Partie 2 : The proffering of overly solicitous advice is indicative of love.

Je dus courir pour rallier l'aéroport, et même comme ça je n'étais pas sûr d'être là avant que Bones ne prenne son avion. A la base, j'avais demandé un laissez-passer, mais ils me l'avaient refusé, j'avais donc décidé de me faufiler dehors. Pas question de manquer Bones elle m'en aurait trop voulu, sans vouloir l'admettre.

Dès que je fus dans le hall, je l'aperçus. Elle releva la tête et nos regards se croisèrent. Je vis dans ses yeux qu'elle n'espérait plus me voir arriver, mais qu'elle avait néanmoins eu très peur que je ne vienne pas du tout.

Elle planta sur place toute son équipe pour traverser l'immense pièce, et mes jambes se mirent en marche toutes seules. Nous nous arrêtâmes l'un en face de l'autre.

- Désolé, j'ai pas pu me procurer de pass. J'ai dû me glisser hors du camp pour venir dire au revoir, dis-je sur un ton d'excuse.

Je ne voulais pas la toucher, je ne voulais rien faire de peur d'exploser et de la prendre dans mes bras. Je tremblais de tout mon corps.

- Ecoute, Bones, tu vas être très prudente dans cette jungle indonésienne à Maluku, hein ?

- Booth, dans une semaine, tu vas en zone de guerre ! protesta-t-elle.

Nous nous regardions droit dans les yeux. Autour de nous, le monde avait cessé d'exister. La foule avait disparu, même Hodgins, Angela, Camille, Sweets et Daisy n'étaient plus là, à nous observer comme si nous étions des bêtes de foire. Il n'y avait plus qu'elle et moi. Plus que nous deux.

- S'il te plaît, ne joue pas les héros, dit-elle d'une voix tremblante.

Je déglutis, retenant ma respiration.

- S'il te plaît, évite simplement… d'être toi-même… me supplia-t-elle, tant de la voix que du regard.

En moi, quelque chose explosa puis se brisa. Je me remémorai ce que je lui avais dit ce midi – à propos des recommandations idiotes et de l'amour.
Bones venait de dire « je t'aime ».

Je me rapprochai imperceptiblement d'elle, sur le point de l'embrasser, puis je me ressaisis. Nous n'avions pas besoin de cela en plus, cela n'aurait rien changé, peut-être aurait-ce même aggravé les choses.

J'avançai ma main vers elle et baissai les yeux pour qu'elle regarde ma paume ouverte tournée vers le sol. Elle glissa sa main fine dans la mienne et je la serrai de toutes mes forces, de tout mon amour. Puis je relevai les yeux vers elle et elle suivit le mouvement.

- Dans un an, jour pour jour, commençai-je, on se retrouve sur le Mall, près de l'étendue d'eau, tout près de…
- Du marchand de café, me coupa-t-elle. Je sais.

C'était le même « Je sais » que celui qu'elle m'avait offert lorsque je lui avais annoncé devoir tourner la page après l'avoir embrassée. Un « Je sais » rassurant, mais plein de douleur.

- Dans un an, jour pour jour.

Je l'observai encore quelques instants, tentant de me souvenir de chaque parcelle de sa peau, puis me détournai. C'était trop dur, trop difficile de ne pas la prendre dans mes bras, de ne pas lui avouer tout ce que je ressentais pour elle, de ne rien pouvoir faire d'autre que la voir partir, alors ce fut moi qui m'éloignai.

Je fis quelques pas, puis m'immobilisai pour jeter un regard en arrière. Elle s'éloignait elle aussi, et se retourna précisément au même instant. Ses yeux étaient remplis de larmes. Je déglutis, nous nous saluâmes une dernière fois gravement du regard, puis je repartis sans me retourner.

xXx