- SG-A : La Sélection -
Chapitre 6 : Révélations
Une lumière intense masqua mon champ de vision puis les pins s'évanouirent, laissant leur place à un étrange décor d'intérieur. J'étais debout, aux cotés de Carson, dans une salle dorée curieusement décorée de glyphes anciens s'apparentant très probablement aux hiéroglyphes. Le sol était sombre et la seule ouverture de la pièce, une porte, s'ouvrit alors (en trois, je crois qu'il est nécessaire de le préciser). Deux individus à la mine patibulaire entrèrent, tenant dans leur main ce qui ressemblait étrangement à un reptile, qu'ils brandissaient comme une arme de poing. Dans le doute, je levais les mains, espérant ne pas paraître ridicule. L'un des deux hommes était d'origine hispanique, l'autre, d'un certain âge, avait perdu la plupart de ses cheveux, mais les avait rabattus sur le devant du crâne par coquetterie … autant cacher un éléphant derrière sa trompe.
- Qui est cet abruti Jerry ?! Rugit l'hispanique, me pointant de son arme (présupposée) avec rage.
- Je n'en sais rien Henrique, mais il m'a demandé de l'aide et…
- Ce n'est pas la SPA ici !
- Il a tout de même tué deux hommes au SG-C et volé des technologies !
L'homme au déficit capillaire prononcé, sembla soudain intéressé :
- C'était donc vrai ?
Il était temps pour moi de prendre la parole… ou de me taire à jamais.
- Je fais parti comme vous d'une cellule de « la confrérie ». J'ai été envoyé pour mettre la pagaille au SG-C, dans le but de laisser le champ libre à votre homme. Mais j'ai surestimé celui-ci. Il a bien failli tout faire rater en cachant l'émetteur dans la coupe.
- Il a fait quoi… ?
La stupéfaction laissa bientôt la place à la haine et au reproche sur les traits des deux hommes. Carson baissa les yeux :
- Je suis désolé Peter, j'ai cru que…
- La bombe a bien été envoyée ? demandais-je sous le regard noir de Jerry.
- Oui… mais… commença l'homme d'un certain âge, apparemment prénommé Peter.
- Vérifiez je vous prie !
- Qui êtes-vous pour me donner des ordres d'abord… et Henrique par pitié, baisse ton arme, que veux-tu qu'il fasse tout seul contre nous trois !
L'intéressé s'exécuta, non sans me fusiller du regard. Il ne me faisait apparemment pas confiance, malgré tout ce que j'avais avoué… Il se mit en devoir de me fouiller. Fouille qui dura tout le temps de ma tirade :
- Mon nom est Michael Anderson, nom de code : Beta 186212. J'ai été approché par la confrérie il y a maintenant deux ans, alors que j'essayais de prouver mes théories au monde scientifique. Ils me proposaient de travailler pour eux, et d'avoir le plaisir de voir mes théories confirmées. Bien entendu, lorsque Cheyenne Mountain m'a contacté, nous avons sauté sur l'occasion. Juste avant que le militaire vienne me chercher sur mon lieu de travail, j'ai été briefé longuement par la confrérie. Il fallait que je fasse un maximum de dégâts, quitte à ce qu'on me soupçonne, pour éloigner les militaires de Stanley. Mais cet imbécile a paniqué. J'étais présent lorsqu'il a caché l'émetteur sous la coupe dans le bureau du colonel après le premier incident causé par mes soins. Même si je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite, hélas. Ensuite avec le renforcement de la garde cela n'a plus été possible de le récupérer. Et Dieu sait que j'ai essayé ! Même armé c'était trop dangereux. Ça vous suffit maintenant ?! On peut allez voir ce qu'a donné l'explosion, ou vous préférez rester là, à compléter mon curriculum vitae ?
- Mais pourquoi personne ne nous a averti ? Siffla méchamment Henrique, tel le reptile particulièrement vicieux auquel il me faisait penser.
Je serrais le poing, puis tentais de me contrôler.
- Ne vous faites pas plus idiot que vous ne l'êtes en réalité. Il ne fallait pas que la main droite sache ce que la main gauche préparait au cas où la première n'échoue. Ce qui a bien failli se passer d'ailleurs. Heureusement que je suis arrivé en premier à la coupe.
Stanley se mit à se tordre les mains.
Les trois hommes se regardèrent un moment, puis ils hochèrent la tête, moyennement convaincus.
Finalement, Peter m'invita à le suivre. Les deux autres se mirent en file indienne derrière moi, Henrique ayant toujours un œil sur ma modeste personne. Lorsque la porte s'ouvrit, je restais sans voix alors que j'apercevais devant moi les Etats-Unis d'Amérique dans toute leur splendeur. Il devait sans doute pleuvoir sur la Californie…
- Premier vol spatial ? Me demanda Jerry avec son sourire narquois.
J'inclinais lentement la tête, médusé par ce que j'observais. Peter s'assit devant ce qui était vraisemblablement une console informatique, branchée sur ce qui semblait être un artefact de style égyptien (probablement le tableau de commande du vaisseau à ce que j'en savais… c'est-à-dire pas grand-chose).
Peter, au bout d'un moment, s'arrêta de pianoter, puis sourit, montrant par là même qu'il lui manquait, en proportion, autant de dents que de cheveux.
- Il n'y a plus qu'un immense cratère. Plus de forêt, plus de militaires !
La déclaration fut accueillie par des cris de joies. Nous nous congratulâmes longuement. Je fus le premier à recouvrir la parole après ce moment de liesse :
- Ba'al va en demander la confirmation vous savez ?
- Bien entendu qu'il va le faire, acquiesça Peter, j'ai toutes les données rassemblées exprès.
- Il faut savoir qui est mort exactement, et s'il y a des blessés ou rescapés.
- Après une explosion pareille, il faudrait un miracle pour…
- Vous voulez prendre le risque ?
Peter se rembruni.
- Que comptez-vous faire ?
- Il faut contacter la taupe.
- La taupe ? Jerry se mit à rire joyeusement. Je pensais que vous étiez mieux renseignés que ça, il n'y a pas de…
- Silence incapable ! cracha littéralement Henrique. Tu ne croyais tout de même pas qu'on allait te laisser tout seul maître de cette situation. Il nous fallait savoir si tout se déroulait correctement, suivant le plan.
- Contactez le maintenant, insistais-je.
Peter secoua la tête, apparemment désolé :
- Ce n'est pas possible, aujourd'hui il est de service. On ne peut le contacter que pendant son jour de repos. C'est-à-dire demain. Comme vous l'avez dit, la main droite ne sait pas toujours ce que fait la main gauche. Donc à part si vous savez qui c'est et comment le contacter, ce qui n'est pas mon cas, cela attendra demain.
- C'est parfait, conclus-je, je propose que vous attendiez demain alors pour l'annoncer à Ba'al.
Tous acquiescèrent. Le vieil homme me tendit même la main, rayonnant :
- Très beau boulot, content d'avoir eu la chance de travailler avec vous. Sans vous, cet imbécile de Jerry n'aurait probablement pas réussi. Et nous n'aurions certainement pas eu d'autres occasions de nous débarrasser de SG-1. J'espère que nous aurons à…
Pour la deuxième fois de la journée, le décor se stria de lumière, et j'atterris cette fois-ci dans une salle de commande, plus moderne, Jerry à mes cotés. Son visage s'allongea…
*
Ils étaient tous là. Crichton était aux commandes du vaisseau, alors que O'neill, Carter, Murray, et Jackson étaient plus en retraits, avec tous nos camarades. Jerry semblait terrorisé :
- Mais … mais … vous n'êtes pas … ?
- Morts ? En fait ça va bien mieux.
Puis Crichton se mit à rire férocement, se tapant sur les cuisses devant son jeu d'esprit, alors qu'un éclair surpuissant nous fit nous retourner. Une boule de feu s'épanouissait devant nous… en fait entre le Dakota du Sud et nous. Des débris volèrent dans notre direction puis ricochèrent sur le solide bouclier terrien.
- Qu'est-ce que… ? Commença Emerson.
Crichton, grand sourire, ne lui laissa pas le loisir de terminer sa phrase.
- C'est le vaisseau que vous venez de quitter… enfin, ce qu'il en reste. Soyez heureux que j'aie finalement décidé de vous en sortir avant l'attaque. Ramenez moi cette… ce déchet en cellule.
Les deux gardes a qui il avait parlé, se levèrent, se saisirent de Stan, puis prirent la direction des geôles. Jerry Carson avait l'air désespéré de quelqu'un disant adieu à un ami mourrant… ou plutôt d'un mourrant adressant un dernier adieu à ses amis.
Il hurla avant de sortir :
- Ne leur dit rien Michael ! Ils ne savent rien !
Crichton, pendant ce temps là, semblait pensif, puis son visage s'illumina :
- Je crois bien que c'est mon premier prisonnier spatial ! Ça se fête !
- Et lui, vous allez en faire quoi ? Indiqua mon ancien ami Chris, me pointant du doigt.
Une lueur malicieuse brilla alors dans les yeux du colonel :
- Lui, il en sait bien plus que tu ne le penses, nous le garderont jusqu'à ce qu'il nous ait tout dit. Il sourit à la ronde, puis il enchaîna abruptement :
- Que savez-vous Anderson ?
- C'était bien ce que vous pensiez. Tout ce que je sais c'est qu'il est en permission demain.
D'un claquement de doigt, Crichton fit se lever deux hommes, qui quittèrent rapidement la salle.
- Merci Michael, cela va être facile maintenant. Vous pouvez disposer.
Chris se leva, le teint rouge de colère :
- Malgré toutes les horreurs qu'il a perpétrées ? Qu'est-ce qui se passe ici ?
Crichton sourit, puis secoua la tête :
- Vous n'avez toujours pas compris alors ? Je crois qu'il est juste que cela soit Michael qui vous raconte la suite.
Tous les regards se tournèrent vers moi. Mes amis et concurrents semblaient décontenancés. Il y avait de quoi. Ils venaient d'être téléportés dans un vaisseau spatial appartenant aux Etats-Unis. Je soufflais un bon coup, et me lançais dans ma longue histoire :
- Tout d'abord, il vous faut savoir que ce n'est pas moi qui ai commis tous ces crimes.
Une rumeur s'éleva soudain dans la salle, ce fut la voix de Chris qui s'éleva au dessus des autres :
- Qui alors ? Ton ami Jerry Carson je suppose.
- Tu supposes mal. En fait ce n'était… personne.
Je laissais un moment sans parler, le temps que mon annonce fasse effet. Après tout ce que j'avais subi, j'avais le droit de rigoler un peu.
- En fait j'ai tout compris hier soir, en me repassant le film des événements, puis je me suis endormis là-dessus. Lorsque je me suis réveillé une toute autre théorie me trottait dans la tête…
**
Il est plus que temps d'arrêter là mon récit. Il fut très long, et je ne fus guère didactique dans mes explications. Je crois qu'il est l'heure, cher lecteur, de vous dévoiler une partie de mon journal que je vous avais délibérément caché pour vous maintenir en haleine.
***
J'aspirais l'air à plein poumon, haletant et allumais la lumière. J'étais en nage. Une sueur froide particulièrement désagréable me dégoulinait le long du dos et des bras… Avec cela, me vint un sentiment d'extrême terreur. Ce genre de sensation qui augure d'une bien piètre nuit. Mais plus que tout ça, je venais de comprendre quelque chose… c'était si… étrange… si inattendu ! Si c'était vrai cela voulait dire que… toute ma théorie était à revoir…
Il ne me fallut guère de temps pour prendre une décision. Je n'ai pas pour habitude d'être indécis. J'enfilais rapidement quelques vêtements, tombais lourdement au sol en enfilant la deuxième jambe de mon pantalon, puis j'ouvris discrètement la porte de ma chambre. Personne ne semblait être dans le couloir. Les gardes devaient patrouiller dans un autre secteur. A pas de loup, j'avançais prudemment tout en me demandant si j'allais trouver quelqu'un à une heure pareille. Mais il fallait que je sache !
Je me retournais soudain. Il m'avait semblé voir une porte entrouverte… Bah, mon imagination sans doute. J'étais quelque peu fatigué. Lorsque j'arrivais enfin à destination, j'observais avec satisfaction qu'il y avait de la lumière qui filtrait de sous l'ouverture de la porte. Je rentrais sans frapper.
- Bon Dieu, mais qu'est ce que vous fichez là ?!
Le lecteur attentif aura déjà mit un nom sur la personne usant d'un aussi piètre vocabulaire.
Crichton, assis à son bureau, me regardait, furibond, tapant furieusement du pied sur le sol. Il ne m'aurait pas étonné une seconde qu'il se mette à souffler, voir à charger…
- Dieu soit loué, vous êtes là, fis-je réellement soulagé.
Le colonel tapa du poing sur la table, faisant se renverser un café et son contenu. Je n'étais nullement intimidé. Je commençais à le connaître. C'était un bon chien de garde : il aboyait souvent mais ne mordait jamais.
- Mais bon sang où voudriez vous que je sois la veille d'une épreuve ? Je travailles à peaufiner ces… Ahhhhhhh fichus papelards administratifs !
La cause de son courroux atterrit en volant, au pied d'une étagère. Le sol était jonché de papiers en tous genres, à tel point que je me demandais soudain si nous ne nous étions pas trompés en pensant que son bureau avait été vandalisé. Je secouais la tête en chassant les images qui s'imposaient à mon esprit. Il était fort tard. Je pris une chaise et m'assis en face de lui.
- Désolé pour ma piètre hospitalité ! Ne vous gênez pas, asseyez-vous, faites comme chez vous !
J'ignorais le lourd sarcasme qui voilait ses propos et passais à la cause de ma présence :
- Monsieur, j'ai découvert qui a perpétré tous ces crimes mais je…
- Vous avez une salle tête Anderson, retournez donc vous coucher. On dirait que vous venez de courir un marathon.
Les sautes d'humeurs du colonel étaient aussi soudaines que déstabilisantes. Il parlait à présent posément et avait l'air sincère dans ses propos.
- Mais monsieur il faut à tout prix que je vous en parle. S'il vous plaît.
Crichton me regarda longuement dans les yeux, puis il hocha la tête et s'adossa confortablement à son fauteuil.
- D'accord, allez-y. De toutes façon je crois que j'ai signé assez de papiers comme ça pour ce soir. Je ne me suis pas enrôlé dans l'armée pour faire du boulot de secrétariat sacré nom d'une…
Je l'interrompis, sachant pertinemment qu'il pouvait pérorer sur le sujet une bonne partie de la nuit, et me lançais dans mon histoire :
- Pendant un moment, Chris, Sarah et moi, nous avons menés une enquête sur ces crimes. Mais rien ne collait dans cette affaire. Plus nous essayions de comprendre moins nous avancions. Des tas des questions insolubles tournaient dans ma tête. Je me suis d'abord souvenu du premier accident. Pourquoi les nombreuses caméras qui nous espionnent n'ont-elles rien enregistré ? Comment l'homme s'est-il fait assommer sans rien voir ni entendre : comme le bruit de la porte par exemple ? Pourquoi tant de désordre dans cette pièce ? Pourquoi l'étagère des coupes est-elle restée intacte ? Pourquoi a-t-il laissé l'homme vivant, alors qu'il a tué les deux gardes devant l'ascenseur ? La deuxième scène du crime m'a ensuite intéressé. Qu'est-ce qui a attiré les premiers badauds ? Si c'était comme disaient certains, un coup de feu, comment se fait-il que le coupable n'ait pas été vu ? Comment a-t-il forcé l'armoire des armes sans que personne ne se réveille ? Pourquoi le gilet pare-balles des hommes n'avait pas été suffisant ? Je me suis posé tout un tas de questions et je ne suis pas arrivé à tout mettre dans l'ordre. Rien ne collait. Puis, ce soir, j'ai décidé de prendre le problème par l'autre bout : en partant du principe qu'il n'y en avait pas. Comment un homme peut échapper à la vigilance des caméras de la base ? Il ne peut pas. Pourquoi avoir mit une telle pagaille dans le bureau ? Pour nous induire en erreur. Comment a-t-il forcé l'armoire des armes sans que personne ne se réveille ? Il ne l'a pas fait. Pourquoi le gilet pare-balles des hommes n'avait pas été suffisant ? Il l'aurait été. A partir de là d'autres évènements dont je n'avais pas fait attention sont revenus à ma mémoire. Tout d'abord le fait que le garde n'ait pas voulu qu'on l'ausculte : difficile de cacher une fausse blessure. Lors de la nuit où les deux gardes ont été soi-disant tués, je suppose que des coups à blanc ont été tirés et que les infirmières étaient présentes dès que le premier curieux fut sur les lieux. Il était aussi étrange qu'on continue les activités à la base comme si rien ne s'était passé alors que personne n'avait été arrêté.
Je levais alors les yeux vers Crichton. Ce dernier me fixait, l'air encore moins aimable que de coutume. Les jointures de ses poings serrés étaient blanches. M'étais-je trompé sur son compte ?
- Vous n'avez pas répondu à votre question sur les coupes, Anderson.
Je souris, et j'ai bien peur d'avoir eu tout à coup l'air un peu crispé.
- Ah oui. Je suppose que vous n'avez pas voulu abîmer vos précieuses décorations et trophées. Je me trompe ?
Soudain Crichton se leva brusquement, envoyant par la même valdinguer son lourd fauteuil contre le mur. Je m'apprêtais à crier, lorsque le colonel éclata d'un gros rire gras et… particulièrement vexant. Il ramassa son fauteuil et se rassit. Il fouilla un moment dans ses poches (à la recherche probablement d'un mouchoir, la seule chose qui n'y figurait pas), puis s'essuya les yeux à l'aide de la manche de son costume. Lorsqu'il fut calmé, il me lança :
- Si vous voyiez votre tête !
Pas la peine, j'étais doté d'une excellente imagination. J'étais tremblant du fait de l'excitation du moment (le critique toujours penché au-dessus de mon épaule prétend que c'était plutôt dû à la peur. Je déments cette affabulation ! J'ai toujours été d'une sincérité maladive avec moi-même et mes lecteurs hypothétiques) et je n'arrivais pas à faire disparaître mon sourire nerveux. Crichton tendit alors la main et je la lui serais.
- Je n'en attendais pas moins de vous Anderson. Jackson nous avait déjà venté vos mérites mais c'est encore mieux que ce qu'il disait. Avouez, dit-il, un sourire fat se dessinant sur son visage, que l'idée était plutôt bonne. Cela a permis de faire partir les plus lâches du programme, et de voir qui avait la fibre aventureuse. Mais j'ai bien peur qu'il n'y ait eu que votre groupe qui s'y soit un temps soit peu intéressé.
- Vous nous espionniez ?
- Bien entendu. Mon but est de sélectionner les meilleurs. Pour cela tous les coups sont permis. Je dois dire que vous avez marqué pas mal de points.
Alors que je secouais la tête devant ce manquement probant à ma vie privée, Crichton se leva et m'indiqua la porte.
- J'ai encore pas mal de travail pour demain et…
Je secouais alors la tête. Décidément j'étais très fatigué. J'en avais oublié le principal… le but de ma visite.
- Je suis désolé monsieur, mais je n'en ai pas fini. Si ce n'était que pour dire ça, j'aurais pu attendre demain.
Crichton se rembrunit. Il n'aimait guère être contrarié :
- Peu m'importe les détails, du moment que vous avez trouvé…
- Monsieur, je crois qu'une personne a dissimulé quelque chose dans votre bureau.
Le colonel se rassit lourdement dans son fauteuil, l'air de quelqu'un qui prend sur soi pour écouter les vieilles histoires d'un parent particulièrement sénile. J'en profitais pour enchaîner :
- ce soir j'ai fait un rêve…
- Oh, s'exclama l'officier, vous en avez de la chance, à ce rythme-là je ne suis pas prêt d'avoir cet honneur.
L'état d'énervement du colonel était tel que je m'attendais à être interrompu tous les deux mots. Je me levais alors et allais bousculer une de ses étagères. Plusieurs coupes en tombèrent, s'entrechoquant, émettant un bruit de carillon. Le teint de Crichton vira au rouge brique, et j'eus tout d'un coup un peu peur qu'il eût une attaque.
- Je suis désolé monsieur, je ne voulais en faire tomber qu'une.
Le colonel ouvrit la bouche et un son étrange fut émis : celui d'un vieil évier bouché. Puis des paroles se distinguèrent du gargouillis :
- Bougre d'imbécile ! Vous savez très bien que ce n'est pas possible ! Elles sont toutes à touche-touche ! Si c'est la bagarre que vous voulez…
- Exactement !
Me rendant compte que ma dernière phrase pourrait être mal interprété, et ayant tout d'un coup peur que l'homme en face de moi porte promptement atteinte à mon intégrité physique, je continuais :
- Je voulais dire qu'effectivement il est impossible de faire tomber une seule coupe. C'est pourtant ce qui s'est passé le jour où le garde a été soi-disant agressé dans votre bureau. C'est le rêve que j'ai fait ce soir. Une coupe qui tombait dans votre bureau. Cela m'a rappelé cet épisode qui m'était sortit de l'esprit. Puis j'ai réfléchi. Si vous savez qu'une agression a été commise dans une base militaire, que vous êtes certain que vous serez fouillés des pieds à la tête et que vous avez quelque chose à cacher, vous le cacheriez où ?
- Malédiction !
Crichton se leva soudain. En deux enjambés il fut à l'armoire. Il est étonnant de voir comme un homme de sa carrure peut se déplacer si rapidement. Il ausculta une à une toutes les coupes et dénicha finalement quelque chose… Un objet pas plus gros qu'une pile était collé sous le pied d'un trophée.
- Enfer et damnation ! Anderson, décrochez le téléphone !…
****
- Le ballet des Etats-majors a alors défilé toute la nuit, continuais-je devant mon large public, j'en ai vu défiler des galons ! Carter a analysé le détecteur comme étant une balise de télé … machin.
- Téléportation, m'aida Crichton.
- Oui, c'est cela. Etant hors tension, il était impossible à détecter. Ils sont vite arrivés à la conclusion que quelque chose d'important aller bientôt se passer. Je n'ai pas pu leur dire qui avait fait tomber la coupe car il y avait trop de monde dans la pièce à ce moment-là. J'ai juste pu leur indiquer que seuls Emerson, Carson et euh… leur ami étaient présents à coté du meuble. Ils ont alors décidé que j'allais servir d'appât.
- Pourquoi ne pas avoir tendu un piège directement à l'homme en lui donnant l'occasion de la récupérer ? demanda tout d'un coup Chris.
- Parce qu'il fallait savoir s'il n'y avait personne d'autre impliqué. « La confrérie » ne fait jamais les choses à moitié, parait-il.
- La quoi ?
- Ben … heu … les méchants. J'ai alors eu droit à une oreillette…
- Tu n'étais pas blessé alors espèce de…
- …qui m'a permis de toujours être au courant de l'avancée de l'autre groupe lors du test, pour pouvoir agir en conséquence et de heu… recevoir quelques indications. La présence des professeurs au self ce matin a dû en étonner plus d'un, non ? Ils se sont débrouillés pour disparaître au moment opportun pour que le groupe de Carson et d'Emerson puisse consulter les dossiers qu'avaient laissés « traînés » nos professeurs quant au parcours prévu. Nous étions donc assurés de finir premiers, et le groupe d'Emerson, de finir second… même si cela a été plus difficile que prévu. Je n'ai pas été très bon avec cette satanée oreillette. Nous avions aussi eu l'idée que je devais voler quelques technologies. Normalement j'aurais dû être démasqué grâce à Crichton qui devait demander à fouiller mon sac. La tirade d'Emerson (je fis un clin d'œil à l'intéressé, qui me répondit par une grimace) a été le summum ! Mais cela n'avait pas été prévu, et je dois dire que si je ne me savais pas innocent, j'aurais pu avoir de sérieux doutes. Je lui adresse mes plus sincères remerciements. Une fois téléporté sur le vaisseau, via la balise du traître, j'avais pour ordre au moindre problème d'appuyer sur un point de mon avant-bras où avait été inséré une balise de télé… portation. Mais j'ai vite compris qu'ils avaient un informateur à l'intérieur de Cheyenne Mountain, vu qu'ils ont avoué connaître les deux incidents. J'ai alors joué le jeu jusqu'à pouvoir avoir plus d'informations. Je n'ai pas eu grand-chose mais…
- C'était parfait ! Brailla Crichton, se mettant à applaudir.
Je n'ai jamais été aussi gêné de ma vie. J'aurais souhaité pouvoir me cacher dans un trou de souris. Bientôt toute la salle se mit à battre des mains chaleureusement… sauf Emerson qui boudait la perte de son collègue, et Chris qui avait une autre question :
- Tu peux enfin me dire ce que nous fichons tous dans ce vaisseau ? Un moment on était sur Terre, puis celui d'après…
- Carter a réussi à trouver un système pour capter le signal de la balise, lorsqu'elle s'enclencherait. Aussi lorsque nous nous sommes téléportés tous deux, vous avez fait de même dans ce vaisseau, grâce aux émetteurs présents dans vos vêtements. La forêt ayant été complètement rasée à la suite de l'explosion, c'était plutôt une bonne idée, je pense. Quant au vaisseau en lui même… je dois dire que je n'ai pas tout compris moi-même. L'explication a été brève hier soir, et je n'ai pas tout assimilé.
O'Neill s'avança dans la pièce, tapa fraternellement dans le dos de Crichton, puis vint me serrer la main, gravement.
- C'est du bon travail vraiment. Ses yeux s'agrandissant de stupeur. Il se tourna vers la salle et enchaîna, alors qu'il venait de se souvenir de quelque chose :
- A propos, vous avez tous réussi les tests écrits, et vu ce qui s'est passé aujourd'hui… je crains de n'avoir d'autre choix que de vous dire que vous allez tous participer au programme.
Les trente personnes présentes, firent le bruit d'une centaine. Nous fûmes évacués du cockpit et je me retrouvais bientôt en face de Chris et Sarah, l'air penaud. Sanders s'excusa longuement et je leur assurais que je ne leur portais pas rancune de ce qui s'était passé. Nous avions travaillé toute la nuit pour que mon histoire soit crédible, il était normal qu'ils soient tombés dans le panneau. Je remerciais cependant Chris de m'avoir défendu lorsque Stanley Emerson m'avait accusé et nous partîmes tous trois, le coeur plus léger, en quête de quelques sustentations bien méritées.
Epilogue
Nous étions vingt-neuf dans une salle, à attendre qu'on vienne prononcer nos noms. C'était la salle où, le premier jour, j'étais entré, maudissant les militaires, et où j'avais trouvé une nouvelle famille. En fait cela faisait un moment que nous étions revenus à Cheyenne Mountain. Deux mois pour être exact. Tout ce temps, me direz-vous ! Mais à quoi faire ? A consulter des dossiers classés secret défense. On nous fit étudier des rapports de mission des équipes SG (j'aimais particulièrement les rapports de mission du général O'Neill qui étaient toujours très courts et très… illustrés), ainsi que ceux d'Atlantis. Croyez-moi ou pas, mais deux mois pour ingurgiter tout ça, ce n'est pas de trop. Il y allait y avoir des affectations sur Terre, sur Atlantis et sur un nouveau programme qui ne nous avait pas encore été révélé. A oui… j'allais oublier : la nourriture s'était améliorée, grandement même ! Il s'était révélé qu'en fait le cuisinier était bien la taupe. Il avait été pris la main dans le sac alors qu'il avait laissé un papier sous un siège dans un ferry (ce qui avait beaucoup fait rire Chris qui avait trouvé un parallèle à faire avec « Ennemi d'Etat » avec Will Smith et euh… pour plus de détails voyez avec l'intéressé). Le cuistot était en fait garagiste de formation… On me l'aurait demandé, je l'aurais parié. Son CV avait été créé de toute pièce par la confrérie.
- Sarah Peters, Christopher Sanders, et Michael Anderson, je vous prie.
Chris fut le premier à suivre la jeune et belle secrétaire qui nous emmena directement au bureau de Crichton (je commençais à le connaître celui-là). Il était presque autant en désordre que le jour où je l'avais vu pour la première fois. Sauf que cette fois-ci, tout était dû à l'organisation tout à fait personnelle et non reproductible de son singulier propriétaire.
- Peters, Sanders, Anderson, j'ai quelque chose à vous proposer. J'aimerais que vous travailliez pour moi.
Il était certain que nous ne serions pas trop de trois s'il était question de ranger son bureau, mais il ne devait sûrement pas s'agir de cela.
- Les équipes SG ont beaucoup de travail, sur Atlantis ils sont pas mal débordés, aussi Jack … l'Etat-major m'a demandé si je voulais bien prendre en charge une série de nouvelles équipes SG, qui auront pour but de s'occuper des affaires terrestres et inter SG. La confrérie par exemple leur donne du fil à retordre. Il y a eu des incidents par le passé… Nous serions une sorte de police Stargate. Ma première et principale équipe, SG-A, serait composé de vous trois. Deux autres équipes seront sous mon commandement. Je n'ai pas de budget pour plus, mais je pense que cela sera suffisant. Vous acceptez ?
Nous nous regardâmes mes collègues et moi avec un air interdit. Nous allions devenir la première équipe d'une mission Stargate ! Waouh ! Nous nous interrogeâmes du regard un long moment… trop long…
- Bon sang, mais vous allez encore me faire poireauter un moment comme cela ! (C'est là une paraphrase de ses propos. Les termes exacts qu'il utilisa étaient plus directs et n'ont donc pas leur place dans ce récit)
Chris prit la parole, exprimant ce que nous pensions tous trois :
- C'est d'accord colonel, alors nous serons SG-A.
En sortant nous nous congratulâmes longuement, et nous eûmes même droit de la part du nouveau cuisinier à une excellente bouteille de Bordeaux supérieur pour fêter la nouvelle.
La sélection était terminée. Désormais nous serions SG-A !
Le malheureux éditeur qui a hérité d'un manuscrit illisible et raturé, et qui souhaite conserver l'anonymat, s'excuse quant aux opinions des personnages de ce récit qui ne sont certainement pas les siennes. Il est tout à fait probable que l'épais journal de l'auteur soit publié en plusieurs parties, liés à chaque fois à un épisode marquant de la vie intrépide de notre héros (ce dernier terme est utilisé par soucis de ménagement de la famille de Michael Anderson, et pour éviter des répétitions mal venues du point de vue grammatical). Mais voici que le style déplorable de l'auteur de ces mémoires déteint sur les notes de l'éditeur. Aussi il est maintenant plus que temps de conclure cette première partie.
FIN
8
