Partie 3 : Insanity is doing the same thing over and over again and expecting a different outcome.
En ce 13 juin 2011, le soleil était haut et brillait de mille feux sur Washington, faisant briller les bâtiments d'un blanc immaculé qui bordaient le Mall.
Elle marchait le long de l'étendue d'eau de son pas aérien. L'angoisse était peinte sur son visage et transparaissait également dans ses gestes l'un de ses bras enserrait son ventre amaigri tandis que son autre main agrippait nerveusement la chaîne pendue à son cou et la médaille qui y était accrochée.
Elle déboucha dans le parc juste derrière le marchand de café et le vit.
Il était assis sur leur banc, habillé d'un simple t-shirt et d'un jean foncé. Elle l'observa, profitant de ces quelques instants douloureux durant lesquels elle pouvait le voir sans être vue.
Elle remarqua tout de suite la cicatrice qui zébrait sur sa joue, partant de sa pommette et traçant une ligne blanchâtre jusqu'à sa jugulaire.
Au moins, il est vivant, songea-t-elle.
Etrangement, et contrairement à ce qu'elle avait pu dire à Angela, le fait de s'éloigner de Washington, de sa vie et surtout de l'homme qu'elle observait à la dérobée n'avait pas du tout atténué ses inquiétudes et ses doutes. Même à des milliers de kilomètres de lui, elle avait continué de se poser des questions, de douter, d'avoir des insomnies à force de s'inquiéter pour sa vie.
Non, cela n'avait servi à rien de partir. Sauf peut-être à lui mettre un peu les idées au clair.
Il leva la tête et leurs regards se croisèrent. Le cœur de la jeune femme fit un bon dans sa poitrine et elle se mit à marcher vers lui. Soudain, son pas s'était fait assuré, elle savait où elle allait.
Il se leva et fit quelques pas pour la rejoindre. Elle avait affreusement maigri, ses traits s'étaient émaciés. Sa peau était tannée par les longues heures qu'elle avait dû passer au soleil et ses cheveux lui tombaient jusqu'à la taille, indiquant qu'elle n'avait pas croisé de coiffeur dans la jungle indonésienne.
Il l'observa tandis qu'elle se rapprochait de lui. Elle était toujours aussi belle. Ses yeux bleus brillaient, et à cette vue l'homme sentit sa poitrine se gonfler de bonheur.
Dieu, ce que c'était long, un an.
- Bones… souffla-t-il lorsqu'elle fut arrivée à sa hauteur.
- Booth… répondit-elle sur le même ton.
- Vous allez bien…
- Oui, mis à part la fatigue et quelques ecchymoses, je me porte comme un charme ? Et vous ? demanda-t-elle.
Elle effleura la cicatrice blanchâtre du bout des doigts, déclenchant les frissons de son ancien partenaire.
- Rien de grave, dit-il en attrapant les doigts de la jeune femme. Vous me connaissez, il faut toujours que je sois dans les mauvais coups.
Elle sourit.
- Vous m'aviez promis de ne pas jouer les héros.
- Oh mais ce n'était pas le cas. Je n'ai fait que séparer deux jeunes soldats qui se battaient, et c'est moi qui ai pris le coup de couteau, malheureusement.
Leurs doigts s'entrelacèrent et ils regardèrent tous les deux ce petit miracle se produire.
Un silence suivit, durant lequel ils profitèrent simplement de ce contact doux et agréable et de la présence de l'autre.
- Vous m'avez manqué, Bones, dit Booth relevant les yeux vers elle. Vous avez découvert quelque chose d'important ?
- Une fausse-piste, un cul-de-sac, si on peut dire, mais les fouilles ne sont pas terminées. Daisy et moi avons simplement décidé de ne pas poursuivre les recherches avec les autres et de rentrer à Washington.
- Elle a beaucoup de choses à dire à Sweets je suppose.
- Oui. Elle n'a pas été très respectueuse de prendre sa décision sans le consulter, dit Brennan.
Booth se figea et fixa sa Bones d'un air étonné pendant plusieurs secondes.
- Quoi ?
- Tu as changé, dit-il.
- Et toi tu avais dit que les choses devaient changer. C'est ce que j'ai fait.
- Tu ne devais pas changer parce que je t'avais demandé de le faire, Bones, sourit-il.
- Je ne l'ai pas fait pour toi, mais pour moi. Tu avais raison, la folie se définit par le fait que l'on fasse la même chose encore et encore en espérant un résultat différent. Cela faisait extrêmement longtemps que je continuais de vivre selon le même patron, et cela a fini par me jouer des tours car j'ai… J'ai changé ces derniers temps.
- C'est ce que je te disais.
- Non, je veux dire, j'ai changé depuis que je te connais, je ne suis plus la même, et je… Ca me fait peur. Ca me faisait très peur.
- Plus maintenant ? demanda-t-il.
- Pas vraiment, sourit-elle. J'ai appris à accepter le fait que pour que le résultat soit différent il fallait que j'agisse différemment et que j'accepte ce que j'étais devenue et ce que je ressentais.
Il poussa un profond soupir et lui sourit de toutes ses dents. Puis il passa ses bras autour de son amie et l'enveloppa toute entière d'une profonde étreinte amicale. Elle se blottit contre lui.
- Tu m'as manqué, Booth… murmura-t-elle.
- Toi aussi tu m'as manqué… C'est long, un an.
Ils restèrent figés dans cette étreinte pendant un long moment, savourant le contact de leurs peaux.
Ce fut Booth qui se recula, soucieux de ne pas dépasser les bornes encore une fois comme il l'avait fait en avouant ses sentiments à sa partenaire un an et quelques semaines à peine auparavant.
- Que dirais-tu d'un lunch au Diner ? demanda-t-il.
- En fait, j'allais te proposer de venir chez moi pour des macs'n'cheese. C'est tout ce que j'ai réussi à faire hier soir en rentrant quelques pâtes qui traînaient dans mes armoires et un peu de cheddar acheté au night-club. Il m'en reste beaucoup trop, et tu sais que…
- C'est encore meilleur réchauffé ! coupa-t-il d'un ton enjoué. Allons-y.
Ils se mirent en route à pied vers l'appartement de la jeune femme, qui n'était qu'à quelques rues de là. Elle glissa ses doigts entre ceux de son ancien partenaire et lui serra la main. Il frémit, mais ne fit aucun commentaire, préférant se tourner vers elle pour l'embrasser doucement sur le front.
- Tu es toujours aussi belle, murmura-t-il.
Elle sourit et s'accrocha à son bras de l'autre main, à moitié appuyée sur lui.
Elle se sentait heureuse, à nouveau entière.
De loin, le marchand de capuccino les regarda s'éloigner, le sourire aux lèvres. Cela faisait vraiment longtemps qu'il n'avait plus vu ces deux-là. A peu près un an, quand il y repensait. Il faisait tout aussi beau la dernière fois qu'ils étaient venus s'asseoir près de son stand.
Il les suivit des yeux, songeant une fois encore qu'ils formaient un couple particulièrement charismatique qui s'aimait visiblement d'un amour profond et immuable.
