Auteur : Ruth Dedallime
Titre : La Rose d'Argent
Disclaimer : L'univers Harry Potter et ses personnages appartiennent à J.K. Rowling.
Spoilers : Tome V
Rating : T
Résumé : Rosier, Longbottom, deux noms que Severus Snape chérit sans commune mesure. Laissons-le nous révéler ce que personne n'a jamais su : le dernier secret des Rosier.
Je n'ai pas tardé autant que je le craignais. J'avais dit vers Noël à un reviewer. Et miracle ! Il vient avec un mois d'avance, sans pour autant être prématuré... Je vous souhaite une bonne lecture pour ce dernier chapitre.
Abats qui la dédaigne...
Le feu était éteint depuis longtemps et le jour commençait déjà à poindre. Encore une nuit blanche pour Severus Snape ! Combien de nuits blanches, combien de cauchemars en quinze ans ?
Jamais il n'était allé la voir à St-Mungo. Il ne voulait pas croiser ce regard vide, voir ces cheveux prématurément blancs, ces membres amaigris. Quelque chose s'était définitivement brisé dans le cœur de Severus Snape.
Il avait revu quelques fois Narcissa, mais Madame Malfoy n'arborait plus qu'un air pincé et dégoûté. Elle semblait à chaque instant à la limite de l'évanouissement et pressait en toutes occasions contre son nez des mouchoirs parfumés d'essence de rose, comme si toute autre odeur allait la submerger. Elle avait obtenu de Lucius qu'il fasse d'importants dons réguliers à St-Mungo pour faire avancer la recherche sur les maladies et blessures magiques. Et même si quinze années s'étaient écoulées, elle continuait à croire qu'un jour prochain, sa chère Alice reviendrait.
Narcissa avait-elle parlé à son fils ? Draco savait-il seulement qui était sa marraine ? Ou ignorait-il tout, à l'instar de Neville Longbottom ?
Jamais Severus n'avait pu obtenir la garde de Neville. La mère de Frank, cette vieille acariâtre qui ne vivait que dans le souvenir de son fils, avait refusé de le lui confier.
« La famille avant tout ! » avait-elle martelé de sa voix aigre. « Il est hors de question que je confie mon petit-fils à un Mangemort, même repenti, et Slytherin de surcroît ! »
Il fallait dire que Severus était dans un état effroyable quand il en avait fait la demande et même l'appui de Dumbledore n'avait pu fléchir la vieille femme.
« Vieille chouette ! Foi de Snape, elle me paiera ces insultes un jour, » siffla Severus. « Par le sang de Méduse ! Cet enfant ne serait jamais devenu ce pathétique exemple de la société sorcière si son éducation avait été correcte ! »
A onze ans, le gamin était un incapable que Snape maltraitait avec une rage froide qu'il ne pouvait même pas justifier. A quinze ans, c'était un adolescent pleutre et maladroit qu'il considérait comme une insulte vivante au souvenir d'Alice. Si encore il avait pu accuser les gènes de Frank d'avoir affaibli le sang des Rosier, mais Longbottom avait été un des sorciers les plus brillants de sa génération. Neville seul était une calamité.
Augusta Longbottom détestait-elle sa bru au point de totalement inhiber toutes les qualités que Neville aurait pu – aurait dû – hériter de la Rose d'Argent ? Rendait-elle Alice responsable de tout ce qui était arrivé ? Certes, la haine que lui vouait Bellatrix avait été pour beaucoup dans la déchéance des deux Longbottom, mais cela n'expliquait pas tout non plus… L'acharnement de ce fanatique de Barty Crouch, entre autres. Celui-là n'était pas du genre à obéir à Bellatrix ou à rendre fou deux sorciers par pur plaisir. Il devait être à la recherche de quelque secret, de quelque renseignement. Mais Snape ne saurait jamais le fin mot de l'histoire : un détraqueur avait emporté l'âme et les pensées secrètes de Barty Crouch à l'issue du Tournoi des Trois Sorciers. Quoi qu'il en soit, ce dernier n'avait jamais cherché à attaquer Neville. Le seul qu'il avait eu pour cible était le Survivant : encore et toujours Potter. Merlin ! Quel lien pouvait bien exister entre toutes ces personnes ?
Jamais Voldemort depuis son retour n'avait fait la moindre allusion à un membre de la famille Rosier. C'était comme si ces trois êtres n'avaient jamais existé. Alice semblait s'enfoncer dans un puits d'oubli. Le cauchemar de la vie d'espion reprenait pour Severus, mais la pensée des Longbottom sains et saufs ne pouvait plus le soutenir à présent. Il était complètement seul.
Snape retourna dans sa chambre et rangea méthodiquement les affaires d'Alice. Puis il jeta un œil sur sa potion de la veille. Jamais Alice n'avait compris que la vraie beauté d'une potion n'était pas dans son résultat, mais dans la préparation méticuleuse qu'elle nécessitait. Elle n'avait vraiment pas l'âme d'un alchimiste. Il consulta son grimoire posé sur le bureau et avec un soupir le referma.
C'était un ouvrage épais à la couverture de cuir brun un peu passé. Aussi curieux que cela puisse paraître pour un ouvrage de cette importance, il était écrit à la main. Severus ne l'avait révélé à personne, pas même à Dumbledore ou à Alice, mais il s'agissait d'un livre écrit de la main même d'Evan Rosier. Un livre à la valeur sans égale. Un livre que la Rose d'Acier lui avait légué un soir d'octobre 1979, une semaine, jour pour jour, avant sa mort.
« Evan ! C'est… C'est bien toi ? » s'écrie Severus, ne pouvant en croire ses yeux. Mais il reprend vite ses esprits, s'effaçant pour laisser entrer le frère d'Alice chez lui. Inutile d'attirer l'attention sur eux.
La Rose d'Acier ne dit rien. Il enlève sa cape et abaisse le capuchon qui cache ses traits.
« Je te croyais mort… Ils le disaient tous… » poursuit Snape.
A la différence d'Alice, il n'a jamais ressenti la moindre haine envers Evan. Ce dernier reste son modèle, son inspirateur, probablement le frère qu'il aurait aimé avoir. Quand la Rose d'Argent avait soutenu que son aîné était encore vivant, le jeune Snape avait dû lui cacher ses espoirs. Mais les mois s'étaient écoulés sans nouvelles de la Rose d'Acier, ni du côté des Aurors, ni du côté des Mangemorts. Et Snape ne savait plus qui croire.
« Oui, je suis bien content de m'en être tiré, Snape ! » répond enfin Evan. « J'ai dû me tenir éloigné quelques temps. Je n'étais pas… en état. »
Severus l'introduit dans le cabinet de travail et range d'un coup de baguette les livres et le chaudron qui traînent encore dans son bureau.
« Tu étais en train de travailler ? » demande Evan.
« Je suis toujours en train de travailler ! » répond Snape, avec hauteur.
Rosier sourit, mais ne répond rien. Il a toujours aimé la fierté de son cadet.
« Je crois que les félicitations sont de rigueur… » remarque Severus, en lui proposant un verre de firewhisky.
Evan hausse un sourcil interrogateur.
« Le nez de Moody ! » explique-t-il à son aîné avec un regard admiratif.
La bouche de la Rose d'Acier s'étire en une expression carnassière qui le fait terriblement ressembler à sa sœur. Severus ne peut s'empêcher de tiquer à cette similitude. Pourquoi faut-il que ces deux Roses se haïssent autant ? Evan saisit le verre d'alcool que lui tend son condisciple. Il fait tourner la liqueur dans le verre, en en appréciant la couleur ambrée.
« N'est-ce pas ? » dit-il enfin. « J'avais un compte à régler avec cette vermine… Le vieux barbon s'est toujours vanté d'avoir du nez pour juger ses semblables. J'ai été ravi de l'humilier un peu en le privant de son précieux appendice… »
« Tu l'as gardé ? » ne peut s'empêcher de demander Severus avec curiosité.
« Hmm ? Son nez ? Le veux-tu pour tes potions, Snape ? » ricane Rosier, d'un air mauvais.
« C'est juste qu'on peut faire bien des incantations avec un morceau d'anatomie… » insinue Severus.
« J'ai mieux en matière d'incantations… » fait la Rose d'Acier, en posant mystérieusement la main sur sa poche, mais il n'ajoute rien.
Severus porte un toast en direction d'Evan. Les verres se heurtent en un tintement cristallin, puis les deux amis dégustent leur boisson.
« Ta réserve est de qualité, Snape… » remarque Rosier avec un sourire appréciateur.
« Alors quels sont tes projets ? » demande finalement le Maître de Potions de Voldemort. « Notre Seigneur t'a-t-il ordonné de traquer et d'achever Moody ? »
« J'aimerais bien. Mais Malfoy cherche à saper ma position en ce moment, soit-disant que je serais convalescent. Au repos. Peuh ! Il a vraiment l'opportunisme d'un petit marquis ! » lâche Evan d'une voix méprisante. « Il cherche à s'allier à cette folle de Trixa… Tu le savais ? »
Severus secoue la tête. Il se tient loin des intrigues qui se nouent et se dénouent aux pieds du Lord. Mais Bellatrix n'est pas à prendre à la légère. Il le sait.
« Méfie-toi, Evan. Les Lestrange ne s'encombrent pas de scrupules… »
« Je ne suis pas du genre à attaquer avec une dague encore au fourreau ! » sourit la Rose d'Acier. « De toutes façons, les Lestrange vont bientôt partir en mission. Je pourrais alors m'occuper de Malfoy… »
Severus a un regard interrogateur, même s'il sait qu'il est vain de tenter d'obtenir davantage d'informations de la Rose d'Acier.
« Je suis las, parfois, de la médiocrité des Mangemorts… » soupire Rosier. « Aucun n'est digne d'épauler notre Maître. Pas plus cette dégénérée de Trixa, que cet arriviste de Malfoy ou cette brute sans foi de Dolohov. Quelle que soit la pureté de leur sang, ils n'en demeurent pas moins des subalternes ! … C'est pour cela qu'ils nous jalousent tous, nous, les descendants de Salazar ! »
Evan vide son verre d'un trait et reprend d'un air colérique que Snape lui a rarement vu :
« Malfoy cherche à prendre ma place car il s'imagine en avoir l'étoffe, Mulciber ne me quitte jamais des yeux comme s'il espérait le moindre faux pas de ma part, McNair et Lestrange ont placé chacun un de leurs elfes de maison à Rosier Castle, Nott ne fait d'ailleurs que critiquer Père pour la tiédeur de son engagement envers notre cause, et Dolohov s'est introduit pendant ma convalescence dans mon laboratoire. Quant à Bellatrix, son activité principale semble être de menacer ma sœur à tout bout de champ et de monter notre Seigneur contre elle. Qu'elle ose… Qu'elle ose seulement… »
Rosier s'interrompt et souffle un grand coup de dépit. Severus est surpris par cette explosion de colère, et plus encore par la mention d'Alice, mais il n'en montre rien. Quelque chose lui échappe encore. Il ressert un verre de firewhisky à Evan qui a maintenant retrouvé tout son calme. Ce dernier se pince longuement le menton, l'air soucieux.
« Dis-moi, Snape, tu crois que si Longbottom disparaissait et que je réglais le cas de Trixa, Alice viendrait de notre côté ? » demande-t-il finalement d'une voix pensive.
La question est comme un coup de couteau dans la poitrine de Severus. Il camoufle habilement ses sentiments d'horreur et se contente de hausser un sourcil surpris :
« C'est donc à cela que tu penses ? Je croyais que tu haïssais ta sœur… »
Evan plante un regard sévère dans celui du jeune Maître de Potions, avant de lancer d'une voix réfrigérante :
« Ne dis pas n'importe quoi, Snape. Elle est une Rosier ! Mais j'imagine que tu es incapable de comprendre… »
Le ton venimeux de la Rose d'Acier est insupportable aux oreilles de Severus. Il lui rappelle celui d'Alice quand elle distillait son venin à ceux qu'elle souhaitait écraser de son mépris. Ce ton qui rabaisse, qui le relègue au rang d'inférieur. Le jeune Slytherin se sent brusquement exclu du conflit qui oppose les deux Roses. Evan ne laisse-t-il pas entendre que lui, Severus, ne représente rien à leurs yeux ? La Rose d'Acier le regarde, comme s'il le mettait au défi de répondre. La cruauté des Rosier n'a jamais été une légende et Severus sait depuis longtemps qu'il ne faut jamais user d'une arme émoussée face à eux.
« Une telle faiblesse sentimentale chez un sorcier de ta trempe, c'est risible ! » persifle-t-il enfin en réponse aux provocations d'Evan.
Ce dernier a un petit rire satisfait à l'esprit de répartie de son cadet :
« Les Rosier ne sont pas des sentimentaux… Ma chère sœur n'aurait pas dû l'oublier. Je dois avouer que ses choix m'ont passablement… désappointé ! »
« Les femmes… » se contente de répondre Severus, avec un sourire entendu.
Evan le foudroie du regard :
« Mais cette femme-là est d'une autre race ! Rentre-toi ça dans le crâne, Snape… »
La menace est parfaitement claire. Le jeune Maître de Potions sait qu'il ne doit pas trop enfoncer le chapeau (1) quand il s'agit d'Alice Rosier. Un coup, Evan la critique et la rabat plus bas que terre, un coup il la flatte et la porte aux nues. Severus attend donc patiemment, en camouflant ses angoisses.
« Ce que nous devons faire maintenant, c'est utiliser à bon escient Longbottom… » explique la Rose d'Acier. « Je pourrais tuer ce traître à son sang, bien entendu, mais j'ai d'autres plans pour lui… »
« Tu penses vraiment qu'il pourrait être utile, cet ahuri de Gryffindor ? » remarque Snape, incrédule.
« Très ! » répond Evan, laconique, mais avec un sourire mauvais.
Severus ne manque pas l'intonation fielleuse qui perce dans la voix de Rosier. Il comprend soudain : la personne qu'Evan haït sans commune mesure n'a jamais été Alice, mais Frank Longbottom. Bien sûr, c'est évident ! Comment a-t-il pu être aveugle au point de croire qu'Evan détestait Alice ? Pour la Rose d'Acier, Longbottom est coupable. Coupable d'avoir détourné Alice de son frère, coupable de l'avoir entraînée chez les Aurors, coupable de l'avoir soumise aux ordres indignes du Ministère, coupable d'avoir fait d'elle une inférieure. Oui, Severus comprend enfin la haine viscérale qu'Evan Rosier ressent pour son beau-frère. Et il sait également que la Rose d'Acier le châtiera avec la plus grande cruauté possible.
« Tu sais, malgré les efforts de Trixa, il ne faudrait pas grand-chose pour que notre Seigneur regarde notre chère Rose d'Argent d'un œil favorable… » poursuit Evan, tout à son idée.
« J'en doute ! » répond aussitôt Severus, d'un ton sec.
« Je vois que tu as fait de remarquables efforts pour t'affranchir de l'influence de ma sœur… Je te fais mes compliments, Snape ! » fait Evan.
Severus n'arrive pas à savoir s'il y a de l'ironie dans le ton de son aîné. Il choisit par conséquent de jouer la carte de la jeunesse et se renfrogne d'un air mécontent. Evan rit allégrement à cette réaction.
« Si tu montres ainsi tes faiblesses un opportuniste comme Malfoy ne manquera pas de les utiliser contre toi, » le met en garde Evan sans perdre son sourire.
Le frère d'Alice semble être de très bonne humeur maintenant. 'Il n'en sera que plus bavard', pense Severus satisfait. 'Si Alice ou Frank sont concernés, je dois à tout prix connaître ses plans'
« Et bien, vas-y ! » dit-il, jouant la colère. « Explique-moi donc comment tu comptes faire venir Alice de notre côté, je t'écoute ! »
« Tu manques d'imagination, Snape… Il suffit juste d'une petite mise en scène… » expose lentement Evan. « Nous devons juste créer le moment favorable où la Rose d'Argent serait forcée de choisir entre sa propre vie et celle de son… Gryffindor. En la manipulant suffisamment bien, on devrait même pouvoir l'amener à tuer ce parasite elle-même ! Ce serait du meilleur effet, non ? »
Au fur et à mesure qu'Evan révèle son plan, Snape se rend compte que la Rose d'Acier frise la démence. Croit-il vraiment qu'Alice pourrait lancer un avada sur Frank ? Jamais elle ne ferait une chose pareille. Pas même si sa propre vie était menacée. Elle pourrait bien entendu porter la main sur son mari, mais ce serait pour le protéger avant tout. Jamais, au grand jamais, elle n'attenterait à sa vie. Parce qu'elle l'aime. Mais Evan peut-il comprendre cela ?
« Tu penses à quoi ? Imperium ? » propose Severus.
« Quelque chose comme ça… J'ai aussi moyen d'améliorer le procédé… » répond Rosier, sans se départir de son sourire carnassier. « Ajoute à cette scène larmoyante quelques témoins irréprochables du Ministère et nous brisons définitivement la pathétique carrière d'Auror de ma sœur ! … Non, sans plaisanter, il est grand temps qu'une Rose arrête de se soumettre aux ordres de ces Sangs mêlés et de ces Sangs de Bourbe indignes de gouverner, » ajoute-t-il très sérieusement.
« Et après ? » fait Snape. « Je ne vois toujours pas les raisons de son engagement auprès du Lord ! »
« Parce qu'elle refusera de se faire juger ! Je la connais, crois-moi… Elle est trop fière pour accepter le jugement de ses pairs. »
« Tu ne crois pas qu'elle irait plutôt chercher refuge auprès de ce vieux renard de Moody ou plus vraisemblablement auprès de Dumbledore à Hogwarts ? » hasarde Severus.
« Dumbledore et Moody n'accepteraient pas de protéger une femme qui a tué son mari… Non… Seuls, nous ses proches, serions suffisamment miséricordieux pour l'accueillir et la recommander auprès de notre Seigneur… Quelle autre alternative pourrait-il bien lui rester, la pauvre petite ? »
La voix convaincue d'Evan résonne dans la pièce. Il ne semble habité par aucun doute. Snape comprend que Rosier est réellement fou. Il croit que la mort de Frank réglerait tous ses problèmes avec Alice. Pourquoi ne peut-il accepter que sa sœur est perdue pour lui ? Qu'ils ont juste fait des choix différents, pris des routes opposées. Severus hésite sur la conduite à tenir.
« Tu sais… » dit-il d'un ton incertain. « Je crois que même sous imperium, tu n'arriveras pas à la contraindre à tuer Longbottom… Elle te tuerait plutôt. »
« Crois-tu ? »
« Ce n'est qu'une rumeur… mais il semblerait que ta soeur ait fait un serment lors du mariage… »
« Tu veux dire que nos jeunes mariés ont gravé leurs initiales dans un cœur sur un arbre comme les moldus ? » ironise Evan du tac-au-tac.
« Un serment inviolable… » précise Snape sans affect. « Elle a du se douter que Longbottom serait son talon d'Achille… D'après ce que sait Narcissa, ils se sont jurés une protection mutuelle. »
Rosier est comme foudroyé. Le silence s'étale dans la pièce. Puis Evan attrape la bouteille de firewhisky et remplit à nouveau leurs verres.
« Il faudra donc trouver quelqu'un d'autre à sacrifier… » lâche finalement la Rose d'Acier.
Severus repensait à cette conversation d'un œil nouveau. Peut-être Evan s'était-il laissé tuer pour que le Lord prenne conscience du potentiel d'Alice ? Voldemort n'avait-il pas immédiatement proposé à la Rose d'Argent, la fratricide, de prendre la place de son frère ?
Mais Alice n'avait pas tué Evan uniquement par haine ou par vengeance, c'est ce que le Seigneur des Ténèbres n'avait jamais compris… Elle avait tué son frère pour lui rendre son honneur perdu. Pour elle, ce frère adulé avait commis la pire des bassesses le jour où il avait plié l'échine devant ce parvenu. La Rose d'Acier avait trahi le sang des Rosier. Un crime inacceptable…
Et Evan ? Evan voulait rendre sa fierté à Alice, fierté qu'elle avait perdu le jour où elle avait tourné le dos à sa condition de Rosier. Le jour où elle avait choisi un Gryffindor. Un autre crime inacceptable… Pourquoi fallait-il qu'ils aient été si semblables ? Car même adversaires acharnés, Alice et Evan étaient demeurés deux fleurs d'un même Rosier.
Severus revoyait la silhouette d'Evan Rosier s'éloigner. Juste avant de partir, la Rose d'Acier avait eu un mouvement d'hésitation, puis il avait glissé un livre soigneusement empaqueté dans les mains de son cadet avec ses simples mots « je te confie ceci ». Severus n'avait plus revu Rosier avant son face-à-face mortel avec sa sœur.
Pourquoi Evan lui avait-il donné ce grimoire, une semaine avant sa fin tragique ? Sentait-il que son temps s'était écoulé ? Craignait-il l'alliance de Bellatrix avec Malfoy ? Redoutait-il l'attention constante que lui portait les autres Mangemorts ? Voulait-il le rendre, lui Severus Snape, dépositaire de ses secrets ? De son bien le plus précieux ? Voulait-il qu'il accomplisse sa vengeance en cas d'échec ?
L'énigmatique Evan Rosier.
Et à présent, Severus usait des travaux d'Evan consignés dans le livre, pour tenter de ramener la Rose d'Argent. Il la réussirait cette potion ! Par toutes les ombres des Enfers, il la réussirait ! Même si la recette était totalement expérimentale ! Même si c'était une magie terriblement ténébreuse ! Même si c'était une folie ! Cette potion sauverait Alice ! Il en avait fait le serment. Il la sauverait ! Et à eux deux, ils trouveraient bien le moyen de sauver Frank à son tour. Et rien… Rien ne saurait le détourner de ce but.
Snape fit appel à toute sa volonté pour ne pas flancher. Merlin ! Que restait-il donc de la noble maison des Rosier ? Une fratricide aliénée ? Un adolescent médiocre ? Une tapisserie en cendres ? Un grimoire représentant une ultime rédemption ?
Seul demeurait sur la table l'album photo. Avant de le rétrécir, Severus l'ouvrit à la dernière page, contemplant un instant les armes des Rosier qui y était peintes, surmontées de la devise de famille : "Abats qui la dédaigne". Par les trois têtes de Cerbère, les rares individus qui avaient osé dédaigner une Rose devaient encore s'en souvenir aujourd'hui ! Aucun Rosier n'était réputé pour son caractère conciliant, plutôt pour leur langue acérée ou la vivacité avec laquelle ils sortaient leur baguette.
Severus fit tourner celle d'Alice dans ses doigts et la contempla : vingt-huit centimètres, très effilée et merveilleusement flexible, bois de rose évidemment, composé de l'écaille frontale d'un griffon argenté. Il utilisait indifféremment sa baguette ou celle d'Alice. La baguette de la jeune femme lui convenait, elle s'était toujours bien adaptée à sa magie, mais ces derniers temps, elle lui jouait des tours. Avait-elle hérité du caractère facétieux d'Alice ?
« Je me fiche que Neville ait cassé la baguette de Frank en juin dernier lors de la bataille du Ministère. Ce gamin inapte ne mérite pas celle de la Rose d'Argent ! » grogna-t-il.
La baguette émit de son propre chef de curieuses étincelles cuivrées.
« Non, il ne la mérite pas… » répéta-t-il en la rangeant dans la manche de sa robe.
Snape étouffa un soupir las, puis consulta son horloge : bientôt six heures trente. Une nouvelle journée allait commencer, avec les premières années de Hufflepuff qui martyrisaient toujours leur fond de chaudron les troisièmes années de Gryffindor, tous aussi pitoyables les uns que les autres. Et enfin les cours de double potion des sixièmes années, parmi lesquels Malfoy et Potter ! Et Neville… Neville Longbottom qui ne serait jamais le digne fils de sa mère.
Six heures trente, passées de deux minutes. Encore une belle journée en perspective… en attendant un faux-pas des Lestrange et la prochaine convocation de Lord Voldemort.
FIN
1 : « pas trop enfoncer le chapeau » : correspond à « pas pousser le bouchon trop loin »
Ca y est ! Alleluia ! J'ai terminé La Rose d'Argent ! Merci à tous de m'avoir accompagné sur cette fic. Merci d'avoir reviewé et merci d'aimer.
Et ne soyez pas timides : vous pouvez continuer à reviewer même si elle est terminée. Chaque review contribue à sauver les Longbottom !
Je vous embrasse.
Ruth (qui a enfin trouvé la sortie de son dédale de roses...)
ET MAINTENANT, VENEZ PARTICIPER AU GRAND JEU DES ROSIERS !
Vous connaissez Alice la Rose d'Argent, Evan la Rose d'Acier, leur père David la Rose Titan... A votre avis, que serait la Rose de Neville ?
Je posterai les meilleurs résultats dans un autre chapitre avec une petite note explicative sur la fic.
