Rising Shine
Voilà le chapitre 5 :) J'ai eu du mal à écrire, ayant fait plusieurs jets, mais j'ai enfin réussi à le concrétiser ~.-
Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser des reviews, ça fait toujours plaisir ! 3
Chapitre 5, The Bright Side
« L'absence diminue les médiocres passions et augmente les grandes, comme le vent éteint les bougies et allume le feu. »
François de La Rochefoucauld, Maximes.
*
Hahaha ! Que j'étais ignoble, oui ! Vraiment ignoble ! Mais c'avait été tellement jouissif de l'avoir vu ainsi, en y repensant bien. J'allais finir par devenir fan à force de ressasser ces vilaines et succulentes images. Son effarement, sa déception dans ses yeux, ses lèvres frémissantes de désir inachevé, le fait qu'il eût été piqué au vif… Et surtout sa confiance inébranlable dans ses atouts de séduction ! Merveilleux ! Vraiment ! Le petit Nahuel m'avait paru avoir beaucoup d'expériences avec les femmes au travers de la gestuelle de son corps. Une petite part de moi – malgré ma frustration de la veille – m'avait délicatement susurré à l'oreille qu'elle ne tenait pas à être une conquête insignifiante sur sa très, très longue liste… J'étais contente de ne pas m'être laissée aller et d'avoir eu un peu de retenue.
(D'autant plus que mon père l'aurait tué, s'il l'avait su !)
Bon, allez, un peu de sérieux, ce n'était absolument pas le moment pour nourrir de telles pensées ! Je ne savais pas être sérieuse dans mon esprit, en fait.
La semaine avait passé drôlement vite. Nous étions déjà vendredi soir. Effrayant ! Le bal de samedi s'était déroulé sans encombre, malgré le petit « accident », si on pouvait appeler ça ainsi, avec Nahuel. Une grande majorité des invités était partie, dont le clan de Denali ce matin. Nous devions d'ailleurs leur rendre visite pour le Nouvel An. Seul était resté le clan des Amazones ainsi que Huilen et Nahuel, qui repartaient pour le Brésil pour le lendemain, dans l'après-midi.
Et ce soir, j'avais décidé de sortir. J'avais été invité à une soirée sympa chez Davis.
« Nahuel ? l'apostrophai-je. »
Il releva la tête, interloqué par mon interpellation. Cela faisait cinq minutes que nous dînions mes spaghettis bolognaise dans le silence le plus complet. Non loin de là se trouvait mes tantes avec leurs conjoints respectifs, en train de jouer à un quelconque jeu de combat sur la PlayStation d'Emmett. Mes parents se trouvaient – comme d'habitude – au cottage et j'ignorais où se trouvaient mes grands-parents. Quant aux Amazones, elles étaient parties chasser. Comme elle ne devait pas se nourrir sur nos terres à cause de la chasse à l'humain, elles se rendaient à un peu plus de trois cent kilomètres d'ici. Elles reviendraient toutes demain matin pour leur départ. Ca m'arrachait une grimace, de savoir qu'elles devaient se déplacer aussi loin pour satisfaire leur soif. Mais bon, cela me tranquillisait quelque peu, en même temps, j'avais quand même des amis à Juneau et parfois, le hasard faisait très mal les choses…
Bref, je reportai mon attention sur le gros chat noir.
« Qu'y a-t-il ?
Ca te dit de sortir, ce soir ? »
Ses yeux s'agrandirent. Euh, il n'y avait vraiment rien d'étrange à ma proposition. A moins que… il ne s'imaginait tout de même pas que je voulais tenter de le séduire ? Que je m'étais enfin résignée à succomber à son charme ? M'enfin, tant pis. C'était le cadet de mes problèmes à l'instant actuel.
« Euh… Oui, si tu veux, bégaya-t-il. Mais ta famille sera d'accord ? Tes parents, surtout ?
Honnêtement, je m'en moque même s'ils ne sont pas d'accord. Je suis invitée à une soirée chez un ami. Accompagne-moi.
Ah ben… Il vaut mieux que tu y ailles seule, dans ce cas. Ce sont tes amis.
Mais non ! Sois pas gêné. Ils s'en fichent. Au contraire, je suis sûre que ça en ravirait plus d'une ! »
Il se figea. J'avais apparemment touché une corde sensible. Pourtant, j'avais jeté ces mots comme ça, comme si c'était banal.
« C'est d'accord. »
Je réalisai alors un truc par rapport à mes réflexions jubilatoires de tout à l'heure. Nahuel avait vraiment couché avec des humaines ! Un hybride ! A moitié-vampire ! A moitié-humain ! Avec des… êtres humains, remplis de chaleur, de vie… facilement cassables…
Incroyable ! Je sentis le rythme cardiaque de mon cœur s'empresser un peu plus fort.
Il ne les avait pas blessées ? Pas tuées ? En fait, je n'en savais strictement rien. Je n'avais émis que des suppositions. Cependant, Nahuel avait paru si sûr de lui, si déterminé. Mes déductions avaient donc porté sur une expérience solide en la matière. Mais qu'en savais-je ? Rien. Je ne devais pas m'emballer comme ça ! Toutefois, c'était intriguant… J'avais envie d'en savoir plus.
Nous finîmes les spaghettis – que l'hybride m'avait confié avoir trouvé très bonnes, au passage. Tant mieux, tant mieux. Ce n'était en réalité que la troisième fois que je m'essayais à confectionner une bonne sauce bolognaise. J'étais fière du résultat, moi-même je m'étais fourvoyée. Emmett avait parié que j'allais contaminer le pauvre Nahuel ! Malgré ma fierté, Je pouvais lui concevoir cela, car je n'excellais pas vraiment dans la cuisine. La première fois que j'avais fait un gâteau au chocolat m'avait laissé des traces indélébiles dans mon avenir culinaire : j'avais oublié de mettre la farine…
Sans perdre plus de temps, j'avertis mes oncles et tantes de mon départ. Le cadran affichait dix-neuf heures trente.
« Chez Davis ? fit Rosalie.
Oui. Rappelez-vous, j'y suis allée avec Hearly il y a deux semaines. Ca s'est bien passé, non ?
Hum… Et tu penses rentrer vers quelle heure ? s'enquit ma tante blonde.
Je ne sais pas, soupirai-je, lassée d'être considérée encore comme une enfant. Mais je serais avec Nahuel, alors il n'y a pas de soucis, hein ?
Et à tes parents ? On leur dit quoi ? Ils vont s'inquiéter !
Tu leur dis que je suis une grande fille responsable, plus un bébé, et que je peux me débrouiller toute seule, me fâchai-je.
Elle a raison, renchérit doucement Alice – son carillon atténua ma brève colère. Renesmée n'est plus une enfant, elle peut se débrouiller toute seule.
On ne sait jamais ce qui peut arriver ! Comme tu ne peux pas voir son avenir, c'est toujours difficile de la laisser seule ! »
Non mais c'était quoi, ça !? J'allais bien au lycée tous les jours et personne ne me jetait de pierre. Et personne ne s'y était opposé non plus. Je ne voyais donc pas le problème. Cependant, Rosalie me jouait toujours la même scène lorsque je sortais seule ou avec des amis. Elle agissait de manière encore plus excessive que ma propre mère !
Je perdis ma patience et partis sans attendre de réelle réponse. Seules les protestations de moins en moins convaincantes de Rosalie me parvinrent aux oreilles, et Alice et Jasper tentaient de la consoler.
Nahuel me suivit jusqu'à la BMW sans me réprimander ou me dire quoi que ce soit sur mon haussement de ton à l'encontre de ma tante. Intérieurement, je l'en remerciais. Cela m'aurait encore plus agacée de répondre à ses questions ou à ses possibles reproches.
Au dehors, pour une fois, on pouvait admirer les étoiles. Toutefois, je n'en eus pas le loisir car le froid à dents glacées me mordait avec avidité. Vite, je me réchauffai dans la voiture. Lorsque nous fûmes à l'intérieur et que je mis le contact, il rigola.
« Quoi ? m'étonnai-je en allumant la lumière au dessus de nos têtes.
Je n'avais pas remarqué mais… tu supportes très mal le froid ! Tu trembles !
Ah, ça… ouais. Ca doit venir de ma mère. Lorsqu'elle était humaine, elle n'aimait pas le froid non plus. Puis après, elle s'est habituée… Dans mon cas, j'ai l'impression que je ne m'y ferais jamais ! C'est insupportable ! »
Il se contenta de rire doucement, et je pus me concentrer à nouveau sur la route illuminée. Davis habitait au centre-ville, dans un immense appartement qui pouvait bien accueillir trente personnes au moins sans problèmes.
Puis, me revint les questions qui me brûlaient la langue.
« Euh, Nahuel ?
Hum ?
Je peux être indiscrète ?
Bah, oui. Ne te gêne pas !
Parfait, lui souris-je de toutes mes dents et il prit alors peur. C'est à propos de samedi dernier. »
Un bref regard à son encontre m'apprit qu'il était tendu.
« Tu voulais m'embrasser, pas vrai ? le taquinai-je.
Je pense que c'était assez clair comme ça.
En effet, admis-je, goguenarde. C'était trop tôt pour ça. »
J'avais conscience de faire renaître des doux espoirs dans son cœur. Un autre regard en biais me l'approuva. Enfin, ce n'était toutefois pas de ça dont je voulais m'entretenir avec lui. S'il retentait sa chance dans la soirée, je l'éconduirais avec toute la courtoisie dont je disposais pour ce faire.
« T'as de l'expérience, je suppose ?
Ah, oui, rigola-t-il, et j'en fus drôlement surprise. J'ai toujours eu cette habitude là… mais, là… dans ce cas, c'était différent.
Différent ? Mais, attends une minute ! m'exclamai-je, les joues rosies. Ca veut dire que tu l'as déjà fait, avec des humaines !? Des vampires !?
Bien sûr. Je ne me suis pas inscris dans un couvent. »
Abasourdie fut le mot qui me correspondait bien en ce moment.
« Avec des… humains, balbutiai-je. Avec des humains… Avec des humains… Mais c'est super dangereux ! »
Il me fallut le plus grand mal pour ne pas transcrire mes émotions sur ma conduite. Mes mains tremblaient pour un rien, alors, là, sous le choc de la révélation ! C'était encore pire ! Heureusement, j'entrapercevais parmi les néons de la ville l'immeuble dans lequel vivait Davis.
« Hum, non. Je ne suis pas complètement vampire, alors je n'ai pas la même force qu'eux, m'apprit-il avec douceur. Et puis, j'ai appris à contrôler ma soif. C'est ce qu'il y a de plus dur lors d'un rapport physique. J'ai énormément d'années d'expérience derrière moi. Je n'ai jamais fait mal à quelqu'un de cette… manière. Et puis, je tâche toujours de ne jamais revoir les filles humaines avec qui j'ai eu des aventures. »
Woah… Sans m'en rendre compte, je me garai sur le parking juste à côté de l'immeuble sans le moindre encombre. Mon regard éberlué toujours planté dans celui de l'hybride, je restais encore sous le choc. Pourquoi était-il aussi grand, d'ailleurs ? Je pouvais parfaitement le comprendre. En effet, je ne pouvais nier que Nahuel était un bel homme. Un très bel homme, si je pouvais me le permettre. Il avait du charme, des yeux envoûtants, une certaine aisance dans la parole. Je ne pouvais que comprendre ça. Au départ, Nahuel m'avait semblé quelqu'un de timide, mais il n'en était rien. Mais avec des humains… Je n'en avais pas beaucoup entendu parler mais j'avais cru comprendre que la première fois de ma mère avec papa n'avait pas été des plus… faciles. Il aurait pu la tuer ! Enfin, s'il disait qu'il ne faisait jamais de mal, je le croyais sur paroles. Quelles raisons aurait-il pour me mentir ?
« Ne me regarde pas comme ça ! Je ne te ferai pas l'amour ! plaisanta-t-il. »
Sa réplique eut pour don de me faire redescendre sur Terre. Je lui administrai un regard peu amène, bien que sa plaisanterie m'ait arraché un sourire.
« Pourquoi tu voulais savoir ?
Pour satisfaire ma curiosité. Disons que… sur ce genre de sujets, je n'ai jamais vraiment eu de conversations sérieuses avec ma famille. Je connais très peu de choses, tu sais.
Heureusement ! railla-t-il. Tu n'as que sept ans, je te signale !
T'es un marrant, toi. En même temps, l'occasion ne s'est jamais présentée. Je n'ai jamais eu de petit ami ou quelque chose d'approchant. Et la vision que j'ai de tout ça n'est pas tout à fait définie. Pour l'instant, l'amour et le désir dans ma conception des choses sont des sensations liées. Mais ça, c'est à cause de l'image que me renvoie mes parents… Pour toi, c'est différent je suppose ? »
Il ne répondit pas. De plus, il avait fait exprès de baisser le visage, ce qui augmentait encore plus mon malaise car je ne pouvais pas décrypter ses sentiments. Un ange passa et il crut bon de sortir enfin de la voiture. Je l'imitai, et lorsque je me trouvais devant lui, je le gratifiai d'un sourire charmant.
« Et tu l'aurais fait avec moi, si j'avais accepté de t'embrasser ? »
Malgré tout, j'étais flattée que quelqu'un ressente du désir à mon encontre. Ce soir, je découvrais une sensation qui m'était jusqu'à ce jour totalement inconnue. Jamais Jacob ne m'avait regardé comme l'avait fait Nahuel samedi dernier. Et ni comme ce soir, d'ailleurs. Nonobstant, les frémissements le long de mon dos continuaient de faire des va-et-vient.
« Ce serait mentir si je te disais non. Mais je ne l'aurais pas fait quand même, j'aurais écouté la raison qui me l'interdisait.
Ah, oui, fis-je d'un ton faussement lugubre en m'avançant vers la grande porte de l'immeuble pour appeler Davis à son interphone. Mon père t'aurait tué, pas vrai ?
Il n'y a pas que ça, rit-il. En fait, je te respecte beaucoup. Pour toi, car je sais que tu ne sais pas ce que c'est, ces sentiments comme l'amour et le désir. J'aurais refusé que tu ne sois qu'une… conquête banale et grotesque dans ma liste. Ce n'est pas possible. Je m'en serais terriblement voulu. »
Mes doutes venaient de se fonder. Un long et strident frisson parcourut alors mon échine. Alors, à lui aussi, mon charme lui était irrésistible. C'était comme avec ma famille et mes amis. Personne ne pouvait me résister. J'étais prête à parier que Nahuel accepterait de décrocher la lune pour moi si je lui demandais tout de suite. Bon, quand même pas mais… il m'accordait un peu trop d'attention pour que cela ne fût que de l'amitié.
Pff, c'était d'une niaiserie complète ce qu'il venait de dire !
Pour réponse, je ne pus que lui accorder un sourire confiant. Ca lui suffisait.
Alors, j'appelai Davis à l'interphone qui nous invita à rentrer. Heureusement, la présence de Nahuel ne le gênerait pas du tout.
En toquant à sa porte, ce ne fut pas lui qui vint nous ouvrir mais Hearly.
« Nessie ! s'exclama-t-elle en me serrant dans ses bras avec toute son exubérance, heureuse de me voir.
Hearly, la prévins-je gentiment. Si tu ne me lâches pas maintenant, je te jure que ça va mal se passer entre nous. »
Elle pouffa, et nous laissa nous infiltrer chez Davis. Il avait beaucoup de chance ! Un week-end sur deux, le petit Davis se trouvait seul chez lui, sans ses parents, qui aimaient beaucoup vadrouiller en couple. Cela lui laissait donc l'occasion de pouvoir organiser des fêtes assez sympas. Ce soir, en revanche, ce n'était qu'une petite soirée tranquille entre amis. Une dizaine de personnes maximum. Je repérai Elliot et Zack en train de jouer sur la PlayStation Quatre à qui je dus crier dessus pour qu'il remarque ma présence. Les autres invités n'étaient pas encore arrivés.
L'appartement où vivait Davis était très grand et assez spacieux. Dès lors qu'on ouvrait la porte, on tombait nez à nez avec le salon, un espace bien propre, éclairé et sentant bon le jasmin. L'aspect de la pièce avait pour thème le style Shabby Chic – une technique idéale pour faire des rénovations de charme sur les meubles afin de conférer à la pièce un style un peu vieillot. Toutefois, Davis avait, pour l'occasion, installer toutes ses affaires (sa console de jeux, son paquet de jeux vidéos, son ordinateur, une grande table où se trouvaient tous les mets de la soirée).
J'avais encore un peu de mal à m'habituer à autant d'odeurs humaines concentrées dans une aussi petite pièce, néanmoins j'estimais avoir assez de contrôle sur ma personne.
« C'est toi, le fameux Jacob ? demanda Hearly, dans toute son innocence, à l'attention de Nahuel. »
Nahuel ne fut pas surpris, au contraire, il en rit. Tant mieux, mais cela ne m'empêcha pas de m'en mordre la lèvre inférieure. L'hybride avait dû percevoir les soudains battements de mon cœur affolé par l'évocation de mon loup-garou. Zut ! Pourquoi ça me faisait toujours un tel effet !?
« Hum, non. Moi, c'est Nahuel.
Ah ! Enchantée, pour ma part, c'est Hearly. Et puis là, t'as Davis, lui expliqua-t-elle en montrant chacune des personnes présentes, et Elliot, mon copain qui s'acharne bêtement sur la manette et Zack. »
Les trois garçons vinrent à son encontre et je fus contente qu'ils s'entendent tous très vite. Nahuel avait une certaine facilité pour s'adapter aux humains, j'en fus heureuse.
« Tu n'es pas d'ici !? T'es super bronzé ! s'étonna Davis en lui servant un verre de bière. »
Oups ! J'avais omis ce détail. Dans ma famille, personne ne buvait d'alcool et pour ma part, il m'arrivait de temps en temps de jouer aux rebelles. J'espérais que cela ne gênerait pas Nahuel. Et, une fois de plus, à ma plus grande surprise, il accepta le verre et n'en fut pas du tout offusqué. Au contraire, il paraissait apprécier le goût. Enfin, il y avait bien plus pire qu'un simple verre de bière.
« Non, je suis du Brésil.
Du Brésil !? s'enflamma Hearly, soudainement proche de mon ami. Je comprends mieux ! J'ai toujours rêvé d'aller là-bas, c'est un beau pays, pas vrai ?
Oui, un pays magnifique. D'ailleurs, j'ai invité Nessie à venir pendant les vacances de Pâques. »
En moins de rien, Hearly se retrouva à mes côtés, sur le grand canapé blanc, des étoiles plein les globes oculaires.
« Méchante ! Tu ne me l'as pas dit ! Emmène-moi avec toi !
Si tu veux, sauf que je ne payerai pas ton billet.
Hé ! s'énerva Elliot, secouant sa frange indocile, juste à mes côtés. »
Cependant, il ne put protester plus longtemps car Hearly s'en était immédiatement retournée auprès de Davis et Nahuel. De suite, je soupçonnai une nouvelle discorde entre mes deux amis. Une fois de plus, j'allais devoir jouer les entremetteuses pour faire partir à nouveau leur duo d'un bon pied.
« Vous vous êtes disputés ? m'enquis-je auprès d'Elliot. »
Il resta renfrogné, callant plus son dos contre le moelleux du canapé, tandis que Zack restait mort de rire.
« Tu n'aurais pas dû emmener ton ami ! Elliot est jaloux, là ! Mate sa tronche !
Pff, tu parles !
Si tu es jaloux, commençai-je en arquant un sourcil, va la voir au lieu de rester les bras croisés, en train de te morfondre. »
Aussitôt dit, aussitôt fait, Elliot s'en alla récupérer sa dulcinée, avec un peu de réticence cependant. Bon, une nouvelle dispute a dû éclater entre eux deux. Deux mois que je les connais, et l'entente de ce petit couple reposait sur des bases très fragiles. Quel dommage !
*
En avant la musique !
Mon rêve à partir de ce jour était de me faire connaître à partir de cette arme-là. Certains préféraient la puissance des mots écrits sur le papier, d'autres les armes matérielles à feu, d'autres utilisaient leur pouvoir de séduction, et moi… c'était la musique et rien d'autre que la musique.
Je comptais bien imposer mon nom, gravé en lettres d'or s'il le fallait, dans le milieu. C'était le rêve que je poursuivais depuis des années, désormais. Le rêve qui m'accrochait dans ce monde, le rêve que j'atteindrais, peu importait le prix qu'il fallait payer.
Mon contrat venait d'être signer.
J'en avais la preuve formelle : la récompense souriante d'Aaron Flex et le stylo trônant fièrement sur la feuille à signer du contrat que je possédais dans mes mains.
« Je vous remercie de me confier votre fille, monsieur Cullen, énonça le metteur en scène fièrement. Je vous promets que je prendrais soin d'elle.
On dirait que je pars pour un grand voyage ! m'exclamai-je en levant les yeux au ciel.
C'est tout à fait normal, rétorqua Carlisle d'une voix bienveillante. Je compte sur vous pour réaliser ses rêves. Elle place une grande confiance en vous, ainsi que moi, bien évidemment. »
Allez, assez des grands discours !
Comme dans mon état civil je n'avais pas officiellement dix-huit ans (hélas), j'avais aussi besoin de la signature d'un tuteur pour m'engager dans un travail comme compositrice. Mon père, Edward, ne pouvait pas se présenter avec ce statut devant Aaron. Carlisle avait donc dû venir. D'ailleurs, Carlisle et Esmé, dans les registres officiels, étaient mes vrais parents : bien sûr, j'avais été la dernière adoptée de la famille après que mes parents m'eurent abandonnée. Oh ! Pauvre de moi ! Bon, assez blaguer.
Nous étions dans un restaurant huppé de la ville de Juneau. Les lustres, les tables aux décorations exquises de luxure, la couleur rouge – la préférée des riches -, les vêtements des serveurs, la qualité des plats servis, le vice qui régnait dans les regards des personnes aisées du restaurant dont on entendait la sonorité particulière de leurs voix empreintes d'orgueil de richesse et les transparentes pièces d'or qui étaient bercées dans leur carte de crédit, tout ici le prouvait.
Installés à une table ronde, à la belle nappe rouge – bien sûr –, la table débarrassée de toute chose à l'exception de deux flûtes à champagne dûment envahies d'un beau et pétillant liquide jaune, nous discutions des dernières modalités du contrat qui m'incombait désormais. Je ne me lassai pas d'observer Aaron, ses gestes, ses faciales. Aussi étrange que cela pouvait paraître, alors que normalement, cela aurait dû être le contraire, il me fascinait. J'adorais l'aura qui se dégageait de ce personnage déroutant. Ca, il l'était. C'était quelqu'un que je sentais très bien… mais en même temps, je ne parvenais pas à discerner ses intentions, ce à quoi il aspirait exactement.
« Je vous ferai passer la copie du contrat par mon frère dès lundi, mademoiselle Cullen. Cela ne vous gêne pas ? Auquel cas…
Non, pas du tout, le rassurai-je. Tant que nous l'avons. Ne vous tracassez pas pour si peu.
Bon eh bien, parfait ! Que rajoutez de plus ? Trinquons. »
Carlisle esquissa une grimace cependant que je trinquais avec Aaron. C'était la seule exception à la règle, ce soir-là. Je me délectai en secret du goût du champagne sous les œillades indiscrètes du metteur en scène. Il semblerait que mon plan n'ait pas fonctionnée correctement : malgré la crise qu'avait dû lui faire subir sa femme, il en pinçait toujours pour moi. A croire que c'était le cas de tous les « mâles » que je croisais… Eh bien. Ca ne me gênait pas le moins du monde, je pourrais donc continuer à charrier indirectement cette… blonde !
Niark, niark.
Lorsqu'il fut l'heure de rentrer, Aaron nous raccompagna jusqu'à la voiture.
« Je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année, monsieur Flex, dit Carlisle en lui serrant la main.
Appelez-moi Aaron ! se fâcha-t-il avec finesse. Il faut se débarrasser de toutes ces politesses superflues ! Surtout que nous allons bientôt devenir intimes…
Ok, Aaron ! m'écriai-je sans me gêner, appréciant le sous-entendu. A l'année prochaine, dans ce cas. J'ai hâte de commencer ! Ca va passer super lentement. Je déprime déjà.
Ne vous en faites pas, je suis persuadé que le temps passera vite et que ce sera demain que l'on se verra. Ca passe vite, très vite. »
Nous le saluâmes une ultime fois, non sans que j'eusse scruté ses prunelles toujours aussi inébranlables, et montâmes dans la voiture. Carlisle attaqua d'emblée le sujet de la soirée, une fois que le trajet fut entamé. J'aurais plutôt aimé être tranquille avec le paysage étoilé dans le reflet des yeux, bercée par le son et la quiétude des pneus qui roulaient sur le goudron.
« Je crois qu'Edward aurait dû venir avec nous, ou alors à ma place, lança-t-il sur un ton évasif.
Pourquoi ? Il y a un problème ?
Aaron Flex est quelqu'un de très difficile à décrypter dans ses gestes. »
Alors, Carlisle aussi avait remarqué le mystère épais autour d'Aaron. En même temps, qui aurait pu y rester insensible ? Cet homme était quelqu'un des plus intrigants ! J'étais contente de ne pas être la seule à l'avoir ressenti.
« Personnellement, le repris-je afin de dissiper ses doutes, il me fait plutôt rire. C'est quelqu'un de bien, j'en suis persuadée. »
Cette semi-affirmation me fit le plus grand bien, sans réellement savoir pourquoi.
*
« Bon, demain c'est le grand jour, pas vrai ? m'affirma-t-il d'une manière suggestive. »
Eclatant de rire, je m'écroulai sur mon lit, aux anges. En musique d'arrière-fond, à doux volume, j'avais mis l'album éponyme du duo Zézé Di Camargo e Luciano, donné par Zafrina. Ils étaient très connus, ces deux frères, au Brésil. Ils chantaient le plus souvent des chansons d'amour ; et je devais affirmer qu'elles étaient très belles, en particulier les chansons à la guitare telle que E O Amor sur laquelle j'avais eu un coup de cœur. Je devrais appeler Zafrina pour penser à la remercier de cette découverte musicale.
La musique correspondait à l'instant présent. La neige était revenue hanter Juneau – et donc provoquer de nouvelles convulsions de froideur en moi, annonçant un Noël des plus classiques, ancrés dans les clichés.
« Oui, j'ai hâte ! lui confiai-je. Dommage que je n'ai pas de machine à faire accélérer le temps. Crois-moi que je m'en serais servie depuis longtemps !
De toute façon, elle refuserait d'obéir à une folle comme toi !
Très drôle !
Jasper doit avoir pas mal de boulot avec une boule de nerfs comme toi dans les parages. Il doit être fatigué, nan ? blagua-t-il. »
Je grimaçai, à l'autre bout du fil, mon loup ne cessait de rire. Ne faisait-il pas trembler les murs de chez lui ? Je devais éloigner mon blackberry de mon oreille pour ne pas avoir des problèmes d'audition. Effrayant !
Eh oui, pour le lendemain… je verrais Jacob. Mon Jacob. Ca faisait plus de deux mois que je ne l'avais pas vu ! Je me réjouissais d'avance de la semaine à venir.
« Jasper ne ressent pas la fatigue, bêta ! Et puis, tu sais, il y a bien pire que moi…
Ah oui ? Dis-moi.
Je t'ai déjà parlé d'Hearly. Elle a vraiment hâte de faire ta connaissance. »
Ce qui m'ôtait une nouvelle torsion des lèvres. J'avais raconté à Jacob l'impatience grandissante de mon amie et surtout la petite mésaventure avec Nahuel, il y avait deux semaines. D'ailleurs, j'étais plutôt heureuse que cette légère interférence n'eut eu aucune conséquence sur le petit couple. Je m'en serais voulue à mort, sinon !
« La petite infidèle !
Ne t'en fais pas. Tu la rencontreras bien assez vite, elle n'a pas arrêté de me casser les pieds toute la semaine.
Ah, heureux de savoir que je ne suis pas le seul dans cette situation…
Oh, serais-tu rentré en contact avec mon amie sans que je ne le sache ? plaisantai-je.
Hum, non. Je veux dire que tu n'es pas la seule à te faire harceler, toi aussi.
Que s'est-il passé ? m'enquis-je. »
Euh ?
« Non rien, c'est juste Leah… Elle m'énerve. Pas grand-chose d'extraordinaire. »
Leah ?
Mon regard s'assombrit.
Je me rappelai de la dernière fois, à La Push, le jour de l'accident. Je me souvins avoir été gênée par ses œillades… colériques.
« Pourquoi ? On n'énerve pas quelqu'un sans raison.
Dans son cas, oui, grommela-t-il. J'ignore si c'est par rapport avec sa mère… Seth a bien tenté de la calmer mais bon. D'ailleurs, à propos de Seth, ca y est ! Il a demandé Elisha en fiançailles. »
Elisha était une petite femme toute brune dont Seth s'était imprégné trois ans auparavant. Bien que je m'en réjouissais, ce n'était pas ça le plus important.
« Avec sa mère ?
Euh… oui. Charlie a une liaison avec elle. Ca fait longtemps maintenant, quatre ans ! Mais ils ont toujours voulu le cacher. Ca leur donnait l'impression de trahir la mémoire d'Harry. Enfin, ils semblent heureux ensemble, tu sais… Sauf que, depuis, Leah est très irritable. »
Oh… Charlie…
« Maman est au courant ?
Maintenant que je le suis, ainsi que toute la réserve, je suppose qu'il va falloir qu'il avoue tout à Bella.
Ca ne pose aucun problème à maman. D'ailleurs, elle serait rassurée de savoir que quelqu'un s'occupe de Charlie correctement. Depuis ma naissance ! Après tout, Renée a bien refait sa vie, je ne vois pas en quoi ça poserait problème. Surtout avec Sue.
Tu connais Renée ? s'étonna-t-il. Moi-même je ne l'ai jamais vue, mais bon…
Non, et je le regrette. J'espérais que maman l'inviterait à venir passer Noël avec nous. J'en ai parlé avec elle, elle ne veut pas. Ca fait six ans qu'elle ne l'a pas vue ! Elle n'a pas envie de la mêler à notre secret car Renée était très sensible et qu'elle souhaitait à tout prix qu'elle vive une vie normale. Ca peut se comprendre, mais Charlie, lui, vit très bien avec. Bon, je sais qu'il n'est pas véritablement au courant, mais il sait que nous sommes quelque chose.
Charlie est plus résistant que Renée, je pense ! rigola Jacob, semblant se rappeler d'un bon souvenir. Ne te biles pas pour ça. Bella a toujours pris les bonnes décisions. »
Sans doute… Même s'il m'avait déjà réconforté à propos de ça, je n'aimais pas quand il parlait de ma mère. Surtout ainsi.
« Tu as raison. Mais… pour Leah ? Elle vit toujours chez sa mère ?
Non ! Elle a déménagé, depuis. Elle vit à Seattle. La dernière fois que tu l'as vue, elle était là pour des vacances. Et là, rebelote ! Ca fait deux semaines qu'elle est ici, elle compte passer les vacances de Noël avec sa famille. Seth vient avec sa fiancée. Et en plus, elle a appris qu'Emily était tombée enceinte. Je suppose que ça a dû lui faire un choc, mais je ne peux rien dire de plus.
Un choc ? Elle est toujours amoureuse de Sam ?
Je n'en sais rien ! s'exaspéra-t-il. Je ne sais même pas ce qu'elle fiche à Seattle depuis trois ans ! Tu sais, à partir du moment où elle est devenue… loup-garou… elle ne se considérait même plus comme une femme. Elle est devenue infertile, elle ne peut pas avoir d'enfants. Et donc, elle ne pourra jamais s'imprégner. Elle n'arrive pas à s'accepter. »
La pauvre ! Bon, j'imaginais qu'elle ne souhaitait pas qu'on eût pitié d'elle mais… cette situation devait être ingérable.
« C'est vraiment dommage pour elle… Elle doit chercher un peu d'affection, c'est pour ça qu'elle t'embête.
Quelle joie ! Je préfèrerais que ce soit une autre qui m'embête, si tu vois de qui je veux parler !
T'inquiète, gloussai-je tendrement. Hearly remplira cette tâche à merveille ! »
Hum. Il se présentait comme bien remonter contre Leah, quand même. Je décidai de lui changer un peu les idées, en abordant des sujets plus prospères.
« Vivement demain ! »
Jake, Jake, Jake… j'allais enfin te retrouver. Tout : ton odeur intense et inégalable, la force de tes bras, tes blagues constantes, ta chaleur éblouissante…
Son absence m'avait laissé un drôle de goût sur la langue. Que devais-je en penser ? Finalement, est-ce que je pouvais lutter contre l'imprégnation ? Rha ! Je n'en avais pas envie !
J'adorais Jacob… C'était mon grand-frère, mon protecteur à vie, mon loup. La personne qui avait déclenché, ensuite, des premiers émois amoureux en moi…
La suite n'en demeurait qu'évidente. Surtout avec le phénomène d'imprégnation.
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Chanson : The Bright Side – We Shot The Moon
