Grandes premières (thème "Première fois")
L'expression populaire "s'en moquer comme de son premier chaudron" avait une variante sportive: "s'en moquer comme de son premier balai". Mais quel joueur de Quidditch se moquait réellement de son premier balai ? Certainement pas Roger Davies, en tout cas. Même si le balai en question n'était qu'un simple jouet reçu pour Noël à l'âge de cinq ans, il le gardait dans sa chambre, en haut du placard, en souvenir.
Un jour, son père lui avait dit "Quand tu seras célèbre, les reporters de Quidditch Magazine le prendront en photo". Roger avait ri. Et puis il s'était souvenu d'avoir vu une joueuse des Montrose Magpies poser avec le Vif d'or en peluche (désormais tout râpé et grisâtre) qu'elle avait eu pour doudou vingt ans plus tôt. "Je le traînais partout", disait la légende, "et c'était le drame chaque fois que ma mère voulait me le prendre pour le laver."
Au cas où, Roger décida alors de préparer quelques mots à propos du balai. Parce qu'il n'y a rien de pire que d'être pris au dépourvu quand quelqu'un vous pose une question.
Quand il pleuvait, je volais dans la maison – dans le couloir et autour de la table du salon. Evidemment, je faisais tomber pas mal de trucs au passage. Ma mère les rangeaient et réparaient la casse en quelques coups de baguette, mais ça ne l'empêchait pas de me réprimander parce que j'effrayais le chat, parce que je risquais d'assommer ma petite soeur qui suivait souvent en réclamant de faire un tour aussi ou simplement parce qu'elle en avait assez de devoir interrompre ses occupations toutes les deux minutes. Mais mon père était ravi que j'aime voler, et c'est cette année-là qu'il a commencé à m'emmener voir des matchs de Quidditch.
A propos de ces matchs, on lui demanderait peut-être aussi s'il se souvenait du premier auquel il avait assisté. La réponse la plus honnête serait "pratiquement pas", mais elle n'était pas acceptable. Il fallait qu'il trouve quelque chose à dire quand même.
C'était Chudley Canons contre Tutshill Tornados. Un match plutôt calme, que je trouverais certainement ennuyeux aujourd'hui mais que j'avais suivi avec la fascination d'un gamin qui, jusqu'à ce jour, ignorait encore qu'on puisse voler aussi haut - et en se lançant des balles, de surcroît. Je n'arrêtais pas de poser des questions, et mon père me répondait avec une patience admirable, compte tenu du fait qu'il déteste habituellement être dérangé quand il regarde un match ou en écoute les commentaires sur la RITM. En fait, je crois que les gens assis autour de nous rêvaient de me lancer un Silencio.
Un jour, se promit Roger, il emmènerait aussi son fils (à moins que ce soit une fille, ou les deux... bref, il emmènerait son ou ses futurs enfants) voir un match de Quidditch. Mais il ferait sans doute bien de lui (ou leur) en expliquer les règles avant. Et, pour cela, d'acheter directement un set de balles plutôt que d'ensorceler des fruits, parce que sa (future) épouse n'apprécierait sûrement pas plus que sa mère de le voir jouer avec de la nourriture. A propos, si on l'interrogeait sur sa première leçon de Quidditch...
En rentrant du match, je voulais jouer mais je n'avais pas de balles, alors mon père a pris ce qu'il trouvait dans la cuisine : un pamplemousse (magiquement agrandi) comme Souafle, des pommes en guise de Cognards et un grain de raisin pour le Vif d'or. Il a aussi formé trois anneaux avec des cordes à linge suspendues en l'air – pas très loin du sol puisque mon balai ne volait pas bien haut – et j'ai utilisé une grosse spatule en bois pour taper dans les pommes-Cognards. C'était amusant mais, étrangement, ma mère n'était pas tout à fait de cet avis.
Après cette journée mémorable, Roger avait obtenu tout l'équipement voulu (en version jouet, bien entendu) et s'était vite révélé plutôt adroit pour marquer des buts. Son père avait alors exprimé l'espoir qu'il fasse un jour partie de l'équipe de sa Maison à Poudlard. Et, bien sûr, il y aurait des choses à dire là-dessus aussi...
Mon premier match, c'était contre Gryffondor. J'étais en deuxième année et je n'en revenais toujours pas d'avoir été sélectionné alors que pas mal d'élèves plus vieux s'étaient présentés aux essais. En plus, les deux autres Poursuiveurs étaient des sixième année qui se connaissaient très bien, et je me sentais vraiment de trop. J'avais réussi à attraper le Souafle de temps en temps et même à m'approcher des buts une fois, mais Wood a bloqué mon tir sans problème. C'était assez décourageant.
Il n'aurait probablement pas besoin de préciser qui était Wood. Le Gryffondor ne resterait pas simple remplaçant très longtemps. Et d'ailleurs, dans un futur hypothétique où Roger serait assez célèbre pour intéresser les lecteurs de Quidditch Magazine, Oliver Wood ne pourrait qu'être une grande star.
Il vaudrait mieux, en revanche, passer sous silence le nom du Gardien contre qui Roger avait marqué son premier but. Quoi qu'il ait choisi comme métier, il ne faisait aucun doute que ses collègues se moqueraient bien de lui s'ils venaient à lire ce que Roger pensait de lui.
Je n'avais pas non plus marqué contre Serpentard, mais ensuite on a joué contre Poufsouffle et là... Leur Gardien était une vraie passoire. Il n'a arrêté qu'un seul tir, et je crois que c'était par pure chance. Donc, ce jour-là, j'ai marqué trois buts. Ce qui ne nous a pas empêchés de perdre, parce que leur Attrapeur a été plus rapide que le nôtre – et leurs Poursuiveurs n'étaient pas mauvais, donc on n'avait pas pu creuser un écart assez grand.
En y repensant, il trouvait cette première année dans l'équipe vraiment pourrie. Ils avaient gagné une fois, certes, mais, n'ayant pris aucune part directe à cette victoire, Roger hésitait à la compter comme telle pour lui-même. Si on lui demandait de parler de sa première victoire, il préfèrerait celle de l'année suivante.
C'était contre Poufsouffle aussi. Leur gardien était bien meilleur, cette fois, mais j'ai quand même réussi à marquer et j'étais plutôt fier. Enfin, moins que quand j'ai réussi à marquer contre Wood, la même année. Dans les deux cas, on a gagné, donc ça fait de bons souvenirs.
Roger se demanda un instant s'il pourrait caser quelque part dans l'interview l'histoire des entraînements tout à fait cauchemardesques que Wood lui avait fait subir quand il avait voulu le préparer à affronter Cedric et son équipe après le fameux match perdu par Gryffondor parce que Harry Potter était tombé de son balai à cause des Détraqueurs qui avaient envahi le stade. Rétrospectivement, c'était drôle (le harcèlement, pas la chute de Potter) mais peut-être Wood lui en voudrait-il de révéler certains détails.
D'ailleurs, tout cela était parfaitement grotesque. En dépit de ce qu'affirmait son père, Roger n'était pas convaincu d'avoir le niveau requis pour intégrer une équipe de Quidditch professionnelle. Alors pour en arriver à donner des interviews....
Il avait sans doute raison – sur le premier point. Pour le second, c'était différent : ayant lancé, en collaboration avec Cho et l'ancien Batteur Donovan McRay, le premier modèle de la ligne Starburst Broomsticks, ils fut interrogé par un reporter qui lui demanda entre autre la marque de son premier balai.
Pour faire sérieux, il parla du Comète 260 qu'il avait eu à douze ans plutôt que du jouet de ses cinq ans, mais il s'arrangea tout de même pour glisser une allusion à ses débuts en remerciant son père de lui avoir transmis la passion du Quidditch, "sans hésiter à ensorceler des fruits et des cordes à linge pour m'apprendre à jouer".
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Note : La fin, c'est inspiré des évènements de la communauté RPG papotus_sempra (sur LiveJournal), où le balai Starburst est sorti cet été (Ginny a même posé pour la pub lors d'une séance photos très mouvementée).
