Rising Shine

Chapitre 7, Wonderwall

« Quand on aime quelqu'un, on a toujours quelque chose à lui dire ou à lui écrire, jusqu'à la fin des temps. »

Christian Bobin, Geai.

Je me réveillai doucement, avec une lenteur du matin qui m'était familière, dans une drôle de sphère de bonheur que je ne reconnaissais absolument pas. Ce fut d'ailleurs plutôt frustrant de ressentir ce genre de sensations.

Cependant, cela ne m'empêchait pas d'être pleinement épanouie et heureuse. Ce qui la veille m'avait effrayé au plus au point me procurait ce matin des ressentis insoupçonnés et agréablement agréables dont je me délectais à fond. Ne cherchant absolument pas à en connaître le pourquoi, je me blottis encore plus, dans un élan de tendresse, contre la personne qui avait éveillé ces émois en moi.

Jacob.

Et, si je l'avais pu, en cet instant, je me serais bien esclaffée, tiens. Sans m'en rendre compte, et pourtant je l'avais pensé d'un ton des plus naturels, je venais d'avoir les mêmes pensées que ces jeunes adolescentes en quête d'amour.

Oh… mon… Dieu !

En fait, devenais-je niaise, moi aussi en découvrant les petits trucs de l'amour ? Nan ! Jacob avait dû m'avoir proscrit une espèce de pastille la veille pour me rendre aussi gaga. Ce n'était pas possible autrement ! Cependant, je ne rêvais pas et il fallait bien que je me l'admette : c'était bien moi en train de m'émerveiller devant les traits endormis de mon imprégné, mignon comme tout ainsi avec sa bouche entrouverte et le bruit régulier de sa chaude respiration qui me donnait envie de gazouiller (plus dégoulinant de papillons, tu meurs). Je pouvais le voir malgré le fait que les lumières furent éteintes, et que la pièce se retrouvait plongée dans une douce obscurité. Mes yeux arrivaient à voir dans ce pénombre. Et, même, je le voyais mieux que jamais…

J'avais bien envie de passer une main légère sur son visage, mais je n'avais pas tellement envie de partager mes pensées avec lui.

Oh lah lah…

Qu'est-ce que je crevais de chaud, pour une fois ! En fait, il faisait plus chaud dans la maison familiale qu'au cottage. Ou peut-être que c'était dû à la chaleur irradiante provenant du corps de l'Indien. C'était le meilleur radiateur que je connaissais sur le marché, et pour rien au monde je ne m'en séparerais. Et la meilleure, c'était qu'il était gratuit et que seule moi pouvais en profiter ! Moi ! Moi ! Moi ! Et rien que moi ! Héhé. D'autant plus que, en ce moment même, il dormait torse nu et, de mon œil curieux et perverti, je pouvais le contempler à loisir car, en réalité, il m'appartenait.

A tâtons, je lui donnai tout un tas de petits baisers sur le torse, et, paisiblement, cela réveilla mon loup. Il grogna un peu, peut-être vexé que je l'eusse réveillé ainsi, mais non. Avec difficulté, ses paupières papillonnèrent et un tendre sourire se dessina sur ses lèvres. Je l'entendis bailler, et, immédiatement, il s'enquit de mon état.

- « Bonjour, minauda-t-il. Bien dormi ?

- Merveilleusement bien, si tu vois pourquoi, lui répondis-je en me serrant plus contre lui en un geste d'éloquence. Et toi ?

- Pas mal, pas mal, rigola-t-il, peut mieux faire quand même. »

Fâchée, je remontai un peu la tête et le mordis avec force au niveau de l'épaule. Il ne partageait même pas mon état de bonheur du matin, préférant me vexer. N'importe quoi lui alors ! Il s'excusa en riant, miaulant de fausses excuses bidon mais je continuai de le scruter de cet œil impérieux qui refusait le pardon. Il prit alors un visage de malice, et, après une petite seconde d'hésitation, me chatouilla les côtes. Le saligaud ! Il me savait sensible à cet endroit, et je me battis tant bien que mal pour ne pas exploser de rire. Je ne voulais pas rompre la quiétude du matin. Bref, je ne pus tout de même pas retenir quelques petits soubresauts de rires de temps à autre.

Très drôle, le Jacob !

- « Ca me rappelle le temps de quand tu n'étais qu'une gamine, bien que tu le sois encore aujourd'hui.

- Hé ! protestai-je en lui donnant un bref coup dans le ventre.

- Quand tu pouvais encore dormir avec moi sans que je n'aie à subir le courroux d'Edward ou de Bella… »

C'était vrai. Je me rappelai de cette époque-là, de lorsque je n'étais encore qu'une enfant, lorsque nous étions encore installés à Forks. J'adorais dormir – et c'était encore le cas maintenant – avec Jacob. Tous les matins, nous avions l'habitude de jouer dans le lit avant de nous lever pour prendre le petit-déjeuner. Jouer, nous entendions par là les petites blagues de l'aube et surtout, les chatouilles – chose qu'adorait faire l'Indien.

- « Maintenant, il faudra un peu changer les habitudes, je présume… »

Je souris, et, pendant que je lâchai un petit bâillement, ronronnant comme un chaton, Jacob m'attrapa les joues et fit déraper ses lèvres sur les miennes.

Le jeu recommença comme la veille au soir, et je percevais d'ores et déjà notre alchimie intense, extrêmement comblée de la retrouver, avec toujours autant de force accrue. Les petits baisers simples se décuplaient, et petit à petit que son jeu de bouche devenait plus persistant, sa langue vint franchir la palissade mes lèvres. Je les entrouvris avec joie, acceptant son invitation. Une fois de plus, je m'enflammais de découvrir la magie d'un baiser et savourai les saveurs offertes par mon Jacob. Il n'y avait rien à dire, mon loup savait s'y prendre à merveille pour ce genre de choses. Il possédait la méthode exacte pour me faire plaisir. Notre baiser dura une longue minute, et il le rompit avec un timide sourire. Bouleversant de tendresse, il nicha ensuite sa tête contre ma poitrine, comme s'il venait de faire une bêtise.

- « Si c'est comme ça, lui chuchotai-je en caressant ses cheveux, je veux bien changer nos habitudes… »

Il releva la tête, et m'offrit alors le plus beau et éblouissant sourire que je n'eus jamais vu. Amoureusement charmée, je le lui rendis et retrouvai lentement la tentation de ses lèvres. Il me rendit mon baiser avec délicatesse, et, tout en y mettant plus de passion, me fit basculer sur le dos, se retrouvant sur moi. Ce fut avec surprise et délectation que je sentis une de ses mains parcourir mon corps. Il y traçait de longs sillons brûlants sur ma peau et je frémissais, non pas de froid pour une fois, contre ses caresses, gémissant bruyamment lorsque nos deux bouches se séparaient le temps que chacun eût retrouvé son souffle. Je voulais encore plus m'attacher à lui, qu'il ne cessât sa délicieuse torture, et moi aussi je me mis alors à le caresser. Cette fois-ci, je voulais complètement m'imprégner de lui. Je m'étonnais d'ailleurs de me montrer aussi entreprenante dans mes gestes. Au contraire des autres filles dites vierges effarouchées, je ne me montrais pas du tout timide. Tout ce que je voulais, c'était en profiter un maximum.

Jacob se collait à moi plus que nécessaire, et j'en raffolais. J'entendis le loup grogner, et stoppant la valse de nos langues, il s'attaqua à me découvrir tout entière avec sa bouche. Je gémissais déjà de bien-être, entrant doucement dans les prémices de l'amour alors qu'il flattait chaque parcelle de mon cou et de mon buste. J'appréciais ses gestes et caresses sensuels. Toutes ces petites choses inattendues que je découvrais me convainquirent que, non, désormais, je n'étais plus une enfant et que j'étais enfin devenue une vraie femme. J'avais cette impression que Jake connaissait mon corps mieux que personne alors que c'était la toute première fois qu'il l'explorait. Il savait déjà tout de moi, absolument tout…

Toutefois, comme la veille, entre deux baisers et deux caresses, l'Indien voulait que l'on s'arrête. Nooooon ! Juste quand je commençais à m'abandonner… Je lui montrais mon désaccord en grimaçant, mais me rendis compte que s'il n'était pas d'accord, cela ne servait à rien de continuer. Je ne voulais pas me montrer égoïste. C'était un plaisir que je souhaitais partager à deux.

- « Mais ! t'es lourd ! me plaignis-je. Pourquoi tu fais ça ?

- Désolée Nessie, rit-il. Mais je fais ça pour notre bien.

- Attends, tu ne vas pas me dire que tu n'es pas… que tu n'es pas frustré de… de ne pas aller plus loin ? Pourquoi tu fais ton timide là ? »

Il éclata de rire, et je ne compris toujours pas. Il se remit à me bécoter, avec plus de retenue cependant, et cela m'irrita. Je n'étais pas du tout contente qu'il ne me répondît pas de suite, n'appréciant pas vraiment patienter. Je lâchai un feulement, et, d'un doigt, il me souleva le menton et planta son regard dans le mien.

- « Raison numéro une : je vais d'abord attendre d'avoir la bénédiction de tes parents sous peine de me faire tuer dans les cinq prochaines minutes. Raison numéro deux : je n'ai pas de préservatif. Désolé de te dire ça comme ça, ça fait un peu tâche sans doute maintenant là mais c'est vraiment important. »

Ebahie, je le regardai, la bouche ouverte d'étonnement. Puis, je me rendis compte que Jacob avait le sens des responsabilités contrairement à moi qui ne m'étais concentrée uniquement sur mon désir d'approfondir notre câlin. Eh bah ! Qu'est-ce que je pouvais bien faire, hein ! Il avait pensé à tout. Il ne voulait pas que l'on prenne de risques.

Il n'y avait qu'une chose à dire, maintenant, en fait… Merci Jacob !

Et bravo Jacob !

- « Euh… que dirais-tu de The Police ? Every Breath You Take ?

- Oh yesss ! Nickel, celle-là ! Tu chantes ?

- On va essayer.

- Okay! Let's go! One, two, three… »

Certes, il n'avait pas la merveilleuse voix de Sting mais j'appréciais beaucoup celle de Jasper. La chanson faisait partie du répertoire musical des chansons préférées de la famille. Je trouvais que c'était une soirée idéale pour faire un peu de karaoké au son de ma guitare acoustique. Cela faisait beaucoup plus authentique. Je trouvais que cette chanson collait parfaitement à une ambiance hivernale pour des petites fêtes de Noël. J'aurais préféré jouer mes compositions mais pour deux raisons, je m'étais abstenue. Déjà, elles se jouaient avec une guitare électrique, qui rendait mes compos bien plus puissantes et de plus, j'avais préféré faire plaisir à toute ma famille pour atténuer un peu l'atmosphère électrique qui pesait entre Jacob et mon père.

Eh oui, mon père n'avait pas vraiment apprécié le fait que je l'aie désobéi, déjà, puisque j'aurais dû dormir au cottage la veille au soir. De plus, ce matin, mon père avait sincèrement cru que je m'étais adonnée à des activités pas très catholiques avec mon loup, étant donné l'état du rapport que lui avait fait Rosalie, folle de rage à cette idée. Il y avait donc eu un gros quiproquo très amusant à voir d'ailleurs. Je me rappelais bien sûr des piques entre l'Indien et ma tante et la tête grimaçante de mon père lorsqu'il avait appris la nouvelle. Une belle situation bien sympathique. Je comprenais la colère de mon père : sa fille adorée qu'il chérissait plus que tout au monde avait fricoté avec un garçon ! Ah ! Mon dieu ! Horreur et damnation !

Je tentai de ne pas pouffer, sinon j'allais rater ma chanson. Une fois qu'elle fut finie, je félicitais Jasper pour sa performance. Alice, Rosalie, Emmett, Carlisle et ma mère nous avaient écoutés et applaudirent aussi notre duo.

Nous nous trouvions tous dans le salon. Esmé préparait des petits encas pour Jacob et moi qu'elle allait répartir sur la grande table basse de chevet. Mon père et mon… amoureux… étaient en train de discuter je ne savais où. J'espérais qu'ils ne s'égorgeaient pas.

- « Je trouve que tu progresses un peu plus chaque jour à la guitare, commenta Alice.

- Comme tu l'as si bien dit, « tu trouves ». Je ne suis qu'une modeste guitariste qui se contente surtout de faire des reprises.

- Tes compos sont bien ! Ne dis pas n'importe quoi ! D'ailleurs, tu as bien été embauchée pour composer, alors ne te rabaisse pas.

- Ca roule, tanti ! Bon alors, tu veux chanter ?

- Non, attends ! s'empressa d'intervenir Jacob. Moi je veux chanter ! »

Eh ben tiens ! Quand on pensait au loup, le voilà qui pointait sa queue. Je fus rassurée de le voir aussi souriant. Cela signifiait que tout s'était bien passé avec mon père. Lorsque je le vis, à lui, il paraissait comme rasséréné. Il prit place aux côtés de ma mère, qui lui baisa la joue. Attendrie, je les regardai tout en réaccordant mon instrument.

- « Je peux avoir ta guitare ? »

Interloquée, je relevai la tête et scrutai mon Jacob. Il savait jouer ? Il venait de s'asseoir là où se trouvait Jasper il y avait deux minutes, c'est-à-dire à mes côtés. Il prit ma guitare sans attendre de réponse de ma part, joua l'accord le plus simple qui existait puis me sourit. Il chercha ensuite le capodastre qui trônait sur la table basse et qu'il posa ensuite sur la quatrième case avec une précision que je ne lui reconnaissais que lorsqu'il se trouvait dans son élément : quand il réparait et bricolait des moteurs, des machines…

- « Ladies and gentlemen ! Chanson express par Jacob ! Chanté par Jacob ! Sortie du répertoire d'Oasis ! One, two, three »

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je reconnus directement les premières notes de la chanson Wonderwall d'Oasis s'élever dans les airs. Ce soir, Jake avait la voix un peu cassée mais qui la rendait en même temps extrêmement classe. J'adorais. Mais j'ignorais que l'Indien avait appris à jouer de la guitare. C'était la première fois que je le voyais en jouer. De plus, il n'y avait aucune hésitation dans son jeu. Tout coulait de source, la musique était d'une clarté magnifique. Rrr ! Il aurait pu me le dire qu'il avait appris à jouer le charlot !

Lorsqu'il chanta le fameux et premier « You're gonna be the one who saves me, and after all, you're my wonderwall. », j'eus des frissons incroyables. Il m'avait à ce moment-là adressé un regard chargé d'émotions et de désir brutal. Je me laissai transporter par la musique, puis me mis à chanter avec lui.

Jacob n'était pas fait pour le chant. Je percevais ses difficultés à chanter et sa voix grave et chaude qui virait parfois un peu dans les fausses notes, mais ça ne faisait rien. J'aimais son attention. Jamais dans mon idée je n'aurais pensé qu'il avait appris une chanson juste pour m'impressionner et me suivre dans ma passion. C'était adorable.

Allez, voilà que je me laissais charmer par des petites attentions niaises comme ça… mais franchement, quand on le vivait, on avait une tout autre opinion de ces petits papillons venant des fleurs bleues qui dégoulinaient d'amour et de chocolats en sucre.

Nan, pour ma fierté, je me devais de rester moi-même et pas de me laisser aller dans les premiers bonheurs de l'amouuur !

A la fin, bien sûr, tout le monde applaudit ce mini-concert improvisé. Emmett, pour ajouter son petit grain de folie, siffla même.

- « Superbe ! commenta mon père. Tu joues très bien.

- Ca t'impressionne, hein ? En plus, j'ai dû apprendre tout seul !

- Inutile de trop te vanter quand même ! s'empressa de s'esclaffer Emmett.

- Hé ! Avoue que c'est cool, hein ! C'était ma chanson pour Nessie.

- C'est mignon ! souris-je. Mais c'est la seule que tu sais jouer ?

- Bien sûr que non ! Patate, va ! (je grimaçai). Je ne me suis pas embêté à acheter une guitare juste pour connaître une chanson.

- Nickel ! On pourra faire des duos alors !

- Pourquoi pas ? L'idée est très alléchante ! »

Nous rîmes, et je récupérai ma gratte. Je jouai l'accord le plus simple à mon tour, et me rendis compte que Jacob avait tout de même vachement forcé sur les cordes car elles émirent un son un peu bizarre. Il était vrai que la fin de la chanson avait eu des accents un peu trop graves. Je comprenais mieux pourquoi. Il avait joué avec dévotion, il n'y avait rien à redire.

La soirée se déroula sans encombre. Tout le monde chantait, s'amusait, discutait, rigolait. Des moments vraiment parfaits. J'avais arrêté de jouer depuis une bonne demi-heure déjà, l'ambiance était détendue. Jacob me tenait fermement contre lui, et je me réjouissais de cette position sans que personne n'eusse de commentaires à faire. Les discussions allaient bon train, vers des sujets très joyeux et frivoles. D'ailleurs, nous en vînmes vite à un sujet très particulier et surtout, très intéressant.

- « Pff ! rigola Emmett. D'ailleurs ça me rappelle, ce n'était y'a pas si longtemps, quand Edward m'avait fait une scène parce que j'avais fait voir à Nessie les spectacles d'Aaron Flex.

- Hum hum. Ne me donne pas le rôle du méchant et ne déforme pas la réalité, Emmett, l'interrompit mon père en souriant. Elle était toute jeune, et les chansons de La Belle aux Diamants ne sont pas pour tout public. »

Oui, il avait raison. La Belle aux Diamants était la toute dernière comédie en date d'Aaron Flex. Pour en faire un résumé succinct car l'histoire était très complexe, c'était la narration de la vie d'une femme de joie, Cathy. Voilà, rien que ça, déjà, permettait de comprendre pourquoi mon père avait fait une scène à Emmett ce jour-là.

- « Tu sais, Edward, ça fait bien longtemps que Nessie n'est plus innocente, attesta Alice. Je pense qu'elle nous entend tous déjà bien assez.

- Oh ! Tout à fait ! fis-je en me délectant d'une tortilla salée. Je suis contente d'ailleurs que vous parliez de ça, car il faudrait peut-être penser à insonoriser les murs !

- Nessie ! s'indigna mon père.

- Bon, c'est vrai que ce ne serait pas efficace car je pourrais quand même vous entendre… Ah lah lah ! Dur d'être à demi-vampire ! soupirai-je.

- Inutile de faire les choqués, je pense, pour ce soir, crut bon de renchérir Jasper.

- Tout à fait ! En plus, maintenant que je suis avec Jacob, j'estime avoir le droit d'être au courant de certains secrets.

- Il n'y a aucun secret dans cette famille, jeune fille !

- Ah ben ça, merci ! J'avais cru le remarquer ! »

Tout le monde riait, et mon père grognait seul dans son coin.

- « Par contre, vous ne cessez de vous faire plaisir, et moi ce matin je suis agressée pour juste quelques bisous avec Jacob ! On aurait dit que j'avais signé un pacte avec le Diable ! Quelle pagaille !

- C'est qu'Edward a pour autre don de semer la panique très rapidement lorsqu'il est anxieux, commenta Carlisle, amusé.

- Bah ! Nous n'avons pas paniqué comme ça, pourtant, quand Edward nous a demandé ce qu'il allait ressentir pour sa première fois ! m'apprit Jasper. »

Ho ho ho. Nul n'ignorait bien sûr – même pas à moi – que ma mère était la toute première femme d'Edward dans sa vie – humaine et vampire, s'entendait. Cependant, je ne savais pas que mon père avait demandé des impressions auprès des membres de sa famille. Ben tiens donc ! Quelle curieuse nouvelle !

- « Certes. De toute façon, avant la première fois, on a tous peur, au fond, non ?

- Tu as raison, l'approuva Alice. J'étais comme toi au début avec Jasper.

- C'est vrai, mais tout s'est bien passé finalement.

- Ah bon ? Et comment ? demandai-je, curieuse d'apprendre.

- Eh bah… Il fallait dire que, même si j'appréhendais beaucoup, c'est toujours un moment qui vient à l'instant où on ne s'y attend pas, rigola ma tante. On était un peu pressés, et puis c'était un soir d'orage ce jour-là. On a trouvé un vieux manoir abandonné. L'endroit était certes lugubre, mais nous avions eu la chance de trouver un peu de paille pour nous allonger. Et puis, l'homme était parfait alors je ne rien trouve à redire ! »

Mon regard vogua vers Jasper qui se contentait de sourire béatement, se rappelant sans doute de cette nuit-là. Un délicieux souvenir, je n'en doutais absolument pas.

- « Et vous, Emmett et Rosalie ? les questionnai-je. Vous connaissant, ça devait être pas mal !

- Tu veux rire ? plaisanta Emmett. C'était pas mal du tout même ! »

Ce fut ainsi que j'eus droit aux petits récits anecdotiques sur les premières fois de chacun des membres de ma famille. Je me plaisais bien dans ces moments-là, où on parlait sans fioritures et sans gêne. C'était tout ce que je demandais, de la simplicité et pas de prises de tête.

- « Depuis tout à l'heure, Jacob ne dit absolument rien ! C'est marrant ! souligna Alice.

- Oh, mais c'est parce que je n'ai rien à dire, intervint celui-ci avec un petit sourire.

- Ah bon ? Tu n'as pas le récit de ta première fois à faire ? »

Attentivement, j'attendais avec impatience la réponse de Jacob. Mais elle ne venait pas. Je vis de légères rougeurs naître sur les joues de mon amoureux, mais il les dissipa bien vite, enfouissant sa tête dans mes boucles d'or. Je m'imaginais alors des scénarios improbables : Jacob… avait déjà eu des rapports avec une fille ? Impossible ! L'imprégnation illuminait de son champ de vision toute fille susceptible de l'intéresser, étant donné que j'étais l'objet de son âme sœur, qu'il ne pouvait aimer que moi et personne d'autre. Il ne voyait plus les filles, où alors seulement en tant qu'amies potentielles, mais rien d'autre. Absolument rien d'autre… Pourtant, je n'avais pas compris le pourquoi de son éclat soudain dans ses prunelles à la question d'Alice. Et si… !

J'entendis mon Jacob rire. Euh… Zut ! J'avais passé inconsciemment ma main sur sa joue, et il avait pu capter toutes mes pensées. Ah, la honte ! Pourtant, c'était bien vrai. J'avais le droit de me poser des questions.

Ca me stressait qu'il ne répondît pas ! Face à son mutisme persistant, Alice ne put rien faire d'autre que d'abandonner.

Il me tardait l'été pour une seule et unique raison : parce que c'était l'été, justement. Au moins, en été, il faisait CHAUD. Qu'est-ce que je pouvais détester le froid… et j'habitais en Alaska. Un malheur avait dû me frapper pour que moi, hybride, fût aussi sensible aux températures. Je ne savais pas ce que j'avais fait… Peut-être que je l'avais vraiment signé, ce pacte avec le Diable. Parce que j'étais maudite, il n'y avait pas d'autre mot ! Malheur !

Enfin bref, rêveusement, je m'attaquai à mon onctueux Frappuccino au café. Jacob nous avait emmenées, ma mère et moi, au Starbucks Coffee, mon salon de café favori. Cet endroit me plaisait beaucoup : en effet, il respirait une convivialité tout à fait chaleureuse. Le café était peint dans des couleurs de bois illuminées, les boxs dans lesquels on s'installait préservaient une certaine intimité et l'exquise odeur de café et de cacao agrémentait la sympathie de l'endroit. Il n'y avait pas beaucoup de monde, pour une fois. Un fait rare, mais il était déjà dix-sept heures et demie et le soleil s'était endormi depuis longtemps.

Ma mère ne pouvait s'empêcher de regarder sa montre car elle avait un rendez-vous à l'école privée des Beaux-arts à laquelle mon père l'y conduirait. En effet, fictivement, mes parents se trouvaient en dernière année de lycée donc il fallait penser aux inscriptions dans les facultés et écoles pour l'année prochaine. Ma mère avait eu pleinement le temps de s'épanouir dans le domaine de l'art durant ces sept dernières années et tenter le concours après son baccalauréat la séduisait énormément.

J'étais assise aux côtés de Jacob, ma mère se trouvant juste en face de moi. Elle aussi avait pris un Frappuccino pour sauver les apparences, mais je savais bien qu'il me serait destiné. J'en salivais d'avance. Bon, oui, il ne fallait pas avoir les yeux plus gros que le ventre, mais j'adorais les cafés des Starbucks !

- « Il n'y a pas eu trop de problèmes avec Edward, sinon ? s'enquit ma mère auprès de Jake.

- Non ! Il a un peu paniqué au début mais ça s'est très bien passé. Et puis, qui ne comprendrait pas ses inquiétudes ?

- C'est vrai, gloussa-t-elle.

- Pourtant, toi, tu n'as pas paniqué comme lui.

- Non, confia-t-elle avec tendresse. Je sais très bien que je peux te faire confiance. Et puis, Nessie est heureuse alors il n'y a pas de problème.

- T'inquiètes pas, j'en prendrai soin. Je me souviens de la fois où tu avais voulu me tuer quand tu as appris que je m'étais imprégnée d'elle. J'ai eu chaud ! Un moment, j'avais pensé que tu allais réagir de la même façon.

- Haha ! Quand même pas ! Au début, c'est vrai que j'étais très possessive envers Nessie et puis, au fil du temps, je savais très bien qu'un jour elle partirait vivre avec toi, alors il me fallait m'habituer à cette idée. »

Je n'écoutais leur conversation que d'une oreille distraite. En y pensant bien, l'imprégnation me faisait penser à la chanson I was made for loving you de Kiss. Déjà, le titre était assez explicite. C'était comme une sorte de prédestinée, le phénomène d'imprégnation. Un truc magique, quoi.

Le téléphone de ma mère sonna, elle décrocha et je perçus la voix de mon père à l'autre bout du fil. Bon bah, elle devait y aller. Nous lui souhaitâmes bonne chance pour son entretien, et elle disparut non sans nous souhaiter de passer une bonne soirée.

Je finissais mon Frappuccino. Jake piqua un baiser sur le sommet de mon crâne.

- « C'est bon ?

- Vui, pépiai-je. Alors, tu m'emmènes où ce soir ?

- J'ne sais pas. Je suis plus motivé, là…

- Rho, allez dis-moi ! T'es pas drôle ! Sinon, je boude !

- Bon, eh bah boude dans ce cas-là. »

Je cessais de gigoter, n'en revenant pas qu'il me laissât bouder. Tss… Il m'observa d'un air narquois, et je rouspétais. Je lui tournai le dos et croisai les bras, en espérant qu'il me dirait enfin là où il m'emmènerait. Lui alors ! Je n'aimais pas quand il me refusait quelque chose. Ca m'insupportait ! J'étais en fait qu'une pauvre enfant trop gâtée. Fallait y remédier au plus vite avant que je ne tournasse mal, hé !

Ne pouvant bien sûr pas résister à la tentation de me faire plaisir, Jacob m'enlaça et je me retournai alors, contente qu'il cède enfin. Immédiatement, celui-ci s'empara de mon visage d'une main qui fourragea bien vite dans mes boucles avant qu'il ne m'embrassât avec une délicatesse infinie. Zut ! Il m'avait bien eue !

Depuis deux jours déjà, je me sentais fébrile. C'était l'effet Jacob ? Nan ! J'avais dis que je ne me laisserais pas avoir par toutes ces désillusions et ce verbiage amoureux ! J'interrompis alors le baiser, mais à contrecœur.

- « Jake… tu m'emmènes où alors ? »

Songeur, il écarta d'un doigt une mèche rebelle tombant devant mes yeux. Mon corps tout entier fut secoué de frémissements.

- « Je ne sais pas trop… tu veux faire quoi, toi ?

- Euh, tu m'emmènes en rendez-vous sans savoir ce que tu veux faire ? Eh bah !

- Je sais, rit-il en attrapant le Frappuccino qu'avait laissé ma mère pour me le donner. Personnellement, tant que je suis avec toi le reste m'importe peu.

- J'ai bien envie d'aller en boîte, pas toi ? »

L'ambiance des boîtes de nuit me rappellerait les bons temps de l'été. Danser à n'en plus pouvoir sur les bonnes musiques techno qui mettaient un peu de peps et procuraient de l'énergie, c'était ça qu'il me fallait pour aujourd'hui.

- « D'accord, pas de soucis, on va faire comme ça. Au fait, t'as tes… faux papiers ? me demanda-t-il en baissant sa voix d'un ton.

- T'inquiètes pas, lui répondis-je en prenant une petite gorgée de mon café.

- Tu sais, rajouta-t-il, j'aimerais bien passer les fêtes de Noël seul avec toi. Tu savais qu'au Japon ça se fait ?

- Ah bon ?

- Oui, c'est dans leurs coutumes. On passe Noël en amoureux et le Nouvel An en famille. Ca a toujours été comme ça.

- Eh bah, c'est bien ! Comme tu ne restes pas pour le Nouvel An, on devrait peut-être faire comme ça… »

Ca me rendait triste rien que de penser qu'il repartirait déjà bientôt… Je n'y avais plus pensé. Abattue, je me concentrai sur mon Frappuccino. Mon loup, ayant bien vu ma peine soudaine, me réconforta en me cajolant les cheveux. De toute façon, c'aurait été trop beau de passer les fêtes seule en compagnie de mon imprégné. Déjà, vue la colère de mon père la veille quand il a appris que j'étais officiellement avec Jake. Il s'était transformé littéralement en Edwardinator ! Ca n'avait pas été beau à voir !

- « J'essayerai de venir à La Push après les vacances. D'ailleurs, il faudrait que je passe à Forks aussi pour rendre visite à Charlie. Il était déçu de ne pas avoir pu se déplacer ces vacances.

- C'est une bonne idée, t'as qu'à faire ça. Mais t'es sûre que t'auras le temps ? Parce qu'avec ton job…

- Bah, je demanderai un peu de ce fameux temps à Aaron. Il ne pourra pas me le refuser.

- Ah oui ? fit-il, sceptique. Il doit bien t'aimer, dis donc…

- On va dire que je lui ai tapé dans l'œil.

- Et t'es fière de me dire ça comme ça, en plus ?

- Je n'y peux rien ! Sa femme était même jalouse ! Je pense que je vais rigoler, il me tarde la rentrée en un sens ! »

Jacob ne put s'empêcher d'esquisser une grimace. Je rigolai, puis déposai un petit baiser sur sa joue, histoire de le rassurer.

- « Fais ce que tu veux. Moi, j'ai bien aimé la petite Hearly alors je pense que je vais rentrer en contact avec elle.

- Ah ouais ? maugréai-je. Contente pour toi.

- Et puis, il y a plein de filles autour de moi alors faut dire que j'ai le choix ! »

Eh bah dis donc ! Quel serial lover, le Jacob ! Toutefois, je me rendis compte de la belle occasion qu'il me proposait pour lui poser la question qui me turlupinait l'esprit depuis la veille au soir.

- « Je le savais, chuchotai-je. C'est pour ça que tu n'as pas répondu à la question d'Alice hier.

- La question ? s'interrogea-t-il.

- Oui, quand elle t'a demandé de raconter ta première fois… Alors, il y a vraiment eu quelque chose, hein ? »

J'avais peur, désormais. Peur de ce qu'il allait me répondre… S'il répondait par l'affirmatif, toutes les belles choses qu'on disait au sujet de l'imprégnation seraient faussées depuis le début.

Au secours ! « Allô Houston ? On a un problème ! » Et un gros !

- « Non. C'est impossible, Nessie, lâcha-t-il enfin comme si c'avait été une évidence.

- Pourquoi tu ne l'as pas dit hier ? Ca va, tu peux me le dire s'il y a eu quelque chose. Promis, je ne dirai rien.

- Je n'ai rien fait. Je te le promets.

- Ah ouais ? m'emportai-je, pas convaincue. Comment ça se fait que t'aies des doigts aussi expérimentés alors ! »

Je les attrapai avec virulence pour le lui prouver, puis, une fois que ses deux mains furent emprisonnées dans les miennes, je les caressai. Jake possédait des doigts longs et bien sculptés comme ceux d'un artisan. D'un pouce, je reconnus la texture de la corne qui s'amassait sur le bout des doigts des guitaristes.

- « T'as des doigts de musicien, constatai-je en m'attendrissant.

- Ca, c'est parce que je m'entraînais tous les soirs en rentrant du boulot. C'est peut-être à force de gratter autant que tu crois que je suis expérimenté, mais en fait je suis nul.

- Tu parles ! ris-je. T'es un magicien, cherche pas ! »

Le visage de Jacob s'était rapproché, et je le respirais plus que jamais. Son odeur animale mêlée à celle du café et du cacao me fit perdre la raison. Le lieu, l'heure, l'endroit, rien ne m'importait hormis mon loup-garou. La bienséance n'avait plus aucune importance, de toute façon, les gens n'étaient pas obligés de nous regarder. Timidement, je le cherchais de mes lèvres et fus heureuse lorsque j'atteignis mon but. Ce fut un baiser doux, tendre, lent mais qui prit un peu plus d'ampleur au fur et à mesure des secondes qui s'écoulaient. Je fus parcouru par de longues décharges électriques lorsque Jacob fit glisser un doigt le long de ma nuque d'une manière exquisément sensuelle. Je fourrageai une main dans ses cheveux, et m'abandonnai alors.

Bien vite, celui qui m'avait fait perdre la raison me rappela à l'ordre. Il cessa notre baiser, mais, d'humeur coquine, je fis parcourir ma bouche dans son cou. J'y déposais des baisers simples, et, petit à petit, sortis ma langue pour mieux le goûter. Wouh ! Mon loup émit un soupir de plaisir mais m'arrêta tout aussitôt.

- « T'as de drôles d'endroits, toi.

- Tu n'aurais pas dû me tenter, me défendis-je en l'embrassant du bout des lèvres.

- Bon, puisque c'est toi, je te pardonne. Profites-en !

- J'en ai bien l'intention.

- Mhm. Et, je suis désolé pour t'avoir causé du souci. »

Sur le coup, je ne compris pas.

- « Désolé de t'avoir inquiéter. C'est vrai que j'aurais dû répondre sur-le-champ à Alice, hier. Excuse-moi.

- Ah… T'en fais pas, c'est déjà oublié. »

Trop mignon la bouille qu'il avait prise ! Ah, on dirait un parent gaga de son enfant, là ! « Ressaisis-toi, Nessie ! » Allez, hop, un peu de courage et de sérieux !

- « Mais… c'est vrai qu'il y a beaucoup de filles autour de toi ? questionnai-je.

- Quelques unes, oui. Pas beaucoup, cependant. Je ne comprends pas d'ailleurs, avant j'avais aucun succès. C'est irritant de devenir aussi populaire que maintenant.

- Ah oui, donc je suis une gêneuse pour toi, c'est ça !

- Mais non ! Je dois avoir un problème pour m'exprimer moi, ce n'est pas possible !

- Te bile pas ! m'exclamai-je. Je comprends que des filles tournent autour de toi. T'es gentil, adorable, serviable, beau… tu ne peux que attirer. Tant qu'elles ne t'approchent pas trop, sinon je mords !

- Ah ça ! Pour mordre, tu mords ! »

Je fus heureuse qu'il fût sincère avec moi. J'avais besoin de ça. Je me rendis compte ce que ça allait être, de l'aimer. En plus d'être séparer de lui par cette fichue distance qui me rendait folle, j'allais devoir vivre avec l'idée que certaines filles appréciaient mon Jacob plus que ne l'autorisait la courtoisie. Il fallait que j'y veille au grain.

Je finis mon Frappuccino et nous pûmes enfin quitter le Starbucks Coffee. Dehors, un froid d'enfer m'accueillit à bras ouverts, super ! Je me réchauffai de suite contre Jacob, toujours quarante-deux degrés bouillonnant collé au corps. Il était seulement dix-huit heures et les boîtes de nuit n'ouvraient qu'au plus tôt à vingt-trois heures. Ce soir-là, il n'y avait pas beaucoup de vie dans ces rues glacées bien qu'elles eussent étés correctement dégagées. Il faisait trop froid pour neiger – incroyable ! Les étoiles étaient difficiles à entrapercevoir à cause des nombreuses illuminations de la ville qui rendaient leur vue impossible. La décoration de Noël de Juneau était belle, cependant. J'aimais bien cette profusion de rouge et de vert pétard en lumières qui conféraient un certain charme à la ville.

M'enfin, je me demandais bien ce qu'on allait pouvoir faire… Je me tournai vers mon rendez-vous.

- « Alors, qu'est-ce qu'on fait ?

- On a qu'à regarder un peu les boutiques, ça nous fera patienter. Ensuite, restau ! »

Je souris, et avant qu'il ne m'emmène voir les vitrines, il m'embrassa par surprise. Me sentant fondre, je me laissais aller, la chanson Wonderwall d'Oasis dans la tête, magnifiquement jouée et chantée par Jacob…

Chanson : Wonderwall - Oasis