6-Séquelles de photographies

Le soleil retombait déjà vers la mer, les cours étaient finis et nous retournions au dortoir. Quelques mètres devant nous, les garçons de notre classe marchaient en discutant de vives voix. Ils semblaient bien s'amuser. Parmi eux, se trouvaient Kiba qu'une fois encore j'observais. Je ne revenais toujours pas de ma situation. La veille, j'avais rencontré l'expéditeur des lettres anonymes, Kiba. Au lieu de le repousser, j'avais laissé germer en lui un espoir fou. Depuis j'essayais de me faire une idée sur sa personne. Comme me l'avait fait remarquer Ino, je ne savais quasiment rien de lui

Lorsque que j'étais revenue, abasourdie, de mon rendez-vous, Ino m'attendait. Assise sur son lit, elle triturait le coin de sa couverture. Toujours en pyjama, les cheveux ébouriffés, elle se balançait d'avant en arrière, incapable de contrôler son anxiété. A peine avais-je ouvert la porte qu'elle avait bondit sur moi. Elle m'avait serré dans ses bras en me suppliant de lui dire la vérité, quelle qu'elle soit. Tout au long de ma route, je m'étais convaincue que garder le secret me permettrait de me forger ma propre opinion, mais comment aurais-je pu résister? En voyant Ino avec toute sa compassion et son amitié, ma résolution tomba à l'eau. Elle était vraiment inquiète pour moi, qu'avais-je à craindre d'elle? Alors je lui avais tout raconté. Ma rencontre avec Kiba, ma surprise, ma tentative de combat, tout ce qu'il m'avait dit. Je n'omis rien, pas même mes larmes et mes doutes...

Elle m'avait regardé tout du long, estomaquée par mes révélations. Jamais, ô grand jamais, elle n'aurait soupçonné Kiba. Ce garçon était bien trop bourru à ses yeux pour être l'auteur d'aussi belles proses. Mais d'un autre côté, elle avoua ne rien savoir de lui. Il était plutôt discret sur sa vie privée et ses affinités. On savait qu'il partageait sa chambre avec Aburame Shino, mais de là à dire qu'ils étaient amis, c'était une toute autre histoire. Il était assez proche de Naruto puisqu'ils se ressemblaient un peu. Grande gueule, il était incapable de tenir ses colères. Il aimait la bagarre, toutefois, il était tout de même plus calme et mature que le blond. Il savait se montrer posé et restait impassible dans certains cas. En fait, avait conclu Ino, ce garçon était totalement contradictoire et insaisissable.

Après m'avoir longuement décrit Kiba « selon son point de vue personnel » elle m'avait regardé droit dans les yeux et prit un air grave. Elle aurait voulu savoir ce que je comptais faire pour ce léger petit problème... Comment aurais-je pu lui répondre ? Je ne savais pas moi même ou j'en étais. Samedi, j'avais rompu avec mon premier et unique amour et dimanche, un garçon de ma classe me faisait une déclaration d'amour plus que suspect... qu'étais-je censée faire ? Je finis par lui avouer mon incapacité à lui répondre. Il me fallait du temps, le temps d'oublier Neji et de découvrir qui était véritablement Kiba. En attendant, il ne fallait en aucun cas que Sakura, Temari et Tenten sachent que je l'avais rencontré Kiba. Aussi lorsqu'elles me questionnèrent, je prétextai à un faux rendez-vous. Soit il s'agissait d'un piège grotesque, soit l'auteur des lettres s'était dégonflé. Satisfaites de mes mensonges, elles n'abordèrent plus le sujet une seule fois.

Forte de mes décisions, j'avais passé une journée entière à espionner Kiba. Je devais reconnaître qu'Ino m'avait dépeint un tableau assez juste de notre camarade de classe. Kiba était d'humeur assez inconstante. Lorsqu'il passait un peu de temps avec Chôji, il était d'un calme olympique. Son sourire était serein et il pouvait rester des heures assis à côté de son ami à discuter. Il était d'ailleurs amusant de les voir ensemble qu'ils étaient tous les deux les plus grands de la classe, dépassant d'une bonne dizaine de centimètres tous les autres garçons sans qu'ils ne profitent de leur situation pour jouer les chefs. Ils ressemblaient presque à deux bouddhas.

En revanche, Kiba perdait son calme dès que Naruto était dans les parages. Ils se chamaillaient pour savoir lequel des deux étaient le plus fort, n'hésitant pas à se provoquer en duel au moins dix fois par jour. Ils parlaient à voix forte pour se faire entendre et riaient à gorges déployées sans le moindre complexe. Kiba et Naruto étaient les deux lurons et bouffons de la classe, créant une ambiance survoltée perpétuelle entre les murs froids du bâtiments.

Pour le reste, sa relation avec les autres garçons de leur bande était un peu moins fusionnelle. Il parlait peu à Sasuke et pas du tout à Gaara qui de toutes façons était peu bavard. Il semblait s'entendre assez bien avec Shikamaru, mais ne passait pas beaucoup de temps avec lui... Quant à ce fameux Shino, je comprenais mieux les propos d'Ino. Shino ne ferait pas partie de la bande qu'il en aurait été de même. Tout comme Gaara, il ne parlait que rarement. Même lorsque, de temps à autre, Kiba venait le voir, il n'ouvrait pas la bouche. Pourtant, contrairement aux autres, Kiba semblait très à l'aise avec lui, ce qui rendait leur relation difficile à définir.

A force de l'examiner, j'avais fini par l'admirer. De nombreuses fois, je m'étais surprise à contempler passionnément son profil comme pour apprendre par cœur les traits de son visage. Il n'était pas le plus beau garçon que la terre est portée, loin de là. A vrai dire, je m'avouai même à contre cœur que cet idiot de Sasuke était bien plus beau que lui. Néanmoins, Kiba avait un certain charme. Était-ce son sourire espiègle ? Ou alors son air mutin ? Sa fougue ou ses regards impétueux ? Parfois, il me faisait penser à une bête indomptable et à d'autres moments à un adorable petit être doux comme une caresse. Je connaissais à présent son visage dans ses moindres détails. Lorsqu'il souriait, des fossettes creusaient ses joues. Sa peau, brûlée par le soleil, était lisse et avait l'air aussi douce que celle d'un bébé. Au fond de ses yeux noirs, étincelaient toujours des éclats de rire. Ses petits détails insignifiants le rendaient pourtant adorable et séduisant.

Un coup dans mes côtes me fit revenir à la réalité. Je regardais Ino d'un air fâché, mais elle me fit signe de jeter un coup d'œil à Sakura et Temari. Les deux filles me regardaient, la suspicion peinte sur leur visage. Sans m'en rendre compte, j'avais recommencé à dévorer des yeux Kiba. Je rougis légèrement, faisant comme si de rien était et détournai mes yeux vers les cerisiers qui bordaient l'allée que nous empruntions chaque jour. Une brise un peu persistante soufflait ce jour-là. Nous avancions dans un tourbillon de pétales roses tendre qui étaient faites prisonnières dans nos cheveux. Malgré le déchaînement éolien, le ciel était d'un bleu profond. Sans nuage... un temps qui ne correspondait pas à mon humeur. Je soupirai et jetai un autre regard furtif vers Kiba. Il se chamaillait avec Naruto qui essayait de lui retirer, d'un geste « tendre », les pétales de cerisier coincées dans ses cheveux. À grand coup de coude, il se dégagea du blond. Celui-ci tentait désespéramment de le bloquer sous ses aisselles... Je me mordis les lèvres pour ne pas sourire. J'avais toujours admiré les amitiés de garçons. Les filles étaient tellement plus compliquées à mes yeux...

Enfin, nous quittions l'allée de cerisier. Au détour d'un bâtiment, nous pûmes apercevoir Kunoichi qui étendait ses hauts murs vers le ciel. Nous regagnâmes chacune nos chambres pour expédier le plus vite possible nos devoirs. Il était prévu que, dans les alentours de dix-huit heures, toutes les filles du dortoir se retrouvent au dernier étage, dans le foyer des troisièmes années. Nos aînées avaient organisé cette réunion de toute urgence. Le mot avait circulé toute la journée dans le bâtiment du lycée et il était certain qu'il ne manquerait aucune fille de Konoha.

Une bonne vingtaine de minute avant l'heure dites prévue, Sakura et Temari vinrent nous chercher. Si nous ne nous dépêchions pas, nous n'obtiendront pas les bonnes places, prétextaient-elles. Ino et moi savions pertinemment qu'en vérité, elles étaient surexcitées à l'idée de ce meeting. Elles s'attendaient à un plan d'attaque contre les garçons ou tout autre mouvement du même genre. Elles espéraient y trouver un prétexte pour s'en prendre à la bande de notre classe qui les exaspérait de plus en plus chaque jour.

Le foyer des dernières années était une grande pièce dépoulliée. Les murs étaient blancs, il n'y avait que quelques notes officielles qui en cassait la sobriété. En guise de fauteuils, il y avait quelques poufs et coussins dispersés de ça et là dans l'espace. Deux ou trois tables basses faisaient actes de mobilier. Des livres et des paquets de biscuits éparpillés témoignaient des longues heures que nos aînées passaient à travailler en prévisions de leurs examens. Nombres de nos congénères étaient déjà arrivées et je compris que toutes pensaient comme nos deux phénomènes. Temari me prit par le poignet et me tira vers un coin de la salle. Des filles déjà installées me regardèrent avec insistance avant de se parler à l'oreille. Je savais très bien ce qui provoquait leur curiosité. Mon bras ballant entouré de bandage, ma lèvre inférieur ouverte, ma joue devenue violacée... Mes blessures avaient fait jaser le lycée toute la journée. Seules mes amies connaissaient la vérité... ou du moins d'une partie. Si Tenten, Temari et Sakura avaient été mise au courant de ma rupture difficile avec mon petit ami, Ino était l'unique personne à savoir qu'il s'agissait de Neji. Au fond, qu'importe ce que pensait les autres, j'aurais juste voulu qu'elles cessent de me dévisager comme un monstre de foire.

Brusquement, Temari me projeta sans ménagement dans un pouf avant de s'affaler à mes côtés. Nous étions dans un coin de la salle non loin d'une des tables basses. Ino et Sakura s'assirent à même le sol. Ino à mes côtés, s'appuya sur ma cuisse, alors que Sakura devant nous, s'adossa à nos jambes. Nous étions confortablement installées, prêtes à affronter des heures et des heures de réunion. Très vite, nous fûmes rejointes par Tenten qui s'installa, elle aussi au sol, aux côtés de Temari.

La réunion commença quand la déléguée générale des troisièmes années monta sur la table basse la plus proche de nous. Temari me fit un clin d'œil et je compris qu'elle avait choisi notre place en connaissance de cause. Nous étions les mieux placées aussi bien pour voir l'oratrice, que pour entendre son discours et intervenir en cas de besoin. Elle n'eut pas à réclamer le silence, car dès qu'elle fut sur son estrade improvisée, toutes les oreilles attentives se tournèrent vers elle. Elle nous salua d'un signe de tête et commença son discours:

- Si je vous ai réunis ce soir, dit-elle, c'est, vous vous en doutez, pour vous parler de ses horribles photos prisent dans nos vestiaires. Avant toutes choses, je tiens à dire que je suis réellement choquée par l'attitude des garçons. C'est bien la première fois qu'il pousse aussi loin le vice. Jusqu'à ce jour, certaines règles de respect mutuel ont été respectées dans cette guerre et j'entends que nous, les filles, ne nous abaissions pas leur niveau.

Un brouhaha diffus s'éleva de l'assemblée. Il me parut clairement que la majorité des filles n'étaient pas en accord avec les dires de la déléguée. Je tournai la tête vers Temari qui ronchonnait. « Respect ? Depuis quand il nous respecte ces cons-là ? » Autant dire que toutes celles qui se trouvaient autour pouvaient l'entendre sans difficulté. En fait toutes mes amies semblaient fâchées. Je crois que je comprenais un peu leur colère. Les garçons se lançaient dans des attaques sans foi ni loi dont j'avais d'ailleurs été victime. Sasuke ne m'avait accordé aucun respect en venant m'attaquer sous la douche! Le bruit devenait plus soutenu à mesure que les filles s'insurgeaient, mais quelques élèves de dernière années réclamèrent le silence à grand renfort de cri. Une fois le calme revenu, la déléguée reprit son discours, ignorant nos protestations.

- Il me parait évident que les garçons ont trouvé un moyen de s'introduire dans nos vestiaires et de s'y cacher pour prendre leurs sales photos. Nous avons longuement discuté avec la présidente du club de tir à l'arc hier, et après inspections des vestiaires, nous avons déterminé les seuls endroits où ils ont pu se cacher. Nous vous conseillons vivement de ne plus utiliser les vestiaires à l'avenir. Préférer leurs les toilettes ou les dessous de gradins... Si les garçons voient que nous ne venons plus aux vestiaires ils se décourageront et, lassés, ils passeront à autre chose ! À ce moment-là nous aurons gagné !

Malgré mon manque d'intérêt pour cette guerre, je ne pouvais m'empêcher de penser que la déléguée de troisième année n'était en fait qu'une lâche. Il me paraissait évident qu'elle refusait de se tremper pour ne pas mettre en danger son diplôme. Je jetai un coup d'œil à Temari qui, très visiblement, rongeait son frein. Elle mâchonnait la lèvre supérieur et tapait nerveusement sa joue avec son doigt. Son regard était noir. Je mis une main sur son épaule pour l'apaiser un peu. Elle se força à me sourire, comme pour me rassurer, mais je sus immédiatement qu'elle était folle de rage. L'ambiance était d'ailleurs très lourde dans la pièce, un peu comme avant un orage... Ignorant les œillades furieuses qui lui parvenaient de toutes part, la déléguée continua :

- Cette affaire réglée, nous parlerons maintenant...

- RÉGLÉE ! hurla Tenten en bondissant comme un ressort, soutenue par les murmures approbateurs de tout un dortoir, vous trouvez que cette affaire est réglée, vous ? Vous avez pensé au coup qu'ils ont fait à Mayu-chan, vous ? Elle a tellement honte qu'elle n'a pas osé venir à cette réunion ! Ils sont allés trop loin cette fois !

- Et que veux-tu que nous y fassions ? s'emporta la déléguée.

- Il faut leur faire comprendre qu'ils n'ont pas le droit de nous ridiculiser de la sorte ! Si on laisse passer, ils recommenceront et des trucs pires encore! On ne peut pas les laisser faire !

- C'est Tenten qui a raison, s'écria Temari à mes côtés.

- Les garçons n'ont pas le droit de nous traiter comme ça, approuva une fille de l'autre bout de la salle.

- C'est dégueulasse de rester les bras croisés !

- Faut pas qu'ils aient l'idée de recommencer !

Peu à peu, toute l'assemblée s'était levée pour suivre Tenten. Des plaintes s'élevaient de toute part. Les filles en avaient assez. Comment avait on pu traité de la sorte l'une des leurs ? C'était un scandale ! Il fallait réagir. Je souris d'un air narquois, elles étaient si fortes en paroles, mais aucune d'entre elles n'osaient pourtant réellement agir. La seule qui avait eu le courage de montrer au garçon de quoi elle était capable, était à présent traitée comme une pestiférée. Je baissai les yeux vers Sakura, avait-elle mérité ce que les autres lui faisaient subir ? L'ignorance, la méfiance... Au fond Sakura n'avait fait que ce qu'elles mourraient toutes d'envie de faire : impressionner les garçons. Je me penchais légèrement vers Temari et dit à son oreille :

- Tu crois que la déléguée va céder ?

- Elle n'aura pas à le faire... Elles vont se dégonfler toutes seules et Tenten va se retrouver toute seule comme une imbécile à gueuler...

- Mais je ne les comprends pas...

- Ne cherche pas Hinata ! Y'en a une ou deux qui ont du cran, mais la majorité aurait bien besoin d'un bon coup de pied aux fesses pour réagir ! Tant que ce sera cette déléguée qui présidera ces réunions elles se conforteront dans leur passivité !

- Mais Temari, elles n'ont aucune fierté ?

- Apparemment pas le moins du monde !

Le vacarme qui régnait dans cette salle rendit notre conversation totalement secrète. Même Sakura et Ino, si proche de nous ne nous, n'entendirent pas ce que nous disions... Temari sembla épuisée. Elle était désespérée par ette constatation, les filles ne feraient rien et cette année encore, nous serions les esclaves des garçons. Elle se laissa aller contre le mur et couva de ses yeux vides la déléguée qui se débattait avec les filles en furies. Gagnée par sa déprime, je m'appuyais moi aussi au le mur et fixai Tenten qui parlait à grand renfort de geste. Je fus comme hypnotisée par ses mains vives. Somnolente, je me sentis glisser sur le giron de Temari mais ne parvint pas non plus à me redresser. Ma tête était lourde et mes paupières papillonnaient... Sans plus de résistance, je sombrai dans le sommeil.

Dans un grand tribunal, les filles disputaient du sort de Sakura. La déléguée, portait une grande robe noire, comme dans les films américains, et présidait l'assemblée en tant que juge. Tenten, en tailleur sombre était l'avocat de la défense et hurlait aux jurés que Sakura ne voulait que protéger la cause féminine... Temari et Ino étaient assises en larmes dans la salle et moi, un des jurés, écoutait passionnément les propos de l'avocate. Je savais qu'elle avait raison, alors je protégerais Sakura... Mais soudain, les portes du tribunal s'ouvrirent à grand fracas et un grand cheval blanc galopa jusqu'à l'accusée. Habillé en prince charmant des films Disney, Naruto se précipitait vers Sakura et l'enlevait sous les yeux de tous. La déléguée, furieuse, se relevait, transformée en reine rouge d'Alice au Pays des Merveilles et hurlait d'une voix rogue : « Qu'on lui coupe la tête ! Qu'on lui coup la tête ! » Les filles se métamorphosaient en armée de cartes pour poursuivre le couple. Je me retrouvais seule dans le tribunal vide quand, habillée en chat du comté de chester, Ino apparut à mes cotés en ricanant. Puis ce fut Temari et Tenten en chapelier fou et Lapin de Mars... et sans surprise, je portais... un Kimono de mariage ! Sans que cette situation absurde semble me gênait, je m'avançais vers ce qui ressemblait à une église gothique avec pour cortège ce drôle d'ensemble venu du livre de Lewis Carol. A chacun de mes pas, mon kimono se changeait en une robe de mariée occidentale. Au bout de l'allée, se trouvait le marié dont je ne voyais pas le visage. Sur l'autel, se trouvait une fille nue, prisonnière, et derrière elle, la reine rouge, prête à la décapiter à grand coup de couteau à beurre. Paniquée, je pensais qu'il s'agissait de Sakura, et me mit à courir pour la rejoindre. Je bousculais mon futur mari et découvrit le visage épouvanté de Mayumi Katsura. Terrifiée, je me tournai vers l'homme qui me souriait... Neji, élégant dans son costume trois pièces, me tendait le bras pour m'inviter à le suivre. Mais je ne voulais pas l'épouser, je me retournais vers mon cortège qui s'était agrandi. Sakura avait rejoint les personnages d'Alice au Pays des merveilles, escortée par Naruto et Sasuke. Ils portaient tous trois des costumes des Milles et une nuit. Ils me firent signe de me retourner et, sans trop savoir pourquoi, j'obtempérai. La déléguée reine rouge me passa le couteau à beurre pour que je coupe moi-même le cou de Mayumi, je n'eus pas l'occasion de protester et quand je me baissai, je découvris mes propres yeux qui me suppliaient pleins de larmes. Je me dévisageai, hésitante, quand Neji pris ma main et la guida vers le cou de mon double, allongée nue sur la table. Toute l'assemblée des filles était alors apparue hurlant toutes sortes d'encouragements. J'allais trancher ma propre gorge, quand, au moment où la lame effleura ma peau, les portes de l'église s'ouvrirent alors qu'un cri retentit dans toute l'église. « Je m'oppose à cette union ! » C'était Kiba ! Habillé en paysan, le visage couvert de suie, il brandissait une masse menaçante au-dessus de sa tête. Je fus si soulagée de le voir que, sans me poser de question, je lâchai le couteau, me dégageai de Neji et me précipitai vers mon sauveur. Alors que nous enfuyions mains dans la main, Ino le chat du comté de Chester m'appela... m'appela... m'appela encore !

- Mais Hinata, tu vas te réveiller oui ou non !

Je sursautai et me retrouvai nez à nez avec une Ino, mi-rire mi-agacement. Je regardais autour de moi l'air hébétée. Plus d'église, plus de garçons... Ino portait des vêtements tout à fait normaux, Sakura s'étouffait de rire derrière elle et Temari se relevait enfin en s'étirant. La réunion semblait finie, car la salle se vidait peu à peu. A quelques mètres de nous, Tenten discutait ou plutôt se disputait avec une grande fille de dernière année à la dégaine un peu masculine. Je posai une main sur mon front et respirai très lentement pour retrouver mon sang-froid.

- Qu'est-ce qui t'arrive Hinata, demanda Temari en s'appuyant sur mon dos.

- C'est rien, j'étais entrain de faire un cauchemar...

- Quand je t'ai vu t'effondrer sur moi, je ne penserai pas que tu dormirais autant, j'ai des fourmis dans le bras maintenant !

- Je suis désolée Temari !

- Oh mais y a pas de quoi t'excuser, assura Sakura, elle s'en remettra !

- Et si on allait dîner au lieu de dire des bêtises, intervint Ino, Hinata, tu es sûre que ça va ? Tu es pâle !

Elle m'aida à me relever tandis que j'acquiesçai. Ce rêve me laissait une sale impression. C'était comme si je me sentais coupable. Coupable de n'avoir rien fait pour soutenir Sakura. Coupable de laisser Mayumi se morfondre dans sa chambre. Coupable de penser à Kiba comme un héros... Je sentais ma fatigue s'envoler et lançai un coup d'œil vers Tenten :

- Qu'est-ce qui se passe là-bas ?

- La présidente du club de tir à l'arc est venue reprocher à Tenten sa virulence après la réunion, expliqua Sakura, mais tu connais notre poison, elle ne s'est pas laissée faire et ça doit faire déjà cinq bonnes minutes qu'elles se chamaillent ainsi.

- On devrait peut-être les arrêter avant qu'elles ne se battent, proposa Ino.

Temari ne se fit pas prier. Elle les rejoint et en quelques mots régla le débat. Puis, d'une poigne ferme, elle tira notre amie jusqu'à la sortie. Nous lui emboîtions le pas jusqu'à la cantine.

Là-bas, nous nous installions après avoir pris chacune un menu de notre choix. Nous n'avions pas même eu le temps de commencer à discuter que les trois autres filles de notre classe vinrent s'installer à notre table. Lorsque Ran, Subaru et Ayumi daignaient nous adresser la parole, ce n'était jamais sans raison. Je les regardai se poser et s'incruster sans le moindre tact, demandant hypocritement des nouvelles. Quand elles demandèrent à Sakura si elle se remettait de sa petite farce à Naruto en lui assurant qu'elles l'avaient trouvé exceptionnelle, c'en fut trop pour moi. De mauvaise humeur depuis mon cauchemar improvisé, je ne pus tenir plus longtemps ma langue, je leur retorquai d'un ton doucereux :

- C'est rare que vous nous parliez... Si vous en veniez directement au fait au lieu d'inventer des flatteries que vous ne pensez pas...

Je vis tous les regards autour de moi changer. Je m'étonnais moi-même. Moi, Hinata Hyûga, de tempérament si timide, faisait preuve ces derniers temps d'une morgue à toute épreuve. Il me faut bien reconnaître aujourd'hui que mon caractère avait d'ores et déjà commencé à changer en si peu de temps. Les épreuves qui m'étaient imposées n'étaient sûrement pas étrangères à ma transformation. Sans me départir de mon calme, je fixai les filles. Peu à peu, je vis Sakura grimacer en mettant sa main devant sa bouche pour retenir son fou rire. Temari regardait ailleurs alors qu'Ino et Tenten me souriaient. Ran, Ayumi et Subaru parurent gênée mais elles firent tout de même comme si de rien était. Elles s'échangèrent des regards entendus puis Ran prit la parole :

- On est venu vous voir au sujet de la réunion, plus précisément à propos de Katsura.

- Qu'est-ce que vous lui voulez à Mayumi? s'emporta Tenten.

- Je sais que c'est ton amie, Tenten, c'est justement pour çà qu'on vient vous parler. Des rumeurs circulent sur Katsura et si elles gagnent plus de terrain, elle va avoir quelques ennuis... notamment avec les garçons...

Je fixai Ran méfiante. Se souciait-elle réellement de Mayumi Katsura ou était-elle simplement incapable de tenir sa langue, en bonne pipelette qu'elle était ? J'attendis patiemment la suite, contrairement à Temari qui aboya :

- Et alors ? Ses rumeurs ! Accouche !

- Les filles de dernières années disent que Katsura n'est pas aussi « clean » qu'elle veut nous le faire croire ! reprit Ran, non sans avoir lancé un regard assassin à Temari. Elles disent que Katsura est connu pour ses problèmes d'argent. Vu la photo d'elle qui était affiché, il leur parait évident qu'elle l'a fait pour le fric...

- Mais c'est n'importe quoi ! s'écria Tenten en tapant du point sur la table, Ce n'est pas le genre de Mayumi, c'est une fille adorable et pleine d'honneur ! Vous n'êtes qu'une bande de...

- Tenten ! dis-je d'une voix douce, mais assez autoritaire pour faire taire mon aînée. Tu ne devrais pas t'en prendre à elles.

- Hinata à raison, intervint Subaru, l'air terrifiée, nous ne faisons que vous répéter ce qu'on nous a dit !

- Et vous avez bien fait, assura Ino, il faut excuser Tenten, c'est une de ses proches amies...

- C'est pas grave, dit Ran en se levant, je sais qu'on ne s'entend pas très bien toutes les sept, même si on est dans la même classe, mais on n'est pas des garces et ce qui arrive à Katsura ne nous amuse pas. Désolée, si on t'a blessé Tenten...

Je regardais les trois filles s'en aller après nous avoir salué. J'avais du mal me décider quant à leur sincérité. Il était notoire que Ran et sa bande se délectaient des ragots, mais l'affaire Katsura avait un je ne sais quoi de glauque et malsain que nous ressentions toutes. Seules la déléguée et ses sbires de troisièmes années semblaient vouloir fermer les yeux là-dessus. Mais pourquoi nos trois camarades venaient s'adresser à nous ? Avaient-elles pressenti que nous étions assez folles pour nous lancer têtes baissées dans les ennuis ?

Le lendemain, nous avions cours de sport durant les deux premières heures de la matinée. Comme nous l'avait conseillé la déléguée, nous nous changions dans les toilettes des vestiaires. Assises côte à côte sur le banc face à nos casiers, Ino et moi attendions notre tour. Je tournais mon regard vers mon amie. Ses vêtements serrés contre elle, elle luttait pour garder les yeux ouverts. Elle était épuisée.

La veille au soir, nous avions passé une grande partie de la nuit à réviser la biologie. Cette matière n'était vraiment pas le point fort d'Ino. Pourtant, elle s'était montrée courageuse et avait tenu à bosser longtemps. Deux heures après que Temari et Sakura soient retournées dans leurs chambres, nous nous étions encore battues contre les lacunes de mon amie. Elle refusait de dormir tant qu'elle ne se rappellerait pas le nom et la structure de toutes les bactéries que nous avions vues ce soir-là. Bien malgré moi, je m'étais effondrée de sommeil et quand je me réveillais quelques heures plus tard, Ino révisait toujours. Il était trois heures du matin. Inquiète pour elle et fâchée de m'être laissée aller, j'avais obligé Ino à se mettre au lit. Si elle s'épuisait avant le devoir, elle ne serait bonne à rien devant sa feuille et tous ses efforts auraient été réduits à néant. Finalement, ce matin-là nous allions avoir du mal en sport. Ino était dans un était pitoyable et je n'étais pas tout à fait remise de ma foulure. Pour éviter les questions du professeur, j'avais retiré mes bandages, mais ma main me faisait souffrir au moindre mouvement brusque. Un peu inquiète, je détournais mon regard et observais nos casiers.

Dire que pendant des semaines nous nous étions changées en ce lieu alors que des pervers nous prenaient en photo. Je ne parvenais pas à y croire ! Nous avions été observée sous toutes les coutures par des garçons peu scrupuleux. Comme l'avait laissée entendre la déléguée, ils avaient pu se cacher à bien des endroits, sans que nous nous en soyons rendue compte. En imaginant, un garçon lubrique m'espionner pendant que je me changeais, mon sang ne fit qu'un tour. Combien de fois m'étais-je déshabillée là, face à ce casier sans la moindre crainte ? Comment concevoir que de sales clichés étaient pris au même moment ? Qu'est-ce qui m'aurait permis de deviner que mes fesses seraient exposées dans le hall du lycée un samedi matin ? Mes fesses, à moi ! Brusquement, je me pétrifiai. Mes fesses ? Intriguée, je me retournais. Derrière moi, il n'y avait que des casiers. Un coup d'œil à droite puis à gauche augmentèrent mon désarroi. D'un côté se trouvaient les douches et de l'autre la porte en bois de l'entrée. Quelque chose clochait dans cette histoire.

Quelques minutes plus tard, nous étions toutes sur le terrain de volley. Nous faisions la queue. Comme d'habitude, en guise d'échauffement, Anko-sensei distribuait les balles. Ses services canons désarçonnaient bon nombre d'entre nous et déjà mon poignet était rendu douloureux par les deux balles que j'étais parvenue à rattraper. Était-ce ma volonté de fer ou l'entraînement drastique du terrible professeur de sport, je ne saurais le dire. En tout cas, je m'étais drôlement améliorée en volley en l'espace de quelques semaines. Anko-sensei avait pris en main les élèves en difficulté. Pendant que les autres disputaient des matches sous les regards attentifs d'arbitres, nous pratiquions des exercices de base. A présent, sur une dizaine de service, j'en rattrapai presque la moitié. Je n'étais pas prête d'entrer dans la ligue, mais je me défendais de mieux en mieux. Attendant mon tour pour affronter un sixième service d'Anko-sensei, je réfléchissais. Mes yeux se tournaient toujours vers la porte du vestiaire. Plus j'y pensais, plus un détail me gênait dans la logique de la déléguée. Depuis un moment déjà, je tentais de me raisonner. Il ne fallait pas que je me mêle de cette histoire. Ce n'était pas mes affaires, quelqu'un d'autre éluciderait ce mystère. Une personne possédant le droit et le pouvoir de chercher les coupables. Autour de moi, les filles parlaient encore de cette histoire. Elles craignaient que le pervers trouve un moyen d'entrer dans les toilettes. Nous n'étions en sûreté nulle part. Peut-être devrions-nous en parler à un professeur. Mais nous n'en avions pas le droit ! Une règle tacite entre élèves l'interdisait. Je me pinçai les lèvres. Cette fois-ci la tentation fut trop forte et ma curiosité l'emporta. Je me décidais à agir, mais pas seule. Il me fallait de l'aide et pour le moment, une unique personne était dans la capacité de le faire : Sakura.

Pendant les exercices de balles, j'avais demandé à Sakura de me retrouver dans les vestiaires après que tout le monde soit parti. J'attendais donc qu'elle revienne. Pour me retrouver dernière à quitter les lieux, je n'avais pas trop eu à me creuser les méninges. Mes performances médiocres m'avaient valu « l'honneur et le droit », selon les termes d'Anko-sensei, de ranger le terrain. Ballons et filets ramassés, j'entrai dans une pièce vide. Mon seul souci était de savoir si Sakura parviendrait à me rejoindre. Je profitais de ma solitude pour inspecter les lieux. Partant de mon casier, j'observais tous les angles de vue possible pour prendre mes fesses en photos. Où que mon regard se posa, je ne voyais aucune possibilité de se cacher. Je m'approchai des casiers et les ouvrai les un après les autres. Je tentais même de m'introduire dans l'un d'eux... ce que je fis avec aisance... mais il fallait que le photographe soit aussi minuscule que moi pour se cacher là et quand bien même il s'était embusqué dans ce trou de souris pour nous photographier, le seul endroit d'où il pouvait nous mater était un grillage en fer de vingt centimètre sur dix, or les photos étaient tout à fait nets. Je soupirai, désespérée, je n'entrevoyais même pas l'ombre d'une solution. Alors que je me glissai hors du casier, une voix retentit derrière moi :

- Je peux savoir ce que tu fabriques ?

Je bondis sous l'effet de la surprise et me cognai sur le coup le genou contre le banc devant moi. Mon cœur battait à vive allure. Je me retournais pour découvrir une Sakura qui me dévisageai l'air perplexe. Elle se rapprocha de moi, les bras croisés, pendant que je soufflai pour calmer mon cœur emballé.

- Tu m'as fait peur, murmurai-je.

- Je m'en doute ! répondit-elle, à quoi tu joues dans ces casiers ?

- J'enquête !

Je lui avais répliqué cette absurdité avec tant de convictions que les bras lui en tombèrent. Elle finit par froncer les sourcils et m'observer d'un air interrogateur, comme si j'avais perdu la raison. Je repris rapidement la parole pour éclaircir la situation.

- Ce matin je me suis rendu compte que quelque chose ne collait pas entre ce que disait la déléguée et les photos qui ont été affichées. Je me rappelle notamment d'une photo de moi qui m'avait mise dans une colère noire! On y voit mes fesses. Or je suis toujours à ce casier, et il n'y a aucun endroit où prendre les photos sans se faire remarquer...

- Dans les casiers... tenta-t-elle.

- Non, j'y ai pensé aussi et c'est pour ça que je suis entrée dedans, mais ça ne colle pas. Il y a des grilles aux casiers...

- Mais pas sur les clichés, conclut Sakura

- Exactement !

- Tu penses donc qu'ils ne sont pas venus se cacher dans nos vestiaires pour prendre des photos... mais alors comment ils auraient fait ?

- Je ne comprends pas non plus, avouai-je. De toutes façons, si on regarde les cachettes possibles, il faudrait qu'ils soient tout petits et athlétiques pour avoir des clichés ! Et certaines d'entre nous n'auraient pas pu être prises en photo !

- Petits et Athlétiques ? répéta-t-elle intriguée, pourquoi ?

- Regarde, ordonnai-je prête à lui démontrer que j'avais raison. Si tu observes bien, Il n'y a que trois types d'endroit où ils auraient pu se cacher, par-dessus les casiers...

- Mais pas trois semaines de suite, on les aurait remarqué.

- Exact. Les bouches d'aérations au plafond... continuai-je.

- Peut-être, murmura-t-elle après avoir levé le nez vers le point que je lui indiquais. Elles sont larges mais il faut pouvoir y monter !

- On est donc d'accord, et enfin les bouches d'aération latérale...

- Quoi ? Celles au mur ! Même moi j'aurais du mal à m'y glisser ! Pourtant je ne fais qu'un mètre soixante !

- Tu vois où je veux en venir... Soit les garçons ont de vrais rats dans leur rang et les utilisent pour prendre des photos, soit ils ont un tout autre moyen que je ne parviens même pas à imaginer...

- Attend, attend, attend, attend...

Sakura posa une main sur son front et se laissa choir sur le banc juste à deux pas de nous. Elle ferma les yeux et respira calmement. Debout face à elle, je la fixai, consciente de son désarroi. J'avais eu la même impression quand j'en étais arrivé à ses conclusions : nous nagions en pleine fiction. Elle se frotta le front et je vis ses lèvres former des mots silencieux, un peu comme si elle récapitulait tous les points que je lui avais énuméré. Elle comptait en cognant le bout de ses doigts sur les genoux. Je finis par lever les yeux vers le conduit d'aération. Le simple fait de le voir si haut me fit serrer l'estomac. Ma théorie était presque loufoque, aussi petit et agile qu'il puisse être, quel garçon dans cette école pourrait prendre le risque de jouer les espions, uniquement pour quelques clichés. Pourtant, une sorte d'intuition me disait qu'il y avait une histoire un peu plus compliquée là-dessous et je priai pour que Sakura ne me demande pas de tout laisser tomber. Au bout de quelques minutes, elle se releva et inspecta chaque centimètre carré de l'espace, comme je l'avais fait précédemment. Voyant son manège, je soupirai et dit :

- Je l'ai déjà fait ça Sakura...

- Je sais mais... Aaaah, ça m'énerve de l'admettre mais j'en viens à la même conclusion que toi... ce qui est agaçant c'est que c'est totalement loufoque...

- Je sais...

- On n'est pas dans un film de James Bond. Elle rajouta en soupirant : Même si je voudrais bien être la James Bond Girl de Pierce Brosnan.

- Sakura... ce n'est pas la question, pouffai-je, plus amusée qu'en colère.

- Oui, oui, je sais... C'est dommage que Tenten ait fait jeter toutes les photos. On aurait pu déterminer les angles de vus approximatifs.

- Oui c'est vraiment do...

Soudain j'eus comme une illumination. Je sursautais, puis restai pétrifiée quelques secondes. Comment n'y avais-je pas pensé plus tôt ? Je vis Sakura s'agiter brusquement, elle sautait tout autour de moi en criant :

- Quoi ! Quoi ! QUOI !!!!!!

- Et si je te dis que j'ai encore quelques clichés, déclarai-je mon visage s'illuminant peu à peu.

Elle me fixa abasourdie, puis sourit :

- Dans ce cas, je te réponds que je te suivrais jusqu'au bout du monde pour résoudre ce mystère... comment tu as eu ses photos ?

- Samedi, quand je me suis énervée et que j'ai arrachée les photos du panneau d'affichage, je les ai gardé dans ma main jusqu'à ce qu'on aille dans la classe. Ensuite quand Kakashi-sensei est entré je les ai fourré sous mon bureau...

- Et je suppose qu'elles y sont encore... termina Sakura souriante.

- Je n'y ai plus touché depuis...

- Yaaaah ! On va jouer aux détectives !!! Ça va trop faire plaisir à Ino et Temari...

- NON ! m'écriai-je, attends Sakura ! Je ne veux pas qu'on leur en parle maintenant. Si elles savent qu'on se lance dans une histoire pareille, elles vont vouloir participer...

- Oui bien sûr, et alors elles ne peuvent pas ? s'enquit-elle de la voix d'une de gamine en colère.

- Dois-je te rappeler que nous avons un devoir de biologie qu'elles n'ont pas le droit de rater ? Si on leur parle de ça...

- Elles vont perdre leur concentration.

- Je le crains. Il vaut mieux attendre que le devoir soit passé pour les mettre au courant de toute cette histoire, pour le moment occupons-nous en toutes les deux... c'est pas plus mal...

- Oui, tu as raison. Bon, il faut qu'on puisse regarder ces photos. Comment on le fait sans attirer leur attention...

- Euh... je sèche j'avoue... Aucune idée ?

- Bon... on leur dira que ce midi on va faire des recherches pour les révisions de bio... Amène les photos à la bibliothèque, on sera tranquille là-bas, il n'y a jamais grand monde.

Il ne restait que quelques minutes pour que le cours d'Histoire ne finisse que déjà mon esprit s'échappait. Au tableau, Shikamaru et Chôji mettaient un point final à leur exposé sur l'interdiction du port de sabre à l'ère Meiji (1). Au lieu d'écouter ce qu'ils avaient à nous dire, j'observais Kiba. Il jouait avec son stylo, le faisant tourner entre ses doigts avec aisance. Son profil concentré me fascinait, tant et si bien, que tout le reste m'était sorti de la tête. Alors qu'il s'apprêtait à relancer son stylo, une grande main s'abattit sur sa table, me faisant sursauter et lever le nez. Absorbée comme je l'étais par le jeune homme, j'avais oublié que Kakashi-sensei s'était posté juste à côté de son bureau pour écouter les exposés. Il était entrain de faire les gros yeux à Kiba, comme pour le rappeler silencieusement à l'ordre. Je ne pus m'empêcher de sourire. La concentration n'était pas la principale qualité du garçon et j'avais pu le remarquer en plusieurs occasions. Mais de là à s'amuser au nez et à la barbe du professeur... Le brun était peut-être plus idiot qu'il ne le paraissait.

Au moment où Kakashi reporta son attention aux deux élèves sur l'estrade, nos regards se croisèrent. Je frissonnais et fronçais les sourcils. Une fois encore il avait ce regard. Depuis le tout début de matinée, il avait ce regard. A la réunion matinale(2), il avait eu ce regard... Quand il posait ses yeux sur moi, je pouvais y voir une sorte de malice mêlait à de la curiosité, un peu comme s'il avait entraperçu quelque chose d'intéressant sur moi ou encore que nous étions complices, gardien d'un même secret. Tout au long du cours il m'avait contemplé de la sorte et j'avais fini par me sentir mal à l'aise en sa présence. Qu'aurait-il pu savoir sur moi qui le mettait dans cet état ? À moins que je ne me fasse des illusions et qu'il s'amusait à jouer les obsédés... comme chaque jour. Pourtant quelque chose de plus me gênait aujourd'hui.

Le son de la cloche me sortit de ces pensées peu réjouissantes. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Sakura et moi allions enfin pouvoir examiner ces clichés à la bibliothèque. Kakashi conclut sa leçon en quelques mots et nous invita à ranger nos affaires avant de quitter la classe de son pas traînard. Sans me faire prier, je claquai la couverture de mon livre et le balançai au fond de mon pupitre. Puis je me levai, prête à courir vers Sakura. Mais Ino se retourna à ce moment et s'adressa à moi, sourire aux lèvres :

- Tu es sûre que vous voulez aller à la bibliothèque Sakura et toi ?

- Il le faut Ino, nous aurons du mal à vous faire réviser ce soir sinon !

- Mais je suis tellement désolée, nous vous donnons du travail supplémentaire.

- Qu'est ce que tu racontes ? En préparant le cours pour vous, on revoit toutes les notions nécessaires. On aura de super notes à ce contrôle, meilleures que d'habitude !

- Bon si tu le dis... Mais pour manger !

- On verra ça après !

- Je t'avais dit que je ne te laisserai plus sauter aucun repas...

- C'est un cas de force majeur ! Allez Ino, il faut que j'y aille, on n'a pas beaucoup de temps !

- Bon, d'accord mais ne soyez pas en retard en cours, on a physique et Iruka-sensei déteste les retardataires !

- Ne t'inquiète pas pour nous !

Je lui fis un signe de la main et courus vers Sakura qui m'attendait déjà à la sortie de la classe. Je me sentais coupable de mentir à ma chère Ino, mais c'était pour ne pas qu'elle ne se tourmente pas. Dans quelques jours je pourrai lui dire toute la vérité, ce qui, en quelque sorte, me rassurait. Sans échanger un mot, Sakura et moi nous précipitions vers la bibliothèque. Je serrai contre moi mon sac qui contenait les photos rescapées du nettoyage de Tenten. Nous sortions du bâtiment du lycée. D'un pas rapide, nous nous dirigions vers l'administration, la petite construction près du portail, puis la contournions. Quelques mètres plus loin, au centre parfait de l'établissement, se trouvait une grande bâtisse en vieille pierre qui servait de bibliothèque. Elle était aussi grande qu'une médiathèque de quartier, réservée non pas pour seulement le lycée mais aussi pour l'ensemble du collège et du primaire de Konoha. Je n'y avais jamais mis les pieds et découvris derrière sa porte en bois sombre un spectacle étonnant.

Construit sur le modèle occidental, l'architecture en elle-même était riche en surprise. Depuis le centre de la pièce, on pouvait admirer le plafond vitré. Sur trois étages s'étendaient des montagnes de livres. On aurait dit des balcons où se promenaient les rats de bibliothèque en quête de l'ouvrage rare. Au rez-de-chaussée, des tables rondes étaient dispersées un peu partout entre des étales où s'exhibaient les nouvelles acquisitions de la bibliothécaire ou les magazines. Non loin de l'entrée, une femme derrière son bureau était plongée dans un roman, dédaignant son ordinateur. Au fond de la pièce une série d'ordinateurs permettaient de faire une recherche rapide d'ouvrages. Enfin, des plantes vertes égayaient un peu l'endroit de leurs feuilles fraîches et bien entretenues. Je restais bouche bée par la beauté de ces lieux mais Sakura à me ramena vite à la réalité. Elle m'entraîna vers une table libre devant laquelle elle s'assit. Incapable de détourner mes yeux de ce décor de film, je continuai à inspecter chaque aspect de l'endroit. Sur la table la plus proche de la nôtre se trouvait entassées les affaires de quelqu'un. Le bric-à-brac vomit par le vieux cartable maltraité me rappelait irrésistiblement une personne... sans que je ne sois capable de me souvenir qui.

- Hinata ! appela Sakura agacée, on n'a pas le temps de bâiller aux corneilles !

Me reprenant un peu, je m'assis et posai mon sac sur la table. Nous étions ici pour une raison précise, il était plus que temps que nous nous mettions au travail. Je sortis méticuleusement les photos de mon sac. J'avais passé la plus grande partie du cours d'Histoire à les remettre en état. Dans ma colère, je les avais tant froissées qu'en les fourrant dans mon casier je les avais écrasées. J'avais redressé au mieux chaque image puis les avait rangé avec beaucoup de précautions dans mon sac. Au finale, nous avions face à nous des papiers qui avait l'air d'être passée sous un mauvais fer à repasser. Malgré tout les images étaient lisibles et c'était bien suffisant. Nous nous penchions toutes deux sur les photos et les observions avec attention. Nous restions ainsi sans rien dire depuis quelques minutes, quand une voix retentissante chantonna derrière nous :

- Les secrets, les secrets, ce n'est pas bien les secrets !

Nous sursautions de concert, en laissant échapper un cri de surprise. La bibliothécaire nous lança un regard assassin que nous remarquions à peine, trop captiver par la personne que nous avions sous nos yeux. Kakashi-sensei nous souriait. Il tenait dans une main une pile d'ouvrage d'histoire et de l'autre nous faisait un petit coucou goguenard. Sakura se fâcha alors que je restais sans voix :

- Nous ne faisons pas de secret, murmura-t-elle avec véhémence, ne nous faîtes pas peur ainsi prof idiot ! Vous êtes vraiment impossible !

- Pas de secret ? demanda Kakashi sans relever l'insolence de Sakura, qui a dit que je vous accusais ? Je ne faisais que chanter ! De toute façon nous avons tous des secrets, n'est-ce pas Hinata ?

- Je suppose que vous en avez beaucoup en effet, rétorquai-je en souriant de ma voix la plus douce.

En fait, j'étais tétanisée. Mes craintes de la matinée ne faisaient que se confirmer. Kakashi savait quelque chose sur moi. Quelque chose d'assez embarrassant pour le faire jubiler de la sorte. Ma première pensée fut pour Kiba et ses lettres. Et si Kakashi l'avait découvert. Mieux encore, si c'était un piège des garçons et que Kiba s'était allé vanter auprès de lui ? Il me sourit et nous souhaita une bonne fin de journée avant de retourner s'asseoir à sa place... la table juste à côté de nous. Évidemment, ce bric-à-brac était le sien, il encombrait toujours son bureau quand il faisait cours. Méfiante, mon amie et moi échangions un regard inquiet avant de l'observer. Il nous fallait nous assurer qu'il ne s'occuperait plus de nous. Déposant devant lui sa pile de livre, il sortit de son sac un petit roman à la couverture criarde. Je fronçais les sourcils et plissai les yeux pour décrypter le titre: Icha Icha Paradise (3). Sakura se retourna vers moi, l'air dégoûtée, et dit en tirant la langue :

- C'est le bouquin pour vicieux qu'écrit Jiraya-sensei… Ne t'inquiète pas, quand Kakashi tombe là-dedans plus rien d'extérieur ne peut l'intéresser, il ne nous embêtera plus.

- Si tu le dis, murmurai-je.

- À propos de ces photos, commença-t-elle, tu ne remarques rien de bizarre ?

- Un peu si ! Les angles de vues sont incroyables. La fameuse photo de moi... On dirait qu'elle est prise par en dessous en très gros plan.

- Aucun des endroits que tu as désigné ce matin ne permettait une telle prise de vue, assura Sakura.

- C'est ce que je pense aussi, marmonnai-je en pensant à tout autre chose.

Un autre détail m'interpellait. J'observais encore un peu puis, éloignant toutes les photos, j'en mis deux côtes à côtes. L'une plus grande, qui représentait Mayumi Katsura nue, et une autre, qui montrait un groupe de deuxième années entrain de se déshabiller. Je les désignai du menton à Sakura et demandai :

- Y'a rien qui te choque ?

- À part qu'ils ont voulu insister sur cette photo de nue en l'agrandissant ? grogna Sakura révoltée.

- À part çà en effet...

- J'en sais rien... elle a l'air de poser, elle regarde l'objectif...

- Tu ne regardes donc que le sujet de la photo ? soupirai-je, Regarde l'image. On a l'impression que le cliché a été pris en studio. Les lumières sont nickels tout comme la qualité de l'impression. Pas de floue, pas de pixel, elle serait presque bonne pour un magazine !

- C'est vrai que l'autre est ridicule à côté. C'est comme si elle avait été trop agrandie et parfois ça manque de lumière...

- ... Comme si ça n'avait pas été pris par le même appareil photo, déduis-je. Celle-ci a du être prise avec un très bon matériel alors que les autres n'ont eu droit qu'à peu de frais... Peut-être que les photos ont été prise par deux personnes différentes et que l'un a profité de l'affichage de l'autre pour accomplir une vengeance personnelle.

- Ou alors, il a utilisé un tout autre type d'appareil. Qui emmènerait du gros matos qui coûte aussi cher dans une équipée aussi risquée... tu sais à quoi çà me fait penser, des photos prises avec un téléphone portable...

- C'est vrai que pour une qualité si médiocre... mais le problème reste le même ! Comment aurait-il fait pour avoir ce genre de gros plan et d'angle ! Il n'y pas de zoom sur les portables ! Où se serait-il caché ?

Sakura me considéra un moment en se mâchonnant la lèvre inférieure. Je soupirai. Décortiquer les photographies ne nous avait finalement pas plus avancées. Nous nous retrouvions au même point, le même questionnement tournait dans nos têtes. Le menton appuyé dans la main, je détaillai d'un air absent le visage de mon amie jusqu'à que celle-ci commence à changer d'expression. Je me redressai vivement, devinant à sa mine réjouie qu'elle avait peut-être une idée. Elle me regarda en souriant et déclara en contrôlant difficilement l'excitation de sa voix.

- Il existe un système qui serait peut-être la solution à nos problèmes. J'ai vaguement lu un article dessus dans une revue scientifique. Il s'agirait en fait d'un appareil photo miniature qui peut soit être commandé à distance, soit réglé à heure fixe. Apparemment c'est un système professionnel qu'utilisait la police, mais qui a été mis sur le marché...

- Ça expliquerait bien des choses évidemment, affirmai-je transporté par l'idée, mais ce genre de matériel dernier cri doit coûter très cher ! Qui aurait assez d'argent pour se l'acheter ?

- N'oublie pas qu'on est à Konoha ! Mine de rien, plus du trois quart des gens sont issus de familles très aisées... sans être riche à l'extrême, ils ont les moyens...

- C'est vrai... il faut qu'on se renseigne un peu plus sur ce matériel... J'irai chercher des informations sur la question au prochain cours d'informatique.

Nous étions vendredi matin et comme chaque fois ce jour-là nous étions un peu euphorique. Le vendredi était notre journée de cours préféré. Après deux heures de Japonais avec Jiraya-sensei, Kurenai-sensei se chargeait des cours de cuisine. Évidemment voir les garçons passer le tablier blanc n'était pas pour rien dans notre bonne humeur, mais ce n'était pas la seule raison. Nous débutions l'après-midi avec une heure d'informatique... Cours qui sous la tutelle d'Asuma-sensei, se transformait en heure de jeu. Ensuite une heure de couture et une heure de chant venaient parfaire ce programme léger et reposant. En fait, seul le cours de Jiraya aurait pu être considéré comme une corvée si le vieux professeur ne transformait pas chacune de ses leçons en une gigantesque plaisanterie, dont le seul but était de nous faire apprendre en souriant.

Je devais avouer que Jiraya-sensei était un excellent professeur. Même s'il lui arrivait de prendre le parti des garçons et taquiner un peu les filles. Il se montrait juste de manière générale et passait son savoir avec une passion sans égal. Il faisait participer toute la classe et il lui arrivait même d'organiser de grands jeux qui intéressaient les ennemis de la littérature. J'en étais venue à me dire que la littérature japonaise était ma matière préférée, malgré que le professeur ne fût qu'un pervers pépère et que les garçons profitaient volontiers de ces heures pour nous faire des sales coups.

C'était donc l'esprit léger que nous arrivions face à nos casiers à chaussure et qu'à mon grand étonnement, j'y trouvais une lettre bleue. Mon estomac se noua et mon cœur se mit à chanter la samba au fond de ma poitrine. Je jetai des œillades discrètes à l'entour pour m'assurer que personne n'avait vu la lettre et la cachait dans mon sac pour la lire en secret plus tard. Ce serait mentir que d'omettre ma joie du moment. Depuis presque une semaine que Kiba et moi nous étions rencontrés, le garçon ne m'avait pas une fois laissé entrevoir une once d'intérêt. J'avais fini par me demander lequel de nous deux était le plus attiré par l'autre. D'un autre côté, je devinais aisément que la situation actuelle était difficile pour lui. Je ne lui avais pas donné de réponse précise et je ne me montrais pas entreprenante, comment devait-il se conduire avec moi ? Il ne pouvait pas non plus me draguer ouvertement à cause de cette guerre idiote. Ni lui ni moi ne voulions perdre nos amis. Six jours avaient suffit à me torturer l'esprit. Quand j'avais rencontré Kiba le dimanche précédent, jamais je n'aurais imaginé qu'il m'obséderait à ce point. Je soupirai et enfiler les chaussons. Je me demandais ce qu'il pouvait bien me vouloir.

Le cours de Jiraya, une fois n'est pas coutume, commença assez calmement. Pendant qu'il expliquait qu'il nous faudrait au plus vite nous procurer Les belles endormies de Kawabata (4), je glissai subrepticement la lettre de Kiba dans mon manuel. Au lieu d'écouter le cours de littérature, je me penchai sur les mots que m'avait écrits le garçon.

Hinata,

As-tu déjà eu l'impression d'être impuissante face au malheur d'autrui ? Je vis cette sensation en ce moment. Quand je vois ta joue qui commence à peine à guérir de ce coup que tu as reçu, que je vois ton poignet bandé et la cicatrice sur ta lèvre. J'aimerai pouvoir arracher les yeux de celui qui t'a fait çà et soigner tes blessures comme par magie. Je pense que mes mots te paraissent dérisoires... je le pense aussi. Ils ne guériront ni tes maux ni ton cœur. Pourtant je le pense sincèrement, j'aimerai pouvoir te protéger de la peine...

J'ai remarqué que Sakura et toi étiez particulièrement agitées cette semaine. Je doute que, comme pour la majorité de la classe, ce soit le devoir de biologie qui vous occupe. Il a du vous paraître bien plus facile qu'à moi et vos notes seront aussi excellentes que d'habitude. Vous n'avez pas de problème dans cette matière, se peut-il qu'un autre te tracasse ? Si je pouvais être proche de toi pour que tu te confies à moi...

Si le cœur t'en dit, je t'invite à passer l'après-midi avec moi demain. Je t'attendrais à quatorze heures devant le magasin de musique près du métro à Shibuya. J'espère que tu viendras.

Kiba.

Je souris, il prenait enfin des initiatives. Malgré notre rencontre, ces mots restaient les mêmes: rassurants et plaisants. Il faisait toujours autant attention à moi et je m'étonnais de ne pas l'avoir remarqué. J'avais pourtant passé une grande partie de mon temps à l'observer. Comment avait-il pu le faire lui aussi sans que je ne le découvre ? Mais qu'importe ! J'étais contente qu'il m'invite, une petite voix en moi me disait que j'y gagnerais à le connaître. Que nous finissions amis ou amants n'avait pas tant d'importance, je voulais en savoir plus sur Kiba.

Je regardais une fois encore sa lettre : « Sakura et toi étiez particulièrement agitées. » Il ne croyait pas si bien dire. J'ajouterais même que le terme exact serait survoltées. L'affaire des photos nous captivait totalement et nous nous forcions avec beaucoup de difficultés à ne pas y penser pendant les cours. Donner des cours à Ino et Temari était devenus un vrai calvaire. Chaque occasion était bonne pour nous retrouver en tête à tête et nous ne parlions que de ces photos. À vrai dire, elles nous obsédaient. Nous voulions à tout prix élucider ce mystère mais nous n'avancions qu'à petit pas. La veille durant le cours d'informatique, Sakura et moi avions partagé le même ordinateur pour pouvoir voguer à notre aise sur internet. Nous avions cherché des renseignements sur le fameux matériel dont elle m'avait parlé. Très facilement, nous avions trouvé de quoi satisfaire notre curiosité. Un site d'Otaku (5) nous fit un descriptif complet de l'objet. Tout ce que nous fûmes capable de retenir furent des informations de bases. Il variait dans plusieurs tailles. Plus il était petit, plus il coûtait cher. Son prix était d'ailleurs exorbitant. Mais comme me le fit remarquer Sakura, un ou deux d'un modèle moyen serait facilement acheté par des gens de Konoha... d'autant plus si des garçons s'étaient ligués dans cette histoire. Ce jouet pour professionnel pouvait se commander manuellement par ordinateur ou automatiquement par système de déclencheur automatique. Tout le vocabulaire spécialisé et la notice de l'appareil nous avait échappé mais au fond ce n'avait pas grande importance. Nous savions a peu près ce que nous devions chercher, ce qu'il nous restait à savoir s'était quand nous mettrions nos recherches en route.

Je jetai un coup d'œil à Sakura. Même maintenant, elle semblait aussi dans le vague que moi. Chaque instant nous réfléchissions à un plan d'action, une échappatoire, bref, un moyen de confondre l'auteur de cette mauvaise blague. Mais à nous deux que pouvions nous faire ? Nous n'avions pas encore mis Ino et Temari au courant de nos plans, même si nous parlions du devoir de biologie au passé. C'était la veille qu'Orochimaru avait choisi de nous imposer son Questionnaire à Choix Multiple. En une heure nous devions répondre à une centaine de questions. Nous nous doutions tous que les résultats seraient médiocres, le simple fait que ce professeur sadique choisisse le QCM comme évaluation était suffisant à nous démoraliser. Si, comme le voulait les règles officielles, il retirait quatre points à chaque mauvaise réponse, nos notes auraient vite fait de dégringoler. Personne ne s'attendait donc à des résultats mirobolants. Ino m'avait avoué se foutre du résultat, elle savait qu'elle avait fourni les efforts nécessaires. « Pour la suite, avait-elle dit, advienne que pourra. » Débarrassées du devoir d'Orochimaru, nous aurions pu parler de nos investigations à nos amies, mais nous nous retenions encore. Nous leur en parlerions ce week-end, au calme quand nous aurions tout notre temps pour discuter, voir nous chamailler, argumenter et, au finale, réfléchir ensemble au problème. Fatiguée, j'appuyais mon front sur ma main et regardai l'œil vitreux Jiraya-sensei s'agitait devant son tableau noir... De quoi pouvait-il bien parler? Il me fallait retrouver ma concentration. Si par malheur le professeur m'interrogeait je serais bien embêtée.

Quelques heures plus tard, nous étions dans la classe de cuisine de l'école. Au tableau étaient marquées les recettes du jour. Nous préparions un menu complet que nous dégusterons le midi dans des bentô (6) Kurenai-sensei s'occupait du cours de cuisine pour les premières années en plus de ses cours de Mathématique. Elle était charmante dans son tablier blanc, un foulard ramassant sa longue chevelure bouclée. Elle avait un je ne sais quoi de maternelle. Peut-être était-ce son corps aux formes pulpeuses qui renforçait l'air doux de son visage concentré sur sa cuisine... Ce jour-là, elle nous avait concocté un menu de roi. Nous devions cuisiner des tsukunes, accompagné de quelques tempura de légumes, des haricots verts mijotés, de potiron à la sauce soja douce et bien évidemment le gohan. (7) Depuis un moment déjà nous nous échinions à respecter les recettes et les conseils de Kurenai-sensei. Du moins, notre groupe se débrouillait plutôt bien alors que les garçons peinaient à suivre la leçon. Temari, Sakura, Ino et moi préparions ensemble nos bentô et bien évidemment nous nous moquions des garçons. Pendant ses cours de cuisines, Kurenai était moins stricte que pour les mathématiques. Aussi la salle résonnait d'éclats de rire et d'injures en tout genre. Alors qu'Ino mettait un point final à nos jolies boîtes en répartissant les haricots verts, je jetai un coup d'œil vers Kiba. Il était adorable dans son tablier, un foulard autour de la tête. Sa grande taille et ses yeux espiègles ne s'accordaient pas à sa tenue, il me paraissait plus gauche encore que Shino et Naruto avec qui il faisait équipe. À vrai dire, seul Chôji semblait à l'aise avec des ustensiles de cuisine en main et son groupe serait sauvé par son habileté.

Cinq minutes avant la fin du cours, Kurenai vint inspecter nos bentô. Elle fit quelques remarques et distribua de bons conseils. Puis, la cloche sonna et, repas emballés, cuisine rangée, tabliers pliés, nous quittions la salle. Bien qu'encore froid, le temps à l'extérieur était superbe. Nous décidions donc de déjeuner dans la cour, emportant les cinq bentô que nous avions préparés. Un pour chacune de nous et un pour Tenten. Nous retrouvions cette dernière devant sa classe. Elle nous fit signe de l'attendre car elle discutait avec une fille. Il me fallut un certain temps pour la reconnaître. Ses cheveux noirs ramassés en un chignon strict, sa marinière trop lâche me firent douter un instant. Néanmoins, je reconnus ses yeux... Mayumi Katsura. Elle était bien différente de l'image que donnait la photo. Je me mordis les lèvres. Qu'avait-elle fait pour mériter un tel traitement ? Troublée, peut-être un peu en colère, je détournai les yeux. Mon coeur fit un bond.

A quelques mètres de là, les coudes appuyés à une fenêtre, Neji me regardait intensément. Il avait quelque chose de triste dans son regard. Je sentis une sorte de culpabilité mêlée à de la nostalgie naître au fond de moi. A cet instant, il me rappelait irrésistiblement le garçon mélancolique qu'avait toujours été mon cousin. Depuis la mort de son père, Neji avait toujours eu ce regard triste. Une lourde pierre se posa dans mon estomac. J'aurais voulu courir vers lui et le serrer dans mes bras, lui demander de me pardonner, que je n'avais besoin que de lui, que je l'... Non. C'était un mensonge. Je n'aimais pas Neji. J'avais égoïstement besoin de lui, mais je n'étais pas amoureuse. Pourtant, il était incroyablement beau dans son uniforme. Les manches de sa chemise retroussées jusqu'au coude, son pantalon bleu marine bien coupé, ses cheveux noué en catogan, il avait la classe. Il dû remarquer que je le dévisageai car il me sourit. A ce moment, je sentis les larmes me submerger. Ce sourire n'appartenait qu'à moi. Il était imperceptible aux yeux des autres, parce qu'ils ne le connaissaient pas, mais moi, je le connaissais par coeur. C'était le code secret que nous échangions lorsque nous étions prisonniers de notre famille. Avant que je n'aie pu me retenir, je lui rendis son sourire. Je vis comme une étincelle briller au fond de ses yeux... N'avais-je pas fait une erreur ?

Tenten finit par nous rejoindre et nous sortions du bâtiment. Notre aînée tournait comme un vautour autour de Sakura, qui portait nos bentô, en s'extasiant sur notre gentillesse, notre générosité, notre bonté... Riant, nous descendions les quelques marches du perron. Soudain un drôle d'ombrage nous recouvrit, puis devint diffus. Curieuses, nous levions le nez. Une pluie de papiers tombait du ciel. Nous restions immobiles, tout comme les autres élèves qui nous entouraient, jusqu'à ce que les papiers nous parviennent. L'un d'eux caressa doucement ma joue et se posa en équilibre sur mon épaule. D'un geste hésitant, je le pris entre mes doigts et en découvrit le sujet. Horrifiée, j'écarquillai les yeux. Un autre poids se déposa sur mon estomac qui semblait se serrer de convulsion. J'étais en colère. Sous mes yeux, se trouvait pour la seconde fois le corps nu de Mayumi Katsura. Les réactions tout autour de moi m'éclairèrent sur les autres feuilles venues d'en haut. Les filles poussaient des cris scandalisés alors que les garçons rugissaient de joie. A force de hurlements, la foule grossissait autour de nous. Les gens s'arrachaient les images. Tenten, Sakura et Ino tenaient un discours prolixe mais haineux. Temari, à côté de moi, me jetai un regard confus en tenant elle aussi une photo de Mayumi. Sans trop savoir ce que j'espérais, je levais une fois encore les yeux. Je sursautais. J'avais aperçu une silhouette sur le toit. Elle se tenait à contre jour et je ne pus l'identifier, mais je ne m'embarrassai pas de questions. Agissant par réflexes, je fis volte-face et, bousculant la foule derrière moi, pénétrai dans le bâtiment. J'entendis la voix de Temari m'interpeller, toutefois je ne pris pas le temps de me retourner. Sur le toit se trouvait peut-être l'auteur de ses mauvaises farces. Il me fallait à tout prix parvenir à le voir.

J'escaladais les escaliers quatre à quatre, bousculant au passage des élèves qui allaient déjeuner. Je ne pris pas le temps de m'excuser. Je remontais à tout allure le couloir des premières années. Puis celui des secondes année et enfin, je sprintais de toutes mes forces lorsque je me retrouvais à l'étage des dernières année. Je bousculais un grand jeune homme qui se trouvait non loin de l'escalier de secours qui menait au toit. Il m'apostropha de sa voix rugueuse mais lui aussi je l'ignorais. Tout en haut de l'escalier de secours, j'ouvris la porte à la volée, certaine de pouvoir surprendre le bouffon qui commettait ces méfaits. Mais il n'y avait personne. J'entendis des pas précipités grimper jusqu'à moi. Puis rouge et aussi essoufflée que moi, Temari apparut.

- Qué..Qu'est-ce qui.. t'a pris ? souffla-t-elle en tenant son côté.

- J... J'ai vu... j'ai vu quelqu'un... sur le toit, répondis-je en déglutissant avec difficulté.

Elle fronça les sourcils et me fit un signe de tête. Silencieusement, nous avancions pour fouiller le grand espace vide. Il n'y avait aucun endroit où se cacher. Si réellement quelqu'un avait été sur le toit, il était déjà parti. Je fermai les yeux et ravalai ma rage. Encore une fois, l'idiot qui ridiculisait Mayumi s'en sortirait sans être inquiété. Qui plus est, il risquait de recommencer ses méchancetés et nous ne pouvions rien faire. Temari posa une main sur mon épaule. Je rouvris les yeux me tournai vers elle. Elle me sourit difficilement:

- Tu avais peu de chance de l'attraper ! Trois étages à monter ? Même en courant tu ne l'aurais pas eu ! Il a largement eu le temps de s'esquiver en toute sécurité.

- Je sais, mais ça m'enrage !

- Et moi donc, mais t'en fait pas, il finira par se faire attraper ce con ! Il ne pourra pas rester anonyme bien longtemps, il fera une erreur !

Je restai silencieuse et regardai fixement devant moi. De la cours nous parvenaient les cris de la foule qui se délectait de ce divertissement de choix. Les filles pourraient faire bien des gorges chaudes, les médisantes sans donneraient à coeur joie. Les garçons de leur côté étaient à la fois aguichés par de telles images et exaltés par ce coup si bas. J'étais excédée par leur attitude. Il fallait mettre fin au calvaire de Mayumi. Au bout de quelques minutes, je dis à Temari :

- Allons rejoindre les autres, il y a une chose dont Sakura et moi devions vous parler.

Les filles nous regardaient à la fois irritées et dubitatives. Sakura et moi leur faisions face, incapable de manger. Nos bentô étaient au centre de notre cercle, intacts. Aucune de nous n'avait le coeur à savourer un repas. Je m'étais sentie coupable toute la semaine, mais à présent face à leur aigreur, j'étais mortifiée. J'avais honte de leur avoir caché nos agissements et nos raisons me semblaient à présent dérisoire. Autour de nous des groupes mangeaient dans une certaine agitation. "La bande à Sasuke", comme les appelait Sakura, était particulièrement bruyante. Ils se chamaillaient. Seuls les bentô de Chôji étaient mangeables, mais tous mourraient de faim. Des autres cercles nous parvenions des brides de discussions au sujet des photos tombées du ciel. Nous étions les seules à être calme. Au bout d'un certain temps, Ino parla d'une voix tremblante :

- Vous auriez dû nous en parler...

- Mais Ino, protesta Sakura.

- On comprend bien vos raisons, coupa Ino, vous nous les avez assez expliqué, mais n'empêche que je me sens idiote. C'est comme si on était un poids pour vous...

- Comme si vous ne nous faisiez pas confiance, ajouta Temari.

- Sans compter que c'était dangereux, si un prof vous avez surpris qu'auriez-vous dit ? acheva Tenten.

- Mais... tenta encore une fois Sakura

- Nous, on vous faisait confiance... s'insurgea Temari en haussant le ton.

- Ça ne suffit les lamentations, on dirait un mélodrame, murmurai-je d'une voix éteinte, jamais vous n'avez été un poids pour nous, nous...

- Hinata... commença Tenten

- LAISSE-MOI PARLER ! criai-je d'une voix presque hystérique.

Je repris aussitôt ma voix douce et habituelle :

- Nous avions pensé agir pour le mieux ! Vous ne pouvez pas nous reprocher de vous avoir mis à l'écart par méchanceté ou autre... Ce serait faire preuve de mauvaise foi ! Quant à la confiance, vous n'en faites pas preuve de beaucoup plus en nous accablant de la sorte ! Vous pensez qu'on a voulu s'amuser sans vous, qu'on voulait vous le cacher jusqu'à la fin de l'affaire ? Si ça avait été le cas, jamais nous vous l'aurions avoué maintenant. Mais surtout ce n'est pas un jeu ! Je prends tout ça très au sérieux...

Bien malgré moi, ma voix se mit à trembler et des larmes coulèrent le long de mes joues. Le goût amer de mes souvenirs remontait dans ma gorge et brûlait mon cerveau. Je n'arrêtai pas pour autant de parler, dans un murmure parfaitement audible pour mes camarades attentives :

- Je déteste ce qu'ils font à Mayumi, je veux qu'ils arrêtent car je sens que ça va aller trop loin. Mayumi a de la douleur au fond des yeux. Or, ce genre de douleur je connais et elle risque de la conduire à l'irrémédiable. Mon oncle avait la même dans les yeux. Aujourd'hui, Neji est orphelin. Je ne veux pas revivre ça sans rien faire. A présent si vous voulez me faire la tête, allez-y si ça vous amuse ! J'ai l'habitude de la solitude. Je n'ai besoin de personne, car je n'ai jamais eu personne... j'ai juste cru un moment que ça avait changé...

Je me taisais enfin, tétanisée par ma propre sincérité. Moi qui leur avais reproché de tomber dans le mélodrame... Je touchais les bas fonds. J'étais honteuse, incapable de fuir. Comment avais-je pu leur débiter ma vie, avec une telle facilité. Je me retrouvais enfin, la Hinata sensible et fragile, celle qui craignait par dessus tout l'abandon mais qui rejetait les autres à la moindre difficulté. J'avais tellement peur de souffrir que je fuyais autrui et m'enfermai plus profondément à chaque fois dans un cocon fait de faux-semblant. Je n'osais plus les regarder. Une main se posa doucement sur mon épaule puis je sentis des bras me serrer avec force. Je relevai un peu la tête pour apercevoir Ino qui me serrait contre elle. Ses cheveux blonds me chatouillaient le cou alors que sa joue humide se posa contre mon épaule:

- Si tu n'as connu que la solitude, alors il est tant que ça change. Il n'a jamais été question de te faire la tête ou de te mettre à l'écart. J'avoue que j'étais surtout inquiète...

Elle avait parlé d'une voix apaisée, un peu comme si ma confession avait fait envoler tous ses doutes. Puis elle ajouta dans un chuchotis que je fus la seule à percevoir.

- ... et peut être un peu jalouse.

Troublée, je me mis à sangloter. Si avoir des amies étaient aussi merveilleux alors j'étais comblée. Je me serais cru dans les montagnes russes. Mon coeur montait et descendait dans ma poitrine, vivant des accélérations aussi imprévisibles que violentes. Je les observais chacune avec attention. Sakura, aussi émotive qu'Ino et moi, gardait la tête baissée, poings serrés sur ses genoux, les épaules secouées de sanglots. Temari regardait ailleurs, mais je voyais ses yeux briller étrangement. Tenten quand à elle, serrait le bas de sa jupe dans ses poings en nous fixant intensément. Ce que nous avions l'air fine ! Une bande de pleureuses au milieu de la cours du lycée ! Une tragédie grec n'aurait pu faire mieux que nous à ce moment... Pourtant je me sentais mieux, rassurée, entourée, soutenue, qu'importe si nous étions ridicules. Nos larmes comme nos rires étaient nos armes contre les aléas de la vie. Nous pleurions aujourd'hui, mais demain nous serions plus forte. Je redressai la tête pour m'assurer tout de même que personne ne faisait attention à nous. Malheureusement, si la plupart des gens étaient trop absorbés par leurs propres conversations, les garçons de notre classe nous observaient avec insistance. Ils étaient si près de nous qu'ils avaient sans le moindre doute entendu nos éclats de voix. Je croisais les yeux de Kiba. Il n'y avait pas de rire dans son regard cette fois-ci, juste de l'inquiétude. De même j'aurais juré que Chôji et Naruto étaient légèrement mal à l'aise et concernés. Gaara était aussi inexpressif qu'à son habitude, mais il fixait sa soeur avec obstination. Shino caché derrière ses lunettes ne laissait rien deviner de ses pensées et Sasuke détournait ostensiblement la tête comme pour ne pas se laisser attendrir par ce spectacle. Celui qui me paraissait le plus agité était Shikamaru. Il contemplait Ino de ses yeux où se lisaient aisément le souci et l'impuissance. Il semblait sur le point de se lever pour se jeter sur elle et je le vis nettement tenir la manche de Chôji comme pour se retenir. Ces garçons étaient bizarres. D'un côté, ils nous en faisaient voir de toutes les couleurs, hargneux à souhait, prêt à tous pour gagner des points. De l'autre, ils étaient sensibles à notre tristesse, se rappelant qu'ils étaient liés à nous d'une manière où d'une autre. Soudain, je vis Kiba s'effondrer sur le gazon en se tenant le ventre :

- Je vais mourir de faim ! vociféra-t-il si fort que je vis une dizaine de personne assises dans le coin sursauter.

Ino et Sakura se redressèrent d'un même mouvement, Temari se retourna vivement vers lui et Tenten le dévisagea comme si elle avait à faire à un fou. Je souris, en essuyant les larmes qui mouillaient mes joues. Une petite voix en moi me disait qu'il l'avait fait exprès, comme pour détendre l'atmosphère. Son cri eut l'effet d'une bombe parmi sa bande. Naruto explosa à son tour :

- Mais arrête de le répéter ! Tu me rappelles que moi aussi j'ai faim !

- Vous faites chier ! grogna Sasuke, cessez de vous plaindre comme des gonzesses !

- Facile pour toi ! Tu as un bentô à bouffer, gueula Kiba.

- Mais toi aussi, susurra Sasuke, visiblement moqueur.

-Quoi ! Cette Merde ! grogna-t-il se redressant, il attrapa son bentô d'une main. Même mes chiens n'en voudraient pas.

Il ponctua ses paroles d'un magnifique lancé de bentô. La petite boîte en plastique alla s'écraser contre le tronc du cerisier le plus proche et Kiba se laissa choir de nouveau contre l'herbe, les mains crispées sur son giron. La scène avait remis un peu de bonne humeur dans notre propre cercle. Appuyée sur moi, Ino riait à gorge déployée. Les autres étouffaient leur fou rire et moi je souriais, amusée, heureuse, touchée... L'intervention des garçons m'avait remise d'aplomb et, une fois que nous nous étions toutes plus ou moins calmées, je proposa i:

- Maintenant, on peut marcher main dans la main, n'est-ce pas ? Je veux aider Mayumi Katsura, il faut qu'on retrouve qui la harcèle de cette manière et qu'on arrête ses manigances. C'est une question d'honneur pour les filles. Vous marchez avec moi ?

- ÉVIDEMMENT ! s'écria Temari, et puis quoi encore on va pas le laisser faire ce qu'il veut ce pervers !

- On aimerait bien jouer les détectives nous aussi, avoua Ino du bout des lèvres.

- Ouais, on commence dès demain par une réunion pour que vous nous fassiez un bilan de ce que vous avez découvert, s'empressa d'ajouter Tenten.

- Demain ? répéta Temari.

- Oui demain, maintenant c'est un peu court, puisque la cloche va sonner dans moins d'un quart d'heure et que je dois être en avance aux cours d'Orochimaru, et ce soir je dois réviser l'histoire, ce con de Kakashi va nous faire une interrogation !

- Bon ben demain après-midi... conclut Temari un peu à contrecœur.

- Euh... dans ce cas Sakura vous fera un bilan parce que moi je ne serai pas là.

- HEIN ? s'exclama Temari à bout de patience, et c'est quoi cette fois ?

- J'ai une chose importante à faire en ville... je... une cousine de passage à Tokyo pour affaire. Père tiens absolument à ce que je l'accueille.

Une fois encore je leur mentais, mais comment leur dire que j'avais rendez-vous avec Kiba, un de leurs ennemis, qui voulait sortir avec moi mais qui était susceptible de me piéger... Même moi j'en avais mal à la tête. Je ne comprenais pas pourquoi j'y allais, mais je tenais à y être. Temari se calma un peu et dit :

- Bon, ben on fait comme ça ! On t'attendra pour voir ce qu'on fait pour la suite. En attendant, y a un truc qui me fait suer !

- Quoi donc !

- On a fait la cuisine pour des prunes !

D'un seul regard, nous observions les bentô que nous n'avions pas touché. Parfaitement empilés dans leur sac, au beau milieu de notre cercle, ils étaient voués à un avenir peu glorieux, tout au fond d'une poubelle. Plus aucune de nous n'avait faim après toutes ses émotions mais je connaissais d'autre personne pas trop loin...

- Vous êtes certaines que vous ne mangerez pas ? demandai-je.

Des "Pfff... Non!... Oh!... Beûarck!... impossible!... Mal au bide !" confus me répondirent. Je souris. Je me relevai, redressai ma jupe et me saisi du sac. Puis d'un pas digne qui ne s'accordait pas avec mon nez et mes yeux rouges, je me dirigeai vers les garçons de ma classe. Kiba était toujours plié en deux sur le sol. Le front contre les herbes grasses, il geignait sans m'apercevoir. Les autres en revanches me regardaient approcher avec méfiance. Je ne m'arrêtais que lorsque je fus au dessus de la tête de "mon valeureux paysan". Aucun d'entre eux ne parla. Kiba dû sentir la soudaine ombre car il se retourna et ouvrit les yeux. Je le vis rougir violemment et les yeux écarquillés, il se mit à ouvrir et fermer la bouche comme une carpe. Je le fixai un moment, interrogatrice puis compris. Dans un mouvement de panique soudaine, je plaquai mes mains sur ma jupe et reculai de quelques pas. Kiba en profita pour se relever, mais j'étais encore si près de lui que je sentis la caresse de ses cheveux sur ma cuisse. Rouge comme une pivoine, je m'approchais de nouveau d'eux sous leurs éclats de rire et tendis devant moi le sac de victuailles. Ils se calmèrent instantanément et me contemplèrent méfiants.

- Nous ne mangerons pas, tenez, ça évitera à certain d'entre vous de mourir d'inanition...

Ils ne purent retenir quelques sourires, mais je vis clairement qu'ils ne m'accordaient pas encore leur confiance. Naruto jeta néanmoins un coup d'oeil plein d'envie et de circonspection à mes bentô, avant de lancer sur un ton de défi :

- Et que nous vaut cet honneur ?

- Rien de spécial ! rétorquai-je avec douceur, sourire aux lèvres, nous sommes juste incapables de manger et je déteste gaspiller, ça me ferait mal au coeur de devoir jeter ce que nous avons préparé avec tant de soin.

- Mais...

Naruto, qui s'apprêtait à répliquer, fut coupé dans son élan par le geste de Kiba. Sans un mot ni même un regard, il avait pris le sac par en dessous. Stupéfaite, je n'eus pas immédiatement le réflexe de lâcher les anses du sac et le dévisageai sans me soucier de ce que pourrai penser les autres. Voyant que je n'étais pas disposée à lui donner le sac sans explication, Kiba m'éclaira d'un ton bougon.

- Si Naruto veut rester sans manger c'est son problème. Moi j'accepte volontiers ce repas. Merci.

Estomaquée, je lâchais les anses qui retombèrent lourdement sur le haut du sac. Puis, sans en dire plus, je me détournais deux et retrouvais mes amis. Il était adorable. J'étais heureuse et impatiente de me retrouver au lendemain.

Fin du chapitre 6, suite au chapitre 7.

Notes:

1- l'ère Meiji: (1868-1912) Période où régna l'empereur Mutsushito. Caractérisée par la fin du Sakoku (terme désignant la période de fermeture, d'isolement, du Japon.) Le Japon s'ouvre au monde occidentale grâce (ou à cause?) de l'expédition du Commandant américain Perry. Le Japon se tourne vers la modernité et l'industrialisation à cette période.

2- réunion du matin: Au japon les élèves viennent en cours à 8h30 et débutent par une réunion matinale avec le professeur principal. On y fait l'appel, parle des réunion, en fait, c'est tous les problèmes de vie scolaire qui sont abordé durant cette demi-heure. Les cours ne commencent donc réellement qu'à 9h00

3-Icha Icha Paradise, dans l'édition française le paradis du batifolage.

4- Yasunari Kawabata est un écrivain japonais moderne. Né en 1899 et mort en 1972, il est connu en occident grâce à ses ouvrages et son Prix Nobel de littérature en 1968. Auteur prolixe, il laissera de nombreuses oeuvres, témoignages poignants de son époque balancée entre tradition et modernité. A propos du livre, les belles endormies, c'est Jiraya qui vous en parlera plus amplement dans un de ses futurs cours!!!

5- Otaku est un terme péjoratif désignant les fans qui vivent une passion de manière assez extrême. Allant de l'idole aux personnages d'anime en passant par l'informatique et autres domaines divers et variés, ces fans sont souvent exclusifs, collectionneur, stalker (ils suivent une personne jusqu'au harcèlement) et vont jusqu'à se couper de la société dans les cas les plus extrêmes. Ils sont peu appréciés au Japon où la société est avant tout une histoire d'ensemble, de groupe. (un peu troupeau à mes yeux)

6- bentô: ce terme désigne aussi bien le contenu que le contenant. La bentô est une boîte repas,

7- A propos du menu de ces demoiselles : le repas japonais est souvent composé de plusieurs petits plats. Manger varié et une petite quantité. En général, il y a du poisson, des légumes et du riz, la viande étant réservée à de rares occasions. Nous faisons exceptions pour ce repas. Pour ce qui est des plats cités:

Les tsukunes sont des boulettes de poulet ou de poisson, ils peuvent être présentés tel quel ou en brochette mais toujours accompagnés d'une délicieuse sauce faite de Sake, sauce soja douce et sucre. Simples et savoureuses, à essayer absolument.

Les tempuras sont des beignets, recette venu du Portugal et remaniée par les Japonais. La pâte de tempura est extrêmement légère, leur friture est rapide pour garder les vitamines des aliments utilisés. Ici la classe fait des tempura de légumes, mais d'autres aliment à cuisson rapide peuvent être utilisés: poisson, crustacé, etc.

Les deux plats mis en français dans le texte sont tirés de mon livre de recettes japonaises, mais il n'y avait pas leur noms originaux. En tout cas, simple et rapide, elles seraient capable de faire aimer les légumes à n'importe qui.

Enfin le gohan désigne le riz. Les japonais ont une manière spécifique de le cuire. D'un côté les grains se détachent bien, de l'autre il est très mouillé et permet une bonne prise avec les baguettes. De plus, le riz majoritairement utilisé au Japon est celui à grains rond, alors qu'en France, le plus consommé et répandu est le riz à grain long. Si j'ai utilisé le terme japonais c'est parce que le riz est une institution au Japon. Il est servi à chaque repas (et oui, le petit déjeuner aussi) et est la base de nombreux menus. De plus la majorité des nouilles et pâtes sont faites à base de farine de riz. Le riz est si important que le repas se dit lui aussi gohan!

Ces recettes sont disponibles sur le site suivant: http://yayoi.free.fr/CUISINE/cuisineind.html

Et bé voilà, un sixième chapitre rondement mené! Je suis fière de moi, car je l'ai écrit assez vite pour que vous l'ayez, bétalu, plus tôt que prévu!

Donc première chose: merci à Asuka pour sa bétalecture, rapide et efficace!

Ensuite... et bien je suis un peu triste... personne n'a laissé de review pour le chapitre précédent! Je poste encore un peu, si je vois qu'aucune review ne vient, et bien j'abandonnerai cette fic...

Tsubaki no Tsuki