Et le voici le voilà, après... god je n'ose même pas regarder la date à laquelle j'ai commencé à poster cette histoire XD

bref, la finale! Dernier chapitre et non le moindre, j'espère que cette fin vous plaira autant que le reste!

Bonne lecture à tous, merci encore pour toutes vos reviews, elles m'ont faites grand plaisir ^_^


Chapitre 13

Et ce malgré tout

-Septième Année + Quatre-

PDV Sissy – Manoir Flint

Quatre ans déjà depuis Poudlard. J'y pense tous les jours. Avec le temps, les choses se sont clarifiées. Les souvenirs sont revenus. Un à un. Au compte goutte. J'ai compris son effacement. Son absence qu'il s'est lui-même imposé. Je le comprends tous les jours lorsque je vois le regard de Marcus se poser sur notre fils…

-Madame Flint ! Monsieur Higgs est là !

Je ne grince pas à cette voix suraiguë d'elfe de maison. Au Madame Flint, plutôt. Je déteste me faire appeler ainsi. Pourtant, c'est ce que je suis. La femme de Marcus Flint. Comme il le voulait. Je lui appartiens. Comme il le désirait tellement. Je lui suis même fidèle. Comme il l'exige. Pourtant, il ne possède pas mon âme comme il le veut si fort encore aujourd'hui…

Quittant le petit salon où j'aime me ressourcer, je vais rejoindre la cheminée qui accueil nos visiteurs voyageant par poudre de cheminette. Terence si trouve, portant un petit diable de trois ans. Brun avec des yeux clairs, James Higgs est le portrait craché de son père. La fierté de son grand-père, par le fait même. Après tout, il assure la descendance de notre famille. Moi, je suis simplement heureuse de voir qu'il ne tient rien de son invivable mère.

Le bout de chou enfin posé au sol peut à loisir se jeter à la poursuite de son cousin dès l'instant où je l'informe que William se trouve dans la salle de jeu au bout du couloir. William, mon fils, comme tu t'en doutes…

Je joue les bonnes hôtesses, aide Terence à se débarrasser de son manteau et le donne à un elfe qui va le ranger là où il faut. Ensuite, j'ai droit à ce regard. Celui de l'aîné grave qui s'apprête à me mettre en garde.

-Tu ne devrais pas faire ça Sissy, je ne peux m'empêcher de te le redire.

Je soupire un peu et nous nous dirigeons dans le salon où j'ai l'habitude de recevoir mes invités.

-Tu avais peur uniquement pour le mariage et père.

-Il n'est pas trop tard pour que tout dérape.

-J'ai vingt et un ans. Je ne suis plus aussi impulsive…

-Dans ce cas soit raisonnable et ne tente pas le diable.

-J'ai promis à Will.

-Falsifie les données ! Il a quel âge, cinq ans ? Il ne verra pas la différence !

-Quatre. Quel oncle fais-tu ne de même pas savoir l'âge de ton unique neveu ?

-Sissy…

Le ton grave. La mine sérieuse. Toute tentative de changer de sujet ou juste alléger l'atmosphère est impossible. Normal. Mon frère est encore plus difficile à entourlouper qu'une conscience. Mais s'il y a une chose de commune à tous les Higgs, c'est sans aucun doute l'entêtement.

-Tu ne me feras pas changer d'idée. Je ne te demande rien d'ailleurs !

-Non, mais t'es folle ? Je ne vais pas te laisser l'amener là-bas ! Ça serait encore pire. Parce que j'ai beau ne pas avoir couché avec lui…

Une série de bruits sourds vient couper la phrase de mon aîné. Nous nous levons tous les deux, suivant les sons qui proviennent de la salle de jeu. En ouvrant la porte, nous pouvons constater que les diablotins qui nous servent de fils ont décidé de jouer au gendarme et au voleur avec un pauvre elfe de maison qui n'a rien demandé à personne. L'elfe est ficelé dans un coin et les enfants sautillent de joie devant leur réussite.

Se voyant pris sur le fait, ils décident de décamper autre part. James ouvre la marche, ou plutôt la course, et suit mon petit William. Avec sa tignasse brune. Ses yeux mordorés. Ses lèvres charnues. Son sourire à la fois doux et espiègle.

-Je sais encore reconnaître Dubois ou son clone miniature lorsque je le vois.

Termine Terence, comme si pointer William qui poursuit son cousin mettrait plus de poids à son argument.

Eh oui. Contre toute attente, un test quelconque serait bien inutile. Mon fils ressemble tant à Olivier qu'il serait difficile de douter de l'identité de son géniteur. C'est ce qui explique la froideur de Marcus. Et son obsession pour que je sois de nouveau enceinte. Il doit pourtant y avoir un problème quelque part dans la tuyauterie de mon cher mari. Parce que malgré toutes les tentatives, je ne suis jamais plus retombée enceinte. Et je ne peux pas être la cause de ce problème. J'ai bien prouvé qu'enfanter m'était possible.

Tout ce qui m'importe, c'est que William soit heureux malgré l'inattention flagrante à son égard de l'homme qu'il appelle père. Et c'est exactement ce contre quoi Terence tente vainement de se battre en ce moment.

Will n'a peut-être que quatre ans, mais il possède déjà la passion de son géniteur pour le quidditch. Le coup du destin qu'il se soit intéressé au club des Flaquemare ? Le destin encore qui fait d'Olivier son joueur préféré ? Certains diront que oui. D'autres diront qu'un enfant n'est pas si naïf et qu'il sent les choses bien mieux qu'on ne le croit.

La première fois que William a admit qu'Olivier était son grand héro, une colère noire s'est emparée de Marcus. Il n'a pas levé la main sur Will, mais ce dernier n'ose plus parler quidditch avec son père. Marcus n'en n'était pas loin pourtant. Mais je lui ai bien fait comprendre que le jour où il oserait maltraiter mon fils, je partirais. Depuis il ravale sa colère.

Et moi j'ai promis à Will, pour je ne me souviens même plus quoi, que j'arriverais à lui obtenir un autographe de son héro s'il était sage. Je ne m'attendais pas à ce qu'il prenne ce marché tant au sérieux. Mais il avait été si sage justement, que je ne peux me défiler. Je lui dois cet autographe.

C'est ce qui m'amène aujourd'hui à me faire mettre en garde. Ce qui m'amène à faire la sourde oreille devant mon frère qui s'objecte à ce que j'aille voir Olivier pour ce fameux autographe. Ce qui l'a fait venir ici aujourd'hui pour jouer les gardiennes d'enfants. Si moi, il ne peut m'empêcher d'y aller, il refuse catégoriquement que William m'accompagne.

Bien que ma fierté naturelle ne me permette pas de le lui dire, je lui en suis reconnaissante. Il me sera suffisamment difficile d'affronter Olivier après ces années en étant seule. Avec William qui lui ressemble tant avec moi. Ce serait d'autant plus dur.

Je transplane donc seule sur le chemin de traverse où l'équipe des Flaquemare a une entrevue devant les fans aujourd'hui, en raison de leur victoire de la veille.

Il y a plusieurs hommes avides de sport qui sont présents. Mais la majorité de la foule est féminine. Je me trouve au milieu d'une horde d'adolescentes dont j'aurais pu facilement faire partie il y a de ça quelques années à peine. Toutes là dans l'espoir d'un regard venant d'un jeune joueur riche et célèbre.

Ce regard que je capte sans le moindre mal. Parce que malgré ce temps. Malgré ces années. Malgré tout… Nos yeux possèdent encore cette faculté de se retrouver comme de puissants aimants.

Il aborde toujours ce corps athlétique. Normal pour un sportif professionnel, non ? Son visage mal rasé lui donne un air à la fois plus désinvolte et plus viril. Il n'est plus cet adolescent qui m'a tourné le dos pour me protéger…

PDV Olivier – Chemin de traverse

Je crois d'abord à un mirage. La réminiscence stupide de jours auxquels je ne pense plus très souvent. Elle lui ressemble, voilà tout. Mais je me trompe. Je le constate après plusieurs secondes au fond de ce regard si bleu et si vert. Ce même regard dans lequel j'aimais tant me plonger il y a des années maintenant.

Elle a l'air plus mature. Elle a définitivement quitté l'adolescence. Probablement dû au fait qu'elle est femme mariée. Qu'elle est mère… Pourtant, elle semble tellement la même. Avec sa longue chevelure brune et bouclée. Avec cette peau douce et laiteuse qui donne tant envie d'y toucher. Avec son aisance et son élégance naturelles.

Durant l'entrevue, je suis plutôt lunatique. Inattentif. Je me demande ce qu'elle fait là. Elle ne me quitte pas des yeux. Je sens ses prunelles brûler mon visage avec persistance. Pourquoi une telle apparition ? Pourquoi maintenant ? Ça fait quatre ans. C'est-il produit quelque chose ? Impossible. S'il était arrivé quelque chose à la famille Flint ou Higgs, la gazette du sorcier l'aurait mentionné.

J'attends donc. Une fois l'entrevue terminée. Une fois les fans qui se dissipent doucement. Elle est toujours là. Elle attend patiemment. Une personne détachée à la sécurité, sait-on jamais avec les fans de nos jours, lui demande même de quitter les lieux. Que l'événement est terminé. C'est à ce moment que je me décide enfin. Je prends mon courage à deux mains et je m'approche.

-Ça va, je la connais, c'est une amie.

La personne retourne à son travail alors que je reste là, face à elle. Je ne sais trop quoi faire de mes dix doigts. Je ne sais trop que dire non plus. Que pourrais-je bien dire ? Il y a tout juste une heure, si on m'avait dit que Sissy Higgs, non, Flint, viendrait à moi aujourd'hui, je n'y aurais jamais cru.

Elle cherche ses mots. Je peux le deviner à cette façon de fuir mon regard qui cherche à savoir. Comment cela peut-il être possible ? Après tout ce temps, je la connais encore comme si je ne l'avais jamais quittée.

Je prends finalement les choses en mains, ne pouvant la laisser patauger d'avantage.

-Vient, allons prendre un thé.

Elle acquiesce simplement. Je devine pourtant, qu'en son fort intérieur, elle ne doit pas être bien contente de manquer de mot. Mais ce n'est pas si grave. Qu'elle s'en rappelle ou non, avec moi elle n'a jamais eu à cacher ses émotions.

C'est seulement une fois installés à la table d'une terrasse, après de longues minutes à fixer nos tasses, que j'ose la bousculer un peu.

-Tu voulais me voir ?

Je tente de montrer une voix aussi détachée que possible. Après quatre ans, je ne veux surtout pas avoir l'air d'une coquille vide qui n'attendait que cet instant. Ce n'est, d'abord, pas vrai. Malgré le vide, je me suis fais à l'idée. Ensuite, je lui avais dit que tout était terminé…

-Ce n'est pas vraiment pour moi que je suis là…

Elle est hésitante. Elle a peur que je prenne ça pour un simple prétexte. Mais je sens qu'elle dit la vérité. Elle ne nous aurait pas infligé cette rencontre sans ça. Je peux le lire dans ses yeux qui osent se poser enfin sur moi depuis que nous sommes face à face.

-Qu'est-ce qui t'amènes dans ce cas ?

-William.

Je fronce légèrement les sourcils. Évidement, comment pourrais-je comprendre de qui elle parle ?

-Mon fils.

-Oh… C'est un garçon donc…

Chose que j'ignorais bien sûr. La dernière chose que j'ai apprise sur elle fut son mariage. Depuis, lorsque le nom de Higgs est inscrit quelque part dans la gazette du sorcier, ça fait plutôt référence à son père ou son frère et l'activité professionnelle des Higgs.

-Oui.

Un nouveau silence s'installe pendant quelques instants. Nous le meublons vaguement à boire notre thé. Sissy ne parle pas facilement à cœur ouvert. Je dois être patient et la laisser prendre son temps.

Dire que j'ai encore ce réflexe, après quatre ans…

-Je suis désolée de devoir venir t'embêter avec ça, mais je lui ai promis…

-Promis quoi ?

-Un autographe de son joueur préféré en échange d'un peu de calme.

C'est avec une certaine surprise que je la vois sortir une plume, un bout de parchemin et de me les tendre. Moi ? Je suis le joueur préféré de son fils ?

Ce n'est pas la première fois qu'une mère vient me demander ce genre de faveur. Mais Sissy… Flint doit détester profondément que son héritier m'ait pour joueur favori.

Pour retrouver un peu de contenance, je prends la plume et le parchemin et je signe avec un petit message adressé à ce William. Mais je ne peux m'empêcher de demander :

-Il est si turbulent que ça ?

-Pour être franche, je ne pensais pas qu'il m'obéirait !

Je lève mon regard sur elle. Je ne peux m'empêcher de sourire. Apparemment, ce petit bonhomme est un monstre d'énergie vu la tête qu'elle fait à cet instant.

La tension de cette rencontre s'efface soudainement comme par enchantement. Elle rit doucement alors qu'elle reprend la plume et le parchemin autographié.

-Mais comme il l'a fait, depuis il n'arrête pas de me casser les oreilles avec ma promesse.

-Tu seras tranquille maintenant.

-Oui… Merci.

-Ce n'est rien.

Un autre silence. La tension ne revient pas. Mais un nouveau malaise s'installe. La raison de sa venue accomplie, elle va repartir. Non ? Nous sommes là, à attendre. Nous le savons tous les deux. Chacun devrait retourner tout de suite à son train train quotidien. Pourtant aucun de nous ne bouge de sa chaise. Nous restons là, l'un en face de l'autre. Une chose qui ne s'était pas produite depuis si longtemps.

-Tu aurais dû l'amener avec toi. Ça aurait été encore mieux !

Je vois ses épaules se raidir légèrement. Elle tente un sourire et fait quelques signes négatifs de la tête.

-Terry ne m'aurait jamais laissé faire.

-Toujours aussi protecteur…

-Il fait comme toi. Il me protège.

Mon cœur s'emballe. Sa voix ne possède aucun trouble. Je tente de rationaliser. Après quatre ans et demi, il est normal qu'elle se sente moins perdue. Mais… et si ?

-Marcus n'aime pas l'admiration que Will te porte, tu t'en doutes.

J'hoche simplement de la tête. Rester sur le premier sens de ses mots. Ne pas chercher plus loin. Ne pas replonger là-dans. Pas maintenant que son absence est enfin devenue supportable…

-Et Terry était encore moins chaud à l'idée que je vienne te voir pour cet autographe.

-… Ça se comprend.

-Mais nous sommes adultes maintenant. Ce n'est pas de prendre un thé ensemble qui va…

-Changer quelque chose.

Mes yeux quittent ma tasse de thé et se posent sur son visage. Ça commence à redevenir tendu. Mieux vaut en rester là.

-Alors tu devrais rentrer…

-J'ai du temps. Marcus est en voyage d'affaire.

Mon regard se fait plus insistant. Elle comprend et me répond finalement d'un signe de tête avant de se lever. Ne courrons pas le risque. C'est déjà suffisamment troublant comme ça. Avant de partir, cependant, elle se tourne vers moi, une dernière fois.

-J'ai été contente de te revoir Olivier.

-… Moi aussi.

Et je la regarde s'éloigner. Quelques minutes à peine. Quelques simples mots. Ma respiration est plus rapide. Mon cœur s'affole. Si peu et je la ressens. Toute aussi présente que ces jours où elle ne quittait pas mon esprit tourmenté. Je suis réellement condamné. Condamné à être hanté par son visage. Et comme si ce n'était pas suffisant, il faut que je remarque cette chose brillante sur la table. Un bracelet fin. Un bijou hors de prix, ça se voit. Si j'en crois là gravure à l'intérieur, c'est un cadeau d'anniversaire de mariage. Le genre de chose qu'il vaut mieux éviter de perdre. Surtout lors d'un thé avec un ancien amant…

PDV Sissy – Manoir Flint

Maintenant que je suis de retour et que Terence est reparti avec James, je comprends mieux. Je saisis la mise en garde de mon frère. William rayonne de bonheur pourtant. Ça vaut bien mes tourments. Son regard me hantait déjà jour après jour par le billet de celui de notre fils, mais… Ce n'est rien comparé à maintenant.

J'aurais tant voulu rester plus longtemps. J'aurais tant voulu lui dire toutes ses choses que je n'ai jamais pu lui dire. J'aurais tant voulu voir son expression en constatant combien William lui ressemble.

Mais est-ce que ça doit arriver ? Je ne sais plus. Est-ce encore possible de toute manière ? Si ça se trouve, Olivier a une petite amie. Une fiancée. Peut-être même une femme.

Je divague. Bien sûr que non. William connaît sa vie sur le bout de ses petits doigts d'admirateur. Il m'en aurait parlé durant des heures et des heures si tel avait été le cas. Encore aujourd'hui il s'émerveille de savoir que je connaissais Olivier avant même qu'il soit un grand joueur de quidditch. Je ne peux cependant pas lui dire que j'ai même déjoué son gardien héroïque de nombreuses fois lorsque nous jouions l'un contre l'autre. Marcus finirait par apprendre que ma mémoire m'est peu à peu revenue. Que je reste une sage épouse qui n'a pas souvenir de sa relation avec le père de son enfant est la seule chose qui protège William des représailles de Marcus.

Mais ce soir, alors que la nuit s'installe sur Londres je ne pense aucunement à Marcus. À ses représailles quelconques. Je ne pense qu'à lui. Terence avait raison. Je n'aurais pas du tenter le diable. Mais ce qui est fait est fait. Je devrai me contenter du visage comblé de William maintenant qu'il a son autographe.

-Madame Flint, un visiteur à l'entrée.

Je fronce légèrement les sourcils à la nouvelle. Je me lève de mon fauteuil et me rend au vestibule. Olivier se tient bien droit dans l'entrée venant d'être invité à quitter le froid de la nuit par un elfe de maison.

-Olivier ?

-Ce n'est pas ce que tu crois !

J'arque un sourcil. Comment peut-il savoir ce que je crois alors que je n'ai même pas eu le temps de me questionner sur le pourquoi de sa visite surprise ?

-Je… J'étais venu pour… enfin, t'as perdu ça tout à l'heure.

Je le vois tendre un bijou. Je m'approche et le prends pour mieux l'observer. Il s'agit d'un cadeau de Marcus pour nos deux ans de mariage.

-J'ai pensé que ce serait galère d'avoir perdu ça…

-Oui. Merci d'être venu me le rendre. Le fermoir doit être brisé.

Je donne le bijou à l'elfe qui a fait entrer Olivier pour qu'il aille le ranger en attendant que j'amène l'objet chez un bijoutier. Nous voilà donc. Lui et moi. Moi et lui. Seuls. À nouveau. Dans mon vestibule. Alors que Marcus se trouve à l'autre bout de l'Europe pour encore un jour.

J'hésite. Le faire entrer un moment ? Le remercier encore et le faire partir ? La deuxième option serait la plus sage, c'est clair. Mais je ne peux la mettre en œuvre.

-Olivier Dubois !

Un cri d'enfant. Mon enfant. Ou plutôt le nôtre. Bien évidemment. Celui-ci qui devrait être endormi depuis déjà un bout de temps. Il est là avec son pyjama et ses cheveux en batailles qui prouvent qu'il dormait réellement. Qu'il a été réveillé et que sa curiosité l'a poussé à venir voir le visage de cette voix qui lui était inconnue.

Mais avant qu'Olivier ne se fasse attaquer par, comme le dit si bien Terence, son clone miniature, je me saisis de ce petit garnement qui se met automatiquement à gigoter.

-Tu devrais dormir jeune homme !

La crise du non n'est pas longue à venir. Comment pourrait-il retourner sagement à son lit alors que son héro est dans notre maison ? C'est impossible et je le sais bien. Mais je n'étais pas préparée à ça. Le face à face du père et du fils pour la première fois…

-Si ça peut t'aider, un petit cinq minutes ne me pose pas de problème.

Mon regard se fait inquisiteur à l'endroit d'Olivier. Il a alors cette expression. Exactement la même que William lorsqu'il est pris en faute et qu'il a droit à ce même regard. Une petite moue adorable qui implore le pardon et contre laquelle on ne peut résister.

Je prends une profonde inspiration et indique à Will de cesser de pleurnicher s'il veut réellement rencontrer son idole. Ce dernier se cache donc dans mon cou le temps de s'essuyer le visage de ses grosses larmes de crocodile.

Mes yeux cherchent alors à prévenir Olivier. Je ne peux pas le lui dire de but en blanc. Pas devant William. Il est peut-être jeune, mais il sait tout de même ce que signifie « être le fils de ».

Olivier me répond par des yeux perdus, mais empreints d'un certain espoir. Il ne veut pas s'emballer d'une simple impression qui reste non prononcée. Je peux le comprendre.

-Olivier… Voici mon fils, William.

Le concerné relève la tête et il fait finalement face à son géniteur. Si Will est émerveillé par le fait d'être si près de son idole qu'il pourrait le toucher, Olivier, lui, tente de rester inflexible malgré le choc.

PDV Olivier – Manoir Flint

Je ne pensais pas possible qu'un jour j'ai son enfant en face de moi. Que la réponse à cette question, que je me refusais de me poser encore et encore après ces années, se trouve juste là. Devant mes yeux.

La certitude me retourne. Elle est, à la limite, terrorisante. Ces vieilles photos qui encombrent la cheminée de mes parents. On dirait l'une d'elle. Moi. Lorsque j'étais tout jeune.

C'est donc sans vraiment le réaliser que je me retrouve dans le salon de Sissy, avec, j'ose le dire sans même y croire encore, mon fils dans les bras. Il débite un million de mots que j'ai du mal à saisir. Mais ce n'est pas si grave. Il ne semble pas vexé de mon manque de conversation. J'imagine que juste le fait de l'avoir contre moi l'enchante. Dire qu'il ne saisit même pas l'importance de cette situation. Je l'envie presque. Lui et son innocence d'enfant.

Mon regard passe de lui à Sissy et vice versa. Qu'elle me le confirme avant que ma tête n'explose. Un simple geste suffit. Et elle hoche de la tête avec un sourire qui se veut rassurant. Sans m'en rendre compte, je resserre un peu plus mon étreinte sur le bambin qui continue d'occuper toute la conversation. Son fils. Le mien. Le nôtre. Celui qui me fut plus ou moins volé par l'homme qui m'a tout dérobé. Il est là entre mes bras. Et l'excitation de cette rencontre ne tarde pas à boire toute son énergie d'enfant. Il s'endort après une trentaine de minutes. Tout contre moi. Mon fils qui dort dans mes bras. Une autre chose à laquelle je n'aurais pas cru si on me l'avait annoncée ce matin.

-Tu me le donnes ? Je vais aller le remettre dans son lit.

Je ne le fais pourtant pas. Je me lève simplement. Tout doucement pour ne pas le réveiller. Sissy comprend le message et me guide à travers sa maison jusqu'à la chambre de William. Je le glisse moi-même sous ses couvertures. Je les rabats sur lui. Je prends tout mon temps. Qui sait. Ce sera peut-être la seule fois où je pourrai poser ces gestes avec lui.

Une fois de retour au salon, je ne peux empêcher les questions de se poser enfin.

-Marcus le traite bien ?

-Ça peut aller. Il ne se conduit pas vraiment comme un père avec lui. Mais il ne lui fait rien de mal non plus.

J'acquiesce de la tête d'un mouvement un peu vague. C'est le principal. Si Flint osait lever la main sur un enfant uniquement parce qu'il est de moi ou qu'il me ressemble, je le tuerais sans hésiter.

-Et avec toi ?

-Ça peut aller aussi. Il n'a jamais été particulièrement aimant, mais c'est pas grave.

Elle accepte cette vie avec tant de fatalité. Comme avant. Alors que je lui disais de le quitter. Elle encaisse. Fait ce qu'il faut comme dit son frère. Comment peut-elle vivre ainsi ? Comment a-t-elle pu le faire pendant quatre ans ?

-Il n'a jamais voulu d'un enfant à lui ?

Chose curieuse. Vu son obsession pour Sissy. Je me serais attendu à un héritier de son sang qui traînerait quelque part. Mais apparemment non.

-Si. Énormément d'ailleurs. Mais je dois t'avouer que j'ai un doute sur sa fertilité après quatre ans de tentatives infructueuses.

Sans que je ne puisse le contrôler, un sourire et un rire moqueurs m'échappent. Flint, impuissant. C'est sans doute la seule chose qui le qualifie qui me fait rire.

-Ce n'est pas très gentil de se moquer du malheur des autres, Monsieur Dubois.

-Il fut un temps pourtant où ça vous plaisait bien à vous, Miss Higgs… ahem. Madame Flint.

Ma reprise est légèrement amère. Elle gigote un peu dans son fauteuil, mal à l'aise. Ces mots sont un rappel. Je ne devrais pas me trouver ici. C'est dangereux pour elle. Pour William. Malgré les années qui ont passée, je n'ai pas oublié à quel point Flint sait être rancunier.

-Je… Je vais rentrer maintenant. Je ne venais que te rapporter ton bracelet à la base !

Je tente un sourire. Peu convaincant. Puis je me lève de mon siège. Elle se lève à son tour pour me reconduire à la sortie.

-Si…

Je suis hésitant à ma question. J'ai peur qu'elle refuse…

-Si tu pouvais m'écrire de temps en temps… Pour me parler un peu de lui. J'apprécierais beaucoup.

-Oui, c'est normal. Je le ferai.

Elle tente aussi un sourire. Je reste incertain sur le coin de la porte. Je dois partir. Je ne veux pas. Pas Maintenant que j'ai passé plus de temps avec elle en une journée qu'en quatre ans et demie.

Je me fais violence pour ouvrir la porte et mettre un pied dehors…

-Olivier !

PDV Sissy – Manoir Flint

Je ne devrais pas dire ce qui brûle mes lèvres. Je le sais. Je peux entendre ma conscience me hurler de ne pas le faire. Je peux imaginer le visage inquisiteur de mon frère qui revient à la charge. Pourtant je n'arrive pas à me contrôler. Dès qu'il s'arrête. Dès qu'il tourne sa tête vers moi avec une mine interrogatrice. Les mots m'échappent.

-La dernière chose que tu m'ais dite est que je comprendrais peut-être un jour…

Il fouille un instant dans sa mémoire et fini par acquiescer. Il ne bouge pas. Restant le pied dehors et la main sur la poignée, prêt à partir. Je ne veux pas qu'il me quitte encore.

-Eh bien je ne comprends toujours pas.

Mes yeux et ma voix se gorgent d'une tristesse retenue durant plus de quatre ans. Enfin, je peux et j'ose lui dire ces mots.

-Tu aurais dû me dire la vérité Olivier.

Il recule vers l'intérieur. La porte demeure ouverte. Ses yeux sombres se plongent dans les miens.

-J'ai pu endurer Marcus pendant des mois, j'aurais pu le faire encore !

Il comprend ce que ça signifie. Je peux vois le déclic dans son regard. Oui amour, je me souviens… Ce fut long, mais les choses sont revenues à leur place, une à une. Encore aujourd'hui, il y a certaines choses qui m'échappent. Mais le principal y est.

-Sur le coup ça me semblait être…

-La meilleure chose à faire ? Tu aurais dû me demander mon avis ! Moi, je n'avais pas le droit de choisir ?

Je peux voir la culpabilité prendre forme sur son visage. Je n'aime pas le voir dans cet état, mais j'ai besoin de lui dire. Ce soir, mettons cartes sur table. Une fois pour toute.

-Je voulais te protéger de ce que Marcus te faisais avant. Rester là. Le regarder te détruire à petit feu. Ça m'était insupportable.

-Et tu ne penses pas que je préférais être blessée par lui et aimée par toi, que n'avoir que lui qui ne me blessait pas ?

Il déglutit. Je m'approche d'un pas lent. Comme si le brusquer le ferait fuir. Finalement j'avais tord. Malgré la maturité que je croyais posséder, je suis toujours aussi impulsive. Vais-je droit dans un mur ?

-Olivier, je préfère mille fois qu'il me blesse pour t'évincer de ma vie que toi qui s'en évince tout seul.

Ces mots sont comme un détonateur. Un instant plus tard, je peux sentir cette bouche qui m'a tant manqué contre la mienne. Sans plus attendre, je m'accroche à son cou. Je peux entendre la porte qui se referme. Je peux sentir son corps se fondre contre le mien. Ses mains qui parcourent mon corps avec avidité. Il y a si longtemps que je ne m'étais pas sentie vivre de la sorte.

Sans quitter ses baisers emplis d'une passion retenue depuis des lustres, je le guide à l'aveuglette jusqu'à ma chambre. Dès que nous atteignons le lit, les choses s'enchaînent comme elles l'ont toujours fait entre nous. Des baisers. Des caresses. Des vêtements qui tombent éparts. Encore plus de caresse. Encore plus de baiser. Le bien être délicieux de ne faire qu'un. Le frisson prenant d'un plaisir que je pensais oublié.

Ses bras, dans lesquels je n'ai pu dormir que si peu de fois. Ils sont si bons. Si rassurant. Je ne veux plus jamais avoir à les quitter. Mais comme toujours, le temps refuse d'entendre mes prières. Il ne s'arrête pas et le matin vient. Venant chatouiller son visage paisible de ses rayons. Il ouvre les yeux. Je lui souris. Sourire qu'il me rend sans attendre. Il s'étire un peu avant de revenir tout contre moi. J'aimerais tant que tous les matins se déroulent ainsi. Pourquoi ne pourraient-ils pas l'être ? Quitte à être impulsive. J'en ai assez. Je ne veux plus vivre en cage. Je ne veux plus vivre loin de lui. Je ne veux plus priver mon fils d'un père qui pourrait l'être tellement plus que ce que Marcus accorde à William.

-Olivier, j'ai réfléchi…

-Hum ?

Il se redresse sur un coude pour que nous puissions nous regarder. C'est un peu difficile pour moi. Je n'aime pas être dépendante des gens. Mais je suis une femme mariée depuis quatre ans. Rien ne m'appartient ici, sinon mon fils. Personne ne peut m'aider, sinon Olivier. Et Terence bien sûr. N'avait-il pas dit qu'il serait mon plus ardant défenseur ? Je pourrai user de ses propres mots contre lui.

-Si je te dis que je me sens prêtre à entreprendre des procédures de divorce ?

Chose qui sera longue et difficile. Je risque probablement d'être reniée. Et je n'ose penser à la réaction de Marcus.

-Alors je réponds que je ne le laisserai pas poser le moindre geste contre toi ou contre Will.

Je souris. Rassurée. Le cauchemar n'est pas encore terminé. Mais je réalise plutôt difficilement que je viens de prendre la décision qu'il aboutira sous peu.

-Il ne faut pas que William soit encore ici lorsque je l'annoncerai à Marcus.

Il hoche de la tête, mais sourit toujours. J'ai l'impression que rien ne pourra lui retirer le rayonnement qui fait briller ses yeux à cet instant. L'idée que bâtir une vie ensemble est toujours possible nous transporte vers une nouvelle effusion de sentiments et de passion. C'est si doux. Si bon. Il y a si longtemps que je ne m'étais pas sentie à ce point sur un petit nuage de bonheur indestructible.

Ensuite, il s'agit de William. Il faut le faire partir d'ici. Le plus tôt ce sera fait. Le plus tôt je me sentirai assez forte pour affronter Marcus. Je ne veux surtout pas qu'il s'en prenne à William en guise de représailles. Pour le moment, je ne fais que lui dire que nous allons chez une amie d'Olivier. Cette chère Emma. Complice de notre amour jusqu'au bout. Au début, Will n'est pas très enchanté de se trouver dans un endroit inconnu. Surtout en sachant que je ne resterai pas avec lui. Mais dès qu'Olivier souligne qu'Emma et lui se connaissent depuis plus longtemps que nous, il ne pense plus qu'à une chose. Qu'Emma lui raconte de drôles d'aventures sur son héro.

Lorsque les choses seront derrières nous. Je prendrai le temps de m'asseoir avec lui pour lui expliquer ces choses qu'il ne comprendra vraiment que lorsqu'il sera plus vieux.

En attendant, pendant que Marcus est toujours absent, Olivier et moi rassemblons ce qui nous sera nécessaire à William et moi pour notre nouvelle vie. La majorité de ce qui est envoyée à Olivier appartient à William. Je préfère n'amener que peu d'effets personnels. Je ne veux pas de ces choses offertes par Marcus.

Et vers la fin de la journée, ce dernier rentre finalement à la maison. Je me trouve dans le salon avec Olivier. La maison est vide de vie. Marcus en sera intrigué. William est un petit garçon bruyant, il trouvera étrange de ne pas l'entendre.

Plus j'entends ses pas se rapprocher de l'endroit où nous sommes, plus l'angoisse me prend. Mais je ne dois pas me laisser submerger. Olivier est avec moi. Il a dit qu'il me protégerait et j'ai une foi aveugle en lui.

-Sissy, tu lui as coupé la langue à ce gamin ou quoi ?

Sa voix dans le couloir. Si près. Il entre finalement dans la pièce. Son expression change en un éclair. Dès qu'il voit Olivier.

-Qu'est-ce que tu fiches sous mon toit Dubois !

De la haine. De la colère. Il avance à grand pas et j'ai le réflexe de reculer. Olivier se poste immédiatement entre nous.

-Sort d'ici tout de suite tu m'entends !

-Ne t'inquiète pas, je pars. Dès qu'elle t'aura dit ce qu'elle a à te dire.

Mes yeux vont de l'un à l'autre. Marcus est tellement en colère. S'il pouvait tuer d'un regard, nous serions déjà morts tous les deux, Olivier et moi.

-Tu n'as pas le droit de faire ça.

Sans même un mot, il sait exactement de quoi il retourne. Il n'est pas stupide. C'est probablement ce qui se produit à cet instant qu'il a redouté depuis le jour où nous nous sommes mariés.

-Je t'interdis de me quitter tu entends !

-Mais je vais le faire quand même…

Ma voix est mal assurée. Je mentirais en disant que je ne suis pas pétrifiée à cet instant. Cet homme me fait peur. Il me terrorise depuis le premier jour où il a usé de la force contre moi. Mais je dois rester forte. Il le faut. Ne serait-ce que pour William. Oui, mon fils. Je peux tout faire pour lui. C'est pour lui que je fais ça.

-Marcus, ça ne peut plus continuer comme ça. Combien d'années encore te faudra-t-il pour comprendre que même sans Olivier dans le décor, je ne t'aime pas ? Je ne ressens rien pour toi. Je te l'ai déjà dit. Tu te fais du mal à toi-même en me gardant près de toi comme tu le fais.

-La ferme !

Il le sait. Marcus, contrairement à ce que je pensais au tout début de cette histoire, n'a jamais été un idiot profond. Il en souffre. Il souffre de ça autant que moi. Peut-être même plus. Qui sait. Comment me sentirais-je si Olivier ne partageait pas le fort sentiment que j'éprouve pour lui ? Je ne saurais dire.

J'ose m'avancer. J'ose m'exposer à ses coups. Après toutes ces années, je comprends un peu cet homme et ses motivations. Bien que je ne les approuve pas du tout.

-Rend-nous service à tous les deux Marcus. Laisse-moi partir.

Il devient alors confu. Perdu entre la raison et la colère, au milieu de la vérité qu'il se refuse d'entendre depuis des années.

-Je t'en pris…

Cette supplication semble l'achever. Le coup de grâce. Il ne gagnera jamais. Il le sait. Il en est parfaitement conscient. Il recule alors que j'avance vers lui. Il se retourne brusquement et s'enfuit. Je ne peux m'empêcher de le suivre. Je peux entendre les pas d'Olivier derrière les miens.

Je retrouve Marcus devant une armoire emplie de petites fioles. Il avale tout ce qui passe sous sa main avec une rage et une colère que je ne lui avais encore jamais vu. Mais je peux également sentir une profonde tristesse et un désespoir immense qui l'entourent.

-Marcus !

Je veux l'empêcher de continuer, mais il me repousse. Choqué par la scène, du moins j'imagine, Olivier n'arrive à poser le moindre geste. Il était préparer à se battre contre Marcus. Mais pas à l'empêcher de faire ça.

Toutes ces potions rassemblées ont un effet qu'il me serait difficile de décrire avec précision. Surtout que je n'arrive pas à réfléchir correctement à cet instant. Il commence par se sentir mal. Il s'effondre. Il convulse. Je m'agenouille près de lui. Sans le réaliser, une larme roule sur ma joue.

-Tu n'es qu'un idiot Marcus Flint !

Je lui demande de me laisser partir oui. Mais pas comme ça. Pas à un tel prix. Il tente de me répondre. C'est difficile pour lui avec tout ce qui doit se passer dans son corps en ce moment. Mais j'arrive tout de même à comprendre ses mots.

C'est le seul moyen… Mine de rien, au plus profond de moi, je le savais depuis longtemps. Je l'ai souvent pensé. La seule façon pour moi de me libérée de cette vie et de lui, c'est la mort. J'ai longtemps pensé qu'il s'agissait de la mienne. Mais Marcus me montre aujourd'hui que j'avais tord. Il y avait une autre solution. Une autre mort. La sienne. Celle de mon bourreau…

Mes parents n'ont donc jamais eu à subir le scandale de voir leur fille divorcer. Ce monde de sorcier au sang pur ne m'a jamais regardé comme une détestable femme qui a trompé son époux et qui l'a par la suite quitté pour son amant.

En plus de me laisser partir, Marcus a fait de moi une veuve et non une ex-femme. Il m'a protégée de tous les désavantages du divorce qui résident au cœur de cet univers archaïque. Même si je ne l'ai jamais aimé comme il le souhaitait, aujourd'hui je garde un sentiment pour lui. Je lui dois bien ça. Il m'a aimé au point de me faire mal à en crever, oui. Mais il m'a également aimé au point de mourir pour moi…

Et à partir de maintenant ? Après tant d'événements. Après tant de choses. Et ce malgré tout… Il reste encore plus à vivre. Auprès de William qui connaît enfin son père comme il se doit. Et auprès d'Olivier. Ce garçon avec qui j'ai eu un jour l'idée saugrenue de jouer à chat. Un jeu qui m'a coûté bien des souffrances. Mais bien plus de joies encore. Un jeu auquel je jouerais de nouveau même en pleine connaissance de cause. Un jeu duquel découle un adorable enfant. Duquel il en découlera trois autres, bien que je ne le sache pas encore. Mais surtout, un jeu duquel découle un amour qui est toujours plus fort de jour en jour. Un amour que même l'oubli n'a pu vaincre. Un amour qui, j'ose le croire, ne pourra jamais s'éteindre…