/!\ Premier passage NC-17 de cette fiction.
Et toujours les mêmes remarques que précédemment :
- Âmes sensibles, ne pas venir se plaindre
- Homophobes, s'abstenir
- Et merci SweetHeart, pour tes corrections et ton soutien sans faille ;)
Bonne lecture,
Terps', xx
Welcome to the Garden of Destruction
Acte Deuxième
[See the Prince on the Rocking Horse]
Qui était-il ? Dix-sept.
Qu'était-il ? Un concubin. Tout du moins le serait-il tôt ou tard.
Quatre ans. Cela ne représentait rien pour lui. C'était simplement le temps qui lui restait avant de faire son entrée. S'il avait su compter, si on avait pris la peine de lui apprendre à compter, il aurait su que cela lui faisait encore approximativement trois mille trois cents repas à prendre dans cette pièce. Et il aurait ainsi pu les décompter.
Oui mais voilà. Il ne savait pas compter. Ni décompter par conséquent. Lire et écrire non plus, par ailleurs. Ce qu'il savait faire ? Boire. Manger. Dormir. Baragouiner quelques mots. Ceux qui étaient vraiment utiles. Et comprendre la plupart des autres. S'ils correspondaient à des concepts qu'il pouvait facilement intégrer. Ou qui pouvaient éventuellement représenter quelque chose de concret pour lui. Pas comme le temps. Indomptable. Impalpable. Qui passait, inlassablement, plus ou moins lentement.
Il y a deux sortes de temps. Le temps qui attend, et le temps qui espère. Et que pouvait-il faire d'autre qu'attendre et espérer, là où il se trouvait ? Attendre que l'heure soit venue. Et espérer que sa condition soit améliorée. Si toutefois il avait pu considérer que la sienne pouvait l'être. S'il l'avait jugée mauvaise, ou difficile. Mais comment l'aurait-il pu, lui qui n'avait pas conscience de sa situation ? Comment comparer quelque chose, quand on ne peut le rattacher à rien ? Pouvait-il se plaindre, lui qui ne connaissait que la vie dans sa cellule ? Peut-on réellement rêver mieux, lorsqu'on ne sait ce qu'est rêver?
Ces quatre années passèrent à une vitesse fulgurante. De notre point de vue, en tout cas. Et nous pouvons considérer que du sien aussi, d'une certaine manière. La subjectivité du temps prend toute son ampleur, lorsque la principale activité de la journée ne consiste plus à attendre.
Ses journées étaient à présent rythmées par la visite régulière de précepteurs, tous envoyés afin de lui apprendre comment se comporter en dehors de sa cellule. Une fois qu'il serait enfin envoyé au Jardin, lieu que nous découvrirons un peu plus tard.
Les règles à suivre n'étaient pas très nombreuses mais d'après ce qu'on lui avait dit, elles étaient essentielles. Aucune ne devait être enfreinte. Sous aucun prétexte. Même s'il n'en comprenait pas la moitié.
Règle n°1 : Jurer loyauté et fidélité au Maitre
Loyauté et fidélité étant des notions qu'il avait fallu lui faire comprendre. Et le maitre étant une personne encore inconnue pour lui.
Règle n°2 : Ne jamais s'adresser directement au Maitre
Règle n°3 : Ne jamais regarder le Maitre droit dans les yeux.
Règle n°4 : Ne jamais tenter de fuir.
Règle n°5 : Traiter les autres concubins avec respect et déférence.
Encore de nouveaux concepts.
Ces règles-ci étaient les principales. Les autres, il les apprendrait petit à petit, une fois son entrée faite.
[Le matin de son entrée]
Aujourd'hui, il avait seize ans.
Aujourd'hui, il allait faire son entrée au Jardin.
Aujourd'hui, pour la première fois depuis son arrivée presque quinze ans plus tôt, il allait sortir de sa cellule. Et rencontrer une douche. Et un coiffeur. Ses longs cheveux ébène lui arrivaient pratiquement aux chevilles, et avaient besoin d'entretien.
Vint ensuite le tour du maquilleur, qui mit en valeur son plus bel atout : ses yeux. Légèrement soulignés de noir, leur couleur ressortait à merveille.
Le styliste lui fit troquer son short déchiré contre un sarouel flamboyant, concordant parfaitement avec les touches de couleur que le coiffeur avait subtilement glissées dans ses cheveux un peu plus tôt. Le tissu avait une texture particulière, qu'on l'aida à identifier comme étant de la soie. Un toucher doux contre sa peau. Une sensation qu'il n'aurait jamais voulu quitter.
Les trois hommes qui s'affairaient autour de lui depuis plusieurs heures déjà s'arrêtèrent, et le regardèrent un instant. Ils se sourirent mutuellement ensuite. Le résultat plairait plus que certainement au Maitre. Ils étaient fiers d'eux.
Il était parfait.
[Le soir même]
Appréhension. Sentiment inconnu qui faisait naitre au creux de son ventre une chaleur à la fois douce et inquiétante.
Debout devant l'immense double porte en bois massif, il attendait qu'on daigne le faire entrer. Pour la première fois de sa vie, il était impatient.
Entendant le cliquetis caractéristique d'une serrure qui se déverrouille, il releva lentement la tête et la vue qui s'offrait à lui le pétrifia sur place. Ses yeux ne savaient où se poser tant il y avait des choses à voir. C'était indescriptible.
Mais essayons quand même...
De la moquette blanche, épais nuage cotonneux recouvrant le sol.
De hauts murs sur lesquels étaient accrochées des tapisseries claires, contrastant avec les lourdes tentures de velours toutes plus sombres les unes que les autres.
De nombreux sofas immaculés, sur lesquels reposaient de moelleux coussins aux couleurs éclatantes.
Des bains, immense étendue limpide qui dégageait un parfum rappelant celui de la fleur d'oranger.
Des plantes de toutes sortes posées nonchalamment, ici et là. Gardénia, lys, datura, roses, frésia, iris,...
Des tables remplies de victuailles. Pâtisseries, gâteaux, fruits, friandises, chocolats.
Dans tous les recoins de la pièce, des hommes. Tous habillés pareillement d'un simple sarouel blanc. Combien ? Encore aurait-il fallu pouvoir compter, pour le savoir.
Au centre de la pièce, une estrade, surélevée de quelques bonnes dizaines de centimètres, surplombée de la seule source de lumière de la pièce : une coupole laissant passer la clarté aveuglante du jour, et la noirceur éblouissante de la nuit.
Et sur cette estrade, dominant tout le reste, de dos, un homme.
Une fois qu'il eut posé ses yeux sur lui, il ne put les en détacher. Cet homme était différent de tous ceux qu'il avait déjà eu l'occasion de voir, du fin fond de sa cellule.
De longs cheveux tombant sur des épaules larges, un dos musclé, des bras minces mais sans doute puissants, des fesses gourmandes, des jambes longues et fines. C'était en tout cas comme cela qu'il l'imaginait, sa tenue l'empêchant de profiter pleinement du spectacle qui s'offrait à lui. Un genre de toge mauve tirant sur le magenta recouvrait en effet la quasi-totalité de son corps.
Une étrange impression lui tordait à présent l'estomac, tandis que dans son esprit une seule phrase trouvait un écho suffisant que pour s'infiltrer. C'était lui. Le Maitre
Alors que la réalité venait de le frapper de plein fouet, celui-ci se tourna vers lui, son regard perçant et sondeur s'ancrant dans le sien. Mais une des règles apprises par cœur lui revint en mémoire, et il baissa automatiquement les yeux. S'empêchant ainsi de voir le léger signe de tête accordé aux Anciens présents par le Maitre. Et l'imperceptible sourire orner ses lèvres lorsqu'il reposa ses yeux sur le nouveau.
- Bienvenu au Jardin des Sens, Dix-Sept
Le Jardin des Sens. Harem moderne implanté en plein cœur de la capitale nippone.
Tout s'était passé si vite qu'il eut à peine le temps de se rendre compte des regards affamés que les autres hommes posaient sur lui avant d'être emmené dans une autre pièce, plus petite, plus sombre, isolée, meublée en tout et pour tout d'un seul fauteuil, à priori peu confortable.
On l'y installa, lui demandant d'attendre quelques instants.
Il commença alors à essayer d'analyser ce qui se passait en lui. Cette sensation de manque une fois que sa voix s'était tue. Une fois qu'il avait disparu de son champ de vision.
Il se tortura l'esprit pendant plus d'une heure, assis dans la pénombre, loin de se douter des enjeux de la réunion qui se tramait dans la pièce juste au-dessus de la sienne...
[Le premier Conseil]
Le Conseil des Anciens. C'était ainsi qu'était appelée chacune de leur réunion. A quoi servaient-ils ? A prendre les meilleures décisions afin que tout se passe pour le mieux au Jardin, et dans les autres parties de la Demeure, parties auxquelles nous n'avons pas encore accès, mis à part les cachots. Peut-être plus tard aurons-nous l'occasion d'y jeter un coup d'œil discret. Mais pour le moment, concentrons-nous sur le sujet du Conseil de ce soir.
La préparation de Dix-Sept.
Qui allait s'en occuper ? Qui allait faire en sorte que son intégration parmi les autres concubins se passe au mieux ? Qui allait lui expliquer le fonctionnement des lieux ?
Bien sûr, les principales règles lui avaient déjà été expliquées en long et en large, durant ces quatre dernières années. Mais ses précepteurs en avaient volontairement omis une. La plus importante. Celle sans laquelle il était impossible de réellement faire partie du jardin.
Il fallait être actif. Sexuellement.
Et vous vous doutez bien que confiné dans le fond de sa cellule, Dix-Sept n'avait encore jamais eu l'occasion de poser ses mains sur un homme. Ni sur une femme par ailleurs, celles-ci semblant être interdites de séjour dans la Demeure.
- Je m'en chargerai personnellement.
- V... Vous ?
- Ca pose un problème ?
- N... Non, non, bien sûr que non. Disons juste que c'est...
- Inhabituel ? Je le sais bien mais...
- Mais ?
- Mais... Rien! Après tout, je n'ai pas besoin de me justifier. Amenez le gosse dans ma chambre, je l'y attendrai !
- B... Bien, Maitre
[Cette nuit-là]
L'expérience. Voilà quelque chose qui lui faisait cruellement défaut, à cet instant précis. Etait-ce une bonne ou une mauvaise chose ? Il n'aurait pu le dire. Et nous non plus.
Oh, bien sûr, le fait d'ignorer ce qui l'attendait l'empêchait sans doute de s'inquiéter. Et il n'était pas sûr de vouloir savoir, finalement. Après tout, il avait déjà eu l'occasion de vivre certaines choses sans y être préparé, comme son marquage, et au vu de ce qui s'était produit, il savait qu'il n'aurait pas aimé savoir. C'était assez traumatisant comme cela, sans qu'il n'ait eu besoin de s'en faire une idée préalable.
Ce qui allait se passer dans cette pièce allait-il lui faire aussi mal, voilà sa principale interrogation. Et s'il avait su...
Son attente lui avait semblé interminable. Et maintenant qu'il se tenait devant cette porte, l'impatience le reprenait. Il avait envie de se ruer à l'intérieur, pour y découvrir ce qui l'attendait encore. Ce n'était pas le Jardin, la porte était différente. Alors, dans quel autre lieu allait-il entrer ?
Il n'eut pas le temps d'y réfléchir plus, un des gardes venait de lui ouvrir et de le pousser à l'intérieur.
Il resta un moment figé sur place, avant que sa voix ne s'élève, brisant le silence quasi religieux qui s'était installé. On lui avait appris qu'il ne devait pas lui parler. Et il comptait respecter ces règles, même s'il ne les comprenait pas.
Le Maitre sourit, visiblement amusé de la situation, mais ce sourire échappa à Dix-Sept, tout comme la lente avancée qu'il faisait dans sa direction.
Arrivé devant lui, il lui prit le menton entre les doigts, et l'obligea à relever la tête.
- Regarde-moi...
Ce ne fut qu'un murmure. Mais c'en fut assez pour le décider à obéir. Après tout, c'était lui, le Maitre, alors sans doute avait-il le droit d'exiger ce genre de choses. L'infraction de ses propres règles.
Il continua sur son ton le plus doux, celui qu'il voulait rassurant, tentant de mettre son nouvel élément en confiance pour la suite des événements.
- Je sais ce qu'on t'a appris, mais quand tu es ici avec moi, tu peux oublier les règles 2 et 3. Je te donne le droit de me regarder, et de me parler. D'accord ?
- D'a... D'accord...
- Sais-tu déjà ce qu'il va se passer ce soir ?
- N... Non...
Se rappelant soudainement la dernière fois qu'il lui était arrivé quelque chose dont on ne l'avait pas vraiment prévenu, il se permit de demander.
- Ca... Ca va faire mal ? Je... Je veux dire... Comme le marquage ?
- Non, c'est... différent. Ca pourrait être bien pire... Tu me fais confiance ?
- Ou... Oui... Je n'ai pas le choix, vous êtes... le Maitre...
Il ne put s'empêcher de sourire à cette dernière remarque. Ces petits jeunes étaient finalement drôlement bien éduqués...
Il reprit pour mettre les choses au clair une dernière fois, avant de se lancer.
- Bien. Maintenant, tout ce que je vais te demander, c'est de te laisser entièrement faire, pour le reste de la nuit. Si toutefois tu avais le moindre problème, n'hésite pas à me le dire, d'accord ?
- D'accord...
Lentement, il le contourna plusieurs fois, l'observant intensément, comme pour imprimer son image dans son esprit. Puis, il s'arrêta et lui fit face, le dévisageant une dernière fois. Sans quitter son regard, il laissa ses mains s'aventurer sur son torse ferme, se contentant de l'effleurer, retraçant chaque courbe du bout des doigts.
Il ne voulait pas l'effrayer. Ni lui faire mal.
Il avait assisté à de nombreuses préparations, au cours de ces dernières années, et même s'il s'était toujours montré insensible aux cris horrifiés des « nouveaux », il savait qu'il ne supporterait pas ceux de Dix-Sept. Il ne voulait pas que les Anciens s'occupent de lui, se bornant à le « sauter », à « le » faire au plus vite, pour être débarrassés le plus rapidement possible de leur « corvée ». Il souffrirait. Et il n'en avait pas envie.
Il voulait que ce moment reste un souvenir immuable et merveilleux pour eux deux. Pourquoi ? Il ne le savait pas encore. Mais il souhaitait que sa première fois se passe dans de bonnes conditions. Il avait l'intention d'être patient, de prendre son temps. Allait-il être doux, tendre ? Sans aucun doute. Allait-il faire preuve... d'amour ? Peut-être. Peut-être était-ce d'ailleurs ce sentiment qu'il avait l'impression de ressentir lorsque ses yeux se posaient sur lui. Ce sentiment qui le faisait se comporter différemment. Qui lui faisait prendre des décisions insensées.
Alors que le Maitre s'attaquait aux délicieuses lignes formant son dos, il ne put empêcher un frisson de lui électriser la peau. C'était une sensation entièrement nouvelle pour lui. Il n'avait jamais connu cela avant. Personne n'avait jamais posé ses mains sur lui de cette manière, pas même les deux esclaves qui l'avaient aidé à prendre une douche le matin-même.
Un nouveau frisson lui parcourut la colonne vertébrale, et lui fit fermer les yeux. Il avait chaud. Très chaud. Son cœur battait de plus en plus vite, il avait l'impression qu'il allait finir par sortir de sa poitrine si son rythme ne diminuait pas rapidement. Et pour couronner le tout, une chaleur plus qu'agréable s'était installée dans son bas-ventre, lui faisant peu à peu perdre pied avec la réalité qui l'entourait. Ce qu'il était en train de lui faire ? Il n'en savait rien. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il ne voulait pas qu'il s'arrête. Il voulait continuer à sentir ses mains arpenter son épiderme, encore et encore.
Il le sentait s'aventurer de plus en plus bas, frôlant la limite de son pantalon, le descendant même légèrement sur ses hanches délicates. Lorsque sa bouche vint se coller à son cou, il ne put éviter qu'un gémissement ne s'échappe.
Et soudainement, plus rien. Il ne le sentait plus contre lui, et ne percevait plus aucun mouvement. Surpris, il ouvrit les yeux, pour tomber sur les siens, brillants d'une étrange lueur, qui lui était inconnue.
Le désir. Une conduite d'envoûtement, selon Sartre. Et Dieu sait à quel point il l'était, à ce moment précis.
Envoûté. Charmé. Séduit. Fasciné. Captivé. Subjugué. Ensorcelé. Ses yeux, ses lèvres, les quelques gouttes de sueur perlant sur ses tempes.
S'il ne s'était pas contrôlé, il aurait pu le prendre sur place, dans la seconde, tant le son qu'il avait émis quelques secondes plus tôt lui avait plu. Mais il savait que lui sauter dessus là, tout de suite, n'était pas une bonne idée. Ce son... Il en aurait entendu d'autres, sans aucun doute, mais pas comme celui-là. Pas parce qu'il aimait ça. Or, c'était cela qu'il voulait. L'entendre soupirer, gémir, crier. De frustration parce qu'il le faisait languir, de plaisir parce qu'il répondait à ses attentes inexprimées, inconscientes.
Il prit un petit moment pour se calmer, fermant à son tour les yeux, respirant le plus profondément possible, tentant désespérément de penser à autre chose.
Une sensation brûlante sur la joue lui fit rouvrir les yeux.
Sa main. Il venait de poser sa main sur lui, et le fixait de son regard teinté d'incompréhension. Il essaya de reprendre ses esprits au plus vite, lui sourit, à la fois amusé et attendri, et s'avança de nouveau pour cette fois déposer ses lèvres sur les siennes, tendrement, pour un baiser de surface, tout ce qu'il y avait de plus chaste.
Comment il s'était retrouvé nu, allongé sur le lit trônant au milieu de la pièce ? Il n'en savait rien. Mais à ce moment précis, il n'aurait voulu être nulle part ailleurs. Pour rien au monde.
Il pouvait sentir son souffle caresser chaque parcelle de sa peau, de temps à autre remplacé par ses lèvres fraiches et ses doigts fins. Ceux-ci se frayaient un chemin de plus en plus bas, cajolant ses cuisses divinement fuselées, remontant prudemment vers son intimité, la frôlant à peine, avant de se rediriger vers sa virilité. Ses baisers, de plus en plus insistants, lui faisait perdre la tête. Il n'en pouvait plus. Et lorsqu'il perçut sa bouche entourer son membre gorgé de plaisirs inconnus, il ne put que s'abandonner à toutes ces émotions nouvelles, beaucoup trop intenses pour lui, qui n'avait jamais rien connu de tel jusqu'alors.
L'extase, moment de bonheur extrême le prit par surprise, quelques instants plus tard, lorsqu'il l'avait fait venir à l'aide de mouvements précis et assurés.
Installé entre ses jambes outrageusement écartées, il ne savait où poser son regard. Sur son torse se soulevant avec difficulté, révélant une respiration laborieuse ? Sur ses yeux à moitié fermés, voilés par le plaisir ressenti ? Sur ses lèvres entrouvertes, rosies par les baisers ? Chaque vision de son corps en sueur lui donnait envie de mettre fin au plus vite à son propre calvaire. Comment avait-il pu tenir jusque là ? Il se le demandait vraiment... Préférant arrêter de trop penser, il se décida finalement à le pénétrer en douceur, faisant montre de toute la patience et la tendresse dont il se sentait capable dans un moment pareil. L'entrée ne se fit pas sans mal, il pouvait voir la douleur peinte sur son visage crispé. Une fois qu'il fut entièrement à l'intérieur, il dut se faire violence pour ne pas jouir immédiatement, tant son étroitesse lui faisait tourner la tête.
Après quelques minutes, lorsqu'il fut sûr qu'il était prêt à subir ses assauts, il commença de lents va et vients, faisant monter graduellement la passion, le désir dans tout son corps. Ses cris de plaisir ne faisait qu'attiser un peu plus ses envies, et quand l'orgasme se présenta à eux, c'est ensemble qu'ils se laissèrent porter vers des contrées jusqu'alors inexplorées.
[Au petit matin]
- Est-ce que ça te plairait de rester ici ?
- Je... Je ne dois pas aller au Jardin, normalement ?
- Si. Sauf si j'en décide autrement. Est-ce que je te plais ?
- Je ne comprends pas...
- Tu es bien ici, avec moi ? Tu as apprécié cette nuit ?
Il ne comprenait pas. Il ne voyait pas où il voulait en venir. A vrai dire, rien n'avait vraiment de sens pour lui. Tout lui semblait compliqué. Extrêmement compliqué. Il devait se concentrer de longs moments pour saisir le sens de certains mots que son Maitre employait, ainsi que la signification de chacun de ses gestes. Pourquoi posait-il délicatement ses doigts sur sa joue ? Pourquoi pressait-il subtilement ses lèvres contre les siennes ? Il ne le savait pas. Il n'en savait rien. Mais il était sûr d'une chose : il aimait ça. Et il voulait qu'il continue, encore et encore.
Timidement, le rouge aux joues, il souffla
- Oui...
- Accepterais-tu de devenir mon favori ?
- Qu'est-ce... Qu'est-ce que c'est, un favori ?
- Eh bien, c'est celui qui concédera à n'être qu'à moi.
- Mais... Ce n'est pas déjà le cas ? Ne suis-je pas déjà à vous ?
- Dans l'absolu, oui, mais c'est plus compliqué que ça...
Et de fait, c'était beaucoup plus compliqué que cela. Le Maitre décida de lui expliquer la situation exacte des Concubins, n'omettant aucun détail, insistant sur certains points quand Dix-Sept semblait perdu.
Dès leur entrée au Jardin, les jeunes hommes qui le peuplaient avaient été préparés par un des Anciens, et ce dernier régissait la vie de son « protégé ». Celui-ci ne pouvait rien faire sans le consentement de son ainé. Malgré tout, la vie en communauté encourageait les rapprochements entre les membres, et il arrivait fréquemment, pour ne pas dire tout le temps, que certaines attirances physiques voient le jour parmi eux. Ils étaient alors autorisés à satisfaire leurs besoins et leurs envies. Leur asservissement ne leur avait pas enlevé leurs instincts de mâles.
Pour résumer, les Concubins ne pouvaient faire un pas sans l'accord de leur « protecteur », sauf lorsqu'il s'agissait de sexe. A ce moment-là, ils avaient le droit de disposer pleinement de leur corps, ainsi que de celui de leur partenaire. Partenaire qui ne pouvait en aucun cas refuser les avances qu'on lui faisait...
Un seul avait un statut privilégié au sein du groupe. Le Favori. Celui-ci n'avait le droit d'être touché que par le Maitre, et pour éviter toute tentation, il vivait en dehors du Jardin, dans des appartements privés.
- Je...
- Oui ?
- J'accepte
- Je peux te demander pourquoi ?
- Parce que... Parce que je ne veux appartenir qu'à vous...
La réponse le fit sourire. Ce jeune homme était définitivement différent de tous les autres.
- Ton odeur... On dirait un mélange de miel et d'orange... Ca... sent bon...
- Me... Merci...
- Sais-tu comment on dit « Sentir bon », en Japonais ?
- Non...
- Kaoru...
