Chapitre 15 : Souris à la mort

New-york.

Les portes de l'ascenseur étaient sur le point de s'ouvrir. Arme en main, ils visaient tous en direction de celui-ci. Ils étaient crispés, partagés entre la peur et l'adrénaline. Ils redoutaient ce qu'ils allaient voir quand les portes de l'ascenseur s'ouvriraient… Et ce qu'ils craignaient se concrétisa : ils virent le corps inerte de leur amis, son téléphone gisait à ses côté. Plusieurs impacts de balles venaient de décorer la cabine de l'ascenseur. Beckett fut la première à quitter sa position suivit de très près par ses collègues.

- Castle ?

Il ne répondit pas. En arrivant à ses côtés, le reflexe de Beckett fut de prendre le pouls de l'écrivain.

- Ok, il respire… Il respire. (Elle soupira de soulagement puis elle posa sa main sur sa joue) C'est bien ça, Castle… Continue.

Il lui fallait voir où il avait été touché, alors elle posa son glock, s'agenouilla et elle commença à lui enlever sa veste, mais lui, il reprenait lentement conscience…

- Beckett ?

- Castle, ça va aller…

- Beckett…

- Shhhht… Faut juste que je-

- Pas dans l'ascenseur, Beckett …

- (Surprise) Quoi ?

- J'aurais espéré un peu plus d'intimité pour une première…

- (Elle s'arrêta net de chercher où il avait bien pu être touché) Castle !

Mais l'inspecteur de New-York n'eu pas le temps de se plaindre de ce genre de réplique, puisque Castle reprit ses esprits. Et soudainement, Il se mit à gigoter comme un asticot au bout d'une ligne, à essayer de voir si les balles avaient traversées son gilet…

- Merde ! Non !

- Castle, calme-toi !

- Me calmer ? Me calmer ? J'suis troué, j'ai des trous ! Y a des trous ! Il m'a troué ! Cet enfoiré m'a troué ! Nooooon ! Un gilet tout neuf ! Non, non non !

- Castle ! (Tentant en vain de le calmer)

L'écrivain venait de voir qu'aucune des balles n'avaient traversées, mais ça ne l'empêchait pas de pleurer son beau gilet estampillé : « Ecrivain ».

- Ah non c'est nul ! Cet enfoiré a flingué mon beau gilet !

- En parlant de gilet, t'aurais pu nous dire que t'en avait un, non ?

- Je testais ce nouveau modèle, je voulais savoir s'il passait inaperçu… Puis, détail important, je te rappelle, aussi, que tu ne m'as pas laissé le temps de l'ouvrir ! Et autre point important… dans l'ascenseur… Souviens-toi qu'on m'a interrompu !

- Oui, ça on a entendu. Indiqua Ryan.

- Enfoiré ! Tu nous as fait peur. Continua Esposito.

- Mais moi aussi, je me suis fait peur ! Quelle idée ! Tu crois que ça m'amuse de me faire descendre ? Oh… En parlant de descendre, plus jamais je prendrais un ascenseur, seul. Ça vous pouvez en être sur ! Je commence à croire que je suis réellement maudit !

- Maudit ? Vu comment tu t'en es tiré, je remercierai cette « malédiction ».

- Ouais, bah le jour où je l'ai en face de moi, je la savate avant. Vous pouvez me croire !

- Beckett aida Castle à se relever…

- Merde, non… (Regardant son gilet) Ce n'est pas juste… 700 dollars viennent de se faire trouer…

- (Avec une once de moquerie) Oui, le monde est injuste.

- Oh, et vous savez ce qu'il y a de bizarre ?

- Non Castle, quoi ?

- Quand ce type a pointé son arme sur moi, il y en a qui dise qu'on voit sa vie défiler devant ses yeux, n'est-ce pas ?

- Ouais, et toi t'as vu quoi ?

- Ben c'est ça qui est bizarre, j'aurais pensé revoir… Je ne sais pas, ma fille par exemple, ou même ma mère et dans le pire des cas revoir Meredith…

- T'as vu quoi ? Demanda, intrigué Ryan.

- Toi.

- Moi ? Ryan était surpris…

- Nan pas toi, Ryan…

- Beckett ?

- Ouais.

- Hum, ça veut dire plein de choses ça…

- Quoi Esposito ?

- Je t'en prie… C'est un signe…

- Arrêtez les gars, ça ne veut rien dire… (Beckett qui tentait de se rassurer)

- Ça dépend, tu as vu Beckett, ok, mais dans quel contexte ? Poursuivit Ryan.

- Ne rêvez pas les gars, je ne vous dirais rien.

- Quoi ?

- Vous êtes trop jeune, je préfère censurer…

- Castle !

- Ben quoi ? (Regardant Beckett et en faisant l'innocent) Je ne veux pas heurter leur sensibilité… Oh fait, vous avez vu comment j'ai assuré ?

- Tu appelles ça « assurer », te faire tirer dessus ?

- Nan, mais vous n'avez pas trouvé bizarre que l'ascenseur revienne ?

- Maintenant que tu le dis… Comment t'as fait ? Demanda Esposito.

- Et bien, quand j'ai vu ce type… (il s'arrêta) Nan, en fait, quand j'ai vu l'arme de ce type pointée sur moi, j'ai eu un éclair de génie. (Il s'arrêta une nouvelle fois, mais en prenant la tête de quelqu'un qui venait d'avoir une révélation) Eclair de génie qui m'a mis au courant de la marche à suivre… Wow ! excellent ça comme réplique ! ce serait parfait pour mon prochain bouquin ! Faut que je le note ! (il se mit à chercher dans ses poches un morceau de papier et un crayon, mais en vain…) Erf… (déçu) Vous avez un papier, un crayon ? (Ses amis n'avaient même pas le temps d'intervenir) Du rouge à lèvre ? Nan ? Beckett ? Ne vous bousculez surtout pas pour m'aider… Vous n'avez rien ? Pas grave… Wow, je fais que de parler, désolé mais je crois que je suis encore sous le choc et il faut que je parle pour évacuer le stresse, après tout j'ai failli mourir, et ce n'est pas souvent que ça arrive… En plus c'est la première fois que je me fais tirer dessus… Je-

- Castle ?

- Hum ?

- Tu allais nous parler de la manière dont tu as pu remonter au 4ème…

- Ah oui ! (Cherchant toujours de quoi écrire)… Et bien, quand j'ai vu l'arme de ce type qui voulait faire connaissance avec moi… j'ai juste eu le temps d'appuyer sur le bouton du 4ème étage.

- Ce reflexe t'a probablement sauvé la vie. Ajouta Beckett.

- Et comment ! (Ryan lui tapota l'épaule).

Mais Castle voyait bien que Ryan pensait à autre chose :

- Ok Ryan, crache le morceau.

- Quoi ?

- Tu refais tes yeux de biche, alors crache le morceau.

- N'importe quoi ?

- Ok, tu ne fais pas tes yeux de biche, mais crache quand même le morceau, c'est énervant ça.…

- De quoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

- Tu me regardes comme un gamin qui veut demander quelque chose, alors je t'écoute.

Ryan se lança :

- Sérieux, t'as vu Beckett ?

- (L'écrivain sourit) T'aimerais bien le savoir, hein ?

- Ouais ! t'as vu quoi, sérieusement ?

- Sérieusement ?

- Ouais…

- Bah rien justement. Enfin, hormis l'arme de l'autre psychopathe…

- T'as rien vu ?

- Rien du tout.

- Rien de chez… rien du tout ?

- Rien de chez nada, que dalle !

- Bizarre…

- Ouais, ce n'était peut-être pas mon heure.

- Probablement. Ajouta Beckett.

Alors que Castle tentait de reprendre ses esprits, les réseaux sociaux s'affolaient. Une multitude de message arrivèrent sur la toile, et au fur et à mesure que le temps passait, ils devenaient de plus en plus précis. Jusqu'à ce qu'un internaute qui pensait savoir, avait écrit que Richard Castle venait de se faire descendre. A partir de ce moment, pour Facebook, ou même Twitter, il était mort. Et c'est ce que remarqua Esposito.

- C'est du délire !

- De quoi ?

- Tu sais que pour Twitter et Facebook, tu es mort ?

- (il se releva) Oh ? Sérieux ?

Esposito lui passa son téléphone, et il pu le constater…

- On pourrait se servir de ta mort pour-

- Cet élan de compassion me va droit au cœur…

- Ecoute, le gars te pense mort, on pourrait s'en servir pour l'attirer dans un piège ?

- Quelle idée de génie… Tu veux l'appâter, en te servant de mon « cadavre », whoaaa… Tu l'as pris pour un loup-garou à la recherche de son dîner, ou quoi ?

Beckett arriva :

- Vous avez fini oui ? Esposito a raison, s'il te croit mort, ça se pourrait qu'il se pointe à ton enterrement.

- Non. Très mauvaise idée, je refuse de mourir deux secondes de plus. Là j'ai déjà cru que c'était la fin. Pas question que je re-meure, c'est super flippant votre idée…

- Castle ?

- Non !

- Castle.

- Non ! Après on dit que c'est moi qui ait des idées farfelues… Je préfère aller fouiller l'appartement de ce type au lieu de vous entendre parler sur mon cadavre…

Ils entrèrent tous dans l'appartement 666, Castle ne put s'empêcher d'essayer d'enlever le 6 en trop sur la porte.

- Castle, tu veux bien arrêter ça ?

- Quoi ? (il tritouilla encore le « six » en trop)

- Arrête ! Laisse ce six tranquille…

- Bon, ok.

En ouvrant la porte, cela ne faisait plus de doute, il était bien au bon endroit. L'appartement n'était pas très grand, une pièce principale où le salon et la cuisine se mélangeaient, une autre pièce pour la salle de bain et la chambre. Pourtant, l'homme qui vivait ici avait placardé sur tout les murs des articles de presse qui passaient en revus la vie de l'écrivain. De son premier best-seller, à nos jours avec la publication de Heat Wave, le film… Castle avait l'impression de se retrouver dans l'antre d'un homme qui préparait sa biographie. Depuis tout ce temps, ce type le suivait à la trace par l'intermédiaire des articles parus dans les journaux. Ryan avait même trouvé des DVD dans lequel il y avait les apparitions télévisés de l'écrivain.

Mais c'est en entrant dans la chambre qu'ils prirent l'ampleur du problème, au dessus du lit, sur le mur, il avait gravé : « L'écrit du Diable ». En voyant ça, Castle s'arrêta net, ça lui disait quelque chose, il avait déjà vu ça quelque part… Il savait au fond de lui qu'il avait déjà eu à faire à cet homme, mais pas moyen de mettre un visage dessus. Certes il s'était retrouvé face à lui dans l'ascenseur, mais c'était surtout l'image de l'arme pointée sur lui qu'il gardait en mémoire.

A côté de cette inscription sur le mur, fait de feutre noir et rouge et certainement avec quelques coups de couteau, il y avait quelques articles de journaux qui correspondaient au début de sa carrière meurtrière et juste en dessous, des articles de Castle, déchirés.

- Ça ne fait aucun doute, Castle. Il t'en veut parce que tu lui fais de l'ombre. Il veut être célèbre et il te tient responsable de son anonymat.

Pourtant l'écrivain ne faisait pas attention à ce que Beckett venait de dire, il avait toujours les yeux rivés sur l'inscription au dessus du lit.

- « L'écrit du diable », j'ai déjà vu… ça me dit quelque chose. Je sais que j'ai déjà vu ça quelque part…

Il s'avança de deux pas mais ses pieds heurtèrent une pile de feuille, certaines d'entre elles, avaient été arrachées et d'autres légèrement brulées. Il en ramassa le plus gros paquet. Il s'agissait du manuscrit de ce tueur : « L'écrit du diable ». En lisant quelques lignes, Castle eu un léger frisson qui parcouru son dos tout entier. « Et c'est alors qu'il prit son couteau et tua cette femme, en gardant à l'esprit que sa célébrité allait bientôt devenir nationale… ». Castle était effrayé en lisant, comme on peut être effrayé quand le passé finit par vous retrouver. Il recula d'un pas et laissa tomber le manuscrit tout en gardant ses yeux rivés sur l'écriture sur le mur.

- Castle ?

- Beckett. Je le connais ce type.

- Comment ça ?

- « L'écrit du diable », il me l'a envoyé, je veux dire, après la publication de mon premier best-seller… Il voulait que je l'aide à le publier. Mais je ne suis pas éditeur ! Il pensait à quoi ?

Castle tentait de se justifier, il s'en voulait, s'il avait prêté un peu plus attention à ce type il y a quelques années, il n'en serait pas arrivé là aujourd'hui.

- Il avait raison… S'il a tué tout ces gens, s'il s'en est prit à Gina, c'est de ma faute.

- Non, Castle. Ce type est un détraqué !

- Elle a raison. Ajouta Esposito. Et si tu l'avais aidé à publier son bouquin mais que ça n'avait pas marché. Il aurait trouvé une autre raison pour s'en prendre à toi.

- Tu n'y es pour rien, Castle. Continua Ryan.

- Il veut devenir célèbre… très bien.

Castle prit son téléphone portable et composa le numéro d'une de ses amies qui travaille au New-York Times.

- Qui tu appelles, Castle ?

- Une amie qui est directrice à la publication au New-York Times.

- Pourquoi ?

- Elle me doit un service…

- Nan, pourquoi tu veux l'appeler ?

Cet enfoiré pense que je suis mort là, et bien il va voir que je suis bien vivant.

- Castle, non !

L'écrivain venait de faire signe à Beckett pour qu'elle se taise un instant le temps pour lui de parler avec la journaliste.

- Dana Wesley.

- Dana, c'est Richard Castle.

- Quoi ? Mais on te croit mort !

- A l'évidence, je ne le suis pas. Mais j'ai besoin d'un service.

- Je veux en savoir plus, avant.

- Non, je n'ai pas le temps, celui qui a tenté de me tuer va s'en prendre à quelqu'un que je connais si… Tu ne publies pas ça.

- Ok, mais je veux l'exclusivité quand vous l'aurez coincé !

- Pas de problème.

- Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?

- Mets-moi à la Une, pour que cet enfoiré sache que je suis bien en vie. Qu'il m'a raté-

- Quoi ? tu veux qu'il te descende ?

- Nan, je veux qu'il me prenne pour cible, pas quelqu'un que je connais.

- Ok, mais…

- Ecoute, j'ai confiance en toi pour que tu le rendes vraiment en colère, n'hésite pas à le rabaisser. Et surtout, ne signe pas ton nom pour l'article, rend le anonyme.

- Ok, mais je ne connais rien de cette histoire.

- Bon, je te résume le truc : un raté d'écrivain psychopathe s'en prend à moi. Il a déjà tué trois personnes qui bossaient pour Black-Bird, et il a tenté de tuer, Gina.

- Oh mon dieu. Comment va-t-elle ?

- Elle s'accroche.

- Comment cela se fait qu'on ne soit pas au courant de cette histoire ?

- La police a étouffé l'affaire, il pensait que ça encouragerait le tueur… Est-ce que tu peux m'avoir la Une ?

- Pas de problème.

- Merci, et n'oublie pas, ne mets pas ton nom en bas de l'article.

Il raccrocha et vit que Beckett et ses amis étaient à la fois énervés et un peu perdus.

- Pourquoi t'as fait ça ?

- Pour que je sois son unique cible ! Ma fille est chez des amis, ma mère chez Chet. Et comme il est impossible de protéger toutes les personnes que je connais, je ne vais lui donner envie que de s'en prendre à moi.

- Génial ! Ce que tu viens de faire… ajouta Ryan.

- C'est du suicide ! Poursuivit Esposito.

- Il a raison, c'est comme si tu venais de te tirer une balle dans la tête !

Ses amis étaient vraiment inquiets, mais c'était trop tard. Au New-York Times, l'article qui allait faire la Une le lendemain matin était déjà en préparation. A six heures tapantes, le tueur verra que Castle a survécu mais qu'en plus il sera critiqué publiquement.

- Ok ! Tu pètes les plombs, là Castle. Cria Beckett.

- Non, ça va très bien !

- C'est ça ouais. On t'emmène chez toi pour que tu puisses te reposer.

- Me reposer ? Non !

- On ne discute pas, sinon on t'y emmène par la force…

Ryan et Esposito venait de changer de comportement, ils venaient de redresser les épaules, et se tenaient droit comme des piquets. Beckett avait même sortit les menottes et elle était à deux doigts de les passer à l'écrivain…

- (Castle se mit à afficher un petit sourire, bien qu'un peu crispé) Wow, et si je cours, vous allez me descendre ?

- On ne va pas se gêner… Répondit Beckett, toujours sérieuse.

- On visera les jambes, t'en fais pas… Précisa Esposito.

L'équipe sortit du bâtiment en passant par derrière pour éviter la cohue devant l'immeuble. Entre la police, et les dizaines de badauds qui s'étaient amassés devant les cordons de sécurité.

Quelque part à New-York.

L'homme n'avait nulle part où aller depuis qu'il avait donné son appartement à la police de New-York. Pourtant il était heureux, la police connaissait son nom maintenant, grâce à lui, et il venait de tuer Richard Castle. Il se trouva un petit coin tranquille entre les grands buildings de la Grande Pomme et s'installa. Il attendait avec impatience, l'édition des journaux demain matin. Il avait hâte de voir son nom en première page du New-York Times.