Plus que quelques chapitres à cette histoire, alors profitez-en bien et merci pour vos commentaires, c'est toujours plaisant d'en recevoir ^^
Chapitre 9
Flocons de neige
-Septième Année-
PDV Sissy – Terrain de Quidditch
Les tribunes sont bondées, le bruit est insupportable d'ici. C'est la première fois de toutes mes études à Poudlard que j'observe un match qui inclut ma maison et je déteste ça. Ça va faire pas loin d'une heure que je les regarde jouer. Le type que Marcus a trouvé pour me remplacer est horriblement mauvais. Un point positif ? Olivier a réussi à arrêter tous les tirs de Marcus. Sans doute pourquoi un magnifique sourire illumine mon visage.
C'est déjà la mie novembre et le froid me fait sautiller sur place. Le nez au fond de mon écharpe, j'observe le match de cette tribune verte et argent où je déteste absolument tout le monde. Dumbledore a officiellement déclaré que les photos étaient fausses, mais ça n'a rien changé. Les gens ne sont pas si dupes. Ils savent au fond… Surtout McDonald. Dès qu'elle a vu ces photos, elle a senti que c'était la vérité et depuis elle fait simplement comme si je n'avais jamais existé et Olivier non plus.
Dès le lendemain de cette histoire, j'ai reçu une lettre de mon père, m'annonçant que le mariage aurait lieu entre noël et la nouvelle année. Depuis, je déteste la nuit. Je déteste toutes ces nuits où je suis loin d'Olivier et qui donnent lieu à un nouveau jour, me rapprochant toujours plus de cet instant fatidique. Me marier… Il me semble que c'est hier encore que me voir marier avec Marcus ne me faisait simplement ni chaud ni froid. Mais voilà, il y a eu ce rouge et or et son idée stupide d'apprendre à se connaître. Sans ça au fond, le jeu ne serait resté qu'un jeu. Devrais-je l'en remercier ou plutôt souhaiter sa mort ? Dilemme difficile en fait. Je pourrais peut-être être hypothétiquement heureuse sans ça aujourd'hui.
Une vague de hués s'empare de nos gradins tandis que je reste tout sourire. Olivier a encore arrêté un tir de Marcus. Je peux voir d'ici qu'il est ivre de rage…
PDV Olivier – Terrain de Quidditch
Flint me jette un regard qui exprime toute la frustration du monde. C'est excellent. Je compte bien ne laisser aucun de ses shoots passer les anneaux et même si c'était déjà comme ça avant, j'ai une motivation en plus aujourd'hui. Si tu le laisses marquer le moindre petit point cette année, tu vas le regretter Dubois ! Elle m'avait dit ces paroles alors qu'elle venait de se faire éjecter de l'équipe et je compte bien réaliser son souhait. Tu ne marqueras pas avec moi cette année Flint. Un sourire suffisant se tend sur mon visage en réponse à son air colérique et je me concentre à nouveau sur la partie.
Plus le temps passe, plus les Serpentards sont agressifs. Les filles ont du mal, les cognards sont de plus en plus dangereux et je reçois de plus en plus de lancés. Je n'arrive pas à tous les arrêter, mais ceux de Flint, oui, et ça le rend d'autant plus furieux. Avec tout ce qui se passe sur le terrain, je n'ai pas le temps de tout voir. Je n'ai pas la chance de tout prévoir. C'est peut-être parce que son acte fut très inconsidéré. Je ne sais d'où il est arrivé comme ça, mais je sais qu'il avait un objectif très clair en tête. Moi. Je n'invente rien, poussé par je ne sais qu'elle idée stupide, Marcus Flint me fonce droit dessus et je ne m'en rends compte que trop tard. Que lorsque je peux le regarder dans le blanc des yeux. Que lorsqu'il ne me reste plus qu'à serrer les dents et encaisser le choc.
PDV Sissy – Terrain de Quidditch
Le temps est comme suspendu. L'image s'est arrêtée au moment où ils se sont percutés. Leur chute est floue et ma respiration s'arrête sans que je ne le réalise. Je peux vaguement les voir, à la fois à vouloir reprendre le contrôle de leur balai et à faire tomber l'autre du sien. Marcus en est à ce point pour gagner ? Il en est à faire des choses aussi dangereuses juste pour prouver qu'il est le plus fort ? Ça n'a plus le moindre sens, il est complètement fou !
Et quand je reprends mes esprits, je réalise que je suis dans les escaliers des gradins, à les dévaler aussi vite que je le peux. J'entends des acclamations, des encouragements. Je devine qu'ils se battent. Et je ne peux que le constater une fois arrivée sur la pelouse du terrain. Ils sont là, au loin, les mains au collet de l'autre, à se regarder avec une haine facilement palpable. Je cours à nouveau. Le jeu a été arrêté, les joueurs et Bibine sont déjà autour d'eux à tenter de les arrêter, mais rien n'y fait.
Je m'immisce entre les jumeaux turbulents, les séparants pour passer. Olivier et Marcus sont sur le point de se jeter encore l'un sur l'autre, mais je me pose pile entre les deux. Résultat, ils s'arrêtent dans leur geste.
- Mais vous êtes fous tous les deux, s'exclame Bibine. Ce terrain ne serre pas à régler vos comptes ! Vous allez avoir une longue retenue, soyez-en sûr !
- C'est lui qui…
- Je ne veux rien entendre Monsieur Dubois ! Retenue, tous les deux et vous êtes expulsés de ce match. Tous les deux !
Olivier n'ajoute rien, ravalant simplement sa colère. Et tandis qu'il s'éloigne vers les vestiaires, tout comme Marcus, une petite chose froide se pose sur mon nez. Un simple flocon de neige. Le premier de l'année. Mais il ne sera pas le dernier.
Tandis que je rejoins Olivier aux vestiaires maintenant que le match est terminé et que je sais qu'il est seul, il en tombe des centaines. J'entre dans le bureau, il est là, les bras croisés à fixer le vide. Il doit être furieux d'avoir été expulsé à cause de Marcus. Les images de cette autre fois où je l'avais rejoint après le match opposant nos équipes me reviennent en tête et un sourire glisse sur mes lèvres alors que je répète l'opération, allant m'asseoir sur le bureau, tout juste devant lui.
Sa lèvre inférieure est fendue et la blessure est légèrement bleuie. Quand est-ce que Marcus apprendra que se servir de ses poings et de la force n'avance à rien ? Sans doute jamais…
- Je ne l'ai pas vu arrivé, s'explique Olivier.
- Je sais.
- Il m'a provoqué.
- C'est typique.
- Et j'ai riposté comme un gamin !
Voilà ce qui le met réellement hors de lui. Simplement parce qu'il a embarqué dans son jeu, parce que Marcus lui a fait faire ce qu'il voulait. Je m'avance un peu, posant mes pieds de chaque côté de ses cuisses, comme la dernière fois. Je prends ses mains, les attirant sur mes jambes et je plante mon regard dans le sien.
- C'est ça qui te met en colère ?
- Oui ! Je ne devrais pas faire ça, me laisser emporter aussi facilement juste à cause de lui.
- Ce n'est pas la fin du monde, voyons.
- Ça lui donne raison et j'ai horreur de ça.
Je quitte le bureau, m'assoyant sur lui, entourant son cou de mes bras, appuyant mon front contre le sien et fermant doucement les yeux.
- J'ai bien aimé, moi, que tu lui tapes dessus.
Je peux l'entendre rire légèrement et un sourire se dessine sur mes lèvres alors que je recule un peu la tête pour le regarder de nouveau. Voilà, il est un peu moins en colère maintenant. Bien. Je n'aime pas voir son front plissé par l'emportement.
- Vraiment ?
- Oui, vraiment.
- Oh, tu pourrais me remercier alors.
- Mais j'y compte bien.
Mon sourire s'élargit, je reste dans son regard sombre encore quelques secondes et finalement je l'embrasse doucement pour ne pas lui faire davantage mal à la lèvre blessée.
PDV Olivier – Vestiaires
Je suis toujours autant énervé contre Flint et contre moi-même surtout, mais de sa seule présence, Sissy arrive à calmer cette tempête qui gronde en moi. Ses baisers sont volages, attentionnés. Rien à voir avec la presse qu'elle avait cette autre fois où nous nous sommes abandonnés à ce même endroit. Tant de choses sont arrivées depuis. Tant d'épreuves à avoir surmontées. Tant de changements…
Ses mains prodiguent de douces caresses et, m'éveillant lentement d'un rêve, je laisse mes pensées pour lui répondre. Si souvent mes mains ont parcouru son corps et pourtant chaque fois est comme la première fois. Tout son être appel le mien d'une manière indescriptible et je crois qu'il en a toujours été ainsi. Depuis ce fameux jour où je la vis pour la première fois dans le train. Sept ans déjà depuis ce moment…
- Oli…
Les vêtements tombent éparses suite à son murmure. Comme chaque fois que nous sommes réunis, le monde se referme pour ne plus exister. Qu'est-ce qu'une expulsion, qu'est-ce qu'une retenue, qu'est-ce qu'une lèvre fendue si je peux avoir le loisir d'être au plus profond d'elle et de son âme ? Rien, c'est bien exact. Tout ça, et bien plus encore, en vaut la peine si je peux être en symbiose avec elle l'espace d'une seconde.
PDV Marcus – Vestiaires
Ils sont là, se fichant du monde entier, se pensant seuls. Mais ils ne le sont pas. Qu'est-ce qu'ils pensent ? Que je suis taré à ce point ? Que je ne sais pas quand elle revient de ces moments passés avec lui ? Elle empeste son odeur, elle empeste le bien être, elle empeste l'amour… à chaque fois.
D'ici, je peux voir son visage se torde sous le plaisir. Ça me tue. Cet enfoiré avait raison. Elle est si belle. Je ne l'ai jamais vu s'abandonner de la sorte. Je n'ai jamais vu cette étincelle dans son regard. Pourquoi lui ? Pourquoi pas moi ? Tant pis, ça n'a plus d'importance. Bientôt elle ne sera qu'à moi.
Je suis sur le point de m'en aller et voilà que je l'entends. Sa voix. Celle dont il parlait aussi. Ce doux gémissement qui invite à plus. Cette lente supplication qui n'est qu'une torture pour les oreilles. Ce son qui pousse à lui offrir l'absolu sans la moindre hésitation.
Mais il ne gagnera pas. Je suis son fiancé. Je suis celui que son père estime. Je suis celui qui l'aura au détour. Profitez bien, tout ça est bientôt terminé !
PDV Olivier – Poudlard Express
La neige tombe à gros flocons depuis le début de la journée. Là, sur cette banquette du train, je serre Sissy contre moi depuis que nous sommes installés. Je redoute autant qu'elle le moment où le train sonnera son arriver et où nous devrons nous séparer. La tête contre la fenêtre, j'observe cette pluie blanche qui rend tout immaculé sur son passage. Si seulement elle pouvait faire la même chose sur la vie de Sissy. D'une simple neige, rendre sa vie aussi belle et unique qu'un flocon.
L'espoir fait partie de ma nature, mais je ressens de plus en plus le poids de l'inutilité. Je ne peux pas moi-même aller voir son père et le supplier d'annuler ce mariage. Elle seule le peut et elle s'y résigne avec tellement de fatalité que ça me retourne l'estomac. Pourquoi as-tu si peu confiance en toi amour ?
PDV Sissy – Poudlard Express
Les yeux fermés, je suis bercée par le mouvement régulier du train. Là, dans ses bras, appuyée contre son cœur, j'en écoute attentivement chaque battement pour les ancrer au plus profond de ma mémoire. Je respire tranquillement son odeur, je prends le temps de tout garder en moi.
Mon esprit se vide. Je ne veux rien penser, sinon à lui. Je ne veux rien voir, sinon son visage. Je ne veux rien entendre, sinon son cœur battre. Ce qui arrive changera-t-il vraiment quelque chose ? Ce mariage m'éloignera-t-il vraiment d'Olivier ? Une fois de retour à l'école, rien ne sera changer sinon l'anneau que je porte au doigt. Mais ensuite ? Quand cette année sera terminée ? C'est bien plus ça qui m'effraie que de devoir me marier avec un autre. Ne pas le voir tous les jours, c'est ce qui fait naître ce manque en moi. Ce vide que lui seul sait combler…
Le temps est passé si vite. Pourquoi n'a-t-il pas voulu s'arrêter ? Je lui ai demandé tellement de fois. Trop de fois, j'ai souhaité arrêter le temps, mais il ne cesse jamais. Si cruel de poursuivre sa course infinie alors que pour nous, il est si court et tellement vite passé.
À cette même date, il y a un an exactement, je pensais encore que ce mariage était tellement loin et le voilà si près maintenant. C'est si injuste. Pourquoi n'ai-je pas le droit de choisir ma vie ? Pourquoi ne puis-je pas choisir avec qui la partager ? Le monde sorcier est-il si archaïque pour que les enfants ne puissent décider eux-mêmes ? Certes, dix-sept ans, cela est jeune pour décider d'une vie entière, mais la certitude est si forte. Je le sens inscrit au plus profond de mon être. Mon corps tout entier ne crie que son nom.
Olivier. Si je le pouvais, je passerais des dizaines de vies à tes côtés. Chacune d'elle serait insuffisante pour me lasser de toi…
PDV Olivier – Poudlard Express
Je peux voir Londres se profiler à l'horizon. Nous serons bientôt à la gare. Ce n'est plus qu'une question de minutes maintenant. Je resserre mon étreinte. Je ne veux pas la laisser partir. Je ne veux pas qu'elle me glisse encore entre les doigts.
- Je t'aime Sissy.
Les mots m'ont échappé avec tant de facilité. Comme si je ne voulais surtout pas qu'elle oublie. Comme pour être bien certain qu'elle sache tout ce qu'elle représente pour moi. Elle se redresse lentement avec un sourire si doux qu'elle donne l'impression d'être un ange.
- Je t'aime aussi.
Elle pose une main sur ma joue, traçant son contour pour je ne sais quelle raison et finalement elle se rapproche pour m'embrasser. Là où d'ordinaire, elle arrive à me faire oublier tant de choses, cette fois, rien n'y fait. Ce mariage me révulse. Je la repousse lentement en tenant son visage entre mes mains. Mes yeux se plongent dans les siens. Je ne lui ai jamais dit directement ce que je m'apprête à lui dire. Mais je ne peux garder le silence plus longtemps. Jamais je n'aurai la chance de lui faire cette supplication à nouveau.
- S'il te plait, ne fais pas ça.
- Oli…
- Ne l'épouse pas.
- Quel autre choix ai-je ?
- De dire non ! C'est ta vie Sissy, ne la gâche pas pour ton père.
Je m'attends à ce qu'elle riposte comme elle l'a toujours fait, mais rien ne sort de sa bouche. Elle reste suspendue à mon regard avant de m'embrasser à nouveau avec plus d'urgence. Le train siffle. Nous voilà à destination. Les gens s'accumulent dans les couloirs. Le train ralentit. Mais nous restons là, l'un contre l'autre. Jusqu'à la dernière minute. Jusqu'à la dernière seconde…
PDV Sissy – Manoir Higgs
Cet endroit fut toujours symbole d'ennui et de froideur. Aujourd'hui encore plus que jamais. La nuit est tombée depuis des heures. Je ne suis pas descendue dîner. Je suis restée là, à ma fenêtre, depuis mon arrivé. La neige tombe toujours. S'il te plait, ne fais pas ça. Je revois son visage à cet instant. Si suppliant. Tellement anéanti. J'aurais tant voulu lui accorder son souhait. J'aurais tant voulu lui sourire, lui dire qu'il n'avait rien à craindre. C'est ce que je veux toujours…
Les flocons tombent sans se soucier du reste du monde, allant là où bon leur semble. J'ai envie de faire comme eux. J'ai envie de m'évader de cette prison aussi luxueuse peut-elle être. J'ai envie de m'envoler et de tomber où je le souhaite comme tous ces petits points blancs.
C'est ta vie Sissy, ne la gâche pas pour ton père. Il a tellement raison. J'en ai assez de lui obéir. Je ne veux pas épouser Marcus. Je ne veux pas rester une minute de plus dans cette maison. Je ne veux pas être loin d'Olivier encore une seconde !
Je me lève, quittant la fenêtre et ouvre en grand ma penderie qui fait pratiquement la taille d'une chambre normale. Mais tous ces vêtements hautes coutures, je m'en fou. Je ne veux qu'une chose. Mon balai. Une fois en main, je retourne à la fenêtre, regardant encore quelques secondes ces flocons qui appellent à la liberté…
PDV Olivier – Maison Dubois
- Olivier chéri, tu comptes rester dans cette salle de bain encore combien de temps ?
- Je sors, ça va…
Je n'en ai pas la moindre envie, mais je quitte tout de même la salle de bain. Ma mère sait que quelque chose ne va pas avec moi. Je le vois à sa manière de m'observer. De chercher des réponses dans mon regard qui est fuyant.
- Si on t'ennui autant, fallait pas te donner la peine de revenir pour les fêtes, rigole une voix.
- La ferme !
Rachel, ma cousine… Son père et ma mère étaient frère et sœur. Je dis étaient parce que les parents de Rachel sont morts dans un accident de la route il y a déjà dix ans. Ma mère venant d'une famille moldue, Rachel n'est pas une sorcière, mais elle connaît notre monde. Elle trouve ça « cool » de nous voir faire nos petits tours, mais je sais qu'au fond, ça la gêne un peu. Surtout quand elle veut inviter de ses amis à la maison. Ma mère et moi ça va, on a l'habitude, mais mon père, venant d'une famille à 100% sorcière a beaucoup de mal et fini toujours par provoquer l'embarra. Et je ne parle même pas de la catastrophe chaque fois qu'il essaie d'utiliser un élément de notre cuisine.
- Pourquoi t'es autant de mauvaise humeur cousin ?
- Ça ne te regarde pas.
- C'est une fille ?
- Tais-toi !
- C'est bien une fille.
- Et qu'est-ce que t'en sais toi ?
Ma cousine est le type même du garçon manqué. Elle ne s'habille pas du tout d'une manière féminine et elle n'a que des amis garçons. Je ne sais pas si c'est une forme de protection pour elle. Depuis la mort de ses parents, elle ne le dit pas, mais je sais qu'elle a peur de s'attacher à quelqu'un. Du coup, elle préfère se plonger dans des amitiés peu sérieuses.
- Elle s'appelle comment ?
- Ce n'était pas Natalie, coupe mon père.
Je soupire. Bien planqué derrière la gazette du sorcier, il sait parfaitement bien que Natalie et moi c'est terminé. Il ne sait pas comment, mais bon, je doute que la manière dont nous nous sommes quittés soit réellement importante.
- P'pa, je ne suis plus avec Natalie depuis octobre !
- Tu l'as encore dans la peau ? Demande Rachel.
- Non !
Elle s'assoie tranquillement sur le canapé à côté de mon père alors que je me laisse carrément tomber dans un fauteuil. Ils me parlent de ça depuis moins d'une minute et j'en ai déjà assez.
- Alors c'est une autre fille, poursuit Rachel.
- Arrête de d'obstiner, je dirai rien du tout.
- T'es moche cousin. Refuser de me parler comme ça, alors qu'on ne s'est pas vu depuis un bail.
- Il est tard, tu devrais pas aller dormir toi ?
- Je suis aussi vieille que toi Oli !
- J'ai quand même un mois d'avance sur toi.
Elle tire la langue comme une gamine. Je ris. Je devrais la remercier pour ça. Son attitude si décontractée, si impulsive. Elle arrive à me donner le sourire alors que je le croyais mort à l'instant où Sissy a quitté ma vue sur le quai de la gare.
- Vous ne pourriez pas arrêter de vous chamailler. Olivier vient tout juste de rentrer et déjà c'est la guerre.
- C'est notre façon de s'aimer, ironise Rachel.
Des coups sont frappés à la porte, plongeant la maison dans le silence. Il est passé minuit et la seule raison pour laquelle on est tous encore debout c'est que je viens juste de rentrer. Qui ça peut bien être ? Mais je n'ai pas fini d'y penser que Rachel est déjà debout et va jusqu'à la porte qu'elle ouvre un peu pour jeter un oeil.
- Oh… Je sais pas qui c'est, mais à la tenue… Oli, c'est pour toi.
Je fronce les sourcils. Pour moi ? Rachel ouvre la porte toute grande et l'image que j'aperçois me fige comme si on m'avait congelé sur place. Sur mon porche, grelottante de froid, trempée par la neige qui a fondu sur elle, les lèvres bleues, le regard un peu perdu…
- Sissy ?
Je déglutis, sortant finalement de ma transe et je me lève du fauteuil pour rejoindre Rachel à la porte. Rien ne prend forme dans mon esprit. Comme si je n'arrive pas à réaliser totalement que Sissy est réellement devant moi, chez moi.
- Mais ne reste pas dehors ma pauvre chérie, s'exclame ma mère. Entre vite ou tu vas tomber malade !
Je secoue la tête, me forçant à réagir et je pose une main dans le dos de Sissy pour l'inviter à entrer. Je lui prends son balai, le posant contre le mur. Je n'ose rien dire de peur que tout ceci ne soit qu'un rêve.
- Elle n'est pas de ta maison, remarque mon père en retournant à son journal.
- Qu'est-ce que ça peut faire, ajoute ma mère, ça ne change pas qu'on ne laisse pas une pauvre fille dans le froid comme ça !
Je n'ai toujours rien dit que ma mère entraîne déjà Sissy qui ne parle pas non plus vers la salle de bain. Je l'entends lui proposer un bain pour la réchauffer et je sens un coup de coude se planter dans mon estomac.
- Aïeuh !
- C'est elle non ? Demande Rachel.
- La ferme.
- Je le savais, sourit-elle. Juste à ta tête quand tu l'as vu, je le savais !
Je soupire à nouveau. Elle va me pomper l'air encore combien de temps avant que je puisse assimiler une bonne fois pour toute que Sissy se trouve bel et bien dans ma maison ?
