Disclaimer : rien n'est à moi, tout est à Takeshi Obata et Tsugumi Oba.

Merci à Mauguine, Ariani Lee Gore, Patte de velours et Kaede pour les reviews ! Ah, et Ariani, j'avoue avoir réfléchi à ta question... mais au final, la réponse m'échappe toujours. Alors oui, tu as raison. Comment ils font pour s'habiller et se déshabiller avec la chaîne ?

CHAIN OF HOPE

Partie 2

-Si tu comptais être discret, c'est mort, grogna Light, résolument plongé dans la contemplation du menu.

-Je ne comprends pas pourquoi tu as refusé que Misa nous accompagne, dit sereinement Ryuzaki, ignorant les coups d'oeils effarés que lui jetaient les autres clients.

-Ryuzaki, soupira Light. Déjà que deux hommes reliés par une chaîne qui dînent en tête à tête, c'est suspect, mais si tu rajoutes une hystérique célèbre et qui adore attirer l'attention sur elle avec nous, là, tu peux faire une croix sur ton petit repas simple et paisible.

-Misa est loin d'être une simple hystérique, c'est juste une jeune fille pleine d'énergie. Et puis elle t'est dévouée corps et âme, comment peux-tu la haïr ?

-Je ne la hais pas. Et puis je n'ai pas envie de parler d'elle.

Light crut déceler un éclat étrange dans les yeux de Ryuzaki, mais il fut vite persuadé qu'il ne s'agissait que de son imagination. Un serveur vint prendre leur commande, les narines pincées, comme s'il avait honte de devoir accueillir de tels énergumènes dans ce restaurant. Il fallait dire que Ryuzaki n'était vraiment pas chic, avec ses cheveux décoiffés, son tee-shirt froissé, son pantalon trop large et ses pieds nus, alors que les autres clients arboraient des costards ou des petites robes de haute couture. Light avait presque honte de dîner avec lui... lorsque la menotte qui entravait sa main gauche frappa la nappe d'organsin et qu'il se rappela que lui-même n'était pas plus reluisant, avec ses gestes raides dues à ses ecchymoses, l'horrible odeur de chocolat qui s'était imprégnée à sa peau et cette chaîne qui avait vraiment quelque chose de… pervers.

-Que désirez-vous, messieurs ? s'enquit le serveur d'un air méfiant.

-Un tartare de truite saumonée, demanda Light.

Puis le serveur se tourna vers Ryuzaki et Light commença à redouter le pire. Inutile d'imaginer le détective manger ne serait-ce qu'une bouchée d'un aliment salé. Light était persuadé que son « ami » allait demander quelque chose bourré de sucre et de gluten, ce qui ne ferait qu'attiser l'attention que les gens leur portaient.

-Je voudrais des profiteroles à la Chantilly, une tarte aux citrons meringuée, trois boules de glace au chocolat, un plateau de fruits et, avec tout cela, un cappuccino… avec beaucoup de sucre.

Light leva les yeux au ciel, désespéré.

Le serveur prit la commande, un sourcil soigneusement haussé.

Les gens qui avaient laissé traîner leurs oreilles restèrent muets de stupeur, éberlués, puis ne cessèrent de jeter des regards intrigués au corps efflanqué du détective gourmand, remarquant au passage la chaîne et dévisageant Light, se demandant s'ils étaient vraiment en couple, lui et Ryuzaki. Le jeune homme aux yeux noisette aurait voulu se cacher derrière le livret des menus, mais le serveur le lui avait pris. En désespoir de cause, il pencha la tête, espérant que ses cheveux pourraient au moins masquer une partie de son visage.

-Tu as honte de moi.

-Non, non ! s'empressa de démentir Light, relevant le visage.

-Ce n'était pas une question, Light. Tu as honte d'être avec moi. Tu me trouves laid et bizarre.

-Je ne te trouve pas laid ! protesta immédiatement le jeune homme, remarquant trop tard qu'il aurait mieux fait de se taire.

Les lèvres de Ryuzaki s'étirèrent en un rictus narquois.

-Merci, Light. Au fait… si tu n'as pas envie de parler de Misa, de quoi veux-tu que nous parlions ?

-De l'affaire Kira, proposa Light, peu convaincu.

Après tout, c'était Ryuzaki qui l'avait entraîné de force dans ce restaurant. C'était à lui de trouver une conversation intéressante. Pendant qu'on leur apportait leur commande, il resta muet, faisant mine d'être plongé dans des pensées profondes et pleines de sens… mais en réalité, il ne pouvait s'empêcher de songer à ses paroles. « Je ne te trouve pas laid ! » Bien sûr que non, il ne trouvait pas Ryuzaki laid. Pourtant, le détective n'avait rien d'un sex symbol. Il avait un teint maladif, des cheveux décoiffés, des yeux de panda, pas la moindre parcelle de muscle, de gros orteils et un style vestimentaire beaucoup trop basique. Il était loin des frigos bodybuildés au sourire en coin faussement charmeur et aux yeux clairs que bombardaient les magazines dont raffolait Misa. Et pourtant, il avait son charme.

-Glourps, slurps, miam…

Light retira sa dernière pensée. Ryuzaki qui mangeait à toute vitesse divers gâteaux, le tout arrosé de crème Chantilly et de sauce chocolat, n'avait rien de très charmant. Le pire fut lorsqu'il tenta de parler, projetant devant lui des miettes que Light regarda s'écraser dans sa propre assiette avec dégoût.

-Sincèrement, je ne pense pas que la piste que nous suivons nous ramènera au vrai Kira, celui que j'ai traqué en premier. Cette grande société n'est pas aussi maligne que lui… c'est pour ça que mes soupçons se portent encore sur toi.

-Je comprends, dit Light, soupirant une énième fois depuis qu'il était attaché à Ryuzaki.


Dès qu'ils sortirent du restaurant, ils furent accostés par une limousine conduite par Watari. Ryuzaki s'y engouffra aussitôt, mais Light hésita, jetant des coups d'œil autour de lui. La ville était particulièrement animée, probablement parce qu'il s'agissait d'un samedi soir. Les adolescents, surtout, avaient envahis les rues et l'ambiance était festive. Ordinairement, Light n'aimait pas se mêler aux autres et il allait rarement à des soirées, les trouvant souvent beaucoup trop futiles pour lui. Mais ce soir-là… il fut pris d'une idée étrange et un petit sourire sadique naquit sur son visage. Il tira un coup sec sur la chaîne qui le reliait à Ryuzaki et lui proposa, sur un ton de défi :

-Dis, ça te dirait qu'on aille dans un dancing ?

Le détective resta impassible.

-Tu y tiens vraiment ? s'enquit-il.

-J'ai bien le droit d'aller m'amuser un peu, après l'enfermement que tu m'as fait subir…

-Je rectifie : après l'enfermement que tu t'es fait subir. C'est étrange, je ne t'imaginais pas traîner dans les dancings. Mais puisque tu y tiens… Watari, revenez nous chercher dans quelques heures.

-Bien, Ryuzaki.

Ce dernier quitta la limousine. Light lui prit fermement le bras, sentant un plaisir vicieux croître rapidement en lui, et l'entraîna à sa suite dans un dancing lumineux et coloré, d'où s'échappait une musique assourdissante, mélange confus de techno et de chanson japonaise. Par chance, remarqua-t-il, il n'empestait plus le chocolat.

Cette boîte de nuit était si immense qu'on n'en voyait pas la fin. Ce n'était qu'un brouillamini d'adolescents, tous vêtus de façon plus excentrique les uns que les autres, arborant des coupes de cheveux soigneusement apprêtées et des vêtements à la pointe du fashion. Les filles ressemblaient toutes à des Misa, la seule différence étant que certaines étaient plus excitées encore. Elles étaient toutes plus pithiatiques les unes que les autres, trépignant d'impatience et accrochée au cou de leur jules respectif qui, au passage, avaient plutôt l'air satisfaits. Une fille aperçut immédiatement Light et Ryuzaki et, avant d'avoir pu comprendre ce qui leur arrivait, ils se retrouvèrent attablés au bar, l'écoutant piailler sur sa vie qui était, pour Light, aussi trépidante et active que sa vie sexuelle.

Deux secondes… cela voulait dire qu'il avait une vie sexuelle inexistante ? Ou alors c'était l'alcool qui lui montait à la tête ? Non, il n'avait bu qu'un verre, n'étant pas fan d'alcool. En revanche, Ryuzaki, lui, se concoctait avec flegme un joli cocktail de vodka, tequila, whisky et autres liqueurs.

-Tu ne devrais pas, conseilla hypocritement Light.

En effet, le jeune homme aux yeux noisette était principalement venu ici dans ce but : voir le comportement de Ryuzaki en soirée et savoir quelles étaient les failles du détective. D'ailleurs, il ne savait pas vraiment pourquoi il voulait vraiment mettre le doigt sur ses défauts… mais il le voulait. Peut-être que Ryuzaki avait raison. Il avait une part de Kira en lui, sadique à souhait, qui s'éveillait par intermittence, comme ce soir-là.

-Encore un verre, peut-être, mais un dernier… minauda-t-il en lui mettant dans les mains une autre vodka-orange.

Ryuzaki avaient les yeux encore plus hagards à l'accoutumée, et il ne cessait de pouffer bêtement de rire. Ce même rire idiot qu'il avait eu dans le lit, la veille… lorsqu'il avait remarqué qu'ils formaient un vieux couple… à cette pensée, Light tira instinctivement sur cette foutue chaîne, s'écorchant au passage le poignet –mais il avait finit pas s'y habituer.

-Au fait, demanda la fille (il n'avait même pas cherché à retenir son prénom), vous êtes gays, toi et lui ?

-Ouais, on est très gays ! pouffa Ryuzaki en vidant son verre.

-Il n'est pas très net, ton copain, observa-t-elle perfidement à Light. Je parie que cette idée d'être constamment menottés, c'était son idée ?

-Ouais, répondit Light, sentant son sourire s'élargir. Il a côté pervers. Ma copine le dit souvent.

-Ta copine ? répéta la fille d'une voix tremblante.

Ses yeux se mirent à briller.

-Tu as une copine ? répéta-t-elle, comme s'il venait de lui annoncer qu'elle avait un cancer en phase terminale.

Puis elle se racla la gorge et reprit, beaucoup plus assurée :

-Ça te dirait d'en avoir une deuxième ?

-Oh, elle ne sera pas d'accord… déjà que les plans à trois, ça ne la branche pas trop… et puis lui non plus il ne voudra jamais, il est beaucoup trop individualiste. Figure que la première fois qu'on l'a fait à trois, il a tenté d'étouffer ma copine sous la couette pour que je sois entièrement à lui !

La fille resta muette de surprise, la bouche entrouverte dans une pose particulièrement stupide. Light retenait ses éclats de rire moqueurs. Décidément, il se détendait bien, ici. Puis le portable de Ryuzaki sonna. Le jeune homme aux allures de zombie renforcées par son état d'ébriété prit son portable, qui tangua dangereusement entre ses deux doigts.

-Ooooh… c'est W !

-W ? répéta la fille d'un ton méprisant. Il n'est vraiment pas clean !

-Non, tu te trompes, W c'est le signe qu'on doit y aller ! Tu viens, mon chéri ? Faut y aller…

Ce fut au tour de Ryuzaki de tanguer dangereusement, mais Light le retenait solidement par la taille. Il l'aida à sortir du dancing. Derrière eux, la fille –Light avait déjà oublié si elle était jolie ou non- hurla :

-Tu me rappelleras, hein ?

-Bien sûr ! répondit-il sans se retourner.

L'air frais du soir les accueillit à la sortie. Un vent, léger et rafraîchissant, caressa leurs visages, s'engouffrant dans leurs cheveux et faisant gonfler le tee-shirt de Ryuzaki. Celui-ci, perdu dans sa perte de réflexes momentanée, n'eut même pas le moindre geste pour rabaisser son vêtement et exposa son torse aux yeux de tous. Quand il s'en aperçut, Light se dépêcha d'aplatir le tee-shirt du plat de la main, refusant que d'autres puissent ne serait-ce qu'entrapercevoir la couleur laiteuse et appétissante de sa peau.

Laiteuse et appétissante ?

« Pourtant, je n'ai bu qu'un verre… »

Les yeux de Light se posèrent sur Ryuzaki, qui s'amusait maintenant à tirer sur la chaîne en souriant d'un air réjoui.

« … moi. »


Le soir, il fut impossible pour Light de s'endormir. Ryuzaki était agité, et ne cessait de se tourner dans tous les sens. Bientôt, il sentit son poignet gauche happé sur le côté, et il osa jeter un coup d'œil du côté de son « geôlier ». Il hésita entre éclater de rire ou pleurer de désespoir en voyant que Ryuzaki s'était débrouillé pour entortiller la chaîne tout autour de lui et qu'il essayait vainement de s'en dégager, marmonnant des mots n'ayant pas un sens connu du commun des mortels. Light, qui avait depuis longtemps abandonné tout espoir de s'endormir, entreprit de le libérer de son propre piège, au final assez amusé. Alors qu'il venait de dégager totalement Ryuzaki de cette foutue chaîne, le détective lui attrapa le col de la chemise –Light n'avait pas eu le courage de se déshabiller avant de se mettre au lit- et le tira vers lui. Le jeune homme aux yeux noisette se retrouva projeté contre le torse de Ryuzaki, qui tenait toujours fermement son vêtement. Leurs visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, seulement éclairés par le mince filet de lumière qui émanait de la lampe de chevet. Ils restèrent silencieux. Light parcourait du regard le visage du détective aux cheveux noirs, remarquant pour la première fois à quel point ses lèvres avaient une forme particulière, légèrement plissées, comme si elles s'étaient figées dans un baiser. Son cœur battait si fort qu'il l'entendait résonner au creux de son oreille, et une bouffée d'adrénaline lui monta au visage, lui donnant l'impression que chaque effluve d'air qu'il inspirait crevait sa poitrine pour se déverser en plein sur… sur son cœur ?

Ryuzaki lui souffla brusquement dans la figure… et Light crut qu'il allait vomir.

-Putain Ryuzaki, tu pues l'alcool !

Il avait oublié le détail le plus important : Ryuzaki était ivre, comme le témoignait l'étrange fixité de son regard. Light lui fit lâcher son col de chemise, qu'il entreprit de lisser avec les paumes de sa main, pour s'enfoncer dans les draps de soie, ressentant un sentiment profond qu'il ne parvenait à expliquer. Etait-ce de la peine ? Du regret ? Non. Il était juste déçu. Mais… pourquoi ? lui demanda une voix, peut-être sa conscience, probablement son imagination qui déraillait. Il n'était tout de même pas…

L'adjectif « amoureux » lui vint à l'esprit sans qu'il ne sache pourquoi, le troublant davantage. Mais non, il délirait. C'était l'enfermement dans une cellule de quelques mètres carrés qui lui était monté au cerveau et maintenant, il avait du mal à aligner correctement ses pensées. Ryuzaki était son adversaire, bordel ! Tiens, Light, d'ailleurs, pourquoi est-il ton adversaire ? Light grimaça dans l'obscurité. Il n'en savait rien. Il ne savait plus comment tout avait commencé, il avait même oublié quand est-ce qu'il avait entendu parler pour la première fois de L. C'était à la télévision, non ? Et qu'avait-il pensé ? Il n'en savait rien. L'image d'un cahier noir lui emplit le cerveau, mais il la rejeta violemment, fronçant les sourcils et poussant un petit grognement. Attends... l'image de... quoi ? Que pensait-il, deux secondes plus tôt ? Il pensait à... à un cahier… non. Il pensait à L… à Ryuzaki… il sentit le détective remuer de nouveau à ses côtés et coller son dos contre le sien. Il se décala, mais Ryuzaki le suivit dans son mouvement, se tournant vers lui et, cette fois-ci, collant son torse à son dos… lui faisant au passage profiter de son haleine joyeusement parfumée au gin… puis il passa un bras autour de sa taille. Light, gêné car Ryuzaki n'était pas vraiment conscient de ses gestes, garda les yeux grands ouverts dans le noir, le cœur battant à tout rompre. La déception qu'il avait éprouvée s'était volatilisée, faisant de nouveau place à de l'espoir.

« Tu ne devrais pas », chuchota son imagination. « Il fait ça parce qu'il est bourré, pas parce qu'il t'apprécie ! »

Pourtant, Ryuzaki le serrait de plus en plus fort contre lui… Light, qui ne savait plus très bien que penser, finit pas s'endormir.

To Be Continued...

Et ne me demandez pas pourquoi je mets plus d'un mois à poster un chapitre écrit depuis plus de deux mois.