Rising Shine
PREMIERE PARTIE :
Renesme Cullen
Bonjour !
Je suis terriblement désolée d'avoir "abandonné" cette histoire ! Mrs Esmée Cullen, désolée de ne pas avoir répondu très tôt à ta review, mais il faut dire que je ne sais pas trop comment ce site fonctionne. J'ai édité tous les chapitres sur FF-FR et j'aimerais bien le faire ici. Ca va se faire très vite. Excusez-moi, ce chapitre a pris beaucoup de temps à être publier. Je l'avais déjà publié sur FF-FR la semaine dernière, et j'ai zappé de le mettre ici... Pardon...
Bon j'espère qu'il vous plaira au petit nombre de lecteurs qui me suit.
Bonne lecture à tous, et n'hésitez pas à critiquer, c'est toujours motivant !
Chapitre 9, Night of the Hunter
« Fermer les yeux devant le danger, c'est se donner en proie et renoncer à son libre arbitre. »
Georges Meredith, Les Comédiens tragiques.
Elena ?
Quel drôle de nom !
Pourtant, je m'en rappelais bien. C'était le prénom qui avait fait perdre ses moyens au réalisateur la veille pendant notre rendez-vous quotidien lorsqu'il fut énoncé. La femme qu'il n'avait pas voulu voir parce que j'avais été là alors que ça semblait urgent. A moins qu'il ne connaisse deux Elena, ce qui pouvait être probable, mais je n'y croyais pas vraiment…
- « Alors, tu viens t'amuser ici sans même me prévenir un samedi soir ? Quel gâchis ! »
La fameuse Elena avait la même musicalité que la voix d'Alice, ce qui me rasséréna un peu – mais je n'oserais jamais l'avouer à voix haute. Toutefois je ne devrais pas me laisser amadouer par ça. Il y avait quelque chose dans son regard qui m'indiquait que quelque chose clochait.
Elle paraissait vraiment déçue du comportement du metteur en scène à la vue de la moue boudeuse qui se profilait sur ses lèvres. Je l'observai en douce, fascinée de voir un vampire de sa catégorie. Certes, j'en connaissais d'autres, comme le clan des Amazones, qui se nourrissait exclusivement de sang humain mais c'étaient des amis, pas des inconnus. Le plus troublant était qu'une créature comme elle justement se retrouve entourée de milliers d'humains sur lesquels elle pouvait bondir à tout moment pour apaiser sa soif. Cependant, là, elle avait un contrôle sur elle-même hors norme pour pouvoir se retenir ainsi. Elle n'avait pas de cernes violacés autour de ses yeux, ce qui témoignait qu'elle n'avait pas soif. Elle avait un beau visage aux angles bien définis qui trahissait la jeunesse de la vingtaine. Sa chevelure souple et soyeuse tombait en cascade derrière son dos. Elle avait un style vestimentaire sympathique, s'habillant avec un chic digne des grands créateurs. C'était curieux. Elle faisait vraiment humaine – issue d'une classe aisée –, presque banale.
Elle ne nous prêtait aucune attention, à Nahuel et à moi-même.
Aaron se leva du siège sans donner de suite à la réplique de la vampiresse, s'excusant de nous laisser seuls quelques minutes. Il prit la main d'Elena dans la sienne, qu'il pressa avec délicatesse, et y déposa un baiser en guise de salut comme s'il le faisait tout le temps. Ce geste me fit sourire – je ne voyais ce genre de choses que dans les films romantiques habituellement. Quel homme raffiné ! Il paraissait beaucoup la respecter. Ils s'en allèrent dans un coin sombre, à côté de la porte des toilettes pour homme. Je ne les entendis plus.
Je pris place aux côtés de Nahuel, en proie à des milliers d'interrogations et de doutes.
Aaron était ami avec Elena, une vampiresse qui buvait du sang humain. Je ne pouvais pas dénier ce fait si j'en croyais l'unique phrase d'Elena à son égard. Comment cela se faisait-il ? Serait-il au courant de l'existence du monde des vampires ? Comment aurait-il pu ? Non, non, non, c'était impossible. Oser révéler le secret, ce serait mettre sa vie en péril face aux Volturi. Ca ne pouvait pas être ça. Ca ne pouvait pas. Mais… quelles motivations possédait cette Elena pour côtoyer des humains comme elle le faisait ainsi ? Aucun meurtre suspect n'avait alerté l'attention de ma famille dans le journal de la ville. Pourquoi était-elle amie avec Aaron ? Les vampires de sa catégorie étaient censés être instables de par leur régime alimentaire. Ils restaient des nomades et ne se mêlaient aux humains que pour se nourrir.
Je m'inquiétai sérieusement. Tous mes sens demeuraient en alerte.
- « Ca va, Nessie ? me murmura mon ami à l'oreille.
- Non, répondis-je, tremblante. Je m'inquiète pour Aaron. Il encourt un risque…
- Tu crois ? Ils sont amis non ?
- Oui. Mais c'est étrange, tout ça. Ceux qui se nourrissent de sang humain ne peuvent pas se mêler aux humains justement.
- Elle me semble s'être bien adaptée à la vie humaine, pourtant, souligna Nahuel.
- On ne peut pas se fier aux apparences, Nahuel, grommelai-je en lui retirant la cigarette qu'il avait entre les lèvres. Et puis, arrête de fumer !
- Je ne comprendrai jamais tes sautes d'humeur, soupira l'intéressé. »
Rigolant, je mis la cigarette entre mes lèvres et tirai une fois. Pouah ! Horrible ! Dégoûtant ! Dégueulasse ! C'était la première fois que j'avais du tabac dans la bouche, et le goût m'insupportait déjà. Je ne comprendrais pas comment on pouvait fumer, décidément. Ou peut-être que parce que c'était la première fois que je fume et qu'il fallait que je m'y habitue… Je remerciai le ciel d'avoir fait en sorte que mes parents ne fussent pas là ce soir, sinon j'aurais passé le quart d'heure le plus long de toute ma courte vie. De toute façon, quand je n'aimais pas la première fois, il s'agissait du présage que je n'aimerais jamais le goût. Mon palet avait le don de vite apprécier ou détester une saveur, ce qui s'avérait pratique (où c'était parce que j'étais difficile, à voir). J'écrasai alors la cigarette d'une main, et le tout se transforma en mégots que je fis virevolter dans la salle. Nahuel me sourit avec complicité. Plongés dans la semi-obscurité, en compagnie de personnes qui étaient plus que pompettes, avec la musique qui détonnait à fond, nous pouvions nous permettre de salir un peu la salle.
Cependant, mon inquiétude me regagna de nouveau.
- « Il faut qu'on aille lui parler, lui rappelai-je.
- Pourquoi ? Elle ne s'est même pas intéressée à nous, c'est même à se demander si elle nous as vus !
- Tu as raison, l'approuvai-je, ayant remarqué ça aussi. Mais ce n'est pas une raison. Nous sommes à demi-vampires, on aurait dû l'intriguer !
- Mademoiselle la star n'est pas habituée à ce qu'on l'ignore, ironisa le chat de la jungle. »
Je fus prise d'une brusque envie de le mordre, néanmoins je me retins. A la place, je lui adressai un regard peu amène qui le fit rire. Mon esprit était en ébullition. Je ne m'étais jamais sentie autant angoissée dans ma vie. Pourtant, l'adrénaline ne montait pas. Mon angoisse ressentie ne m'amenait que de mauvaises ondes. C'était à cause de l'éventuel danger que représentait cette Elena qui me faisait être ainsi. Tout neuf pour moi, ce genre de situations. Après avoir vécu dans du coton pendant sept ans, le trouble-fête qu'évoquait ce vampire ne m'indiquait rien de bon. Je me callai bien contre le canapé de velours, exaspérée, me demandant ce que je devais faire. Rentrer et avertir ma famille ? Rester profiter de la soirée ? Je ne pouvais pas partir comme ça sans prévenir Aaron, ce serait malpoli.
Quelques minutes s'écoulèrent, et le couple d'amis revint.
- « Renesmée ? m'apostropha le réalisateur. »
Je me levai d'un bond, défroissant les plis de ma robe. A mes côtés, je sentis Nahuel étouffer un nouveau rire. Je ne voyais pas ce qu'il y avait de drôle… Ou peut-être qu'il s'agissait du fait que je soignais autant mon apparence alors que j'étais censée être l'emblème de la rébellion ? Fort possible. Nonobstant, je n'y pouvais rien ! C'était la faute d'Alice ! Na !
Aaron me scruta d'un œil intéressé. Elena, avec une coupe de champagne à la main, me jaugea enfin de la tête au pied. Elle parut contente et me gratifia même d'un sourire. Alors mon cœur eut un raté, et elle dût le percevoir car elle étouffa un rire.
- « Je tenais à te présenter une de mes amies, m'apprit-il.
- Oh ! m'étonnai-je, ne sachant pas vraiment quoi dire face à cela.
- Je suis Elena Stone, se présenta-t-elle d'elle-même en me tendant la main. Aaron m'avait déjà beaucoup parlé de toi. Je suis ravie de faire la connaissance de la talentueuse Renesmée Cullen. »
« Je sais, je sais ! » avais-je envie de répondre. Qui ne serait pas ravie de faire la connaissance d'une artiste telle que moi ? Rha, je me serais flagellée rien que pour ça, tiens. Je ne devrais pas dire une bêtise pareille mais c'était tellement bon. Je ravalai ma salive et relevai la tête. Elle semblait tellement inoffensive. Tellement gentille, adorable… Tu parles ! Si seulement elle n'avait pas eu ces lentilles vertes qui fondaient à petit feu, je ne lui aurais jamais serré la main. Dans ses yeux, je décelai une drôle de lueur de satisfaction qui m'obligea à présenter mon plus beau et sincère rictus. J'avais pour habitude de sourire même à contre cœur. Je fus parcourue d'un strident frisson en lui serrant la pince, car sa peau avait une température plus basse que la mienne.
- « Enchantée aussi.
- Tu es la fille d'E… de Carlisle Cullen non ? »
La question me surprit. Je ne doutais pas une seule seconde que les vampires qui passaient à Juneau savaient que c'était notre territoire, mais je restais suspicieuse. Elle avait failli prononcer le prénom de mon père cependant s'était bien vite rabrouée en sachant qu'il était connu pour avoir dix-sept ans à tout jamais. Aaron ne connaissait même pas son existence.
Je repris contenance et tentai de faire bonne figure.
- « Exact, fis-je en arquant un sourcil. Vous êtes amis ?
- Amis ! Je ne sais pas si on peut le dire comme ça. Mais c'est une connaissance, nous nous sommes connus à Forks il y a de ça six ans peut-être… Il travaillait bien à l'hôpital de Forks, n'est-ce pas ? »
Woah…
- « Euh oui… Vous avez eu un problème ?
- On peut dire ça ! rit-elle d'un carillon affectueux. Mais je ne veux pas vraiment en parler, excusez-moi.
- Oh non ! C'est moi qui suis trop curieuse, pardonnez ma maladresse. »
J'avais peut-être mal fait de venir ce soir. J'en aurais sans doute pour mon argent…
- « J'aimerais bien la revoir. Il faudrait lui faire une petite visite, suggéra Carlisle après son récit.
- Moi aussi ! Moi aussi ! trépigna Alice. »
Alors là… J'étais sans voix. Les choses prenaient une tournure trop étrange pour que tout fût aussi facile. Assise sur le canapé, Nahuel qui jouait avec mes cheveux à mes côtés depuis une bonne dizaine de minutes déjà me narguait, me disant qu'il avait eu raison de ne pas se faire autant de sang d'encre la veille au soir. Je n'arrivais pas y croire.
- « Qu'est-ce qu'y t'arrive, Nessie ? Tu boudes ? »
Emmett… C'était bien le dernier à qui j'avais envie de parler actuellement. Je lui lançai le regard le plus noir que je pouvais et il s'esclaffa bruyamment, l'imbécile.
- « Nessie, s'il te plaît, tes pensées, soupira mon père.
- Pardon, j'en suis désolée, m'excusai-je d'une voix sarcastique en levant les yeux. »
Mon paternel fronça un sourcil. Bah quoi ? Si mes pensées le dérangeaient, il n'avait pas besoin de trifouiller mon crâne. « Sors de ma tête ! » lui ordonnai-je, et il grimaça. Intérieurement, j'en ris. Les dons n'étaient pas évidents à gérer, et c'était pour cela que j'évitais d'utiliser le mien aussi souvent que les autres membres de ma famille. Cela m'agaçait plus qu'autre chose. Mais contrairement à mon père, le mien n'était actif que lorsque je posais ma main sur quelqu'un afin de lui transmettre les images de mes souvenirs, de mes pensées ou de mes sentiments le sien resterait toujours permanent, ça ne devait pas être évident du tout à gérer. Entendre les élucubrations les plus intimes des personnes qui l'entouraient... Personnellement, je trouvais que sur certains points, ça pouvait être pratique !
- « Tu es fâchée ? me demanda ma mère en arrivant dans le salon et en prenant place sur les genoux de mon père. »
Fâchée n'était pas le mot qui correspondait à mon état d'âme. A vrai dire, j'avais besoin de réfléchir sur pas mal de choses après coup. Sur beaucoup de choses, même. N'en pouvant plus de ce malaise, je me levai derechef, ce qui intrigua tout le monde.
- « Nessie ? s'inquiéta une fois de plus ma mère. »
Afin de la rassurer, je lui offris un rictus le plus convainquant que je pouvais faire. Je n'avais plus envie de jouer à la gentille Renesmée.
- « Je vais faire un tour au Starbucks, déclarai-je. Pas la peine de m'accompagner, je suis une grande fille. A plus ! »
Et ce fut tout. Je ne prêtai même pas attention aux quémandes d'Alice qui me rappelaient le shopping rituel du dimanche matin. Pour aujourd'hui, je n'en avais rien à carrer. J'espérais que personne ne viendrait chercher à écouter mes malheurs en me suivant. Cela ne ferait qu'attiser encore plus mon espèce de ressentiment que je ressentis en cet instant précis envers moi-même et la Terre entière.
Pendant le trajet vers le café, je pris enfin le soin de réfléchir.
Carlisle m'avait racontée l'histoire d'Elena. J'en voulais à toute ma famille de m'avoir cachée son existence, même si elle ne l'avait vue que deux fois dans leur vie. En même temps, il n'y avait pas de quoi en faire tout un fromage, j'étais bête de m'emporter ainsi. J'avais été jeune quand ils l'avaient vue pour la dernière fois – à peine un an ! - et malgré ma mémoire ultradéveloppée, je n'avais aucun souvenir d'un tel vampire.
- « Elena est un vampire très intéressant. Je n'avais jamais rencontré quelqu'un comme ça auparavant, avait raconté Carlisle. Nous étions encore à Forks quand nous l'avions rencontrée pour la première fois et nous nous apprêtions à emménager pour Juneau. Je travaillais à l'hôpital ce jour-là, et effectivement, elle est bel et bien venue. Sauf qu'elle n'était pas seule, elle est venue accompagner une femme de la quarantaine pour un de ses examens médicaux mensuels. Elles paraissaient bien s'entendre. J'étais drôlement surpris et évidemment, je me suis tout de suite méfié. Elle portait des lentilles vertes et j'avais remarqué le rouge qui se cachait derrière. Je me demandais ce qu'elle pouvait faire dans un hôpital avec un humain. Ce jour-là, c'était moi qui devais me charger de l'examen de cette personne.
« Je lui ai demandé de patienter. L'examen ne prenait pas beaucoup de temps. Elle a accepté d'attendre sans broncher. Après la fin de l'examen, elle a raccompagné la femme. J'ai terminé mon travail tôt ce jour-là et je suis rentré. J'ai aussitôt averti Edward et les autres qu'un vampire était à Forks. Alice n'avait eu aucune vision concernant un potentiel danger pour les habitants de Forks et la présence d'un vampire. Nous nous sommes mis à sa recherche en s'inquiétant des représailles. Je m'en voulais beaucoup car je pensais que la femme qu'elle avait accompagnée allait être tuée mais je ne pouvais pas faire grand-chose à l'hôpital car cela aurait été suspect d'interdire à ma patiente de ne pas faire confiance à Elena.
« Nous l'avons vite trouvée. Elle s'apprêtait à quitter la ville. Elle a un peu paniqué au début de se retrouver face à notre clan et se demandait ce qu'elle avait pu faire. Elle savait que nous habitions ici mais n'aurait jamais pensé déclencher nos suspicions. Elle a juré n'avoir fait aucun mal à la femme et nous as promis de ne pas toucher à un habitant de Forks comme il s'agissait de notre territoire à l'époque.
« Elena est un vampire qui a une capacité hors du commun à se contrôler en présence d'humains. Le sang ne lui fait aucun effet, c'est comme si elle ne le sentait pas. Elle nous a confié qu'elle rêvait de vivre avec les humains en parfaite harmonie sans pour autant à avoir changé de régime alimentaire. Se nourrir de sang animal comprend une baisse d'énergie et elle ne le voulait pas. Je me suis toujours demandé pourquoi, ça m'a intrigué et nous sommes quand même restés sur nos gardes. Je lui ai proposé de venir chez nous pour mieux la connaître, ce qu'elle a refusé. Elle m'admirait beaucoup pour mon travail et aimerait faire la même chose pour vivre parmi les humains, mais la vue du sang la dégouterait d'après ses dires. Elle était vraiment gentille. Edward a lu dans ses pensées, elle ne mentait pas.
« La deuxième fois que nous l'avions vue, c'était ici, à Juneau. Alice avait cette fois-ci prévu d'avance son arrivée et nous nous sommes préparés. C'était quelques mois juste après notre première rencontre. Elle n'avait toujours pas changé de régime alimentaire. C'était encore par hasard, elle cherchait un endroit où s'installer en Amérique, en vain. Elle vit seule et ne cherche pas à avoir de camarade, voulant se dévouer entièrement aux humains. On ne l'a plus jamais revue depuis.
Cette histoire qui aurait dû apaiser mes tourments n'avait fait que les accroître. Etrange paradoxe. J'étais peut-être un peu trop sensible aux apparences. Hier, j'étais littéralement paniquée quand elle avait été en face de moi. Anxieuse à un tel niveau que je n'en avais plus eu les idées éclaircies. Désormais, j'avais presque envie d'en pleurer. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'y m'arrivait, tout d'un coup ?
Je n'allais pas dire que ma famille m'avait cachée ce genre de choses. Cela s'appelait juste une omission. Ca s'était passé quand j'étais petite et il n'y avait eu aucun accident. Ils ne m'en avaient pas parlé juste parce que l'occasion ne s'était jamais présentée. Et puis, je comprenais aussi qu'on n'allait pas toujours tout se dire. Il y avait tout de même certaines choses que moi, par exemple, je leur cachais et personne ne s'en offusquait outre mesure. En même temps, ils n'étaient pas censés savoir la vérité pour Jacob et moi… Voilà tout. Alors, pourquoi j'étais en colère, maintenant ? Pourquoi j'avais envie de pleurer ?
Je me déteste quand je ne me comprends pas.
Je leur reprochai juste de m'avoir cachée une chose. Une seule chose. Mais ce n'était pas important. Il n'y avait rien de mal à ça.
Mais avoir vue Elena ne m'avait pas rassurée. Encore maintenant, j'étais inquiète de ce qu'elle pouvait représenter comme menace dans ma vie même si Carlisle m'avait assurée que c'était un vampire adorable. Mon père, après avoir sondé ses pensées à cette époque-là, me l'avait confirmée une deuxième fois.
J'étais mauvais juge pour savoir si ma réaction subsistait compréhensible ou non. Mais pour moi, il y avait quelque chose d'inéluctablement évident dans le regard d'Elena. Je pressentais le mauvais souffle des problèmes en train d'arriver par sa faute, et peut-être même qu'il tournoyait déjà autour de moi.
Ce que je ne comprenais pas c'était que ma famille suspectait plus Aaron qui était un simple humain qu'Elena, qui était une vampire. Une vampire, mais bordel ! Certes, tout le monde la connaissait mais cela ne lui donnait en aucun cas des excuses atténuantes. Je trouvais cela plus qu'étrange qu'elle fût amie avec Aaron. Elle savait qui j'étais…
Une fois arrivée au Starbucks, je noyai mon chagrin dans les Frappuccino au chocolat, seule, sans amis. Installée à côté de la fenêtre, le goût brûlé du chocolat sur ma langue, j'observai les badauds hâter le pas dehors tandis qu'il neigeait de manière délicate avec la musique triste de la radio qui collait merveilleusement bien à mon humeur. Super ! Quand on désirait déprimer, il n'y avait pas mieux comme ambiance.
J'avais posé mon blackberry sur la table, dans l'attente de recevoir un message d'un de mes amis. J'espérais pendant une vingtaine de minutes et rien ne vint. D'habitude, Hearly avait toujours une petite anecdote à me raconter chaque matin par sms, mais elle tardait à me l'envoyer. J'aurais espéré qu'elle m'envoie un message, comme ça j'aurais saisi l'occasion pour lui demander de venir me tenir compagnie. J'avais besoin de normalité. Hearly serait la bouffée d'air fraîche parfaite pour cela.
Tant pis, j'allais devoir moi-même lui demander de me rejoindre. Saisissant mon cellulaire, avec une rapidité étonnante, j'écrivis mon sms. Comme d'habitude, toujours avec son portable, Hearly me répondit avant même que j'eus avalé une gorgée de ma boisson chaude. Sa réponse me procura une bouffée de fraîcheur dont je me délectai avec avidité. Elle se dépêchait de venir, étant en ville avec sa mère en train de faire les boutiques. Finalement, j'aurais peut-être dû y aller avec Alice, je l'aurais vue…
Comme promis, après dix minutes d'attente, je la vis débarquer dans le café. Elle me sourit, commanda quelque chose au serveur et vint automatiquement prendre place en face de moi après m'avoir fait la bise. Elle retira son bonnet qui me laissa découvrir ses cheveux blonds trempés par des flocons de neige qui fondaient doucement. Son sourire me refila un peu la patate.
- « T'es toute seule ! s'étonna-t-elle. Et Nahuel ? Tu sais quelle heure il est là ? Il est presque neuf heures du matin ! T'avais pas fait la fête hier ! »
Devant son flot de paroles, je ne pus retenir mon léger fou-rire. Une des sales habitudes d'Hearly, et je lui avais déjà fait remarqué ce défaut, était de poser beaucoup de trop de questions en une seule fois, ce qui ne permettait pas à son interlocuteur de se remémorer de toutes les questions et d'y répondre, et surtout que cela l'énervait. Mais bon, elle était comme ça, je ne pouvais rien y faire…
- « Hearly, soupirai-je. Combien de fois vais-je devoir te répéter de ne pas t'emballer autant ? C'est le matin, du calme !
- Mais je m'inquiète moi ! Après avoir fait la fête, moi je fais la grasse matinée. T'es bizarre comme fille, souligna-t-elle en posant son sac sur la table. J'ai dû laisser ma mère toute seule avec ma petite sœur, tant pis pour le shopping…
- Désolée…
- Pourquoi t'es toute seule ? répéta-t-elle. »
Je reniflai.
- « Petit déjeuner du dimanche matin, répondis-je avec mystère.
- Rho ! On me l'a fait pas à moi ! Tu t'es disputée avec quelqu'un ? Ton père ? Ta mère ? T'as fait le mur pour pouvoir sortir hier soir ! C'est pour ça !
- Pas du tout ! m'exclamai-je en buvant une petite gorgée de ma boisson. Ma soirée s'est super bien passée. J'étais tellement excitée que je n'ai pas réussi à dormir. Tout le monde dormait ce matin quand je suis partie. »
Mensonge euh… comment dire ? Pourri. Hearly n'y crut pas du tout étant donné la grimace qu'elle m'adressait, l'œil incisif et curieux d'interrogations. Si seulement je pouvais lui raconter toute la vérité sans qu'elle n'ait peur ou qu'elle ne me prenne pour une folle… Il y avait des moments où j'aimerais bien pouvoir me lâcher.
- « Nahuel dormait comme un bébé, me sentis-je obliger de rajouter pour me rendre crédible. Je ne me sentais pas le cœur à le réveiller.
- T'aurais dû l'amener, j'aimerais bien le revoir.
- Ah ouais ? Mais t'as pas Elliot toi ? Coquine !
- Euh… Bah… C'est fini entre lui et moi.
- Ah bon ? m'ahuris-je. Depuis quand ! »
Elle baissa la tête, comme si elle avait honte. Je me penchai un peu plus vers elle. A ce moment-là, le serveur lui apporta sa commande. Elle reprit ses esprits et le remercia d'une voix timide, ce qui ne lui était pas familier. Elle me jeta un regard timide, et je fronçai un sourcil.
- « Hier soir, m'apprit-elle, et je fus soulagée de ne pas être à la ramasse, nous sommes sortis ensemble, et on s'est disputés. Je lui ai reproché de ne plus trop faire attention à moi. Il regardait trop les autres filles au lycée et tout. J'étais jalouse et j'en pouvais plus. On ne se voit plus du tout en dehors des cours. Il ne faisait plus aucun effort. Alors j'ai rompu. »
« Normal » pensai-je. Elle paraissait triste. De ce fait, je ne pouvais pas dire que c'était une bonne chose pour elle de l'avoir fait car elle semblait le regretter. Enfin, qu'en savais-je ? Je n'avais jamais eu à conseiller les gens de mon entourage sur leur vie amoureuse et je ne me sentais pas de dire une bêtise puérile à Hearly que j'avais entendu déjà sous prétexte que cela se trouvait dans les sitcoms populaires d'adolescents en rut.
- « Ca va passer, réussis-je enfin à dire. Tu ne comptes pas te remettre avec lui, si ?
- Non, là, c'est définitivement fini, affirma-t-elle. Je sais qu'il y a plein d'autres garçons beaucoup mieux. Je finirai par trouver mon prince charmant !
- Oui, quand tu en auras fini avec ton vilain défaut de poser trop de questions ! »
Nous rîmes de bon cœur et je tâchai de lui faire oublier ses problèmes sans réelle gravité. Je l'enviai de mener une vie tranquille. C'était tout ce que je désirais. Ce serait le pied ! Cependant, moi qui rêvais de gloire à mes nombreuses heures perdues, avoir une vie tranquille serait un projet plus que difficile à réaliser.
Pendant toute la journée, nous traînâmes dans le centre-ville de Juneau entre boutiques, librairies, café et restaurant. Hearly m'avait entraînée dans un drôle de café qui proposait un « karaoké » libre. Des musiciens se trouvaient sur scène et jouaient la chanson de la personne qui chantait dès les premières notes. Cette ambiance m'avait fait sourire et c'avait été avec joie que j'avais participé au karaoké malgré mon aversion des premières secondes à me lancer. Il faudrait que je pense à y revenir. L'endroit était plus que chaleureux.
La nuit étant tombée, j'avais proposé à Hearly de la raccompagner chez elle. Elle habitait dans la banlieue de Juneau, et dans les grandes villes, on ne savait jamais vraiment ce qui pouvait se passer dans les rues même si l'hiver empêchait le commun des mortels de s'aventurer dehors. On n'y voyait quasiment rien malgré les lucioles de la ville d'autant plus que les nuages cachaient l'intégralité de la voûte céleste, ce qui ne me permettait même pas de savoir s'il y avait des étoiles et si la lune s'était renouvelée ou non.
Juneau tombait dans le sommeil petit à petit, et moi aussi il fallait que je rentre. Sur mon téléphone, trois messages, deux de la part de ma mère et un de Nahuel. Tous me demandaient de rentrer au plus vite. Pff… je n'avais pas envie de rentrer. Et si je demandais à Hearly de m'héberger ? Ah, mais oui… demain il y avait cours. Je n'avais aucun vêtement de rechange et toutes mes affaires étaient chez moi. Rha, vraiment pas envie de rentrer… Zut !
Pourtant, je n'avais pas le choix.
- « Bon, eh ben, merci de m'avoir raccompagnée !
- C'est normal. »
Elle s'apprêtait à quitter la voiture lorsque je vis une personne courir à une vitesse hallucinante du côté de l'autre trottoir. Pendant une seconde, je crus reconnaître Elena, de par sa chevelure flamboyante qui dansait au vent. Non, non. Je ne me trompais pas, c'était bien elle qui courrait ainsi dans cette solitude enneigée. Que lui arrivait-elle ? Elle se dirigeait tout droit vers la forêt qui entourait la ville.
- « Qu'est-ce qu'y t'arrive ? s'enquit mon amie.
- Euh, non, rien ! lui répondis-je un peu en panique.
- Tu es sûre ? maugréa-t-elle.
- J'ai cru reconnaître quelqu'un qui passait. »
Hearly était trop suspicieuse malgré son excentricité. Il restait difficile de lui retirer ses doutes. De plus, très observatrice, elle ne s'empêchait pas de le noter dans un coin de son cerveau pour l'analyser et faire part de ses études. Je lui dis « à demain », lui promis de ne commettre aucune imprudence – on aurait dit mon père – et elle ferma la porte de ma voiture.
Lorsque j'eus la certitude qu'elle fut enfin chez elle après que je l'eus vue ouvrir la porte de son immeuble, je remis le contact de ma voiture en trombe et pris la direction du chemin d'Elena.
J'étais poussée une fois de plus par ma curiosité qui m'obligeait à savoir ce qu'elle allait traficoter dans la forêt de Juneau. Désolée papa, désolée maman. Mon retour s'avérait être pour plus tard que prévu. J'allais me faire sérieusement enguirlandée mais tant pis ! Je mourrais d'envie d'éclairer certains de mes ressentis sur Elena.
J'allais faire le truc le plus fou dans ma vie. Imagine un peu, je prenais des risques incroyables ! Ca me donnait de l'adrénaline, et je me sentis obligée d'accélérer pour communiquer toute mon énergie.
Les massifs montagneux de la ville de Juneau étaient surplombés d'arbres qui rendaient la ville des plus attractives. Elle était difficile d'accès, car n'étant pas reliée par le réseau routier. On ne pouvait y accéder que par l'avion ou en bateau, en arrivant sur le détroit de Gastineau. Quelque part, ça demeurait fascinant mais parfois effrayant. Aujourd'hui, j'opterais plutôt pour la deuxième option.
Je ne pouvais pas aller plus loin avec ma voiture. Je décidai donc de la laisser à l'orée de la forêt. Diable qu'il faisait froid ! Je risquais de mourir d'une hypothermie rien que pour suivre une vampiresse… Qu'est-ce que je pouvais être bizarre quand je le voulais ! Allez Nessie, un peu de courage !
Il s'était arrêté de neiger depuis deux heures. Nonobstant, je devinais que la prochaine chute n'allait pas tarder après avoir vérifié le ciel. Vite, je me mis en mode traque. De nombreux arômes s'entremêlaient par ici. Il y avait des ours, des loups, des arbres morts, une végétation fraîche… et un vampire. Je souris, contente d'avoir identifié le fumet de ma proie. Elle s'était enfoncée dans les bois brumeux et ténébreux. Peut-être qu'elle s'était enfin mis à chasser du gibier animal comme je ne repérai aucune odeur humaine ? Elle essayait peut-être d'opter pour un autre régime ce soir ? Ce serait bien et cela me consolerait… juste un peu.
Plus je m'enfonçai dans la forêt, plus il faisait sombre et le bruit incessant des roucoulements des oiseaux de l'hiver et de la nuit s'intensifiait. Je tentai d'accommoder ma vision au mieux, mais les défauts de l'acuité de mon côté humain ne me facilitaient pas la tâche. J'avais l'impression de m'être moi-même jetée dans un piège sordide où de vilaines sorcières dansant le sabbat rigoleraient de mon malheur avec leurs nez tout boutonneux. Beurk ! Les arbres avaient beau n'avoir aucun feuillage, ils me paraissaient être comme les barreaux d'une prison. De temps en temps, on pouvait entendre un loup hurler à la lune. Je pris garde de ne faire aucun bruit et l'odeur d'Elena se fit de plus en plus virevoltante au fur et à mesure que j'avançai. J'approchai du but.
- « Qu'est-ce que tu fais ici ? »
- « AHHHHHHHHHHHHHHHHH ! »
Je ne l'avais pas vue venir ! Mon cœur s'était emballé à mille kilomètres à l'heure tellement ma peur l'avait étouffée. Ma respiration fut saccadée tandis qu'un sacré mal de tête m'accaparait.
- « E… E… E… E… Le… Na, haletai-je. C'… C'était… toi. »
Je ne l'avais pas entendu venir. Ma vigilance avait encore été trompée ! Bordel !
- « Mais que fais-tu ici ? me questionna-t-elle. »
J'attendis une minute, le temps que mon cœur retrouve son rythme normal. Wow…
- « Je t'ai suivie, lui avouai-je. J'ai raccompagné une de mes amies chez elle et je t'ai vue courir vers ici. Je voulais savoir ce que tu faisais.
- Tu ne devrais pas rester ici. Rentre chez toi. »
Alors, là ! Elle pouvait se mettre le doigt dans l'œil. Et d'où elle se permettait de me parler comme ça ?
- « Pas question, refusai-je, têtue. Tu chasses ?
- Carlisle ne t'a donc pas raconté l'histoire ? Je ne chasse pas les animaux, seulement les humains.
- Oui il m'a racontée. Si tu ne chasses pas, que fais-tu donc ici ? »
Elle ne me donna aucune réponse. Elle se contentait de rester aux aguets, comme si elle attendait quelque chose. Alors que je m'apprêtais à m'énerver, elle posa la main sur ma bouche. Piquée au vif, je la mordis avec fureur.
- « Aïe ! s'écria-t-elle alors.
- Réponds-moi ! »
Ce fut à ce moment-là que nous sentîmes une drôle d'odeur. Une saveur sauvage, superbement boisée mais… d'une puanteur infernale. Jamais je n'avais senti quelque chose d'aussi mauvais. Elena dut penser la même chose que moi à la vue de son visage déformée par sa contorsion des lèvres.
- « Renesmée, va-t-en, me redemanda-t-elle dans un chuchotement, fixant un point noir dans les arbres.
- Non… soufflai-je encore, plus têtue que jamais.
- Ecoute, je t'ai dit que je me nourrissais de sang humain. D'accord ? Tu m'as déconcentrée pendant ma traque car je t'ai sentie. Dépêche-toi de t'enfuir avant que je n'ai trop soif, ok ? Tu seras gentille. »
Un long frisson de peur naquit du bas de mon corps pour remonter jusqu'à mon échine. Elle venait de me regarder avec ses yeux pourpres, très vifs, qui me prirent au dépourvu. Il y avait beaucoup trop de férocité dans son regard et dans sa voix pour que je croie les paroles de Carlisle et de mon père. Tremblante de peur, je reculai d'un pas, puis de deux tandis que la fragrance nauséabonde embaumait l'air avec une lenteur infernale. Je ne désirais pas mourir ce soir.
De quelle traque parlait-elle ? Tant pis pour le savoir, j'allais me décider de faire la gentille petite fille et de rentrer chez moi.
Toutefois, l'odeur qui régnait ici me rappelait étrangement celle de Jacob. Et les Quileutes. On aurait dit celle des loups-garous, en beaucoup plus concentrée cependant. Trop, bien trop sucré, trop sauvage, trop imprégné dans ces bois pour être celle que je connaissais.
Des bruits de pas se firent entendre. Violents. Très violents. Quelqu'un… ou quelque chose courrait à toute vitesse. Elena se tenait prête. C'était donc ça qu'elle traquait ? La chose qui approchait…
Mon cœur fut reprit de contorsions douloureuses. Je ne pouvais plus bouger. On se croirait dans les mauvais scénarios de films d'horreurs. Je n'aimais pas ça.
Un rugissement éclata avec terreur. Je n'avais plus la force de crier, mon corps était paralysé.
Elena fronça le nez, se positionna, prête à attaquer ce qui approchait. Elle lança un regard au ciel, et derrière les gros nuages, je perçus quelques rayons lunaires éclaircir les bois. Et dans mon champ de vision bondit un immense loup aux crocs impressionnants et au pelage argenté.
Un loup-garou. Un Enfant de la Lune !
C'était quoi ce bazar !
