Cela faisait une semaine maintenant que Draco ne s'occupait plus de Harry, et il était démoralisé. Sept jours, sept jours que l'ex-Gryffondor était livré à lui-même, comme avant. Et il ne pouvait rien faire ! Quel terrible gâchis !Il soupira et ouvrit l'un des tiroirs de son bureau. Une boîte à chaussures était rangée à l'intérieur. Il la prit délicatement et alla s'asseoir dans son fauteuil. Il posa la boîte sur ses genoux et l'ouvrit. Elle contenait deux carnets, une pile d'articles de journaux entourée par un élastique et une grosse brindille. C'était la « Boîte Potter ». Draco prit les articles. Ils provenaient pratiquement tous de la Gazette des Sorciers. Du moins, des éditions qui étaient parues peu après la guerre. La plupart avaient des titres racoleurs du style « Le Survivant a perdu la boule », « Harry le légume » ou encore « Potter à terre ». Pitoyable. Contrairement à ce que Hermione pensait, et contrairement à ce que Draco avait laissé croire, il savait très bien ce que les journaux avaient dit de Potter à la fin de la guerre. La distance ne l'avait pas empêché de prendre des nouvelles – discrètement, cela va de soi. Parce que Draco avait un gros problème avec le Survivant. Durant la guerre, quand il avait fini par choisir son camp et qu'il était devenu espion pour le compte de l'Ordre du Phénix, il avait fait ami-ami avec Potter. En secret, parce qu'à cette époque, très peu de membres de l'Ordre connaissaient les espions. Ça leur évitait de donner des noms si ils venait à être capturés. Mais comme toute cette foutue bataille dépendait de Potter, il était l'un des rares au courant. Bien sûr, Draco n'avait pas eu le même degré d'amitié qu'avait Weasley, mais en tout cas étaient-ils parvenus à des relations plus courtoises. Et autant dire que c'était franchement reposant. Sauf que Draco s'était rapidement rendu compte que les discussions ne lui suffisaient plus. Il voulait autre chose, il voulait plus, bien qu'il soit incapable de mettre le doigt dessus. Et puis il avait compris. En voyant Granger et Weasley, Molly et Arthur, Remus et Tonks, Bill et Fleur…ils étaient deux. Ils avaient chacun une personne qui les aimait, qui tenait vraiment à eux. Et Draco avait voulu la même chose avec Potter. Mais il n'avait pas eu le temps. Alors il avait espéré qu'à la fin de la guerre, peut-être…ils pourraient en reparler. Il s'était trompé. Après avoir vaincu Voldemort, après la mort de Remus, Tonks et de tous les autres, Harry semblait avoir perdu toute sa fougue, toute sa vivacité. Il était devenu morne et solitaire. Ce n'était plus le Gryffondor qu'avait connu Draco et il était parti. Il avait assisté, par l'intermédiaire des journaux, à la lente descente aux enfers du jeune homme. Et ce n'est qu'un mois auparavant qu'il s'était décidé à agir. Parce qu'il était Psychomage et qu'il pouvait peut-être faire quelque chose. Et parce qu'il avait toujours envie d'essayer quelque chose avec Potter, merde !Il reposa les articles et prit le premier carnet. Son journal intime de Poudlard. Il l'ouvrit au hasard et lu les premières lignes qu'il vit : Est-ce que c'est normal de désirer Potter comme ça ?Je ne sais pas, je m'en fiche. Je veux juste qu'il ressente la même chose. Il eut un pauvre sourire et rangea le carnet. L'autre était consacré aux notes qu'il avait pris sur Potter, et à force de les relire, il les connaissait presque par cœur. La brindille…c'était une brindille de l'Eclair de Feu. Un petit souvenir, mais qui lui tenait beaucoup à cœur. Il s'esclaffa. Et dire qu'à Manhattan, il s'était convaincu que Potter était juste une amourette. Une amourette qui lui était restée plus de trois ans, alors !Il lâcha un second soupir. Il était grave de chez grave, pour quelqu'un qui se dit psy. Mais il lui fallait agir. Il ne pouvait définitivement pas laisser le Gryffondor dans cet état lamentable. Il voulait le Potter combatif, et il l'aurait.

A onze heures du soir, il quitta son appartement pour se rendre chez Potter. Et tant pis pour Weasley mâle !Il vérifia que la rue était vide de toute présence humaine et qu'aucun voisin sournois ne regardait à la fenêtre, puis ouvrit la porte d'un bref Alohomora. La maison était plongée dans le noir. Il se déplaça très lentement pour éviter de buter dans un meuble et atteignit l'escalier. Il savait que la chambre de Potter était à l'étage. Les marches de bois craquèrent sous ses pas et il se tendit. Voyant que rien ne se passait, il continua son ascension. La première porte à droite menait à la chambre de l'ex-Gryffondor. Il l'ouvrit doucement, craignant qu'elle grince, mais les gonds tournèrent sans un bruit. Il s'approcha du lit. Potter dormait à poings fermés. Le visage ainsi détendu, il était encore plus beau qu'à l'accoutumée. Draco prit une grande inspiration et le secoua doucement :

« Potter !Potter, réveille-toi ! »Le jeune homme bougea un peu et papillonna des paupières. Ses yeux vides fixèrent un instant Draco. Celui-ci sourit d'un air rassurant, mais il n'eut pas vraiment la réaction escomptée. Les deux émeraudes s'ouvrirent soudain démesurément et Potter bondit hors de son lit. Il se mit à hurler :

« MANGEMORT ! »Abasourdi, Draco recula. Il faisait toujours aussi sombre, et pourtant il vit avec une précision stupéfiante les yeux verts s'assombrir, luisants de haine. Potter se remit à crier comme un forcené :

« MANGEMORT !MANGEMORT !MEURTRIER ! » Effrayé, le Psychomage fit à nouveau un pas en arrière. Mauvaise idée. Un vase explosa à proximité de lui, et il sursauta. Puis ce fut au tour d'autres objets, tout autour de lui. Une force invisible le projeta tout à coup contre le mur. Il laissa échapper un gémissement mais Potter n'en avait pas fini avec lui. Enragé, il tendit sa main vers le jeune homme acculé au mur et ferma brutalement son poing. Quelque chose se contracta à l'intérieur de Draco, qui écarquilla les yeux et se plia en deux sous la douleur. Il leva un regard implorant vers Potter mais celui-ci, impitoyable, tourna lentement le poing. La douleur devint insoutenable. Draco vit des taches noires danser devant ses yeux et il cracha du sang. Puis il s'effondra au sol.

Lorsqu'il se réveilla, la lumière l'éblouit. Il crut un instant qu'il était mort puis il se rendit compte qu'il avait les yeux sur un plafond blanc, baigné par la lumière du soleil. Il était dans une chambre d'hôpital. Il n'attendit pas longtemps avant que Hermione arrive.

« Oh Merlin, Draco, ça va ?

-Je me porte comme un charme, murmura t-il avec un sourire forcé.

-BON SANG, QU'EST-CE QUI T'AS PRIS !

-Hé, calme-toi !Je croyais que t'étais inquiète pour moi.

-Bien sûr que oui !Mais je suis aussi furieuse !Tu as contourné la décision de Ron, et surtout, tu as failli mourir !

-Au moins, Potter est sorti de son mutisme.

-Il a eu une crise de panique, Draco !rétorqua Hermione, exaspérée. Et il a failli te tuer !Tu as fait une hémorragie interne.

-Vraiment ?Sa magie est incroyablement puissante.

-Je n'y crois pas !Tu as failli mourir et tout ce que tu trouves à faire, c'est admirer la personne qui t'a blessé !

-Failli, Hermione, failli !Je suis toujours là, c'est le principal !

-Que s'est-il passé exactement ?!J'ai mis des heures à le calmer.

-Je…je suis allé le voir alors qu'il dormait.

-Draco… »Il voulut lever les mains pour l'apaiser, mais se rendit compte que cela lui faisait mal. Agacé, il laissa retomber ses bras sur le matelas et reprit :

« Je ne voulais pas gâcher toutes les séances qu'on a eu avant la décision de ton bien-aimé. Alors, j'ai décidé de faire quelque chose. Je voulais juste lui parler. Mais il a eu cette crise, et…il m'a traité de Mangemort. »A ce souvenir, il se rembrunit. Harry avait-il donc oublié qu'il était devenu un espion pendant la guerre ?

« Oh, Draco, je suis désolée, reprit Hermione.

-Ne t'en fais pas. Ça ne me fait rien, mentit-il. Est-ce que Mr Weasley a changé d'avis ?

-Non. » Cette fois-ci, c'était Hermione qui s'était rembrunie. Draco soupira :

« Alors, je crois que je vais devoir avoir une discussion avec lui. »La jeune femme grimaça. La confrontation allait être mouvementée.