Chapitre 2

Quelqu'un parlait. Marty était vaguement conscient de quelqu'un l'appelant par son nom. Il remua faiblement.

« Hein ? »

Il entrouvrit un œil. Doc était penché sur lui, essayant de le réveiller.

« Marty, il faut que tu te prépares pour la kermesse, nous y allons dans moins d'une heure. »

Marty soupira. Il ne se sentait pas très bien, mais essaya quand même de se lever.

Mauvaise idée.

« Ouch ! » gémit-il alors qu'il retombait sur le lit. Le monde tournait, tournait autour de lui, lui déformant la réalité. Il sentit son estomac tanguer dans son abdomen noué.

« Marty ? »

Doc. Il était toujours là.

Bien sûr qu'il était toujours là. Qu'est-ce qu'il avait dit ? Que se passait-il déjà ?

Le jeune homme essaya de reprendre prise sur la réalité alors que sa tête tournait. Il sentit le dos d'une main se poser sur sa joue, puis sur son front.

Il ouvrit à nouveau les yeux et vit Doc qui le regardait, les sourcils froncés. Il lui rendit son regard, désorienté, jusqu'à ce que le brouillard dans sa tête se dissipe suffisamment pour lui permettre de réfléchir.

Il devait se préparer pour la kermesse… C'est vrai.

Essayant à nouveau de se lever, l'adolescent rencontra la résistance d'une main qui le repoussait gentiment en arrière.

« Qu'est-ce qu… ? »

« Tu ne vas nulle part Marty… » lui dit doucement Doc.

« Mais… »

« Il n'y a pas de « mais » qui tiennent » ordonna-t-il à nouveau, « Tu as un peu de fièvre. »

Marty se rallongea. Il était trop épuisé pour argumenter. Il regarda Doc se lever, sortir de son champ de vision pendant une minute et revenir avec un verre dans une main et quelque chose caché dans l'autre.

« J'emporte toujours un kit médical dans la DeLorean, au cas ou », expliqua-t-il alors qu'il s'agenouillait près du lit.

« J'ai quelques bandages, des antibiotiques, des anti-douleurs… » il ouvrit sa main « et un simple acetaminophen ».

« Acetamino-quoi ? demanda Marty, levant un sourcil.

« Du Tylenol », simplifia Doc.

« Oh »

Marty prit le médicament et le verre d'eau qu'on lui offrait, et avala rapidement les deux. Il rendit le verre au scientifique.

« Merci Doc. »

Emmet le regarda un moment, et l'adolescent commença à se sentir gêné d'être scruté ainsi.

« Je suis sûr que ce n'est rien Doc » dit-il en souriant.

« « Rien » ne causerait pas de la fièvre » répliqua sèchement le scientifique.

Marty soupira. Il avait horreur qu'on s'inquiète pour lui. Surtout quand il était malade. Chaque fois qu'il ne se sentait pas bien, il désirait seulement se rouler en boule sous une tonne de couvertures et qu'on le laisse tranquille.

Mais il détestait aussi mentir à son meilleur ami. Peut-être que s'il lui en disait un peu à propos de son état, il le laisserait se rendormir.

« Eh bien… J'ai l'estomac un peu détraqué et mon ventre est douloureux, mais ça doit seulement être un virus ou quelque chose comme ça… »

Le vieil homme continuait de le regarder consciencieusement.

« Je suis sûr que ça ira mieux demain matin » ajouta Marty, pour que Doc ne s'inquiète pas. Il ajouta un sourire, juste pour être sûr.

Cela sembla marcher. Doc se leva et soupira.

« Très bien » dit-il, « Si tu dis que ça ira, je vais me préparer pour la kermesse. Mais si ça empire, tu dois me le dire. »

« C'est vous le doc, Doc. »

Alors qu'Emmet s'éloignait, un détail ressurgit dans l'esprit de Marty.

« Attendez, vous allez à la kermesse ? Tout seul ? »

Doc se retourna.

« Marty ! Je suis tout à fait capable de prendre soin de moi ! »

L'adolescent lui jeta un coup d'œil, l'air d'en douter.

« De plus », continua Doc, « Tannen n'est supposé me tuer que lundi, et nous serons partis d'ici là ! »

Marty se détendit quelque peu, même s'il n'étais pas entièrement convaincu.

« Vous avez sans doute raison. » dit-il simplement.

« Bien sûr, ne t'inquiète pas pour moi. »

L'adolescent acquiesça.

« Maintenant rendors-toi Marty. Je vais me changer. »

Le jeune homme ferma les yeux. Il avait la tête qui tournait, et n'avait pas dit toute la vérité à Doc. Il avait horriblement mal au ventre, un peu comme si on lui plongeait un couteau dedans et qu'on l'y remuai.

Il se pelotonna sur son côté gauche et essaya de respirer normalement. Il se concentra sur le bruit que Doc faisait près de lui, déplaçant des affaires dans la pièce, essayant probablement de se faire beau pour Clara, puisqu'elle était supposée assister aux festivités. Marty ne voulait pas priver Doc de sa chance de voir la femme dont il était tombé amoureux. Mais il était quand même inquiet. Que se passerai-t-il si Tannen était là-bas lui aussi ? Que se passerait-il s'ils avaient, d'une quelconque manière que ce soit, changé la course du temps et que Doc se faisait tirer dessus ce soir ?

Marty cacha son visage dans son oreiller. Il fallait qu'il réfléchisse à tout ça, mais son estomac tanguait. Prudemment, il essaya de le décontracter.

Il entendit Doc fredonner une chanson.

Eh bien, pensa Marty, en voilà au moins un qui se sentait bien.

Il essaya de faire comme s'il s'était endormi, afin que son ami ne s'inquiète pas.

Mais, bien sûr, on ne pouvait pas tromper Doc si facilement. Il savait que l'adolescent ne dormait pas, sa respiration étant trop rapide pour ça, mais au moins, il se reposait. Il prit sa plus belle chemise et l'enfila. Puis il mit sa veste et essaya un chapeau.

Emmet se regarda dans le miroir.

Peut-être pas ce chapeau là, pensa-t-il.

Il l'enleva et en mis un autre.

Beaucoup mieux.

Il enfila ses bottes et ramassa quelques affaires. Puis il se regarda une dernière fois et sourit.

Il jeta un coup d'œil à Marty. D'après lui, le garçon était toujours réveillé, mais à peine. Il s'approcha de lui, puis revint sur ses pas et changea encore une fois de chapeau.

Il acquiesça en voyant son reflet, satisfait, puis traversa la pièce.

« Marty ? »

Comme le jeune garçon ne répondait pas, il s'accroupit près du lit et posa gentiment une main sur son bras.

Une paire d'yeux où la douleur était visible rencontra les siens.

« Doc ? » murmura faiblement Marty.

Il prit une grande inspiration, et ferma à nouveau les yeux. Emmet pouvait le sentir trembler alors qu'il exhalait lentement, avalant précautionneusement.

« Je ne me sens… pas si bien que ça Doc »

Emmet se contenta d'acquiescer. La peau de son ami avait l'air cireuse. Il ne voulait pas l'alarmer en le lui disant, mais il commençait lui-même à se faire du souci. Il essaya d'apaiser l'adolescent en passant doucement une main dans ses cheveux, vérifiant par la même sa température. Il se rendit compte qu'effectivement, Marty ne se sentait vraiment pas bien, puisqu'il ne protesta pas.

Mais alors que sa respiration devenait plus longue et plus profonde, Marty se tendit soudainement, ses yeux s'ouvrant à nouveau alors qu'il inspirait en tremblant. Il s'assit maladroitement et crispa sa main sur son ventre. Sa respiration était irrégulière et difficile.

« Marty ? » l'appela Emmet, « Qu'est-ce qu'il se passe ? Tu as envie de vomir ? »

Mais le jeune homme se détendit doucement et, sans le regarder, répondit lentement.

« Non… c'est juste que… j'ai ressenti comme si… »

Il lança un coup d'œil rapide à Doc.

« J'vais bien maintenant… allez-y et… passez une bonne soirée. »

Mais l'esprit de Doc était déjà focalisé sur autre chose. Il n'allait pas laisser Marty seul, dans l'état où il était. Il n'avait que dix-sept ans pour l'amour du Ciel ! C'était un gosse, et jusqu'à ce qu'ils retournent en 1985, il était sous sa responsabilité.

Il se sentit soudain très fautif de l'état dans lequel était Marty. S'il tombait gravement malade, il n'y avait personne alentour possédant l'expertise d'un docteur du 20e siècle comme ils en connaissaient. Et il était ici par sa faute. A cause de la machine à voyager dans le temps.

« Doc ? »

Marty s'était à présent rallongé, une main posée sur le ventre et le regardant courageusement. Il ne voulait vraiment pas que Doc rate son rendez-vous avec Clara.

Pourtant, Emmet se contenta de remonter la couverture sous le menton de l'adolescent, et de placer une bassine à côté de lui, facile à atteindre.

« Vous allez être en retard Doc… »

« Je n'y vais pas Marty. »

Le garçon fronça légèrement les sourcils.

« Quoi ? Mais… »

« Je te l'ai déjà dit, pas de « mais ». »

Marty lui lança un regard furieux mais ne dit rien. Il fut tenté d'argumenter, mais une part de lui voulait que Doc reste. Et pas seulement pour le garder éloigné de la menace de Bufford Tannen.

Alors que Doc allait s'asseoir à côté de lui, Marty se crispa de nouveau. Il se sentait toujours un peu malade, mais il ne voulait pas que Doc soit constamment aux petits soins pour lui.

« Eh attendez Doc, » objecta-t-il « Vous pouvez rester, mais ne me maternez pas. »

Emmet eut un petit rire. La fierté des adolescents.

« Eh bien d'accord, je lirai un livre pendant que tu te reposes, dans ce cas. »

Marty soupira et s'installa plus confortablement sous ses couvertures.

« Marché conclu. »