Auteur : Ruth Dedallime
Titre : La Rose d'Argent
Disclaimer : L'univers Harry Potter et ses personnages appartiennent à J.K. Rowling.
Spoilers : Tome V (quelques spoilers tome VI)
Rating : T
Le chapitre 4 après de longs mois d'attente. Enjoy...
Fratricide
Alice et Evan.
Severus porta les mains à ses tempes. Comment oublier ? … Oublier ? … Jamais ! Comment pouvait-il, ne serait-ce qu'une seule seconde, envisager de perdre un seul souvenir d'Alice ? Même son fratricide ne ternissait en rien l'image qu'il avait toujours eu d'elle. Et pourtant, c'était toujours avec le même sentiment de profond dégoût et de désespoir mêlés qu'il se rappelait du dernier combat entre le frère et la sœur, un soir d'octobre 1979. La Rose d'Acier contre la Rose d'Argent !
Les Mangemorts avaient été chargés par le Seigneur des Ténèbres d'éliminer toute la famille Bones : Edgar, son frère Louis et sa sœur aînée Amélia. Edgar avait été le plus facile à repérer. Même s'il avait rompu avec Maureen Avery depuis plus d'un an, la Mangemort avait pu poser sur lui un puissant sortilège de repérage.
Edgar Bones bien entendu n'en ignore rien, mais il n'y a pas moyen de le débarrasser de ce sort. Même Alice a du s'avouer vaincue. Pas que les Avery soient des maîtres en sortilèges, mais l'enseignement d'Evan faisait des émules et la Rose d'Argent sentait à l'oeuvre la patte de son frère. Bones sait que tôt ou tard, les Mangemorts viendront. Mais en revanche, ce à quoi ces derniers ne s'attendent pas, c'est à la présence des Aurors de l'Ordre du Phœnix en position de défense dans la maison ancestrale des Bones. Une nouvelle fois, Snape a remarquablement fait son travail.
Bien vite, cette noble demeure est transformée en vrai champ de bataille. Les adversaires sont aussi valeureux les uns que les autres et aucun camp ne veut céder le moindre pouce de terrain. Briques, pierres et tuiles volent en tous sens et explosent sur les adversaires. Edgar est tombé dans les dix premières minutes, frappé d'un foudroyant Avada Kedavra, mais il emporte avec lui de nombreux adversaires.
Snape est là. Il sait qu'il doit se battre pour que le Seigneur des Ténèbres ne doute ni de lui, ni de sa loyauté. Trop de Mangemorts seraient ravis de rapporter au Lord la tiédeur de Severus Snape dans les combats. Mais à l'évidence, Snape est littéralement assailli de sorts ennemis. Une ex-Slytherin aux cheveux bruns semble tout particulièrement s'acharner sur lui avec un léger sourire satisfait. Severus maugrée dans sa barbe, se demandant comment Alice l'a reconnue. Enfer ! Ne pourrait-elle pas y aller moins fort avec ses sorts tape-à-l'oeil de boules de feu ! Pyri, Aegis, Incendio, Deflagratio ! C'est pas bientôt fini ce feu d'artifice ? Les sorts s'enchaînent à une vitesse ahurissante. Severus rend coup sur coup à la Rose d'Argent, sans tenter de réellement la blesser. Il manque pourtant la toucher à un moment où Alice se raidit, l'expression inhabituellement grave. Que se passe-t-il ? La jeune femme porte fébrilement la main à sa gorge et cherche des yeux quelque chose d'un air affolé. Prémonition ? se demande Severus en suspendant son geste. Puis il se reprend et lance un nouveau sort vers Alice. Cette dernière l'évite facilement et lui renvoie un sort de fumigène pour faire diversion tout en courant en direction de l'un des derniers murs encore debout. Snape a compris. Il profite de l'épaisse fumée pour suivre la Rose d'Argent.
Au milieu des gravats, à une vingtaine de mètres, Frank se dresse, ses vêtements maculés de poussière et de sang. Il est blessé au flanc gauche. Face à lui se trouve son adversaire. Il a ôté sa cagoule et l'expression de son visage est clairement railleuse : Evan Rosier ; son beau-frère, celui que tout le monde croyait mort.
« Salut Rosier ! » lance Frank. « Ressuscité par ton maître pour services rendus à votre noble cause ? »
« Pas loin, Longbottom ! Pour avoir réussi l'exploit de mutiler ce salopard de Moody ! … J'ai été laissé pour mort, sur le champ de bataille, son nez encore planté au bout de ma baguette ! … Le Maître m'a soigné en récompense… Mais c'est là assez discuter, même entre frères par alliance ! Je vais te faire payer la trahison de ma sœur ! »
« T'oserais pas ? » le nargue Longbottom, en se préparant à l'attaque.
Evan ne répond pas et jette son premier sort. Sa puissance est phénoménale. Frank parvient de justesse à le détourner, mais ne peut éviter le second, qui le frappe de plein fouet sous les yeux horrifiés d'Alice, qui accourt vers eux. Evan ricane, triomphant. Alice n'a que quelques secondes pour juger la situation. Frank est encore debout et n'a pas l'air sérieusement blessé par le dernier sort d'Evan. Se pourrait-il que...
« Stupefix ! » hurle-t-elle dans le tumulte, non pas sur Evan, mais à la surprise des protagonistes sur son propre mari.
Frank tombe comme une masse. Evan se redresse alors et sourit d'un air carnassier :
« Tu t'es enfin décidée à nous rejoindre, petite sœur ? Je commençais à désespérer… »
« Sectumsempra ! » crache Alice, sa baguette maintenant dirigée sur son frère.
'Non !' hule intérieurement Snape. 'Pas le Sectumsempra ! Tout, Alice, mais pas celui-là !'
Le Sectumsempra n'est pas seulement le plus terrible des sorts de lacération. C'est aussi une invention de Severus lui-même. Un sort aussi terrible que le Doloris, presque aussi mortel que l'Avada Kedavra. Un sort de la magie la plus ténébreuse. Pourquoi l'avait-il appris à Alice ? Lui, qui s'était juré de ne plus jamais prononcer ces mots.
De multiples entailles apparaissent brusquement sur le corps d'Evan qui tente en vain de lutter contre ces cent mille couteaux invisibles qui le tailladent et lui déchirent la chair. Ses veines profondes se fendent. Il hurle tandis qu'Alice relance le sort encore et encore, prise d'une rage incontrôlable. Il commence à se vider lentement de son sang. Inéluctablement, goutte après goutte, Evan s'affaiblit, les lames s'acharnant sans le moindre répit sur son corps sanguinolent. Puis, il s'écroule, implorant Alice du regard, peut-être d'abréger ses souffrances.
« Pas mal tenté, le coup de l'Imperium ! » lance-t-elle d'une voix à glacer le sang. « Tu comptais te servir de Frank contre moi ? Tu allais lui ordonner de me lancer un Avada Kedavra ? Ou un Doloris, peut-être ? … Bien essayé, ma foi, cher frère ! … Mais, tu n'aurais JAMAIS du t'en prendre à Frank… C'est entre toi et moi et tu le sais ! ... Il est l'heure de payer la perte de ton honneur, Evan... »
Elle lève sa baguette, sans la moindre pitié dans ses yeux noisette qui ne rient plus, qui ne calculent plus, qui ne brûlent plus que d'une flamme claire, celle de la vengeance.
Plaqué contre le mur de brique en ruines, à quelques mètres de là, Severus n'a rien raté de la scène. A la limite de la peur panique, il ne peut détacher son regard de la silhouette gracile d'Alice Longbottom. La Rose des Slytherin venait de tuer et ses mains étaient désormais souillées par son propre sang. Le Sectumsempra. C'est comme si lui, Severus, avait tué Evan de sa propre main. Cruelle vengeance de la Rose d'Argent ! Envers Evan et envers lui-même... Comment avait-il pu être aveugle au point de croire qu'Alice lui avait pardonné d'avoir choisi le camp de son frère ? Si seulement… Si seulement, Evan ne s'était pas attaqué à Frank… Peut-être aurait-elle pu contrôler sa colère et le livrer vivant aux Aurors ? … Peut-être ne l'aurait-elle pas si cruellement exécuté ? Il la voit se pencher sur le corps d'Evan et effleurer de la main son front entaillé, quelque chose d'indéfinissable dans son expression. Puis, le visage fermé, elle conjure une rose argentée qu'elle pose sur la poitrine sanglante de celui qui fut son frère.
Elle se détourne enfin du corps meurtri et braque sa baguette sur son mari :
« Enervate » lance-t-elle.
Le regard de Frank papillonne et il ouvre deux yeux vitreux.
« A…lice… »
« Evan est mort, » dit-elle d'une voix atone.
« Il m'a lancé un… »
« Un Impérium. Il voulait t'utiliser contre moi… »
Longbottom avance maladroitement la main vers le visage de sa femme, mais elle l'écarte sans brutalité, fermement.
« Tout va bien, Frank ! … Les nôtres sont en train de prendre le dessus. »
Effectivement, le combat commence à vraiment mal tourner pour le camp des Mangemorts. Les troupes de sorciers sombres reculent et perdent progressivement du terrain. Voyant cela, Snape s'apprête à transplaner loin de la bataille, quand le Seigneur des Ténèbres en personne apparait dans toute sa gloire. Il toise d'un air hautain les membres de l'Ordre du Phœnix et d'un simple sort d'une puissance terrifiante les balaye comme fétus de paille. Les murs de la maison Bones encore debout s'écroulent un à un.
Seule Alice est restée debout. Ses bras soutiennent Frank qui se remet péniblement sur ses jambes. En voyant ces deux victimes offertes, presque à ses pieds, Voldemort se met à rire :
« Ah, les Longbottom ! Le couple de Sang-Pur le plus controversé du pays ! »
Le visage du Lord s'apaise, devient d'un charisme presque insoutenable. Il prend alors l'expression d'un père aimant s'adressant à son enfant prodigue : « Comme tu es valeureuse, ma Rose… Je suis prêt à t'épargner si tu rejoins mes rangs, si tu prends la place de ton frère ! Celle qui te revient de droit ! »
Les bras d'Alice se resserrent autour de Frank. Le geste n'échappe pas à Voldemort.
« Tu as l'air de beaucoup tenir à lui… Amusant ! … Alors, je daignerai peut-être lui laisser la vie sauve… Après tout, c'est un Sang-Pur et je ne suis pas totalement dépourvu de cœur ! »
Alice reste un instant de marbre, puis éclate de rire. Un rire sinistre, atroce, qui sonne comme un glas aux oreilles de Severus.
« Tu n'es pas dépourvu de cœur, dis-tu ? Et moi, que crois-tu ? … Regarde donc mes mains, Riddle, elles sont teintées du sang d'un Rosier. Le sang de mon propre frère ! J'ai vaincu la Rose d'Acier, j'ai sauvé sa fierté et jamais plus aucune Rose ne s'abaissera à combattre pour toi ! »
« Silence, femme ! » tonne Voldemort.
« Tu ne peux rien contre nous, Riddle, » renchérit Frank, d'une voix rendue pâteuse par le Stupefix, mais pourtant ferme. « Regarde nos visages, ta défaite y est inscrite ! »
« Insolents ! Vous n'êtes que deux aveugles ! »
« Tu cries fort, mais ne frappes pas ! » raille Alice.
Alors que Voldemort, dans sa fureur, s'apprête à lancer sur eux son terrible sortilège de Doloris, les Longbottom lèvent leur baguette vers le ciel et invoquent ensemble la lumière solaire :
« Lux Solaris »
Un faisceau de lumière ardente jaillit de leurs baguettes croisées et, d'un prodigieux effort commun, ils le dirigent droit sur le Seigneur des Ténèbres. Il hurle, l'œil à demi brûlé par l'éclat de ce rayon magique, tandis que la voix d'Alice, cruellement acerbe retentit à ses oreilles :
« Aveugle ! Aveugle ! Qui est aveuglé à présent ? »
La brûlure n'empêche pas Voldemort d'envoyer un Doloris sur la Rose d'Argent qui s'écroule en hurlant. Ne pouvant en supporter davantage, Snape transplane alors loin du champ de bataille, bientôt imité par le Seigneur des Ténèbres.
Severus ferma les yeux à ces réminiscences pénibles. Il aurait pu les transférer dans sa pensine et les mettre définitivement de côté, mais il ne pouvait se résoudre à écarter le moindre souvenir d'Alice. Pendant des années, il s'était raillé et méprisé pour sa tendance à l'autoflagellation et au masochisme, puis il avait compris que cela faisait parti de sa personnalité, de sa nature. Plutôt souffrir que d'oublier la moindre parcelle, le moindre lambeau de son existence. Et des instants pénibles, il y en avait eu tellement…
Snape sortit une liasse de coupures de journaux d'un tiroir de son bureau. Il les avait tous conservés, malgré les mensonges qu'ils avaient allègrement distillés…
A la suite au combat contre Voldemort, le couple d'Aurors avait été accueilli par la population sorcière comme des héros. Tous ceux qui, hier encore, médisaient dans le dos de la Rose d'Argent et critiquaient ouvertement Frank d'épouser cette Mangemort qui le poignarderait tôt ou tard dans le dos, acclamaient maintenant le couple sauveur. Le nom des Longbottom était dans toutes les bouches, amies comme ennemies, et il fallut mettre en place de solides sortilèges de protection autour d'eux.
Alice ne ressentait que dégoût. Où était passée l'animosité envers la Slytherin ? La sœur du Mangemort ? La Sang-Pur intransigeante et arrogante ? En abandonnant son nom de Rosier, Alice était-elle devenue quelqu'un d'autre ? Une personne digne de confiance ? En tuant son frère était-elle devenue meilleure ?
Quand Snape parcourait les journaux, il ne pouvait manquer, dans les photos du couple, la lueur de mépris dans les yeux noisette et la fausseté de son sourire. Il ne pouvait qu'approuver Alice. Il est possible de lutter contre l'animosité… mais pas contre l'hypocrisie. La population voulait des héros, le Ministère les avait fournis sans débourser un galéon ! Et maintenant, la jeune femme devait faire semblant de se réjouir, alors qu'elle pleurait encore la mort de son frère.
Les journaux féminins à grand tirage étaient les pires : "Witch Weekly" s'était longuement étendu sur le récent mariage des Longbottom et avait recueilli des témoignages, dégoulinant de bons sentiments, d'individus soi-disant amis du couple, mais dont Alice et Frank n'avaient jamais entendu parler. "Spells' World" avait fait pire encore en publiant des photos de Evan et en relatant sa vie en des termes aussi grandiloquents que mensongers. Du roman de gare pour sorciers de troisième zone ! Le ministère était furieux de ces dérives : si les Longbottom avaient simplement accepté de donner des interviews et raconter leur combat contre Vous-Savez-Qui, on en aurait pas été rendu à ces absurdités ! Tout le blâme était bien entendu retombé sur Alice…
Mais la jeune femme s'en fichait. Severus venait de temps à autres la voir en cachette. Les changements survenus chez elle n'avaient pas manqué d'attirer son attention. Il avait d'abord constaté qu'elle avait cessé de se jeter à corps perdu dans les batailles, comme si la mort de son frère lui avait apporté une sorte de sérénité. Elle s'était apaisée d'une certaine manière, même si Evan ne laissait pas que des années de complicité en souvenir. Par certains côtés, Severus s'en réjouissait sincèrement pour elle, mais par d'autres, il la trouvait de moins en moins Slytherin et cela le déstabilisait. Où était passée cette rage de triompher ? Cette soif intarissable de briller ? Cette prééminence innée ? Alice Rosier -son Alice- reviendrait-elle un jour ?
Et puis, il y avait eu Longbottom junior... Cet enfant indigne.
« Non. C'est hors de question, Frank ! Ce sera Severus le parrain et certainement pas ton oncle Algie, charmant certes, mais terriblement envahissant ! »
« Mais enfin, Alice chérie, les Longbottom prennent toujours les parrains et les marraines dans la famille ! »
« On prendra la marraine que tu voudras, Frank ; même ta chère mère, si tu le souhaites. Ca m'est égal. Mais je me réserve le parrain. Est-ce clair ? »
« Tu es têtue comme un hippogriffe ! »
« Et au moins aussi mauvaise ! … Je veux le meilleur parrain pour Neville et ce sera Severus, un point c'est tout. »
« Tu me fais beaucoup d'honneur, Alice… » intervient la voix amusée de Snape depuis la cuisine.
Frank et Alice se précipitent. Couvert de cendres, Severus venait d'arriver par poudre de cheminette, et tandis qu'il tentait un premier nettoyage, il n'avait rien raté de l'altercation entre les époux.
« Maintenant que tu as entendu la proposition, Severus, la bienséance m'interdit de reprendre ma parole. Accepterais-tu donc d'être le parrain de notre fils ? » demande Alice d'une voix mielleuse.
Frank fait mine d'étrangler sa femme, tandis qu'elle fait apparaître une rose d'argent. Elle remet cérémonieusement la fleur à son mari, tout en faisant un clin d'œil au Slytherin. Severus ne cache pas son amusement. Il n'y avait qu'à Alice qu'il offrait ses très rares sourires et, devant le couple Longbottom, il exprimait parfois un soupçon de gaieté.
« Victoire : Alice ! » lance-t-elle joyeusement.
« Et s'il me venait à l'esprit de refuser cet insigne honneur ? » dit Severus avec sérieux.
« Mais tu ne peux pas, mon cher. Tu me dois une vieille faveur, l'as-tu oubliée ? … Allons, Severus Snape, prépare-toi à être le parrain de Neville Algie Longbottom ! … C'est une moindre concession que je me dois d'accorder à son grand-oncle, si je veux avoir la paix ! » ajoute-t-elle à l'oreille de son ami.
Severus sourit derechef. Il retrouvait enfin la Rose d'Argent des Slytherin.
Les mains du professeur de potion se crispèrent sur les accoudoirs de son fauteuil. Neville Longbottom, ce presque cracmol, était son filleul, au même titre que Draco Malfoy. Comment le fils de sorciers aussi brillants pouvait-il être si faible, si incapable ? Le choc consécutif à l'état de ses parents, peut-être ?
Le visage du jeune Gryffindor frappait par sa ressemblance avec celui de sa mère, mais Snape n'y voyait qu'une abominable caricature de la femme qu'il avait idolâtrée ! Les traits ronds et harmonieux étaient devenus mous chez le fils, les yeux volontaires, des yeux de veau, la moue espiègle, un sourire béat et idiot ! … Mais le physique n'était encore rien face au mental ! … Où étaient passés le courage, la volonté, la fierté, l'intelligence, la ruse, toutes les qualités et traits de caractère du couple Longbottom ?
Heureusement que personne n'avait souvenir que cet incapable de Gryffindor, qui ne savait que faire fondre ou exploser ses chaudrons, était son filleul ! Il faut dire qu'il n'y avait, ce jour-là, aucun témoin de l'événement et que la cérémonie avait été pour le moins discrète, par sécurité pour l'enfant et ses parents. Seuls le couple Longbottom, lui-même et la marraine étaient présents. Tout le contraire du Baptême de Draco qui avait été célébré avec tout le faste voulu, par un Lucius débordant d'ambition pour son rejeton.
Severus n'était pas du genre à se ronger les ongles ou à tourner en rond comme un ours en cage, mais là, il était réellement inquiet. En pleine guerre civile, Lucius prenait le temps d'organiser une somptueuse fête pour le Baptême de son fils. Et pire que tout, Alice allait être, à l'insu de tous les Mangemorts présents, la marraine de l'enfant. Severus en oubliait presque qu'il allait être le parrain.
Une petite tape sur l'épaule le rend à la réalité. Lucius hausse un sourcil devant l'anxiété du jeune bras droit du Lord et l'interroge du regard. Snape lui retourne son regard, à nouveau impavide. Severus ne peut s'empêcher d'admirer Malfoy, cet être retors et habile qui ne semble jamais douter de sa bonne étoile. Un vrai Slytherin à sa manière. C'est pour cela que Snape a accepté d'être le parrain de Draco. De plus, cela l'ancre dans le premier entourage du Lord.
« Ils n'attaqueront pas... » murmure Malfoy, croyant avoir deviné les raisons de l'inquiétude de Severus. « Ce vieux fou de Dumbledore respecte bien trop les enfants pour nous gâcher cette journée... »
« Et Mad-Eye Moody ? » interroge Snape à mi-voix.
Lucius grimace. Moody est la seule épine dans son flanc. Il ne se soucie guère des épines de la Rose d'Argent. Il sait qu'elle n'attaquerait pas le fils de son ancienne meilleure amie. Mais Mad-Eye est beaucoup moins prévisible. L'instant de doute passe vite, Malfoy se reprend. Rien ne peut venir contrarier ses plans.
Snape arbore à nouveau son air distant, revêche et hautain, mais il n'en demeure pas moins attentif à la présence d'Alice. Où est-elle donc ? La cérémonie commence dans la plus pure tradition Malfoyenne. Narcissa descend l'allée, portant dans ses bras l'enfant emmailloté d'une somptueuse étoffe de soie verte. Snape la regarde s'approcher, avec ses magnifiques cheveux blonds voletant dans le vent froid de novembre. Il ne peut s'empêcher d'y superposer une scène similaire vieille de quatre mois : Alice portant son enfant, ses longs cheveux bruns brillant sous le soleil d'août. Severus jette quelques regards à droite, à gauche : toujours aucun signe de la jeune femme. Elle doit bien être là, pourtant ! Il connaissait Alice mieux que lui-même : quand elle s'engageait, elle ne reprenait jamais sa parole et pour une Slytherin, elle était remarquablement fiable.
Narcissa dépose l'enfant dans la grande vasque en basalte qui servait aux baptêmes de tous les Malfoy depuis des générations. Tous les regards convergent vers ce petit être aux cheveux blonds-blancs, déjà tellement reconnaissables ! C'est alors que Severus ressent à ses côtés la présence de la Rose d'Argent. Pas un muscle de son visage ne tressaille. Il sait qu'il doit rester parfaitement impassible. La jeune femme est là mais n'est pas visible. Snape étouffe un juron intérieur : "A tous les coups, elle a réussi à convaincre Potter de lui prêter sa cape d'invisibilité. Elle est incroyable !" Un puissant sort de silencio complète le camouflage de la jeune femme.
Ils s'avancent d'un même mouvement vers la vasque et, quand Severus pose sa main sur le front de l'enfant, il sent la main d'Alice sur la sienne. Ils récitent conjointement les mots consacrés, sans que personne, à l'exception de Narcissa, ne se doute qu'ils étaient deux.
Et voilà, fin du chapitre 4. Je sais, je trainasse, mais je travaille sur plein de projet perso actuellement et ça me prend beaucoup de temps.
Merci aux reviewers qui me motivent envers et contre tout à continuer. Sans vous, je ne sais pas comment je ferais. Merci de lire, merci d'aimer.
Ruth (qui vous envoie des baisers du fond de son dédale)
