Auteur : Ruth Dedallime
Titre : La Rose d'Argent
Disclaimer : L'univers Harry Potter et ses personnages appartiennent à J.K. Rowling.
Spoilers : Tome V
Rating : T
Résumé : Qui est la mystérieuse Rose d'Argent que le monde sorcier a semblé oublier depuis toutes ces années ? Severus Snape plonge dans ses souvenirs pour nous conter l'histoire de la plus inattendue des Slytherin.
Slytherin et Gryffindor
Severus contempla quelques rares photos d'Alice avec son bébé : les seules où Neville Longbottom n'avait pas encore l'air empoté ! Chose qui n'allait pas durer… La jeune femme n'avait guère eu le temps de s'occuper de son fils. Autant que Snape puisse s'en souvenir, la naissance de leur enfant n'avait pas changé grand'chose dans la vie des Longbottom : ils restaient avant tout des Aurors toujours placés en première ligne. La guerre était loin d'être terminée.
Si. Un changement était toutefois survenu : à son grand déplaisir, le couple Longbottom s'était rapproché des Potter. Avoir un mioche dans les langes, finalement, ça rapproche ! Le simple fait d'imaginer Alice passant des moments chez Potter mettait Severus dans un état d'énervement rare chez lui. Et là où il y avait le couple Potter, Black, Lupin et Pettigrew n'étaient jamais bien loin ! Snape en perdait presque son coup de main pour les potions...
Bien entendu, il ne s'était pas permis la moindre remarque. Il n'était pas inconscient au point de faire des reproches à la Rose d'Argent ; ce qui aurait eu pour simple effet de l'éloigner davantage. Mais la savoir proche des Maraudeurs l'irritait au plus haut point.
Au début, elle ne cachait pas son dédain. Elle se souvenait trop bien des frasques des quatre inséparables de Hogwarts, mais Longbottom et Evans, en parfaits Gryffindor, étaient toujours là pour arrondir les angles. Ce que Frank pouvait être irritant quand il s'y mettait !
Mais lui, Severus n'oubliait rien...
« Tiens, tiens ! Regardez-moi ça… Snivellus en personne ! »
Severus se retourne brusquement. Par le sang de la Méduse, il ne les avait pas entendu venir ! Maudite inattention ! Les quatre Maraudeurs, l'air particulièrement satisfait d'eux-mêmes, se tenaient devant lui dans un couloir désert de Hogwarts. C'est Potter qui vient de l'interpeller, Black solidement planté à ses côtés. Severus a un rapide regard pour Pettigrew qui trépigne de joie, plein d'admiration pour ses camarades. Un minable de plus à Gryffindor. Quant à Lupin, un peu en retrait, il a une expression nettement désapprobatrice sur le visage, mais le Slytherin sait déjà qu'il n'interviendra pas en sa faveur. Une fois de plus, Severus est complètement seul.
Le jeune Slytherin les toise tour à tour.
« Perdu sans ton idole ? » demande Black, avec un petit sourire narquois.
« Qu'est-ce que tu vas faire ? Pleurnicher jusqu'à ce qu'elle arrive ? » enchaîne Potter.
Et voilà... En scène : le duo des grandes gueules de Hogwarts ! Severus hésite entre la provocation cinglante et le silence méprisant, puis se décide à répondre avec un haussement d'épaules dédaigneux :
« Elle a bien d'autres préoccupations que de s'occuper de vos imbécillités et je m'en voudrais de lui faire perdre son temps... » dit-il en imitant le ton froid et impérieux des Rosier.
« C'est qu'il a du répondant, le petit pleurnicheur, quand on s'en prend à la Rosier ! » remarque Black, fort à propos.
« On raconte même qu'il collectionne les photos d'elle ! » renchérit Pettigrew.
« Un amoureux transi… c'est-y pas mignon ? » minaude Potter.
« En tous cas, j'obtiens plus d'attention de la Rose d'Argent que tu n'en obtiendras jamais de ta Sang-de-Bourbe, Potter ! » raille Severus.
« Retire ce que tu viens de dire, Snape ! »
Il n'y a plus trace du moindre amusement dans la voix du Gryffindor.
« Des problèmes pour accepter la réalité, Potter ? » lance Severus.
Le Slytherin sait qu'il n'est pas prudent de se moquer du lamentable amour unilatéral du grand James Potter, mais Snape ne saurait rater une occasion de porter un coup bas à son ennemi. C'est le moment de filer à l'anglaise. Severus se détourne vivement pour partir, mais une main puissante et nerveuse agrippe son bras.
« Où tu crois aller comme ça ? Tu t'imagines pas qu'on va te laisser partir ? » crache Potter, hors de lui.
Severus s'arrête, dégage son bras et les défie du regard. Lupin - qui est tout de même préfet - a un mouvement pour intervenir, mais devant l'air résolu de Potter et Black, il renonce. Quant à Pettigrew, il regarde la scène la bouche ouverte, les yeux brillants, anticipant ce qui attend le Slytherin.
L'instant d'après, Severus se retrouve désarmé et plaqué magiquement contre le mur sans pouvoir bouger.
« Bien… » fait Black d'un ton satisfait. « Qu'est-ce qu'on va te faire, mon petit Snivellus ? »
« Experlliamus ! » rugit soudainement une voix féminine, déformée par la colère.
Les Maraudeurs sont violemment projetés au sol, tandis que cinq baguettes atterrissent dans les mains d'Alice Rosier, préfète-en-chef. Puis, elle détache Snape du mur et lui rend la sienne. Pendant que les quatre Gryffindor se relèvent, légèrement contusionnés, elle les dévisage tour à tour avec son habituel regard glaçant. Ses yeux s'arrêtent plus longuement sur Remus Lupin.
« Lupin, » lâche-t-elle, avec mépris. « Ton rapport de l'incident. »
Le préfet de Gryffindor n'en mène pas large, il regrette maintenant de ne pas être intervenu. Alice a fixé ses yeux noisette, assombris par la colère, dans les iris dorés du garçon, pendant qu'il rapporte fidèlement les évènements et les paroles échangées quelques minutes plus tôt.
« Snape, tu confirmes les dires de Lupin ? » demande-t-elle, impavide.
Severus se contente de hocher la tête.
« Lupin, va chercher Longbottom ! » ordonne Alice. « Trouve-le. Où qu'il soit. »
Le loup-garou ne se fait pas prier pour déguerpir.
Alice reste là, le visage de marbre, les baguettes des Maraudeurs toujours à la main. Potter a les yeux flamboyants de colère contenue. Snape sait qu'il n'oubliera pas ce qu'il vient de dire sur Evans et qu'il lui fera payer dès que possible. Pettigrew, comme à son habitude, est pathétiquement caché derrière Black, qui, lui, a déjà repris contenance. Rien d'étonnant en fait : malgré sa fugue, Black demeure par son hérédité et son éducation un arrogant représentant d'une famille de Sang-Pur.
« Dommage que tu n'aies pas ton appareil photo, Snape. Tu aurais pu en prendre de superbes de ton idole en attendant ! » fait-il d'un ton rogue.
Severus ne répond pas.
« C'est quoi ton problème, Black ? » lance Alice sans cacher son dédain. « Que je sois l'amie de ta cousine Narcissa ? Ou le simple fait que tu n'arrives pas à assumer ton propre nom ? ... Crois-tu donc que t'en prendre à tous les Slytherin qui croisent ta route te démarque vraiment de tes chers parents ? Ou de ta si charmante cousine Bellatrix ? »
Le Gryffindor accuse le coup et grince des dents, mais il a la présence d'esprit de ne pas provoquer davantage la préfète-en-chef. La réputation de la Rose d'Argent et l'acrimonie de son venin ont largement dépassé les murs de la maison Slytherin. Severus ressent une brusque bouffée de fierté d'appartenir au cercle restreint des amis d'Alice.
Sur ces entrefaites arrive Longbottom, Lupin sur les talons.
« Rosier » dit-il, légèrement essoufflé par la course. « Lupin m'a mis au parfum ! »
« Parfait » lui répond Alice. « Primo : il serait judicieux que tu expliques à ton préfet, ici présent, ses devoirs en cas de manquements au règlement d'Hogwarts. … Secundo : Snape. Il est interdit d'utiliser des insultes à caractère raciste dans les murs de cette école et tu ne l'ignores pas. Agir avec si peu de subtilité est indigne de la maison de Salazar ! … Tertio : Potter. Si tu mettais autant d'énergie à conquérir Evans que tu en mets à harceler Snape, ton actuelle vie sentimentale ne serait pas aussi pathétiquement vide ! … J'ai déjà réglé le cas de Black… Pettigrew, sans commentaires ! Il ne mérite pas davantage… Quelque chose à ajouter, Frank ? »
Snape tique un peu en entendant Alice appeler le Gryffindor par son prénom et il voit du coin de l'œil que les Maraudeurs sont tout aussi surpris que lui. Personne n'ose cependant relever.
Le préfet-en-chef fusille sévèrement du regard ses condisciples : « J'ajouterai juste que se mettre à quatre contre un, c'est une lâcheté indigne de notre maison ! Je ne sais pas ce qui me retient d'en parler à McGonagall ! » Puis il sourit à la préfète-en-chef : « Ton impartialité est digne de Merlin en personne ! »
Sa remarque arrache un sourire involontaire à la Rose d'Argent, dont les yeux pétillent soudainement de malice. Elle lui rend les baguettes des Maraudeurs.
« Je compte sur toi pour remettre les pendules à l'heure avec Lupin ! … Tu viens Severus ? » lance-t-elle au Slytherin, en s'éloignant.
Snape renifla de mépris au souvenir de cette altercation. Une parmi d'autres. Il s'était trompé en ce qui concernait les rapports entre Evans et Potter, ils avaient bien fini par se marier ces deux-là ! Il faut croire que l'intervention d'Alice avait été salutaire à cet abruti de Gryffindor.
La Rose d'Argent ne portait aucune affection aux Maraudeurs, mais à ce que Snape avait compris, elle leur avait trouvé une utilité à chacun : Sirius Black répandait partout l'image de Mangemort de Narcissa Malfoy qui, à l'insu de tous, fournissait moult informations à Alice ; Pettigrew avait quelques contacts à la Gazette des Sorciers et il avait toujours des nouvelles fraîches ; Lupin avait un rare sens de l'observation et il remarquait bien des choses qui échappaient au commun des mortels ; et Potter - qui venait juste de terminer sa formation d'Auror - avait un très bon esprit tactique hérité de sa longue pratique du Quidditch. Quant à Evans, elle gardait Neville à chaque fois que la présence d'Alice était requise sur le terrain.
Savoir si les Maraudeurs lui accordaient leur confiance était une autre affaire. Mais d'après ce qu'il avait pu constater sur le terrain, ils respectaient Alice pour son engagement féroce contre Voldemort, sans toutefois lui porter une grande affection.
Et puis, un jour, les sentiments d'Alice vis à vis des Potter changèrent radicalement...
Snape hausse un sourcil dédaigneux en écoutant Malfoy transmettre les ordres du Lord, mais intérieurement il tremble d'angoisse. Il devrait pourtant être satisfait : Voldemort a mordu à l'hameçon. Le Seigneur des Ténèbres veut intercepter le convoiement d'un artefact appartenant à un parent de Dumbledore. Tout a été soigneusement orchestré. Mad-Eye, en tant que chef des Aurors, a confié le transport de l'objet aux Longbottom. Alice n'est qu'un appât supplémentaire, Severus le sait. Mais il n'arrive jamais à rester parfaitement calme quand la jeune femme est concernée.
Lucius mentionne les Longbottom et ricane. D'après ses dires, le Lord récompensera quiconque en viendra à bout ! Le jeune Maître de potions de Voldemort s'autorise un mince sourire froid avant de tourner les talons. Il sent le regard évaluateur de Malfoy peser sur son dos. Une main le retient une dizaine de mètres plus loin.
« Snape ? »
« Malfoy, » dit simplement Snape en dégageant son bras.
« Inutile de faire croire que tu te désintéresses des Longbottom. Tu ne trompes personne, » insinue Malfoy.
« Mes différends avec la Rose d'Argent ne te regarde pas, Lucius… » répond vivement Severus.
« Oh, vois comme tu t'enflammes immédiatement ! Tu n'as pas changé depuis Hogwarts, Severus… Tellement transparent… »
Snape est depuis longtemps passé maître dans l'art de tromper ses pareils. Il sait qu'il est toujours bon d'avoir une petite faiblesse pour renforcer sa crédibilité. Les gens ont ainsi l'impression d'avoir part sur vous. Severus n'a plus qu'à attendre la suite. Il connaît la manière de faire de Lucius.
« Voyons… » commence Malfoy. « Si on se débarrasse de Longbottom et qu'on capture la Rosier, sais-tu qu'il y a des chances que notre Seigneur te la laisse pour ton usage personnel… »
Snape a un reniflement de dédain :
« Et je te laisse les honneurs de l'opération, je présume ? »
« Mais nous y trouverions tous deux notre compte, n'est-ce pas ? » remarque Lucius d'un ton badin.
« Les Lestrange pourraient être de retour de leur mission en Roumanie… » oppose Severus d'un ton méfiant.
« Ca n'arrivera pas. Ils n'ont encore aucun résultat… Alors, penses-y, Snape… »
Malfoy tourne les talons et s'éloigne avec un signe de main.
'Pauvre fou cynique !' pense Severus. 'Tu ne crois pas une seconde que le Lord la laissera vivre, mais tu fais tout pour que j'y croie… Merci pour votre confiance aveugle, Lucius Malfoy !'
Maudite soit cette Alice ! grogne Snape intérieurement, sans toutefois s'empêcher d'être admiratif.
La Rose d'Argent vient de lui lancer un sort d'entrave particulièrement vicieux et le voilà maintenant pieds et poings liés jusqu'à la fin de la bataille ! C'est bien une idée de Slytherin de paralyser quelqu'un dans le but de le protéger. Défendre dans une illusion d'attaque ! Alice dissimule à grand peine son sourire narquois. Mais son amusement ne dure guère : à quelques pas de là vient d'apparaître le Lord. Severus tente de se libérer de ses liens, mais c'est peine perdue. Il le sait.
« Tiens, Alice Rosier… Que dis-je ? Alice Longbottom ! Quelle agréable surprise ! » lance Voldemort, comme s'il avait l'intention d'inviter la jeune femme à prendre le thé.
Alice crispe sa main sur sa baguette, mais affronte hardiment les yeux pourpres du Seigneur des Ténèbres. Il sourit. Elle se redresse, fait craquer les articulations de ses doigts, attentive.
« Tu ne me salues pas comme il se doit, ma chère ? » insiste-t-il avec une certaine délectation.
« Pourquoi ne récupères-tu pas plutôt ton animal de compagnie ? » claque la voix méprisante d'Alice en désignant Severus toujours entravé.
« Il est aux premières loges. Pourquoi l'empêcherais-je de contempler ta chute, ma Rose ? »
« Tu as toujours besoin de la présence de tes laquais pour te sentir important ? » réplique vertement Alice.
Snape se crispe face à l'impertinence de la jeune femme, mais Voldemort éclate d'un rire aux accents vipérins. Il va rendre coup sur coup.
« Je vois que ça te manque… » susurre le Lord d'une voix condescendante. « Mais tu n'es plus la Rose d'Argent de Slytherin pour personne à présent ! Il est loin le temps où tu étais la fierté de tous. »
« Seul un toutou de Gryffindor cherche l'approbation de ses pairs, » remarque Alice, en souriant. « A croire que le choixpeau s'est trompé de maison quand il t'a réparti, Riddle ! Mais laissons là cette joute oratoire…. »
Elle laisse sa phrase inachevée et fait abruptement apparaître un grimoire ancien. Celui-là même que Voldemort lui a offert en cadeau de mariage.
« Tu vois ceci, Riddle ? » lance-t-elle, en brandissant dédaigneusement l'ouvrage précieux. « Ne serait-ce pas ton cadeau de mariage, si je ne m'abuse ? »
« J'espère que tu en as goûté l'enseignement… » répond Voldemort avec un sourire.
« Oh, c'était très aimable à toi de me faire ce cadeau, mais je l'avais déjà lu ! … Projectio ! »
Severus cligne plusieurs fois des yeux. L'invraisemblable vient de se produire : Alice a projeté violemment le grimoire en direction du visage du Lord et les lourdes ferrures lui ont fendu la lèvre. Voldemort darde un regard glacé sur la Slytherin, en portant les doigts à sa bouche. Quelques gouttes de sang perlent. La tension est à son comble et Snape ne peut qu'observer, impuissant et tremblant d'effroi.
« C'est la deuxième fois que tu oses porter la main sur moi, Rose d'Argent… » dit-il d'une voix impavide. « Tu sais quel va en être le prix ? »
« Oh, je trépigne d'envie de le découvrir ! » ironise Alice.
La lueur verte sort, fulgurante, de la baguette du sorcier noir. Alice s'est jetée sur le côté mais, au lieu de rouler, elle se coince le pied dans une aspérité de rocher et retombe brutalement, à portée de Voldemort. La Rose d'Argent a encore sa baguette, mais contre le Seigneur des Ténèbres, ça ne peut suffire. Le rire du Lord parvient distinctement aux oreilles de Snape. Paniqué, ce dernier jette un rapide coup d'œil aux alentours, cherchant vainement un allié : mais Frank est loin, aux prises avec trois Mangemorts, il ne pourra jamais venir à son secours à temps. Severus s'acharne sur les liens qui l'emprisonnent, concentrant sa magie au maximum. Mais c'est sans espoir... Le sentiment d'impuissance le submerge comme une vague.
Il voit Alice relever fièrement la tête, sachant déjà que c'en est terminé de son existence. Aucun bouclier ne peut contrer l'Avada Kedavra de Voldemort. Elle garde les yeux bien ouverts, prête à quitter dignement cette vie, lorsqu'un sort, venu d'on-ne-sait-où, la frappe brutalement, la projetant tel un fétu de paille à quelques mètres de là. Severus, bouche-bée, aperçoit du coin de l'œil, une masse sombre qui file à une vitesse ahurissante vers la jeune femme. Mais qu'est-ce … ? Une poigne solide agrippe Alice par un bras et l'emporte dans une incroyable remontée en vrille, comme si elle n'était qu'un vulgaire souaffle ! … Potter… C'est Potter ! Potter sur son balai ! Il faut quelques secondes à Severus pour comprendre l'enchaînement des derniers événements. Une seconde avant, Alice, sans défense, attendait la mort. Une seconde plus tard, Potter sur son balai l'emportait avec une facilité déconcertante ! … Mais alors quel était ce sort ? Et qui l'avait lancé ? … L'évidence le frappe soudainement : c'est Potter lui-même qui a lancé un sort d'allègement sur la jeune femme ! Son balai n'aurait pas pu supporter le poids de deux personnes.
Severus cherche l'ex-attrapeur vedette des yeux. Il l'aperçoit enfin sur sa gauche, en train d'enchaîner des figures acrobatiques les plus diverses : tonneaux, vrilles, loopings, spirales, piquets… Même en plein combat, ce m'as-tu-vu de Gryffindor ne peut s'empêcher de faire le spectacle ! … Il arrive néanmoins à éviter les sorts jetés par Voldemort et ses troupes. Alice n'est plus en vue : il a dû la déposer à l'abri… Une explosion sur sa droite attire son regard. De gros blocs de rocher viennent s'écraser sur un groupe de Mangemorts. Severus écarquille les yeux : Alice, Lily Potter et quelques alliés sont en train de les prendre à revers ! Elles harcèlent les forces de Voldemort, tandis que Potter et son équipe occupent le Seigneur des Ténèbres. Peu à peu, les quelques Mangemorts encore en état de se battre sont maîtrisés.
Snape ne se fait guère d'illusion : seuls quatre sorciers sont encore en état de se battre contre le Mage Noir. Quatre sorciers, dont seulement trois Aurors : ils ne font pas le poids ! Si les Longbottom et les Potter sont encore en vie, c'est que Voldemort veut leur laisser un espoir de vaincre, avant de les écraser comme des insectes insignifiants. Le Seigneur des Ténèbres prend plaisir à jouer avec ses victimes, et même s'il se méfie de la Rose d'Argent comme de la peste, il ne peut s'empêcher d'agir ainsi à son encontre. Il veut qu'elle l'implore, qu'elle rabatte de sa superbe, qu'elle le supplie de l'achever… Severus regarde Alice. Ses yeux brillent de détermination et sont animés d'une flamme haineuse. Le Lord savoure ce regard venimeux comme une friandise. Il tient dans sa main gauche le grimoire d'Alice avec lequel il joue négligemment. Grâce à sa maîtrise du Fourchelangue, il a animé les ferrures serpentines qui hissent en ondoyant sur la couverture. Dans l'autre camp, Lily Potter a le bras en sang et Frank ne tient plus debout que par miracle, la jambe droite sévèrement brûlée. Mais la femme de Potter a quelques compétences en médecine magique et elle a pu rapidement neutraliser la douleur. Même si leurs blessures sont sérieuses, ils peuvent encore tenir une dizaine de minutes d'ici l'arrivée des renforts... Enfin, si les renforts arrivent un jour !
"Bon sang, mais qu'est-ce que cet idiot de Black fiche ? Ce n'est pas le moment de lambiner !" pense Severus, paniqué par l'expression malveillante du Lord.
Severus n'a pas le détail du plan de l'Ordre du Phoenix, mais il sait que les Longbottom ne sont qu'une diversion destinée à couvrir une autre opération. Celle-ci achevée, Black et son équipe doivent venir prêter main forte ici. Snape grimace : à tous les coups, c'est une idée de Frank. Encore un plan outrageusement Gryffindor ! Le jeune Maître de Potions aurait aimé entendre les commentaires acerbes d'Alice à l'énoncé de cette stratégie. Mais c'est aussi pour cela qu'elle est là aujourd'hui. Elle sait que Frank joue gros sur cette mission et elle ne veut pas rester passive quand il risque sa vie. La solidité minérale de ce couple ne laisse pas de fasciner Severus.
L'arrivée d'un Patronus en forme de libellule géante tire Snape de ses pensées.
« Je vois… » siffle le Lord après avoir écouté le message, lui annonçant d'importants dégâts sur l'une de ses bases.
Severus blêmit. La colère du Seigneur des Ténèbres sera sans commune mesure. 'Prends garde, Alice !' crie-t-il silencieusement. La Rose d'Argent est en position défensive. Tout à coup, une main invisible semble la saisir à la gorge. La jeune femme est soulevée de terre d'un simple geste de baguette de Voldemort. Elle se débat en tentant de desserrer l'étau qui lui emprisonne le cou. Mais rien n'y fait. Elle ouvre et ferme convulsivement la bouche, tentant de respirer. Le visage charismatique du Lord est maintenant déformé par la haine et la malveillance. D'un geste désespéré, Frank se jette sur le Lord, comme le ferait un moldu, et le frappe de toutes ses forces. Profitant de l'attaque surprise de Longbottom, Potter parvient à briser le sort d'asphyxie qui emprisonne Alice et celle-ci tombe inanimée sur le sol. Un bouclier tourbillonnant d'une force colossale repousse Potter et Longbottom qui volent à quelques mètres de là. Le Seigneur Noir pointe sa baguette sur Alice Rosier. Il veut la tuer. Ses yeux crient au meurtre. Cette fois, c'est la fin. Severus étouffe le hurlement de douleur qui lui broie la poitrine. Alice…
Mais c'est au tour de Lily Potter de s'interposer entre Alice et le sort qui va la frapper. La Gryffindor hurle à l'agonie, mais son bouclier tient bon. La détermination et l'esprit de sacrifice de cette femme étourdissent Snape. Sont-ils tous fous ces Gryffindor ? Fous de sacrifier leur vie pour sauver une Slytherin ?
Un « pop », puis plusieurs retentissent, alors que Black et les Aurors de son groupe apparaissent sur le champ de bataille. Voldemort hurle de rage, mais ne s'attarde pas. Il agrippe Snape et transplane dans l'un de ses repères secrets.
La main du professeur de Potions trembla convulsivement au souvenir du Doloris que le Lord lui avait infligé ce jour-là. Il existait certaines choses qu'aucun être, qu'aucune chair ne pouvait oublier. Le Doloris… Severus observa longuement sa main tandis que s'apaisaient progressivement les soubresauts nerveux, puis il inspira profondément, reportant son attention sur les photos. Mais il n'avait guère envie de voir les pages suivantes de l'album : celles qui concernaient l'Ordre du Phœnix.
Car la Rose d'Argent avait fini par y entrer. L'insistance aimable de Frank, l'amitié têtue des Potter ou il ne savait trop quel sentiment, avait vaincu les réticences d'Alice et son goût profond de l'indépendance. A partir de ce moment-là, les Longbottom et les Potter avaient été comme les doigts de la main et Snape s'était un peu plus refermé sur lui-même et sa mission d'espionnage. Qui pouvait imaginer les souffrances qu'il vivait au quotidien dans l'entourage du Lord Noir et de ses Mangemorts ? Avec ces meurtres incessants et ces attentats destructeurs ? Ce concubinage quotidien avec la barbarie ? Alice pouvait-elle encore le comprendre ? Pouvait-elle seulement l'aider ? Il était irrémédiablement seul et s'était résigné à l'être.
Tout changea du tout au tout le printemps de l'année suivante. Au début du mois de mai 81, Dumbledore devint soudainement inquiet. Il vint voir les Potter et les Longbottom pour les presser de se mettre à l'abri, de ne pas s'exposer inutilement. Alice, qui n'avait à aucun moment eu l'intention d'abandonner la lutte, céda à la grande surprise de Snape. Jamais, il n'avait compris son brusque revirement, mais il tomba visiblement à pic.
La voix d'Alice retentit, vibrante d'impatience :
« J'ai bien été la marraine de Draco et Malfoy ne s'est rendu compte de rien ! Alors qu'as-tu contre Narcissa ? Elle peut très bien être notre gardienne du secret ! »
« Je ne crois pas que l'avoir publiquement reniée suffit à faire oublier votre ancienne amitié... » remarque calmement Frank.
« C'est justement pour cette raison qu'elle est idéale ! »
« Pardon ! Explique-toi, je ne dois pas être assez retors… » fait Frank en fronçant les sourcils.
« J'ai été très proche d'elle, mais depuis j'ai rompu nos relations, puisque son mari est le bras droit de Voldemort… Qui imaginerait que j'ai pris un gardien du secret si proche de la source même du pouvoir ennemi ? » explique tranquillement Alice.
« C'est de la folie, chérie, et tu le sais ! » s'écrie Frank.
« C'est risqué, je l'admets… Mais c'est un risque parfaitement calculé. »
« Alice… » insiste Longbottom pour la raisonner.
« Ah, ne sois pas si obtus, Frank ! » s'irrite la Slytherin.
« Severus, parle-lui… Moi, je renonce ! » fait Frank, levant les bras en signe de capitulation.
« Il a raison, Alice… » reconnaît Severus.
« Tu es dans son camp maintenant ? » siffle Alice.
Snape hausse les épaules, refusant l'affrontement qu'elle recherche. Il masque de justesse un sourire en voyant la frustration de la Rose d'Argent.
« Eh bien, pourquoi pas toi, Severus ? Personne ne te soupçonnerait ! » propose-t-elle en plissant les yeux de défi.
Frank s'interpose immédiatement :
« Non, Alice ! Il est hors de question de lui imposer ce nouveau fardeau… Trop de choses reposent déjà sur lui et sur son contrôle en occlumancie. »
« T'en mêle pas, Frank ! C'est entre Severus et moi ! » jette sèchement Alice.
Snape ne peut s'empêcher de ricaner cette fois-ci. Jamais Alice ne lui a paru si transparente. Il est presque déçu.
« Qu'est-ce qui te prend, Rose d'Argent ? » demande-t-il en employant à dessein son surnom, qui faisait la fierté de la maison Slytherin. « Pourquoi t'acharnes-tu à nous impliquer, Narcissa ou moi, dans ta survie personnelle ? »
Devant le silence de son amie, il reprend : « Ton drame, Alice, c'est que tu refuses d'admettre que tes amitiés sont fatalement illusoires puisqu'elles sont issues de Slytherin ! »
« Est-ce que tu cherches à m'insulter, Snape ? »
Jamais la voix d'Alice n'avait été aussi glaciale, jamais elle n'avait craché ainsi son nom.
« La vérité, ma chère, c'est que tu es complexée ! » fait Snape d'une voix tranchante. « Oui, parfaitement : complexée… Complexée par les liens d'amitié que ton Gryffindor de mari entretient avec libéralité ! Si tu arrêtais de fantasmer une seconde les amitiés Gryffindoriennes pour ne plus penser qu'à ta survie, tu arriverais peut-être à penser plus clairement… »
Alice se lève, le regard flamboyant. Il voit bien qu'elle n'a plus l'intention de discuter, elle veut juste faire mal :
« Ce que je vois très clairement, c'est que lorsque j'ai enfin besoin de toi, tu me craches ton venin à la figure. Ta longue fréquentation des Mangemorts, sans parler de ton goût profond pour le double-jeu, ont dû légèrement atrophier ta maigre conception de la fidélité ! »
« Tu déteins beaucoup trop sur elle, Frank… » remarque le Slytherin pour toute réponse. « Quand elle côtoyait les serpents de Hogwarts, elle ne faisait pas passer les autres avant sa propre personne. »
Frank a assisté à l'échange sans rien dire. Les relations entre les anciens de Slytherin restent un vaste inconnu pour lui, mais il comprend confusément où Snape veut en venir. Et plus que tout, il sait que Severus ne blesserait jamais Alice sans bonne raison.
« Allons, écoute Severus, ma chérie, » intervient-il de sa voix tranquille. « Le rouge ne te va pas au teint. Sois donc un peu plus Slytherin ! »
« Tu veux vraiment que j'arbore le Vert et Argent, Frank ? »
La voix d'Alice est réfrigérante de menace. Visiblement, elle compte reporter sa colère sur Longbottom. Ce dernier ouvre de grands yeux d'effroi, mais campe sur ses positions.
« Slytherin, hein ? Très bien ! » jette froidement Alice. « Je prends la direction des opérations, Gryffindor. Ecoute le plan : nous allons nous séparer, tu seras mon gardien du secret et je serai le tien… Je prendrais Neville avec moi. Il a davantage besoin de sa mère que de son père à son âge. J'imagine que notre sécurité passe avant ton plaisir personnel, n'est-ce pas, chéri ? »
« Mais, mais… »
La voix de Frank se décompose alors qu'il comprend peu à peu où Alice veut le mener.
« Tu n'as qu'à retourner chez ta mère ! Ok ? … Après tout, la sécurité de notre fils n'est-elle pas la priorité absolue ? N'es-tu pas d'accord ? Aurais-tu des objections à formuler ? » commente Alice, sarcastique.
« Mais… Je… Nous… Chez ma mère ? » fait Frank, en sachant qu'il ne peut que s'incliner à présent devant la volonté inflexible de sa femme.
C'est avec un petit sourire sur les lèvres que Severus transplane. Finalement, sa chère Alice n'a pas changé d'un iota, même dans le mariage. Il s'en veut un peu d'avoir mis en doute la valeur de leur amitié, mais si la situation est aussi grave que le laisse entendre Dumbledore, alors il n'est plus question de belles démonstrations de fidélité ou de grands serments de loyauté !
Snape repense à Lily Potter se jetant impétueusement devant le sort qui allait frapper Alice, à James Potter qui l'avait sauvée au mépris du danger, à Frank, enfin, qui était prêt à tous les sacrifices pour elle. Ces Gryffindor ne savaient rien du prix de la vie, ils ne savaient que se mettre en péril par pur idéalisme. Rien de tout cela ne pouvait convenir à un Vert et Argent. Pour un Slytherin, seule importait… la survie.
Chapitre 5 complètement ré-écrit et c'est du boulot, croyez-moi ! Plus que deux chapitres et j'aurai terminé la Rose d'Argent. Désolée de vous faire lanterner ainsi...
Laissez-moi une review, cela me ferait plaisir et m'encouragerait à poursuivre.
Je vous embrasse
Ruth (the Dedalitic Girl)
