7.

La mine fermée, Aldéran s'était dirigé à sa table de travail, prenant machinalement au passage son café et sa viennoiserie.

- Kaéryane, il faudra que je vous parle, le plus tôt sera le mieux, jeta-t-il en s'arrêtant un instant devant son bureau.

- Oui, bien sûr, LC. Quel est le souci ?

- En privé. On se voit à la pause déjeuner.

- Comme il vous plaira… Est-ce qu'il s'agit de… ?

- En effet.

Les autres membres de l'Unité échangèrent un regard d'autant plus interloqué qu'à présent Kaéryane semblait aussi préoccupée que leur Lieutenant-Colonel !


De simple altercation, le désaccord avait fini en bagarre générale et c'était tout le snack qui était devenu un champ de bataille et de nombreux enfants s'étaient retrouvés pris au piège.

Avec l'Unité Mammouth de la Lieutenante Daleyna Progris,

Aldéran était arrivé sur les lieux.

- Ca ne va pas être facile d'intervenir, murmura Daleyna. Notre irruption ne fera qu'échauffer les esprits.

- On ne peut pas se lancer dans la partie, rectifia Aldéran. Ce sont tous des civils, innocents, impossible de les menacer de nos armes et encore plus de tirer !

- Je ne vois vraiment pas comment faire, mais ces agents de patrouille n'ont pas à le savoir !

Aldéran esquissa un sourire.

- J'ai une idée… Après tout, une fois que nous sommes débarrassés de nos protections, du gilet pare-balles, nous redevenons des civils. On y va, on repère les meneurs et on les neutralise individuellement !

- Tu es taré, mais ce n'est pas idiot.

- Jelka, scans de ce snack, que nous repérions à nouveau les lieux, les personnes ayant trop tendance à se déplacer ! On va devoir se lancer dans la grande bagarre et atteindre les cibles.

- Je ne vous laisse pas tomber. Comptez sur moi. Vous aurez toutes les infos dans quelques instants, mémorisez-les bien car ensuite vous devrez aller au corps à corps.

Aldéran se rapprocha de Soreyn.

- Tu dois passer ton Badge final dans deux mois. Reste près de moi !

- Tu m'apprendras les Points de Pression ?

- Il ne vaut mieux pas, c'est bien trop dangereux, précis. Je préfère demeurer le seul maître de cette technique. Reste en vie, c'est tout ce que j'attends de toi !


L'air vraiment réprobateur, le Colonel du Bureau AZ-37 considéra ses deux meneurs d'Unité.

- Daleyna, je sais que jamais tu n'aurais opté pour une tactique aussi folle… Dès lors, je ne peux que déduire que c'est toi, Aldéran. Ces risques, pour les deux Unités et surtout tous ces gens dans le snack ! Bien que chacun aie eu les visages des meneurs, une fois dans cette pagaille – et là, le terme est faible !

- Les membres de nos Unités sont parmi les meilleurs, que je connaisse. Une fois les fauteurs de troubles identifiés, ils ne pouvaient que les trouver, se faufilant entre les faibles ayant cédé à une simple envie de se défouler. Et, de fait, c'est ce que ceux des Unités Mammouth et Anaconda ont opéré ! Il n'y avait pas d'autre façon de procéder ! conclut Aldéran. Tu en serais arrivé à cette conclusion, Colonel, si tu avais été sur le terrain.

- Aldéran, je ne te permets ces insinuations !

- Désolé. Mes propos ont dépassé ma pensée… Sauf sur le fond, de notre intervention.

- Aldéran, j'ai été à ta place. Mais, désormais, je suis à celle-ci… Et je dois mobiliser un peu trop notre Section Relations Publiques pour couvrir les écarts des assauts !

- On a connu cela, rappela Aldéran, quand c'était notre seule Unité qui était sur la sellette… Je n'agis que dans le cadre de mon métier, pour effectuer la tâche que l'on attend de moi : protéger. Pour le reste, si tu as à redire, vire-moi !

- Ne me tente pas…


A la pause déjeuner, comme convenu, Kaéryane était venue retrouver Aldéran au snack, de l'autre côté de l'avenue où se trouvait l'AZ-37.

Là aussi, les deux interlocuteurs étaient en public, mais loin des oreilles de leurs équipiers qui avaient opté pour un décrassage en salle de sports.

- Aldéran, je n'aurais jamais imaginé…

- Moi non plus… Je suis aussi responsable… Mais, j'ai pourtant été clair, plusieurs fois, et Tansguylle continue de me courir après. Je ne nierai pas que cela m'a plu, que j'en ai profité, mais ta petite sœur était consentante, majeure, et le deuxième soir je lui ai bien fait comprendre que c'était sans espoirs pour le long terme !

- Je suis certaine que vous avez été correct avec ma cadette, LC. Mais Tansg est si jeune, elle s'emballe sur tout. Même si, au départ, c'était un défi pour elle de vous avoir, je pense qu'elle a fini par être sincère…

Aldéran découpa une tranche de son steak saignant, rassembla un peu d'oignons frits et de la purée.

- Je ne l'ai jamais trompée, sur la nature de nos ébats, répéta-t-il. Je l'ai aussi mise en garde sur le fait de ne pas y croire. Elle m'avait affirmé accepter mes « règles du jeu ». Elle s'était d'ailleurs tenue en retrait depuis l'explosion au Laboratoire de mon aîné. Cependant, depuis quelques semaines, elle revient bien trop à la charge…

- C'est une jeune femme de dix-sept ans !

- J'ai ma part de responsabilité, d'erreurs… Mais je refuse d'être la cible d'un harcèlement. Kaéryane, j'ai déjà tout mis cartes sur table avec votre cadette, mais on dirait qu'elle ne veut rien entendre… Si elle s'obstine à venir me voir au snack, chez moi, même à un bar, je devrai exiger une Injonction d'Eloignement !

- Ne me dites pas que ma petite sœur vous fait peur ? Sincèrement, Aldéran ! ?

Le jeune homme finit de récupérer la sauce caramélisée avec son pain.

- J'ai bien des soucis, depuis des semaines… Mais, Kaéryane, votre jeune sœur est très agressive, exaltée, et je ne peux lui accorder l'attention qu'elle aurait pu espérer. Il n'y a plus rien de possible entre nous. Il n'y a jamais rien eu… Je crains qu'elle ne se soit fait bien des films !

- Tansguylle a toujours été si émotive, si à fond dans toutes ses histoires… reconnut Kaéryane. Désolée…

- Non, c'est moi… Mais que Tansguylle demeure à bonne distance ! Compris ?

- Parfaitement !


Aux fourneaux, Aldéran et Delly avaient fusionné leurs talents pour cuisiner pour Valysse et Lyavine, Eryna et Hoby également présents.

Depuis des semaines, les deux petites filles avaient été séparées de leurs parents, mais retrouver leur mère semblait les rassurer !

En revanche, du haut de ses trois ans, Valysse trahissait bien des émotions, sa bouche s'ouvrant sur le mot « papa » alors qu'il semblait qu'elle n'osait plus le prononcer !

- Aldie !

Prenant la petite dans ses bras, Aldéran l'embrassa avant de la poser sur sa chaise haute pour le dîner qu'elle avait à prendre avant les adultes.

- Ton papa sera bientôt là, assura le jeune homme à l'oreille de Valysse qui lui sourit.