Rising Shine

Note de l'auteur : Voici le quatrième chapitre de ma fanfiction ^^

J'espère qu'il vous plaira, car je me suis beaucoup amusée à l'écrire. En particulier la fin que je trouve, pour ma part, assez drôle (m'enfin, sens de l'humour, quand tu nous tiens...) =)

Merci beaucoup Gwenelfy pour ton commentaire =)

Bonne lecture.


Chapitre 4, Welcome to the Masquerade

« L'amour est une poursuite solitaire, dont la signification ne peut être comprise, au mieux, que par une seule autre personne : celle que nous aimons. »

Alain de Botton, Petite philosophie sur l'amour.

*

« Jacob Black || RE: Hello ! 30/11/2013 21:15 pm»

« Coucou Renesmée.

Je vais bien, et ça me fait plaisir de voir que tu vas bien aussi. Mais ça irait encore mieux si tu étais avec moi.

Ici, je travaille super dur comme tu le sais déjà et mon seul jour de repos dans la semaine (le dimanche, donc), je le passe à dormir toute la journée tellement je suis crevé. C'est horrible ! J'ai l'impression d'être devenu un zombie. Je ne peux même plus me connecter sur Messenger. Ces derniers temps, je me sens un peu plus fatigué que la normale. J'ai un peu comme une baisse de motivation au travail. Mon patron n'arrête pas de me réprimander parce que je suis plus lent à la détente, tu sais. Cette fatigue ne doit être que passagère, mais ne t'en fais pas. Tu me connais, je résiste à tout !

Ah oui, je serai en vacances le mois prochain, du 21 au 29 décembre. J'en ai parlé avec Edward hier soir, et il est d'accord pour que je vienne le passer avec vous. Je viendrai donc te voir à ce moment-là avec plein de cadeaux. C'est beaucoup trop long !

Bonne chance pour ton entretien !

Tu me manques terriblement.
Jacob Black. »

Ah ! C'était donc pour cela qu'il ne m'avait pas répondu. J'avais expédié un mail il y avait deux jours et mon loup avait l'habitude de répondre aussi vite que possible, allumant son ordinateur tous les soirs après le boulot. Inquiète quant à cette soudaine fatigue anormale, je lui écrivis rapidement – le bruit des touches du clavier atténuant un peu le doux et agaçant roucoulement de mes parents dans leur chambre à l'étage –, lui apportant à travers mes mots tout le réconfort nécessaire. Je ne me sentais pas très bien de savoir qu'il ne se portait pas super. Son état m'influençait quelque peu.

Voilà deux mois que j'étais revenue de l'expédition catastrophique en compagnie de Jake à La Push, deux mois que je ne l'avais plus revu, deux mois que j'avais menti à ma famille à propos de l'accident. Le retour fut très difficile, car j'avais dû m'efforcer de ne pas du tout penser à l'altercation. Chose ardue, mais j'y étais arrivée néanmoins à ma plus grande surprise. J'aurais tellement aimé avoir le don de ma mère pour protéger mes élucubrations ! Zéro intimité dans cette maison à mon plus grand damne. J'avais raconté que tout s'était bien passé (à moitié vrai, je m'étais bien amusée en boîte de nuit) et qu'il ne s'était absolument rien passé avec Jacob, côté relationnel…

Les mois qui suivirent furent plus faciles, car j'étais quémandée un peu partout dans ma vie, ce qui m'avait permis de m'aérer l'esprit et d'éviter un peu plus ma famille qu'à l'accoutumé. D'autant plus que j'avais adopté la méthode de pensée façon Jacob : prendre l'attaque à la rigolade. Bon… Il avait raison, il ne fallait pas trop pleurer sur quelque chose qui s'était déjà produit, car cela ne changerait rien au cours du temps. « Toujours aller de l'avant ! » Prenons-en de la graine.

Mais le jour où j'allais tout devoir leur révéler approchait à grands pas… Je ne pouvais pas continuer à jouer dans cette mascarade. J'avais besoin de parler.

Bref, je devais me surveiller, mon père, bien qu'il soit extrêmement heureux en cet instant précis (je l'entendais avec netteté, hélas) pouvait peut-être capter mes pensées. Mes parents n'avaient-ils pas remarqué que je me trouvais dans la chambre ? Certes, j'étais rentrée après le début de leurs passionnants – et bruyants – ébats, donc ils devaient être très captivés – sans aucun doute – par l'instant présent. Un bon point pour moi. Je comprenais mieux pourquoi Emmett adorait tant les taquiner. Mais bon, lui non plus n'avait pas une auréole sur la tête.

De toute façon, vue l'heure qu'affichait mon écran digital – seize heures trente –, je devais y aller. On m'attendait. Eteignant mon ordinateur, attrapant mon blackberry et mon sac que je mis sur mon épaule, je quittai le cottage.

Que je respirais mieux, éloigné du don de mon père ! Je n'avais plus à me censurer dans les mots. Cela me gênait de repenser à cette attaque, surtout lorsque ma mère se trouvait non loin de là. J'avais honte des pensées qui m'avaient assaillies, et qu'elles fussent encore injustifiées. Je ne savais pas du tout comment aborder ce sujet avec elle… Je devais lui parler. C'était primordial. Mais à chaque fois, mon cœur se lacérait lorsque j'éveillais ma blessure.

Non, non ! J'avais dit que je ne me torturerais plus !

J'étais à l'Opera Stadium, en plein centre-ville de Juneau toujours aussi enneigé, accoutrée de mon éternelle veste en cuir et d'une casquette. L'Opera Stadium était une grande salle pour spectacles en tout genre : théâtres, comédies musicales, concerts de bienfaisance… Je traversais l'accueil sans même prendre le temps de me présenter, me dirigeant immédiatement vers l'entrée de la salle. Aucun des réceptionnistes présentes ne m'arrêta. J'avais reconnu l'une d'entre elles à qui j'avais fait un clin d'œil sarcastique, elle savait qui j'étais. A l'intérieur, tout sentait le vieux bois, le velours, le parfum floral. Cette pièce conservait des allures d'antan et possédait une atmosphère mystique. Je me ravissais de cette ancienneté innovante. Sur la grande scène au fond de la salle, je vis trois hommes et une femme, vêtus de costumes à la mode française du XVIIe siècle en train de parler (ou plutôt en train d'énoncer les paroles d'une chanson), d'un ton léger, des mœurs de l'Angleterre à cette époque-là. Je souris de satisfaction en m'avançant dans la longue allée qui scindait la grande salle en deux, de chaque côté se trouvant des fauteuils de velours.

Le metteur en scène, en face de la scène, ordonna aux acteurs de s'arrêter de jouer. Je tombais pile au bon moment – où il avait entendu mes pas sur le bois.

- « Bonjour, lançai-je. »

L'homme à la bonne trentaine se retourna alors, et fut pleinement satisfait de me voir. Il intima aux acteurs de quitter la scène, leur octroyant vingt minutes de pause, puis m'accorda toute son attention.

- « Renesmée Cullen ! s'exclama-t-il, ravi. »

Je serrai sa main très chaleureuse, avec plus de vigueur que m'autorisait la courtoisie. Aaron Flex, le chef de la Troupe des mélomanes. Une troupe indépendante et assez connue depuis trois ans déjà, depuis leur première comédie musicale, La Belle aux diamants. Cet homme dégageait une aura resplendissante, tout à fait charmante. Il était un peu mince, très grand (un peu moins qu'un certain Indien de ma connaissance cependant), au sourire bienveillant avec un visage pétri de grâces surplombé de cheveux blonds coupés courts. Il possédait de ces yeux que l'on ne croise pas tous les jours, ceux qui lisent dans l'âme et qui cachent des secrets.

- « Moi de même. C'est très gentil à vous de me recevoir.

- Mais de rien ! Cela me fait plaisir. Venez, allons nous asseoir. Comment allez-vous depuis la dernière fois ? »

Les humains n'appréciaient pas de rester debout trop longtemps. Je cédai à son plaisir, et nous nous assîmes sur les chaises de velours rouge au premier rang. Je n'avais toujours pas retiré ma casquette, ce qui ne parut pas gêner Aaron le moins du monde (contrairement à la réceptionniste au regard mauvais de l'accueil, héhé).

- « Je suis flattée d'être ici, renchéris-je encore. Je ne pensais pas que votre troupe viendrait répéter ici.

- N'est-ce pas ? se vanta-t-il. Nous sommes demandés partout. C'est la folie !

- Je vois ça, souris-je. Mais… ne traînons pas. Allons directement à l'essentiel, voulez-vous, monsieur Flex ? »

Je lui lançai un de ces regards pénétrants et charmeurs, avec un sourire en coin irrésistible. J'usais de la même méthode de mon père pour éblouir les gens. Aaron semblait tout à fait charmé par les intonations volontairement veloutées de ma voix. Je n'étais pas si nulle que je le croyais, après tout.

- « Bien sûr. Alors je vous porte une attention toute particulière depuis le mois de septembre. Je n'aurais jamais pensé que mon frère puisse découvrir un talent tel que vous. Je suis encore ébloui par votre dernière prestation. »

Des mots, des mots et toujours des mots ! Tralalala. Il continua de me flatter encore et encore, et je le laissai faire, appréciant le geste. C'était encore mieux que d'être applaudi par une foule en délire !

- « Eh bien, je suis ici pour vous éblouir à vous, et ainsi qu'à votre troupe et peut-être… à l'Amérique entière ?

- Vous visez très haut, tout de même ! Ne précipitons pas les choses.

- Voyons ! C'est vous qui m'avez fait venir ici. Ne gâchez pas mes espoirs ! ironisai-je.

- Oui, rit-il. Vous voyez, nous sommes en pleine répétition pour notre comédie musicale, Effy : my dear and beloved french teacher et je cherchais un talent comme le votre pour apporter un peu d'originalité à cette comédie.

- Que voulez-vous exactement ?

- Il me manque encore la fin de la comédie, bien que les répétitions aient déjà commencé. Il faut que le bouquet final soit grandiose, une grande touche d'originalité ! Et bien que vous soyez méconnue, j'admire vos créations. Je vous demande votre aide afin de m'aider à composer les dernières musiques. Je suis persuadé que vous réussirez à rendre cette comédie exceptionnelle, décréta-t-il. »

Je jubilais. Cela ne faisait que trois mois que je me baignais parmi les humains, et mon talent musical venait déjà d'être repéré, et pas par n'importe qui en plus ! Mais bon, ça, ce n'était dû qu'à un coup de chance. Le professeur d'éducation musical dans mon lycée, qui dirigeait le club de musique, était le frère d'Aaron Flex. Aaron Flex ! Je ne pus m'empêcher de retenir l'immense sourire qui frémissait sur mes lèvres.

La comédie musicale Effy: my dear and beloved french teacher… Quel titre sympa ! J'avais déjà entendu les deux premiers singles de cette comédie qui s'annonçait franchement drôle (comme le voulait le nom, déjà) et le premier album sortirait pour le dix-huit décembre. Les musiques étaient entraînantes et fantasques, ce qui me plaisait beaucoup. Tout à fait dans mon genre ! Je devais penser à remercier Emmett de m'avoir fait connaître Aaron. Je pensais être en mesure de composer les derniers morceaux de cette comédie, complètement.

Aaron me scrutait d'un œil curieux et amusé.

- « Si je suis ici, c'est que je suis d'accord. Que vous me reconnaissiez comme une véritable artiste me plaît beaucoup. Il faudra aussi que vous me proposiez un contrat, afin que je sache dans quoi je m'engage très exactement. Je ne tiens pas à me jeter dans le vide, comme ça.

- Cela va de soi, m'approuva-t-il. Il n'y a aucun souci, mademoiselle Cullen. Je suis persuadé que notre collaboration sera tout ce qu'il y a de plus… spectaculaire ! »

Aaron Flex, ou l'homme qui se jetait des fleurs ! Il ne doutait pas de son talent, ni encore moins du mien et s'aimait plus que quiconque. C'était l'effet qu'il me fit. Cet homme m'amusait drôlement, j'étais aussi persuadée que lui que notre collaboration serait… « spectaculaire » ! Je m'en amusais d'avance.

- « La répétition va bientôt reprendre, m'apprit-il en regardant sa montre (déjà ?). Seriez-vous d'accord pour que nous nous voyions dans de meilleurs conditions, afin de parler plus longuement et de prendre connaissance les clauses du contrat ?

- Evidemment ! Proposez une date.

- Un petit restaurant, un dîner d'affaires, comme on le fait souvent dans le milieu. »

Il fixa le rendez-vous pour samedi soir prochain, dans un petit restaurant huppé de Juneau et nous échangeâmes nos numéros de téléphone. Je lui en fus reconnaissante. Nous nous relevâmes ensuite ensemble et il m'accompagna jusqu'à l'accueil, une moue révélatrice de ses intentions sur le visage. Une des femmes derrière un comptoir me dévisagea avec dégoût, c'était toujours la même que la dernière fois. A cause de ma casquette ? Haha ! Non, à cause de moi, bien sûr !

- « Je suis ravi, se contenta-t-il de dire en me serrant la main. Vous êtes charmante, je suis sûr que l'on s'entendra bien.

- Oui, c'est ce que l'on me dit souvent, me vantai-je alors, en passant une main dans mes boucles dorées. A samedi prochain, mademoiselle Cullen.

- A samedi. Et merci beaucoup, lui dis-je avec sincérité. »

Complètement séduit, il me lança un lourd regard rempli d'équivoques. Rentrant dans son jeu, je lui glissai discrètement un clin d'œil et souris à la blonde impolie et énervée qui me dévisageait toujours en quittant l'Opéra Stadium. Et pam ! Dans tes dents, sale… ! « Non Nessie, un peu de retenue ! »

Quel bonheur ! Mon cœur débordait d'attentes et d'espoirs, dorénavant !

Qui l'eût-cru ? Hein !? Renesmée Carlie Cullen, bientôt connue partout dans le monde grâce à la musique ! Niark, niark.

« Dring dring. »

Le téléphone ! Pff, j'aurais préféré un meilleur retour à la réalité. Le sortant de la poche de mon jeans, je vis le prénom de Rosalie afficher en lettres blanches faussement calligraphiées, et soupirai. La séance shopping était-elle avancée ? Ce n'était que pour le lendemain ! Bon allez, répondons, répondons… Moi qui pensais pouvoir aller prendre un petit thé tranquillement, pour savourer le début de ma carrière (bon, peut-être que ce que j'allais produire serait nul, hein…). Puis je remarquai que la nuit était déjà tombée, que je me trouvais seule dans une grande ville, et que j'étais à demi-humaine… D'accord, tout le monde s'inquiétait des dangers que j'encourais.

- « Allô ? fis-je, lassée.

- Nessie ! s'exclama ma tante, alertée. Où es-tu ?

- Devant l'Opera Stadium. Il y a une urgence ? demandai-je, inquiète par le ton qu'elle employait.

- Oui ! Et une grande ! Viens tout de suite au centre commercial !

- Euuh… Pardon !? C'est une…

- Allez, à tout de suite, me coupa-t-elle, excitée. Ne traîne pas, il fait déjà nuit et je sais que tu détestes le froid ! Nous t'attendons au Rock' in' Coffee. A plus. »

« Bip, bip, bip… » Pardon ? C'était quoi cet appel ? J'en étais hébétée. Le ton qu'elle avait utilisé était suspicieux… Bon, je devais y aller. Je n'avais pas tellement envie de subir son courroux, en particulier la torture d'Alice qui devait sans doute être en sa compagnie. Tant pis pour mon thé au sucre. Tout ça pour une surprise aux apparences douteuses… Je me demandais bien ce qu'elles tramaient.

J'allai vers le parking non loin de l'Opera, payai l'heure du stationnement et me rendis ensuite au centre commercial fétiche de mes tantes. Il se trouvait en bordure de la ville. Le trajet me prit dix minutes à peine, le centre-ville n'étant pas encore inondé par les bouchons, les gens ne quittant le travail que dans une heure.

Ce centre commercial était trop vaste ! Lorsque je quittai mon doux habitacle surchauffé, je laissai ma grimace s'épanouir. Du luxe, et toujours du luxe, avec cependant d'autres marques plus faciles d'accès… Je savais bien que ma famille en avait largement les moyens mais porter des grandes marques tous les jours était… peu aisé. En effet, il n'y a pas beaucoup de monde qui a les moyens de s'offrir des montres à trois cent dollars de chez Dolce & Gabanna ou de s'habiller sans souci chez Vivienne Westwood. Ainsi, dans la rue, des inconnus vous toisaient toujours lourdement, avec jalousie, vous enviaient… Mais trop vite gâtée comme j'étais, je ne pouvais plus me passer de ce genre de marques. Je les aimais tellement. J'étais bien futile, en réalité.

En traversant les portes coulissantes, je fus aveuglée par les lumières jaunes et la propreté de l'espace, mais cette sensation ne dura qu'un bref instant. Au premier étage se trouvaient tous les petits restaurants, les petites boulangeries, les services rapides. Soupirant, je me dirigeai d'un pas leste vers le Rock' in Coffee et vis mes tantes… ma mère et ma grand-mère toutes attablées autour d'une table ronde, un milk-shake non attaqué pour sauver les apparences devant elles en train de discuter joyeusement. Ma tante Alice releva la tête, et me lança un regard peu amène en voyant ma casquette. Ah oui ! J'avais oublié de la retirer. Aussitôt, je l'enlevai, la rangeai dans mon sac, arrangeai vite fait mes boucles et m'approchai de la table.

- « Euh, salut, fis-je, soudainement intimidée.

- Mon bébé ! s'exclama Esmé en tirant la chaise vide à ses côtés vers l'arrière. Comment vas-tu ?

- Hmm, ça va, répondis-je en m'installant à ses côtés, ainsi qu'à ceux de ma mère. Que se passe-t-il ? demandai-je ensuite. Le shopping normalement, c'est tous les dimanches !

- Oui, mais là il n'y a pas moyen, rétorqua Alice, pétillante. Nous devons te trouver une belle tenue pour ce soir. »

Il y avait une fête ce soir ? Je n'en avais même pas été avertie ! Je lançai un regard en biais à ma génitrice qui me réconforta avec un sourire. Etait-ce une surprise qu'elles me réservaient toutes ici ? D'autant plus qu'elles étaient toutes réunies, ce qui demeurait chose rare…

- « Mais avant, je suppose que tu as obtenu quelque chose d'Aaron Flex, si je ne me trompe pas ? devina Alice. Comme je ne devine pas bien ton futur, ça m'est difficile de savoir ce qui t'arrive exactement. »

Ben, tiens ! Heureusement !

- « Oui ! Aaron Flex m'a proposé de composer les dernières musiques de sa comédie musicale. Bien évidemment, j'ai accepté. Mais j'ai demandé un contrat, histoire de savoir dans quoi je m'engage très exactement, la rémunération, les droits d'auteurs, tout ça… Je dois dîner avec lui samedi soir prochain.

- Je n'aime pas trop ça, grimaça ma tante au don divinatoire. Il semble très… attiré par toi. Si tu y vas toute seule… je ne sais pas vraiment ce qui pourrait t'arriver.

- Oh ! Mais ne t'en fais pas. Je ne crois pas qu'il me fera quelque chose, rigolai-je. »

Je souris en me remémorant du regard foudroyant de la réceptionniste blonde tout à l'heure tandis que toute ma famille approuvait ma tante.

- « Que veux-tu dire ? s'interrogea ma mère.

- J'ai tout prévu. Sa femme travaille en tant que réceptionniste à l'Opera Stadium et elle est architecte d'intérieur. Elle l'a donc aidée pour tout ce qui touchait au côté esthétique de la pièce. Je l'ai appris d'Emmett et de mon prof. Je me suis amusée à la narguer… Ca ne lui a pas beaucoup plus que son mari me fasse les yeux doux.

- Nessie ! Ce n'est pas très gentil de t'amuser à créer des histoires, me réprimanda gentiment Esmé, laissant toutefois un sourire amusé sur ses lèvres.

- Bah ! Ca lui apprendra, à Aaron ! Je sens que lui et moi allons bien nous entendre. J'ai hâte de commencer. »

Ah ça, c'était sûr ! Je sentais que la compagnie de madame Flex pour le côté esthétique de la pièce allait s'avérer être des souvenirs inoubliables ! Sa femme était très jalouse et possessive. Je m'en réjouissais d'avance.

- Mes félicitations ! J'étais sûre que tu allais y arriver, me félicita ma mère.

- Oui ! Bon, ce n'est pas tout mais le temps joue contre nous, se pressa Rosalie en se levant.

- Nessie, debout ! On doit te dégoter une robe !

- Une robe ? Pour quoi faire ? m'étonnai-je.

- Surprise ! »

Je levai les yeux au ciel tandis que ma tante aux boucles d'or m'attrapait par la main. Une robe ? Pour quel genre d'occasion ? Toute ma famille se leva d'un bond et m'entraîna alors dans les boutiques. Par malchance, j'avais oublié de goûter les milk-shakes… Je mourrais de soif. Je n'avais envie que d'une chose : un bon thé auprès d'une cheminée. Toutefois, mon attention fut accaparée par la montagne de tissus multicolores et brillants des boutiques.

*

Hmm… Je comprenais mieux ce qui se passait et cette folie pour une robe de soirée. Je m'étais dégotée une belle et longue robe couleur beige à paillettes, avec un décolleté en V et un dos nu. La robe était… osée, et j'avais été surprise de voir que ma famille m'autorisait à porter ce genre de tenues. Toutefois, je tremblais quand même. Mon père (ni aucun membre masculin de ma famille d'ailleurs) ne m'avait vu habillée ainsi. Je m'interrogeais sur leurs réactions…

- « Calme-toi, m'intima ma mère d'une voix douce. »

Dès lors, je cessai de bouger et la laissai s'occuper de mes bouclettes dorées. J'étais assise en face de la coiffeuse, un grand miroir ovale en face de nous, reflétant à merveille les traits de ma mère et moi, debout en prenant soin de mes cheveux afin qu'ils soient parfaits.

- « Dis-moi, chuchota-t-elle en s'arrêtant de brosser mes cheveux. Tu as eu des nouvelles de Nahuel récemment ? »

Nahuel ! Voilà bien longtemps que je ne lui avais pas parlé, tiens ! Cela faisait un mois que nous ne communiquions plus. Avais-je oublié de donner retour à un de ses mails ? Mhm, non, bien sûr que non. Je n'oubliais jamais de répondre. Je me remémorais alors qu'il ne se connectait plus sur son Messenger depuis un mois. Il m'avait confié avoir des problèmes de connexion au Brésil. Bref, j'aimais beaucoup mon hybride. Le seul hybride masculin de ma connaissance. Normal, il n'y en avait qu'un dans le monde. Les relations vampires/humains étaient inexistantes. Les Volturi avaient bien pris le temps d'enquêter sur ces cas extrêmement rares. A l'exception de Nahuel, ses sœurs et moi, aucun hybride n'avait été découvert.

- « Non, ça fait un mois qu'on ne se parle pas. Mais bon, apparemment je vais le revoir ce soir. Ca me fait plaisir. »

J'avais compris que ce soir, on organisait (enfin, Alice) une petite fête – un bal ! – réunissant tous les amis de la famille. Cela me faisait plaisir de revoir tant de monde, en particulier Carmen et Zafrina qui avaient bercées mon enfance. Je n'avais plus revu personne du clan des Amazones depuis cinq ans déjà ! J'étais heureuse de voir toutes les personnes qu'avaient réunies Carlisle et ma famille pour protéger mon existence… Je retins une larme.

- « Pourquoi cette question ? fis-je, suspicieuse. »

Ne me dites pas que lui aussi rêvait de capturer mon cœur… J'avais conscience d'être la seule hybride femme de son espèce à l'exception de ses sœurs.

- « Tu verras bien. C'est à toi de décider de cet aspect-là de ta vie, mon ange.

- Je sais. Jasper me l'a déjà dit. Tout comme papa.

- Tu ne ressens vraiment rien pour Jacob ? »

Mon cœur s'emballa à l'entente de son prénom. Ma mère en rit.

- « Je sais pas… Je verrai ça quand il viendra le mois prochain, ok ? »

Il fallait m'épargner les discussions sur l'amour.

Mon père entra alors dans la pièce.

- « On vous attend, mesdames, rit-il en s'avançant. »

Il piqua un léger baiser sur les lèvres de ma mère avant de me contempler dans le miroir juste en face de nous. Les deux êtres les plus importants de mon existence reflétés dans le miroir. Cela me faisait tout drôle de voir la jeunesse inscrite sur leurs visages. Physiquement, nous avions tous les trois le même âge. Il passa sa main sur ma joie, souriant à mes pensées.

- « Tu es très belle, ce soir.

- Oui, je sais, blaguai-je. La plus belle du monde, n'est-ce pas ?

- Bien sûr ! Et je te défends d'en douter !

- Je vais finir par virer peste, si je pense ainsi.

- Ce n'est pas parce que tu te trouves belle que tu es une peste, Nessie. Tu as le droit de t'apprécier à ta juste valeur. Sinon, tu ne pourras jamais évoluer correctement…

- Ton père à raison, renchérit maman.

- Bon eh bien… Vous êtes très beaux, alors ! »

Ils rirent et ma mère laissa enfin mes cheveux tranquilles.

- « Une surprise t'attend en bas de l'escalier. »

Il ne fallait pas avoir 160 de Q.I pour savoir de quoi il s'agissait. Mes parents descendirent en premier les marches de l'escalier, d'un pas lent cependant que moi je les suivais, séparant notre marche d'au moins dix pas. La première chose que je remarquai fut l'envahissant arôme des corps frais des vampires réunis chez les Cullen. Le salon avait été épargné des sièges, de la télévision et tous les objets de décoration (à l'exception du piano de mon père) pour laisser place à une grande piste de danse. J'entendais avec clarté la musique douce et chantante en fond, j'humai toute la senteur de plats fruités et de chocolat fondu qui laissait présager le bal éblouissant d'Alice. L'ambiance qui régnait était très relaxante, et les lumières tamisées et colorées conféraient à la pièce une atmosphère agréable.

Arrivée en bas de l'escalier, je vis mon cavalier de la soirée.

Je me rendis compte que vraiment, cela faisait cinq ans que je n'avais pas revu Nahuel ! Et pour cause, car je le découvris sous un tout nouvel œil et non sous celui de la gamine pure et innocente que j'étais la dernière fois. Nahuel – le gros chat de la jungle – se trouvait affublé d'un beau smoking noir. Il me tendit sa main dans laquelle je déposais la mienne sans broncher. Il pressa plus cette main sur laquelle, en se penchant, y déposa un léger baiser.

Pourtant, c'était toujours le même physique qu'il possédait. Sa peau chocolatée, ses yeux teck… Il s'émanait aussi de lui la fragrance d'un sang humain en moins concentré. Cela faisait longtemps que je ne respirais plus ce genre d'odeurs, en dépit de la mienne qui s'était dissipée, y étant déjà familiarisée.

- « Quel bonheur de te voir ! lui confiai-je alors qu'il serrait ma main plus fortement, m'entraînant dans le salon.

- C'est pareil de mon côté, puis il ajouta : T'a-t-on déjà dit que tu es magnifique ? »

Oui, oui, oui. Par politesse, je le gratifiai d'un sourire en guise de remerciement. Parmi l'assemblé, tous les visages m'étaient familiers. Je proposai à Nahuel de m'accompagner afin de tous les saluer. Je m'attardais un peu plus longtemps auprès du clan des Amazones : Zafrina, Senna et Kachiri.

- « Pourquoi n'es-tu pas venue nous rendre visite par chez nous, hein !? s'écria Zafrina, déçue.

- Ce n'est pas l'envie qui me manque ! Je viendrai, je viendrai. J'ai toujours rêvé de découvrir le Brésil.

- C'est un très beau pays, commenta-t-elle.

- Je n'en doute pas ! Tu m'apprendras les arts martiaux comme la capoeira.

- Je pense être meilleur professeur que Zafrina, rit Nahuel à mon attention.

- Il a raison, l'approuva-t-elle.

- Ah oui ? m'enquis-je, curieuse. J'ai hâte de voir ça !

- Il suffit juste que tu viennes. »

Lorsque je fis le tour des invités, je m'orientai ensuite vers ma famille. Alice n'avait pas encore donné le feu vert pour la danse. Emmett m'accueillit avec un ton artificiellement outré.

- « Quelle tenue, jeune fille !

- Je pense que tu as vu pire ! ripostai-je. Tu crois qu'Alice serait d'accord pour que nous revêtions tous les tenus du clip de Call on me ?

- Je ne crois pas, non, s'esclaffa-t-il bruyamment. Mais tu m'as donné une bonne idée !

- En tout cas, cette robe te va très bien, souligna Jasper après avoir donné un coup de coup de coude à son frère. »

Souriante, je les laissai ensuite et retournai vers mon cavalier. Je l'arrachai, non sans avoir échangé quelques paroles, à Huilen. A ce moment-là, Alice laissa pénétrer dans la pièce un slow et tout le monde comprit qu'il était temps d'ouvrir le bal. J'aurais plutôt aimé avoir des robes des bals comme dans l'Angleterre du XVIème siècle, cela m'aurait plus plongé dans l'ambiance. Chacun laissa un espace au milieu du grand salon, et je vis que le couple principal de la soirée était celui de Garrett et Kate. Je me rappelai alors…

- « Aujourd'hui, commença Kate d'une voix tranquille. Nous fêtons nos noces de coton. Nous remercions infiniment les Cullen d'avoir organisé une telle réception pour nous. »

Oups ! Rha ! J'en étais sûre ! J'avais encore oublié quelque chose au détriment d'un autre truc. Il fallait que je pense à régler mes légers trous de mémoire. Je me sentais nulle de l'avoir négliger ! A mes côtés, Nahuel perçut mon trouble et s'en enquit. Lorsque je lui confiai la raison, il se contenta de rire avec courtoisie. Enfin, je n'avais pas trop à m'en faire. Ca avait bien arrangé mes tantes que j'avais occulté ça, puisque sinon, j'aurais refusé de dépenser de l'argent dans une robe. Machiavéliques…

Le bal commença enfin, et lorsque ce fut à notre tour de nous mettre à tournoyer, Nahuel me serra instantanément contre lui. Je n'avais jamais dansé un slow, et quitte à le faire, j'aurais préféré être avec… mon loup-garou (me l'avouer intérieurement fut difficile). L'hybride discerna mes hésitations tout en me guidant dans les pas et la posture.

- « Il y a un problème ? »

Un silence s'installa brièvement.

- « Non, soupirai-je. C'est juste moi… faut pas t'en faire.

- Au fait, je suis désolé de ne pas m'être connecté ce dernier mois. »

A vrai dire, j'avais eu les pensées tellement obnubilées par ma vie que cela n'avait pas été un de mes soucis les plus importants. Mais j'en eus honte désormais, car Nahuel semblait très attaché à moi.

- « Mouais… Pour te faire pardonner, tu devras m'apprendre la capoeira. D'accord ?

- Aucun problème. On commence dès que tu voudras !

- Je serais bien tentée de dire maintenant, mais ça ne ferait pas plaisir à ma famille que je m'éclipse comme ça. C'est impoli. D'autant plus que j'ai oublié l'anniversaire de mariage de Garrett et Kate. Je ne leur ai pas présenté mes vœux. »

Il rit. Bizarrement, en présence de Nahuel, je me sentais apaisée. Pas comme avec Jasper, ni comme avec ma mère. Je ne connaissais pas vraiment ce sentiment. Regardant autour de moi, je pris conscience que la pièce regorgeait de couples. Cela me fut difficile. Même Esmé et Carlisle, qui d'habitude se retenaient toujours de se montrer leur véritable amour en public, se laissaient aller.

Soupirant intérieurement, balayant d'une traite la réminiscence de mon premier baiser raté avec Jake, je me concentrai fermement sur Nahuel. Il abordait un visage sérieux.

- « Nessie ? »

Je devais contenir ma frustration ! Allez, Nessie, tu pouvais bien le faire ! Pourquoi j'étais envahie par vagues de sentiments sans aucun sens comme celui-ci ? Je n'étais pas censée aimer Jacob au plus profond de moi ? Hein, oui ? Je n'en avais aucune idée. Bah ! Comme je l'avais dit, je n'avais jamais connu d'autre homme que mon loup. Nahuel était le seul homme hors de ma famille qui connaissait mon secret et avec qui je pouvais partager… quelque chose. Expérimenter…

Je rougis, et Nahuel crut sans doute qu'il était gêné par cette proximité entre lui et moi, car il avait encore serré plus fort son corps contre le mien. Rapprochant son visage du mien, j'en devins encore plus écarlate. Il dut se dire que c'était une bonne occasion pour… Il devait penser qu'il me plaisait un tant soi peu.

Respirant un grand bol d'air, il tenta une approche. Doucement, sûrement… Je frémis en apercevant la texture délicieuse et polie de son doigt sur ma joue.

« Non mais ça va pas la tête !? » pensai-je. J'avais envie de le crier.

- « Euh, non, murmurai-je, plus pour moi-même que pour Nahuel.

- Hein ? »

Je venais de lui mettre un vent sans m'en rendre compte. Oups ! L'hybride tenta de faire bonne figure, mais je devinais que derrière cette façade, je venais de le blesser dans son égo.

Mais je n'avais pas à me laisser guider par un sentiment stupide de frustration !

Pas vrai ?

Chanson : Welcome to the Masquerade – Thousand Foot Krutch