Avant de commencer ce chapitre, je voudrais m'excuser pour mon retard. J'ai eu des soucis de PC qui m'ont empêché de me connecter pendant cette si longue période (plus d'un mois!!!) En tout cas j'espère que vous m'excuserez et que ce chapitre vous plaira...
Merci pour votre patience!
J'en profite pour remercier Asuka de FF-fr pour sa bétalecture!
Tsubaki no Tsuki
4- Les mots bleus
« Hinata, c'est une lettre d'amour. »
Un hurlement assourdissant transperça le grand hall silencieux, assassinant au passage mes pauvres tympans. Était-ce de l'hystérie ou de la rage ? Je n'en avais aucune idée... ou du moins je penchais pour un savant mélange des deux émotions. La bouche encore grande ouverte du cri qu'elles avaient lâché, Temari et Sakura arrachèrent la lettre des mains d'Ino pour la parcourir à leur tour. Ébahie je les regardai faire sans réaction. Ino me tenait toujours fermement le bras, presque aussi choquée que moi. Peut-être aurait-elle été moins surprise d'en recevoir une elle-même. Je voyais Temari rougir alors que ses yeux suivaient attentivement les lignes. Sakura, elle, hésitait entre l'indignation et le rire. Soudain, un peu trop abruptement elles terminèrent leur lecture et levèrent les yeux vers moi.
- Et ben... parvint à articuler Temari
- Ce n'est pas très innocent, conclut Sakura
- C'est de qui? m'inquiétai-je.
- Anonyme, souffla Ino, sa poigne se resserrant douloureusement sur mon bras.
- Tu devrais lire ça, ce n'est pas banal ! assura Sakura en me tendant le bout de papier.
- Les garçons se sont surpassés, affirma Temari, jamais ils n'avaient fait un coup pareil. Ils sont gonflés ! Et imaginatifs ! Je ne sais pas qui a écrit ça mais il est doué.
- Alors tu penses que c'est une blague des garçons, murmurai-je en saisissant le papier bleu que me tendait mon amie.
- Oui, aucun garçon ne serait assez fou pour courtiser une fille de Konoha ! Ce serait un suicide social ! Les autres ne lui pardonneraient pas.
Je fixais Temari. Sa réflexion était pertinente. Qui à Konoha enverrait des lettres d'amour au risque de perdre la totalité de ses amis. Avec cette guerre, les relations filles-garçons étaient loin d'être simple. C'était sûrement une blague de mauvais goût mais dans ce cas, que signifiaient les regards qu'Ino me lançait. Ils étaient en proie au doute, elle n'était visiblement pas en accord avec la vision de Temari. Je ne comprenais pas son incertitude, mais je pressentais qu'en lisant la lettre, je me trouverais sûrement dans le même esprit qu'elle. Nous avions une sensibilité similaire. Mes doigts se crispèrent sur la lettre. A quoi bon ? Valaient-ils la peine que je me tourmente pour eux ? Quand bien même l'un d'eux eussent braver les affrontements et la peur de devenir le bouc émissaire de tout un lycée, méritait-il que je prenne le même risque pour lui ? Il n'était de toute façon pas question de fréquenter d'autres garçons. J'aimais Neji, et même si notre couple était dans une mauvaise passe, je gardais espoir d'une amélioration prochaine. D'un geste vif, je fourrai la lettre dans mon sac sans même la lire.
D'une main ferme, je me dégageais de la prise d'Ino. Je tournais le dos aux filles et prit enfin mes chaussons dans mon casier. Le silence qui suivit mon geste m'étonna. Mais il ne dura pas. Alors que je me penchais, pour me déchausser, Sakura demanda avec précaution :
- On peut savoir ce qui te prend ?
- Quoi donc ? demandai-je sans lui accorder un regard, faussement concentrée à ranger mes mocassins dans leur casier.
- Je veux dire... la lettre ! Tu ne la lis pas ?
- Non, Sakura. Je n'ai aucune intention de lire ce torchon.
- Si tu permets, tu devrais... dit Ino
Je daignais enfin les regarder. Du moins me tournai-je particulièrement vers Ino. Elle semblait réellement troublée... ce qui ne fit qu'accroître cette sorte de crainte et de méfiance que j'avais face à cette lettre. Je ne voulais pas lire des mots qui me mettraient en danger émotionnel. J'avais bien assez à faire avec mes problèmes. Ino sembla comprendre ma détresse car elle ne répondit rien à ce que je déclarai ensuite.
- Je n'ai aucune envie d'être mêlée aux histoires des garçons ! Si j'ignore leur petit mot, c'est comme s'il avait donné un coup d'épée dans de l'eau... parfaitement vain ! Je vais leur faire comprendre que leurs manigances sont inutiles sur moi...
- Mais...
- Eeeeeh...
Ignorant les protestations de Sakura et Temari, je tournais les talons et me dirigeai vers notre salle de classe. Nous avions notre réunion matinale avec le professeur principal. Il ne m'avait fallu que très peu de temps pour comprendre un fait simple. Afin de ne pas être purement et simplement humiliée en public par Kakashi-sensei, mieux valait être à l'heure à ses cours ou du moins arriver avant que lui ne montre le bout de son nez, ce qui n'était pas bien difficile. Il était d'autant plus vitale d'être ponctuelles que nous avions Histoire dans le courant de la journée et que sa classe était son moment vengeur préféré. Il nous piégeait par des questions dont la réponse ne figurait dans aucun manuel et que seules ses années d'études et de recherches avaient nourri. Je respirai un grande bouffée d'air. Ino m'avait rattrapée. Derrière nous, les deux autres babillaient, toujours scandalisées par mon indifférence. Mais que pouvais-je faire ? Je ne voyais aucun intérêt à lire une lettre qui ne me toucherait jamais. Je ne m'intéressais pas aux garçons de ma classe... en fait dans ce lycée, seul Neji m'importait. Nous arrivâmes au niveau de notre classe où nous pouvions entendre un vacarme ahurissant.
Je poussai la porte. Un lourd silence se fit. Les garçons s'étaient figés. Tous groupés au fond de la salle, ils nous regardaient fixement comme s'ils attendaient quelque chose de précis. Parmi eux, je pus voir Sasuke. Il ne semblait pas le moins du monde en colère pour les évènements de la veille et me contemplait un vague sourire flottant sur le visage. Mon estomac se contracta sous la colère. Si j'avais un ennemi dans cette classe c'était bien lui. Un jour, il me paierait son impudence. Je détournai fièrement le regard et me dirigeai vers ma place. Sakura et Temari, qui nous suivaient, s'étaient enfin calmées, comme conscientes que l'ignorance était notre meilleure arme. Si les garçons étaient vraiment les auteurs de ce mot, savoir que leur petit manège ne nous avait pas même interpellé les mettrait hors d'eux. Ma seule inquiétude était qu'ils tentent de pires méfaits. Mais au fond qu'importe, nous trouverions bien un moyen de leur montrer de quel bois nous nous chauffions.
Je sursautais, alarmant mes amies... À quoi pensai-je ? Je m'étais jurée de ne pas entrer dans cette guerre. Était-ce l'influence des filles ? Ou encore cet idiot de Sasuke ? C'était la première fois qu'une personne m'insupportait à ce point. Son petit air suffisant, son regard hautain, son sourire narquois... Sa beauté cachait un véritable monstre. Je m'assis à ma place et sortis mes affaires, puis me retournai pour lancer un regard de défi aux garçons. Au passage, j'aperçus Shikamaru. Il était totalement relâché sur sa chaise. Appuyé au dossier, les jambes écartées, il semblait dans un équilibre précaire qu'il maintenait pourtant parfaitement. Il discutait en riant avec un garçon plus grand et plus gros que les autres : Akimichi Chôji.
Je ne pus m'empêcher de le fixer. Son grand ami et lui ne semblaient pas concernés par ce que faisaient les autres garçons. Ils étaient plus décontractés et d'une certaine manière indifférents. Je pensais irrésistiblement à ce dont m'avait parlé Ino. Combien de couples se cachaient ainsi dans cette école de fou ? Combien d'entre nous refoulaient leurs sentiments pour ne pas déplaire à la majorité ? J'étais en colère... Tellement en colère. Mais était-ce réellement à cause d'eux? Ou alors je ne parvenais pas à accepter l'attitude de Neji...
- Arrête de regarder Shika !
- Aaah !
Ce cri de surprise m'avait échappé alors que je sursautais sur ma chaise. Je pausai une main sur mon cœur et regardai Ino les yeux pleins de reproche.
- Tu exagères, murmurai-je, tu m'as fait peur.
- Excuse-moi ! pouffa-t-elle, amusée par ma soudaine frayeur
- C'est si grave de regarder ton Shika, demandai-je d'un ton taquin
- Ce n'est pas la question, soupira-t-elle agacée, malgré le rose de ses joues, c'est pour toi que je dis ça... les garçons...
- Oh ! Il me fatigue ceux-là !
- Peut-être, mais évite-toi des problèmes !
- C'est bon, c'est bon, j'ai compris.
Étrangement, la journée s'écoula sans incidents. Les garçons se tenaient particulièrement bien. Même les professeurs qui habituellement nous embêtaient restèrent courtois. Kakashi-sensei n'eut pas un petit « blondinette » pour Ino et nous parla moins familièrement que d'habitude. Ce changement inquiétait beaucoup mes amies. Si bien que le soir venu, elles organisèrent un rassemblement dans la chambre que partageaient Sakura et Temari, allant jusqu'à inviter les trois autres filles de la classe. J'aurais cru qu'il s'agissait d'un prétexte pour s'amuser et faire la fête, mais je me trompais. Elles prenaient cette affaire très au sérieux. Ino m'expliqua que la dernière fois que les garçons avaient été si calme, elles avaient écopé de douze heures de colle pour un crime qu'elles n'avaient pas commis. Leur réunion dura jusqu'au couvre-feu. Elles débattirent des possibles plans qu'auraient pu imaginer les garçons et se préparèrent à parer leurs attaques.
Je me souviens très précisément de ce soir-là. Tout était en désordre dans la chambre de Sakura et Temari. Nous nous étions assises entre les vêtements qui traînaient et les livres ouverts sur le sol. Nous parlions en partageant des bonbons que nos trois camarades avaient apportés. J'étais un peu insensible à leurs inquiétudes. Ino et Sakura, elles, paraissaient particulièrement mal à l'aise et soucieuses. Temari émettait parfois quelques réserves mais ne se montrait pas convaincante. Je comprenais un peu leurs craintes. Un frère, des amis d'enfance, un petit ami... parfois nous sommes idiotes nous les filles... Et je crois que sur ce point Ino, Sakura, Temari et moi étions particulièrement bêtes à cette époque. Malgré leur attitude nous ne pouvions en vouloir à aucun de nos hommes, car nous tenions à eux. Ce soir-là, il me parut évident que cette année encore, les filles perdraient cette guerre. Nous nous étions attachées à des garçons encore trop immatures pour faire la part des choses. Ce fut le cœur singulièrement lourd que nous nous séparâmes ce soir-là, et je jurerais encore aujourd'hui qu'Ino sanglota avant de s'endormir.
La semaine qui suivit donna tort à mes camarades. Les garçons ne mirent en exécution aucun plan machiavélique. Ils nous taquinaient un peu, riaient à des blagues salaces de Kakashi-sensei ou des bouffonneries de Jiraya-sensei mais se tenaient plutôt bien dans l'ensemble. Le seul incident notable fut une farce d'un goût douteux que fit Naruto. Gai-sensei était sévère et, malgré ses affinités avec les garçons, se montrait toujours juste. Sasuke, qui avait séché son cours après notre petit accrochage, avait été puni tout comme moi. Sakura s'était montré extrêmement satisfaite de ce châtiment, mais nos chers ennemis n'avaient pas apprécié. Ils ne pouvaient pas s'en prendre à Gai, au risque de perdre leurs avantages, il pouvait du moins se venger sur celle qui était à l'origine de sa punition et celle qui s'en était bien vite réjouie.
Quand j'y repense, rien n'était plus niais et simple que le tour que nous joua Naruto. Nous étions en cours d'anglais. Gai-sensei réclamait un silence absolu durant ses leçons alors nous ne parlions que lorsque nous y étions conviés, sous peine de lourdes sentences. J'entendis soudain une sorte de crissement dans mon bureau. Me concentrant sur ce bruit, je perdis mon attention au cours. Je regardais un peu autour de moi, voir si quelqu'un pouvait faire ce bruit et m'induire en erreur. Mais tous étaient appliqués à noter le vocabulaire que Gai-sensei écrivait sur le tableau noir. Tous? Pas vraiment. Deux rangées plus loin, Sakura semblait comme moi en proie à une agitation. Nos regards se croisèrent et je pus lire dans ses yeux une inquiétude que je ne partageais pas. Si j'avais pu savoir. Habituée aux frasques des garçons, elle pressentait le mauvais coup, ce à quoi je n'étais pas encore rôdé. Le bruit continuait. Il m'était désagréablement familier. Ce cirque dura quelques minutes, Gai-sensei ne put que le remarquer et nous réprimander Sakura et moi. Finalement, je me rendis compte que le bruit venait de l'intérieur de mon bureau, ou plus précisément du petit casier qui se trouvait juste en dessous. J'y passai ma main et sentis quelque chose remuer. Je sursautai donnant un coup dans le bois du pupitre. Le professeur se retourna brusquement et me menaça. Je m'excusai platement sous le rire mal étouffé des garçons. Mais cette fois j'avais vraiment peur. Il y avait quelque chose de vivant dans mon casier. Je prenais mon courage à deux mains et retentait une incursion dans le casier. Je tâtais à l'aveuglette. La chose grimpa sur ma main. Contrôlant mes émotions, je la retirai lentement de dessous.
Un cafard ! J'avais un cafard sur la main. Je bondis, hurlant. Je ne contrôlais plus rien. Je me mis à secouer mes membres, à sautiller sur place pour me débarrasser de ce répugnant insecte. Drôle de coïncidence, Sakura eut une réaction similaire à quelques secondes d'intervalle. Nous étions ridicules, nous faisions un raffut de tous les diables dans la classe. Gai-sensei était furieux, et nous ne trouvâmes aucune trace des cafards. C'était comme s'ils n'avaient jamais existé. Sakura et moi avions beau nous défendre, le professeur ne nous fit aucune fleur. En guise de punition, nous reçûmes quelques devoirs supplémentaires pour le prochain cours. Nous devions notamment faire une traduction en plus d'un pensum de cinq cents lignes en anglais. Quand à la pause suivante Naruto se leva triomphalement en nous demandant combien de points nous lui accordions, je crus que Sakura allait commettre un meurtre. Si Ino ne l'avait pas retenu, peut-être aurions-nous dû réserver un lit à l'infirmerie pour notre jeune blagueur. Très vite, j'avais oublié cette farce, ne la jugeant pas digne d'intérêt : un enfant de primaire aurait mieux fait. Mais Sakura le prenait pour une attaque personnelle. Comment son ami d'enfance avait pu lui faire une telle chose ? Elle jura qu'elle se vengerait et personne ne parla plus de cette affaire les quelques jours qui suivirent.
Il avait dû s'écouler une dizaine de jour depuis la première lettre quand, un matin, j'ouvris mon casier pensant y trouver, comme d'habitude, une de ses lettres bleues en plus de mes chaussons.
Comme tous les matins depuis que ce jeu était de vigueur, je fourrais la lettre dans mon sac sans la lire. Je n'avais jamais ouvert ces mots mais, bizarrement, je n'avais pas non plus eut le courage de m'en débarrasser. Chaque fois que je m'apprêtais à les jeter, le trouble d'Ino me revenait en mémoire. Alors je les entassais dans un tiroir de mon armoire sans vraiment savoir pourquoi. Celle-ci ne ferait pas exception.
Cependant, ce matin-là ce ne fut pas une mais deux lettres que je trouvais sur mes chaussons. La première était évidemment dans une enveloppe bleue, comme ses prédécesseurs mais la seconde était en fait un mot gribouillé à la va-vite. Je le parcourus par curiosité. Mon cœur cessa de battre, c'était l'écriture de Neji : « Lieu habituel, ce soir 17h00 » Nous allions nous voir. Il me semblait qu'une éternité s'était écoulée depuis notre dernier rendez-vous, pourtant je ne me réjouissais pas. Neji me manquait, certes, mais il s'agissait d'une sorte de nostalgie du temps où nous nous aimions simplement à Izumo. A Konoha Gakkô, j'avais à faire à un goujat. Les rares fois où je le croisai dans le couloir, il m'ignorait, trop occupé à plaire à ses deux inséparables camarades: Lee et Kankuro. De prime abord, il avait l'air toujours égale à lui-même, calme et mature. Néanmoins j'étais la mieux placée pour savoir qu'une réelle transformation s'était opérée en lui. J'en étais la première victime. Je soupirais. Je m'y rendrais car je voulais continuer à croire en lui.
Me débarrassant de mes mocassins, j'enfilai mes chaussons et suivis mes amies en classe. Nous étions samedi. Nous commencerions par deux heures de Mathématique en compagnie de Kurenai-sensei. Sakura semblait particulièrement réjouie de ce cours. Je m'en étonnais car elle n'était pas passionnée d'algèbre, mais quand je la questionnai, elle restait vague parlant d'occasion en or. Ino était aussi perplexe que moi mais nous ne lui posâmes pas plus de question. J'avais d'autres chats à fouetter, notamment un nommé Neji qui m'inquiétait énormément. Au vu de nos dernières entrevues, une sorte d'angoisse commençait à m'envahir. Qu'allait-il pouvoir inventer pour me blesser cette fois-ci ? Allait-il une fois encore m'humilier de cette atroce manière ? Je ne supportais plus l'idée de son contact et je craignais ses mots blessants. Je pinçais les lèvres, je n'avais pas l'envie de lui faire face mais je n'avais pas non plus la force de le fuir. J'irai donc, tout simplement.
Le cours de Kurenai-sensei débuta dans un calme impressionnant. Comme à son habitude, cette belle femme maintenait la paix par son charisme. Les garçons se tenaient correctement dans son cours, il était rare que la guerre entre en ligne de compte durant ces heures. Pourtant, ce jour-là, l'ambiance studieuse se dégrada quelque peu...
Une demi heure, tout juste, s'était écoulée. Chôji était au tableau et faiblissait face à une équation. Kurenai-sensei le titillait de son mieux pour tirer un résultat correct de ses réflexions. Il notait un énième résultat erroné quand un ricanement mal étouffé lézarda la quiétude de la classe. Le professeur bondit comme un diable de sa boîte et ses yeux lancèrent des éclairs à l'assemblée. Avant de s'arrêter sur le coupable. Nous le regardions tous, estomaquée de son audace...
- Inuzuka Kiba, peut-être trouvez-vous marrant les difficultés de votre camarade ?
- Non, sensei, répondit le jeune homme armé d'un flegme prodigieux.
- Oh ! J'ignorais alors que mon cours était si désopilant.
- Ce n'est pas le cas, sensei, continua le garçon imperturbable.
- Alors de quoi s'agit-il ?
- Rien, sensei
- Allons Inuzuka ! Soyez généreux, partagez avec nous ! Nous voulons rire nous aussi !
Il se tût, la regardant droit dans les yeux. Je restais bouche bée face à son attitude. Il s'agissait soit de courage, soit de bêtise. La seule chose d'établie était sa très prochaine punition. Kurenai descendit de l'estrade et se mit debout face au bureau du coupable, une main tendue sous son nez. Je fronçais les sourcils avant de remarquer un détail qui m'avait échappé jusqu'alors. Sous son pupitre, Kiba cachait ses mains. Je ne sais plus combien de temps ils restèrent ainsi, immobile, mais ces quelques minutes me parurent une éternité. J'observais la scène à la fois impressionnée par mon camarade de classe, par sa folie, et curieuse. Ce fut finalement Kurenai-sensei qui perdit patience. Elle prit une profonde inspiration et déclara d'une voix tremblante :
- Je tiens à vous informer Inuzuka que vous avez des exercices supplémentaires juste pour avoir ri pendant mon cour. Votre bravade risque de se solder de quelques heures de colle. Je vous prie donc de ne pas aggraver votre cas jeune homme et me donner ce que vous cacher si soigneusement.
Je le vis nettement se troubler. Il soupira et tendit à la femme un morceau de papier froissé qu'il serrait dans son poing. Elle eut un sourire triomphant, et fit un signe goguenard au garçon. Puis, d'un geste théâtral elle déplia la note et la lut à haute voix.
- Mate la grosse ! Elle est bonne mais a un putain de gros cul ! C'est excitant une prof quand même, mais j'aurais peur de me perdre dans toutes cette graisse...
La voix de la femme, devenue de plus en plus faible à mesure qu'avançait sa lecture, se brisa sur ses mots. Elle était blanche comme un linge. Je voyais les garçons retenir leur rire, alors que nous, les filles, étions scandalisées. Je regardais avec horreur ce morceau de papier, qui tremblait dans les mains de la pauvre Kurenai. De telles insanités ne pouvait être dîtes. Insulter ainsi une personne, gratuitement était de la méchanceté pure. La victime releva lentement la tête et fixa d'un regard noir un garçon qui se trouvait une ou deux rangée plus loin, juste derrière Sakura.
- Uzumaki, je suppose que tu te trouves spirituel.
- Qu...! Mais sensei qu'est-ce que... bafouilla le garçon prit de cour.
- NE NIE PAS! C'EST SIGNÉ ! À MOINS QUE TU NE T'APPELLES PLUS NARUTO ?
- Je vous jure que je n'ai rien fait sensei !
- Et pourquoi devrai-je te croire ? C'est bien ton écriture de cochon, elle m'a assez agacé dans tes contrôles pour que je la reconnaisse et il est bien écrit ton nom à la fin.
- Sensei... je... je... je n'ai rien fait !
- Assez Naruto ! Je suis fatiguée ! Je ne veux plus te voir, sors ! Tu repasseras à la fin pour recevoir ta punition. Et Kiba, puisque l'opinion de Naruto sur mes fesses t'amuse tellement tu n'as qu'à l'accompagner.
Le reste du cours se déroula dans un silence embarrassé. Kurenai ne se remettait pas vraiment de l'insulte. Elle passa une vingtaine de minutes à nous faire la morale. A quoi bon blesser les gens de la sorte ? A quoi servaient les moqueries ? Était-il si plaisant d'écraser autrui ? Naruto avait touché un point sensible du cœur de notre professeur, et sa voix hachée et hésitante nous le prouvait. Jusqu'à la fin de ses heures, elle resta balbutiante. La fière Kurenai courbait l'échine face à un adolescent.
Un peu avant que la cloche ne sonnât, elle fit appeler Naruto et Kiba. Je les regardais me tourner le dos. Ils écoutaient attentivement les paroles de Kurenai-sensei assise face à eux. Elle était troublée, son visage pâle et ses lèvres tremblantes faisaient pitié à voir. Quelque part je leur en voulais. Nous avons tous un jour subit les moqueries ou les paroles déplacées d'une personne, mais parfois elles sont plus cruelles que d'autres et touchent une blessure mal cicatrisée de notre âme. Je compatissais au malaise de Kurenai. Elle acheva en mettant entre les mains de Naruto le bout de papier coupable et se leva pour quitter la classe. Officiellement, il restait cinq minutes de cours, mais elle se précipita dehors à vive allure. Pourtant elle ne put tromper personne, nous avions tous vu des larmes faire briller ses yeux.
Après quelques secondes d'attente prudente, Naruto se tourna brusquement vers la classe. Il semblait fou de rage. Il tapa du poing sur le bureau du professeur et s'écria avec véhémence :
- C'est qui le con qui a fait cette blague pourrie ?
Un silence surpris répondit à sa question. Nous échangions des regards interrogateurs. Ino se tourna vers moi et me parut bien soucieuse. Elle me fit signe discrètement de jeter un coup d'œil à Sakura. Notre amie était étrange. Elle était tassée sur sa chaise, comme si elle tentait de se cacher, et des larmes coulaient sur ses joues. Je me mordis la lèvre. Un drôle de pressentiment venait de m'étreindre, j'espérais de tout cœur me tromper. Ino était dans le même état que moi, elle haussa les épaules et secoua la tête d'un air désespéré. Un autre coup sur le bureau nous fit toutes deux sursauter, Naruto perdait patience :
- Merde ! Kiba et moi, on vient de se faire punir pour un truc qu'on n'a pas fait ! Alors j'aimerai savoir qui on doit remercier !
- Z'avez de la chance que Kurenai-sensei s'est montrée sympa et nous ait pas traîné chez la vieille Tsunade ou il me l'aurait payé! ajouta Kiba
- Et bien elle a été trop clémente ! M'attendez à mieux de sa part !
Ino se tourna vers moi, les yeux aussi écarquillés que les miens. D'un même mouvement nous nous tournions vers Sakura. De sa voix chevrotante et rendue rauque par ses sanglots, elle venait de défier les deux garçons. D'ailleurs, malgré ses larmes, elle fixait durement ses vis-à-vis. Temari, non loin, nous donnait l'impression d'avoir elle aussi comprit et son visage décomposé montrait son désarroi. Naruto et Kiba dévisageaient Sakura sans trouver de quoi rétorquer. Celle-ci en profita pour continuer.
- Alors Naruto ça fait quoi d'être puni injustement ! Enfin, injustement c'est un bien grand mot ! Tu ne te gênes pour tenir de tels propos en public sur Kurenai-sensei, au moins maintenant elle sait ce que tu penses d'elle.
- Sakura ! Tu... tu n'as pas... balbutia le blond incrédule.
- Qui d'autre ? Maintenant venez, frappez-moi, vengez-vous, j'ai fait pleurer une si gentille femme pour mon intérêt personnel, je le mérite. Mais je ne regrette pas de t'avoir fait punir ! Kiba-kun je...
Elle hésita un moment, se mordit les lèvres et reprit :
- J'ai presque envie de te dire que je suis désolée... c'était pas après toi... mais bon en guerre...
- Oh, c'est bon j'ai pas besoin des excuses d'une filles ! grogna Kiba en descendant de l'estrade.
Il retourna à sa place et alla s'asseoir. Les mains dans les poches, il fixa le tableau l'air boudeur. A aucun moment il n'accorda un regard à Sakura, comme si l'indifférence était la seule arme qui lui restait. En revanche, lorsque Naruto quitta à son tour l'estrade, il se dirigea droit vers son amie d'enfance. Sans la moindre hésitation, il appuya ses coudes sur son bureau et lui sourit, son visage à quelques centimètres du sien.
- Tu es devenue aussi glacée que le grand frère que tu admires tant, siffla-t-il, mes félicitation...Enfin, tu sais quoi ? Ça va se payer...
- Le grand frère ? murmurai-je à l'intention de Ino
- Le frère de Sasuke... chuchota-t-elle à mon oreille.
- Ah oui ? rétorqua Sakura impassible et inconsciente de la coupure, et si en attendant tu me donnais quelques points ?
- Je vais même te les noter.
Sur ces mots, Naruto se redressa brusquement et, en quelques pas, rejoignit le fond de la classe. D'une main leste, il marqua trois bâtons sur le tableau de décompte des points. Il n'y eut aucune exclamation, aucun cri, ni même de huée réprobatrice. Lorsqu'il retourna s'asseoir sous les regards désolés de tous, on avait peine à croire que les filles venaient de gagner une bataille. Je crois que ce fut à ce moment précis que je compris que cette guerre n'avait rien de bon enfant. Tous les coups étaient permis. Ce n'était pas un jeu et même mes amies étaient prêtes à des sacrifices pour ne pas baisser la tête face à leurs ennemis.
Les nombreux claquements de talons sur le pavé gris résonnaient dans ma tête vide. Face à moi se tenait un véritable défilé de chaussures. Des vieilles baskets usées aux escarpins clinquants, toutes étaient les mêmes à mes yeux, toutes me laissaient indifférentes. Assise la tête basse sur un banc, je regardais s'écouler le temps dans son long court impassible. Une heure déjà que j'étais installée à cette place. Toute ma colère et ma tristesse avaient cédé la place au néant. J'étais vidée. J'avais retrouvé Neji comme convenu à l'heure et au lieu dit. Une fois de plus, il m'avait fait attendre une bonne vingtaine de minutes. Lorsque enfin il était apparu, c'était le visage marqué par la colère. Sans un mot, il m'avait attrapé par le bras et traîné sans ménagement dans un coin sombre.
Il ne tardait pas à s'abandonner à sa rage. Il avait entendu parler des lettres bleues, comme toute l'école par ailleurs. J'eus beau lui expliquer que jamais je n'avais lu un seul terme de ces mots doux, il refusait de croire en mes paroles. Il m'assommait de reproches sans me donner la moindre chance de me défendre. Excédée, j'avais fini par hurler : « Que veux-tu que je fasse pour te convaincre? » Prouver... Je devais lui prouver mon amour. Il avait recommencé avec ses caresses brutales et dénuées de sens... Mais s'en était trop pour moi. Pour la première fois de ma vie, j'avais frappé Neji avant de m'enfuir sans demander mon reste.
Ce fut ainsi que j'échouai sur ce banc, dans un petit jardin face à un gratte-ciel immense et laid. Il m'aurait été facile de revenir sur mes pas et arranger les choses, cependant je ne le désirais pas. Je n'arrivais plus à faire face à mon cousin. Je ne voulais plus entendre sa mauvaise humeur. Enfin, malgré la violence de mes sentiments, je ne parvenais pas à pleurer. Comme si mes larmes avaient été endiguées. Je refusais de céder face à Neji. Pourtant retourner au dortoir et jouer la comédie du bonheur était au dessus de mes forces.
Soudain une sonnerie me fit revenir à la réalité. La grande horloge du building marquait dix-neuf heures. C'était bientôt l'heure du couvre-feu. Si je ne me dépêchais pas, je me ferais remonter les bretelles par les surveillants. Au mépris de mon besoin de solitude, je me résignai à retourner au pensionnat. D'un bond je me levai et courus à travers les rues pour rejoindre Kunoichi.
J'entrais dans le hall, essoufflée. Tout au long de ma course, j'avais pensé à notre dispute. J'étais idiote, une idiote finie... mais je l'aimais. J'aimais Neji au point de vouloir, une fois encore, tout arranger. Je jetai un coup d'œil à l'accueil. La concierge lisait un magazine. Le téléphone, suspendu non loin d'elle, était libre. Je n'eus aucune hésitation. Je me dirigeais vers l'office exigu et demandais à passer un coup de fil. Après quelques sonneries, un homme décrocha. Discrètement, pour que la bonne femme ne m'entende pas, je demandais à parler à mon cousin.
- Allô ? répondit sa voix interrogatrice.
- Neji...
- Tiens, ma très chère ex-petite amie...
Mon cœur cessa de battre. Il m'en voulait donc à ce point. Ne me laissant pas démonter pour autant, je repris:
- Je te demande pardon. Je ne sais pas ce qui m'a pris... En fait si... mais... je... je...
- Tu ? Vas-y Hinata, dis-le-moi franchement.
- Tu m'as fait peur...
- Peur, répéta-t-il, sa voix devenue étrangement hésitante.
- Tu es brutal... tu sais quand on... quand tu... enfin tu sais...
- Quand on fait l'amour, termina-t-il dans un souffle.
- Oui, ça... tu me fais mal... Je... je ne comprends pas pourquoi tu y tiens tellement.
Un long silence me répondit. J'étais tremblante et rouge de honte. Avoir une telle conversation au téléphone était embarrassant. J'avais l'impression que ma voixfaisait écho dans le hall, allant jusqu'aux oreilles des filles de troisième année qui logeaient au dernier étage. Dans le silence anxieux j'étais persuadée que toutes les oreilles étaient aux aguets, attendant autant que moi la réponse de Neji.
- Je ne connais pas d'autre moyen de montrer que je t'aime.
Je restais sans voix. Il avait dit ses mots d'un ton humble et désolé. Que pouvais-je répondre ? Je ne savais pas moi-même comment prouver des sentiments. Choquée, dépitée, je demandais :
- Tu veux me quitter ?
- Non... Bien sûr que non, je... je ne peux pas, je t'aime !
- Moi aussi, répondis-je sans conviction.
Plus aucun de nous ne parla. Je n'arrivais pas à croire en ses derniers mots et je savais que je lui mentais. J'étais attachée à lui, certes, mais je n'aimais pas celui qu'il était devenu. Malgré tout, il était inconcevable que je me sépare de lui. Préoccupée, je me mis à jouer avec le fil du combiné, l'enroulant autour de mon doigt ou tirant pour que ses boucles se dressent. Cinq minutes passèrent ainsi, sans changement, quand finalement il dit :
- On pourra essayer de se voir.
- Oui
- La semaine prochaine... je t'appellerai.
- Très bien.
- Bon ben... bonne soirée.
- Merci, bonne soirée à toi aussi.
Je raccrochais sans plus de cérémonie. J'étais épuisée. Cette conversation m'avait fatiguée bien plus que ma précédente course. Si je devais mettre un mot sur mon sentiment du moment, je dirais la haine. Pourtant c'était bien plus complexe. J'étais persuadée qu'il n'avait rien compris et je m'en voulais de ne pas avoir pu lui dire. J'avais aussi un peu de commisération pour lui qui m'aimait sans condition, à en devenir fou de colère, alors que moi je doutais.
Immobile, je pensais à ce terme qu'il avait employé. « Faire l'amour » mais où était l'amour dans cet acte répugnant qu'il m'infligeait ? Si « faire l'amour » se limitait à cette horreur alors je m'étais lourdement trompée et ceux qui aimaient une telle relation devaient être des pervers dégénérés... ou alors était-ce moi qui n'étais pas normale... Je dus paraître particulièrement décomposée, car la concierge se pencha pour mieux me voir et demanda d'un ton compatissant :
- Ça va ma petite ?
- Oui, excusez-moi madame. Merci de votre sollicitude.
Je la saluai poliment et me dirigeai vers ma chambre.
Je remontai à pas traînant dans les escaliers pour arriver au premier étage. Là-haut, je découvris des couloirs vides. D'abord surprise, je me rappelai de l'heure tardive et en déduis qu'elles se trouvaient toutes au réfectoire. Désintéressée par le sujet, je ne me posai pas plus de questions et entrai dans ma chambre. J'y trouvai Ino, installée à son bureau. Elle se retourna à mon arrivée et sursauta. Elle se leva pour se précipiter vers moi. Avec douceur, elle me prit les épaules et s'exclama :
- Bonté divine ! Hinata ! Tu aurais vu un fantôme que tu n'aurais pas été aussi pâle. Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu n'étais pas avec Neji ?
J'acquiesçai, incapable de prononcer le moindre mot. J'étais aussi étonnée par la promptitude de sa réaction que par la facilité avec laquelle elle avait comprit mon état. Elle soupira avant de demander d'un ton pincé :
- Ça s'est encore mal passé ?
Mon silence fut éloquent. D'une poigne ferme, Ino me tira vers le lit et me força à m'asseoir. Peut-être était-ce la caresse de ses mains sur mes cheveux, ou alors l'inquiétude que je lisais sur son visage, toujours fut-il que je me sentais en sécurité et d'humeur confidente. Ce fut donc avec facilité que je lui racontais ma mésaventure, tous mes sentiments, depuis ma haine jusqu'à mon incontrôlable amour. Je n'omis pas non plus notre conversation téléphonique et lui avouai mes doutes. Neji était-il apte à comprendre mes sentiments ? N'allait-il pas encore me décevoir ? C'était trop horrible, je ne supportais plus cette souffrance...
- D'un autre côté, je n'ai pas su quoi lui répondre quand il m'a demandé un autre moyen d'éprouver notre amour... avouai-je à contre cœur, tu le sais toi Ino ? Tu le connais n'est-ce pas ?
- Oui, mais je connais quelqu'un qui pourra t'éclairer mieux que moi sur ce point.
Sur ces mots, elle se leva et se dirigea vers mon bureau. D'une main sûre, elle ouvrit le premier tiroir de droite et y plongea la main sans hésitation. Mon cœur rata un battement, alors elle savait. M'avait-elle vu ? Ou étais-je si prévisible qu'elle ne s'étonnait plus de moi ? Je me sentais coupable comme une enfant prise en flagrant délit de bêtises. Un peu sotte, comme une jeune fille qui tente de cacher son premier amour. Je me mordis les lèvres alors qu'elle souriait en brandissant la pile de lettres bleues. Elle revint s'asseoir près de moi et les posa sur mes genoux.
- Je crois que tu trouveras une réponse là-dedans... Courage Hinata, elles en valent la peine.
Je pinçai les lèvres. Je m'apprêtais à franchir une barrière interdite, mais bizarrement mon esprit y était disposé. D'une main tremblante, je me saisis du tout premier billet, celui déjà ouvert, celui que mes amies avaient lu avant moi. Je le regardais, indécise. Si je cédais à cette belle tentation, si je lisais, n'était-ce pas prendre un risque ? Je trahissais Neji, je m'exposai à une blague des garçons, je me hasardai à jouer avec les sentiments d'autrui... Je n'étais pas suffisamment sûre de moi pour tenter de telles expériences... Mais Ino semblait tellement convaincue... Je respirai un grand bol d'oxygène et arrachai d'un coup sec la lettre à son enveloppe, comme l'on se débarrasse d'un vieux sparadrap bien incrusté. Je la dépliai et parcourrai ses lignes régulières.
Chère Hyûga-kun,
C'est sûrement de la folie, mais je ne peux plus arrêter mon stylo... voilà l'effet que tes yeux ont sur moi ! Si tu me voyais ! Je suis au cours de Kurenai-sensei la terrible et je prends le risque de t'écrire... mais c'est la faute au rouge de tes lèvres, il m'a rendu fou.
Hyûga-kun, je ne parle pas que de ta beauté, mais aussi de ton charme. Ton sourire ferait fondre le plus gros des icebergs, alors comment mon cœur aurait pu résister, dis-moi ? Qu'est ce que j'aimerai le voler ce sourire et le garder pour moi seul ! Mais il est si superbe que je me dis parfois qu'il est irréel. Tu es une déesse avec cette même fierté et ce même courage. Alors je voudrais effleurer ta peau couleur de lune pour m'assurer que tu existes vraiment.
Hyûga-kun, je rêve de te serrer dans mes bras, je voudrais te posséder... Je ne suis qu'un homme qui voudrait poser ses lèvres sur ton long cou gracile et y boire un amour ardent. De la folie n'est-ce pas? Dans ce lycée il n'y a pas de place pour l'amour, alors laisse moi juste t'écrire ces mots qui brûlent mes lèvres encore, encore et encore plus...
Je gigotais, mal à l'aise. Mon cœur battait la chamade. J'étais charmée. Des phrases gauches mais qui semblaient sincères. Elles parlaient simplement d'amour dans toute son absurdité, sa bestialité et sa fragilité. Bien que balbutiante, sa prose était belle et se laissait lire. Je me sentais heureuse. Être l'objet de tant de désir était flatteur, pourtant j'avais du mal à y croire. Comment pouvait-on m'écrire de si belles choses ? Je jetai un regard humide vers Ino. Celle-ci m'observa d'un air triomphant. Ces yeux semblaient dire : « Ne te l'avais-je pas dit ? Alors, qui donc avait raison ? » Je ne pouvais que reconnaître mes tords. Je regrettai de ne pas avoir lu plutôt ces mots bleus, mais remerciais tous les dieux d'avoir retenu ma main quand j'avais pensé à les jeter.
Je me penchais de nouveau vers le papier d'un bleu lavande. J'avais beau savoir que ces lettres étaient anonymes, je cherchais une signature. Je parcourais plusieurs fois les quelques paragraphes, cherchant ne serait-ce qu'un indice qui m'aiderait à identifier le soupirant, mais rien. Il avait été méticuleux. Dans un soupir, j'abandonnais le premier message. D'un geste lent, presque cérémonieux, j'attrapais une enveloppe aux hasards que je dépliai avec beaucoup moins de difficulté.
Chère Hyûga-kun,
Je te vois chaque matin cacher mes lettres sans même leur accorder un regard. Les lis-tu au moins ? Je n'en dors plus ! Tu me causes bien du soucis ! Pourquoi fallait-il que je tombe amoureux d'une princesse inaccessible ? Laisse-moi une chance de détruire ta tour de cristal. Hyûga-kun, attends-moi !
Imagine un peu la scène.
Un grand paysan armé d'une massue en fer fondue qui se précipite sur ta belle tour de cristal. Toi, tu es tout en haut. Tu es belle (bien sûr! C'est une évidence) dans ta robe blanche, donc quand je te vois à ta fenêtre tout là-haut, j'ai comme une décharge de courage. WATAAAAAAAAH! (Tu as même droit aux bruitages) Je défonce la porte d'un coup de massue et je commence à monter les étages. Je rencontre quelques ennemis que je dois combattre. (Tiens, depuis quand il y a des zombies encéphalophages dans les contes de fée ?) Je distribue des coups de masse mais je reçois quelques coups en échange... Oups, je me suis fait casser le nez, mais pour ma princesse qu'importe. Je franchis fièrement les étapes pour arriver face à la porte et affronter le boss de fin... UN DRAGON BICÉPHALE! (Ça devient un scénario de jeu vidéo mon conte...) Yaaaaaah ! Je me lance contre lui ! Bam ! Dans ses dents ! Boooom! Il me donne un coup de queue mais PAF! Je réplique en lui écrasant les orteils. CRACK! Il m'a eu! J'ai un bras brisé! Mais pour toi princesse, je fais fi de la douleur ! Courageusement, je contourne le monstre et l'achève dans un coup de pied dans les c... Argh ! Pardon, je surveille mon langage face à une princesse ! Le dragon terrassé, je me précipite dans ta chambre et me retrouve face à toi.
Dis-moi princesse, ai-je réussi à t'arracher un sourire ? Je t'ai vu aujourd'hui, tu n'allais pas très bien... J'espère que mes idioties t'auront au moins amusé un tout petit peu. Veux-tu que je te raconte la suite ?
Dans mon rêve, tu te jettes sur moi pour me remercier et tu me soignes. Tes mains sont douces et parcours tendrement mon corps meurtris. Que je me sens bien quand tu me touches. A quoi bon des soins quand le simple fait de te voir m'a guéris? Alors je prends tes mains dans les miennes et te regarde droit dans les yeux. Tu rougis. Tu es adorable. Je ne peux que céder à mon envie et t'attire vers moi pour t'embrasser. Tes lèvres ont le goût d'un fruit bien mûr... une fraise ! Une fraise sucrée mais légèrement acidulée. Un baiser parfait... Plein d'amour...
Tu dois me prendre pour un fou ! Mais je rêve à toi si souvent que j'ai l'impression de te connaître mieux que quiconque... C'est un peu ma consolation, à moi qui ne peut pas être avec toi.
Dis-moi Hyûga-kun, n'est-ce pas un peu idiot que je t'écrive ? Je ne sais pas si tu lis mes lettres, je ne sais pas ce que tu en penses, je ne peux même pas te dire qui je suis... mais je ne peux pas m'arrêter de t'écrire car, si mes lettres t'arrachent ne serait-ce qu'un sourire alors je serais heureux... Et t'imaginer rire ou t'énerver en me lisant, suffit à ce que demain tu trouves une enveloppe bleue dans ton casier...
Quand je terminai de lire ces mots, j'étais en larme. Cet amoureux anonyme venait de me toucher au plus profond de moi. Il avait vu ce à quoi Neji restait aveugle. Il s'était rendu compte de ma tristesse. Il était assez affecté par mes états d'âmes pour tenter de me remonter le moral. J'étais émue. Ino avait raison, il existait bien des manières d'exprimer son amour. Sa lettre étrange et déjantée venait de me le prouver. Oui, vraiment, je n'avais jamais lu de lettre d'amour aussi bizarre et on était loin du romantisme que l'on trouvait dans les romans fleurs bleus. Mais la maladresse de ce garçon était touchante. Quand à l'originalité de ses propos, il me donnait l'impression d'être unique, comme faite sur mesure pour ses bras.
J'essuyais tant bien que mal mes larmes. Mes paumes ouvertes frottées mes joues d'un geste agacé et convulsif. Je ne devais pas pleurer. Pas pour les mots d'un autre. Neji seul comptais et aussi belles que fut ces lettres, je n'avais pas le droit de me laisser adoucir... Cependant toutes ces larmes, que je n'avais pas versées suite à ma dispute avec mon cousin, s'étaient libérées. L'anonyme avait percé une brèche dans le haut mur de ma protection, à présent il volait en éclat. Je restais bouche bée, à sangloter quelques minutes, jusqu'à ce que mon cœur fut apaiser. Quand enfin je pus parler sans que ma voix chevrotante ne me trahisse, je relevai les yeux vers Ino et lui sourit:
- Il est bizarre ce mec, déclarai-je de but en blanc.
- Si tu le dis, pouffa-t-elle, mais au moins tu es convaincue maintenant.
- Oui.
- Dans ce cas tu pourras venir dîner avec moi...
- Non, je n'ai vraiment pas faim.
- Hina...
- Vas-y Ino, je vais rester ici... me coucher... lire un peu ces lettres...
- Bon, mais c'est la dernière fois que je te laisse te coucher sans dîner.
- Compris, mon général !
Pour toute réponse, Ino me donna une claque dans le dos et se leva en mimant l'air outré. Mais son rôle était bien trop exagéré pour me convaincre et ce fut un fou rire qui accompagna sa sortie théâtrale. Seule, je me relevai à mon tour et m'étirai comme un chat. Après avoir posé le paquet d'enveloppes sur mon oreiller, je me dirigeai vers la salle de bain. J'avais besoin de me délasser. Je prendrais une bonne douche, puis je m'installerais confortablement pour lire mes lettres. Grâce à elles, je me sentais bien mieux, comme apaisé et j'avais encore besoin de leurs tendres mots pour me combler. Quelque chose débutait ce soir-là, mais je n'avais pas encore idée de son ampleur.
Fin du chapitre 4, suite au chapitre 5.
