Aie aie aie, non je n'étais pas morte! Quoi que vu la publication très irrégulière de cette fic, vous devez avoir l'habitude x_x

Désolé tout de même, ce n'était pas prévu de mettre autant de temps à poster la suite, ça m'est sorti de la tête =.=

Bref, plus que deux chapitres, après celui-ci, avant la fin! Donc, bonne lecture, j'espère que cette suite vous plaira, j'aime beaucoup ce chapitre ^^


Chapitre 11

La meilleure chose à faire

-Septième Année-

PDV Olivier – Sainte-Mangouste

Dès l'instant où j'ai entendu le klaxon mon cœur a fait trois bons avant de cesser de battre. Bien sûr, Flint n'a pas compris tout de suite. Il lui a fallu du temps pour se rendre compte de la gravité de la situation lorsqu'une voiture vous percute.

Le temps qu'il comprenne et qu'il ait envie d'assassiner le conducteur, j'étais déjà agenouillé près d'elle. Qu'elle ouvre seulement les yeux. Je ne pourrais dire le nombre de fois où j'ai supplié jusqu'à ce que les médicomages n'arrivent.

Maintenant je tourne comme un lion en cage. Tout comme Flint d'ailleurs. Si différents. Incapable d'autre chose que la haine l'un envers l'autre. Et, pourtant, une seule réaction à un même événement. Les choses sont plutôt curieuses lorsqu'on y pense. Mais je n'y pense pas. Je ne pense pas non plus à mon visage et mes poings qui élancent à cause de la bagarre. Je ne pense qu'à elle.

Le temps est long. Je vois les Higgs arrivés. Je peux voir l'air profondément anxieux de Terence. Mais également celui de son père. Ceci confirme ce que je croyais. Malgré la situation peu enviable où nous nous trouvons. Son père l'aime. Il tient à sa fille. Ça crève les yeux.

Alors que les parents Higgs retrouvent Flint et poursuivent leur route pour probablement se rendre à la chambre de Sissy, Terence s'arrête devant moi. Il ne dit pas un mot, commence par me fixer gravement. Bien que je l'ai toujours considéré comme un adversaire et une personne à éviter, je sais qu'il est loin d'être un idiot et j'en ai une fois de plus la preuve.

-Elle était chez toi, pas vrai ?

Je ne prononce pas le moindre mot. C'est inutile. Il sait tirer ses propres conclusions. En voyant le visage de Flint et le mien. Il est évident de savoir ce qui c'est passé.

-Pourquoi ne l'as-tu pas dissuadée !

Je fronce les sourcils. L'en dissuader ? Alors que je désirais si fort qu'elle empêche ce mariage ? Au contraire ! Mais ça ne semble pas être l'avis de son frère.

-Le meilleur moyen, pour elle, comme pour toi, de ne pas avoir d'ennui est que ce mariage ait lieu.

-Même si elle ne le veut pas ?

-Tu crois quoi ? Que je me suis marié par amour ?

C'est à son tour de froncer les sourcils. Visiblement, les sentiments sont une chose atrocement négligée chez les sangs purs.

-Sissy est promise à Flint, que ça te plaise ou non, depuis même avant sa naissance ! Tu ne pourras pas empêcher ça Dubois.

-C'est stupide.

-Peut-être, mais c'est comme ça. Arrête de lui mettre dans la tête qu'elle peut l'éviter et je ne sais trop quoi d'autre, veux-tu. Elle ne peut pas empêcher ça et je crois que cet accident prouve qu'essayer ne fait qu'empirer les choses.

Bien que je pense dur comme fer que Sissy peut éviter ce mariage si elle le désire, je ne peux m'empêcher de constater qu'il a raison sur ce point. Ça ne fait qu'empirer. Toutes les fois où elle a voulu s'éloigner de Flint, les choses ont empiré.

Abattu par le poids de cette révélation, je m'assoie sans trop le réaliser. On ne peut donc pas empêcher ça ? Il n'y a aucun moyen ? Bien sûr, je n'ai droit à aucune réponse. Higgs semble satisfait du choc qu'il vient de créer en moi et c'est probablement suffisant à ses yeux puisqu'il s'éloigne pour retrouver sa famille.

PDV Sissy – Sainte-Mangouste

Le noir total. C'est doux et confortable. Pourtant j'ai l'impression d'avoir une tête énorme et lourde. Ouvrir les yeux est difficile. La lumière fait mal. Il y a des voix autour de moi. Toutes basses. Je ne sais pas ce qu'elles disent. Je devrais me concentrer pour comprendre, mais c'est trop dur. Nager dans l'ignorance est préférable pour l'instant.

La lumière devient moins douloureuse. Le flou de ma vue disparaît peu à peu. Je vois des visages. Une blouse blanche. Un manteau de fourrure. Un long imperméable. Un visage plein d'ecchymoses. Des yeux profondément soucieux. Mais de qui ?

Soudainement, j'ai l'impression qu'on me regarde comme une bête de foire. Je n'aime pas cette sensation. Surtout que…

-Vous êtes qui ?

PDV Olivier – Sainte-Mangouste

L'attente est insupportable. Je vois sa chambre d'ici. Il y a des médicomages qui vont et viennent sans cesse de la pièce. Que ce passe-t-il donc à la fin ? Rester dans l'ignorance, ne pas pouvoir y aller. C'est pire que tout. J'ai l'impression que je n'ai même plus de sang à ronger tant je ne fais que ça. Pourquoi c'est si long ? J'ai pourtant attrapé au vol l'information selon laquelle Sissy était tirée d'affaire. Qu'elle ne devrait pas avoir de séquelle physique quelconque. Que ce passe-t-il pour que ça ait changé ?

Le temps est toujours plus long. Je ne sais toujours rien, sinon qu'il se passe quelque chose d'important dans cette pièce et que je n'y suis pas ! C'est rageant. Je n'en peux plus.

Mais enfin, après un temps effroyablement long, je peux voir Terence qui approche. Sa mine est grave.

-Elle va bien ?

Question stupide. Elle ne va probablement pas bien avec tout ce qui se passe autour de sa chambre. Mais je suis incapable de raisonner convenablement depuis que j'ai le sentiment qu'un malheur est arrivé.

-Elle n'a aucune blessure majeure… physiquement parlant.

L'ancien attrapeur vert et argent semble chercher ses mots pour la suite. Sans prononcer le moindre son, je reste suspendu à ses lèvres. Le suspense est insoutenable.

-Mais le choc l'a rendue amnésique. Elle n'a reconnu aucun d'entre nous. Elle ne savait même pas son propre nom avant qu'on ne lui dise.

L'explication sort difficilement de sa bouche, comme s'il avait du mal à y croire lui-même. Je le comprends sur ce point. Il me faut plusieurs secondes avant d'assimiler le sens de ses paroles. Sissy n'a plus de mémoire. Elle ne sait plus qui elle est. Qui est sa famille. Qui est Flint. Et qui je suis ? Le saurait-elle ? Sentirait-elle qu'il y a quelque chose de fort entre nous ?

-Je dois la voir.

Sans plus dire, je fais un pas en avant. Mais je ne peux en faire un second. La main de Terence se pose fermement sur mon épaule, m'empêchant d'avancer davantage.

-Je t'interdis de t'approcher de ma sœur !

-Quoi ? Mais pourquoi ?

Je ne peux retenir une voix haineuse et colérique. Pourquoi m'interdire de la voir ? Elle pourrait se souvenir de quelque chose !

-Je te laisserai pas la faire replonger là-dans.

Déterminé. Sombre. Profond. Terrorisant. À cet instant, Terence Higgs prouve qu'il est un serpentard. C'est comme si le moindre mot, le moindre geste posé contre ses dires, nous ferait fusiller par son regard de braise.

-Elle t'a oublié. Ça signifie qu'elle a également oublié cette obstination stupide de la résistance. Elle a une chance de revenir à la vie stable et sans histoire qu'elle avait avant votre relation. Je ne te laisserai pas détruire cette chance Dubois. Nous ne sommes pas amis toi et moi. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour t'empêcher de l'approcher.

Un coup de massue sur la tête ne m'aurait pas assommé davantage que ces paroles. M'empêcher de la voir. Elle n'a plus aucun souvenir de moi. De nous. Rien. Et je ne peux même pas les lui rappeler.

-Elle va devenir ce que notre père attend d'elle et si tu l'aimes autant que je le pense Dubois, ne l'approche pas.

-Mais…

-Non ! C'est déjà décidé. Personne ne lui parlera de toi et toi tu disparais de sa vie. Elle va se marier cet été avec Marcus et elle fera un mariage heureux.

-Heureux ? Tu te fous de moi !

Je suis ivre de rage. De quel droit peut-il décider de m'irradier de sa vie comme ça ?

-Si tu ne t'en mêles pas, oui. Mets-toi bien dans la tête que la Sissy que tu connaissais est morte ! Elle n'existe plus. Tout ce que tu as vécu avec elle n'est qu'un trou noir dans sa tête. Ne complique pas les choses. Regarde où votre relation l'a menée bon sang ! Elle est amnésique. Elle aurait pu mourir ! Qu'est-ce qu'il te faut de plus pour comprendre ?

Un être censé dirait que ce qui me répugne le plus à cet instant est d'entendre que j'ai perdu la Sissy que j'aime tant. Pourtant, ce n'est pas le cas. Ce qui m'enrage le plus est qu'une parcelle de moi trouve qu'il a raison.

Elle est amnésique. Elle aurait pu mourir. Que faut-il de plus pour voir que tout ceci ne fait rien, sinon nous détruire à petit feu ? Être avec elle vaut-il de lui infliger toute cette souffrance ? N'est-ce pas égoïste de ma part ?

-Disparais de sa vie Dubois. C'est la meilleure chose à faire. Son amnésie est une chance d'effacer toute cette histoire qui est allée beaucoup trop loin. Fait ça pour elle.

Je déglutis péniblement. J'ai le choix de me battre ou de me coucher. Abandonner Sissy. Ça me semble si improbable. Si impossible. Pourtant les mots de Terence me fouettent le sang. M'effacer et effacer du même coup tous ses tourments. Serai-je assez fort pour le faire ?

De plus, le regard de Higgs est clair. « Ne me force pas à t'effacer moi-même. »

Je ne me rends pas compte, mais mes yeux se brouillent de larmes rageuses tandis que Higgs retourne au chevet de sa soeur. Sissy n'est pas morte et pourtant… Je me demande si sa mort n'aurait pas été moins douloureuse que ça.

Elle est là. Si près. Et pourtant elle n'existe plus. La voir ne lui donnerait pas ce sourire qu'elle ne réserve qu'à moi. L'entendre ne lui ferait pas susurrer mon nom. La regarder ne lui rendrait pas cette étincelle que je peux d'ordinaire voir dans ses yeux.

Rageur. Anéanti. Totalement détruit. Tourner les talons à cet instant précis. Lui tourner le dos est la chose la plus difficile que j'ai eu à faire dans ma vie. Pourtant c'est ce que je fais. Terence m'a convaincu. Pour elle, je choisis de disparaître. Sans moi, elle ne sera plus maltraitée. Sans moi, Flint sera peut-être plus tendre avec elle. Sans moi, du moins, elle ne serait pas dans cet état, c'est certain… Sans moi, j'espère du fond du cœur qu'elle sera heureuse.

PDV Sissy – Manoir Higgs.

Cette maison est immense. J'ai du mal à croire que c'est ici que je vis. Pourtant je sais que ce garçon qui se dit être mon frère ne me ment pas. J'ai une impression de familiarité profonde en parcourant ces couloirs. J'ai aussi une impression de fraternité indestructible avec ce garçon. Terence. Un nom parmi tant d'autres que j'ai dû apprendre. Il me reste tant à savoir.

On m'a dit que j'étais amnésique. La mémoire fonctionne de façon bien étrange, il faut le mentionner. Je connais mes goûts vestimentaires, musicaux, culinaires. Je connais la magie, ce qu'elle comprend. Mais tous ces visages, toute ma vie sont un mystère. Les gens me sont tous inconnus. Ma tête est vide de tout ce qui a bien pu se produire avant mon réveil à Sainte-Mangouste. Pourtant je connais des formules de magie et tout ce que nous apprenons à cette école que l'on nomme Poudlard.

Alors pourquoi les visages m'échappent ? C'est rageant. Je veux me souvenir, mais rien ne vient. Je devais me marier d'ici quelques jours selon ce qu'on m'a raconté. À cause de mon hospitalisation, cependant, la cérémonie est reportée à cet été. J'ai bien regardé ce fiancé qui se nomme Marcus Flint, le visage plein d'ecchymoses. Curieusement, bien que je sache au fond de moi que je dois l'épouser, je ne ressens rien de bien particulier lorsque je le regarde. Je n'ai même pas ressenti le besoin de savoir comment il s'était blessé au visage. N'est-ce pas une chose qui devrait m'intéresser normalement ?

Ce trou béant dans ma tête est insupportable ! Le médicomage en charge de mon cas m'a bien spécifié de ne pas forcer les choses. De poser des questions devant l'ignorance et qu'avec de la chance ça rentrerait dans l'ordre. Mais je dois être une fille bien impatiente ! Je veux savoir. Maintenant. Tout de suite ! Je déteste cette sensation d'être totalement perdue et vulnérable.

Là, dans cette pièce qui est ma chambre, assise sur ce qui est visiblement mon lit, je ne peux m'empêcher d'être en colère contre moi-même. Pourquoi rien ne vient ? C'est trop vide dans ma tête !

-Sissy ?

N'ayant pas entendu la porte s'ouvrir, je sursaute un peu. Je suis peut-être amnésique, mais je sais parfaitement que la bienséance veut que l'on frappe à la porte avant d'entrer !

Pourtant je ne fais aucun commentaire là-dessus. Il s'agit de Marcus. S'il est mon fiancé, il doit être normal qu'il pénètre dans ma chambre sans s'annoncer, non ?

-Ça va mieux ?

-Comment veux-tu que ça aille alors que je ne sais même plus où se trouvent les toilettes dans ma propre maison ?

Il rigole un peu. Je n'aime définitivement pas ce rire. Je crois que je déteste totalement que l'on se moque de moi. Que ce n'est pas quelque chose que je laisse se produire normalement. Il s'approche et vient s'asseoir près de moi. C'est probablement l'absence de souvenir qui fait que je n'aime pas cette proximité…

-Ils ont dit que ça prendrait du temps. Ne force pas les choses. Je te ferai visiter de fond en comble si tu veux, ce n'est pas si grave.

Pas si grave ? Je suis fiancée à un être profondément stupide ou alors il ne cherche qu'à me rassurer ? Je vais me dire qu'il s'agit de la deuxième option. Elle est un peu plus encourageante vu le lien qui m'uni à ce Marcus Flint.

Pourtant, alors qu'il m'enlace et que je peux entendre son cœur battre, j'ai la forte impression que ce lien ne tient pas la route. Ce cœur n'a pas un son qui m'apaise. Au contraire, j'ai le sentiment qu'être proche de lui est angoissant normalement…

PDV Marcus – Manoir Higgs

Cette amnésie est la meilleure chose qui pouvait arriver ! Plus de souvenir, plus de Dubois. Plus qu'elle et moi. Terence a été très clair à ce sujet. Il s'occupe de Dubois. Tout ce que j'ai a faire, c'est m'assuré que Sissy ne se fasse pas parler de lui. Qu'elle ne l'approche pas une fois de retour à Poudlard. Sur ce point, je suis parfaitement d'accord avec Terence. Irradier Dubois. Ne lui laisser aucune chance de revenir près d'elle. La meilleure chose qui pouvait arriver.

Maintenant, il n'y a plus qu'elle et moi. Le moment où elle m'appartiendra corps et âme n'est peut-être pas si loin que ça. S'il faut être doux et mielleux comme ce Dubois de malheur pour obtenir ce que je veux, alors d'accord.

Sissy se détache de mon étreinte et je fronce les sourcils. L'idée qu'elle se souvienne de quelque chose me traverse…

-Pourquoi je ne suis pas à l'aise avec ça ?

-Avec quoi ?

-Toi et moi…

Elle est incertaine. Une impression sans doute. Les médicomages ont dit que malgré l'absence de souvenir, elle pouvait avoir des impressions comme ça qui sont liées avec ce qu'elle éprouvait avant cette perte de mémoire.

C'est donc le moment de ruser et de tourner tout ça en ma faveur ! Je ne vais certes pas lui balancer directement qu'elle m'avait en horreur alors que j'ai une chance de changer ça du tout au tout.

-C'est normal voyons.

Un sourire compréhensif. Une voix aussi douce que possible. La manipulation est un art et elle est mon arme ultime pour arriver à mes fins.

-Tu n'as aucun souvenir de moi ou de nous. Nous nous fréquentons depuis des années déjà et je suis comme un étranger pour toi. Ça doit être déroutant.

Insultant serait un mot plus juste, mais à la guerre comme à la guerre. Il faut savoir ruser en temps de crise. Et j'adore cette crise.

-Assez… oui…

-Avec de la chance, ça te reviendra !

Mais avec Merlin de mon côté, tu te contenteras de me croire sur parole.

-Peut-être…

-Ais confiance. On devait se marier dans moins d'une semaine ! Ça ne serait pas le cas si je mentais, pas vrai ?

-J'imagine que oui.

Elle est déboussolée, ça se voit, mais elle avale ce que je dis. C'est tout ce qui compte.

-Je vais te laisser te reposer alors.

Je l'embrasse sur le front et je me lève de son lit. Je m'apprête à partir, mais sa main sur le coin de ma chemise me retient.

-Attends ! Tu… tu me fais visiter comme tu as dit ? Je me sentirai moins perdue après, je pense.

Un sourire se glisse sur mon visage alors que je tends la main vers elle. Ce renversement est fort intéressant. L'envie de faire de moi le gentil et Dubois le méchant ne me manque pas. Mais le risque est trop grand à courir. Je préfère encore qu'elle ignore son existence au lieu de le détester. Tant qu'il reste inconnu, je reste le seul.

Elle prend ma main. Ce geste futile n'avait pas été commis depuis longtemps. C'est un petit pas de plus dans la bonne direction !

PDV Olivier – Poudlard, Grande Salle

Je peux enfin la voir. Après des jours et des jours à tourner en rond à la maison. Elle est là. Les tables de Serdaigle et Poufsouffle nous séparent. Mais je peux l'observer. Ça me rassure un peu, bien qu'au plus profond de moi je meurs d'envie d'aller lui parler.

Elle a l'air bien. Un peu perdue face à toutes ces choses qu'elle connaissait et qu'elle ne reconnaît plus. J'ai du mal à croire qu'elle n'a plus le moindre souvenir de moi. Que tout ce qui c'est passé entre nous n'existe plus pour elle. Et pourtant, il faut bien y croire. Puisque lorsque son regard se balade dans la grande salle, elle ne semble pas me voir. Ses yeux océans glissent sur moi comme ils glissent sur tous les autres. Ça fait mal. Si mal. Encore plus que je le croyais…

Mais elle sourit. Elle discute. Elle rit. C'est le principal, non ? Sissy ne rayonne peut-être pas autant que lorsque nous n'étions que tous les deux, mais maintenant ses ennuis sont terminés.

J'ai obligé Adrian Pucey à m'en dire plus sur sa situation. Il n'était pas très friand de cette idée, mais juste pour que je le laisse tranquille, il a bien voulu me donner quelques informations. Flint ne lève plus la main sur elle d'aucune façon. C'est tout ce que je voulais. C'est avec ça en tête que je me bas avec moi-même pour rester loin d'elle. Tant que j'obtempère à cette idée, Flint ne lui fera pas de mal. Tant que je ne demeure rien à ses yeux, elle est à l'abri de ce cauchemar qui la poursuit depuis un an.

C'est difficile de s'abstenir. Chaque fois que je la croise quelque part, j'ai envie de l'amener à l'écart. Se souviendrait-elle de moi si je lui disais mon nom ? Se souviendrait-elle de nous si je l'embrassais ?

Ne même pas pouvoir essayer me révulse. Nager dans l'ignorance est insupportable. Pourtant, je le supporte. Je ne dois pas lui parler. Je ne devrais même pas la regarder. Et ça, Flint me le rappelle constamment. À chaque fois qu'il aperçoit mon regard posé sur elle, j'ai droit au sien qui me fusille. Sissy est une otage entre ses mains. Il lui fera du mal si je dépasse les bornes.

Et cette fois-ci, je faillis bien le faire… Je rentre d'un entraînement de quidditch. Naturellement, comme je quitte toujours le dernier, je suis seul. Je suis seul et il faut que je tombe sur elle au détour d'un couloir. Elle est seule également. C'est la première fois depuis le retour à Poudlard qu'elle est seule lorsque je la vois. La tentation est si forte.

Agacée. Impatiente. La Sissy d'autrefois. Celle qui a proposé de jouer à chat. Pourtant, elle est différente. Aujourd'hui, elle est perdue. Sissy Higgs n'est jamais perdue…

-Ça va ?

Je tente de paraître le plus détaché possible. Pas facile. Les professeurs ont informés toutes les maisons de son état. Que si elle était perdue, déboussolée, il fallait l'aider.

-Parfaitement !

Je ne peux empêcher un léger sourire de glisser sur mes lèvres. Fière, même dans l'ignorance. Sissy reste Sissy malgré tout. C'est d'autant plus difficile en le sachant. La femme que j'aime tant n'est pas morte finalement…

-On peut savoir ce que tu trouves si drôle !

La colère. Comme si la dernière année et demie n'avait jamais eu lieu, je me retrouve en face de cette Sissy Higgs trop fière et impétueuse. À la différence près qu'elle n'a probablement aucune idée de qui je suis.

-Bon… Si tout va bien…

Je tourne les talons faisant mine de partir. Je ne le souhaite pas, bien au contraire. Mais je sais encore comment fonctionne cette Sissy là.

Je peux soudainement sentir une résistance au niveau de mon pull de quidditch, dans mon dos.

-Attends !

PDV Sissy – Couloir

Tandis que j'attrape le pull de cet impertinent qui semble vouloir me laisser pourrir dans ce couloir inconnu, je ressens une impression étrange. C'est troublant, mais un rien me trouble depuis mon accident. Je n'y fais donc pas trop attention.

-Tu ne vas quand même pas laisser une pauvre amnésique livrée à elle-même !

Il se retourne. Mon cœur sursaute un instant et je ne saurais expliquer pourquoi. Ses yeux. C'était comme si je m'y étais plongée des centaines de fois.

-Il y a des meilleures façons de demander de l'aide Higgs.

À croire ce ton, nous nous connaissons. Mais alors pourquoi ai-je cette impression que ce n'est pas sur ce ton que ça devrait se passer ?

-On se connaît ?

-On a les mêmes cours depuis sept ans.

Je l'observe un peu plus attentivement. J'ai la forte impression que c'est autre chose. Il ne peut pas juste être une tête parmi d'autres dans une salle de classe. Mon visage doit être plutôt perplexe vu son expression qui change. On dirait qu'il se force à être distant. Pourquoi ?

-Et c'est tout ?

-Qu'est-ce qu'il pourrait y avoir de plus ? On ne t'a pas dit les relations entre serpentards et gryffondors ?

-Si…

C'est d'ailleurs une chose sur laquelle Marcus insiste beaucoup. Mais je ne peux m'empêcher de demeurer suspicieuse. Il y a quelque chose d'étrange avec ce garçon. Je ne saurais dire comment je le sais. Mais je le sais.

-Tu t'appelles comment ?

Qui sait, peut-être que son nom me dira quelque chose. Ce dont je doute fortement. Pourtant, il y a quelque chose de différent avec lui. Un peu comme avec Terence. J'ai le sentiment d'être liée à lui. Mais je ne saurais dire comment. Être amnésique n'est définitivement pas amusant.

-Olivier… Dubois.

Mes sourcils se froncent un peu. Je cherche la signification de ce nom au milieu d'une absence totale de souvenir. Ce n'est pas facile. Je sens déjà mon mal de tête usuel revenir au galop. Je force trop les choses diraient les médicomages.

-Ça ne me dit rien…

Pendant un instant, j'aurais juré voir de la déception dans ses yeux. Comment ça peut être possible si nous ne nous fréquentons d'aucune sorte comme il vient de l'affirmer ? Je n'aime pas ça. J'ai le sentiment qu'on me cache quelque chose. Je ne sais trop pourquoi. Mais j'ai la certitude que j'ai horreur de ça.

-C'est pas grave ! Vient, je vais te ramener au couloir principal.

Sans dire un mot, plutôt vexée de le voir si pressé de changer de sujet, je le suis. Il semble tendu. Comment pourrais-je le savoir ? Aucune idée. Mais je le sens. Je me demande d'ailleurs comment puis-je être certaine d'autant de choses à son sujet alors que je n'arrive pas à me souvenir de lui.

C'est troublant, mais je n'ose poser la moindre question. Je ne vois pas pourquoi il me cacherait la vérité. Mais surtout, je ne veux pas qu'il me prenne pour une idiote. Je suis dépendante de tout le monde ici depuis mon accident et je déteste par-dessus tout cette sensation !

Le silence perdure. Il est lourd. Je ne l'aime pas. J'aimerais que cet Olivier me parle. Je ne sais pas pourquoi. Pourtant sa voix a quelque chose de particulier. Lorsque je l'entends, c'est comme si mon intérieur se réchauffe.

-On ne se connaît vraiment pas ?

Oui, malgré l'idiotie, je me risque. Cette sensation est trop troublante pour être ignorée.

-On a fait équipe l'an dernier pour le cours de soins aux créatures magiques.

-Ah…

-Pourquoi ?

Un seul mot. Pourtant, dans ce mot je vois deux choses bien contradictoires. De la peur. De l'espoir…

-Je ne sais pas. C'est…

-Curieux ?

-Ouais…

-Ton accident t'a remué les méninges dans le mauvais sens Higgs !

Sans doute oui. Alors pourquoi ne semble-t-il pas croire lui-même à ses paroles ? Comment puis-je le sentir en tout premier lieu ? Ce mal de tête me reprend. Qu'est-ce qu'il a ce Dubois pour qu'un tel questionnement et un tel savoir tout à la fois ne me viennent à son propos?

-Voilà tu prends cet escalier et tu descends deux…

Il n'a pas le temps de terminer son explication qu'un bruit sourd et une secousse viennent l'interrompre. L'escalier se déplace. Cette habitude perdue, me fait perdre pied. Je sens cependant des bras qui me soutiennent la taille, m'empêchant de perdre totalement l'équilibre.

C'est là que ça me vient. Des images curieuses. Je n'arrive pas à distinguer grand-chose. Ça va trop vite. Un sourire sous les flocons. Un rocher au soleil et un bien être chaud qui m'entoure. Des lèvres dans mon cou. Un rire. Une caresse.

Je repousse vivement Dubois qui était venu à ma rescousse comme tu peux t'en douter. Je suis perplexe. C'était quoi tout ça ? C'est la première fois que ça arrive. Pourquoi c'est lorsque j'ai un contact avec lui ?

-Je vais me débrouillée toute seule finalement…

Et je fuis. Lâchement. Ce qui vient de se produire est assez perturbant. J'ai besoin d'y réfléchir.

PDV Olivier – Escalier

Je la regarde partir et je devine que quelque chose vient de se produire. Pourtant je n'ose me faire une idée de ce qui pourrait lui avoir donné cet air soucieux. Je ne veux pas me faire un espoir qui rendra les choses encore plus difficile ensuite.

Lui tournant dos encore une fois, je reprends ma route. Combien de fois devrai-je faire le contraire de ce que je souhaite vraiment ? Tout semble porter vers la même conclusion. M'exclure de sa vie est une bonne chose. Elle n'a plus de souci, sinon celui de se redécouvrir elle-même. Mais mon cœur ne peut s'empêcher de se poser sans cesse la même question. Étais-ce vraiment la meilleure chose à faire ?