Le Psychomage revint voir Harry plusieurs fois. Il parlait beaucoup. En fait, il ne faisait que ça. Parler. Parler. Et encore parler. Talking cure, sauf que c'est le patient qui aurait dû blablater. Pas lui. La guérison serait difficile à cause de cela. Harry étant incapable d'ouvrir la bouche lors de leurs séances, il ne pouvait pas extérioriser ce qu'il gardait verrouillé là-haut, dans sa tête. Cependant, il lui restait toujours les crises, où il laissait éclater sa colère et sa peur.
«C'est ce qui lui permet de tenir le coup, dit un jour Draco à Hermione, alors qu'ils étaient dans la cuisine de Harry.
-Les crises ?
-Oui. Ce sont les seuls moments qui lui permettent de donner libre cours à ce qu'il ressent. Si il devait tout garder enfoui en lui, il ne pourrait pas tenir. Maintenant, quant à savoir ce qui déclenche ces crises…je dirai que c'est sa magie. J'ai déjà soigné des Moldus et…
-Toi ?Des Moldus ?!s'exclama Hermione, stupéfaite.
-J'ai beaucoup changé, Hermione, répliqua Draco avec un sourire amusé. Tu connais le Psychomage Draco Malefoy, mais pour certains je suis le psychologue Drake Malefoy. Enfin, ceux-là vont devoir attendre car pour le moment, j'ai du pain sur la planche avec Potter !
-Oui, fit la jeune femme en baissant les yeux. Mais j'ai confiance en toi. » Draco se sentit légèrement embarassé par ces paroles, mais elles le touchèrent et il serra sa collègue dans ses bras. Puis il murmura :
« Je le ferai guérir, je te le promets.
-Je sais, Draco. »Elle lui rendit son étreinte et soupira. Puis Dana arriva dans la cuisine et ils se séparèrent un peu trop vivement, embarassés de s'être fait surprendre dans cette position. Ça n'avait rien de compromettant de prendre un ami dans ses bras, mais ça pouvait prêter à confusion dans leur cas. Et comme pour confirmer cette dernière option, l'infirmière rosit légèrement et bafouilla :
« Oh, heu…excusez-moi…je ne voulais pas…
-C'est bon, Dana, fit Draco avec un sourire amical.
-Bien, Draco, reprit Hermione en replaçant une mèche derrière son oreille, pourquoi penses-tu que c'est sa magie qui est à l'origine des crises ?
-Comme je te le disais, je me suis déjà occupé de patients Moldus qui avaient le même genre de traumatisme qu'Harry, mais aucun n'avait de crises de panique. Pas aussi violentes que tu le décris, du moins. Alors c'est probablement lié à son statut de sorcier. »La Médicomage hocha la tête. Ils finirent par s'en aller, laissant Harry aux bons soins de Dana.
Les séances continuèrent. Draco et Hermione se voyaient souvent pour discuter du jeune homme. Et puis un jour, Clark fit venir le Psychomage et la Médicomage dans son bureau. Il avait un air soucieux et n'attendit même pas qu'ils soient assis pour leur annoncer la nouvelle :
« Monsieur Malefoy, vous n'êtes plus autorisé à vous occuper de Monsieur Potter. Hermione s'en chargera seule, comme elle le faisait auparavant.
-Vous plaisantez ?!Pourquoi ça ?s'écria la jeune femme alors que Draco fronçait les sourcils.
-Le tuteur de Monsieur Potter m'a fait part de sa décision ce matin. Il ne m'a pas donné d'explications mais je dois respecter sa décision. Je suis désolé.
-Le…le tuteur de Harry ?Mais…c'est Ron !Mon mari n'aurait jamais…
-Il l'a pourtant fait, coupa Clark. Vous devriez sans doute lui parler pour comprendre ce choix. » Hermione passa sa sa main sur sa bouche, anéantie. Qu'est-ce qui avait pu pousser Ron à faire ça ? Elle se tourna vers Draco :
« Je vais immédiatement dans la zone de transplanage. Ron doit être à Poudlard. Je dois absolument savoir ce qui lui est passé par la tête ! »Le blond hocha gravement la tête et la regarda s'en aller, impuissant. Il sortit lui aussi du bureau en essayant de comprendre ce qui avait pu motiver cette décision. Weasley n'avait peut-être pas pu supporter que son ancien ennemi s'occupe de son meilleur ami. Mais cette hypothèse ne tenait pas la route. Si ça avait été le cas, il aurait déjà refusé son aide depuis longtemps. Il rentra chez lui, le moral au plus bas.
Il n'eut pas à attendre longtemps pour connaître la réponse. Un magnifique hibou au plumage fauve arriva chez lui le lendemain. Il détacha délicatement la lettre qui était enroulée autour de sa patte et déplia le parchemin :
Draco,
J'ai parlé avec Ron et cela s'annonce mal. Tu te rappelles, ce jour où Dana nous a « surpris » dans la cuisine ?Elle croit qu'il s'est passé quelque chose entre nous deux et est allée voir Ron pour l'en informer, par « acquis de conscience ». Je pourrai la tuer !En attendant, je me contenterai de la renvoyer !Elle n'avait pas à faire ça et je suis furieuse. Ron, quant à lui, ne sait plus que croire. Nous nous sommes disputés. Je pensais qu'il avait davantage confiance en moi…mais avec ta venue, de mauvais souvenirs de Poudlard sont revenus le hanter et pour l'instant, il refuse obstinément que tu approches Harry. Je suis désolée. Je vais faire mon possible pour qu'il change d'avis.
Amicalement,
Hermione
La lettre glissa au sol et Draco se laissa tomber dans son fauteuil.
