Auteur : Ruth Dedallime
Titre : La Rose d'Argent
Disclaimer : L'univers Harry Potter et ses personnages appartiennent à J.K. Rowling.
Spoilers : Tome V
Rating : T
Résumé : Qui est la mystérieuse Rose d'Argent que le monde sorcier a semblé oublier depuis toutes ces années ? Severus Snape plonge dans ses souvenirs pour nous conter l'histoire de la plus inattendue des Slytherin.
Et oui, voilà la suite de la Rose d'Argent. Je suis désolée de vous avoir fait autant attendre... Mais, comme je l'ai déjà dit à propos de La Ligue, je n'ai plus de Béta et ne peut malheureusement la remplacer... Alors, voilà, le "Temps qui passe" fait office de Béta et me permet un oeil plus critique sur mes productions. Place au chapitre !
Faire face à ses choix
Snape se leva à nouveau et fit quelques pas vers son bureau. Il hésita un instant. Puis il saisit une petite boîte toute simple, fermée d'un cadenas aux formes tarabiscotées. Dédaignant la serrure, il se contenta de pousser un petit loquet à peine visible sur le coté et la boîte s'ouvrit. Le cadenas n'était qu'un leurre ; il ne fermait strictement rien. Encore un objet typiquement Slytherin. Il souleva doucement le couvercle et sortit un à un les objets qu'elle contenait : des mini-fioles plus ou moins pleines ; une courte dague effilée ; une poignée de fléchettes anesthésiantes ; une amulette de protection contre les sortilèges sombres ; et enfin, une armille d'argent. Quelques pièces de l'équipement d'Auror d'Alice.
Un an, puis deux avaient passés. Sans surprise, Alice et Frank s'étaient fiancés. Puis, leur formation s'était terminée et ils étaient entrés au Département des Aurors. Dès le premier jour de travail, ils avaient posé leurs conditions, refusant tout deux de porter les robes blanche et or des Aurors. Frank avait toujours préféré les vêtements moldus ; quant à Alice, les uniformes ne lui rappelaient que trop les nombreuses humiliations subies pendant son apprentissage. A cette époque, le Département était tellement débordé que nul ne s'en était offusqué. Les clauses voulues par le futur couple Longbottom avaient été acceptées comme simple bagatelle et même, précisées dans leurs contrats.
Severus se rappelait très bien de ce premier jour. Il sortit une vieille coupure de presse, provenant de la gazette du sorcier, qui faisait état de leur nomination. Une photo montrait Frank et Alice : lui, dans ses habituels vêtements moldus et elle, portant de simples tuniques de combat noires. La Slytherin ne manquait jamais de rappeler qu'elles étaient plus pratiques et moins clinquantes que les traditionnelles robes des Aurors. Des bracelets et des armilles d'argent en forme de roses ciselées -dans lesquels elle pouvait glisser sa baguette, des armes blanches, des mini-fioles de potion ou toutes autres choses magiquement réduites- complétaient sa tenue.
Le matériel mis à disposition des Aurors avait stupéfié Snape : arbalètes enchantées, épée-baguette, simulateur de leurre, œil nyctalope… Le meilleur de la technologie magique américaine et européenne. Heureusement que, grâce à Dumbledore, une partie des Gobelins était restée du coté du Ministère. C'étaient eux qui prêtaient à l'Etat tous ces crédits spéciaux pour lutter contre les attentats. La guerre commençait déjà à se pofiler. Si seulement le Ministère de la Défense Magique avait su recruter les bons éléments...
Mais, comme le proclamait souvent Alice, les bons éléments n'étaient pas toujours ceux que l'on croyait. En effet, la plupart des Aurors refusait de se compromettre avec la magie noire. Jamais ils n'auraient osé s'en servir et ils blâmaient en toute occasion ceux qui en avaient le cran. Certes, ils campaient à la frontière qui séparait le monde de la lumière de celui des ténèbres et combattaient l'invasion. Mais jamais il ne leur venait à l'esprit d'aller attaquer les sorciers sombres sur leur terrain même.
Heureusement, Alastor Moody, qui faisait sa loi au Département des Aurors depuis le début de cette horrible guerre civile, était de ceux qui n'avaient pas peur de battre les Ténèbres à leur propre jeu. C'était un homme terrifiant, aux méthodes brutales et expéditives, mais très efficaces. Alice et lui s'appréciaient ; en tant qu'anciens de la maison Slytherin, ils avaient plus en commun qu'on ne pouvait l'imaginer. Moody n'avait pas peur d'employer la magie noire. Il n'était pas de ceux qui refusaient de se salir les mains et c'était pour cela qu'il était craint, autant par ses ennemis que par le Ministère. Seul le résultat comptait pour lui. « Pour vaincre les Ténèbres, il faut les connaître et les comprendre mieux que soi-même ! » clamait-il de sa voix de fanatique.
Mais il savait également reconnaître les sorciers valeureux parmi les Aurors. Il avait rapidement confié à Alice et Frank de plus grandes responsabilités dans le Département, leur déléguant notamment une partie du secteur tactique et stratégique.
Il les avait également pressentis pour entrer dans l'Ordre du Phœnix, une organisation parallèle aux Aurors, créée par Dumbledore quelques années auparavant. Si Frank avait accepté sans hésitation, y retrouvant de nombreux camarades de Gryffindor - Dave Goujon notamment - Alice avait fermement décliné l'offre. Seul Frank n'avait pas été surpris. Il connaissait suffisamment sa future femme pour savoir qu'en plus d'être très indépendante, elle était déjà engagée dans une terrible croisade personnelle.
Son propre frère, Evan Rosier, avait rejoint les rangs des Mangemorts. Malgré une absence totale de preuves, elle n'avait aucun doute sur la question. Les meurtres et les attentats se multipliaient et Alice connaissait suffisamment les techniques de son frère pour y reconnaître sa signature. Les regards qu'ils échangeaient dans les couloirs de Rosier Castle étaient de moins en moins amicaux, de moins en moins fraternels. A chaque sortie meurtrière des Mangemorts, la jeune femme s'assombrissait et dardait un regard noir de mépris à son frère, indifférent ; et à chaque mission réussie des Aurors, Evan la contemplait avec une feinte pitié et lui offrait dédaigneusement des bouquets de roses aux épines soigneusement coupées.
Et à cela s'ajoutait un second dilemme… Dont Severus se rappelait mieux que quiconque les tenants et les aboutissants… Et pour cause : il en était à l'origine.
La voix d'Alice retentit, froide :
« Pourquoi tu n'es pas venu ? »
Severus se sent frissonner, mais n'en laisse rien paraître à la Rose d'Argent. Il lui retourne un regard impavide.
« Pourquoi n'es-tu pas venu ? » insiste-t-elle.
Sa voix semble vaguement intriguée, cette fois. Mais toujours froide. Severus reste soigneusement sur ses gardes.
« J'ai eu un contretemps. Je suis désolé, Alice » dit-il simplement.
Il n'échappe pas à Snape qu'une partie d'échecs vient de s'engager entre eux, dont seul le plus endurant, le plus fourbe et le meilleur stratège sortirait vainqueur.
Mais Alice balaie l'affrontement d'un soupir et, sans attendre l'invitation de Severus, prend place dans un fauteuil. Ils se trouvent dans la salle commune des Slytherin. Alice n'a eu aucun mal à obtenir de Dumbledore de parler seule à seul à Severus, et comme ce dernier est l'unique Slytherin à préférer passer ses vacances à Hogwarts, ils ne risquent pas d'être dérangés.
« Tu es désolé ? … Tu crois vraiment que j'ai envie de jouer au chat et à la souris ? … Ou aux échecs ? » ajoute-t-elle avec un faible sourire. « Je te connais, Sev… Je sais que pour toi tout affrontement verbal est une partie d'échecs, à mener de main de Maître ! … Tu ne dis rien ? Ce n'est pas plus mal ! Mais sache que je ne suis pas venue pour t'affronter. »
Elle saisit sa baguette, conjure deux whisky pur feu et en fait léviter un vers Snape.
« Tu n'as pas l'âge légal, hein ? Mais les Slytherin n'ont pas l'habitude de s'en laisser imposer ! »
« Tu as l'intention de me saouler ? » questionne Severus, quelque peu déconcerté.
« Ne bois pas, si tu ne le veux pas… Je ne vais pas te forcer. C'est plutôt moi qui en ai besoin. »
Elle boit une gorgée d'alcool. Il l'observe avec attention, surpris de découvrir une Alice qu'il ne connait pas, un aspect de sa personnalité qu'elle ne lui a jamais dévoilé.
« Tu es sûre que ça va ? » finit-il par demander avec un rien d'inquiétude dans la voix.
« Oh oui ! Je suis sûre… sûre que ça ne va pas ! » répond-t-elle d'une voix cynique.
Elle termine son verre puis s'en conjure aussitôt un autre. Pour se donner une contenance, Severus plonge le nez dans le sien. Il se met à tousser quand le liquide amer écorche et brûle sa gorge. Une immense chaleur se répand dans tous ses membres. Ce n'est pas désagréable. C'est juste… surprenant. Alice le regarde, impassible.
« Longbottom ? » interroge, presque timidement, Severus. Il n'avait jamais osé se mêler de l'intimité de la jeune femme.
Elle secoue négativement la tête.
« Evan ? »
Elle fait une petite moue signifiant à la fois oui et non, puis secoue à nouveau la tête.
« Quoi alors ? »
« Toi. »
Severus n'a pas l'air surpris, même si l'inhabituelle franchise d'Alice est destabilisante.
« Evan s'est vanté devant moi, ce matin, de t'avoir fait entrer chez les Mangemorts… » commence Alice.
« Ah ? »
« … Depuis plusieurs mois. »
« Ah. »
« Il a aussi dit que les vacances de Noël avaient été une période très favorable pour le recrutement massif à sa... cause. »
Le "Ah" de Snape n'est plus réduit qu'à un simple murmure.
« Il paraîtrait même que les Slytherin n'étaient pas les seuls clients… » dit-elle, en vidant son deuxième verre d'alccol.
« Tu devrais peut-être arrêter de boire ? » hasarde Severus, d'un ton gêné.
« Ca t'ennuie que je boive ? … La question que je me pose maintenant est : Evan ne cherche-t-il pas simplement à saper ma confiance ? »
Snape la dévisage un moment, hésitant sur la réponse à donner. La franchise l'emporte :
« Non » admet-il simplement.
« Bien. »
Elle se lève, en ajoutant :
« Tu veux certainement que je m'en aille à présent, retrouver mon Gryffindor de fiancé et mon joli costume doré d'Auror que je refuse toujours de porter ? »
« Tu sais bien que je ne pense pas cela de toi ! » lance vivement Snape, avec un un peu de reproche dans la voix.
« Certes. Mais cela ne t'a pas empêché de préférer prendre faits et cause pour Evan… Tu as dû lui faire une grande joie, ce jour-là ! »
Elle saisit de la poudre cheminette dans une petite boîte et projette une pincée dans le feu de la salle commune des Slytherin. Les flammes virent au vert, en étrange adéquation avec la décoration froide de la pièce.
« J'espère que la prochaine fois qu'on se verra, ce ne sera pas sur un champ de bataille. Salut Snape ! … 'Rosier Castle' » énonce distinctement la jeune femme, avant de pénétrer dans la cheminée.
« Salut, Rose d'Argent… » murmure Severus, bien qu'elle soit déjà hors de sa portée.
Non, il ne pense cela d'elle… Jamais une chose pareille n'effleurerait ses pensées ! Mais pourquoi faut-il qu'elle, une Slytherin, une Sang-Pur, ait choisi l'autre camp ? … Pourquoi a-t-elle accepté de se faire quotidiennement humilier par les Sangs-de-Bourbe qui dirigeaient lamentablement le pays et le menaient à sa ruine ? … A-t-elle donc perdu sa fierté ? Son orgueil ?
« Je jure de te les rendre, Rose d'Argent... » murmure-t-il. « Foi de Snape ! »
Oui, un jour, sa chère Alice occuperait la position qui lui revenait de droit. Le Slytherin prend son verre de whisky pur feu et, comme s'il prêtait serment, porte un toast muet aux flammes redevenues jaunes.
Et que lui avait-il rendu ? Donné ? Sinon davantage de souci qu'elle n'en portait déjà ? Le regard du professeur de Potions se fit douloureux en regardant les flammes de sa cheminée. Son esprit dériva lentement vers le frère d'Alice. Vers ces fameuses vacances de Noël...
La Rose d'Acier avait effectivement fait un travail remarquable, recrutant nombre de septième année d'Hogwarts. Severus avait été un des premiers sur la liste. Celui-ci n'avait pas revu Evan Rosier pendant près de deux ans, mais sa fascination pour la Rose d'Acier était demeurée intacte. Ses paroles avait résonné au plus profond de son âme et alors, il ne rêvait que de gagner en puissance et en connaissance. Et il se disait que si la route qui y menait devait passer par les Arts Noirs et bien, il en serait ainsi !
Le jour où Evan était venu le trouver pour lui proposer ouvertement de s'allier au Seigneur des Ténèbres, Severus n'avait pas eu la moindre hésitation. Rosier lui avait fait miroiter les pouvoirs qu'il pourrait acquérir grâce au Lord Noir… et l'exaltation de la jeunesse, même chez un être à sang froid tel que Snape, avait fait le reste. Il avait accepté la main tendue d'Evan. Il était devenu Mangemort.
« Au moins, j'ai remonté la moyenne intellectuelle des Mangemorts ! » marmonna-t-il avec un ricanement amer. « ... il était tellement facile de les mettre tous sous sortilèges d'oubliettes ou sous Impérium ! »
Au début, les choses n'allaient pas si mal, même si Severus voyait moins Evan qu'il ne l'avait espéré. La formation en Potions offert par le Lord était de qualité et Snape faisait des merveilles. Il était persuadé qu'Alice, en digne Sang-Pur, reconnaîtrait bientôt la légitimité de la croisade du Seigneur des Ténèbres. Que représentait la vie de quelques Sangs-de-Bourbe ignorants et faibles ? Même si Snape n'avait pas d'animosité particulière vis à vis des sorciers d'origine moldue, il ne pouvait admettre la place prépondérante que prenaient ces derniers dans les affaires de l'Etat, au détriment des grandes familles. Il fallait qu'ils apprennent pour de bon à rester à leurs places ! Bref, Severus Snape était un Sang-Pur et il était fier de ses prérogatives.
Et il voulait le pouvoir ! Oh oui, il le voulait ! Pour ne plus jamais être une victime, pour venger son enfance et son adolescence brimées. Pour faire ravaler leurs sarcasmes à la bande de Potter. Pour gagner le respect d'Alice.
Et puis le moment des premiers meurtres était venu. Snape revoyait sans cesse les yeux vides de cette femme, le premier être humain qu'il avait tué. Elle n'était rien pourtant. Juste une Moldue sans importance, qui avait eu la malchance de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment. Ils avaient commis bien d'autres meurtres par la suite. Mais le premier le hantait. Le hantait au point qu'il avait cherché à savoir le nom de la femme, ce qu'elle faisait, si elle était mariée, si elle avait des enfants. Il avait épluché les journaux sorciers, puis les faits divers des journaux moldus. Elle s'appelait Suzie Harker. Elle avait 36 ans. Elle était femme au foyer et laissait derrière elle trois enfants de 4, 7 et 11 ans. Le journal disait qu'elle était morte dans un attentat à la bombe… Il avait fait des recherches pour savoir ce qu'était cette chose moldue… A la bombe ! Snape en aurait ri de désespoir.
Au bout d'un mois d'insomnie, il avait appelé Alice au secours. Elle ne lui avait pas tourné le dos. Elle ne l'avait pas blâmé. Elle l'avait emmené voir Dumbledore.
« Il existe plusieurs solutions, Monsieur Snape… » remarque Albus Dumbledore, assis dans un grand fauteuil.
Le bureau du directeur de Hogwarts est toujours aussi chaleureux que dans les souvenirs de Severus, mais le jeune homme se sent exclu de cette sérénité. Il a conscience que, jamais plus, il ne pourra être en paix. Le regard d'Alice, si fier, si droit, si fidèle à ses opinions et à ses convictions, lui pèse plus qu'il ne l'aurait cru possible. Dumbledore a un geste apaisant de la main :
« Vous connaissez les cas de Monsieur Black et de Mlle Rosier ici présente… Leurs exemples prouvent qu'il est possible de s'opposer à sa famille et à ses ascendances. »
Severus secoue la tête.
« Personne ne me pardonnera jamais le sang que j'ai sur les mains ! »
« Il faudrait d'abord que vous parveniez à vous pardonner vous-même, Monsieur Snape. »
Severus se prend la tête dans les mains. Il s'en veut de montrer sa faiblesse ainsi, mais devant cet homme qui a vaincu un mage noir, devant cette femme qu'il respecte plus que tout, il peut se le permettre. Le phœnix du directeur pousse un trille aigu et vient se poser sur l'épaule du Slytherin.
« Voyez, Severus… Fawkes (nda : Fumseck en vf) vous accorde déjà sa confiance ! »
Le Slytherin écarquille les yeux sans oser bouger de peur de faire fuir l'oiseau.
« Que me proposez-vous ? » dit-il, faiblement.
« D'entrer dans l'Ordre du Phœnix. »
« L'Ordre du Phoenix ? » s'étonne Severus, en jetant un regard à Alice, mais celle-ci hausse les épaules :
« Ne me demande rien, je n'en suis pas ! » dit-elle d'une voix tendue.
« L'Ordre du Phoenix, Monsieur Snape, » reprend Dumbledore, « est une organisation que j'ai créé pour lutter plus efficacement contre Voldemort. Elle travaille dans l'ombre et prend le relais des Aurors quand ils ne peuvent pas... officiellement agir. Il y a peu à gagner. Ni reconnaissance, ni argent, ni avantage. Juste l'assurance et la conviction de participer à une action efficace dans la mesure de ses propres moyens. »
« Mais, je ne peux pas… » fait Snape, en désignant son bras. « La marque des Ténèbres fait à jamais de moi un Mangemort ! »
Alice lui lance un regard mauvais, mais Dumbledore l'empêche d'intervenir d'un froncement de sourcil :
« Il existe bien des moyens de servir notre cause… Bien plus que vous ne le croyez, Severus... » insinue le vieux directeur.
« Comme ? » dit-il d'une voix sans affect, qui masque parfaitement son intérêt.
« Comme le renseignement, par exemple... » répond Dumbledore, avec un petit sourire.
Quelque chose s'allume alors dans les yeux sombres de Severus.
« Le renseignement ? » répète-t-il lentement.
« Oui. Infiltrer les rangs des Mangemorts nous serait très profitable... Mais vous en connaissez les risques. »
« Si je suis découvert… » hasarde le Slytherin.
« … les conséquences seraient terribles pour vous ! » complète Dumbledore.
« Je connais les méthodes du Seigneur des Ténèbres envers les traîtres mieux que personne ! » fit Severus en se redressant.
« Alors, acceptez-vous ? »
Avait-il su, à ce moment-là, qu'il était à un tournant de son existence ? Qu'il avait refusé la fatalité et commencé à devenir adulte ? Il ne pouvait plus renier ses premiers choix. Plus renier le fait qu'il était devenu Mangemort. La marque des Ténèbres lui mordait trop cruellement la chair pour qu'il l'oublie. Mais il pouvait racheter ses fautes. Retrouver son honneur perdu.
Severus contempla une fois de plus la marque sombre sur son avant-bras. Comment avait-il pu croire un seul instant que cette marque lui apporterait le pouvoir ? Oh, certes Voldemort était puissant, cela ne faisait aucun doute. Et lui, Snape, en avait bien profité, même lorsqu'il était devenu espion ! Mais sa propre quête de pouvoir, sa soif de connaissance et de reconaissance et tout ce qui l'avait poussé à entrer chez les Mangemorts, étaient rapidement passés à l'arrière-plan de la lutte fratricide qui déchirait les Rosier. Et Severus avait dû choisir son camp.
Alice arpentait furieusement la pièce.
« Non. Il n'est pas mort. »
« Alice... » s'impatiente Frank, las de répéter la même chose depuis un quart d'heure. « Moody l'a tué de ses propres mains ! Je l'ai vu, par Merlin ! Alastor n'aurait pas laissé impuni les crimes de ton frère, pas plus que la mutilation qu'il venait de subir. »
« Je te dis que Evan n'est pas mort ! » martèle Alice. « Ne peux-tu pas me faire confiance ? »
Severus hausse un sourcil : ça, ça sent la manipulation Slytherinesque à plein nez ! Parlez de confiance à un Gryffindor et il vous mangera dans la main !
« Bien sûr que je te fais confiance, Alice... » répond Longbottom d'une voix apaisante. « Et vraiment je voudrais te croire, mais tu n'as aucune preuve de... »
« Il y a la Rose ! » coupe Alice.
Elle fait alors signe à Frank et à Severus de patienter un instant et invoque une lourde tapisserie, qu'elle déroule bientôt sous leurs yeux étonnés.
« Wingardium Leviosa » lance-t-elle, pour la faire léviter.
La tapisserie brodée est très semblable à celle de la famille des Black, dont leur avait parlé Narcissa. Elle représente un magnifique buisson d'aubépines qui semble croître indéfiniment vers le haut. En y regardant de plus près, Snape observe que la plupart des roses sont fanées.
« J'ai hérité de ce bien à la mort de ma mère. Chaque rose représente un membre de la famille Rosier et, quand il décède, sa rose se fane dans l'heure… Irrémédiablement ! »
Frank regarde attentivement la tapisserie : tout en haut, s'épanouit une magnifique rose argentée, sous laquelle s'étale une inscription faisant état de leur mariage. Le Gryffindor est ému, même s'il sait que l'heure n'est pas au romantisme. Il se reprend et regarde ce que lui indique Alice : aux cotés de la rose argentée s'en trouve une autre, tissée de fils métalliques. Cette dernière semble mal en point, nombre de ses pétales sont tombés, mais effectivement elle n'est pas fanée. L'erreur n'est pas possible.
« Regardez : la Rose d'Acier est toujours vivace, » conclut Alice.
« Mais comment expliques-tu qu'Alastor le croit mort ? »
Ils se regardent pensivement, envisageant toutes les solutions possibles.
« Qu'en penses-tu, Sev ? » demande Alice au jeune homme, qui est resté silencieux jusqu'à là.
« Je pense à au moins deux possibilités qui auraient pu sauver la peau de ton frère » fait Snape en fronçant les sourcils.
« Polynectar ? » propose Alice.
« Non, le combat entre Moody et Evan a duré bien plus qu'une heure ! » intervient Frank.
« Alors ? » fait impatiemment Alice.
« Le sortilège "Cardium Lento" qui ralentit les battements cardiaques au point de parfaitement simuler la mort. Et la potion, très dangereuse, du "Partage des Ames". »
« Qu'est-ce que c'est que ça ? » interroge Alice.
« Une potion qui permet d'extraire l'âme d'un corps mourant et de la loger temporairement dans un autre corps, le temps que l'on soigne le premier, ou que l'on trouve un corps d'accueil disponible » explique Snape.
« En quoi est-elle particulièrement dangereuse ? » demande Frank.
« Cela paraît évident. Elle est risquée pour l'âme, qui devient errante et peut, le moment venu, refuser de réintégrer son ancien corps, tout autant que pour le porteur, qui peut se faire dominer et posséder par l'âme qu'il héberge provisoirement… »
« Mais c'est une possession alors ? » s'écrit Frank, toujours mal à l'aise quand les conversations dérivaient vers la magie noire.
Snape a un petit ricanement et Alice lève les yeux au ciel.
« De la magie noire des plus puissantes, si tu veux bien me croire, » fait Severus avec un sourire narquois.
« Cela signifierait que même dans un autre corps, l'âme d'Evan est encore en vie. Ce qui pourrait expliquer pourquoi sa Rose est toujours vivace ! » achève la Rose d'Argent.
« Ce n'est qu'une hypothèse, Alice, » soupire Severus. « Evan a bien d'autres maléfices en réserve... Qui sait ce qu'il a appris auprès des sorciers égyptiens en matière de conservation des corps ou encore des sorciers japonais pour la manipulation des âmes ? »
Le visage de la jeune femme s'assombrit, mais sans rien perdre de sa détermination.
« Soit prudente, Alice… » recommande Frank. « Ton frère est un Maître en maléfices. Il serait dangereux de le sous-estimer...»
« Je ne le sous-estime pas. Mais je ne me laisserai pas duper... »
« Mais s'il a changé de corps, il pourrait avoir maintenant n'importe quelle apparence. Tu penses vraiment pouvoir le reconnaître ? » hasarde Frank.
« Je connais mieux que quiconque ses techniques de combat... »
« Mais il peut très bien en changer pour t'abuser... » contre Longbottom.
« Frank, par pitié, ne cherche pas à m'expliquer ce qu'est un Slytherin... » répond Alice d'une voix doucereuse.
Snape retient un sourire. Si le sujet n'était pas si grave, il trouverait cet affrontement verbal des plus délectables. Mais l'heure n'est pas à la plaisanterie.
« Je vais tâcher de me renseigner dans les rangs Mangemorts » annonce-t-il finalement. « Peut-être apprendrai-je des choses à ce sujet ? »
« Méfie-toi Severus ! Peut-être est-il maintenant dans le corps d'une femme ? » ne peut s'empêcher de lancer Longbottom sous l'oeil réfrigérant d'Alice.
« C'est bien le moment de faire de l'humour, » claque sèchement la voix de la jeune femme. « Je te rappelle que mon frère mène une existence criminelle et que, chaque jour, il souille davantage le noble nom des Rosier. Sois bien persuadé, Frank, que je vais y mettre un point final. »
Et comme l'avait prédit Alice, la lutte fratricide qui opposait les deux Roses, s'était finalement terminée. Severus en avait été le témoin. Ensuite, plus rien n'avait été pareil.
Voilà, je sais c'est dur de s'arrêter là... Mais je vais tâcher de moins vous faire attendre pour la suite.
N'hésitez pas à me laisser une petite review pour m'encourager...
Je vous embrasse
Ruth (dans son dédale of course !)
