entends pas!

- Hinata Hyûga, répétai-je plus distinctement.

Ma voix a toujours été basse et douce. Aujourd'hui, devenue adulte, mon père me le reproche encore.

« On dirait que tu n'as aucune énergie! »

« Ne t'étonne pas si les gens te marchent dessus! »

Mais face à ce professeur, je sentais que je tenais une arme importante. Son air s'adoucit, un sourire fendit son visage carré et lorsqu'il reprit la parole, sa voix avait retrouvé ce ton enjoué qu'il avait au tout début.

- Tu viens d'où?

- Izumo, sensei.

- Oh, je vois! Scolarisée dans un petit lycée de province sans grandes envergures, je présume? Tu vas avoir du mal ici! Le niveau est autrement plus élevé... Tiens, reste debout, tu vas me faire la lecture du texte! Prends ton manuel à la page 137.

- C'est que sensei...

Un livre apparut sous mon nez avant même que je puisse avouer au professeur que le mien était resté dans mes bagages. Sans un mot, sans même se retourner, Ino me prêtait son livre. Je le pris en la remerciant intérieurement de sa gentillesse et commençai la lecture. C'était une série de Haïku(1) de Bashô. Je rythmais de ma voix douce les vers courts et mélodieux. Perdues dans cet univers de lettre, je ne faisais plus attention au monde à l'entour. Bashô a cette particularité de décrire la nature en quelques métriques succinctes. Peut-être les Tokyoïtes ne comprendraient pas mon émotion, mais à ce moment, il me semblait voir la grenouille qui plongeait dans sa mare, la libellule qui s'envolait...

Izumo est encore rurale. Les hommes là-bas, n'ont pas encore oublié qu'ils devaient coexister avec la nature. Je me revoyais courir entre les troncs larges, poursuivant Neji qui dévalait la pente douce de la montagne qui s'étendait derrière notre domaine. Dans un arbre, je soutenais ma petite sœur Hanabi qui grimpait comme un petit singe. Mes rêveries m'avaient portée bien loin et ce fut presque avec tristesse que je prononçai l'ultime mot de la page. Quand je relevai la tête vers Jiraya-sensei, il me regardait intensément. Les coudes appuyés sur le bureau et le menton dans les mains, un sourire apparut sur ses lèvres quand il reprit d'une voix doucereuse:

- Superbe Hinata... vraiment magnifique... tellement que tu as séduit notre Kiba!

Je suivis le regard de l'homme et croisa celui, un peu rude d'un garçon aux cheveux hirsutes. Aux paroles de Jiraya, il se retourna vivement. J'eus sous mes yeux écarquillés son dos large qu'accablaient les gloussements des filles. Il semblait frémir et quand il parla, sa voix grave et éraillée résonna dans la classe à la fois boudeuse et dédaigneuse:

- T'es trop dans tes bouquins bizarres le vieux! Je me demandais juste pourquoi Mamzelle n'avait pas d'uniforme, comme tout le monde!

- Pourquoi? Ça te dérange? Moi je trouve ça charmant...

- NORMAL! Vu la longueur de sa jupe! s'écria Kiba.

Je rougis alors que les garçons éclataient de rire et que les filles estomaquées, échangeaient des regards outrés. Je lissai ma jupe, les yeux baissée vers Ino et remarquai que ma camarade de classe serrait le point sur la table. Tout sourire, Jiraya paraissait jubiler. « C'est ce qui est intéressant! » Ces mots résonnèrent comme le glas de ma torture. Jiraya-sensei avait décidé de me tester. Les vingt minutes qui suivirent lui servirent à me poser des questions sur les Haïku, puis sur la vie de Bashô. Chacune de ses questions devenaient de plus en plus difficile. Je le sentais perfide, me tendant un piège que je déjouais plus ou moins facilement. Lorsque je pus répondre, à sa question finale, je vis une moue contrariée se peindre sur son visage. Il fronça les sourcils et soupira:

- Assied-toi Hinata. Tu te débrouilles bien pour une cambroussarde! Je crois que Sasuke et Sakura ont une rivale...

Le reste du cour se passa dans le plus grand des sérieux... ou presque. Je notais les éléments d'analyse que nous donnait Jiraya de sa voix énergique et passionnée. Malgré ses pitreries incessantes, il témoignait d'une culture et d'une intelligence impressionnantes. Je ne pus retenir mon fou rire quand il s'accroupit sur son bureau pour imiter la grenouille de Bashô. La cloche sonna la fin de cours quand le professeur, dans un bond maladroit, renversa l'un des pupitres du premier rang. Sous les moqueries générales, Jiraya s'éclipsa sans demander son reste mais affichant clairement un air ravi. A peine eut-il fermé la porte, qu'Ino pivota sur sa chaise et me regarda droit dans les yeux, avenante:

- Je suis Ino Yamanaka, ravie de te connaître!

A l'instant même où je serrai la main qu'elle me tendait, deux filles se levèrent comme des diables et coururent, sans jeu de mot, jusqu'à nous!

- Enchantée! Moi c'est Sakura

- Temari! Ravie de te connaître ma belle!

Pétrifiée par leur brusque arrivée, je ne pus que les laisser se saisir avec force de ma main pour me saluer avec enthousiasme. Ino souriait ravie, et je la vis nettement faire un pied de nez aux autres filles qui nous fixaient déçues. Je fronçais les sourcils et les dévisageais tour à tour cherchant le moindre indice. Devant leur silence, je me sentis obligée de prendre la parole.

- Je suis contente de vous connaître moi aussi!

- Ah, mais tu ne peux même pas imaginer à quel point on est heureuses que tu sois là, s'exclama Sakura, quand je t'entendais répondre sans te démonter à ce con de prof, je me suis dit qu'on avait gagné une précieuse alliée...

- Sakura! s'écria Temari pour la faire taire.

- Pfff, allons voir Kakashi ensemble Hinata, on fera un tour du lycée comme çà!

Sur ces mots, Ino se leva et m'invita à l'imiter. Nous sortîmes de la classe et remontâmes les couloirs vers les escaliers. Je sentais peser sur moi les regards des élèves des autres classes. Une nouvelle élève, qui ne portait même pas l'uniforme, quel attraction! Gênée, je pressais le pas pour me rapprocher d'Ino. Celle-ci du remarquer mon trouble, car elle emprisonna mon bras dans une étreinte amicale et rassurante. Apaisée, je me permis de poser la question qui m'intéressait

- Puis-je savoir où Sakura voulait en venir?

En premier lieu, ce fut son mutisme qui me répondit, mais au bout de quelques secondes...

- Il faudra bien te le dire un jour où l'autre de toute façon, déclara Ino après un long soupir, Comment dire... Disons que tu es entrée dans un lycée où la situation est loin d'être simple! Tu le sais n'est-ce pas? Konoha était encore un lycée pour garçon il n'y a pas si longtemps... et bien il avait son pendant, Kunoichi. Tout comme Konoha, Kunoichi accompagnait les élèves de la maternelle jusqu'au lycée et leur donnait la formation la plus sûre pour l'entrée à Waseda (2) Ces deux lycées existaient depuis plus de cinquante ans. On ne sait pas trop comment, ni pourquoi, mais les garçons de Konoha et les filles de Kunoichi ont commencé à se battre tout le temps depuis presque trente ans. C'était même devenu une tradition pour nos deux écoles! Tu sais, on se détestait tellement que nous, à Kunoichi on refusait de sortir avec des garçons de Konoha! On préférait aller chercher nos petits copains à l'autre bout de Tokyo plutôt que de supporter ceux de Konoha! Enfin! Les garçons pensent autant de bien de nous alors de toute façon,l'affaire est réglée d'avance!!!

- Eh bien! M'exclamai-je, Je ne savais pas. Mais ce n'est pas si grave, vous vous ignoriez...

- Tu plaisantes! On se bagarrait tout le temps! Si tu pouvais imaginer combien de fois on a du nettoyer les façades de notre lycée! Ils les avaient repeintes et pas qu'avec de la peinture figure-toi! Et le nombre de fois où ils nous ont piégé... Mais on était pas en reste! On leur rendait la pareil! Enfin, il y'a deux ans maintenant que pour des raisons financières assez obscures, ils ont réuni nos deux lycées pour en faire un lycée mixte! Ils ont dû penser que çà nous calmerait...

- Laisse-moi deviner... çà a empiré?

- Et pas qu'un peu!

Je soupirais alors que nous gravissions les dernières marches de l'escalier et traversions, la tête haute, l'étages des deuxième années pour atteindre l'autre escalier. Je comprenais un peu mieux l'avertissement de Kakashi-sensei ou encore cette espèce d'atmosphère pesante et tendue de la classe. Au delà des rires, se trouvait toujours une moqueries ou une vengeance. Un pic qui était destiné à un ennemi de longue date. Je mordis ma lèvre inférieure, dans quoi m'étais-je embarquée! Des gamineries qui gâchaient notre vie, voilà ce que leur guerre était. Un peu agacée, je demandais à Ino:

- Et qu'est-ce-que vous gagnez à vous battre tout le temps? Il ne serait pas temps de faire la paix?

- Tu plaisantes ou quoi? Comme si les garçons accepteraient!

- Et si vous vous laissiez tomber!

- Ah çà jamais! D'abord il faudrait que toutes les filles de l'école soient d'accord et crois-moi, il y'en a de très belliqueuses! Ensuite, abandonner voudrait dire, accepter une humiliation plus grande encore que celle de la fin d'année et çà je ne suis pas d'accord!

- Humiliation de fin d'année?

- Oui, depuis que l'on se partage l'école, la guerre est un peu différente. Disons que l'on compte les points et à la fin on comptabilise. Le perdant doit venir avec la tenue de la honte et faire les quatre volontés du gagnant. Crois-moi, c'est loin d'être agréable! L'année dernière ce sont les garçons qui ont gagné et ils ont joué les salauds! Faut dire qu'avec l'arrivée de Kakashi, ces connards ont trouvé un bon soutien!

- Les professeurs participent à cette guerre idiote? m'indignai-je.

- Normalement non! s'emporta Ino, mais justement quand Kakashi est arrivé il n'a pas hésité à prendre parti, et il a entraîné avec lui Gai-sensei et Jiraya-sensei! Maintenant, les garçons ont trois profs de leur côté... et crois-moi çà les a avantagé l'année dernière! Les coups bas comme ceux que Jiraya et Kakashi t'ont fait en classe, des humiliations publiques, on y a eu droit à chacun de leur cours! Ils nous ridiculisaient et on ne comprenait pas pourquoi! Mais cette année, on est prévenue, çà ne se passera pas de la même manière!

Je me tus un long moment, j'étais révoltée par l'attitude de ces trois professeurs. Au lieu de calmer cette guerre puérile qui scindait en deux le lycée, il l'envenimait. Était-ce réellement une ambiance propice à l'étude? J'en doutais. A ce moment précis je pris la décision de ne pas me mêler à cette guerre. Je n'étais là que pour Neji et je ne prendrais pas le risque de me séparer de lui à cause de litiges qui ne nous concernaient pas. Forte de cette résolution, je déclarai à Ino:

- Je n'ai aucune intention d'enter dans vos idioties! Je ne suis pas venue ici pour çà et je ne comprends même pas pourquoi vous faîtes çà. Je vais le dire aux garçons et ils me ficheront la paix...

Ino me fixa sans surprise, puis fit la moue.

- Je me demande si tu as raison...

La journée s'écoula trop doucement à mon goût. J'étais si pressée de retrouver Neji. Je n'avais pu que l'apercevoir quand nous avions traversé l'étage des deuxième années en début de matinée. Nous revenions de notre entrevue avec notre professeur principal. Sans surprise, Kakashi-sensei s'était amusé à nous tripoter devant les garçons de troisième années hilares dont il avait la charge. Ce qui m'avait le plus agacé était de n'avoir pu le remettre à sa place. Sa position lui permettait des abus de punition qui n'étaient pas les bienvenus dans nos dossiers scolaires. Donc, en revenant, furieuse, vers ma classe, je pus voir Neji dans la sienne. Entouré de nombreux garçons, il semblait beaucoup s'amuser. Je fus attendrie par son sourire et, y pensant à chaque minute, je pus supporter les heures de cours qu'il nous restait.

Je quittais l'étage des premières années en compagnie d'Ino, Sakura et Temari. Je les écoutais vaguement s'inquiéter sur le peu d'intérêt que les garçons avaient accordé à mon arrivée. Hormis la peu engageante claque que Naruto s'était amusé à me donner sur les fesses, ils n'avaient plus une seule fois tenté de s'amuser à mes dépends. Ce qui, selon leur dire, étaient une vraie première.

Il y avait dans notre classe la pire bande de tout le lycée, expliquait Temari à ce moment, ils étaient les plus actifs de tous les garçons cherchant par tous les moyens à ramener des points. Ils étaient les favoris de Kakashi et on le ressentait dans leurs attitudes. Cette bande se composait de Sasuke, Naruto, Shikamaru, Kiba, Choji, Shino et Gaara!

- Raaaah, rugit Temari! Quand je pense que je dois me battre contre mes propres frères!

- Gaara dans notre classe et Kankuro en deuxième année sont ses frères, expliqua Sakura. En même temps ajouta-t-elle à l'adresse de la grande blonde, vous ne vous êtes jamais vraiment entendu!

- Les disputes de frères et sœurs ne sont pas pareilles, répliquai-je avant même que Temari n'ait pu ouvrir la bouche, on se chamaille, c'est vrai, mais on se réconcilie vite, on s'aime plus après et on rejoue ensemble... Mais là si j'ai bien compris, entre les filles et les garçons, il est loin le jour où l'on trouvera un terrain d'entente!

- Exactement! s'écria Temari, tu te rends compte que même quand on rentre à la maison pendant les vacances ils me font la guerre! Au moins quand Konoha et Kunoichi étaient séparés, on s'entendait bien à la maison!!!

Je ne pris pas la peine de répondre alors que Sakura et Ino se désolaient pour la situation de leur amie. Nous étions dans la cours, presque arrivées au grand portail. Nous nous apprêtions à retourner à l'internat qui, comme Ino me l'avait expliqué, se trouvait à quelques rues de l'établissement scolaire. Un peu devant nous se trouvait les trois autres filles de la classe, que nous ne fréquentions pas! La classe était déjà divisée et les filles désavantagés par leur nombre. Il nous fallait encore avoir des griefs entre filles! Ino m'avait raconté à demi-mots que ces filles-là n'avaient pas un comportement très digne qu'il ne valait mieux pas être mises dans le même panier qu'elles. Je ne trouvais rien à redire, car au fond elles ne me plaisaient pas. Soudain je m'arrêtais. Adossé au portail Neji discutait avec les garçon de sa classe. Je ne pus m'empêcher de sourire alors que mon cœur s'accélérait. Je pressais le pas, entraînant mes nouvelles amies. Et bien vite nous arrivâmes à leur niveau...

- Neji! appelai-je

D'un seul mouvement tous les garçons se retournèrent vers moi pour me dévisager, à la fois surpris et menaçant. Mon cousin, quant à lui, jeta sur moi un regard à la fois désespéré et coléreux. Il leva les yeux au ciel et mordit ses lèvres.

- C'est qui cette fille? Elle te ressemble! questionna l'un des garçons grand, dégingandé, avec d'énorme sourcils noirs.

- Ma cousine, fais pas attention à elle Lee... elle est pas futée!

Sous mes yeux plein de larmes, il attrapa le dénommé Lee par l'épaule et ils partirent, suivis par les autres garçons. Bouche bée, bras ballant, je les regardais s'éloigner. Ino s'approcha de moi et m'entoura de ses bras.

- C'est toujours comme çà. Toi, tu ne veux pas entrer là dedans et eux ils y foncent tête baissée! Ça les amuse, ils sont comme çà les garçons!

Je ne trouvais rien à redire à sa logique. Pourtant son raisonnement était plein de failles. Neji n'était pas comme les autres garçons. Il était plus mûr et si intelligent. Nous étions de la même famille et puis nous nous aimions... Du moins était-ce ce que je croyais. Et si j'étais la seule à être amoureuse? Mon estomac se contracta douloureusement à cette pensée... se pouvait-il que...

Je m'étais laissée guider un peu dans les vapes vers notre internat. Nous étions à l'ancien lycée Kunoichi, devenu internat du lycée Konoha. Deux bâtiments se faisaient face, à gauche le dortoir des garçons et à droite celui des filles, où Ino m'avait guidé d'une poigne ferme. Dans notre chambre commune, j'y trouvais mes bagages. Des lits superposés étaient fixés contre le mur et en face se trouvait la porte de la salle de bain. Sous la seule fenêtre de la pièce étaient installés côte à côte deux petits bureaux dont l'un était déjà encombré par les affaires d'Ino. Quand elle m'eut désigné mon armoire et mon lit, je me mis à ranger mes affaires avec peu d'enthousiasme. Je pensais toujours à Neji. Sa réaction avait mis en moi un doute: et si je m'étais trompée, si j'étais la seule à aimer dans notre couple. Jusqu'alors il n'avait rien pu dire, étriqué par l'ambiance familiale. Mais dans cette nouvelle espace, son esprit s'ouvrait à de nouveau horizon et réalisait que ce n'était pas de l'amour qu'il ressentait pour moi... Soudain, on frappa trois coups secs à la porte et une femme d'âge mûre, la concierge, apparut à l'entrebâillement.

- Hyûga, un coup de fil pour toi!

Reposant le tee-shirt que je pliai, je me précipitai à l'accueil en me maudissant. J'avais oublié d'appeler père pour lui annoncer notre arrivée. Il devait être furieux et je passerais très certainement un sale quart d'heure au téléphone. Quand je pris le combiné et qu'une voix grave et mélodieuse me répondit à l'autre bout, mon cœur cessa de battre un moment. Neji... c'était Neji...

- En fait, je voulais m'excuser pour tout à l'heure, dit-il

- Pourquoi as-tu réagi comme çà?

- Tu sais ce qui se passe dans cette école?

- Évidemment, cette guerre idiote...

- C'est vrai que c'est idiot Hinata, mais ils y tiennent! C'est la première fois que je me fais des amis... des vrais amis qui ne restent pas avec moi, uniquement parce qu'on leur a demandé de se faire bien voir des enfants Hyûga...

- Je comprends... murmurai-je, ressentant au fond de moi-même cette blessure suinter encore.

- Hinata, on a qu'à faire comme-ci on prenait part à leur guerre. On se verra en dehors... de toute façon les démonstrations d'affection son interdite dans l'école, çà ne changera pas grand chose pour nous!

- Si tu veux Neji... faisons comme çà... soupirai-je un peu à contre-cœur

- Super! On a qu'à se voir demain soir. Vers six heures on se retrouve devant l'hôtel où on a passé la nuit.

- Çà me va.

- Bon ben à demain alors... Bonne nuit... Eh! Hinata! Je t'aime!

- Je t'aime moi aussi, répondis-je à mi-voix.

Quand il eut raccroché, je restais un long moment immobile et pensive. Je t'aime... ces mots avaient été si durs à dire. Neji préférait se faire bien voir de ses amis, j'étais un peu déçue... mais au moins il m'aimait et cette conviction suffit à me redonner le morale pour la soirée.

Le lendemain , nous commencions la journée par deux heures de sport. Nous étions séparées des garçons pour ce cours et jumelées avec une autre classe de première année où les filles étaient majoritaires. Nous faisions du volley dans le gymnase sous la houlette de la sévère Anko-sensei. Elle nous apprenait à réceptionner ses services et celle qui en aurait laissé échapper le plus, se verrait dans l'obligation de ranger à la fin du cours. Anko-sensei avait une force spectaculaire doublée d'une précision de tir à faire pâlir d'envie les professionnels. Nul besoin de préciser que je me montrais parfaitement ridicule. Elle me laissa de nombreuses chances, fit même l'effort de mettre moins d'énergie dans ces tirs et malgré ses essais, je ne pus rattraper qu'une balle. Ce fut donc moi qui fut de corvée de rangement alors que les autres filles allaient aux vestiaires.

J'étais seule dans le grand gymnase. Confiante, Anko-sensei était retournée à son office. Je m'étais bien activée et mon panier était presque plein. Alors que je courais à l'autre bout du terrain ramasser les deux derniers ballons de volley, les garçons entrèrent au gymnase pour eux aussi se changer. Je ne leur prêtais aucune attention. Préférant, malgré le choix de Neji, rester éloignée du champs de bataille...

Soudain, un grand bruit de chute me fit sursauter et lâcher les ballons que je venais de prendre à bras le corps. Des rebonds insistants me permirent de deviner ce qui venait de se passer. Quand je me retournai, je découvris exactement la scène à laquelle je m'attendais. La cage à ballon, que j'avais si soigneusement rangé, était renversée et son contenu s'échappait au quatre coin de la salle. Devant ce chaos, le pied appuyé sur les tressages de fer du panier, Sasuke me regardait, sourire narquois aux lèvres. Il prit soudain un air désolé et s'exclama sur un ton théâtral:

- Oooooh Zut! Je suis teeeellement désolé! Je l'ai pas fait exprès!

Les garçons ricanèrent et partirent, me laissant seule avec ce carnage. Avant de refermer la porte derrière lui, Kiba me jeta un drôle de regard qui me fit frissonner. De rage, je donnais un grand coup de pied dans un ballon... que je trouvai le moyen de rater. Je me retrouvai au sol, les fesses meurtries par le parquet dur, en remerciant tous mes ancêtres d'être tombée après le passage des garçons.

Une fois encore, je fis tout mon possible pour ranger au plus vite. Mais malgré tout, je me retrouvai seule quand je me rendis aux vestiaires. Les autres filles étaient prêtes depuis un moment déjà et la pause prendrait bientôt fin. Je retirais tous mes vêtements et me précipitai sous la douche. L'eau était tiède et le savon sentait bon. L'odeur sucrée de la fraise, embaumait tout mon corps et je me délectais de ce moment de plaisir. Doucement je massais chacun de mes muscles sous l'eau pour qu'ils se détendent au plus vite. Enivrée par l'odeur suave de mon savon, je prenais mon temps dans ce geste sensuel pour qu'il soit efficace...

- Et bien, y'a pas à dire, tu es vraiment bien foutue! s'éleva une voix masculine juste derrière moi.

Fin du chapitre 2, suite au chapitre 3

(1)Les Haïku sont des sortes de poèmes très court dont le rythme et la mélodie évoque le sujet dont il parle. Bashô est sûrement le plus connu des auteurs de Haïku.

(2) Waseda est l'une des universités les plus côté du Japon

Merci à Lotis et Lola pour son commentaire! Je suis heureuse que ma fic te plaise! Je te laisse le plaisir de découvrir le couple au fur et à mesure de l'histoire!

Merci à Spiria pour son message et sa proposition de bétalecture. Je t'ai recontacté, il y'a quelques jours déjà, mais en l'attente de ta réponse, je publie toujours ce chapitre.

J'espère que cette suite vous plaît et rendez-vous au prochain chapitre!

Lâchez des comm' surtout!

Tsubaki no Tsuki