Chapitre 2 The Voice Of The God Of Death (Calling Me)

Pourtant, ce n'était pas comme si Yoite n'avait jamais rien demandé. Il avait demandé à Yukimi de lui couper les cheveux. Il ne savait pas le faire lui-même et puis toutes ces mèches dans ses yeux qui rentraient dans sa bouche quand il mangeait, ce n'était pas pratique. Et puis, les cheveux trop longs sur son visage devenu trop fin…

Non, ça n'avait rien à voir avec ça. Sora n'avait jamais existé, donc aucun rapport avec Sora.

Yukimi s'était plaint de ce morveux qui lui prenait tout son temps, comme s'il n'avait que ça à faire. Yukimi passait son temps à geindre. C'était même impressionnant, de geindre à se point et de se plaindre ensuite d'être en retard. Yukimi se plaignait de son ordinateur, de la cafetière, de l'interphone dont il ne se souvenait plus sous quel pense-bête il se trouvait, voire l'aspirateur qui ne se passait pas tout seul. Il se plaignait de sa sœur, du petit crétin du Wakachi, de Yoite, bien sûr. C'était rassurant. Si Yukimi avait fait des efforts, si Yukimi avait tenté de lui faire croire qu'il était le bienvenu, jamais il ne l'aurait supporté. Il n'était le bienvenu nulle part. Il était là parce que Hattori-san l'avait imposé, et il ne voulait pas que Yukimi lui donne quoi que ce fût de plus que ce qu'il avait l'ordre de donner. Lui ne parlait jamais, afin de ne forcer personne à lui répondre. Et puis, il n'avait rien à dire.

Yukimi était même parvenu à lui refiler de force quelque chose d'inestimable, en donnant l'impression que ce n'était absolument pas pour lui qu'il le faisait.

Un nom.

A y réfléchir, donner un nom à un mourant ou assimilé mourant n'était sans doute pas –Hattori-san avait raison, Hattori-san avait toujours raison- vraiment nécessaire. Le garçon lui-même se fichait bien d'avoir un nom ou pas. Qui l'appellerait, de toutes façons ? Qui prononcerait ce nom ?

Mais, à supposer qu'il pût aimer quoi que ce soit, il aimait le nom que lui avait donné Yukimi. « Vent dans la nuit ». Yoite.

Yoi, la nuit dans la noirceur profonde de laquelle il aurait pu se fondre.

Te, Kaze, le vent glacial qui emporte les vies.

Yoite.

Il avait eu envie de prononcer ce nom. Parce que ce nom n'était pas Sora. Parce que ce nom était quand même le sien. Pour sentir le goût des trois syllabes sur ses lèvres engourdies par l'inactivité prolongée.

« Yo…i…te ».