Avant dernier chapitre! Savourez-le bien et bonne lecture ^^
Chapitre 12
N'insiste pas
-Septième Année-
PDV Olivier – Grande Salle
Le temps passe au fil des jours et des semaines. Sissy est à la fois fuyante et curieuse à mon égard. Je croise parfois son regard qui m'observe comme une bête qu'elle n'a jamais vue. Comme si elle cherchait à comprendre quelque chose.
Je ne peux m'empêcher de penser qu'il se pourrait que… Mais c'est futile. Stupide. Je dois arrêter de me torturer. Je dois arrêter d'espérer. Je dois arrêter de la regarder. C'est une chose incontrôlable. Mes yeux sont attirés par elle comme un aimant vers son pôle opposé. Lorsque nos regards se croisent, elle détourne toujours le sien la première. Comme prise en faute. Le mien change de direction toujours plus tard. Lorsque Flint me fusille du regard. Il compte tellement sur son amnésie pour la posséder comme il le souhaite. On dirait qu'il redoute que le moindre regard ne déclanche quelque chose en Sissy. Quelque chose qui n'irait pas en sa faveur.
Ce qu'il redoute, je le souhaite tellement. Mon esprit est en guerre constante contre lui-même. D'un côté, il ne faut pas. Je ne veux pas qu'elle retourne à l'état de simple objet sur lequel on passe sa colère et ses moindres vices. D'un autre côté, je voudrais tant qu'elle se souvienne. J'aurais ainsi l'assurance que toutes ces souffrances ne furent pas endurées en vain. Que toutes ces difficultés avaient un sens. Et plus les jours passent, plus je vois que tout ceci n'est que fabulation de mon esprit torturé et totalement à bout. Je ne peux en supporter d'avantage. Je suis à un doigt d'imploser tellement ça me hante.
Mais une fois de plus, mon regard se pose sur elle. Malgré moi. Malgré mes efforts. Elle reste là. Constamment. Il faut toujours qu'elle soit là. Comme si nous devions à tout prix être sur le chemin de l'autre.
Rageur contre toutes ces pensées qui se mélangent entre elles, je me lève brusquement de table et je quitte la grande salle. Que me faudra-t-il pour y arriver ? Pour me la sortir de l'esprit ? Faudra-t-il que je me jette sous une voiture ?
PDV Sissy – Grande Salle
C'est troublant. J'ai cherché à en savoir plus sur lui. Cet Olivier Dubois qui déclanche de curieuses choses dans les tréfonds de mes méninges défectueux. Mais rien. Personne ne dit rien. Trop rien. Ce n'est pas normal. Si vraiment il n'y avait rien, alors il y aurait tout de même un petit quelque chose. Aussi futile que cela puisse-t-il être. Il y aurait quelque chose.
Il y a donc bel et bien quelque chose. Mais comment savoir ? Lorsque j'ai osé questionner Marcus à ce sujet, il s'est emporté. Une colère noire. Profonde. Effrayante. J'ai pourtant le sentiment que ce n'est pas la première fois qu'il s'emporte ainsi en ma présence. Comme si c'était une chose récurrente avant. Cette angoisse qui ne me quitte jamais lorsqu'il est là vient peut-être de ça. Mais je n'ose plus rien lui dire. Comme si je devais à tout prix me taire. Attendre que le mauvais moment passe, puis l'oublier. Me centrer sur autre chose. Mais sur quoi ? Je ne sais plus.
Il se lève. Il s'en va. Je ressens l'intense besoin de le suivre. Mais je ne dois pas. Il ne faut pas. Je le sais aussi. Pourtant, mue par une force qui m'est totalement inconnue, je me lève à mon tour.
-Je vais aux toilettes.
Marcus fait un mouvement pour se lever également. Je l'arrête en posant simplement une main sur son épaule.
-Ça va, je sais me retrouver maintenant.
Ça ne semble pas le ravir. Pourtant il se rassoit. C'est une bonne chose. Être constamment surveillée par lui commence à être lourd un peu. J'ai l'impression d'être emprisonnée lorsqu'il est avec moi.
Je quitte donc la grande salle. Dès que j'entends les portes se refermer derrière mon passage, j'accélère mes pas. Je dois le trouver. Ma curiosité est trop forte. J'ai besoin de savoir. Je veux connaître la raison de ces images. De ces sensations qui m'envahissent lorsque nos regards se croisent.
D'instinct, mes pas me guident. Mon subconscient. On dirait qu'il sait parfaitement où le trouver. Où il est allé. Je ne mets donc pas bien longtemps à le retrouver. Là, assis sur le rebord d'une fenêtre.
Cet endroit. Il ne m'est pas inconnu, bien que depuis mon accident je n'y sois pas réellement passé. Il est rassurant. Comme un refuge pour se cacher de la tempête.
Je m'avance doucement. Dubois regarde dehors, plongé dans ses pensées. Je ne peux m'empêcher de le trouver beau. Mais pas seulement à cause de son physique. Il y a quelque chose dans ce qu'il respire. Quelque chose de bon. De chaud. D'enveloppant. De rassurant.
Il finit pourtant par sortir de sa transe avec le son de mes pas. Il tourne la tête vers moi. Je peux voir dans ses yeux un questionnement. Fuir ? Rester ?
Je ne veux pas qu'il parte. Pas alors que, pour une fois, ce n'est pas moi qui le fais.
-Higgs, qu'est-ce que tu fais là ?
Il est inquiet. Il a peur. On dirait cependant qu'une partie de lui est intéressée. Excitée. Curieuse. Impatiente.
-J'ai besoin de savoir…
Je m'arrête. Il n'y a pas un mètre entre nous. Pour une fois, j'ose le dévisager sans m'en cacher. Un visage torturé par je ne sais quel poids. J'ai la certitude, cependant, qu'un sourire sur son visage est totalement délicieux. Qu'un regard tendre suffit à tout. Qu'un baiser guéri tous les maux.
Ma main se tend vers ce visage. Il ne bouge pas. Il me fixe gravement. Mes doigts tracent le pourtour de ce visage. J'ai déjà fait ça. Ça me revient. Une pièce faiblement éclairée. Un sourire. Un baiser. Je retire ma main. Ses yeux sont fermés. Comme s'il avait savouré ce touché autant que possible. Il les ouvre doucement. Ils se fixent dans les miens.
-Qu'est-ce qu'il y a eu entre nous ?
PDV Olivier – La fenêtre
Sa main contre mon visage. C'est si doux. Je ne l'espérais plus. Lorsque sa main se détache de moi, j'ouvre les yeux. Il y a quelque chose. Même si elle ne se souvient pas. Elle le sent. Mon cœur se gonfle.
Sa question est pourtant comme un coup de fouet. Je me redresse subitement. Je quitte la fenêtre. Je mets quelques mètres entre nous. Je ne peux pas. Être égoïste à ce point. Non, je ne peux pas.
-N'y pense plus.
-Pourquoi ?
-C'est terminé.
-Je ne crois pas.
-Si. C'était trop compliqué. Hors de contrôle. Il y a longtemps que c'est terminé.
Je m'en veux tellement. Un tel mensonge. Alors qu'il ne suffirait même pas d'un mot. Il suffirait d'un geste. Mais il ne faut pas. Elle est à l'abri. Je ne peux pas gâcher ça.
-Mais…
-Non ! Ça ne vaut pas le coup. Laisse tomber Higgs. Ne te complique pas la vie inutilement, ça serait stupide. Tu vas te marier non ?
Je vois dans son regard qu'elle est profondément blessée. À la fois perdue et blessée. Pardonne-moi amour, je fais ça uniquement pour te protéger…
-C'est bien mieux comme ça, crois-moi. Tu seras bien avec Flint.
-… Tu n'en crois pas un mot.
Comme une gifle au visage. Elle peut lire en moi si facilement malgré tout ? Que suis-je censé faire maintenant ? Mes bras s'abattent le long de mon corps. Je suis désarmé. Je ne sais plus quoi faire.
-Je t'en pris Sissy… n'insiste pas.
Ma voix n'est qu'un murmure. Je n'ai plus la force de me battre. Ça la rend d'autant plus curieuse et perplexe. Je peux le voir à son expression.
-Je… tu comprendras peut-être un jour. Fais-moi confiance juste une fois. Fais une croix sur tout ça. C'est… C'est pour toi que je fais ça.
J'en ai déjà trop dit. Mieux vaut partir. Et une fois de plus, je lui tourne le dos. Je m'en vais. J'espère sincèrement qu'elle m'écoutera. Sans quoi, je ne sais vraiment plus comment je vais faire pour résister.
PDV Sissy – La fenêtre
Il s'en va. La mine abattue comme jamais. Il ment. Pourquoi ? Je ne sais pas. Mais je sais qu'il ment. C'est évident. Il y a quelque chose. Quelque chose qui est loin d'être terminé.
Ça me poursuit durant des jours. Toutes ces questions. Cette absence de réponse. Ça me hante, mais je fais comme il a dit. Je n'insiste pas. Je ne lui adresse plus le moindre mot. J'évite même de le regarder le plus souvent. Parce que lorsque je le regarde, j'ai envie d'en savoir plus.
Je vois des choses dans mes rêves. Mais je n'en parle pas. Je ne saurais discerner le faux du vrai. Je préfère donc ne rien dire. De toute manière, à qui le dire ? La seule personne qui me donne envie de lui confier tout ça, c'est Dubois. Mais il a dit de ne pas insister. Alors je n'insiste pas. Je ne saisis pas encore pourquoi je lui obéis. Mais je le fais.
Et le temps passe. Et je comprends pourquoi maintenant. Les choses sont encore floues. Mais je comprends un peu mieux. Il n'est pas comme ça avec moi, mais je peux voir la violence de Marcus. Il prend toujours ce qu'il désire. Je sens que je fais partie de ces choses. Ces choses qu'il veut à tout prix. Je l'ai compris à sa façon de me regarder. À sa façon d'être avec moi en face des autres.
Il y a aussi cette angoisse qui ne part jamais lorsqu'il est là. Ce sentiment que le moindre mot de travers pourrait déclencher une tempête. Je ne suis pas certaine, mais je crois que c'est de ça que Dubois veut me protéger…
Marcus est obsessif et d'une jalousie maladive. Ça, je le comprends maintenant, après plusieurs matins nauséeux. Je suis allée voir Pomfresh, l'infirmière et il est venu avec moi. Le diagnostique est plutôt prévisible non ? Je suis enceinte. Selon ce qu'elle en dit, ça date de noël. Oui pile poil dans les environs de mon accident. Marcus a voulu savoir si un test de paternité était déjà possible.
Obsessif. Maladif. Je connais ses motivations. Pourquoi il veut savoir. Je ne suis pas si stupide. Bien qu'amnésique, je sais rassembler les pièces d'un puzzle lorsque j'en vois un. Toute cette histoire étrange et imprécise autour de Dubois. Nous avons eu une relation. Une relation sans doute très sérieuse vu les réactions excessives de Marcus à ce sujet. Il y a donc des chances pour que Dubois soit le père de cet enfant.
Tout ce qu'on me cache me pousse donc à le battre à son propre jeu. Pomfresh lui dit qu'il est trop tôt pour pouvoir effectuer ce genre de tests. Moi, cependant, je lui tends un regard interrogateur.
-Pourquoi en faudrait-il un ?
Il est coincé. Je sens un sourire satisfait qui voudrait franchir mes lèvres, mais je le retiens. Pour expliquer ça, il devra se trahir. Chose qu'il ne fait bien évidemment pas. Il marmonne un peu. Comme chaque fois où il ne veut pas s'expliquer. Et je n'ai plus droit à ce questionnement.
Le temps poursuit sa course. L'hiver laisse place au printemps. C'est avec délice que je retrouve les doux rayons chauds du soleil. Père n'était pas très content d'apprendre la nouvelle. Être grand-père alors que sa fille n'est pas mariée. Mais Marcus enterre la chose avec adresse. Il faut au moins lui donner de savoir argumenter avec mon père. Nous devions nous marier à noël avait-il souligner pour calmer le jeu. Cela avait paru suffisant pour mon géniteur.
Et maintenant que cette grossesse est une évidence pour tout le monde, je ne peux m'empêcher de me questionner. Comment réagit-il face à ça ? Nos regards ne se croisent plus. Je ne le vois d'ailleurs presque plus…
PDV Olivier – Gryffondor, salle commune
Enfermé dans cette salle commune, à une table qui est presque devenue mon exclusivité tant j'y passe de temps, j'essaie de m'occuper l'esprit. Le quidditch est mon échappatoire de prédilection. Les jeux n'ont jamais été aussi travaillés. Même mes notes n'ont jamais été si excellentes. Mais ce vide demeure.
Me tenir à l'écart est la meilleure solution. Ne pas la voir. Ça m'évite au moins d'être torturé inutilement par ce beau visage qui me hante malgré tout. Surtout depuis que j'ai remarqué… Cette rondeur caractéristique. J'ai cru que mon cœur avait cessé de battre. Et maintenant une question me tourmente. Est-il de lui ? De moi ? Que fera-t-il à cet enfant s'il n'est pas le sien ?
Je préfère encore ne pas le savoir. Mais je ne peux m'empêcher d'y penser continuellement. Tout ça va-t-il me poursuivre toute la vie ?
Pendant les semaines restantes, je me dis que oui. Sissy me tourmentera toute ma vie. Dans un certain sens, c'est bien. Je ne veux pas effacer ces sentiments. Je ne veux pas les rejeter. Les enfouir. Même pour aller mieux. Je ne veux pas. Je veux garder ce souvenir vivace. Je veux encore entendre son doux rire lorsque je me concentre. Je veux encore voir son sourire. Sentir son désir. Son amour. Je ne peux pas faire une croix sur tout ça. Je ne le veux surtout pas.
C'est donc la tête pleine de souvenirs et le cœur amer que je quitte Poudlard en juin. C'est terminé. Je n'y reviendrai plus. Elle non plus. Nous ne nous reverrons peut-être jamais. Une partie de moi a peur de ne plus la revoir. Une autre en est soulagée. C'est bel et bien terminé maintenant. Il faut tirer un trait.
Se concentrer sur autre chose. Le quidditch, naturellement. Je suis d'ailleurs recruté ! Un tel événement. Je n'en avais pas eu depuis si longtemps. Une raison de sourire. D'être heureux. C'est si bon. Ça fait du bien.
Et peu à peu, sans même réellement en prendre conscience, la douleur s'adoucit. Son visage reste aussi net qu'avant dans ma mémoire. Mais ce mal être qui me ronge s'en va lentement pour ne plus vraiment exister. Appartenir au club des Flaquemare apporte la célébrité. Passer de suppléent à véritable gardien encore plus.
Je fréquente même des filles. Jamais sérieusement. Jamais bien longtemps. Mais la vie continue. La sienne aussi. Bien sûr. J'ai vu le long article relatant cette cérémonie « majestueuse » que fut son mariage. Je n'en garde qu'une photo déchirée ou je ne vois qu'elle. Elle était magnifique dans cette robe. J'aurais voulu la voir des mes propres yeux. Et dès que cette pensée m'avait traversé l'esprit, j'avais secoué la tête. Maintenant, cette photo existe toujours, mais elle est cachée. Enfermée dans un tiroir que je n'ouvre jamais. Comme le fruit défendu auquel je n'aurais jamais dû toucher.
Regretter ce jour où j'ai accepté de jouer à chat ? Jamais. J'ai connu Sissy d'une manière dont personne ne la connaît. D'une manière, dont j'espère, personne ne la connaîtra jamais. J'ai aussi surpassé mes propres sentiments. J'ai aimé comme, j'en suis persuadé, je n'aimerai plus jamais. Malgré tout ce qui c'est passé. Non. Je ne regrette pas.
Et le temps poursuit constamment sa course. Il ne s'arrête jamais. Les jours passent et les mois se succèdent. Je ne pense plus vraiment à elle. Elle ne me hante plus. Excepté dans le regard des autres femmes où je la cherche sans le vouloir. Mais ce n'est plus aussi fort qu'avant. Une simple impression de vide. La certitude que cette femme ne sera pas plus extraordinaire que les autres à mes yeux. Une seule surpasse toutes les autres pour moi. Mais avec le temps, je me fais à l'idée de l'avoir perdue pour de bon…
