Hermione sonna plusieurs fois, mais personne ne lui répondit. Pourtant, elle était sûre du numéro de l'appartement. Elle se mit à tambouriner contre le battant, si bien que la porte finit par s'ouvrir toute seule.
« Draco ? »chuchota t-elle, soudain bien moins féroce. Le couloir était incroyablement sombre. Elle fronça le nez. Ça sentait le renfermé ici, et quelque chose d'autre d'assez douteux. Trop douteux. Le talon de sa chaussure s'enfonça dans quelque chose de mou et elle réprima un cri. Elle se rendit compte qu'elle venait de marcher dans un…morceau de pizza ?!Cela faisait une semaine qu'elle essayait de joindre Draco pour prendre des nouvelles de son avancée avec Harry. Mais elle se heurtait toujours au répondeur. Au quatre-vingt-dix-huitième message laissé sans réponse, elle s'était lassée. Elle avait d'abord découvert que Draco ne venait plus. La femme de ménage, qui nettoyait chez Harry deux fois par semaine, ne l'avait pas vu. Et maintenant qu'elle était chez lui, elle trouvait des bouts de pizza dans le couloir !Elle avança lentement et ses pieds frôlèrent d'autres choses non identifiables qu'elle préféra ignorer. Un bref coup d'œil dans la cuisine lui permit de voir des piles d'assiettes, de verres, de couverts et de casseroles sales dans l'évier, sur le plan de travail, sur la table et même par terre !
« Mais qu'est-ce qui se passe ici ?! »marmonna t-elle pour elle-même. Elle finit par déboucher sur le salon et resta bouche bée en constatant l'état de la pièce. Les volets étaient fermés et ne laissaient filtrer que de minces traits de lumière, ce qui ne l'empêcha pas de voir les vêtements et les aliments éparpillés sur le précieux tapis persan, la table basse croulant sous les déchets et une belle bouteille d'absinthe dont le liquide vert envoûtant s'était répandu sur le parquet. Il y avait aussi une terrible odeur de cigarette froide. Ou peut-être que ce n'était pas l'odeur d'une cigarette normale. Puis la Médicomage avisa la forme humaine sur le canapé.
« Merlin !DRACO ! »Elle se précipita sur le jeune homme et il se redressa, réveillé par son cri. Il grogna et regarda autour de lui, l'air hébété. Il faisait peur à voir. Ses cheveux étaient sales, ses yeux bouffis, et un mince filet de bave séchait au coin de sa lèvre. Quant à ses vêtements !Enfin, il sembla remarquer la présence d'Hermione et grommela :
« Mione ?Qu'est-ce tu fais là ?
-Tu ne répondais pas à mes coups de fil !Je m'inquiétais…et je n'avais pas tort !Bon sang Draco, que se passe t-il ?!Ton appart est devenu une vraie porcherie !
-Rien à fout' !Chuis qu'un bon à rien…
-Oh…tu dis ça par rapport à Harry, n'est-ce pas ?Mais tu sais que ça prend du temps, il…
-Il veut pas de moi, j'te dis !
-Quoi ?
-Il l'a dit, il veut pas d'aide, il veut qu'on lui foute la paix…qu'il aille au diable, p'tain d'enfoiré.
-Mais…enfin, pourquoi ?
-J'm'en fous. Laisse tomber.
-Bon, écoute, quoi qu'il en soit, ce n'est pas une raison pour se laisser aller comme ça ! »Elle se releva, ouvrit les fenêtres puis les volets. Une vague de lumière pénétra dans la pièce ainsi qu'un courant d'air bienfaiteur. Draco brailla et tâtonna le sol. Il trouva un T-shirt taché qu'il se mit sur la tête. Hermione le lui arracha et le secoua comme un prunier pour qu'il ne se rendorme pas. Il vomit sur sa jupe neuve.
Deux heures plus tard, il se tenait assis à la table de la cuisine. Une bonne douche froide lui avait remit les idées en place. Il était propre, et ses habits aussi. Hermione avait lancé un sort de nettoyage sur l'appartement et il regardait une éponge frotter énergiquement des assiettes dans l'évier. Son amie vint s'installer à côté de lui et lui tendit un verre de jus d'orange.
« Non merci, murmura t-il.
-Je ne te laisse pas le choix. Boit.
-D'accord, d'accord… »soupira t-il. Il obéit et fut agréablement surpris par le goût délicieusement frais et sucré de la boisson. Il est vrai que ce pauvre jus d'orange semblait merveilleux après les verres d'absinthe et de coca tiède qu'il avait avalé durant les derniers jours. Il leva les yeux et croisa le regard inquiet d'Hermione. Alors il se mit à parler. Harry qui avait eu recours au Fourchelangue. Gabriel qui lui avait servi d'interprète. Et cette réponse, brève et froide : « Je ne veux pas de ton aide. »
« Peut-être qu'il parlait d'autre chose, tenta Hermione.
-Non. Je lui avais dit peu de temps auparavant qu'il fallait qu'il m'aide pour que je puisse le guérir. Qu'il fallait qu'il veuille lui aussi guérir pour que ça marche. Voilà sa réponse. Je ne peux rien faire de plus, il…
-NON ! »La jeune femme se leva soudain et agrippa le dossier de sa chaise, le regard dangereusement brillant. Draco la regarda sans comprendre, sourcils froncés. Il voulut poser sa main sur son bras mais elle recula :
« Non, tu ne peux pas abandonner !Je t'en prie, Draco !Pas après tout ça !Tu ne peux pas partir !
-IL NE VEUT PAS DE MON AIDE !rugit Draco en se levant à son tour.
-TU DOIS CONTINUER !TU…IL NE PEUT PAS RESTER AINSI POUR TOUJOURS !
-Je ne peux rien faire, rien faire !Tu comprends ?gémit-il misérablement.
-TAIS-TOI !
-Regarde la vérité en face !C'est un putain de légume, et il veut le rester !Je ne peux pas l'aider !Il est juste bon à foutre dans un asile de demeurés ! »s'emporta Draco. Hermione le regarda, horrifiée, et il réalisa ce qu'il venait de dire.
« Je me suis trompée, murmura t-elle. Tu es toujours le même. Tu n'as pas changé. Tu n'es qu'un salaud de plus venu assister à la déchéance de ce pauvre survivant !
-Non !Non, je...
-C'est un putain de légume, n'est-ce pas ?Tu sais quel était le titre de certains torchons quand Harry est devenu comme ça ? « Harry le légume » !Je suis sûr que tu aurais adoré lire leurs articles de MERDE ! »Elle s'enfuit en courant et il la regarda partir les bras ballants. Non !Elle se trompait complètement !Mais les mots restaient bloqués dans sa gorge. C'est alors qu'il entendit un grand fracas dans les escaliers. Il se leva et sortit de l'appartement à son tour. Un nœud commençait à se former dans son estomac. Il se pencha par-dessus la balustrade, le cœur au bord des lèvres, et vit ce qu'il redoutait. Hermione gisait inconsciente au bas des escaliers. Une de ses chaussures était restée une dizaine de marches plus haut. Elle ressemblait à une poupée de chiffon qu'un enfant aurait jeté au sol. Il resta là à la regarder, sous le choc. C'est lorsqu'une tache rouge se forma sous son crâne qu'il se mit à hurler.
Draco ne savait plus depuis combien de temps il attendait sur sa chaise lorsqu'un Médicomage vint le voir.
« Bonjour Monsieur, je suis le Médicomage Gabson. C'est moi qui me suis occupé de Mme Weasley. Vous êtes son mari, je suppose ?
-Non, murmura faiblement Draco. Ron va bientôt arriver. Je suis un…un ami. »Un ami ?Vraiment ?Il n'était pas son ami. Il n'était plus son ami, plus depuis qu'elle avait quitté sa cuisine en larmes et qu'elle était tombée dans les escaliers. Tout ça par sa faute.
« Son état est stationnaire, reprit le Médicomage. Nous nous inquiétons surtout pour le bébé. »Draco ouvrit de grands yeux. Le…bébé ?!Hermione attendait un bébé. Voilà qui expliquait la balançoire dans le jardin. Draco imagina Hermione regarder Ron l'accrocher à la branche basse, rire et caresser son ventre. Il eut un haut-le-cœur et rendit son jus d'orange aux pieds du Médicomage. Des spasmes douloureux secouèrent son estomac vide. Il se leva et tituba vers la sortie. Gabson l'appela mais il l'ignora. Il ne voulait pas rester là, surtout pas. Il ne voulait pas affronter Ron. Lorsqu'il arriva finalement à sa voiture, il chancela et dût se raccrocher au rétroviseur pour ne pas tomber. Une vieille femme passa et lui lança un regard désapprobateur. Elle pensait probablement qu'il était ivre. Elle n'avait pas tort. Il était ivre, oui, ivre de douleur. Harry qui l'avait repoussé…et maintenant Hermione qui était à l'hôpital à cause de lui, avec son bébé !Il se laissa glisser au sol et éclata en sanglots. Il n'aurait jamais dû revenir. Il lui fallut un bon quart d'heure pour se calmer. Il s'installa au volant et ce qu'il devait faire lui apparut alors nettement. Son pied écrasa l'accélérateur et sa voiture jaillit du parking, aussi déterminée que son conducteur.
Il arriva rapidement chez Harry, se gara à la va-vite et entra chez le jeune homme. Il était seul. Parfait. Il s'assied en face de lui et commença son petit discours :
« Tu ne veux pas de mon aide, Potter, mais je vais t'aider quand même. Tu es peut-être bien là où tu es, mais ce n'est qu'une putain d'illusion !Ce n'est pas dans ton monde que tu dois être, mais avec nous. » La talking cure recommençait. Et peut-être que demain, il aurait le courage d'aller voir Ron.
