Yop!
Bon j'aurai du mettre ce chapitre plutôt (hier soir), mais nous remercirons Internet qui m'a fait des siennes!
Je suis désolée!
Sur ce Bonne Lecture!
°oO°Oo Tsubaki no Tsuki oO°Oo°
9- La goutte d'eau...
Ce ne fut qu'au premier étage que nous découvrions la raison de cette agitation. Sakura fut celle qui les vit en premier. Le visage blême, le doigt tremblant, elle nous indiqua un pan de mur où quelques personnes s'attardaient. D'un même geste nous nous retournions. Mon coeur fit un bond dans ma poitrine. Je me rapprochais pour être certaine de ce que je venais de voir. Une sorte d'exclamation de stupeur et d'indignation s'échappa de mon gosier alors que ma main se plaqua violemment sur mes lèvres. Qui avait pu faire une telle chose ?
Sous nos yeux incrédules, s'étendaient une série de photos absolument répugnantes. Elles étaient... tout simplement atroces... un certains nombres de garçons, aux visages cachés par des masques de festival, étaient tous sur une jeune fille au visage découvert... Cette fille... il s'agissait une fois encore de Mayumi Katsura. Elle était immobilisée par des cordages semblables à ceux que nous utilisions en cours de gym. La photographie était de si bonne qualité, que je pouvais même percevoir les écorchures que ces liens trop serrés avaient laissés sur ses poignets fins. Ai-je besoin de préciser ce que ces garçons faisaient à ce corps nus et soumis ?
La victime semblait souffrir. Malgré ses lèvres obstinément pincées et son manque flagrant de résistance, ses yeux brillaient de larmes... Dans un soupir, un sanglot m'échappa. Qu'avait-on fait à cette pauvre Mayumi Katsura ? Un bout de viande offerte aux plaisirs des hommes... Une larme roula le long de ma joue alors que mes yeux suivaient le long sentier que formaient ces clichés. Ils recouvraient la quasi totalité du mur et attiraient de plus en plus de monde riant, sifflant, moquant... Ne comprenaient-ils pas sa douleur ? Ne comprenaient-ils pas sa peur ? Ne comprenaient-ils pas sa honte ? Moi je la comprenais... Oui Mayumi, à toi qui lis ses lignes, je peux le dire, je ne savais que trop bien ce que tu vivais... Je l'avais vécu... à ma manière dans les bras de celui qui disait m'aimer...
Soudain, me tirant de ma rêverie, la voix de Tenten résonna, forte et résolue dans le couloir :
- Arrachez ça ! Dépêchez-vous les filles ! Tout le monde s'y met avant que les profs arrivent ! Grouillez-vous !
Son injonction, faite d'une voix si claire et si ferme, me fit l'effet d'une décharge électrique. Je la sentis descendre de mon cerveau, couler le long de ma colonne dans un frémissement brûlant et mettre en marche mes jambes. Dans une course subite et vive, je me précipitai vers ces horreurs... mais je ne fus pas la seule. C'était comme si toutes les filles avaient réalisé, à la voix de Tenten, que ces photos n'avaient rien à faire là. Dans une grande agitation désordonnée, elles se précipitèrent sur les murs pour les nettoyer. Prises de court, je me faisais bousculer de toute part, incapable de réagir ou de fuir, jusqu'à ce qu'une main ferme m'attrape par le col et me tire vers l'arrière. J'atterris sans ménagement contre la poitrine de mon sauveur, manquant de l'entraîner dans ma chute. Il s'agissait en fait de Temari. Elle parvint de justesse à maintenir notre équilibre en me tenant par la taille. Quand elle me relâcha, dans un souffle soulagé, j'étais toujours abrutie par le rapide enchaînement des faits. Tenten nous attira dans un coin un peu plus éloigné et nous entretint d'une voix saccadée par son inquiétude de plus en plus visible :
- Je pense qu'il y en a d'autres ! On se sépare ! Temari et Ino vous restez à l'étage des premières années pour chercher ! Hinata, tu vas chez les dernières années, c'est l'endroit où il doit y avoir le moins de monde, en général ils sont encore à leur dortoir à réviser à ces heures-ci... Sakura et moi on va chez les deuxièmes années, Mayumi est partie tôt ce matin, elle doit déjà y être... Je dois la voir pour la rassurer !
Mon coeur fit un bond. Mayumi... pourquoi lui en voulait-on tellement ? Si nous voulions résoudre cette affaire peut-être était-ce cette réponse qu'il nous fallait ? Pour le moment en tout cas, nous avions mieux à faire. Après avoir signifié notre approbation à notre aînée, nous nous séparions. Dans une course effrénée, Tenten, Sakura et moi remontions les escaliers alors que Temari et Ino tournaient au couloir le plus proche. Quand j'escaladai une autre volée d'escalier, Sakura arrachait déjà des affiches pendant que Tenten courait de classe en classe pour retrouver son amie. J'atteins enfin le palier des troisièmes années, désert. Je pris appuie sur mes genoux, tête baissée, pour reprendre mon souffle. Un poing de côté commençait déjà à se former dans mon flanc droit. Je le massais pour le faire passer, je ne pouvais pas me permettre de faiblir maintenant. Je devais me débarrasser de toutes ces images perverses avant l'arrivée de mes aînés. Je me redressai et avançai d'un pas hésitant. Il n'y avait vraiment personne, pas même dans les classes. Sur les murs, était accrochée la même série de photos. Je me mis à l'oeuvre. Les arrachant d'un geste vif et précis, je les entassais dans ma main sans vraiment savoir quoi en faire.
Bien malgré moi, je pouvais détailler ce spectacle avilissant. Chaque prise avait été faite comme dans un roman photo. En fait, à y regarder de plus près, l'auteur de cette mauvaise blague nous racontait son acte sans la moindre pudeur mais avec moult détails. Sur le matelas couvert de pelures, quelques gouttes de sang témoignaient d'une vertu volée. Autour d'eux, des accessoires suspects laissaient imaginer les pires tortures. Ils n'avaient pas ménagé Mayumi et s'était abandonné aux stupres... sans regrets. Dans un accès de colère, plus violent que les autres, je déchirais l'une des photos en voulant la décoller du mur... Mais qui... Pas de doute des garçons étaient mêlés à toute cette affaire... quant à savoir s'ils en étaient le cerveau, c'était une toute autre histoire. Soudain, alors que je passais devant la classe des terminales C, mon attention fut attirée par une personne assise à l'intérieur.
Tête inclinée vers un bouquin, ses cheveux courts toujours aussi bien coiffés, une mèche frôlant ses lunettes carrés, Takeru Kikuchi lisait avec beaucoup d'attention un livre aussi gros qu'un dictionnaire. Il avait vraiment la tête d'un premier de la classe, fils à papa peureux... comment aurait-il pu être à l'origine d'une affaire d'une telle envergure ? Bien sûr, mes soupçons s'étaient d'abord portés sur lui et les faits pouvaient, d'une certaine manière, nous mener à sa personne... mais tout de même. Il s'était peut-être trouver par hasard au mauvais endroit au mauvais moment... De même être populaire et influent auprès des garçons ne faisait pas de lui le marionnettiste qui menait cette affaire. Il avait une réputation à tenir pour succéder à son père. Serait-il prêt à la mettre en danger pour une fille qu'il ne connaissait sûrement pas ? Lorsqu'il releva les yeux vers moi, je piquai un fard et partis, embarrassée qu'il m'ait surprise à l'étudier. Alors que je m'attaquais à une nouvelle affiche, la porte de sa classe glissa et il apparut dans le couloir :
- Je peux savoir ce que tu fais ici ? demanda-t-il de sa voix épineuse.
- Je... je... balbutiai-je prise de court.
Incapable de prononcer un mot. Je lui montrai les affiches que j'avais retirées du mur. Il sembla comprendre et reprit d'un ton sévère :
- Alors c'était une blague des premières années ?
- Je ne sais pas sempai (1), rétorquai-je, la révolte qu'avait provoquée en moi cette accusation m'avait rendue ma voix. Quand nous sommes arrivées c'était déjà là... mais nous sommes solidaire entre filles...
- Je vois ça, dépêche-toi de nettoyer ça, ordonna-t-il en retournant dans sa classe et refermant la porte derrière lui.
En colère, mais incapable de l'envoyer promener, je lui tirai la langue. Si seulement nous ne devions pas le respect à nos aînés ! Je lui aurai bien dit le fond de ma pensée. Je repris donc mon ingrate besogne en repensant à mes soucis plutôt qu'à cet insupportable bonhomme. Je me mis à espérer que Tenten trouverait les mots pour réconforter Mayumi Katsura. Elle était devenue la proie idéale pour les moqueries et les méchancetés en tout genre, il lui fallait se renforcer. Tout ce que nous pouvions faire pour elle, c'était retrouver ceux qui la traitaient ainsi et leur donner une belle correction. Quand je serai face aux garçons qui se trouvaient sur ces photos, je leur ferais regretter d'avoir abuser ainsi d'une fille ! Je n'utiliserais pas la violence que je haïssais tant, mais j'avais d'autres moyens convaincants pour ces monstres...
Je serrai une des affiches dans mon poings jusqu'à n'en faire qu'une minuscule boulette de papier. Il fallait que je me calme, je devais penser à autre chose. Des choses constructives qui m'aideraient à avancer notre enquête. Je regardai la photo que je m'apprêtais à retirer du mur. Une fois encore, elle semblait prise en studio. La lumière était parfaite. Elle éclairait bien tous les détails sordides de cette scène, mettant en valeur l'acte déshonorant qui se déroulait. Toutes les sources d'éclairage semblaient se concentrer sur Mayumi, laissant les hommes dans une pénombre protectrice. Tout avait été pensé avec soin. Ils avaient largement eu le temps de tout calculer, de tout monter... et ils maîtrisaient très bien la luminosité. Je m'étais intéressée de près à la photographie en studio quelques mois plutôt, attirée par la publicité. En photo, la lumière construit toute l'image. Un bon éclairage peut rendre belle la plus horrible des personnes. Aplatir, donner du volume, mettre en valeur, tout passait par un jeu d'ombre et de lumière que donnaient les spots et les projecteurs que l'on utilisait. Jouez sur quelques intensités de clarté, un ou deux filtres et même un adolescent en pleine période ingrate aura une peau aussi nette que celle d'un bébé... Ce n'était pas un savoir que quiconque maîtrisait. Or, ces photos demandaient un certain savoir faire, certes elles n'avaient rien de professionnelles, mais elles avaient un certain doigté qui n'était pas à la portée de tous. Je fronçais les sourcils... peut-être tins-je enfin un bout de ficelle intéressant dans cette pelote inextricable.
Je tournai dans le couloir suivant et portai ma main vers l'une des dernières photos quand un sanglot attira mon attention. Non, loin de moi, une jeune fille fixait les photos d'un air ahuri, sa poitrine soulevée par de déchirants sanglots qu'elle ne contrôlait pas. Je ne pus que la reconnaître, cette pauvre Mayumi. Sans vraiment savoir quoi lui dire, je m'avançai vers elle, et posai une main sur son épaule. Elle ne réagit pas, continuant à fixer ses images la représentant d'un air complètement hébété. Elle était droite comme la justice, ses épaules raidies pas une émotion forte. Il me sembla qu'elle ne ressentait pas ma présence, perdue dans un autre univers. Tenant à me faire remarquer, je l'appelai doucement en frictionnant gentiment son épaule... mais elle ne revint toujours pas à notre réalité. Je poussai un soupir. Après avoir fourré les photos que j'avais récoltées dans mon sac, je me plaçai bien face à elle, l'attrapai par les deux épaules et la secouai de toutes mes forces. Ainsi traitée, elle sembla enfin se réveiller. Elle me regarda droit dans les yeux et ne chercha pas à comprendre qui j'étais. Elle posa son front sur mon épaule et j'entendis sa voix douce et éraillée murmurer :
- Tu es une amie de Tenten...
- Oui, sempai...
- Je ne voulais pas, tu sais... Je ne voulais pas...
- Je sais Mayumi-sempai, assurai-je d'une voix faible, émoussée par l'émoi, je sais que vous êtes quelqu'un de bien... Ne vous en faîtes pas pour ça...
- Je ne suis pas une putain... continua-t-elle à couiner, sa voix devenant de plus en plus hystérique.
- Non, Mayumi-sempai, bien sûr que non...
- C'est eux qui m'ont obligés... ils m'ont obligés... Je ne pouvais pas me débattre...
- Sempai... je...
- Ils m'ont violée...
Mon coeur fit un bond de ma poitrine. Oui, je le savais. Oui, je m'en doutais. Mais entendre ce mot rendait la simple idée tangible et, de ce fait, bien plus douloureuse. Je ressentais le même choc que le jour de la mort de mon oncle. Quand père nous l'avait annoncé de sa voix calme et imperturbable, ni Neji ni moi n'avions réellement réagit. Ce n'était que des mots. Quelques minutes après cette déclaration, Oncle Hizachi passerait sûrement cette porte en riant. Il était très différent de mon père, jovial et affectueux, j'aimais me réfugier tout contre lui pour qu'il me dise que j'étais belle et forte, une vraie Hyûga... Mais il ne passa pas la porte, et lorsque nous le revîmes enfin, c'était lors de la veillée funèbre... Mais Neji et moi le savions, il ne faisait que dormir, il se réveillerait sûrement en baillant comme chaque matin pour déclarer d'une voix pas le moins repentante : « J'ai encore dormi trop tard... » Mais il ne se leva pas et on le conduit à l'incinérateur. Ce fut uniquement au moment où l'on dû embrasser sa peau froide pour un dernier adieu, au moment où l'on ferma le cercueil de bois sombre que j'ai réalisé... Mes larmes s'étaient mises à couler au moment où le tapis métallique se mit en branle, entraînant mon oncle vers un feu démentiel qui le transformât en cendre... Neji, lui aussi sembla comprendre à ce moment qu'il ne reverrait jamais son père. Je me rappelle encore de lui, courant vers le cercueil pour arrêter ce terrible destin. Je me souviens des hommes, nos cousins, grands comme des montagnes, incapables de contrôler la furie qu'était devenu mon cher Neji alors que moi, petite fille de sept ans aux épaules frêles, d'un simple baiser, d'une caresse furtive, l'avais ramené au calme. Mon cou avait recueilli ses larmes toute une nuit... Nous n'avions compris qu'oncle Hizachi nous avait quitté que lorsque sa disparition était devenu un fait tangible pour nous...
Ces images choquantes n'étaient rien, mes soupçons n'étaient rien, les mots n'étaient pas plus, mais les larmes amères que versaient Mayumi rendaient palpables l'accablante réalité. Ces garçons avaient abusé d'elle et, non content d'avoir brisé l'honneur d'une jeune femme, ils s'en vantaient dans toute l'école, achevant de la détruire... Ma colère me submergea et avant d'avoir pu me contrôler, je me mis à questionner Mayumi de manière un peu trop vive :
- Qui ! « Ils » qui, sempai ? Qui a fait une chose pareille dites-le moi !
Tout à coup, elle sembla réaliser où elle se trouvait, à qui elle parlait et surtout ce qu'elle venait de dire. Elle rougit brusquement et me repoussa avec violence. Je fus tellement surprise par sa brusque réaction que je perdis l'équilibre et me retrouvais au sol, les fesses meurtries par l'impact. Elle me jeta un regard désolé, sembla sur le point de m'aider à me relever, mais fut arrêtée par un rire qui provenait du corridor adjacent. Décidant qu'il n'était plus temps de traîner, elle partit en courant, me laissant seule à l'étage des dernières années.
J'étais si stupéfaite par ce qui venait de se passer, que je ne pensais pas une seconde à me relever. Toujours assise au milieux du couloir, les mains appuyées contre le sol froid, mon sac renversé à mes côtés, la jupe remontée sur mes cuisses, je fixai un point que je ne voyais pas... Mayumi Katsura était au bord du gouffre, une pichenette de plus et elle tombait... Comment avais-je pu me laisser emporter de la sorte, j'avais été idiote. J'avais pourtant l'habitude de rester maîtresse de mes émotions, comme mon père l'avait si bien appris... Mais cette affaire me troublait bien trop. J'avais beaucoup de mal à distinguer le faux du vrai, j'étais bien trop impliquée dans cette histoire... Une main se referma sur mon bras, me tirant vers le haut alors qu'une voix me tira de ma rêverie :
- Ce n'est pas l'endroit pour rêvasser...
Je relevais mes yeux perdus vers le propriétaire de cette voix. C'était un garçon que je n'avais jamais vu avant. Ces yeux étaient d'un bleu turquoise étonnant. Ses traits étaient si fins qu'il ressemblait à une fille, et ce malgré sa mâchoire légèrement carrée. Le roux de ses cheveux aurait pu paraître naturel si les racines noires ne le trahissaient pas. Il était de taille moyenne et, en dépit de ses bras maigres, il me souleva avec aisance pour me remettre sur pied. Il ramassa mon sac et me le tendit en même temps qu'un sourire charmeur qui me donna un haut le coeur... J'étais face à un bellâtre tel que je les haïssais. Il était bien évidemment entouré de sa bande, tous avaient l'air aussi benêt et crâneur que lui. Ils ressemblaient à ses surfeurs ratés que l'on croise parfois à Shibuya. Pressée de me débarrasser de tels fats, j'attrapais la lanière de ma besace d'entre ses mains et le remerciais vaguement.
- Tu devrais faire plus attention...
Je tournais vers lui des yeux interrogateurs, il me sourit quelques rides d'expressions apparaissant sur sa peau brunie par le soleil. Passant une main dans ses cheveux décolorés, il reprit :
- ... les jolies filles comme toi s'attirent souvent des problèmes...
Dans un autre lycée que Konoha, il aurait été facile de prendre ces quelques mots comme un avertissement aimable d'un aîné à une cadette. Mais dans cet établissement, ces mots résonnaient comme une déclaration de guerre qui fit rire ces camarades autour de lui. Bien peu intéressée par leur menace en l'air, je me dirigeai vers les dernières photos accrochées au mur, les arrachai sans ménagement et quittai au plus vite l'étage des dernières années. La cloche allait bientôt sonner, il me fallait retourner en cours. Mais avant je devais retrouver mes amies. J'avais la tête pleine de conjectures aux sujets de cette histoire. Nous devions au plus vite reprendre nos recherches, dès ce soir, nous ferions un point sur ce que nous savions.
- Hinata ! cria Ino depuis notre chambre, tu as un ou deux coussins supplémentaires ?
- Oui, répondis-je depuis la douche, regarde dans le bas de ma penderie.
Pendant que je me douchais, Ino préparait notre chambre à recevoir nos amies. Suite à l'affichage de ces photos sales sur les murs de notre lycée, le matin même, nous avions organisé une réunion de mise au point. Il était hors de question de laisser l'enquête stagner plus longtemps. Temari, Tenten et Sakura venait pour une longue soirée de discussion. Nos devoirs expédiés, nous pouvions nous consacrer pleinement à ce qui nous intéressait. Puisque Tenten partageait sa chambre avec une deuxième année barbante et que les deux autres étaient trop désordonnées, il avait été convenu que notre chambre serait le Quartier Général de notre groupe. Tout ce que nous avions trouvé depuis le début de l'affaire était stocké dans une boîte à chaussure sous mon lit et nous pouvions parlé de tout sans être dérangée.
Au bout de quelques minutes, je sortis de la salle de bain, vêtue de ma tenue de nuit. Au même moment, Ino revint de la salle commune où elle avait préparé du thé. Elle plaça sa théière au centre du cercle formé de coussin. Pour finir, nous disposions quelques biscuits et bonbons, que nous avions acheté en sortant du lycée, dans des assiettes. De l'extérieur, un inconnu aurait pu croire que nous nous préparions à un simple pyjama party... Particulièrement depuis qu'Ino, dans son pyjama rose à froufrou, s'était assise sur le lit pour me coiffer. Elle tressait ma longue chevelure noire pendant que, l'air absent, je triturais le bas de ma large chemise de nuit blanche.
Quelques minutes plus tard, les filles arrivèrent. Se sachant attendues, elles entrèrent sans frapper et s'installèrent dans un silence religieux sur les coussins posés à même le sol. Ino termina ma coiffure avant de descendre nous rejoindre par terre. Encore quelques secondes passèrent avant que l'une de nous ne se risque à parler :
- Tenten, tu as eu des nouvelles de Mayumi ? demanda Temari de but en blanc.
- Non, dit-elle l'air désolé. Elle s'est faite porter malade pour le reste de la journée. Personne ne l'a vu...
- A part moi, déclarai-je en faisant la moue.
- A part toi... concéda Tenten...
Nous retombions dans le mutisme le plus total. Je n'avais pas encore réellement raconté aux filles tous les détails de ma courte entrevue avec Mayumi. Les mots ne trouvaient pas la voie, restaient coincés dans ma gorge. Je me mâchouillais les lèvres, il faudrait bien à un moment où à un autre que je leur dise de quoi il en retournait. Mais le prononcer donnait encore plus de consistance à cet abstraction... Je ne voulais pas ouvrir les yeux de mes amies sur cette réalité. Avant que je ne puisse prendre une décision, Ino remit un peu d'ordre dans nos idées.
- On n'est pas là pour s'apitoyer les filles ! s'écria-t-elle en secouant la personne plus proche, en l'occurrence Temari. Je vous sers une bonne tasse de thé et on se remue les méninges !
Joignant le geste à la parole, elle s'empara de l'anse de la théière et servit à chacune de nous une tasse de porcelaine grossière pleine d'un thé aux fumées délicieux. Le parfum léger du genmaicha (2) me procura une grande sérénité. Depuis l'arôme subtil des feuilles de Sencha (3) jusqu'à la douce saveur du maïs et du riz soufflés, tout m'appelait au calme et à la maîtrise de soi. Comme me l'avait souvent dit mon père, autour d'une tasse de thé que je lui servais avec tout mon savoir faire : « Tout art est lié par un fil conducteur, la concentration. Quand tu maîtriseras le chanoyu (4), alors tes capacités de combats se verront multipliés. Lorsque, avant d'entrée en lice, tu te souviendras à la perfection du parfum du thé que tu utilises, alors tu seras assez concentrée. » J'étais passée maître dans l'art de la cérémonie du thé et plus aucune essence subtile ne m'était inconnue. Mon père, si souvent déçu par son incapable de fille, était en revanche très fier de ma délicatesse et ma dextérité lors du chanoyu. Je m'étais donc réfugiée dans cet art pour oublier tous les autres reproches qu'il me faisait.
C'était la même paix qui m'envahissait à ce moment. Une quiétude capable d'occulter toutes les craintes qui me tenaillaient depuis le matin, capable de me rendre assez confiante pour déclarer à mes amies d'un ton ferme:
- Il est plus que temps qu'on remette les choses en place. On fait un tour de table pour voir comment ont évolué les choses pour chacune de nous.
Elles acquiescèrent. D'un regard, j'invitai Tenten, assise à ma droite, à parler de ce qu'elle avait découvert. Elle ne se fit pas prier bien longtemps et commença son récit :
- Je suis retournée aux comités des élèves (5), ça faisait très longtemps qu'ils ne m'avaient plus vue... Je ne vous explique même pas l'accueil ! Plus glacial tu ne fais pas ! Le président m'a fait tout un speach comme quoi j'avais rien à foutre là, que j'étais plus membre, tout le tralala, heureusement la vice-présidente m'a sauvé la mise. Enfin, au comité exécutif, ça s'est un peu mieux passé... J'ai réussi à aborder ce sujet sans trop éveiller de soupçons et d'après mes renseignements, personne ne sait rien évidemment.
Un soupir général répondit à son histoire, nous étions toutes dépitées, nous comptions réellement sur cette piste pour resserrer nos recherches. Mais comme le fit judicieusement remarquer Temari…
- Fallait si attendre, qui irait hurler un truc pareil sur tous les toits ?
- C'est vrai, concéda Tenten, mais écoutez plutôt ça. Une copine m'a photocopié les plans et m'a confié des trucs beaucoup plus intéressants !
- Raaaaaaaahhh ! Mais fallait le dire plus tôt ! rugit Temari en bondissant.
- C'est bon calme-toi, pouffa Ino.
- Vas-y Tenten, lançai-je intéressée par ce qu'elle avait à nous dévoiler.
- Et bien, il se trouve que mon amie connaît un certain nombre de garçons du comité exécutif qui étudiaient très précisément cette carte, prévoyant une incursion aux vestiaires des filles.
- Comment a-t-elle su ? interrogea Sakura.
- Des noms ! ordonna Temari fidèle à son sens pratique. On veut des noms !
- Elle a surpris leur conversation dans la salle d'archive du comité. Ils ne l'ont pas vu, mais elle a très bien pu les voir. Elle n'est pas restée longtemps, par crainte d'être surprise, du coup elle n'a pas pu me dire ce qu'ils prévoyaient... Elle m'a mis tous les noms sur ce papier...
Temari arracha des mains de Tenten un petit post-it vert fluo et étudia la liste avec attention avant de la faire passer. Quand elle arriva dans mes mains, je dus bien me rendre à l'évidence, aucun de ces patronymes ne m'étaient familier. En désespoir, de cause je demandais aux filles leurs opinions :
- Evidemment je les connais tous, ils sont en deuxième ou en troisième années et étaient tous au comité exécutifs l'an dernier... déclara Tenten.
- J'en connais un, il est souvent à la bibliothèque, ajouta Sakura, le genre intello libidineux, toujours frustré parce que les filles ne veulent pas de lui.
Mais ni Ino, ni Temari ne connaissaient ces garçons, cherchant le moindre rapport plausible, je finis par demander à Tenten :
- Un lien possible avec Mayumi Katsura ?
- Non, je ne pense pas. Elle n'a jamais été au comité exécutif et fréquente majoritairement des filles. Les seuls garçons qu'elle connaît sont ceux de la classe et de son club. Mais même là, en général elle les évite...
- Ah bon ! s'étonna Ino, . Pourquoi ?
- Elle est hyper timide ! expliqua Tenten. Avec cette guerre c'est plus facile pour elle de les éviter. Elle est trop douce, ils lui marchent facilement sur les pieds.
- Donc ces garçons ont très peu de chance d'avoir un lien avec Mayumi, conclut Temari d'un air songeur, mais les photos des vestiaires peuvent venir d'eux...
- Peut-être..., admit Tenten, ils ont les moyens.
- Mais pourquoi s'en prendraient-ils à Mayumi s'ils ne la connaissent pas ? soulignai-je.
- Qui te dis que c'est la même affaire ? fit remarquer Temari, nous avons toujours pensé que les photo de Mayumi et celles des vestiaires étaient liées... mais si ça se trouve, les mecs qui en ont après Mayumi ont profité des photos de vestiaire pour afficher leurs conneries et commencer leur brimade...
Je me mordis les lèvres. Je n'avais envisagé cette possibilité qu'une seule fois, au tout début quand seules Sakura et moi nous occupions de cette affaire, et n'en avais plus du tout parlé. J'avais fait une belle erreur. Car en mêlant les deux enquêtes, j'avais fermé bon nombre de voie à notre enquête. Sur un ton d'excuse, Sakura expliqua à Temari la conversation que nous avions eu à la bibliothèque et cette hypothèse trop vite avortée. Les filles se mirent à supputer des corrélations étranges peut-être plus comiques que logiques... quant à moi un doute m'empêchait de me mêler à leur bonne humeur. J'y pensais de plus en plus souvent et finis un peu du bout des lèvres à leur exposer ma théorie :
- Et si les garçons n'étaient pas à l'origine de toutes ces photos...
Ma déclaration les fit taire très brutalement. Elles me dévisagèrent, attendant visiblement la suite.
- J'ai beaucoup réfléchis et je me dis que les personnes qui auraient pu, le plus facilement du monde, installer ces appareils photos dans les vestiaires... Ce serait des filles !
Le silence me répondit... du moins jusqu'à ce que Temari se mette à déblatérer sur l'intégrité des filles et sur notre soutien mutuel infaillible. Pendant qu'elle parlait s'attirant les regards courroucés de Tenten peu convaincus par sa tirade, je remarquais qu'Ino et Sakura s'échangeaient des regards entendus. La blonde me fixa un moment avant de reconnaître à mi-voix :
- On pensait à la même chose !
Temari se tut, pétrifiée comme si elle avait croisé le regard d'une gorgone (6), et tourna son regard vers les deux jeunes filles qui, têtes baissées, accusaient le coup de leurs aveux :
- Pourquoi ?
Ce fut la seule chose que Temari put dire. A mon grand étonnement, Tenten fut la première à répondre :
- Parce qu'il y a des garces partout ! Même dans notre lycée ! Voyons Temari réfléchis ! Qui pourrait accéder si facilement aux vestiaires !
- Mais tout de même, insista Temari, absolument pas prête à se laisser convaincre, quel intérêt pour les filles de montrer nos fesses à tout le lycée...
- On a pensé que... commença Sakura
Elle chercha du secours auprès d'Ino qui d'un hochement de tête l'invita à poursuivre. Elle prit une inspiration et dit d'une traître :
-...peutêtrequetoutsimplementellesvoulaientatteindrelesgarçonsdecettemanière.
Elle prit une profonde inspiration et jeta un regard craintif à Temari qui, bouche bée nous regardait chacune notre tour cherchant une aide quelconque, comme pour la sortir du cauchemar dans lequel cette histoire la plonger. Je repris plus lentement pour être sûre d'avoir bien compris :
- Donc, Ino et Sakura, vous pensez que les filles auraient voulu atteindre les garçons en faisant croire qu'ils avaient affiché ces photos dans le hall ? Je trouve ça logique...
- Pas moi ! Y'a rien de logique là-dedans, ça ne rapporte aucun points aux filles de faire un truc pareil ! Ça sert plutôt les garçons !
- Une tentative échouée, déclara calmement Tenten en haussant les épaules.
Temari grogna en croisant les bras, la mine boudeuse. Je l'observais avec beaucoup d'attention. Ce qu'elle avait dit m'interpellait vivement. En effet, les filles avaient les moyens de commettre un tel forfait, mais elles n'avaient pas le mobile. Si de prime à bord le raisonnement d'Ino et Sakura m'avait paru juste, en y repensant deux fois, il y avait des failles. J'y réfléchis longuement, et nous restions toutes muettes durant quelques minutes. Finalement, excédée par ce problème sans solution, j'attrapai le calepin qui traînait dans notre boîte à indice, pour y noter tout ce qui avait été dit. C'était une idée qu'avait eu Sakura, garder une trace écrite de toutes les pistes évoqués nous permettraient de nous y retrouver à un moment où à un autre. Pour le moment, nous étions face à une équation à laquelle il manquait des données, il nous fallait encore un peu de patience pour avoir en main toutes les cartes et tirer le gros lot.
Décidée à progresser, je relevai le nez de mes notes et remit la conversation en route.
- Passons à autre chose, on a pas toute la nuit, dis-je de ma voix douce et si peu habituée à l'autorité, tu as trouvé des choses Temari ?
Elle soupira, décroisa les bras, abandonna son air grognon et attrapa un des petits gâteaux qu'elle se mit à grignoter d'un air absent. Elle finit par nous raconter sa réunion avec ses frères :
- On est allé boire un verre tous les trois un après-midi. Kankuro s'est montré particulièrement chiant... Encore Gaara... Ben c'est Gaara, il l'ouvre que rarement et à l'air de ne jamais être là avec nous... Bref, entre deux insultes bien senties, Kankuro m'a dit qu'il en avait entendu plus ou moins parler, mais comme une rumeur. Une sorte de légende qui circule parmi les pervers. D'après lui, peu de garçons prennent ça aux sérieux, mais ils sont un certain nombre à en avoir entendu parler...
- Ce qui est loin de nous aider... ronchonna Tenten.
- J'ai jamais dit que mes frères servaient à quelque chose, rétorqua Temari, à part Gaara, lui m'a dit un truc assez intéressant.
- Quoi ? s'exclama Sakura, curieuse.
- Il semblerait que l'affaire Katsura commence à agacer sérieusement les garçons de notre classe. Pour eux c'est clair, le con ou...
Temari marqua un temps d'arrêt, fit une grimace comme si ce qu'elle allait dire était particulièrement répugnant, mais fini par cracher du bout des lèvres :
- ... la conne qui fait ça est entrain de nuire aux garçons et aux filles à la fois... C'est une vengeance personnelle qui est en train de tous nous atteindre...
- la conne? Répétai-je intriguée.
- Gaara pense que ça pourrait être une vengeance de filles. Il insinuait des trucs genre : est-ce que Mayumi avait pas des soucis avec d'autres filles ? Est-ce qu'elle n'avait pas piqué le petit copain d'une autre ? Ce genre de truc...
- Ton frère pose vraiment les bonnes questions... murmurai-je
- Encore ? soupira Temari d'un air triste, pourquoi on doit tout ramener sur le dos des filles.
- Ce n'est pas ça, dis-je pour la rassurer, ce serait trop facile... Mais c'est toujours une piste à envisager...
- C'est tout ? demanda Ino.
Temari lui signifia que oui. Je pris en note ce qu'elle venait de dire. Je trouvais les réflexions de Gaara pertinentes et ne voulait pas les écarter. Pour moi, il était tout à fait envisageable que des filles, peu scrupuleuses, veuillent se venger, pour des raisons parfaitement égoïstes.
Une fois encore, je dus relancer le débat. Cette fois-ci je me tournais vers Sakura qui, avec ma camarade de chambre, avait dû récolter tous les ragots qui circulaient sur Mayumi. Je n'aimais pas trop cette méthode, mais elle pourrait toujours porter ces fruits. Peut-être pourrions nous trouver un mobile à cette folie qui poursuivait notre aîné. Sakura se mit à nous expliquer d'une voix sûre leur découverte :
- Ino et moi avons essayé de nous renseigner au maximum sur les habitudes de Mayumi-sempai. C'est une bonne élève. Elle vient toujours très tôt en cours car elle participe à deux ou trois clubs différents. Elle fait partie du club d'Ikebana (7)...
- Que fréquente aussi Ino, fit remarquer Temari.
- En effet, répondit la blonde, mais ces derniers temps Mayumi ne vient plus souvent. Je ne l'ai croisé qu'une ou deux fois... Selon les sempai, elle était bien plus assidue l'année dernière...
- Bon, en même temps, elle ne fréquentait pas les deux autres clubs, termina Sakura. En début d'année, elle s'est inscrite au club audio-visuel, et depuis trois semaines tout juste elle fait aussi partie du club cinéma...
- C'est bizarre cet intérêt soudain pour le multimédia, souligna Tenten.
- On ne sait pas trop pour l'audiovisuel, répliqua Ino, mais certaines filles disent qu'elle s'est inscrite au club cinéma par amour...
- Amour ? répétai-je intriguée.
- Et oui, les filles du club d'Ikebana m'ont confié leurs soupçons sur une possible relation qu'elle entretiendrait avec Hideki Renge, membre du club audio-visuel et président du club cinéma.
- Ce qui est sûr, intervint Sakura, c'est que même si officiellement les club sont mixtes, quelques clubs seulement menés par des professeurs appliquent cette règle. Tout le monde le sait : il y a des clubs pour filles et des club pour garçons. Mayumi est la seule fille à fréquenter le club cinéma...
- Et ce serait pour ce Renge ? insistai-je, sourcils froncés.
- Ce ne sont que des rumeurs Hinata, me dit Ino, et il y en a une certaine quantité d'autre sur elle... Au début on a eu du mal, mais bizarrement les langues se sont déliées aux fils des jours... et particulièrement aujourd'hui. Mes sempais se sont mises à parler de vraiment tout... Elles ont dit par exemple que ça ne les étonnait pas que Mayumi se fasse...
Ino buta sur le mot, puis après un moment d'hésitation, souffla d'un air scandalisé et légèrement coupable :
- ... culbuter par un groupe de mec, vu ses fréquentations...
Je crus que Tenten allait défaillir en entendant ces mots. J'étais horrifiée par ce que les gens étaient capables de dire. La méchanceté n'avait pas de limite et pas une once de compassion ne venait soutenir Mayumi Katsura. Ces propos me chamboulaient d'autant plus que je savais ce dont il retournait réellement.
- Quelles fréquentations ? demanda Tenten quand elle eut repris un peu contenance.
- Il semblerait qu'elle soit amie avec les Sweet Girls...
Sans que je comprenne pourquoi, toutes mes amies firent une grimace de dégoût. Quand je demandai des explications, Sakura me répondit :
- C'est le nom qu'une bande se donne. La mauvaise réputation des kogals (8) vient de ce genre de filles. Pour gagner de quoi se payer leurs UV, le maquillage, le coiffeur et les fringues soit elles jouent les escortes girls (9), soit elles se prostituent... Elles sont une dizaine à Konoha, elles ont d'autant plus mauvaise réputation qu'elles ont tendances à jouer les voyous...
- Et Mayumi... commençai-je
- Aucune chance, s'emporta Tenten. Y a une de ses ganguros (10) à la noix qui est dans notre classe ! Mayumi ne la fréquente absolument pas !
- Je ne fais que répéter ce que disent mes sempais! rétorqua Ino à la fois gênée et en colère.
- Et tu devrais te calmer Tenten, intervint Sakura, parce que ce qui vient après ne vaut pas beaucoup mieux.
Temari, Tenten et moi froncions les sourcils, pour une fille sans histoire, je trouvais que Mayumi avait une drôle de réputation au lycée. Avait-il suffit de quelques photos pour que tous les avis changent ou bien était-ce cette drôle d'habitude de se méfier des gens trop bien sur eux ? En tout, cas, notre silence invita Ino à poursuivre et effectivement, ce qui suivit n'était pas glorieux.
- Il y a trois autres choses qui se disent sur Mayumi Katsura. La première nous vient directement de sa colocataire. Mayumi rentre de plus en plus tard, elle a des horaires loufoques partant à des heures pas possible le matin et revenant à des heures encore plus folles. Personne ne sait ce qu'elle fait. La deuxième, étant la plus soft, serait qu'elle a un petit copain qu'elle voit en dehors du lycée. D'après ce qu'on dit, il se pourrait fortement que ce soit un garçon de Konoha...
- Un garçon de notre lycée ! s'étonna Temari.
- Exact..., reprit Ino. Ou est la part de vérité, j'en sais rien... Et ce n'est pas bien important... mais la troisième est beaucoup moins... enfin c'est plus...
- Ben vas-y, intervint Tenten. Accouche, après le coup des Sweet Girls, je crois que je suis prête à tout entendre !
- Bon, céda la blonde en lui lançant tout de même un regard inquiet, On dit que Mayumi a de très gros soucis d'argent...
- Ça tout le monde le sais, s'emporta Tenten
- Non, m'écriai-je, pas moi !
- Mayumi vient d'une famille assez modeste, m'expliqua Tenten, ses parents sont commerçants à Hokkaido. Elle est né et a grandi là-bas. Elle a rejoint Kunoichi au collège. Avant elle était en primaire dans son village natale. Seulement, pour l'envoyer au collège, ses parents ont fait un emprunt. Tu connais les démarches administratives, faut payer une caution pour les bouquins, les uniformes, l'internat, sans compter les frais d'inscription et les tributs à faire pour l'association des parents d'élèves ! C'est vite devenu au dessus de leur moyen... Ils ont donc emprunté de l'argent et le rembourse peu à peu, mais si tu ajoutes les frais de scolarité mensuels, tu comprends vite que les parents de Mayumi ont un peu de mal à chaque fin de mois... C'est pour ça que Mayumi travaille comme une malade pour être première de la classe, elle ne peut pas prendre de baïtô (11), le règlement de l'école l'interdit, mais au moins elle prouve à ses parents qu'ils ne se saignent pas à blanc pour rien.
Je restais bouche bée devant l'histoire de Tenten. Je finissais par penser que Mayumi Katsura était le genre de fille à être un aimant à problème ! Tant de malheur sur un seul dos... Un auteur sadique écrivait-il le fil de leur vie ? Dans ce cas pourquoi s'acharnait-il sur cette pauvre Mayumi ? Je me mordis les lèvres. Au même moment, Sakura demanda :
- C'est Mayumi-sempai qui t'a confié tout ça ?
- Évidemment ! s'emporta Tenten, qui d'autre ? Je suis son amie !
- C'est que... balbutia Ino embarrassée, nous... nous connaissions déjà la moitié de l'histoire. Les filles en parlent souvent entre elles... Tu sais comment c'est, des filles de bonne famille qui ne connaissent rien aux dures réalités de la vie... Elles trouvent ça... divertissant...
- Garces, siffla Tenten, contenant visiblement sa colère.
- Du coup, poursuivit mon amie aux yeux bleus, des rumeurs ont commencés à circuler... Les filles disent que... que Mayumi-sempai... se prostitue pour payer ses frais de scolarité...
Un grand blanc. Un silence lourd et angoissant répondit à cette dernière réplique. Incapable de dire quoique ce soit, une rage sourde remuant mes entrailles, je me mis à trembler. A côté de moi, Tenten respirait de plus en plus difficilement. Elle posa une main sur son front et bascula la tête en arrière, comme un rituel pour retrouver son calme. Temari restait interdite. Pour une fois aucune émotion violente ne la traversait, elle regardait le vide face à elle. Sakura et Ino avaient l'air réellement désolées. Comment des choses pareils pouvaient circuler dans les couloirs dans lycée ? Pensait-on à cette pauvre fille ? Je me mis à angoisser en pensant à Mayumi, à ce qu'elle devait ressentir. Ses paroles du matin me revinrent en mémoire. Elle n'avait pas pu me mentir. Non ! Ses larmes étaient sincères. Elle n'avait pu que me dire la vérité... J'en étais certaine... Et voilà que les médisants venaient l'accabler plus encore. Un viol n'était déjà pas assez lourd à porter ?
- Hinata, appela doucement Ino.
Je relevais la tête et fit face à toutes mes amies qui me défiguraient surprise.
- Pourquoi tu pleures ? poursuivit mon amie.
Je portais ma main à ma joue pour me rendre compte qu'elle était humide. Mes larmes s'étaient mises à couler sans que je me rende compte. J'étais vraiment affectée par ce qui arrivait à Mayumi... Finalement, je racontais aux filles ce qui s'était passé ce matin même. Elles semblèrent vraiment choquées, mais toutes convinrent que la jeune fille ne pouvait mentir. Encore une fois, un lourd silence s'installa. Entre embarras et colère, nous ne trouvions plus les mots pour nous exprimer. De plus, c'était comme si nous avions été vidées de toute notre énergie. Même Temari avait perdu sa véhémence quand elle prit la parole :
- Mais comme peut-on faire ça ?
- Cette stupide guéguerre de gamins vaut-elle la peine qu'ils en arrivent là ? se lamenta Sakura.
- Mais est-ce vraiment pour la guerre ? rétorqua mystérieusement Temari.
Vivement, je levai la tête vers elle. Pour une fois, Temari et moi étions sûre la même longueur d'onde. Voyant le regard interrogateur des trois autres, Temari prolongea sa pensée :
- Généralement, quand les garçons nous font des sales plans, ils signent leurs mauvais coups pour gagner des points. Dans ce cas-là, ce n'est évidemment pas possible... Je ne sais pas pourquoi ils s'en prennent à Mayumi, mais ce n'est pas pour la guerre...
- En même temps, c'est risqué et peu glorieux, dit Sakura, normale qu'ils ne vont pas signer. Mais ça met une sacrée pression aux filles de voir que les garçons n'ont aucune craintes à faire ce genre de chose... guerre psychologique.
Temari, fit une moue perplexe, mais ne répondit pas. Je choisis donc de l'appuyer :
- Mais qu'est-ce que ça leur apporte ? Ce n'est pas une vraie guerre pour eux, c'est un jeu ! Ils ne vont pas prendre des risques inutiles pour un jeu... Je suis de l'avis de Temari, ça cache autre chose...
La blonde me sourit, alors que les autres se laissaient gagner par notre raisonnement. Ce qui me gênait, c'est qu'en éliminant la guerre, nous perdions un mobile probable pour ces méfaits. Je soupirai. Ce qui attira le regard de mes amies sur moi. Sourire aux lèvres, Temari me demanda :
- Et toi Hina-chan ? Comment ça s'est passé de ton côté ?
- Pas grand chose, murmurai-je un peu honteuse.
Non seulement je n'avais rien découvert de probant mais en plus, je m'apprêtais à leur mentir. Je ne pouvais pas leur avouer que Kiba était ma source d'information, alors je dis le nom qui me paraissait le moins suspect :
- Neji est nouveau, il ne connaît pas trop les histoires. On ne se confie pas beaucoup à lui. Par contre, il m'a un peu parlé de Takeru Kikuchi.
Je leur répétai ce que j'avais appris de Kiba puis leur exposer mes conclusions, tout en modérant mes propos. Je leur précisais bien que rien ne nous permettait d'accuser Kikuchi, sans compter qu'il n'avait aucun mobile. Ensuite, je sortis les photos que j'avais ramassées le matin même. De la même manière, je leur présentais mes conjectures en analysant tout ce que l'image avait à dire... Peu à peu, mes propres mots firent leur chemin dans mon esprit où une idée folle commençait à germer. Interrompant brusquement mon discours, je tirai les photos précédentes de leur boite. Seules les nues de Katsura m'intéressaient, que ce soit le tout premier exposé en même temps que les images du vestiaires, que ceux qui avaient été lâchés du toit. Je dégageais les assiettes de victuailles et rangeait les preuves en ligne chronologiques sous notre nez, incluant nos plus récentes prises. Les filles curieuses me questionnaient, mais j'ignorais leurs sollicitations pour me concentrer sur ma tâche. Se pouvait-il que mon intuition soit juste ? Je comparais les clichés que j'avais sous les yeux, durant de longues minutes. Mes amies avaient fini par se taire, voyant qu'elles ne tireraient rien de moi tant que je ne serais pas décider à parler. Au bout d'un certain temps, le coeur battant, je leur indiquais le cheminement de ma pensée.
- Voyez-vous ces lumières ? commençai-je en leur indiquant tour à tour les points chauds de chaque série de photo. C'est un éclairage de base. En regardant le modelé du corps et les ombres portés, on peut approximativement dire comment ont été placé les spots. C'est l'un des éclairages les plus basiques qu'on puisse faire en studio. Sûrement l'un des premiers que l'on apprend. Une boite à lumière pour dessiner les contours et donner le modelé, donc créer un contre jour. Le seconde spot, très certainement affublé d'un nid d'abeille, sert à éclairer le sujet...
- Attend ! s'écria Temari. Tu nous causes quelle langue là ? D'où tu sors tous ces gros mots ?
- J'ai un peu étudié la photo, avouai-je, je voulais travailler dans la publicité ou dans la mode, alors j'avais commencé à me renseigner. Une boîte à lumière, je pense que c'est un nom assez explicite ! C'est un coffre en fil de fer que l'on adapte au spot. Il est recouvert sur le côté de tissus noire hermétique à la lumière et devant un tissus blanc qui diffuse une lumière douce et tamisé. Il sert en gros à filtrer la lumière et à la distribuer de façon homogène à toute une masse. Plus la répartition est importante, plus la boite à lumière est grosse. Le nid d'abeille, au contraire, concentre la lumière sur un point. Le tressage en fer, construit comme les alvéole d'une ruche, converge tous les faisceaux lumineux sur le point à souligner... Enfin, la troisième chose qui, je pense, a été utilisée pour ces photos, c'est un réflecteur. En général c'est juste un carré ou rectangle blanc qui serre à renvoyer la lumière pour que toutes les parties de l'objet soient bien éclairées... Je m'explique, dis-je en voyant Temari ouvrir la bouche. Imaginons pour cette photo...
J'indiquais la première photo de la série.
Très simple, portrait de face, plein pied... derrière Mayumi un mur noir qui va servir de base. Pour éclairer le sujet, Mayumi, placé en parallèle du mur, il faut mettre une boîte à lumière à approximativement 45° de la ligne de base. Ensuite, pour donner de volume il faut placer le nid d'abeille à presque 160°... Oui mais voilà, toute une partie du corps reste dans l'ombre, c'est disgracieux et embêtant pour une photo de charme... alors on utilise le réflecteur. Il est posé quasiment en face de la boite à lumière et renvoie la lumière vers les zones d'ombres...
- Ben putain ! s'écria Temari, faut s'y connaître !
- C'est exactement là où je veux en venir ! répliquai-je sourire aux lèvres, il faut s'y connaître et il faut être nombreux. Pendant que l'un prend les photos, les autres manipulent le réflecteur, les spots... bref, c'est un travail d'équipe... qui demande le matériel et le lieu adéquat...
- Et... Oh mon dieu Hinata, s'exclama Sakura, tu crois que...
Je souris, ravie que Sakura ait si vite compris. En revanche, les choses ne semblaient pas si simples à Temari, Tenten et Ino... quoique cette dernière semblait de plus en plus proche de la réponse. Je voyais ses yeux s'écarquillais au fur et à mesure et soudain elle souffla un « non » incrédule...
- Attendez, où vous voulez en venir ? demanda Tenten.
- Vous avez oublié à quel club appartient Mayumi-sempai ? indiqua Sakura.
- Non, bien sûr elle... commença Tenten avant de comprendre.
- Meeerde, s'emporta Temari...
- On dirait que nous sommes toute arrivée à la même conclusion, déclarai-je, il faut le matériel, il faut le lieu, il faut le savoir faire, et cela un club là, le club cinéma.
- La beauté atteinte par les seins de la femme n'était-elle point la gloire la plus resplendissante de l'évolution de l'humanité ? déclama Jiraya-sensei, un sourire pervers aux lèvres.
Les garçons gloussaient alors que les filles, rouges, plongeaient la tête dans leurs livres. Je posai ma main sur mon front en me demandant où pouvoir me cacher. Jiraya-sensei nous fixait de son regard lubrique, tentant, sans vergogne, de juger de notre « évolution ». Ce professeur était un pervers fini et tout prétexte était bon à laisser libre cours à ses pulsions... ou devrais-je plutôt dire qu'il avait trouvé le genre de livre qui correspondaient à ses pulsions.
Assis sur son bureau, vêtue d'un kimono de nuit, qu'il avait ramené pour l'occasion, le professeur déshabillait du regard le premier rang, en l'occurrence nous, les sept uniques filles de la classe. Pour ce cours, ils avaient chamboulé l'ordre des places, il voulait « être inspiré » pour faire sa leçon... Il est vrai que sa mise en scène était assez en adéquation avec le thème du livre... Après s'être levé, il se mit à déambuler dans le premier rang en parlant de vive voix.
- N'est-ce pas une des plus belles phrases de ce livre ! s'écria-t-il, j'avoue que c'est ma favorite ! Une telle vérité dite si simplement ! Mesdemoiselles n'êtes-vous pas flattées ?
Personne ne répondit. Je fus la seule à réagir. Prise de fou rire, j'étouffais mon hilarité dans ma main. En fait, j'étais amusée par les bravades du professeur. Comment pouvait-il demander avec tant d'innocence dans la voix, si nous n'étions pas flattées ? J'étais peut-être un peu trop indulgente avec Jiraya-sensei, mais j'adorais ses cours. J'aimais de plus en plus la littérature et les belles endormies décrites par Kawabata m'avaient réellement séduites. Je n'avais pas encore compris toute la subtilité de son récit, mais j'étais sensible à sa prose en demi-teinte, pleine de lyrisme et d'angoisse. Il sembla que je contenais assez mal mon rire, puisque Jiraya-sensei se rapprocha de moi, posa une main dans mes cheveux pour les ébouriffer d'un air tout à fait amical :
- Dis-moi Hinata, si tu nous racontais un peu ce roman...
- Je... je... euh, commençais-je d'une voix balbutiante, en fait... euh... Toute l'histoire se passe... euh... dans un même lieux... une maison au bord de la mer. Hum, dans ce lieu, une femme vend des nuits de sommeil à de vieux hommes en quête de jeunesse. Le vieil Eguchi, euh, c'est le personnage principal, a été invité par un de ses amis à y passer une nuit. Mais... au fur et à mesure il y prend goût et revient de plus en plus régulièrement... Euh... Dans les chambres se trouvent des jeunes filles endormies. Elles sont très jeunes, ce sont des adolescentes pour la plupart, elles dorment nues sous le regard des vieillards... mais... ils n'ont aucun rapport sexuel avec elles, ils sont interdits de les toucher. Et puis, euh...ce qui construit le récit c'est que le vieil Eguchi, au fil de ses nuits remontent peu à peu le temps pour se remémorer son passé, se rappelant de toutes les femmes qui ont construits sa vie depuis sa mère, jusqu'à ses filles.
Je me tus et lançai un regard plein de crainte à Jiraya-sensei. Je trouvais mon résumé un peu foireux... Je bégayais toujours comme une idiote et ma voix douce manquant d'assurance ne m'aidait pas. Mais celui-ci me fit un sourire encourageant, je crois qu'il aimait vraiment ma voix, car il adorait me faire parler pendant ses cours... Finalement, il se détourna de moi et se remit à parler à grand renfort de geste :
- Et tu as trouvé ça pervers Ino ?
- Évidemment ! s'emporta mon amie, c'est quoi ces vieux ! Ce sont des pédophiles ! C'est répugnant !
- Oh... vraiment ? répondit Jiraya, tu es d'accord avec elle Temari ?
- Bien sûr ! Ils sont des vieux porcs, un point c'est tout !
- Et toi Hinata ? demanda-t-il une moue de plus en plus triste se peignant sur sont visage.
- C'est ce que je me suis dis au premier abord, expliquai-je le coeur palpitant.
Je m'apprêtais à livrer un point de vue très intime sur le livre, j'étais embarrassée. Je continuai, me sentant rougir à chaque mot :
- On peut penser que c'est pervers... et dans un sens ça l'est réellement, mais je l'ai trouvé avant tout touchant ce vieil Eguchi. Il n'accepte pas de vieillir, ses souvenirs et ses premières réactions le prouvent. Il est prêt à braver l'interdit pour prouver qu'il sait encore se servir de... de... enfin... vous voyez...
Un fou rire général me fit comprendre qu'ils avaient très bien compris à quelle partie de l'anatomie je faisais allusion. J'étais plus rouge qu'une pivoine. Jiraya, ravi, me fit un grand sourire et déclara d'une voix rassurante :
- Continue, tu m'intéresses...
- Comme il ne veut pas vieillir, repris-je, il revient chaque nuit auprès de ses filles. Elles agissent sur lui comme un élixir de jeunesse, plus il s'imprègne de pleur présence, plus il rajeuni... comme le prouve la manière dont sont raconter les souvenirs... on part des souvenirs les plus récents pour aller au plus anciens... son premier amour par exemple... En fait, il agit un peu comme un vampire sur ces filles, il absorbe leur jeunesse pour retrouver la sienne... Au sens figuré bien sûr...
Jiraya me détailla un moment puis demanda de but en blanc :
- Tu as aimé ce livre, pas vrai ?
Gênée, j'acquiesçai la tête baissée. Il sourit, visiblement satisfait et poursuivit son cours :
- La mort. La solitude. L'amour. L'érotisme... tant de thèmes fondamentaux abordés dans un si petit livre ! Kawabata nous livre un roman vraiment unique dans son oeuvre ! Il ne prétend pas nous donner des réponses à toutes ces questions qu'englobent ces thèmes... non, juste sa vision des choses... et il semblerait qu'elle plaise puisque ce livre a reçu le pris nobel de littérature !!! Auprès de ses belles, intouchées et intouchables, nous palpons la fragile existence de ce vieil homme. (12)
J'écoutais passionnément le cours de Jiraya. Plusieurs fois il m'interrogea. Il semblait ravi que j'apprécie l'oeuvre de Kawabata, car jamais il n'avait été aussi sympathique avec une fille. Ainsi, de fil en aiguille, je ne vis pas les deux heures de cours passer et la cloche dissonante résonna dans les couloirs du lycée. Alors que je rangeai mes affaires, il s'approcha de mon pupitre et s'assis sur l'un des coins.
- As-tu envie de lire d'autre livre de Kawabata ? me demanda-t-il.
- Oh, bien sûr, m'exclamai-je enthousiaste.
- Dans ce cas, je te conseille La danseuse d'Izu...
- Merci, Jiraya-sensei, je l'emprunterai à la bibliothèque.
- Ce ne sera pas la peine. Puisque tu as tant aimé Les belles endormies, je me suis dis qu'une édition d'époque de ses deux bouquins avec estampes et notes de l'auteur devrait te plaire...
Mes yeux se mirent à briller je pense, car je n'eus pas besoin de répondre pour que l'homme ajoute :
- C'est bien ce que je pensais. Je t'apporterai ça pour lundi.
Il se releva et alla ranger ses affaires au bureau. De mon côté, je me précipitai pour rejoindre mes amies qui m'attendaient à la porte. Ce fut en leur racontant ma courte entrevue avec le professeur que nous nous rendions en cours de cuisine.
Kurenai-sensei nous attendait déjà, les recettes inscrites au tableau. Au menu du jour nous avions droits à des Haru-Maki (13), du Yakibuta (14), du kikuka-kabu (15) et des onigiri à l'uméboshi (16). Un cours qui s'annonçait bien rempli. Nous enfilâmes donc nos tabliers et, après avoir écouté les conseils de Kurenai-sensei, nous mîmes au travail. Alors que nous commencions à ficeler le porc, les conversations partirent de bon train. Sakura ramena sur le tapis un sujet que le cours de littérature m'avait fait oublier : le club de cinéma. Après une longue conversation la veille au soir, nous étions tombées d'accord pour chercher de ce côté-là. Bien sûr, il ne s'agissait que de soupçons, mais j'avais la nette impression de tenir le bon bout. Cette sensation s'était renforcée quand, le matin-même, Ino m'avait montré qui était ce fameux Hideki Renge. Je fus à peine étonnée de découvrir le rouquin insupportable que j'avais croisé la veille. Il avait vraiment une tête qui ne me disait rien de bon, et je le voyais bien en chef de photographes libidineux.
Pendant que nous concoctions un repas digne d'un roi, nous commencions à imaginer comment espionner le club de cinéma. Ino proposa de l'intégrer, s'ils avaient accepté Mayumi, ils n'avaient aucune raison de nous refuser. Mais c'était trop dangereux. S'ils essayaient de nous faire la même chose qu'à Mayumi ? Puis Temari proposa d'aller enquêter directement dans leur salle de club, mais Sakura la raisonna. Le club possédait un matériel vraiment très cher, il était fermé quand les membres n'étaient pas là. Si l'une de nous savait forcer les serrures ? Malheureusement non, ce qui désappointa vraiment Temari, car son idée était plutôt bonne. Sakura proposa de suivre Renge, mais je m'y opposai vivement. Ce garçon avait tellement l'air imbu de sa personne qu'il croirait sans le moindre doute que nous étions son fan club, hors de question ! « Il risquerait vouloir nous faire des trucs bizarres » s'exclama Ino en lâchant un grimace de dégoût. Je finis par demander à Temari de réclamer son aide à Gaara, il pourrait facilement l'observer au dortoir ou en cours, en tant que garçon il risquait moins de problèmes que nous, il pouvait même intégrer le club de cinéma sans se faire remarquer... Elle refusa catégoriquement. Gaara était intègre et avait l'âme d'un bagarreur. Il avait déjà passé une nuit au poste, parce qu'il avait envoyait à l'hôpital un garçon qui la harcelait. Il n'avait pas atterri en maison de redressement, uniquement parce qu'il avait bénéficié de circonstance atténuante : sa soeur adorée était en danger. Il était donc impensable d'envoyer le loup dans la bergerie. Si ce club s'adonnait réellement à des activités perverses, Gaara les tuerait sans l'ombre d'un regret. Nous étions finalement bien d'accord avec elle, envoyer Gaara était trop dangereux. Au finale nous étions toujours au même point...
Alors que je modelais l'un des onigiri qui viendrait mettre le point finale à nos bentô. Une autre idée me vint à l'esprit. Puisque Temari ne pouvait demander son aide à Gaara, je pouvais toujours me réfugier auprès de mon paysan. Je craignais un peu qu'il se laisse emporter par son sens de la justice, mais si je le mettais bien en garde, peut-être cette solution pouvait nous aider. J'allai même jusqu'à imaginer mettre Shikamaru dans le coup. Si Ino savait se montrer assez convaincante, il pouvait nous être d'une aide précieuse. J'en vins à me dire que, même minable, c'était l'idée la plus sensée que nous ayions pu avoir jusqu'à présent. Mais, une fois encore, il me faudrait le cacher à Temari, Sakura et Tenten. Ce qui ne me réjouissait guère. Il fallait cependant que je me rende à l'évidence, nous n'avions pas une myriade de choix et il nous fallait avancer avec ce que nous avions.
Après un déjeuner placé sous le signe de l'inquiétude, nous nous rendions en cours d'informatique. Tenten, qui était venue déguster avec nous son traditionnel bentô du vendredi nous avait un peu parlé de Mayumi. Elle était venue en cours ce matin-là. Elle était très pâle et des cernes monstrueuses noircissaient son regard. Ses yeux rouges et enflés trahissaient les larmes qu'elle avait versées. Elle était mal en point et Tenten souffrait de la voir ainsi. D'après la colocataire de Mayumi, elle était rentrée tard la veille au soir et dans un état pathétique. Elle avait pleuré toute la nuit, mais sa colocataire n'avait pas réussi à tirer un seul mot de la jeune fille. De même Tenten avait tenté de lui parler, mais Mayumi lui avait gentiment demandé de ne pas trop la questionner. Notre brune avait cédé. Mayumi avait passé la récréation à pleurer sur l'épaule de Tenten, mais pas une seule fois elle n'avait formulé la raison de ses larmes.
Comme si l'état de Katsura n'était pas assez préoccupant, une drôle d'ambiance régnait du côté des garçons. D'après notre aîné, Mayumi avait été l'objet de toutes les attentions masculines ce matin-là, et elles étaient loin d'être innocente. Dans un premier temps, nous avions mis cette attitude sur le dos des photos de la veille, mais il me semblait que quelque chose d'autre se tramait.
Au final, nous n'avions rien pu tirer de toutes nos appréhensions et c'était le coeur lourd de crainte que je pénétrais dans la salle d'informatique. Comme à chaque fois, le cours se transforma en salle de jeux. Après avoir donné un tableau Excel à remplir, Asuma-sensei alla s'asseoir à une fenêtre pour fumer. Très vite Shikamaru le rejoint et ils se mirent à discuter avec agitation. D'après Ino, Shikamaru avait trouvé un domaine qui lui convenait parfaitement, l'informatique, et Asuma-sensei était pour lui une mine infinie de connaissance et de débat. Aussi, quand le professeur se mettait à discuter avec cet élève surdoué, il en oubliait vite notre classe, qui livrait à elle-même, ne se privait pas pour s'amuser.
Je faisais équipe avec Temari ce cours-là et après avoir un peu surfer sur le web à la recherche d'informations sur la photographie, nous nous fûmes interpellées par Ino et Sakura. En nous rapprochant, nous vîmes des photos du groupe SID (17). Temari perdit tout contrôle et se mit à tressauter sur sa chaise en tapant dans les mains d'Ino. Elles étaient toutes les deux de très grandes fans de ce groupe, si bien que parfois, Sakura et moi nous sentions hors du coup. Bien sûr nous connaissions et apprécions leur musique, mais pas avec la même passion que nos deux amies. Je restai donc assise derrière elles, un peu indifférente et toujours obsédée par cette histoire de club cinéma. Alors que je me perdais dans mes pensées, j'entendis la voix forte de Kiba résonner dans la classe. Il voulait sortir de cours, un besoin urgent. Je ne pus m'empêcher de ricaner.
Quand il passa près de moi, il trébucha et atterrit sur mes genoux. J'entrouvris les lèvres sous la surprise et devins rouge comme une tomate bien mûre. Je dus virer au violet quand je sentis la main de Kiba se glisser dans la mienne et y déposer une boule de papier. Voyant qu'il prenait du temps à se relever, Temari se sentit obliger d'intervenir :
- Mais qu'est-ce tu fous gros pervers ! Sors de là tout de suite !
- Oh la ferme mégère ! rétorqua Kiba en se relevant, c'était un accident !
- Mégère ! hurla Temari, non mais pour qui il se prend le thon, va voir ailleurs si j'y suis !
Pour toute réponse, Kiba qui était prêt à sortir de la salle lui fit un splendide doigt d'honneur avant de claquer la porte. Asuma-sensei soupira puis reprit sa conversation avec Shikamaru. Bizarrement les garçons ne riaient pas, eux qui habituellement s'amusaient de tout, paraissaient concentrés sur tout autre chose. Les filles en revanche était plutôt fière de Temari et l'encourageaient de quelques clin d'oeil et autre signe de soutien. Mais cette dernière se tourna brusquement vers moi et me demanda encore un peu fâché :
- Tu n'aurais pas pu réagir au lieu de jouer la carpe koï (18) !
- Mais... mais... Temari... je... je... enfin... balbutiai-je de plus en plus cramoisi.
- Attend, mais il te plaît ou quoi le Kiba ?
D'un seul mouvement Ino et Sakura se tournèrent vers moi. La blonde me lançait des signaux de détresse alors que la rose était dévorée par la curiosité. Temari, elle me dévisageait, sourcils froncés, attendant patiemment une réponse. Que faire ? Que dire ? Si je répondais que Kiba ne me plaisait pas, elles me bombarderaient de question pour savoir la raison de mon rougissement intempestif. Si je leurs disais tout simplement que Kiba me plaisait, elles me feraient la leçon sur le guéguerre inutile qui scindait le lycée... Aussi, au bout d'un moment, mon cerveau composa une réponse qui me paraissait assez juste :
- Euh... Il... Il est mignon ! Mais... je ne le connais pas... je veux dire... c'est un garçon de la classe... je ne peux pas vraiment m'intéresser à un garçon que je ne connais pas... enfin... tu vois où je veux en venir ?
- Tu es plutôt raisonnable, convint Temari, tu as raison, il ne faut pas tomber amoureuse d'un garçon du lycée... même quand il y en a des pas mal...
- Kiba... quand même... soupira Sakura, drôle de goût...
- Moi je le trouve plutôt mignon, intervint Ino, regarde le bien, il est pas mal foutu et surtout il a du charme... Bon ce n'est pas Sasuke, j'en conviens...
- Non, ne compare Sasuke à personne ! s'exclama Sakura, il est incomparablement beau ! Il n'a pas son égale !
- Même si Sasuke est beau, les filles, c'est un connard ! déclara Temari pour calmer la discussion.
- Moui, grogna Sakura pas convaincue, il a pas toujours été comme ça...
- Oh, c'est bon la groupie, pesta Temari, moi je retourne à SID, m'en fout des gamins de notre classe...
- Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiii SID!!! cria Ino.
Quand elles se tournèrent toutes vers l'ordinateur, je poussai un soupir d'aise. Je l'avais échappé belle. Heureusement, qu'elles avaient elles-mêmes créé la diversion qui m'avait permis de m'en sortir sans trop de questions. Ce début de conversation m'avait tout de même amusée. Même en guerre contre les garçons, elles ne pouvaient s'empêcher de les observer. Une drôle d'idée me vint à l'esprit, un jour, je les obligerais à me livrer le fond de leur pensée sur les garçons...
Mais en attendant, le petit bout de papier resté au creux de ma main m'intriguait. Je le défroissai et y jetai un coup d'oeil curieux. Griffonné à la va vite par la main de Kiba, il n'y avait que peu de chose sur ce papier :
C'est une adresse qui circule depuis ce matin parmi les garçons, ils sont déjà pas mal à l'avoir vu. Ça risque de ne pas te plaire, mais ça concerne Katsura-sempai.
Suivait une adresse de site de diffusion vidéo. Mon coeur palpita, mon mauvais pressentiment recommença. Il me fallait un prétexte pour retourner à mon ordinateur et voir de quoi il en retourner. Mais comment le faire sans éveiller les soupçons des filles. Elles se douteraient bien vite qu'il s'était passé quelque chose avec Kiba si j'agissais à la légère. D'un autre côté, je n'aurais peut-être pas d'autres occasions de toucher un ordinateur avant un long moment. Alors que je pensais à ce dilemme, j'eus un coup de chance incroyable. Mon téléphone portable sonna. Je saisis cette occasion au vol, retournant à ma place, je lus rapidement le message. Ma soeur me demandait des nouvelles. Je lui répondis succinctement en lui promettant de l'appeler dès que possible. Je le tenais mon prétexte et il était tout fait. Sans attendre plus longtemps, je me précipitai vers mon ordinateur. Je tapais l'adresse dans la barre de recherche et atterris sur une page intitulé « cours du soir ». De moins en moins à mon aise, je lançais la vidéo. Elle mit assez longtemps à télécharger, preuve que beaucoup de gens la visualiser en même temps. Kiba eut le temps de revenir et de me lancer au passage un regard désolé qui ne fit qu'accentuer mes craintes. Quand enfin, je pus la voir, je plaquai ma main sur les lèvres, surprise et dégoûtée.
Sous mes yeux se déroulait le viol de Mayumi Katsura. Les garçons, masqués semblaient s'en donner à coeur joie. Elle ne se débattait pas, ne criait pas mais l'on voyait très distinctement des larmes s'écoulaient sur ces joues. Cet acte était d'une violence sans nom. Il la traitait comme un objet, la tournant et retournant dans les sens, la pénétrant avec rudesse et prenant du plaisir à l'humilier encore et toujours plus. Tremblante, des larmes aux yeux, j'étais incapable de détacher mon regard de cette scène horrible. J'avais envie de vomir. J'étais scandalisée, choquée, pétrifiée, je ne pouvais que pleurer en regardant souffrir cette pauvre Mayumi. Oh bien sûr cette scène était horrible, exécrable, mais comment aurais-je pus deviner que c'était la goutte d'eau qui ferait déborder le vase ?
Nous courions à toute allure vers l'étage des deuxièmes années. Le cours d'informatique venait tout juste de se terminer et nous voulions à tout pris voir Tenten et Mayumi. J'avais fini par montrer aux filles la vidéo. Elles avaient été aussi choquées que moi et nous nous étions jurées de faire payer cette horreur aux garçons. En attendant, il fallait à tout prix informer Tenten, pour qu'elle puisse calmer et rassurer Mayumi-sempai. Lorsque les filles m'avaient questionné sur la provenance de cette adresse, je leur avais fait croire que Neji me l'avait envoyé par SMS. Ce qu'elles avaient gobé sans trop de difficulté... à part peut-être Ino qui savait parfaitement bien que lorsque je m'adressais à Temari et Sakura, Neji voulait souvent dire Kiba. Mais elle ne releva pas, nos priorités étaient ailleurs.
Enfin, nous arrivions devant la classe de Tenten. Ebisu-sensei, le professeur de géographie sortit au même moment ce qui permit à Temari d'entrer en trombe dans la salle de classe et de nous ramener une Tenten, un peu fâchée de son interruption. Non qu'elle soit pressée, elle avait histoire juste après et Kakashi n'était pas prêt d'arriver, mais Temari n'était pas des plus discrète... Après l'avoir un peu calmé, Sakura lui raconta ce qui s'était passé durant le cours d'informatique. Je vis Tenten devenir livide et son visage se décomposait de plus en plus. Son attitude ne me rassurait guère et je sentis un noeud se former dans mon estomac. Au bout d'un moment, elle ouvrit la bouche pour parler :
- Oh mon dieu, gémit-elle, une fille de ma classe m'a raconté que vers la fin de la pause déjeuner, des garçons ont entouré Mayumi. Personne n'a entendu ce qu'ils lui ont dit, mais apparemment elle les a repoussé violemment et elle s'est enfuie. Elle est plus revenue en cours depuis.
- Il faut qu'on la retrouve à tout prix, m'exclamai-je.
Tenten nous envoya à divers endroits de l'établissement. Il nous fallu à peine un quart d'heure pour fouiller tous les lieux où elle aurait pu se cacher... mais en vain. Après nous être retrouvées, une fois encore devant la classe de Tenten, nous décidions de nous rendre à Kunoichi. Peut-être avait-elle trouvé refuge dans sa chambre ? Tenten alla réclamer les clés à la colocataire de Mayumi, elle ressortit de la classe juste au moment où Kakashi-sensei arrivait pour donner son cours. Nez à nez avec lui, nous détalâmes comme des lapins. Par malchance, j'étais la plus proche du professeur. Il nous interpella mais nous ne l'écoutions pas fuyant de toutes nos forces. « Qu'est-ce qui se passe ? » s'écria-t-il en emprisonnant mon poignet. Les évènements de ces deux derniers jours m'avaient hautement affecté. J'étais de plus en plus certaine que Mayumi était en danger, aussi avant même que ma raison ne l'arrête, mon poing vola droit vers l'épaule du professeur. Pris par surprise, il me lâcha et je pus reprendre ma course.
Jamais la distance qui nous séparait de Kunoichi, ne me parut plus immense. Nous courions à en perdre haleine, voulant retrouver Mayumi coûte que coûte. Dans le hall du dortoir des filles, il n'y avait personne, pas même la concierge. Alors nous remontions jusqu'au deuxième étage, en escaladant les escaliers. Arrivées devant la porte, Tenten l'ouvrit sans même prendre la peine de frapper. D'une seule masse, nous entrions dans la petite chambre...
Elle était allongée là, sur son lit, livide, transpirante, la respiration difficile. Sur les draps blancs s'étendaient de grandes tâches de sang qui s'écoulaient doucement de ses poignets. Par terre, le cutter qui lui avait servit à s'entailler les veines. Mon coeur fit un bond. Toute cette histoire était allée beaucoup trop loin.
Je ne sais plus très bien ce qui s'est passé ensuite. Je crois que ma mémoire a voulu écarter ses détails trop pénibles et glauques... à moins que cette vision m'ait tout simplement mise dans les vapes ?
Je ne me rappelle que d'un cri, des pas, des mains qui m'arrachent à ce spectacle atroce.
Moi prostrée contre le mur...
Ino assise immobile à mes côtés...
De l'agitation, une immense agitation...
Des minutes trop longues...
La sirène de l'ambulance...
Les ordres secs des infirmiers...
L'arrivée des professeurs...
La directrice hystérique...
Puis soudain, des bras qui m'entourent et me rassurent... des bras d'homme... des bras fort. Sa voix grave et douce qui me chantonne des mots apaisants. Ses cheveux aux éclats d'argents qui caressent ma joue. Je l'avais reconnu sans vraiment le voir. Il m'avait rassuré et câliné jusqu'à ce que la police me prenne en charge. Puis plus rien, c'est le vide total. Un trou noir ahurissant remplace dans mon esprit l'après midi où Mayumi Katsura a tenté de se suicider.
Par la suite, la police vint nous rendre visite plusieurs fois encore et nous eûmes à moult reprises rendez-vous avec des psychologues qui nous aidèrent à gérer cette drôle de crise. Cependant, l'histoire de ce suicide ne fit pas beaucoup de vague. Mayumi avait survécu. Après trois jours de coma, elle avait repris conscience. Elle se reposait à l'hôpital où psychologue et gendarmes se succédaient à son chevet pour comprendre les raisons de son geste. Elle ne dû rien leur avouer, car une enquête fut menée à l'école... sans plus de succès. Dans un accord tacite, les élèves gardèrent secret cette histoire. C'était ainsi à Konoha, tout ce qui se passait derrière les hauts murs de l'école devait à tout jamais rester dans l'enceinte de l'école. L'enquête n'avança pas et jamais la police ne sut ce qui était arrivé à Mayumi Katsura... Ce qui ne fut pas notre cas.
Suite à notre découverte, la directrice nous dispensa de cours pour l'après-midi et le jour suivant. Les policiers avaient de toute façon besoin de nous pour recueillir nos témoignages. Ce fut un week-end étrange que nous passions cette semaine là. Nous parlions peu, restions enfermées dans nos chambres respectives... Je me rappelle avoir beaucoup dormi. Néanmoins mes sommeils agités de cauchemars, n'avaient pas été très reposants. Ce fut donc la tête dans la vase que je retournais en cours le lundi suivant.
Nous traînions toutes la patte en sortant de notes dortoir. Aucune de nous n'était pressée de retrouver le lycée et l'ambiance qui suivait cette mésaventure tragique. A n'en point douter, les élèves devaient faire des gorges chaudes de cette tentative de suicide. Je n'étais pas disposée à entendre leurs théories fumeuses pas plus que leur soi-disant compassion.
Évidemment nous fûmes accablés par des questions pleines de curiosité malsaines. Je me découvris une répartie particulièrement mordante. Particulièrement envers une fille de première année qui osa me demander quel genre de sensation procurait la vue d'un cadavre. Folle de rage, je lui avais répondu qu'elle n'avait qu'à s'ouvrir les veines pour comprendre.
Revoir Kakashi-sensei pour la première fois depuis l'incident du dortoir me mit singulièrement mal à l'aise. Je me rappelai de sa gentillesse et de sa chaleur, une sensation agréable qui m'avait permis de ne pas perdre pied dans la confusion de l'instant. De plus, il m'accordait une attention toute particulière, comme s'il s'apprêtait à me voir m'effondrer à tout moment. Il fut très agréable ce jour-là. Ino ne se fit pas appeler blondinette. Ni Temari, ni Sakura ne se firent taquiner. Il était très prévenant avec nous, ce qui était vraiment étrange.
Ma seule consolation de la journée, fut mon tête-à-tête avec Jiraya-sensei. Á la fin du cours, il m'interpella. Il me donna les deux livres qu'il m'avait promis et se mit à me parler avec sagesse. Il me mena à me confier, si bien qu'il m'arracha même quelques larmes. Il me donna des conseils très censés, me faisant promettre de garder espoir. Mayumi était peut-être dans le coma, mais elle se réveillerait très bientôt, il en était persuadé. Bien sûr, la suite lui donna raison.
Le soir, alors qu'Ino était à la douche et que je mettais un point final à mes exercices de mathématique. Une tornade débarque dans notre chambre. Tenten en larmes, se jeta dans mes bras pour m'annoncer que Mayumi était enfin réveillée. Elle avait eu la mère de cette dernière au téléphone. Elle lui avait demandé de venir voir Mayumi dès le lendemain si son emploi du temps le permettait. La mère de la victime savait que Tenten et sa fille étaient très amies... et la jeune fille avait réclamé sa présence. Elle m'annonça donc ravie que dès le lendemain, elle rendrait visite à son amie. Elle me lâcha enfin pour aller rapporter la bonne nouvelle à Temari et Sakura. Ino sortit de la salle de bain peu de temps après, je la tins au courant de la situation. Ravie et soulagée, elle se précipita dans la chambre de nos deux amies pour tout entendre de la bouche de notre aînée.
Le coeur devenu enfin un peu plus léger, je m'allongeai sur le lit et me décidai à feuilleter Les belles endormies que m'avait prêtées Jiraya-sensei. Les livres étaient illustrés d'estampes, mais aussi de photographies d'époque. Cette édition aux pages vieillies était vraiment très séduisante, et je me laissai emporter par les images enchanteresses d'un Japon que je n'avais pas connu. Soudain, face à une peinture de jeunes femmes se dénudant, je trouvais une photo qui n'avait absolument rien à faire dans ce livre. Sourcils froncés, bouche grande ouverte par un cri muet, je détaillai une photo de moi à demi nue prise dans les vestiaires. Bien que ressemblante à celles qui avaient été affichées dans le hall, elle était légèrement différente. Elles semblaient d'une qualité un peu supérieure. Non-pixelisée, on voyait bien mieux les détails de l'image. Saisissant le cliché entre mes doigts, je le rapprochais de mon nez. Qu'est-ce qu'une photo volée dans les vestiaires faisait dans un livre appartenant à Jiraya-sensei ?
Fin du chapitre 9, suite au chapitre 10.
Notes :
1-sempai : terme qui s'emploie pour un aîné dans le système scolaire où sur le lieu de travail.
2-Genmaicha : thé vert aromatisé au maïs soufflé et au riz soufflé.
3-Sencha : thé vert très courant au Japon. Étant cueillie aux premières heures, il est plutôt léger.
4-Chanoyu : cérémonie du thé. Au Japon, servir le thé est tout un art. Il est appuyé d'une philosophie et il faut un long apprentissage pour pouvoir servir le thé correctement. Évidemment, même boire le thé devient un art dans cette cérémonie. Parfois, la cérémonie du thé s'accompagne d'une démonstration d'Ikebana, art d'arrangement floral. Pour ceux qui voudrait en savoir plus : http://fr. des élèves : Dans tous les lycées japonais, il existe un comité d'élève. Composé d'un noyau élu par les élèves eux même (le président, le vice-président, comptable, secrétaire,) il gère les évènements de la vie scolaire et établie le contact avec l'administration. Le président et le vice-président choisissent ensuite le comité exécutif, qui aide lors des évènements et jouent le rôle surveillant au quotidien.
6-Gorgone : dans les légendes grecs, ce sont trois femmes monstrueuses dont la plus connus est méduse. Un regard vers elle avait le pouvoir de pétrifier.
7-Ikebana : Art floral. Il s'agit de composition faite, de préférence, avec des fleurs du jardin. Toute une philosophe découle de cette pratique. Suivent un lien expliquant plus en détail cet art, et un autre vers une photo d'un de mes types d'Ikebana préféré, simple et dépouillé.
http://fr. : est une mode vestimentaires devenu véritable phénomène social. Les jeunes filles ou jeunes femmes portent des vêtements tapent à l'oeil, souvent courts, aux couleurs vives, et bariolé (le motif qui revient le plus sont les fleurs, notamment les hibiscus) elles sont fans d'accessoires (bijoux, faux ongles, etc...) beaucoup de gals se décolorent les cheveux, ce n'est tout de même pas une généralité. Certaines filles se prostituent pour acheter tout le nécessaire de la parfaite Kogal, mais ce n'est qu'une minorité qui, malheureusement, ternissent la réputation des autres. En revanche, les kogals ont souvent un côté excessifs et enfantin. Elles aiments se faire remarquer et certaine se laissent aller à la bagarre!
9-Escort-girl : Filles (souvent jeunes) qui se font payer pour accompagner les hommes pour des sorties galantes ou autre rendez-vous. Généralement ces filles ne vont pas jusqu'à la prostitution.
10-Ganguro : Sous catégorie de Gals, elles ont la peau brûlée par les UV et sont vraiment très brune de peau. Pour accentuer leur bronzage, elles se décolorent les cheveux, souvent jusqu'au blond, et se maquillent de blanc. Si vous avez l'occasion d'aller regarder des photos de ganguro allez-y, çà vaut le détour... ¬ .¬ Un manga à liresur ce phénomène c'est Gals de Mihona Fujii, il est désopilant mais un peu gamin à mon goût, en plus on tourne vite en rond... mais le phénomène Kogal est bien illustré.
11-Baïto: petits jobs que prennent les étudiants pour se faire de l'argent de poche.
12-Kawabata : né en 1899 et mort en 1972, il est l'un des écrivains les plus connus en Occident. Il a reçut le prix nobel pour son livre les belles endormies. Je pense que le cours de Jiraya est assez complet , mais si vous voulez en savoir plus : http://fr. : rouleau de printemps.
14-Yakibuta : sorte de rôti de porc à la japonaise, dont voici la recette : http://yayoi.free.fr/CUISINE/txtCUIS/cuisineyakibuta.html
15-kikuka-kabu : navets cuit à la japonaise. C'est un plat d'ornementation. à l'uméboshi : bon pas mal de gens le savent (merci fruit basket) l'onigiri sont des boules de riz de forme plutôt triangulaire d'ailleur '... Elles sont un peu comme des sandwichs pour les japonais car facile à emporter et « facile » à préparer (si on veut, moi je trouva çà trop dur à façonner ¬ .¬ ) l'uméboshi est enfait de la prune séché et salé. C'est l'un des condiments utilisable pour l'onigiri.
17-SID : c'est un groupe classé J-rock, mais je trouve pas très rock certaine de leur chanson... plus pop... mais bon... c'est clair que c'est pas du X-japan... XD (vive hide!) Composé de quatre membres dont je ne me rappelle plus le nom... Mais faut pas croire, hein, j'aime leur musique... juste que j'ai pas vu l'intérêt de me renseigner trop sur le nom, l'âge et tout le tralalala, me rappelle juste du bassiste, Aki, parce que ma soeur n'arrête pas de me saoulé avec ses 27 percing dont un placé je vous dirai pas où... ¬ .¬
Je peux juste vous dire que j'aime leur musique, leur chanteur parcequ'il est trop bizarre et leur guitariste, parce qu'il est charmant... pas beau, juste classe et toujours bien fringué! Et pis leur batteur fait rire... Bon tout çà sur un groupe dont je ne connais que quelques chansons. Je vous ai mis trois de mes préférés. Le dernier clip est vraiment le plus beau! Rien à dire niveau artistique, c'est la classe totale!
les gros poissons rouges qu'on voit dans les bassins des jardins chinois ou japonais... les poissons qu'on voit souvent en estampes ou encore flottant comme des drapeaux lors de festival (oui mais celles-là elles sont en papier) ben voilà aux cas où l'un de vous ne savez pas ben c'est des carpes koï... dis aussi carpe chinoises. Très jolie bestioles... j'adore les poissons... mais pas trop dans mon assiette...
VOILAAAAAAAAA!!!!
Fini chapitre 9... fiou, ben là on a fait un vrai grand pas dans l'affaire...
Quoi comment çà je vous embourbe encore plus...
Même pas vrai d'abord!!!! XD
Bon, on ne voit pas beaucoup les garçons et les histoires de coeur dans ce chapitre, j'espère que ça vous plaira quand même!
J'ai eu un peu de mal à retranscrire les sentiments d'Hinata, elle est bouleversée parce qu'elle trouve que ce que lui faisait Neji était vraiment humiliant... du coup elle se sent proche et concernée par ce qui arrive à Mayumi...
Je sais que j'ai été dure avec cette pauvre Mayumi, mais il fallait bien faire avancer l'histoire... et pis je n'écris pas ça à la légère ! J'espère que le message passe bien ! Le viol c'est grave et douloureux ! Je ne fais pas souffrir Mayumi pour le plaisir de faire souffrir mon personnage (pour ça je m'en prend à Sasuke XD ) Disons que je montre une des réalités du système japonais. Le viol n'est que rarement puni au Japon, les femmes n'ayant qu'une place ridicule dans la société, du coup, des leurs plus jeunes âges les garçons s'en prennent aux filles de cette manière, pour assouvir des pulsions. D'ailleurs même le suicide est banalisé, c'est pour cette raison que l'enquête policière n'est pas très poussée dans mon histoire...
Enfin, je suis désolée si j'ai été un peu longue sur les explications photos! Mais je dois dire que je voulais être sûre d'être claire... et au finale j'ai peur d'être un peu lourde... m'enfin bon!
Bref, j'espère que ce chapitre vous a plus même s'il est un peu dur, pas trop ciblé sur les couples et pleins de blabla sur l'enquête...
Tout à fait autre chose : je voudrais faire un groupe d'auteurs et de lecteurs qui prônent les couples non-classique ! Je voudrais d'ailleurs signaler au passage que je ne comprends même pas ce que les gens appellent des couples classiques (le pire que j'ai vu c'était couples officielles, çà m'a hérissé les cheveux sur la tête) Il n'y a pas de couples dans Naruto, et les couples « classique » ne le sont que sur FF-fr, je prends l'exemple du Japon, j'ai lu quelques chiffres sur un blog et les couples les plus côtés ne sont absolument pas ce que l'on appelle classique sur ce site! (sont même loin derrières ceux-là) Donc, si le NaruHina, le SasuSaku, le NejiTen, ShikaTema et KibaIno (le pire de tous à mes yeux... ont les a juste fourré en ensemble parce qu'il y avait personne pour Ino!) commence à vous lassé quelques peu... et bien dites le moi! Ce groupe permettra de repérer plus facilement les fics avec des couples un peu plus originaux!
Bon je tiens à dire que je n'ai pas grand chose contre les couples originaux, juste que j'en suis lasse,il y en a trop et qu'ils n'ont jamais été ma tasse de thé! Il n'y a que de rares fics, vraiment bien, qui me font aimé les classiques... Voilà, c'est dit!
Je remercie tout ceux qui m'ont laissé un com' : Kiba Toshima, Seydrune, Ai-sensei et Nade-chan, Nanamy, pucinette et Kaorulabelle... J'espère que ce chapitre aussi vous aura plu.
Donc voilà, pour terminer plus qu'une choses à dire :
Je me suis inspirée d'un personnage de manga pour Dr Itachi, un jour j'ai imaginé Itachi avec le style de ce perso et je me suis dit!! YYYEEEAAAHHHH!!!!! Bref, pour vous donner une petite idée je vous mets une petite image du personnage en question... Il s'agit de Hokuto Uméda, médecin scolaire dans HanaKimi (Parmi eux en français aux éditions Tonkam) Me suis légèrement inspirée de son caractère aussi... mais très légèrement (Uméda-sama grand maître de l'univers n'est pas un bellâtre) Donc sur cette image, c'est le rouquin (le brun c'est son neveu) faut prendre les fringues et imaginer Itachi avec...
http://umeda. Voilou!!! Je remercie encore une fois Asuka pour sa bétalecture!!
Kiss à tous, à bientôt pour le chapitre 10!!!!
