12-Mensonges et Vérités
Comme Temari l'avait dit nous n'aurions pas eu le temps de remonter dans le conduit, car à peine une ou deux minutes passèrent avant que des pas ne résonnent près de la porte et des vestiaires. Le cliquetis de la serrure me fit sursauter et me blottir plus encore contre Sasuke.
Dans un grincement angoissant, la porte s'ouvrit.
La première chose que je vis, fut la raie de lumière bleutée qui se dessina au sol. Le nouvel arrivant ne prononça pas le moindre mot ni n'éclaira la pièce. Dans la pénombre, je crus percevoir un pas traînant que je considérais comme celui du concierge. Sans le moindre doute, était-il revenu chercher cette carte que les garçons avaient si bêtement négligée. Coincée contre Sasuke, je sentais nos deux cœurs battre un rythme lourd et irrégulier, comme l'une de ses belles mélopées inquiétantes que chante l'Afrique noire. Nous ne pouvions voir la porte, nous n'avions pas le moindre indice sur le nouveau venu, l'endroit exact où il se trouvait, la distance qui nous séparait, l'angle qu'il épousait du regard... Une nouvelle fois son pas traînant résonna dans l'espace silencieux puis la lumière blanchâtre des néons inonda la pièce. J'en eu le souffle coupé. Les yeux fermés, les lèvres pincées, j'attendais que la guillotine tombe. Combien de temps faudrait-il à l'homme pour découvrir notre intrusion ? Qu'allait-il arriver ? Serions-nous renvoyés ? Ou simplement punis ? Je sentais la pression que le corps de Sasuke exerçait contre moi, devenir plus forte à chaque seconde. Son souffle sur ma nuque, sa main sur ma hanche, tous ces petits contacts qui me rassuraient étrangement. Soudain, un claquement de langue retentit dans l'air comme un coup de fouet sur ma peau, puis une voix s'éleva :
- C'est bon Shikamaru, je t'ai vu !
Je sentis tous mes muscles se relâcher. Si bien que mes jambes ne purent plus me soutenir et que je me retrouvais cul à terre, sur le carrelage froid des douches. Une larme, témoin de toutes les angoisses qu'avaient pu engendrer ses quelques secondes, roula sur ma joue quand je pus enfin mettre un nom sur cette voix : Kakashi. Cet idiot de professeur m'avait fait la plus belle peur de ma vie. J'entendis dans mon dos Sasuke jurer sans retenue, puis un froissement de tissus m'indiqua ses mouvements. Il apparut brusquement dans mon champ de vision, une main tendue vers moi. Quand il m'eut aidé à me relever, que j'eus récupéré mon sac, nous nous rendions dans la pièce principale où Shikamaru et Kiba tentaient, d'ores et déjà, d'assassiner l'homme. À peine les avions nous rejoint que ma main partie, giflant la joue de cette personne à qui je devais le respect :
- Vous êtes qu'un gros con ! J'ai eu peur !
Le silence qui suivit était imprimé de stupeur. Outre mon geste déplacé, la vulgarité dont j'avais fait preuve était si inhabituelle que chacun semblait chercher qui était cet être étrange qui leur faisait face. Mais, malgré mon attitude de défiance impertinente, Kakashi ne me fit aucun reproche. Il se contenta de poser tendrement une main rassurante dans mes cheveux et de murmurer en pouffant :
- Je suis vraiment désolé...
Je soupirai, peu convaincue de sa sincérité, ce qu'il sembla ressentir. Aussi se mit-il à m'ébouriffer les cheveux, geste affectueux mais incroyablement agaçant. Pourtant je ne me débattis pas, trop épuisée et surtout certaine que la moindre résistance lui aurait bien trop fait plaisir.
Alors que je commençais à me calmer, non pas grâce à ses excuses bancales, mais aux regards insistants de Kiba, Shikamaru posa une question qui me parut extrêmement futile et dissonante dans la situation actuelle :
- On peut savoir pourquoi vous êtes mouillés tous les deux ?
Je ne pus m'empêcher de le maudire. Seul un esprit aussi pointilleux que le sien pouvait s'inquiéter de détails aussi absurdes dans un moment pareil. Cependant le sujet capta l'attention de tous, à commencer par la mienne. Que répondre ? La vérité n'était, ici, pas forcément la meilleure option à adopter... Quelle aurait été la réaction de Kiba ? Nous n'avions absolument pas besoin qu'il se batte avec Sasuke sur place. Ce n'était ni l'heure, ni le lieu. D'un autre côté, aucun mensonge plausible ne me venait à l'esprit. Le mensonge n'était vraiment pas l'un de mes talents et si je m'aventurais à inventer une réponse si rapidement, je prenais le risque d'éveiller les soupçons des trois autres. Par chance, Sasuke était le roi des baratineurs et il répondit avec un naturel déstabilisant :
- C'est de ma faute. Y'a un con de prof pervers qui s'est amusé à poser un appareil dans les douches, juste là où il faut pour avoir une vue plongeante plus qu'avantageuse sur les charmes féminins. J'ai glissé en voulant l'attraper, ça a ouvert le robinet.
Cette tromperie était parfaite. En plus de nous justifier, elle détournait de nous l'attention. Kiba et Shikamaru lançaient des regards dégoûtés et remplis de reproches à Kakashi qui, un peu gêné, se grattait l'arrière du crâne en riant bêtement. Profitant de l'ouverture, je me dépêchai de mettre fin à cette discussion risquée :
- On réprimandera l'obsédé plus tard, terminons ce que nous avons à faire. Je n'ai pas envie de passer la nuit ici, demain je dois aller au club...
- Le club ? Répétèrent Kakashi et Kiba en choeur.
- Le club cinéma, précisai-je agacée.
- Je t'ai demandé d'arrêter de les fréquenter, gronda Kakashi, reprenant pour le coup des airs de professeur, c'est dangereux, tu...
- C'est bon, l'interrompis-je, si j'arrête d'y aller du jour au lendemain, ils soupçonneront uelque chose... ce n'est de toute façon pas avantageux pour notre plan...
- Tout de même, tu.. tenta-t-il d'insister...
- C'est bon je vous dis, rétorquai-je en me détournant d'eux, venez plutôt enlever votre appareil... je suis fatiguée et je suis mouillée à cause de vous, j'ai froid...
J'eus à peine le temps de faire quelque pas qu'un heurt léger et une étoffe douce atterrissant sur mon épaule m'immobilisèrent. Je pris entre mes doigts une manche en laine blanche et me retournai. Kakashi avait retiré son pull et me fixait gentiment, recouvert à présent par un simple débardeur assez léger.
- Va enfiler ça, ordonna-t-il, Sasuke et moi on s'occupe du reste. Surtout enlève ton tee-shirt mouillé, je ne voudrais pas que tu tombes malade.
Surprise, je ne pus répondre. Sans rien ajouter, il me dépassa, entraînant avec lui le brun qui m'observait curieusement. Mes joues étaient en feu. J'étais embarrassée par l'attention du professeur. Pour dissiper la gêne, je me retournai vers Shikamaru et Kiba.
- Alors vous avez réussi à récupérer l'autre appareil...
En guise de réponse, Kiba brandit la petite boîte noire et ses câbles en souriant assez fièrement. Ce sourire, qui se voulait rassurant, eut l'effet d'un véritable coup de poing dans mon estomac. Il avait confiance en moi...
Et moi...
Moi j'embrassais Sasuke, par jeu...
Honteuse, je pris sur moi pour me composer un masque souriant et déclarai d'un ton enjoué :
- Je vais me changer, ne m'espionnez pas !
Les garçons émirent un rire un peu gêné et je partis me cacher derrière un des casiers.
Le baiser que j'avais offert à Sasuke laissait un goût amer sur mes lèvres. Comment le simple fait de voir Kiba pouvait me rendre si coupable ? Bien sûr nous nous entendions bien, j'étais heureuse et rassurée à ses côtés, mais pouvais-je en déduire que je l'aimais ? Envers Kiba, je n'avais que des élans doux et affectueux, allant parfois jusqu'à la sensualité... En revanche, Sasuke éveillait ma nature primaire, presque bestiale, qui me poussait à oublier toute raison et m'envelopper dans l'érotisme. Je ne pouvais le nier, j'étais attirée par ce froid et beau garçon... mais ce désir avait un goût de jeu et de risque. Mon besoin de l'effleurer n'allait jamais au-delà de l'instant présent. Il s'agissait en fait d'une sorte de dualité qui me donnait autant envie de l'embrasser que de le frapper. En revanche, Kiba était mon havre, ma petite portion de douceur dans ce lycée épuisant, un soutien occasionnel... Je ne pouvais le nier, ces deux garçons me troublaient, emplissant mon esprit de question et de doutes.
Je jetai sur le banc mon débardeur qui, lourd d'eau, atterrit accompagné d'un son claquant sur le banc qui me faisait face. Je dus bien constater que mon soutien-gorge n'était pas moins humide et ne réfléchis pas deux fois avant de m'en débarrasser aussi. Torse nue, je me sentis à l'aise. Bien qu'encore moite, ma peau n'était plus gênée par la désagréable sensation que procurait le tissus mouillé. Cette aisance nouvelle me fit presque oublier que je n'étais pas seule dans les vestiaires et je m'assis, saisissant de mes mains le pull de Kakashi. C'était un tricot de mailles grossières, mais visiblement confortable, nul doute que je serai tenue au chaud dans un tel vêtement.
Mes pensées allèrent vers l'homme auxcheveux d'argent. La première stupeur passée, il me fallait avouer que j'étais assez contente de le voir là. En plus de son aide, il nous apportait une certaine assurance de réussite. Il pourrait nous faire plus facilement sortir de l'école, il trouverait sûrement un moyen pour nous couvrir... En sommes, j'avais une grande confiance en notre professeur.
- Hinata, t'as fini ?
La voix de Kakashi résonna comme un cri et me fit sursauter. En quelques gestes vifs et précis, j'enfilai le pull. Il n'était absolument pas taillé pour moi. Déjà grand pour son propriétaire, il tombait sur moi comme un sac, découvrait mes épaules, cachait mes mains, m'arrivait à mi-cuisses... En fait, j'aurais été mieux ajustée dans un chapiteau. Ces petits détails sans importances me firent prendre conscience d'une grande différence qui existait entre lui et moi : il était adulte.
Je n'étais qu'une gamine impudente qui avait osé lever la main sur lui... Cette constatation me fit monter le rouge aux joues, et ce fut confuse que je rassemblais mes vêtements pour rejoindre les garçons. Ils m'attendaient tous, trépignant d'impatience. Notre mission finie, il ne nous restait plus qu'à retourner au dortoir sans se faire remarquer, pour enfin souffler et nous reposer en toute quiétude. Ils étaient donc plus pressés encore. Je lançais un regard circulaire et m'arrêtais sur Kakashi-sensei. Quand nos yeux se croisèrent, je baissais les miens et bégayais avec difficulté :
- Euh.. sensei.. en fait... vous savez, je... je suis... je suis désolée... enfin... de... j'ai dit des choses... enfin je vous ai manqué de respect... et... enfin... pour la gifle.
- Oh ça ! S'exclama-t-il après un moment d'hésitation que j'attribuai à la stupeur, Bah tu sais... on dira que c'est de ma faute ! De toute façon, il ne s'est rien passé, pas vrai ? Ni vous ni moi ne sommes censés être là...
Sa réponse me fit sourire. Encore une fois, il laissait transparaître cette drôle de gentillesse envers moi. Cette affabilité paraissait même comme une faiblesse qu'il s'accordait, lui, Kakashi, le grand défenseur du clan des garçons.
Enfin, nous reprenions le chemin inverse. Après avoir récupéré Temari, restée postée sur le toit, nous quittions l'enceinte du lycée. Le retour se fit sans encombre, bien plus calmement que l'allée. Kakashi-sensei nous fit sortir par le portail des professeurs puis Kiba et moi empruntions à nouveau le même détour que plus tôt. Comme convenue, Ino vint nous ouvrir l'une des portes fenêtres du grand salon, puis nous regagnions nos chambres.
A peine étais-je arrivée dans la mienne que je me laissais choir sur le sol. La joue contre les lattes fraîches du parquet, les yeux clos, je sentis Ino s'asseoir tout près de moi. Elle me caressa doucement les cheveux et s'inquiéta de les sentir mouillés sous ses doigts. Tout en me disant que Shikamaru et elle étaient faits l'un pour l'autre, je lui racontais brièvement notre incursion dans le gymnase, remplaçant mon tête à tête avec Sasuke par le mensonge qu'il avait lui-même inventé. Bizarrement, même si j'adorais Ino, je n'étais pas prête à lui livrer la vérité. Ma drôle de relation avec Sasuke exhalait la culpabilité. Je me sentais comme un judas et craignais la marque du mouton noir... Aussi étrange que mes pensées puissent paraître, il ne faut pas oublier qu'à l'époque, Sasuke, le garçon le plus populaire, était par là même le plus important ennemi des filles... Si beau et charmant fusse-t-il...
Enfin, mon récit terminé, je voulus me rendre à la salle de bain pour me débarrasser des souillures accumulés ce soir-là et me réchauffer, mais Ino me rappela que le règlement interdisait l'utilisation des douches après le couvre-feu. Oubliant toute retenue, je jurai avec à peu près autant de distinction qu'un charretier, contre cette règle sans queue ni tête qui me pourrissait la vie. Malgré ma mauvaise humeur, je dus me contenter d'un débarbouillage rapide au lavabo de mes mains et de mes joues rendues noires par la crasse. Après m'être débarrassée des derniers vêtements trempés que je portais, je me lovai dans mes draps, parfaitement détendue, mais aussi abattue par la fatigue. Il était plus de trois heures du matin, et quand, enfin, la pression accumulée au cours de cette longue journée retombée, le surmenage accablait mes paupières qui papillonnaient déjà. Je sombrais dans le sommeil, lentement mais sûrement, enveloppée par une odeur dont je n'avais pas l'habitude mais qui ne m'était pas inconnue : les effluves d'un homme, celles de Kakashi. Un mélange de savon poudré et d'épices, pas fortes, mais piquantes, sensuelles, se dégageait du pull que j'avais gardé sur moi. Un demi-sourire naquît sur mes lèvres. Il y avait quelques choses d'agréable dans ces exhalaisons. Une sorte d'apaisement et de confiance qui me plongèrent plus encore dans le confort et la chaleur de la literie. Je m'en allais donc sereinement au pays des songes, accompagnée par le parfum de Kakashi.
Le lendemain me parut particulièrement difficile.
Lorsque mon réveil sonna à sept heures, je dus me retenir pour ne pas l'envoyer dans un vol sans retour. Je devais me préparer pour la réunion du club cinéma. Je n'avais évidemment aucune envie de m'y rendre. Me retrouver parmi ces violeurs, supporter les lumières violentes ou les flashs du studio, courir dans tous les sens pour distribuer le matériel, assurer le décor et les accessoires... Non, vraiment, je n'avais pas envie de quitter mon lit chaud et mes rêves sucrés. Il me fallait pourtant répondre présente au club pour le bien de mon plan. Si Hideki venait à douter de moi ou de Temari, plus rien de se passerait tel que je l'avais prévu, ce qui était potentiellement problématique. Je dus donc user de toute ma raison pour forcer mes membres lourds de sommeil à fonctionner.
Ce fut avec autant de difficulté que Temari et moi quittions l'internat, avec quelques minutes de retard précisons-le, pour retrouver les locaux du club. Ironiquement, le sort fit que nous arrivions tout de même bien avant les autres membres... Assez en tout cas pour surprendre une rencontre dont nous n'aurions jamais dû connaître l'existence.
Lorsque, ronchonnes et grimaçantes, nous nous arrêtions devant la salle, seules, deux voix percèrent jusqu'à nous. Bien sûr, je pus aisément identifier celle du chef de club, Renge, mais il me fallut bien plus d'attention pour rappeler à ma mémoire celle du second protagoniste. Faisant signe à Temari de rester discrète, je me penchai un peu pour coller contre la porte mon oreille. Leur conversation nous parvenait étouffée et je ne distinguais aucun mot dans le bourdonnement incessant qu'elle produisait. Néanmoins, les accents rugueux de la seconde personne m'étaient familiers. Soudain, un coup retentit avec force depuis l'intérieur, nous poussant Temari et moi à opter pour la prudence. D'un geste ferme, elle me tira vers le croisement de couloir le plus proche, afin de continuer à observer en toute discrétion. Bien entendu, nous n'entendions plus rien à cette distance, mais nous pourrions savoir qui se disputait avec Renge lorsqu'il quitterait la pièce.
J'avoue que j'étais plutôt anxieuse... Un pressentiment me disait qu'il ne s'agissait pas d'un membre du club et que, d'une manière ou d'une autre, cette discussion matinale était liée à l'affaire qui nous intéressait. Les secondes s'égrenaient à une lenteur affligeante, amenant avec elle leurs lots d'angoisse et d'impatience. Du bout des doigts, je triturais ma lèvre inférieur. Le manque de sommeil exacerbait mes sentiments et, au contraire, brouillait ma logique, ma raison et mon bon sens. C'eut donc été tout naturel pour moi de voir jaillir un monstre vert à pustules sans scrupule ni moral... et ce malgré ce que la partie rationnel de mon cerveau tentait de me rappeler. De tels monstres sont bons pour les livres d'histoire, celui que nous cherchions cachait sa laideur sous des traits humains. Perdue dans mes pensées, je ne remarquais pas qu'une personne sortait du local et il fallut un douloureux coup de coude dans mes côtes pour me ramener à la réalité. Massant doucement mon flanc meurtri, je levais les yeux vers Temari, puis dirigeai mon attention vers la personne qu'elle m'indiquait du doigt.
Je reconnus sans peine le possesseur de cette voix épineuse. Tiré à quatre épingles, le visage sévère Kikuchi s'apprêtait à venir dans notre direction. Temari fut la plus prompte à réagir. Elle me tira quelques pas en arrière, se composa un air innocent effroyablement convaincant et reprit son chemin vers le club. Comprenant ses intentions, je l'imitai. La manœuvre consistait à faire croire à notre sempai que nous arrivions tout juste. Au moment où nous le croisions, Temari l'ignora superbement, mais je ne pus m'empêcher de lui lancer une œillade en coin. Sans s'arrêter, il nous observait avec insistance. Ni lui, ni moi ne prîmes la peine de nous saluer, toutefois nous ne détournions pas non plus nos regards. Le cuisant souvenir de notre petite entrevue devait toujours le hanter et je devinais qu'il ne me pardonnait pas de l'avoir brutalisé. Moi, une femme, qui plus est une cadette, l'avait humilié. Le fier fils de puissant businessman qu'il était ne pouvait souffrir de rester sans rien faire. Quel que soit comment, il me ferait payer de l'avoir ainsi traité. Le dixième de seconde que dura notre face à face me fut amplement suffisant pour sentir transpirer de son regard dur, toutes ces menaces jamais formulées.
Dans la salle du club, nous trouvâmes un Renge passablement énervé. Jamais je ne lui avais connu une telle expression. Il n'avait plus rien à voir avec le garçon mielleux mais jovial qu'il était habituellement. Son visage reflétait une rage que je ne l'avais jamais soupçonné pouvoir ressentir. Ses yeux remplis d'éclairs fixaient ses poings serrés. Quand nous entrions, il releva avec une telle violence son regard vers la porte, que je reculai de quelques pas, effrayée. Finalement, même s'il parut se calmer en nous reconnaissant, il ne put totalement masquer l'ardeur des sentiments qui le ravageaient. Il s'était indéniablement produit un malencontreux événement entre les deux garçons, mais pouvait-il avoir un rapport avec Mayumi ? Se pouvait-il que Renge est encore essayé de faire chanter Kikuchi ? Si s'était le cas, peut-être était-ce un refus de Kikuchi qui était à l'origine de sa colère. Qu'avait-il planifié de faire alors...
Rongée par ces inquiétudes, je ne remarquai pas l'arrivée des autres membres du club...
La matinée débuta avec lenteur par une réunion informative, difficilement menée par un chef de club à peine remis de sa colère. Sous l'effet de sa rage étouffée, Renge bégayait, perdait ses mots, répétait dix fois la même instruction... ce qui éternisait le meeting. Évidemment, je ne m'en serais pas plainte. Pendant qu'il tentait de se désembourber dans son discours mal ficelé, je somnolais, ignorant superbement les regards insistants que posaient sur moi les autres garçons. Ma vigilance était au plus bas et à aucun moment, je ne pris la peine de me demander la raison de leur intérêt soudain, préférant me projeter à la soirée que j'allais passer bien au chaud dans le creux de mon lit en compagnie de Morphée. Je m'étais si bien représentée la chose, que je ne remarquai, la fin du discours de Renge, que lorsque celui-ci se campa lourdement sur la chaise à ma gauche. Je sursautai si violemment à son arrivée, qu'il parut un peu surpris et amusé:
- Mais j'rêve ou tu dors !
- Non ! Non je ne dors pas, répliquai-je me sachant absolument pas convaincante.
- Bah je comprends que t'aies pu t'endormir, j'ai pas été spécialement intéressant aujourd'hui.
- Non... Non, ce n'est rien de cela Renge-sempai... je... j'étais malade hier soir, j'ai passé une mauvaise nuit.
Je n'avais pas très bien menti. Balbutiante, je ne doutai pas avoir éveillé les soupçons de mon sempai. Pourtant, il ne releva pas et se contenta de sourire avant de se laisser aller sur sa chaise, l'air abattu. Pendant quelques minutes, il regarda le plafond en silence. Bien qu'un peu incommodée par sa trop grande proximité, je n'osai pas bouger, par crainte d'être impolie, et dus, par conséquent, me résigner à attendre patiemment qu'il m'autorise à fuir la salle de réunion. Peu à peu, les autres membres quittèrent la pièce, nous jetant des coups d'oeil intrigués. Même Temari fut obligée de m'abandonner quand un aîné l'apostropha pour qu'elle vienne lui prêter main forte. Désespérée, je regardai s'éloigner une alliée impuissante face à mon désarroi. Puis elle disparut dans la pénombre du studio. Tandis que je ramenai mon regard vers le mur couvert de photos plus ou moins intéressantes, je surpris les œillades persistantes d'un des garçons. Il était, comme moi, un première année. Les uns disaient qu'il était le fils d'une noble famille de province, candide et généreux, qui s'était pris de passion pour le charisme de Hideki Renge. Les autres affirmaient qu'il était un véritable pervers refoulé, masquant sa vile nature derrière des manières de bons garçons. Tout ceci n'était évidemment que des racontars, propagés par des jaloux qui tentaient de justifier ou déprécier l'intérêt que leur chef portait à ce petit bleu. Pour moi, le « nain à lunette » comme se plaisait à le surnommer Temari, était surtout une présence à peine remarquable dans les locaux du club et un visage poupon sans nom et sans identité. Je ne lui avais jamais adressé la parole, ne lui portais pas le moindre intérêt, ce qui avait été invariablement réciproque jusque là. Ainsi, je ne comprenais pas pourquoi il me dévisageait avec tant d'intensité, observant ostensiblement mes faits et gestes...
Il parut que Renge remarqua aussi la drôle d'attention qu'il me portait et crut bon d'intervenir :
- Qu'est-ce que tu fous encore là Sawada-kun ? Dépêche-toi d'aller au labo! J'ai jeté un coup d'œil à ta pellicule, t'as de bons clichés, va les tirer. Mais fais attention à tes contrastes... t'as tendance à trop les pousser et tes photos deviennent trop dures... Ok? (1)
- Bien sempai, se contenta de répondre le dénommé Sawada. Puis, sans attendre, il quitta aussi la salle de réunion.
Renge et moi nous retrouvions en tête à tête. Une drôle d'anxiété me serra la gorge. Sa précédente colère continuait à imprimer l'air et ce regard haineux qui m'avait fait perdre pied à mon entrée dans la salle était gravé dans mon esprit. J'attendais qu'à tout moment il se mette à me fustiger pour mon inaction mais il n'en fut rien. À peine fûmes-nous tous les deux qu'il se tassa sur sa chaise de manière à bien me voir et m'observa, un sourire presque tendre se dessinant au coin de ses lèvres.
- Tu sais pourquoi tout le monde est si intéressé par toi ? Me demanda-t-il de but en blanc, alors que je me questionnais encore sur son rictus singulier
- Je... ben... non, avouai-je le plus sincèrement du monde.
- Tu n'as pas la moindre petite idée...
- Non, vraiment...
Et à vrai dire, j'étais si franche que je m'en étonne encore aujourd'hui. Tout aurait dû me paraître évident, mais j'étais si épuisée par notre escapade de la veille et préoccupée par des détails passablement futiles que je fus même ébahie lorsqu'il me répondit :
- On ne parle plus que de toi dans le dortoir... Ou je devrais plus précisément dire : de toi et de Sasuke Uchiwa...
Le plus naturellement du monde, le rouge me monta aux joues. Les souvenirs de notre dernier baiser étaient encore bien vivaces, ce qui jouait en ma faveur. Profitant de l'ouverture que ma proie créait d'elle-même, je m'amusai à refermer un peu plus le piège dont il ne pourrait bientôt plus se défaire...
- Je... non... enfin... quoi... vous... je ne vois pas... enfin... ce que vous voulez dire... rétorquai-je maniant l'art du bégaiement avec brio.
- Tu rougis... constata-t-il hilare, tu sais que ça confirme les rumeurs une réaction comme celle-là!
- Quelles... quelles rumeurs ? Balbutiai-je.
Nous étions beaux à voir Renge et moi. Il jubilait, fier de m'annoncer quelle épée de Damoclès me pendait au dessus de la tête. Je jubilais, fière de voir mon plan se dérouler selon mes souhaits... Je savourais avec un délice sans pareil cet instant qui laissait croire à mon ennemi qu'il avait tout gagné, alors que je le faisais danser au creux de ma paume.
- Quelles rumeurs... répéta-t-il avec lenteur, Hmmm, disons que beaucoup disent que vous seriez proches... très proches même... Nobu a même surpris une dispute entre Sasuke et son coloc'... Le blondinet survolté... il vous aurait aperçu en ville, main dans la main...
- Je... non... vous... euh... une erreur... oui il ne peut que s'agir d'une erreur sempai!
J'étais assez impressionnée du zèle avec lequel les garçons exécutaient le plan. Nobu était le plus proche ami de Renge, un membre du club que je connaissais mieux sous le nom de Nobuo Kanzaki. À mes yeux, il était incontestablement impliqué dans l'affaire qui nous intéressait et, par là-même, un de mes bourreaux potentiels. Grâce à cette belle manœuvre, les garçons avaient portés jusqu'aux oreilles du chef les bruits que nous voulions... Nous nous rapprochions à grand pas de nos objectifs...
- Une erreur ? Un si joli petit couple ? Lança-t-il sur un ton ironique.
- Je... je vous assure que je ne vois pas de quoi vous parlez... marmottai-je, continuant à feindre l'innoncence et le trouble, il... il n'y a rien entre Uchiwa et moi.
- Oooh! Bien sûr... le blondinet a dû rêver en vous voyant...
- Uzumaki m'aura sûrement confondue avec cette jeune fille qui accompagnait Uchiwa...
- Ouiiiiiii, pouffa-t-il pas convaincu, avant de poursuivre d'un ton goguenard, c'äiyie ceulaah!!
- Sempai, grondai-je
- Tu sais que votre rencontre dans les vestiaires a fait le tour du lycée...
- Ceci n'a rien avoir ! C'était de sa faute ! M'écriai-je dans un sursaut, m'énervant pour de bon. Je ne m'étais pas attendue à ce qu'il évoque cette mésaventure. Mes véritables sentiments me trahissaient, faisant monter le rouge à mes joues... ce qui, par chance, jouait en ma faveur.
- Bien sûr...
- Je suis victime ! Insistai-je, il cherchait à me piéger pour rapporter des points aux garçons. Cette guerre stupide... D'ailleurs...
Je fis un bond sur le côté, décalant volontairement ma chaise de quelques mètres, et le regardais avec défiance avant de continuer :
- ... comment se fait-il que vous soyez si gentil avec Temari et moi ?
- C'est mon rôle de président, rétorqua-t-il comme une évidence, Kotetsu-sensei, le prof d'art, a beau être officiellement responsable du club, il ne s'en mêle jamais... à part pour apporter les papiers à la comptabilité... et encore, il a fallu que la dirlo l'oblige à se bouger parce que les élèves n'ont pas le droit d'y aller eux-mêmes ! Du coup, il m'a chargé de veiller à la bonne entente entre les deux sexes quand il m'a confié la tête du club... « N'oublie pas que c'est un club mixte » qu'il arrête pas de me dire...
- C'est vrai qu'il y a tellement peu de filles qui s'y inscrivent qu'on l'oublie facilement, admettais-je songeuse, avant nous, il y'avait Katsura-sempai à ce que m'ont dit les autres.
Brusquement, Renge se dandina sur sa chaise comme mal à l'aise. Son visage avait pris des teintes livides, si bien qu'on aurait cru que la vie l'avait quitté. Il se détourna un peu de moi et joua avec quelques mèches de ses cheveux cuivre alors qu'il rétorqua d'une voix éteinte :
- J'aimais bien Mayu... je... c'est con ce qui lui est arrivé...
Deux choses me frappèrent. La première suffit à me mettre hors de moi. Hideki était un hypocrite de première classe. Comment pouvait-il tenir de tels propos après avoir fait tant souffrir la pauvre Mayumi-sempai ? Pendant la seconde qui suivit, il me fallut toute ma force de caractère pour ne pas lui sauter dessus et arranger sa belle gueule à ma manière. Le second détail me frappa quand je pus calmer ma précédente colère. Le rouquin face à moi ne contrôlais pas le moins du monde ses émotions. En laissant transparaître ainsi son trouble, il aurait éveillé les soupçons de n'importe qui, même ses plus fidèles partisans. Il n'y avait alors que deux possibilités envisageable : soit il était excellent acteur, soit, tout à l'inverse, il ne savait pas jouer la comédie... Étrangement, sans trop savoir pourquoi, je penchais pour cette dernière option. Ravalant ma rage et mes doutes, j'entrais à mon tour dans mon rôle de petite fille naïve et fit celle qui n'avait rien remarqué :
- Je... je comprends, sa tentative de suicide a ébranlé tout le monde, je crois...
Il ne me répondit pas immédiatement. Le silence qui s'installa entre nous était incroyablement pesant. Il ne me regardait toujours pas, préférant fixer ses pieds. Son profil était toujours aussi blafard, ses paupières baissées ne cachaient pas pour autant ses yeux brillants. Il mâchonnait ses lèvres nerveusement et avec tant d'acharnement qu'il parvint même à se blesser. Il sursauta sous le coup de la douleur et porta une main à sa lèvre meurtrie. Prompte à réagir, je collai mon mouchoir à sa bouche. Il me regarda étrangement. Il est vrai que la situation était peu commune. Penchée vers lui, le regard compatissant, je tenais du bout des doigts un léger carré de tissus lilas contre sa bouche. Quiconque serait entré y aurait vu une scène intime et, le réalisant, je commençais à me sentir gênée. Mais aurais-je dû le laisser ainsi pour autant ? Je n'en avais pas le cœur... Sans m'en rendre compte, j'avais développé pour Renge une forme de respect et d'admiration. Je respectais l'excellent meneur qu'il était, j'admirais le photographe, tout en sachant qu'il était pourri et avait fait souffrir Mayumi Katsura... néanmoins ma haine était atténuée par ses deux sentiments. Comme pour mettre fin à cette conjoncture plus que bizarre, Renge me prit le mouchoir des mains et me remercia. Quand je me fus rassise à une distance respectable, il déclara :
- Ne parlons plus de Mayu, s'il te plaît...
Je n'eus pas le courage de poursuivre mon investigation. J'en savais de toute façon bien assez à mon goût et il nous fallait au plus vite retourner à une ambiance plus normale, avant que le moindre soupçon n'effleure Renge. Cependant, je n'eus pas à chercher longtemps une échappatoire car ce fut lui qui me l'offrit sur un plateau d'or :
- Pour ce qui est de Sasuke et toi...
- Rumeur fausse, glissai-je en toute innocence.
- Que ce soit vrai ou non qu'importe, Hina-chan, je t'aime bien alors écoute. Ce n'est pas facile d'être en couple dans cette école ! Fais attention aux pièges.
Je restai abasourdie. Que signifiaient ces paroles ? Essayait-il d'endormir ma méfiance ? Ou alors me donnait-il un conseil sincère ? Je ne savais plus quoi penser de Renge. Ses étranges yeux turquoises dégageaient quelque chose d'extrêmement mélancolique lorsqu'il murmura plus pour lui même que pour moi :
- Vivre un amour interdit... ce n'est pas facile...
Je sursautai. Ce pouvait-il que lui aussi... Tentant de contenir ma surprise et éviter de paraître trop avide en étanchant ma curiosité, je lui rappelai avec naturel :
- La première fois où nous nous sommes vus aussi vous m'avez donné un conseil.
- Tu t'en souviens, pouffa-t-il, t'avais l'air tellement sans défense, comme ça, au milieu du couloir. Je me suis dit que ce serait pas mal de te rappeler à la réalité ! J'ai rien contre les filles, au contraire, avant je ne fréquentais qu'elles... mais arrivé à Konoha, tu n'as plus vraiment le choix... Je me rends compte)que mes paroles ont été un peu dures, mais tu sais...
- Devant d'autres garçons vous ne pouviez pas agir autrement ? Suggérai-je en lui lançant un regard en coin.
Il ne répondit pas, comme enfermé dans ses pensées. Après un mutisme qui dura quelques minutes, il s'écria avec une énergie nouvelle :
- Bon ça suffit de flemmarder! Va bosser ! Comme tout le monde !
- À vos ordres sempai !
Et sans plus de cérémonie, je quittai la salle de réunion pour rejoindre les autres en studio. Lorsque je jetai un dernier regard en arrière, je constatai que Renge m'avait déjà oubliée, embourbé dans ses propres réflexions qui le coupaient du reste du monde.
Au studio, je me renseignai sur l'endroit où se trouvait Temari mais ne pus la rejoindre immédiatement. Je m'adonnai donc à mes tâches, sans trop d'application. Quoique je fasse, mes rêveries me ramenaient à ma discussion avec le rouquin. Il ne nous avait pas rejoint, ayant même disparu des locaux. Je n'arrivais pas à décider si son trouble était sincère ou si son jeu d'acteur était infaillible. Mais s'il s'entendait bien avec Mayumi Katsura et s'il m'appréciait tant qu'il le disait, alors pourquoi avoir ordonné à ses sbires de nous faire du mal ? Je devenais indécise, ce qui n'était pas vraiment à mon avantage. Je devais occulter mes scrupules au plus profond de moi. Je devais rester vigilante et me méfier de lui, même s'il était d'ores et déjà parvenu à m'attendrir.
Ce ne fut qu'un peu avant l'heure du déjeuner que je pus rejoindre Temari. Elle avait travaillé toute la matinée en salle de développement avec Kanzaki-sempai. Quand enfin il sortit pour vérifier un film à la lumière du jour, je me ruai à l'intérieur pour discuter avec mon amie. A peine eussè-je le temps de prononcer son nom qu'elle me fit signe de me taire. Elle se rapprocha de moi et chuchota à mon oreille :
- Le duo comique travaille au labo avec Fujisaki...
Je ne pus retenir un sourire. Le laboratoire de tirage jouxtait la salle de développement et les deux pièces n'étaient séparées que par une fine cloison, si bien que tout ce qui se dirait, serait clairement entendu. Si Tanaka et Akanichi (2), surnommés « le duo comique », avait peu de chance d'être liés aux manigances du club cinéma, Fujisaki était indéniablement complice. Nous le savions toutes les deux, c'était le moment où jamais d'appliquer notre plan. Après un léger hochement de tête, qui signifiait le début du jeu, je déclarai d'une voix où perçait une panique parfaitement improvisé :
- Tu es toute seule ?
- Oui, Kanzaki est sorti pour un moment. Qu'est-ce qui se passe ?
- Renge-sempai a découvert pour Sasuke et moi... tout le dortoir des garçons est au courant !
- C'est pour ça que tu es si pâle !
- Temari... peut-être devrais-je rompre ? Avant que cela nous porte préjudice...
- Tu es folle ! Hina-chan vous êtes bien tous les deux ! Ne le laisse pas s'échapper pour quelques soupçons ! On te couvrira de notre mieux !
- Mais Temari...
- Hinata Hyûga ! Reprends-toi ! Ils n'auront jamais que des soupçons, on te couvrira de notre mieux... donc Samedi tu vas à ton rendez-vous avec lui et tu en profites à fond !
- Bon... tu as raison... j'irai voir Sasuke samedi...
- Ben voilà des paroles censées ! Bon maintenant retourne bosser avant que Kanzaki ne revienne.
Je souris d'un air espiègle à Temari et me dirigeai vers la sortie. Je lui fis un clin auquel elle répondit en levant le pouce en signe de victoire. Tout se déroulait pour le mieux.
Cet après-midi-là non plus Renge ne se montra pas. Après un déjeuner sur le pouce en compagnie de Sakura et Ino, nous étions retournées au club que Nobuo Kanzaki avait pris en main. Beaucoup moins tendre que son chef, il profitait de la situation pour exploiter les bleus, d'autant plus si ceux-ci étaient de sexe féminin. En d'autres termes, Temari et moi devions nous plier aux quatre volontés de notre sempai. De membre à part entière du club cinéma, nous étions passées au grade de secrétaires, voire même de bonnes à tout faire. Servir des boissons, que nous nous étions dépêchées d'acheter au convenience store (3) du coin, nettoyer le thé intentionnellement renversé par l'autre brute épaisse, ranger les restes de leur copieux déjeuner, remplir la paperasse urgentes, ... tout était bon pour nous faire comprendre qu'à leur yeux nous n'étions que des moins que rien, indigne de partager leur illustre statut de photographes nullissime d'un misérable club de lycéen. Épuisée par la soirée de la veille, nous n'étions pas disposées à lutter contre le complexe de supériorité de ces imbéciles.
J'allai donc, sans rechigner, déposer les piles de dossier que m'avait confié Kanzaki au bureau des professeurs. Je m'étais moi-même occupée de ces papiers quelques minutes plus tôt. Outre des fiches d'élèves, on y trouvait des factures, des pro formats, des justificatifs de dépenses quelconques et une sorte de comptabilité... C'était ce dernier point qui avait attiré mon attention. Lorsque l'on étudiait au détail cette fiche, on découvrait une somme importante de dépenses non-justifiées, qui représentait a elle-seule un bon dixième du montant total. Plus d'une fois j'étais revenue sur le tableau cherchant le moindre indice de ce que pouvait représenter cet argent, mais rien... Il n'en était fait mention nulle part. Tout en faisant ma route vers l'administration, je me demandais vaguement si cette brèche dans le budget n'était pas liée à notre affaire.
Devant la porte criarde du bureau des professeurs, j'avais pris ma décision. Cette comptabilité m'intriguait trop, mais je n'avais pas les compétences pour l'examiner avec efficacité, il fallait donc que quelqu'un d'autre y jette un œil... Or ma meilleure option se trouvait juste derrière cette porte, il me suffisait de la faire appeler. Quand la chevelure argentée et toujours aussi négligée de Kakashi-sensei apparut à l'encadrement, je me demandai s'il servait à quelque chose de lui demander quoique ce soit. Ses yeux semblaient plus vides qu'à l'ordinaire et ses traits tirés accentuaient sa mine fatiguée. Il donnait l'air d'être parfaitement inapte au moindre effort, ou devrais-je dire pour être exacte, il semblait plus que jamais inapte au moindre effort. Sa vision me désespéra et accentua ma propre fatigue, si bien que je ne pus retenir un soupir.
- Vous voir m'épuise, déclarai-je de but-en-blanc.
- C'est toujours agréable à entendre, rétorqua-t-il d'une voix monocorde.
- Je ne plaisante pas ! Vous êtes tellement mou que c'en est contagieux... Non, c'est comme si vous aspiriez toute mon énergie... Vous êtes un vampire...
- Si tu es venue me voir pour te défouler, tu m'excuseras mais j'étais sur le point de m'attaquer aux copies des deuxièmes années.
- Vous êtes bien courageux sensei, soufflai-je réellement admirative, après une nuit si courte...
- Mmmmh... grogna-t-il avec indifférence, à vrai dire il n'y a pas de meilleur somnifère... J'étais prêt pour une bonne sieste...
- MAIS QUEL FLEMMARD ! Criai-je hors de mes gonds.
Son attitude m'irritait plus que de coutume. J'ignorais pour quelle raison, mais le voir si apathique me révoltait et me désolait tant que j'avais envie de le secouer. Après avoir hâtivement attribué cet agacement à ma fatigue, je m'apprêtais à poursuivre mes reproches. Cependant, il déposa délicatement un doigt sur mes lèvres et murmura avec un calme teinté d'amusement :
- Shht... n'oublie pas que toute la salle des profs t'entend ma petit mégère adorée ! Tu me feras une scène de ménage quand on sera seuls...
- Arrêtez vos bêtises, répondis-je avec véhémence, retirant vivement son doigt de ma bouche, je ne suis pas venue pour jouer !
Il sourit face à mon teint vermeille. Je n'avais pas pu empêcher la gêne de colorer mes joues. Ses propos et son geste déplacé avaient eu raison de mon peu de flegme. Bien que je sache parfaitement qu'il était jubilatoire pour ce professeur tordu de me voir ainsi désarmée face à lui, je ne parvenais pas à cacher mes émois. Pour reprendre un peu de contenance, je lui plaquai violemment la pile de dossier que je tenais contre son torse, ce qui le fit reculer de quelques centimètres et lâcher un râle rauque :
- Transmettez ceci à Kotetsu-sensei de la part du club cinéma, ordonnai-je d'un ton sans réplique avant d'ajouter dans un chuchotis audible par lui seul, mais avant jetez un coup d'œil à la comptabilité... je crois que certaines choses vous intéresseront.
Puis quand je fus bien certaine qu'il tenait le paquet, je lui tournais le dos et partit en ignorant la politesse.
D'un pas traînant, je retournais aux locaux du club. Je n'étais pas pressée de rejoindre ce misogyne de Kanzaki et recommencer à jouer les bonniches. Je flânais donc délibérément, empruntant des détours qui me permettaient de me ballader à mon aise et vider mon esprit du trop plein de réflexions stériles. J'avais beau calculer toutes les données du problème, le résultat restait obscure m'emmenant dans une voie sans issus. Était-ce dû à mon manque de sommeil ? En tout cas, tout ce que je récoltais de mes tentatives, c'était un beau mal de tête. Si bien qu'en définitive, j'avais décidé de tout laisser en suspens jusqu'à ce que je sois mieux disposée.
Donc, en sortant des bâtiments administratifs, je passais derrière le lycée où se trouvaient la serre et les jardins. On pouvait les considérer comme le domaine privé du club de jardinage qui, je dois l'avouer, fournissait de gros efforts pour en faire un endroit agréable, ce qui se révélait être une réussite. Cette fin de printemps avait fait éclore de petites fleurs aux pétales délicats, leurs couleurs vives égayant les lourdes constructions de pierres. Les herbes et les plantes s'étaient parées d'un vert inégalable... car il n'existe aucun artiste plus doué que la nature ! Tout près de la serre, je m'arrêtais devant une glycine fleurissant. Dans son pot fait de pneus de récupération, l'arbrisseau donnait le meilleur de lui-même pour égaler ses aînés. Du haut de ses cinquante centimètres, il déployait tant de petites fleurs fragiles aux teintes lilas qu'on en oubliait aisément sa jeunesse. Charmée, je m'accroupis face à lui pour humer les fragrances qu'il exhalait avec entêtement. Du bout des doigts, j'effleurai une des corolles neuves quand un cri me fit sursauter. « Tu te fous de moi ! » hurla une voix rendue aiguë par la colère. Je levai les yeux vers la serre. Je n'en doutais pas une seconde, la voix était venue de là. Je me mordis les lèvres, ma curiosité me poussait à comprendre ce qui se passait, alors que ma prudence me dictait de fuir... J'hésitai encore une seconde tout juste mais la première fut la plus forte. D'un bond, je me remis sur mes jambes et me rapprochai de l'endroit d'où venait la voix. Le jardin était vide, le club jardinage ne reprenait dans que dans les alentours de seize heures, quand le soleil était moins ardu. Dès lors, j'étais consciente qu'il n'y aurait personne pour m'aider en cas de problème et que ces gens se cachaient à cet endroit en se croyant à l'abri des oreilles fureteuses. Une œillade à la dérobée me permit d'aviser toute l'arrière-serre.
Tout près d'un oranger en fleur, je reconnus Renge. Il était en compagnie d'une yamamba (4) aux cheveux si décolorés qu'il paraissait presque blancs. Il ne me fallut que quelques secondes pour l'identifier. Bien qu'ignorant son nom, je savais qu'il s'agissait de cette fille que l'on considérait comme la cheftaine des Sweet Girls. Pris dans leur dispute, ils n'avaient pas noté ma présence ce qui me permit de m'abriter pour écouter leur converasation...
La fille éclata d'un grand rire perçant, presque fou, au même moment :
- Que je me calme, lança-t-elle, te fous pas de moi Hide-chan ! Il n'y a rien entre vous ? Tu crois que je vais gober ça ?
- Je suis sérieux, soupira le rouquin visiblement excédé.
- Tu disais la même chose ce cette conne de Katsura !
- ... et il n'y avait rien entre Mayumi et moi.
- J'ai peut-être l'air d'une idiote, répliqua la fille, mais je ne le suis pas ! Alors c'est ça ton genre de fille !
- Ecoute Miu, je t'ai déjà expliqué que...
- Elle te plaît cette Hyûga, coupa la prénommée Miu.
- Miu...
- Répond ! Aboya-t-elle, hystérique.
- Non, affirma-t-il sans hésitation.
- Mais tu es toujours fourré avec ! Je te préviens, je ne supporte pas la rivalité... tu es à moi...
En disant ces mots, elle tenta de caresser les joues de Renge, mais celui-ci la repoussa avec une brusquerie que je ne lui connaissais pas. Le visage presque noir de Miu la ganguro se déforma sous le coup de la fureur. Elle donna un coup de pied dans le pot le plus proche, abîmant le safran naissant qui y était planté.
- Hideki ! Reprit-elle d'un ton bas, lourd de menace, si tu t'occupes pas de cette garce c'est moi qui le fait.
- C'est bon Miu... c'est bon...
J'en avais bien assez entendu et préférais m'éclipser avant de me faire repérer. Repartant dans le sens inverse, je me précipitai vers les locaux du club cinéma, la tête pleine de la conversation que je venais de surprendre.
Un samedi après-midi si radieux n'aurait pas du être consacré à une besogne si rédhibitoire.
La matinée avait été douce. Les derniers vestiges de l'hiver s'en allaient résolument, sans que pour autant l'été ne nous étouffe de ses bras brûlants. Je m'étais levée, fraîche comme une fleur et d'humeur joyeuse jusqu'à ce que la petite note sur mon bureau assombrisse mes perspectives. Cet après-midi-là j'avais rendez-vous avec Sasuke.
La semaine chargée qui venait de s'écouler m'avait presque faite oublier ce supplice. Outre les obligations du club, qui devenaient plus lourdes à mesure que les jours s'écoulaient et que les garçons prenaient de l'assurance, nous avions dû repartir dans une expédition nocturne qui n'amusait que cette casse-cou de Temari. La même équipe s'était, cette fois, rendue dans les locaux que club cinéma pour installer le matériel de surveillance. Nous ré-exploitions en notre faveur le matériel retiré des vestiaires. Il s'agissait de pouvoir toujours garder un œil sur tous les faits et gestes de nos suspects. Lors de notre opération d'infiltration, les choses s'étaient déroulées avec bien plus de fluidité que la première fois. Kakashi-sensei s'était dès le début proposé pour ouvrir les portes du lycée et nous couvrir. Il nous avait aussi tenu compagnie tout le long de l'entreprise et aidé à mettre en place l'installation photographique. Au final, tous les branchements avaient été faits avec succès et nous avions moins traînés que la fois précédente.
Le reste reposait entre les mains de Shikamaru. Selon lui, la difficulté ne serait pas de mettre en route le système, mais de le faire tout en le protégeant d'éventuels pirates. Comme l'avait fait nos professeurs, nous avions rattaché les appareils au réseau intranet de l'école, mais pour éviter les débordements comme ceux de l'affaire Katsura et, par là-même, la divulgation de notre plan, notre génie informatique devait affecter à l'ensemble toute sorte de bouclier. Il s'y attachait depuis quelques jours déjà et avait promis de nous tenir au courant dès qu'il y serait parvenu.
De notre côté nous avions, techniquement, bien peu de chose à faire, mais le club cinéma nous avait accaparé la plupart du temps. Renge ne s'était montré que très rarement depuis son altercation avec Miu la Ganguro et les rares fois où il se présentait, il s'enfermait dans le laboratoire empêchant qui que ce soit d'autre de l'utiliser. En conséquent, Kanzaki prit les rênes du groupe et se délecta ostensiblement de sa position. Il nous fit travailler comme des bêtes de somme, tant est si bien que le soir nous rentrions au dortoir sur les rotules. Par ailleurs, Temari et moi nous étions mis en charge d'infiltrer les ordinateurs du cercle. Shikamaru avait une fois suggéré que les coupables avaient gardés des traces des diverses photos qu'ils avaient diffusées. À la recherche de preuves tangibles, nous voulions à tout prix vérifier ses suppositions... Mais ce bourreau de Kanzaki rendait cette manœuvre impossible. Malgré toute notre bonne volonté, nous n'avions pas pu échapper à la vigilance des garçons et avions toujours reporté notre dessein.
Enfin, chaque soir, nous avions organisé des réunions tardives entre filles. J'avais reporté à mes amies le moindre détail de l'aparté que j'avais surpris entre Renge et la leader des Sweet Girl. Elles s'étaient révélées intriguées par cette découverte et nous avions longuement débattu pour juger jusqu'à quel point la jeune femme était impliquée. Sakura s'était même renseignée sur elle. Miu la Ganguro s'appelait en fait Wakaba Sanomura. Cette élève de dernière année, ne supportant pas son nom (5), s'était affublée d'un surnom, Miu, et châtiait quiconque osait lui rappelé son vrai patronyme. Elle était une gal, connue à Shibuya pour sa violence et son excentricité, qui menait les Sweet Girl d'une poigne de fer. Ses habitudes volages et la vulgarité de ses toilettes avaient contribué à la réputation de fille facile traînée par le groupe entier. Selon les rumeurs, elle ne reculait devant rien pour éliminer tout ce qui la gênait... qu'il s'agisse d'un cafard ou d'un de ses semblables ne faisait aucune différence. Quand à la sacro-sainte guerre des sexes du lycée Konoha, elle jouait une sorte de double jeu assez troublant. Si d'un côté elle n'hésitait pas à s'amuser et sortir avec des garçons de l'école, de l'autre elle était réputé pour le nombre faramineux de points qu'elle pouvait ramener en un mois au clan des filles. Si bien que, quelque soit ses frasques, ses condisciples fermaient toujours les yeux dessus.
De ce résumé que nous avait fait Sakura, nous n'avions rien tiré de probant. Oui, Sanomura pouvait être impliquée dans cette affaire. Elle avait, en tout cas, la trempe nécessaire pour mener sans peur une telle conspiration, néanmoins ses motivations n'étaient pas claires. Même si effectivement elle avait un penchant pour Renge, pour qu'elle raison s'en serait-elle pris à Mayumi Katsura qui n'avait aucune relation amoureuse avec ce dernier... et quand bien même une jalousie excessive la poussait réellement au pire, pourquoi Renge entrait-il dans un jeu si dangereux, lui qui ne semblait pas porter trop d'affection à Miu la Ganguro...
Tout ceci restait un mystère, mais, comme l'avait judicieusement rappelé Temari, quelque soit les part de responsabilité de la yamamba, Renge et le club cinéma restaient ceux qui avaient commis l'acte irréparable. J'étais, bien sûr, pleinement d'accord sur le principe, pourtant pouvions-nous laisser impuni l'instigateur de telles horreurs ? Pour moi, il en était hors de question. Pour Ino, il suffisait d'arrêter le club cinéma et de les questionner. Une fois au pied du mur, ils n'auraient plus aucune raison de dissimuler le commanditaire de ses actions...
Ainsi, le long débat était resté infécond et nous étions arrivées au samedi tant redouté.
Depuis la veille, mes amies tournaient autour de moi comme des abeilles autour d'un pot de miel. Pour elles, l'évènement était de taille. Non seulement j'étais à deux doigts de piéger « ses connards de vicieux », selon les termes de Temari, mais en plus je m'apprêtais à sortir avec « le plus beau garçon que la terre est portée », aux dires de Sakura. Par conséquent, Ino s'était fait un plaisir de faire de moi sa poupée grandeur nature. Elle m'avait fait essayer cinq fois la totalité de mon armoire, y avait ajouté quelques choix de sa garde robe personnelle, quelques extraits de celle de Sakura et même les rares vêtements féminins de Temari, qui constituaient à eux seuls des pièces dignes d'un roman. Je m'étais laissée faire, incapable de lutter contre leur enthousiasme même si, à mes yeux, une sortie avec Sasuke ne valait pas tant de remue-ménage.
Lorsqu'à quatorze heure, déjà en retard de dix bonnes minutes, je franchissais la grille de Konoha, j'étais coiffée, maquillée et vêtue du fleuron de nos quatre armoires, en l'occurrence un short à revers taille basse couleur chocolat prêté par Ino, un pull sans manche à col en V couleur chamois issu de mes propres affaires, une veste cintrée marron qui appartenait à Temari et les bottines ocres de Sakura. Je soupirai un jetant un coup d'œil à ma montre, cette course aux vêtements nous avait pris des heures et j'allais m'attirer les foudres de Sasuke. Peut être en courant aurais-je pu arriver à temps pour attraper un train qui n'aggraverait pas mon cas... Mais je n'en avais pas la volonté. Sasuke m'attendrait. Je flânai à un rythme désinvolte jusqu'à la gare et grimpai dans la première rame qui se présenta à moi.
En fait, j'étais un peu anxieuse. Depuis la seconde affaire des vestiaires, je n'avais plus eu l'occasion de me trouver face au brun. Repenser à son baiser me troublait et je craignais qu'il se fit des illusions sur mes intentions. À parler franchement, j'avais peur de Sasuke. Il était potentiellement dangereux. Fort, intelligent et charmant, il pouvait très bien être entrain de jouer avec moi, uniquement pour assouvir sa vengeance. J'avais beau en être consciente, je ne pouvais empêcher mon esprit de s'enflammer en pensant à ses lèvres. Pour moi, de tous les salauds de Konoha à cette époque, il était le pire et je n'avais qu'à observer les yeux tristes de Sakura pour me conforter dans cette idée. Mon amie parlait peu de ce qui les unissait, mais je soupçonnais qu'elle nourrissait des sentiments forts à son égard. De même, de nombreuses filles semblaient dingues de cet appollon aux yeux sombres. Un tel intérêt ne pouvait naître du néant... d'où ma tendance à croire les bruits qui couraient sur le grand, le beau, le phénoménal Sasuke Uchiwa. Il ramenait des points aux garçons de manière peu glorieuse, séduisant les plus crédules pour en faire ce qu'il voulait. Écouter les ouïe-dires n'étaient pas forcément la plus censée des options dans cet établissement, je le savais, mais quand il s'agissait de ce garçon-là, je ne savais plus quoi penser, ma logique semblait fuir.
J'arrivais enfin à destination. Tout près d'une immense tour luisante comme il y'en avait des centaines à Tokyo, Sasuke m'attendait. Il s'était habillé, très simplement, d'un jean et d'un tee-shirt blanc un peu moulant, mais sur lui ces vêtements avaient réellement beaucoup de classe. Il était debout, à peine appuyé contre un lampadaire, au prise avec un groupe de filles mignonnes à croquer. Il affichait l'air impatient d'une personne importunée lors d'une activité de la plus haute importance.
Je n'étais plus qu'à quelques mètres de lui quand il me remarqua, me décochant au passage un regard furieux. À peine les avais-je atteints qu'il cracha un « t'es en retard » sans une once d'indulgence. Il n'écouta pas mes vagues excuses et se tourna vers les demoiselles qui me détaillaient de bas en haut.
- Je vous avais dit que j'attendais ma copine.
Elles balbutièrent des excuses gênées alors que je les observais à mon tour. C'était le type de fille qu'Ino appelait les frutty. Elles prônaient l'attitude Kawai et leurs vêtements bariolés et vaporeux brillaient de couleurs vives comme des bonbons. Je ne compris que lorsque nos regards se croisèrent que leurs explications m'étaient en fait destinées et quand je leur eus assuré qu'il n'y avait aucun mal, elles prirent congé, nous laissant pour cet atroce tête à tête qui m'angoissait. Le sourire carnassier que m'adressa Sasuke ne fit d'ailleurs rien pour me rassurer. Malgré tout, je soutenais son regard, défiante, pour ne pas lui laisser l'impression qu'il me dominait. Brusquement, sans crier gare, il m'attrapa par la taille et m'obligea à me serrer contre lui. Il colla ses lèvres contre ma tempe puis glissa à mon oreille.
- Comment oses-tu faire attendre un Uchiwa ?
- Comme je ferais attendre n'importe quel autre idiot trop imbu de sa personne, rétorquai-je en le repoussant avec toute la douceur dont j'étais capable.
Je m'étais retenue pour ne pas le frapper... au nom des apparences. Par ailleurs, ce fut pour ces mêmes apparences que je lui adressai un joli sourire et l'attrapai par le bras en m'écriant d'une voix enthousiaste :
- Alors qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ?
- Charmant, murmura-t-il un rictus moqueur sur les lèvres, même moi je pourrais y croire.
Je poussai un gloussement aigu qui imitait assez bien celui de la fille naïve et amoureuse. Mon compagnon semblait énormément s'amuser de la situation. Son regard pétillait et le sourire qu'il offrait à voir avait un petit quelque chose de réjoui et détendu que je ne lui connaissais pas. Avant de me répondre, il me poussa à le suivre. D'un pas vagabond, nous nous engagions dans les rues surpeuplées du quartier le plus branché de Tokyo.
- On va au Locolotion (6), déclara-t-il subitement.
- Non ! Répliquai-je dans un souffle.
- Et pourquoi pas ?
- Je... parce que je n'en ai pas envie, balbutiai-je peu convaincante.
À vrai dire, je craignais de revoir le serveur aux cheveux bleus que Kiba et moi avions surnommé Miyavi. Que penserait-il de moi si, d'un jour à l'autre, il me voyait avec un garçon différent ? J'aurais voulu retourner à ce bar avec Kiba pour y passer un aussi bon moment que la première fois. Je voulais que cet endroit reste gravé dans nos souvenirs, pour n'appartenir qu'à nous. Je voulais protéger ce qui était entrain de naître entre Kiba et moi... Une boule serra mon estomac alors qu'une drôle de chaleur teintait mes joues. Sasuke ne sembla pas le remarquer et déclara :
- Et moi j'ai envie d'aller au Locolotion, donc on y va !
- Je t'ai dit non !
Je commençais à m'emporter ce qui était mauvais pour notre plan. Mais il ne calma pas le jeu pour autant, prenant plaisir à me chercher des noises :
- Il va falloir que tu me donnes une bonne raison dans ce cas.
- Je...
... n'avais aucune idée. Mon cerveau marchait à tout allure, il me fallait un mensonge, une excuse... et finalement à y réfléchir, j'en avais une toute faite, il suffisait de falsifier légèrement la réalité...
- Je... je... je suis... mon petit-ami ! bafouillai-je sempiternellement peu apte à la fabulation sur demande, mon...mon petit-ami et moi y sommes déjà allés, il n'y a pas longtemps... le serveur... il nous connaît... bien! Vraiment très bien ! Il... il se posera des questions... cela pourrait se retourner contre nous !
Il apparut que Sasuke se laissa convaincre facilement, un peu trop à mon goût, et n'insista pas, me conduisant vers le Gates, un lieu tout aussi connu que le Locolotion. Je soupirai d'aise, me demandant tout de même s'il avait pris mes balbutiements pour de l'embarras sincère ou s'il se contentait de cette explication pour éviter un esclandre en public.
Sasuke se révélait peu bavard. Le temps que dura notre route, il ne prononça pas le moindre mot. J'en fus passablement étonnée. Les rares et courtes fois où nous nous étions vus, il avait si bien entretenu nos disputes, que j'avais fini par le croire loquace en toute circonstance. Mais au final, une fois son venin craché à ma figure et ses ordres donnés, il restait muet. Kiba représentait son total opposé, non seulement il discutait de tout et de rien avec aisance, mais en plus il parvenait à me transformer en une éloquente volubile. Le grand vide instauré entre nous laissa libre cours à mon esprit qui, d'ailleurs, marchait à une vitesse fulgurante. Je ne cessai de tout ramener à Kiba, à mes rendez-vous avec lui, à sa manie de me laisser tout diriger, aux fou-rires que nous avions eu, aux histoires qu'il se plaisait à me raconter... Pendue au bras de Sasuke, je me demandai quand ce dernier se déciderait à se montrer plus sympathique. Bien sûr, nous n'étions là pour nous amuser, mais était-ce une raison pour transformer cet après-midi en cauchemar ? Je soupirai lourdement, attirant son attention. Il baissa vers moi ses grands yeux noirs et haussa un sourcil l'air dubitatif. Je fis comme si rien ne s'était passé et il n'insista pas.
Nous arrivâmes au Gates dix minutes plus tard et je fus étonnée de découvrir un lieu bien différent du Locolotion. Tout aussi surpeuplé, certes, mais d'un tout autre genre. Le Gates exhibait le style rétro-chic des 50's américaines. Des couleurs flashy, des objets venus d'un autre âge, des décorations et ameublements en plastique lustré... je crus faire un bon dans le temps. Des serveuses en jupe évasive mi-longue circulaient entre les tables en patin à roulette, sur un vieux rock comme on ne sait plus en faire. Le barman en nœud-papillon orange avait même arrangé ses cheveux en ducktail. L'effet de sa coiffure était à mi-chemin entre l'air du voyou de manga et la touche de l'acteur venu tout droit de Happy Day.(7) Je restais ébahie au pas de la porte, détaillant, incrédule, le moindre ornement de cet univers extravagant.
L'une des filles en patin nous remarqua et vint nous accueillir. A l'aise, Sasuke demanda une table, puis m'entraîna à sa suite dans ce monde étrange. Elle nous installa sur une table pour quatre personnes, loin des baies vitrées, s'excusant de n'avoir mieux à nous proposer, et nous promis de très vite venir prendre notre commande. Sans piper mot, Sasuke attrapa l'une des cartes présentes sur la table et se plongea dans sa lecture passionnée. Un peu désorientée par son manque d'intérêt total à mon égard, j'observais à mon tour le menu.
Peu de temps après, un rire perçant me sortit de mon étude attentive. Non loin de nous, un groupe de fille observait le brun en piaillant. Peu discrètes, elles semblaient chercher à ce qu'il les remarque à tout prix, mais, fort de sa superbe indifférence, il ne leur accorda pas même un regard, contrairement à tout le bar qui leur lançait des œillades irritées. Si je ne m'en étais pas encore aperçue, la vérité me sauta enfin à la gorge : j'étais en compagnie d'un fantasme sur patte et je devais être l'une des rares imbéciles à toujours lui résister. Avec le recul, je peux affirmer que c'était l'une des raisons principales pour lesquelles il aimait ma compagnie. Néanmoins, à l'époque, je n'en étais que vaguement consciente, ce qui provoquait chez moi d'incessantes questions sur les liens que nous nouions. Je me sentais idiote et absolument pas à la hauteur. Ce complexe provoquait l'envie d'attirer sur moi toute son attention, par n'importe quel moyen... même le plus bête :
- Je te préviens tout de suite, je n'ai pas d'argent, lançais-je de but-en-blanc.
- Et bien dans ce cas, je te conseille de ne rien commander...
- Pourquoi ?
- Je n'ai aucune intention de payer pour toi, déclara-t-il sans lever le nez de la carte au moindre instant.
- On verra, m'exclamai-je, en attendant j'ai faim !
- J'espère que tu aimes faire la plonge, répondit-il d'un ton narquois.
Je souris. Je préférais me chamailler avec lui plutôt que de supporter ce lourd silence. Évidemment, j'avais largement de quoi payer mes consommations, mais pour ne pas qu'il se replonge dans ses méditations égoïstes, je continuai sur ma lancée :
- La plonge ? J'ai les mains sensibles ! Tu n'auras qu'à la faire à ma place, tu seras gentil ! Je vais donc prendre un thé... mmh, le Russian Earl Grey m'a l'air pas mal... pour accompagner... un chiffon cake poires et dattes, un cheese cake aux abricots et une tarte aux fruits pour commencer... ensuite je prendrais... mmmmh, celle-ci m'a l'air pas mal ! La coupe glacée multi-fruits, dix parfums au choix, des morceaux de fruits... Oh! Il y a même de la banane, j'adore!... ensuite la chantilly, le coulis de fruit... hum fraise ou cerise... j'hésite... qu'est-ce que tu en penses Sasuke ?
Je relevai le nez de ma carte pour accueillir son avis et me trouvais nez à nez avec son beau visage déconcerté. J'aspirais à attirer sur moi son attention ? J'avais pleinement réussi ! Il me défigurait comme s'il me voyait pour la première fois. Il avisait ma personne, cherchant très visiblement où ce petit corps pouvait stocker tant de nourriture... Je lui souris, ravie de mon effet et attendis patiemment qu'il veuille bien donner signe de vie.
- Et tu vas réussir à avaler tout ça ? Demanda-t-il soudainement.
- Oh mais oui ne t'inquiète pas! Je te l'ai dit, j'ai faim... alors Cerise ou fraise ?
- Mais... tu as remarqué que c'était la coupe la plus chère de la carte ? Demanda-t-il perplexe.
- Oui et c'est aussi la plus grosse !
- Bien sûr, le thé de luxe et les trois gâteaux hors de prix (8) c'est aussi pour leur taille ?
Je ne pris pas la peine de répondre et lui tirai la langue. Ce fut à ce moment je pense qu'il comprit que je le taquinais et qu'il entra pleinement dans mon jeu. Il prit plaisir à me rappeler que des heures et des heures de plonge m'attendaient après ce succulent repas que je m'apprêtais à savourer. Nous nous chamaillons toujours quand la serveuse vint prendre notre commande, tout comme au moment où elle nous l'apporta. J'attaquai avec appétit le chiffon cake. J'avais effectivement très faim. À force de vouloir me faire belle pour ce rendez-vous, Ino, Temari et Sakura avait accaparé tout mon temps et j'avais finalement sauté le déjeuner.
Peu à peu ma conversation avec Sasuke dériva vers des sujets plus communs. Il sembla que sa langue se déliait et, bien que ses propos restaient acerbes, c'était avec délectation que je me querellais avec lui. Toutefois, au moment où je m'y attendais le moins, Sasuke me posa une étrange question.
Nous venions de nous disputer au sujet de lecture. J'adorais la littérature étrangère et dévorais avec délice des romans anglais tout en connaissant et appréciant les œuvres de notre pays. Le brun, lui, soutenait que seule la littérature japonaise pouvait le satisfaire. Le verbe simple, les proses belles, les accents mordants,... il n'avait pas besoin des fioritures dont se surchargeaient les lettres occidentales pour apprécier une narration. A ses yeux, le plus court était le mieux. Une fois l'essentiel dit, une fois le message passé, pourquoi s'attarder à des détails et des descriptions qui ne donneraient rien à personne. J'avais eu beau lui expliquer que j'aimais me plonger dans l'univers du livre et qu'une description bien détaillée m'y aidait, que d'imaginer le parfum d'un arbre, le toucher d'un textile, l'ambiance d'un lieu, me transportait dans un autre monde et que j'adorais cette sensation, il resta sur ses positions... et moi sur les miennes.
Donc, après ce débat passionné, nous étions tous deux tombés dans un mutisme un peu boudeur. Je buvais des gorgées de mon thé au parfum délicat de bergamote, tout en l'observant par dessus ma tasse. Il avait allongé son bras sur le dossier de la banquette et tourné la tête vers l'extérieur, me présentant son profile aristocratique. Il était aussi beau qu'insupportable, mais j'aimais assez sa compagnie. Étrangement, plus je lui parlais et le découvrais, plus j'avais des facilités à anticiper ses réactions. J'avais une drôle d'impression, comme si je le connaissais par cœur. Toutes ses oppositions étaient attendues. Je ne me consternais même plus de nos points de vue si divergents. J'en étais même venue à me demander si nous n'étions pas programmés pour nous contre dire. Jouant avec la porcelaine tiède, je m'amusais à dénombrer nos dissemblances qui inexorablement nous rapprochaient, quand il parvint à me surprendre.
- Tu as un petit-ami ?
Je sursautai, relevant vivement ma tête. Avais-je bien entendu sa question ? Rien dans son attitude n'indiquait qu'il venait de parler. Il fixait toujours les baies-vitrées qui donnaient sur les rues noires de monde. Sa posture hautaine demeurait inchangée, sa bouche obstinément pincée... Je jetai quelque coup d'œil autour de moi, pensant avoir intercepté la conversation d'un autre... Mais quand il se tourna à moitié vers moi, haussant l'un de ses sourcils d'un air impatient, je sus que je n'avais pas rêvé, Sasuke venait bien de me poser cette drôle de question...
- Qu'est-ce que... parvins-je à lâcher dans un souffle après des siècles de tentatives infructueuses.
J'étais rouge, sans voix, incommodée... j'en passe et des meilleurs. Je crois que je me serais volontier cachée sous la table, voir même sous quelques une des strates terrestres, si j'en avais eu l'occasion. Ma confusion fut apparemment contagieuse car j'aperçus une légère teinte rosée colorer ses joues. Puis, il grogna, marmonna quelques paroles qui me parvinrent comme des bourdonnements indistincts et se redressa pour bien me faire face. Il n'était visiblement pas ravie de devoir se répéter, pourtant il posa ses coudes sur la table, se pencha un peu vers moi et demanda à mi-voix :
- Est-ce que tu as un petit-ami ?
Existe-t-il une couleur plus rouge que le rouge ? Si c'est le cas, je pense que je l'atteignis à ce moment précis. Sans le lâcher du regard, j'ouvrais et fermais la bouche avec la distinction d'une carpe. Pourquoi poser une telle question à un moment pareil ? La situation n'était-elle pas assez ambigüe ? Attentif à mes moindres faits et gestes, il joint les mains, comme en prière, et baissa un peu les yeux :
- Tu as parlé d'un petit-copain tout à l'heure, avec qui tu serais allée au Locolotion...
Bien sûr j'en avais parlé ! Je voulais à tout prix qu'il me cède ! Mais était-ce une raison pour me questionner sur Kiba ? Pourquoi Kiba l'intéressait-il ? Mon cerveau cessa brusquement tout mouvement de panique. Je pensais bizarrement, Kiba n'était pas mon petit-ami. Nous étions proche, étions sortis une ou deux fois ensemble, toutefois je ne lui avais toujours pas donné de réponse, malgré tout je pensais à lui comme un petit-ami... Mon cœur rata un battement... Kiba... Je me secouai mentalement, ce n'était ni le lieu ni le moment de penser à Kiba. J'étais face à un Sasuke avide de savoir, je devais trouver une parade et vite. Pour ne rien simplifier, je ne devais pas lui révéler la relation qui me liait à son camarade. Je me mordis les lèvres, j'allais vivre un drôle de quart d'heure.
Une éternité plus tard, je me décidais enfin à acquiescer. Mon vis-à-vis n'eut aucune réaction apparente.
- Je ne m'y attendais pas, avoua-t-il.
- Pourquoi ? Demandai-je interloquée par cette assertion.
- Et bien... j'ai pu t'embrasser deux fois...
Deux doigts levés appuyèrent sa phrase. Je pinçais les lèvres. Je trouvais désagréable qu'il ait le culot de me rappeler nos moments d'égarements alors que je venais de lui parler de mon petit-ami fictif. D'un ton froid, je lui rétorquai :
- Je te ferais remarquer que tu m'as sauté dessus et que je n'ai pas eu l'occasion de me défendre !
Il ricana. Ses pupilles sombres me fixaient avec insistance, brûlantes et dérangeantes quand il susurra avec une sensualité exagérée :
- C'est beaucoup trop facile comme excuse...
Je sentis l'embarras se peindre sur mes joues et me renfrognai un peu. Il avait raison bien sûr, car je n'avais jamais réellement lutté contre ses assauts, mais je ne voulais pas le reconnaître face à lui, j'optai donc pour un silence buté. Du moins tentai-je de m'enfermer dans ce silence, car Sasuke n'en avait pas fini avec moi. Il avait besoin de savoir et n'était pas prêt à me laisser me défiler.
- C'est un garçon de Konaha, n'est-ce pas ?
Aujourd'hui encore je me demande comment je pus ne pas bondir de ma chaise. Ce garçon était incroyablement perspicace. Par un miracle indéfinissable, j'étais parvenue à garder mon calme. Je me composais un air d'incompréhension la plus totale pour déclarer avec plus ou moins d'assurance :
- Je ne vois pas pourquoi tu dis une chose pareille...
- Et bien, ça me semble logique... tu es arrivé d'Izumo il n'y a même pas deux mois. Enfermée dans l'internat, tu n'as pas trop eu l'occasion de rencontrer des mecs de l'extérieur. Tu pourrais me dire que tes copines te l'auraient présenté, mais aucune d'entre elles n'est de Tokyo...
- Oui mais elles y sont scolarisés depuis un moment, lançais-je pour contrecarrer ce raisonnement épouvantablement logique et implacable.
- Mmmh, peut-être... mais non ! Affirma-t-il sans hésitation, Sakura et Temari ne sont pas du genre à aller voir des garçons d'autres lycées, peut-être Ino, admit-il du bout des lèvres, mais rien n'est moins sûr...
Son analyse froide et juste de mes amies me fit presque peur. Il était capable de tout décortiquer avec la précision d'un scientifique et avec une assurance telle qu'il aurait pu convaincre le dernier des incrédules. Je fus tétanisée à l'idée qu'il puisse me disséquer de la sorte et me tassai légèrement dans mon fauteuil, comme pour éviter son coup de scalpel. Voyant que je ne répondrais pas, il continua sur sa lancée :
- Je t'avouerai même que je pense savoir qui c'est...
Cette fois, je ne pus rester silencieuse. Je connaissais ses soupçons, je connaissais la suite de ses paroles. Je ne voulais pas les entendre pour ne pas me liquéfier sous le poids de ses affirmations.
- Sasuke, je t'en prie, m'exclamais-je d'un ton agacé pour le faire taire.
- ... Kiba, lâcha-t-il comme s'il n'avait pas été interrompu.
Il avait prononcé le nom au quel je m'attendais. Depuis les heures de colles qu'Orochimaru nous avait données, il nous soupçonnait. Tout dans son attitude me l'avait fait pressentir. Il nous observait, semblait intéressé, agacé... Je devais détourner son attention, empêcher qu'il continue douter de nous... ou jamais je ne pourrais aller plus loin avec Kiba. Malheureusement, mes joues cramoisies ne jouaient pas en ma faveur. J'allais devoir jouer finement. J'avais sous mes yeux un maître des mensonges, et ce fut dans son exemple que je puisais pour annoncer avec sérénité :
- En effet, en d'autre circonstance tu aurais sûrement eu juste. Kiba me plaît, il est drôle et assez beau garçon, et contrairement à toi, il ne passe pas son temps à agresser les filles... mais je te rappelle que les filles et les garçons sont en guerre ! Je ne suis pas assez folle pour prendre des risques inconsidérés, j'ai déjà assez d'ennuie pour me mettre tout un dortoir à dos !
Il me considéra un moment, extrêmement concentré. Son pouce caressant doucement sa lèvre supérieure, il semblait chercher la moindre faille en moi. Il ne la trouva apparemment pas, puisqu'il concéda au bout de quelques minutes de réflexion :
- Tu as raison, je me suis laissé avoir par l'égard avec laquelle il te traite... mais j'oublie toujours qu'il n'a été élevé que par des femmes... il les respecte presque religieusement...
Curieusement, il n'utilisait pas ce ton goguenard auquel je me serais attendu. Je crus déceler de la déférence dans ces propos, comme s'il aurait voulu lui aussi être capable d'accorder tant d'admiration à qui que ce soit. Je me retins pour ne pas sourire et pendant un moment crus que j'étais enfin libérer de l'interrogatoire... C'était mésestimer la ténacité de Sasuke...
- Dans ce cas comment as-tu rencontré ton copain ?
Je soupirai. Pourquoi accordait-il tant d'importance à un garçon qu'il ne connaissait pas ? Pour mettre un terme à cette conversation qui devenait beaucoup trop risquée, j'inventais une histoire qui me sortirait de ce pétrin :
- La vérité c'est que je suis venue à Tokyo pour rejoindre mon copain. Nous nous connaissons depuis Izumo, mais il est plus âgé que moi. Quand il est venu à la capitale pour travailler, j'ai décidé de l'accompagner, ce n'est pas plus compliqué...
- Drôle d'histoire, déclara-t-il, comme pour m'embêter plus encore, suivre un homme ?
- Et alors ? M'emportai-je.
J'étais furieuse qu'il ne veuille pas lâcher le morceau. Mais mes humeurs n'intéressaient pas le brun.
- Il faut que tu l'aimes vraiment pour avoir tout abandonné pour lui...
- En effet...
- Et lui il t'aime ?
- Bien sûr...
- Dans ce cas, il n'aimerait pas apprendre que nous nous sommes embrassés...
Je me mordis mes lèvres. Il aimait me rappeler cette affaire.
- Non, il n'aimerait pas. Je pense même qu'il serait furieux d'apprendre que tu m'as sauté dessus... Il pourrait avoir envie de te frapper...
- Me frapper, répéta-t-il.
Une drôle de lueur traversa ses iris et je sus immédiatement que je devais me méfier. Doucement, avec une sensualité provocante. Il attrapa mes mains et enlaça ses doigts aux miens.
- Donc il n'aimerait pas nous voir comme ça...
- Non, je ne crois pas... lançais-je froidement, en tentant de me dégager de sa prise, en vain.
- Ni même comme ça, dit-il en souriant.
D'un geste lent, plein de défi, il porta mes mains à ses lèvres. Ses yeux noirs me dévoraient tout entière et ce simple regard suffit à m'enflammer et me faire perdre le sens des réalités. Chaque détail de son visage me faisait frissonner. La mèche brune qui tombait, languissante, sur sa joue pâle. Ses lèvres rosées qui n'était plus qu'à quelques centimètres de ma peau... qui m'effleurait... me caressait d'une manière scandaleusement érotique...
- Hinata ? Sasuke ? Quelle surprise !
D'un même mouvement nous relevions la tête vers cette voix que nous connaissions. Sasuke pâlit et lâcha prestement ma main. Moi-même, je me sentis très mal à l'aise. Debout près de notre table, en compagnie d'une charmante demoiselle, Itachi Uchiwa nous souriait...
Fin du chapitre 12, Suite au chapitre 13.
Notes :
1- « tirage » « contraste » « photo dures » :Toutes sortes de termes de photo... Renge parle ici de la qualité d'une image et des différentes manières de gérer sa lumière pendant le tirage...
2-Tanaka et Akanichi : Alors celles qui y verraient une allusion à deux charmants jeunes hommes du groupe KAT-TUN auraient tout à fait raison... XD
3- Convenience Store ou Combini (contracté) : Ce sont des magasins de proximités où l'on trouve vraiment de tout! De la boîte de préservatifs au le plateau repas, en passant les cannettes chaudes, les conserves alimentaires et les petites culottes jetables ! ¬ .¬ (no comment ...) XD
4- Yamamba est un synonyme de ganguro, c'est un type de kogals qui se bronze... non pardon se brûle la peau, se décolore les cheveux, se maquille de couleurs claires et s'habille fashion et sexy... (cf. notes du chapitre 9)
5- Wakaba : Pourquoi Miu la ganguro a honte de son nom? Enfait, Wakaba est un prénom japonais un peu vieillot... ça reviendrait presque à s'appeler Gertrude... ¬ .¬ Pauvre marmaille...
6- Le Locolotion est, rappelez-vous, le bar où Hinata et Kiba ont leur deuxième rendez-vous. Je rappelle que c'est le titre d'une chanson dont tous les droits appartiennent à Orange Range... (cf. note du chapitre 10)
7- Happy Days: Bah pour ceux qui sont trop jeunes ou qui ne regarderait pas la télé (ça arrive plus souvent qu'on ne le croit!) Happy Days était une série américaine des années 60-70 qui racontait les mésaventures de Richie un bon petit gosse naif d'une famille un peu bourge'... Du moins au début, car Fonzie, personnage secondaire, est vite devenue le favoris du public et le héro de la série... et aussi celui dont on se souvient... D'où le ducktail... ¬ .¬
8- Russian Earl Grey, Chiffon Cake, Cheese Cake, Tarte aux fruits: Dans nos pâtisseries françaises, ce thé et ses gâteaux seraient tout à fait abordables, mais au Japon tout ce qui est d'origine occidentale est considéré comme des produits de luxes, par conséquent un peu coûteux... d'où la réaction de Sasuke... Sachant, tout de même, que la vie est généralement très chère au Japon et particulièrement à Tokyo
Niark, Niark, Niark...
Bon ben moi je dis : Vive Itachi!
MOUAHAHAHAHAH! Kof! Hum!
Oui donc je disais, bonjour à toutes et à tous (bien que je doute qu'il y'ait beaucoup de garçons qui lisent ma fic)
Je tenais à m'excuser pour ma longue absence, mais les obligations scolaires ont été plus nombreuses que prévus. En tout cas je suis de retour et la semaine prochaines débutes les vacances DONC plus de chapitre!
J'espère que vous continuerez à me lire!
Rendez-vous, donc, au prochain chapitre pour savoir ce qu'Itachi a encore inventé pour pourrir la vie de nos deux amis!
Gros bisous à tous!
Laissez-moi des commentaires, je vous en supplie! Pour me donner votre avis! Et puis ça me motive!
Je remercie Zagen pour sa bétalecture patiente et appliquée ! (Quel courage! XD) Kiss à toi!!!
Allez Kiss!
°oO°OoTsubaki no TsukioO°Oo°
