Auteur : Ruth Dedallime
Titre : La Rose d'Argent
Disclaimer : L'univers Harry Potter et ses personnages appartiennent à J.K. Rowling.
Spoilers : Tome V (quelques spoilers tome VI)
Rating : T
Résumé : Qui est la mystérieuse Rose d'Argent que le monde sorcier a semblé oublier depuis toutes ces années ? Severus Snape plonge dans ses souvenirs pour nous conter l'histoire de la plus inattendue des Slytherin.
Le poids de la Prophétie
Oh my wife is tall and short,
She won't do what she ought.
She never lies, but then again,
She lies down all day long.
Oh, my wife is fat and thin,
She's generous and mean,
She's - - - -, and
Her secret's safe with me.
Oh, my wife is old and young
So sweet with her poison tongue
On her evenings off she blackmails toffs,
But her secret's safe with me.
Robert Wyatt, "The Duchess"
Severus referma son album d'un geste sec. A quoi bon chercher ? Il n'y avait pas de photos d'Alice dans les pages suivantes. Snape ne se souvenait que de cinq longs mois de silence et de solitude. Cinq mois où il s'empêcha désespérément de chercher les raisons de l'isolement d'Alice. Pour son bien, pour son fils, il ne devait pas savoir la teneur de ce qui les menaçait tout deux. Les cinq plus terribles mois de la guerre : juin 1981 - octobre 1981.
Snape s'empara de quelques coupures de presse de l'époque qu'il conservait encore. Les Potter et les Longbottom disparus sans laisser d'adresse, le désespoir s'était emparé du pays. Les deux couples étaient des symboles forts de la lutte contre Vous-Savez-Qui et nombre de personnes crurent alors que la guerre était perdue. Sans les Longbottom, sans les Potter, qui les défendrait à la prochaine attaque ? Les journaux annonçaient chaque jour de nouveaux attentats, de nouvelles victimes. Fabian et Gideon Prewett tombèrent dans une embuscade fin août. Louis et Crystal Bones furent massacrés à leur domicile le 7 septembre. Quant au professeur Crimson, Maître de Potions de Hogwarts, on ne retrouva son corps, à moitié dévoré par des créatures sauvages de la Forêt interdite, qu'au début du mois d'octobre.
Même si son visage restait éternellement de marbre, le jeune Maître de Potions de Voldemort s'enfonçait jour après jour dans la névrose. La mort de son ancien professeur s'ajoutait à l'intolérable absence d'Alice et la situation était un tel cauchemar que Snape s'épuisait au travail, concoctant pour son Maître de terrifiants filtres et d'abominables potions. Avait-il seulement le choix ? Si le Lord trouvait son enthousiasme trop tiède, il ne tarderait pas à le soupçonner d'intelligence avec l'ennemi. Et la Rose d'Argent ne lui pardonnerait jamais de s'être fait prendre. Elle, qu'il avait osé accuser d'imprudence…
Le Lord restait impénétrable. Il avait été agacé et intrigué au début par la disparition des Longbottom et des Potter. Mais leur absence lui avait finalement laissé le champ libre pour affaiblir les positions des Aurors et placer des hommes de son camp à des points clé du ministère. Il n'y avait maintenant plus guère que Dumbledore et Mad-Eye Moody pour lui barrer encore le passage.
Non. Voldemort avait bien trop à planifier pour se soucier des deux couples. De plus, il savait la Rose d'Argent trop fière pour se cacher dans un trou à rat. Elle finirait tôt ou tard par se montrer. C'était surtout Bellatrix Lestrange qui paraissait furieuse. Elle, qui voulait depuis des années régler ses comptes avec la Rose d'Argent, enrageait de devoir différer sa vengeance. Depuis son retour de Roumanie, Voldemort se plaisait particulièrement à exciter son animosité envers Alice. Il lui avait même confié pour mission spéciale de trouver les raisons de sa disparition. Depuis deux mois, Bellatrix remuait ciel et terre, en vain.
Sur les ordres du Lord, Snape avait dû se mettre à son service. Bellatrix lui avait alors fait concocter plusieurs poisons lents et destructeurs. Severus ne voulait pas savoir à qui ils étaient destinés. Il ne pouvait que remercier Merlin qu'Alice soit introuvable. Jusqu'au jour où…
« Severus ! Severus ! »
Le jeune Maître de Potions lève les yeux et regarde Bellatrix qui surgit dans son laboratoire en riant comme une folle. Elle esquisse trois pas de danse, virevolte sur elle-même, ravie. Snape n'aime pas quand cette femme l'appelle par son prénom. Cela lui rappelle douloureusement qu'à une époque pas si lointaine Bellatrix Black faisait partie du cercle d'amis d'Alice.
« Vous êtes bien en joie, ma Dame. Vos missions se sont-elles déroulées selon vos désirs ? » demande-t-il finalement.
Snape sait que la jeune femme aime les marques de respect dont il l'entoure. Elles flattent sa vanité.
« Je suis comblée aujourd'hui, Severus ! … Devineras-tu pourquoi ? »
Même s'il sait Alice parfaitement à l'abri, Snape ne peut s'empêcher d'être inquiet. Il y a quelque chose d'anormal dans le comportement de Bellatrix. Elle est trop gaie. Follement et irrépressiblement joyeuse.
« Comment le pourrais-je, ma Dame ? Je ne suis presque jamais sur le terrain… »
« Certes, tu as la place des couards ! » fait-elle d'un ton méprisant. « Mais tu m'as été bien utile malgré tout ! … Aujourd'hui, j'ai réussi à poser la première pierre de la chute de ta chère Rose d'Argent ! … Ne fais pas l'indifférent, Snape, je sais bien, moi, que tu l'aimes encore ! »
Severus se détourne et contrôle la température de sa potion avant de répondre :
« Je ne suis pas assez fou pour rester attaché à une femme qui a renié son sang. Une femme qui a tué son frère sans sourciller. Et qui a osé défier notre puissant Maître ! »
« Humm… Oui, tu l'aimes autant que tu la hais. Je connais ce sentiment moi aussi ! » fait Bellatrix d'un ton féroce. « C'est pour cela que ces derniers jours, j'ai préparé une petite gâterie… exprès pour elle ! »
Snape ne pose aucune question, mais il se sent de plus en plus nerveux. Il doit rester calme et garder ses émotions totalement sous contrôle. Il vérifie point par point les barrières dressées autour de ses pensées par l'occlumencie, tandis que Bella continue de rire et de jouir du suspens.
« Je viens de planter ma lame au plus près du cœur de la Rose d'Argent… » dit-elle enfin, comme si elle savourait un mets particulièrement délectable.
Elle vient tout près de Severus et s'empare du couteau dont il se sert habituellement pour découper ses ingrédients les plus nocifs.
« Tu penses que j'ai frappé Frank Longbottom, Severus ? … Ca t'arrangerait bien, n'est-ce pas ? Mais ce serait bien mal me connaître ! … Et pas encore assez douloureux pour la Rosier ! » se plaît-elle à préciser.
« Ma Dame, c'est dangereux ! Si vous vous blessiez avec ce couteau, le blâme… » s'écrie le Maître de Potions.
« Chuuuut ! » le coupe Bellatrix. Son regard est encore plus fou que d'habitude. Snape ne quitte pas le couteau des yeux.
« C'est à sa racine que j'ai coupé le Rosier ! » révèle-t-elle enfin en plantant férocement le couteau dans la table de bois.
Severus met une bonne dizaine de secondes à comprendre de quoi parle Lestrange. Sa racine ?
« Vous avez empoisonné son père ? » s'exclame-t-il, saisissant enfin.
« Oui… Avec ton aide précieuse, Severus, » sourit la jeune femme ravie. « Ce pauvre David Rosier n'a jamais pardonné à sa fille le meurtre d'Evan. Ca a dû être très dur pour elle… Mais ça le sera davantage de vivre avec cette mort de plus sur la conscience ! … Enfin, le brave homme n'est pas encore mort. A ton avis, il en a pour combien de jours de souffrance, Snape ? »
Le jeune Maître de Potions regarde Bellatrix d'un air horrifié :
« Mais il est de notre côté ! Il a même renié sa fille ! Etes-vous folle d'avoir attenté à sa vie ? Le Seigneur ne vous pardonnera jamais d'avoir tué un Sang-Pur ! »
« Tais-toi, tu ne sais rien ! » explose brusquement Bellatrix. « Le Lord hait la Rose Titan ! Il le hait ! »
« Il le hait ! Il le hait ! »
Severus entendait encore aujourd'hui résonner les imprécations de Bellatrix Lestrange. Le Lord haïssait-il réellement le père d'Alice au point de cautionner son assassinat ? Voire de l'avoir orchestré ?
Severus sortit les coupures de journaux faisant mention des circonstances étranges du décès de David Rosier, la « Rose Titan ». Certaines retraçaient brièvement la brillante carrière de cet homme, le prestige, l'ancienneté et la richesse de sa famille. Finalement bien peu de choses…
Enfant, Severus n'avait guère vu David Rosier qu'une fois ou deux lors d'événements officiels. L'homme l'avait impressionné par sa prestance et surtout par sa haute stature qui lui avait valu ce surnom de Titan. Tout souriait alors à David Rosier. Puissant, riche, influent, marié sur le tard à la charmante Maryan Stump, doté de deux enfants, un garçon et une fille, au potentiel magique exceptionnel, il n'y avait guère que les Malfoy, les McKinnons et les Black pour lui disputer la prééminence sur la société sorcière britannique. Et puis le vent avait tourné : sa femme était morte d'une maladie foudroyante quand Evan était en deuxième année à Hogwarts. David Rosier s'était alors désintéressé des affaires publiques laissant le champ libre à Abraxas Malfoy et à un nouveau venu surnommé Lord Voldemort. La Rose Titan avait vite su que ce dernier était un lointain parent des Rosier, puisqu'ils descendaient tous deux de la famille Slytherin.
A ce que Alice racontait, la plupart des grandes familles évitaient de se compromettre avec ces rustres de Gaunt, les héritiers directs de Slytherin. Il y avait d'ailleurs plus d'un siècle que les aïeux de David Rosier avaient totalement rompu leurs liens avec cette branche de la famille. Les Gaunt étaient non seulement réputés pour leur nature violente, mais ils étaient en outre aigris et envieux de la fortune et du prestige d'autrui, choses qu'ils avaient perdu il y a bien longtemps. Et pourtant, quand Lord Voldemort s'était présenté au Castle, la Rose Titan avait été impressionné par cet homme, puissant et charismatique. Peut-être lui serait-il capable de racheter le nom des Gaunt ? Peut-être serait-il un digne héritier de Slytherin, comme les Rosier l'étaient.
Mais malgré leurs idées communes, quelque chose retenait David Rosier. Il n'aimait pas l'influence que cet homme entendait prendre sur sa maison. Il n'aimait pas le regard fasciné d'Evan, il n'aimait pas entendre le Lord appeler sa fille « Ma Rose ». Et la porte des Rosier s'était peu à peu fermée devant le Seigneur des Ténèbres.
Comment David Rosier avait-il pu accepter dix ans plus tard qu'Evan jure allégeance à Voldemort ? Il n'avait pas pu l'ignorer : nul doute qu'Alice avait dû tempêter à ce propos dans les couloirs de Rosier Castle. Mais après tout, peut-être que la décision d'Evan lui avait semblé préférable au choix de carrière d'Alice. Ce métier d'Auror, indigne d'une héritière de grande famille. Indigne des Rosier.
Et, sans surprise, la Rose Titan avait renié sa fille après le meurtre d'Evan, refusant même de voir son unique petit-fils. Alice n'avait jamais fait la moindre allusion à ce sujet devant Snape, mais il devinait qu'elle avait dû cruellement souffrir de ce bannissement. Etre une Rosier n'était-il pas la clef de voûte de son existence ?
« Comment allez-vous, Severus ? » fait la voix concernée de Dumbledore.
Le Maître de Potions de Voldemort enfouit sa tête dans ses mains. Ces quelques moments passés avec le directeur d'Hogwarts sont les seuls où il se sent un peu serein. Mais aujourd'hui, il est dévasté :
« J'ai… j'ai encore commis un crime ! »
Snape ne relève pas la tête. Il ne veut pas affronter le regard meurtri de celui qui l'a plongé dans les affres de l'espionnage. Albus Dumbledore a beau être le sorcier le plus puissant de Grande Bretagne, il n'en demeure pas moins un homme rongé de culpabilité.
« Ne dites rien, je vous en prie ! » reprend vivement Severus. « C'est mon choix. … La victime est David Rosier. Bellatrix Lestrange m'a fait concevoir un poison lent et lui a administré. A ma connaissance, il mourra dans les deux jours. Je n'ai pas travaillé à un contrepoison… Quoi que je fasse, il est déjà trop tard pour sauver le père d'Alice. »
Dumbledore reste silencieux.
« J'ai amené un échantillon » ajoute Severus d'un ton neutre, en sortant une fiole de sa robe. « Lestrange pourrait avoir l'idée de le réemployer. Si vous voulez l'étudier, je peux vous fournir la liste des ingrédients et la recette. »
« Severus, vous n'y êtes pour rien… » commence Albus.
« Pourriez-vous… » coupe le jeune homme. « Pourriez-vous envoyer discrètement quelqu'un pour s'occuper de l'enterrement et pour protéger la demeure des Rosier de tout pillage ? S'il vous plaît… »
Le Directeur d'Hogwarts sait que rien ne peut alléger les tourments de son protégé.
« Je m'occupe de tout, Severus. Ne vous souciez pas de cela et n'oubliez pas que vous pouvez compter sur mon aide en toutes occasions. »
Snape se lève et s'apprête à quitter la pièce. Il veut demander des nouvelles d'Alice, de Frank, mais il n'ose. Dumbledore ne lui dira rien, quoi qu'il demande. Elle est en sécurité, c'est tout ce qui compte aujourd'hui.
Et comme Severus s'y attendait, la Rose Titan était mort moins de 48 heures plus tard. Alice ne s'était pas montrée à son chevet, ni même à ses obsèques. A supposer qu'elle ait eu connaissance de l'agonie de son père, elle ne serait jamais tombée dans un piège aussi grossier. L'objectif de Bellatrix n'était d'ailleurs pas de la faire sortir de sa cachette, mais bien de lui ôter peu à peu tout ce à quoi elle tenait. C'était pour cela que Severus avait demandé à l'Ordre de veiller sur Rosier Castle. La demeure ancestrale des Rosier était probablement la prochaine cible.
Mais il n'en fut rien et, après quelques semaines moroses, vint la nuit d'Halloween…
La convocation tomba, brutale comme d'habitude, mais plus douloureuse. Le Lord est en colère. Snape le sent. Il contrôle ses barrières mentales, tout en mettant son masque de Mangemort, puis transplane le cœur inquiet.
Aux côtés du Seigneur des Ténèbres siègent un homme et une femme. Severus reconnaît sans peine la robe pourpre de Bellatrix et la large stature de Rodolphus. Lucius est relégué à une position subalterne et à la flamme claire qui anime ses yeux gris derrière le masque, Severus sent qu'il est furieux et humilié. Les Lestrange ont dû marquer des points d'une manière ou d'une autre. Probablement quelque chose de plus essentiel que la mort de la Rose Titan. Malédiction ! Ont-ils découvert le repère d'Alice ou de Frank ?
Snape surmonte son angoisse et s'approche du Seigneur des Ténèbres. Respectueusement, il embrasse le bas de sa robe, mimant à la perfection une ferveur aveugle, mêlée d'une pointe d'effroi, afin de tromper les sens aiguisés du Lord. Il est devenu un excellent acteur, même Alice aurait pu se laisser prendre à sa prestation de ce soir et douter de sa loyauté envers l'Ordre !
Lord Voldemort se lève de son trône noir et tonne avec fureur :
« Mes fidèles ! Ce soir, je règle mes comptes ! Personne, vous m'entendez, personne, ne peut se dresser en travers de ma route ! Et tout ceux qui oseront me défier seront impitoyablement châtiés ! »
Le Seigneur des ténèbres fait une pause, un sourire démoniaque s'étend peu à peu sur son visage.
« Ce soir, je vais commencer par les Potter ! Et ce qui attend ces vendus à Dumbledore n'est qu'un avant-goût de ce que je réserve à ces renégats de Longbottom ! »
Severus déglutit, mais écoute attentivement. Sans aucun doute, le Lord sait. Il sait pourquoi les deux couples ont disparu. Snape boit les paroles du Seigneur des Ténèbres comme il ne l'a jamais fait auparavant. Il analyse, cherche le moindre indice. Il doit savoir ce que Voldemort sait exactement pour pouvoir en informer au plus tôt Dumbledore. Mais le Lord reste excessivement prudent. Il ne s'attarde pas en vains discours et désigne trois Mangemorts d'importance mineure que Snape ne peut identifier :
« Vous trois, là, suivez-moi ! Nous allons rendre une petite visite à… Godric's Hollow. Allons exterminer ces sangs viciés et leur engeance ! »
D'un doigt crochu, il fait signe à Bellatrix d'approcher et lui marmonne un ordre d'un air mauvais. Severus jurerait qu'il parle de la Rose d'Argent, au vu de la tension qui habite brusquement le corps de la jeune femme. Puis le Lord transplane, suivi de ses trois hommes de main.
Bellatrix Lestrange tourne aussitôt les talons et se dirige vers les profondeurs du repère du Lord, là où se trouvent ses cachots et salles de torture. Rodolphus, Lucius et vraisemblablement McNair discutent de l'opportunité de frapper l'opinion en divulguant la mort des Potter aux grands quotidiens sorciers. Severus doit absolument s'éclipser pour prévenir Dumbledore, mais il se sait surveillé, surtout à un moment pareil. Tous les Mangemorts s'observent et guettent le moindre signe de trahison, car c'est la meilleure manière de monter dans la faveur du Lord. Alors le jeune Maître de Potions réfléchit.
Godric's Hollow… Alors Black a craché le morceau ! Pour l'heure, il ne peut se trouver que dans les infâmes cachots de Voldemort en compagnie de sa cousine. Severus n'ose même pas imaginer à quelle torture Bellatrix l'a soumis pour le faire parler. Mais pourquoi ce dégénéré de Black ne s'est-il pas tenu à carreau ? Etait-ce bien le moment pour se faire prendre ? Snape ne peut s'empêcher de ressentir un pincement. La perte allait être lourde pour Dumbledore et pour l'Ordre… Si seulement il pouvait prévenir quelqu'un !
Il se tourne vers la fenêtre, le regard malveillant de Nott planté dans le dos. Autant se résigner, à moins d'un miracle, c'en est terminé des Potter ! Ils n'ont pas été suffisamment prudents dans le choix de leur gardien du secret. Alice, elle, a choisi le meilleur gardien : Frank. Lui-même protégé par Alice. Une boucle simple, parfaite et imparable. Même si la société sorcière s'effondre, personne ne les trouvera jamais. Severus se sent misérable sans elle, mais il se réjouit néanmoins de savoir qu'elle lui survivra très probablement.
Ses pensés reviennent vers Le Lord. Il le connaît suffisamment maintenant pour comprendre ses agissements : il a laissé les Lestrange, ses favoris, Lucius et le premier cercle des Mangemorts en dehors de cette expédition. Il ne veut donc pas de témoin gênant. Les trois hommes de main qui l'ont accompagné ne passeront probablement pas la nuit. Pourquoi ? Les Potter savent-ils quelque chose que personne ne doit entendre ? Et y a-t-il un rapport avec les Longbottom ?
Ses réflexions sont interrompues par le retour de Bellatrix. Elle tient négligemment en main un rat gris de belle taille. Lucius plisse les yeux de dégoût et lance :
« Ma chère, jetez donc cette chose en pâture au serpent du Lord ! »
Bellatrix rit comme une folle pour toute réponse, elle tend sa baguette et fait léviter la bestiole tête en bas. Le rat couine désespérément. Puis, elle le laisse retomber lourdement au sol.
« C'est bien, » ricane Rodolphus. « Continue donc, misérable rongeur, à nous servir fidèlement et Nagini restera encore quelques temps sur sa faim ! »
Le rat couine à nouveau, mais avant qu'il ne parvienne à s'enfuir, le sorcier l'envoie d'un sort valser en direction du couloir menant aux cachots.
Ce spectacle a diverti les Mangemorts qui se détendent quelque peu. Certains commencent même à prendre congé après avoir salué respectueusement les hauts gradés. Snape sait que d'ici une dizaine de minutes, il pourra prétexter la confection de quelques potions pour retourner chez lui. Malfoy lui-même transplane en compagnie de McNair pour régler cette affaire de journaux. Bientôt la délivrance…
Severus se repoussa au fond de son fauteuil. Il ignorait totalement à l'époque qu'il vivait ses derniers moments de servitude. Ces derniers moments qui pourtant avaient été porteur de tant de souffrances, d'angoisses et d'incertitudes. A tel point que Severus les avaient scellés dans sa pensine.
Il contempla un instant la sphère de verre posée non loin de lui. Etait-ce le moment de s'y replonger ? De revivre l'abominable agonie qui avait ravagé sa marque de Mangemort au moment où Voldemort avait été frappé par l'Avada Kedavra ? Snape n'était pas un couard face à la douleur, mais le simple souvenir lui donnait d'irrépressibles tremblements. Non… Il pouvait laisser cela de côté.
Severus se souvint.
Après une heure de quasi coma, il avait réuni ses dernières forces pour transplaner dans une ruelle déserte d'Hogsmead où il avait assisté aux premiers éclatements de liesse. Incapable de bien appréhender ce qui se déroulait sous ses yeux, mais néanmoins conscient du danger s'il se faisait reconnaître, Snape s'était traîné jusqu'à Hogwarts. Là, personne. Il s'était finalement effondré au pied de l'escalier menant au bureau de Dumbledore, le bras gauche dénudé révélant une marque des ténèbres presque invisible à l'oeil.
Deux jours se sont écoulés depuis la nuit d'Halloween. Severus est prostré devant le feu du cachot que Dumbledore lui a concédé à Hogwarts. Le jeune Maître de Potions craint la fureur des foules. Son domicile - comme ceux des autres présumés Mangemorts - a d'ailleurs été mis à sac dès l'annonce de la disparition de Voldemort. Leur couardise écoeure Snape. Personne n'ose prendre les armes quand le danger est bien présent, mais tous s'empressent de frapper l'ennemi supposé dès qu'il est à terre.
Dumbledore frappe à la porte de son cachot le tirant de ses sombres pensées. Alice est à ses côtés et Severus a immédiatement l'impression de mieux respirer. Elle entre, rayonnante. Severus ne l'a pas vue depuis si longtemps qu'il n'ose vraiment la regarder... Le directeur de Hogwarts sourit et les laisse bientôt seuls.
Le jeune Maître de Potions ne la salue pas, il se contente de lui indiquer un siège et il conjure un thé. Elle s'assoit en vis-à-vis, tandis qu'il lui verse une tasse. Elle le savoure lentement.
« Darjeeling. Mon préféré… » remarque-t-elle doucement. « Tu t'en souviens encore. »
Un quart d'heure passe dans le plus complet des silences. Seules les bûches crépitent et craquent dans la cheminée.
« Raconte-moi… » demande enfin la jeune femme.
Le Slytherin pousse un soupir.
« Le rejeton des Potter, Dumbledore dit… Dumbledore dit qu'il a retourné un Avada Kedavra… »
« C'est donc vrai ce que raconte le Ministère ? Harry Potter aurait tué Voldemort ! » s'écrit Alice.
« Pas tué, non. Je le saurais. Mais il l'a très sérieusement amoindri. Je pense que le Seigneur des Ténèbres a temporairement perdu toute substance corporelle, » explique prudemment Snape.
Non pas qu'il doute de la disparition de Voldemort, mais il ne veut pas qu'Alice croie à la propagande du Ministère. Certes, le Seigneur des Ténèbres a perdu cette bataille et il ne pourra revenir avant longtemps, mais il n'est absolument pas mort. Et Severus ne peut s'empêcher de penser qu'un jour peut-être ce sera à la Rose d'Argent d'achever ce que le fils Potter a initié deux jours avant.
« J'ai du mal à croire que cet enfant ait pu faire cela… » murmure Alice, songeuse. « Retourner un Avada Kedavra, vraiment… »
« C'est un mystère total… » fait Severus d'un ton las.
« Et qu'as-tu… » commence-t-elle.
« Je n'étais pas présent, tu sais, » coupe-t-il.
« Pas de témoins ? » demanda-t-elle. Sa voix a repris le laconisme précis et autoritaire des Aurors.
« Il y avait bien trois Mangemorts avec le Lord, mais avec cette déroute… »
« Je vois. Aucune idée de leur identité ? »
« Non. Je pense même que le Lord avait prévu de les tuer dès le début… » hasarde Severus.
« Possible… Hagrid m'a révélé qu'il ne restait rien de Godric's Hollow. Si la maison a implosé sous l'action du sort, toutes les personnes présentes ont dû y passer de toutes façons ! »
« A l'exception du gamin… »
« Oui, à l'exception du gamin ! » répéte la jeune femme.
Severus perçoit qu'Alice sait quelque chose, mais il sait qu'elle ne révèlera rien si elle ne le désire pas. Le silence s'étire dans la pièce.
« Tu crois que Neville aurait pu en faire autant ? » demande enfin Snape.
« Certainement pas ! » répond-t-elle d'une voix tranchante. « Je ne suis pas négligente au point de laisser mon fils de 15 mois faire le travail à ma place ! »
Au même moment, une tête bien connue apparait dans la cheminée :
« Bonjour Severus. Je peux venir avec Neville ? » fait la voix de Frank.
« Fais comme chez toi, » répond Severus après avoir consulté Alice du regard.
Bientôt, Longbottom émerge des flammes vertes de la cheminée, son fils dans les bras. Ce dernier tend aussitôt les mains vers sa mère en babillant. Alice les rejoint et fait apparaître un parc avec toutes sortes de jouets, frappés d'une rose d'argent. L'enfant est ravi. Severus ne s'est pas levé pour voir son filleul. C'est à peine s'il l'a regardé.
Frank se plante devant le Maître de Potions :
« C'est tout de même sidérant ! » remarque-t-il, d'un ton faussement mécontent. « Je suis séparé de ma femme pendant des mois et où est-elle ? Chez toi, Snape ! »
« Ca te pose un problème, Frank ? » claque la voix d'Alice dans son dos. « Si tu as tant aimé ces quelques mois avec ta mère, tu connais le chemin ! »
Longbottom sourit en haussant un sourcil. Snape se fait furtivement la réflexion qu'il sait vraiment s'y prendre avec sa femme. Le Gryffindor serre la main du Slytherin, puis s'étale lourdement dans un fauteuil :
« Ah, non merci ! » s'écrie-t-il. « Hors de question de revivre ça ! Maman est in-sup-por-table ! »
« Ce n'est pas la découverte du siècle… » ironise Alice.
« La pauvre femme… Il faut l'excuser, elle m'adore ! » renchérit Frank.
« Oh, j'imagine très bien la scène : belle-maman chérie critiquant sa Slytherin de bru à toute heure de la journée… Un rêve ! » commente la Rose d'Argent.
« Note bien qu'elle a parfaitement cerné certains de tes défauts… » réplique Longbottom, le doigt en l'air. « Le sens de l'observation de maman est imparable ! »
Snape écoute les piques que s'échangent les époux Longbottom. Devant ce spectacle qui lui a tant manqué, il oublie ses doutes, ses questions sur Potter Junior, sur Neville, ses angoisses sur son propre avenir. Il peine encore à assimiler que Voldemort a disparu, même si ce n'est pas pour toujours, que la Grande Bretagne est en paix, qu'il n'est plus besoin d'espionner, de trahir, de comploter. Il est libre. Alice et Frank aussi. La vie va pouvoir enfin reprendre ses droits.
Quelqu'un frappe à la porte et, sans attendre l'invitation, Albus Dumbledore entre dans le cachot de Severus. Il va d'abord jusqu'à Neville, qui joue paisiblement dans son parc. L'enfant lève sur le directeur de Hogwarts ses grands yeux noisette et Dumbledore pose longuement la main sur son front. Au bout d'une minute, Frank prend la parole :
« Nous devons vous parler de quelque chose, Albus. Nous avons entendu dire par Hagrid que vous aviez confié Harry Potter à la famille moldue de Lily. Est-ce exact ? »
« Tout à fait exact… Par contre, je serais curieux de savoir comment vous avez fait parlé Hagrid ? » interroge Dumbledore, en s'asseyant.
« Alice ? » demande brusquement Frank d'un ton soupçonneux.
Alice les regarde tour à tour, puis éclate de rire.
« Je lui ai offert un spécimen rare d'œuf de chimère » dit-elle enfin, avant d'ajouter devant l'air catastrophé des trois hommes : « Un faux, bien entendu ! »
Severus ne se permet pas la moindre réaction, mais il s'amuse beaucoup. Frank soupire de soulagement, tandis qu'Albus sourit devant la duplicité de la Slytherin.
« Mais vous ne détournerez pas ainsi la conversation, Dumbledore » reprend-t-elle en le fixant droit dans les yeux. « Nous voulons vous parler du petit Harry Potter. »
« Nous souhaiterions le prendre chez nous » explique Frank. « Lui offrir un foyer stable… »
Snape hausse un sourcil : "Alice et Frank ? Un foyer stable ? On vole en plein délire, là !"
Le Directeur sourit à nouveau, mais fait fermement non de la tête.
« Ecoutez Albus, nous nous sentons redevables des Potter. La moindre chose que nous pouvons faire en leur mémoire est de nous occuper de leur enfant » insiste Frank.
« Vous ne comprenez pas, Frank » répond Dumbledore. « Cet enfant ne doit pas être élevé dans le monde sorcier. Il serait constamment confronté à sa propre célébrité. Croyez-vous que ce soient de bonnes conditions pour l'épanouissement d'un enfant ? »
« Je me chargerai de la lui faire oublier ! » rétorque Alice de sa voix la plus Slytherin.
« Je n'en doute pas, chère Alice. Je sais que vous élèveriez parfaitement le fils de James et Lily. Mais il n'est pas question que je vous le confie. Sa vraie famille va prendre soin de lui. »
« Un nom, ça peut se changer » remarque Frank. « Si nous adoptons Harry, il deviendra un Longbottom et sera le frère jumeau de Neville. »
« Il y aura toujours cette cicatrice… »
« Nous pouvons vivre à l'écart du monde sorcier, Dumbledore. Ce n'est pas l'amitié de nos contemporains ou celle du Ministère qui nous manquera ! » coupe Alice d'une voix mauvaise. « En vérité, vous ne donnez aucune raison valable à votre refus, vous ne vous cherchez que des excuses ! Mais nous avons une dette de sang envers les Potter et nous avons bien l'intention de la payer ! »
« Vous avez parfaitement raison, Alice. Je ne cherche que des excuses, mais il y a une raison valable à mon refus et je ne peux rien vous en dire… Ma décision est irrévocable : Harry sera élevé dans sa famille moldue. »
Il salue poliment les Longbottom ainsi que Severus Snape et quitte la pièce.
Les mains d'Alice se sont crispées sur les accoudoirs du fauteuil. Frank se dirige nonchalamment vers le parc où se trouve son fils. A la grande joie de ce dernier, Longbottom le fait sauter deux-trois fois dans ses bras avant de le déposer préventivement sur les genoux de sa femme. A ce contact, elle se détend aussitôt, en foudroyant néanmoins Frank, qui contemple innocemment le plafond.
Oui… Décidément, il sait vraiment s'y prendre avec sa femme.
Et puis les jours passèrent. Le monde sorcier pansa lentement ses plaies. Les Aurors traquèrent férocement les Mangemorts encore en liberté. Avery, Nott, Malfoy et quelques autres étaient passés au travers les mailles du filet de la justice, plaidant l'Imperium, l'ignorance ou le manque de preuves à leur encontre.
En revanche, le traître de toute cette sombre affaire, Sirius Black avait été condamné à la réclusion à vie à Azkaban, sans même un vrai procès. Certains sorciers, qui le connaissaient bien, avaient un moment douté de sa réelle culpabilité, mais Black lui-même, ne cessait de s'accuser de la mort des Potter et agissait comme un véritable aliéné. Les temps avaient été trop sombres pour tergiverser, aussi la condamnation de Black donna pleine satisfaction à la population, avide de revanches faciles.
Snape avait été protégé par Dumbledore qui s'était porté garant de lui et venait de lui offrir le poste de professeur de Potions à Hogwarts. L'école venait de rouvrir en ce mois de janvier 1982, trois mois après la mort… plutôt la disparition de Voldemort. La vie reprenait lentement ses droits.
Alice et Frank étaient totalement sortis de leur isolement. Depuis Noël, ils avaient confié Neville à sa grand-mère et passaient quelques mois de vacances tous les deux pour dissiper le souvenir des années terribles et des longs mois de séparation qu'ils venaient de traverser. Ils ne pouvaient vraiment oublier leurs amis décédés, ni la mort d'Evan et de David Rosier, mais ils tentaient tant bien que mal de reprendre une vie normale.
Severus recevait régulièrement de leurs nouvelles au fil des mois. Il percevait nettement le désenchantement d'Alice, mais seul le temps pourrait guérir la jeune femme. Tant que le monde sorcier était en guerre, il était facile d'oublier ses propres peines en s'entraînant comme une forcenée ou en se concentrant sur la bataille à venir mais maintenant que tout était fini, la conscience d'Alice revenait la torturer.
Snape saisit un paquet de lettres et en sortit la dernière qu'il avait reçu d'Alice. Il déplia le parchemin. L'encre était aussi nette que si elle avait été écrite la veille. Severus avait pris soin de poser un sort de conservation éternelle sur toutes les affaires d'Alice qu'il avait en sa possession. L'écriture était élégante, mais sans fioritures inutiles.
"Salut Sev,
Nous allons rentrer d'ici une heure ou deux. Même si j'ai grandement apprécié ces trois mois de vacances au soleil, je ne suis pas mécontente de retrouver ma chère Angleterre. Je pense que nous allons passer quelques jours à Rosier Castle. J'ai un certain nombre d'affaires à y régler, notamment en ce qui concerne la succession de mon père.
J'éprouve quelques inquiétudes en ce qui concerne l'avenir. Finalement, nous n'avons jamais connu que la Guerre. La lutte contre Voldemort était notre seule raison d'exister et je me demande parfois si je parviendrais à m'adapter aux temps de paix. Même notre scolarité à Slytherin a ressemblé à une guerre, tu ne trouves pas ?
Je suis impatiente à l'idée de bientôt tenir mon petit Neville dans mes bras. T'es-tu un peu occupé de lui en notre absence ? Non, j'imagine. Je te comprends : supporter ma belle-mère est une épreuve ! Mais à présent, tu n'as plus aucune excuse pour négliger ton filleul. Pas même ton nouvel emploi ! Quand je pense que Dumbledore t'a engagé comme professeur ! Toi et ton inépuisable patience ? Toi et ta soif inextinguible de former de jeunes esprits néophytes ? Toi et ton amour incommensurable pour les morveux boutonneux ? Vraiment c'est du plus haut comique ! Tu ne tiendras pas jusqu'à la fin de l'année, mon ami ! Je te le garantis. Non pas que je souhaiterais un autre professeur que toi pour Neville. Je sais que tu sauras faire de lui le meilleur élève de sa promotion. 'Bon sang ne saurait mentir', n'est-ce pas ?
Je me demande s'il sera à Slytherin ou à Gryffindor. Je crois finalement que je préférerais Gryffindor… Oh, je t'imagine très bien plissant le nez de dégoût. Pour toi, rien ne vaut le vert et argent, mais avoue que la vie n'y était pas de tout repos. Tu te souviens ? 'Vigilance constante' comme dirait ce vieux Slytherin de Moody ! Mais on peut rêver mieux pour un enfant, tu ne crois pas ?
Si tes nouvelles obligations te le permettent, passe donc nous voir au Castle quand tu recevras cette lettre, j'ai hâte de te voir.
A très bientôt
Alice"
Personne ne sut jamais comment Bellatrix, son mari, son beau-frère Rabastan et Bartémius Crouch apprirent que les Longbottom se trouvaient au château familial des Rosier. Peut-être Bellatrix avait-elle trompé la surveillance de l'Ordre du Phoenix et s'y était-elle installée après le décès de la Rose Titan ? Peut-être s'y cachaient-ils depuis la chute du Lord dans quelques pièces secrètes révélées par feu Evan Rosier ? Peut-être était-ce un hasard ? Peut-être la fatalité ? En tous cas, le tournant dans le destin des Longbottom.
Quand Snape transplane tranquillement le lendemain soir pour Rosier Castle, c'est en pleine bataille qu'il se retrouve. A peine est-il apparu dans un coin discret des jardins, qu'il manque se prendre un sort en pleine figure ! Trop surpris pour répliquer, il roule vivement au sol jusqu'à atteindre une haie de buis et là, essaye de rassembler ses idées éparses.
"Mais qu'est-ce qui se passe ici ? Qui a osé troubler la paix de la demeure des…"
« Par le sang de Merlin, Alice ! » crie-t-il brusquement.
Personne ne l'entend dans le tumulte. Il bondit sur ses pieds et tente de repérer la jeune Auror ou tout du moins son mari, mais ils ne sont visibles nulle part. En revanche, il voit distinctivement les Lestrange et deux autres Mangemorts se battre avec l'énergie du désespoir contre une demi-douzaine d'Auror et de membres de l'Ordre du Phoenix, parmi lesquels Mad-Eye Moody, Elisabeth Figg – dont le regard s'était terni depuis le meurtre de Fabian Prewett – Marc Spinnet et Remus Lupin. Le Loup-garou ne semble plus que l'ombre de lui-même depuis la mort de deux de ses meilleurs amis, Potter et Pettigrew, sans parler de la trahison du dernier de la petite bande…
Severus hésite à se montrer : Moody n'a guère confiance en lui et il a toujours insinué que Snape avait embobiné tout le monde avec son soi-disant rôle d'espion. Il reste donc prudemment à l'abri.
Bientôt la résistance des Mangemorts cesse et ils sont stupefixés par les soins de Mad-Eye. Bellatrix rit comme une démente et même après avoir été figée par le sort, un horrible rictus défigure son visage. Severus se souvient brusquement des menaces formulées par les Lestrange à l'égard des Longbottom et son sang se fige. Par le sang de la Méduse, ils ne peuvent pas être…
Le jeune professeur de Potions cherche toujours des yeux Alice et Frank, quand soudain il aperçoit Figg et Lupin conduisant avec précaution deux silhouettes recroquevillées sur elles-mêmes. Les Aurors s'empressent autour d'eux. Snape est pétrifié d'effroi. Ce sont les Longbottom, mais pourtant ce ne sont pas eux… plus vraiment… Dans les deux minutes qui suivent les médicomages de St-Mungo transplanent et posent quelques questions aux témoins. Severus entend distinctement le récit de l'histoire : quand l'Ordre est arrivé sur place, les Longbottom se tordaient de douleur sous l'effet de Doloris particulièrement haineux et puissants, envoyés par les époux Lestrange, Rabastan Lestrange et Bartémius Crouch. Snape entend Mad-Eye Moody jurer comme un charretier et hurler sur les médicomages impuissants. Plus que des subordonnés, ce sont des amis chers que le chef des Aurors vient de perdre. Mais Alice et Frank ne semblent plus reconnaître qui que ce soit, pas même leur propre conjoint. Le mot tombe, âpre et cruel : 'aliénés'. Severus est comme foudroyé.
La nuit est tombée sur Rosier Castle quand Snape reprend enfin conscience. Il se lève péniblement et sort sa baguette.
« Lumos » dit-il d'une voix brisée.
Sa baguette d'une main, il s'avance avec effroi dans les jardins ravagés par la bataille. Il ne reconnait plus rien. Ces jardins avaient été pour lui synonymes d'un paradis sur terre. Ils ne sont maintenant plus que cendres et décombres. Les restes de la tonnelle, où Evan aimait à étudier ses sombres lectures, attirent son attention à l'autre bout de ce qui avait été une allée. Il la remonte lentement, presque craintivement. Un rayon de lune éclaire les ruines : un petit rosier couvert de roses blanches aux reflets métalliques est planté dans un coin à côté d'une plaque de marbre noir. Une inscription en lettres d'argent y est inscrite :
"Evan Rosier, Rose d'Acier (1953-1979).
Vaine est la fierté si elle est dépourvue d'honneur… "
Severus tombe sur les genoux, sans pouvoir retenir ses larmes. Comment Alice a-t-elle pu l'abandonner ? Comment a-t-il pu la perdre alors qu'il vient à peine de la retrouver ? Que reste-t-il dans son existence à présent ? Il se remémore les mots de sa dernière lettre : "La lutte contre Voldemort était notre seule raison d'exister et je me demande parfois si je parviendrais à m'adapter aux temps de paix…" Il n'y aura jamais plus de paix pour elle. Maintenant c'est une vie pire que la mort qui l'attend.
Une main se pose sur son épaule. Surpris, Severus relève la tête.
« Professeur Dumbledore ? » réussit-il à articuler.
Le directeur d'Hogwarts regarde tristement le petit rosier et la plaque.
« Je suis désolé, Severus… » dit-il simplement.
Un long silence succède à ses paroles. Puis, Dumbledore prononce une formule et aux premières fleurs se mêlent des roses aux pétales alternativement rouge et argenté. Une seconde inscription apparaît sous la première :
"à Alice et Frank,
vaincus en ce jour et pourtant à jamais vainqueurs…"
Dumbledore se penche et pose respectueusement la baguette d'Alice dans les mains de Severus.
« Je l'ai trouvée dans le Castle. »
« Où ? » parvient à demander Severus.
Dumbledore reste silencieux.
« Où ? » insiste le Slytherin.
« Dans la salle où se trouvait la tapisserie des Rosier. Mais elle a été réduite en cendres… Gardez précieusement cette baguette, Severus… Qui sait ? Peut-être un jour, son fils en aura-t-il besoin ? »
Oui, je sais, c'est horrible ! Je suis désolée, mais c'est le canon qui veut ça ! Je vous jure que moi aussi, ça me fait mal !
Plus qu'un chapitre, un épilogue en fait, et ce sera terminé ! Tout ou presque a été dit. Les dés ont été jetés. Le destin a rattrapé les Longbottom. ... OUINNNNNN !
Une petite review pour apaiser mon coeur qui saigne... ? S'il vous plaît !
Je vous embrasse
Ruth (qui pleure dans son dédale…)
