Disclaimer : Bob l'Octodian et son Metal Bloody Saloon appartiennent à Aerandir Linaewen qui me les a cependant gentiment prêtés ! Merci à elle !

20.

Le Colonel de l'AZ-37 avait réuni l'Unité Anaconda dans sa salle de réunion.

- Quoi, ma balafre a changé de joue ? grinça Aldéran alors que Melgon le fixait un peu trop longuement à son gré !

- Je m'excuse, Aldie. Tu avais raison : Berkauw est bien revenu et il est dans la galactopole !

- D'autres témoignages ? questionna alors le jeune homme.

- Oui, des Patrouilleurs des Rues l'ont aperçu qui se glissait entre les piliers d'un pont, non loin du Port. Il a été formellement identifié. Il ne sort bien évidemment que la nuit et les caméras en rue le montrent rôdant dans le quartier… Ses objectifs sont évidents : toi ou moi, ou les deux ! Bien que ton SIGiP l'aie libéré, il n'a pas dû digérer que l'on fasse échouer les plans de son associé et lui au bord du lac… Je t'ai mis sous discrète protection, Aldéran.

- Je suis assez grand pour…

- Je ne te demande pas ton avis, siffla son Colonel. Tout comme la Hiérarchie n'a pas voulu le mien pour mettre une Patrouille des Rues sur mes talons !

- Si Berkauw est tout près, ça va être facile de le harponner ? hasarda Soreyn.

- Aucune chance, le détrompa immédiatement Melgon. La situation dans laquelle il est réapparu est totalement différente de celle où l'avait capturé et séquestré ! Il est peut-être à deux pas, mais il demeure extrêmement dangereux ! Nous avons besoin d'aide pour cerner son nouveau mode d'action, et pour cela je ne pouvais que faire appel à l'équipe de Profileurs qui nous en avait dressé le portrait et donné l'endroit où l'enlever !

- Oui, excellente idée, fit Yélyne.

- Pas tout à fait… Là encore, Aldéran, je suis désolé mais ce sera ainsi.

Le jeune homme fronça les sourcils.

- Que veux-tu dire ?

Melgon soupira, ne perdant cependant pas de temps, sachant que rien n'empêcherait l'inévitable !

- Je dois vous dire que de l'équipe d'origine qui avait profilé Berkauw nous avons un mort, un malade de longue durée, un à la retraite, un parti bien trop loin que pour revenir assez vite… La dernière personne – bien qu'affectée dans une autre galactopole – a accepté de venir… Et, je peux vous assurer qu'à elle aussi cela ne fait nullement plaisir !

- Ces souvenirs, je devine que cela doit un peu la traumatiser, remarqua Darys.

- En partie. Mais ce n'est pas du tout de cela dont je tentais de vous avertir, afin que vous n'ayiez pas un trop grand choc. Moi-même, je l'ignorais avant d'avoir son nom ! L'autre fois, les échanges avaient été uniquement téléphoniques, et de messagerie à messagerie, entre la Colonel Forgless et les Profileurs.

- Melgon, Colonel, où veux-tu en venir ? s'impatienta Aldéran. Quel que ce soit le problème, il…

- Ayvanère !

- Quoi, Ayvanère ? s'étrangla le jeune homme.

- Le dernier membre de l'équipe, c'est Ayvanère Thyvask !

Et tous détournèrent la tête d'un Aldéran qui s'était figé, blême.


Sa courte chevelure multicolore en bataille, en pantalons et veste croisée noirs, chemise azur, la jeune femme n'avait pas changé, semblait d'ailleurs plutôt apaisée et épanouie par son activité.

Mais ce fut un regard glacial qu'elle posa sur ceux de l'Unité, et n'eut pas un frémissement quand elle croisa les prunelles bleu marine d'Aldéran qui ne cilla pas davantage.

- Nous avons le serial killer aux Rites à attraper, à nouveau, fit Melgon en lui désignant un siège. Vous avez eu toutes les infos disponibles, Mlle Thyvask, qu'avez-vous pu en tirer comme premières conclusions ?

- Pas grand-chose. Pelmy Berkauw connaît cette ville comme sa poche et il y est véritable caméléon, rappela Ayvanère. S'il a été vu, c'est parce qu'il le voulait, pour mettre la pression, pousser à la faute. Quel que soit son but, il a pris des risques insensés – qui ne collent pas avec sa personnalité et ses précédents meurtres. La vengeance ne fait bien sûr aucun doute et il a dû soigneusement se préparer car il sait que dès l'alerte donnée, il sera plus recherché que jamais ! Et s'il pense ne pas pouvoir être arrêté avant d'avoir atteint son ou ses buts, c'est que tout est déjà prêt.

La jeune femme eut un petit ricanement.

- Quoi que vous envisagiez, quoi que vous fassiez, il vous a déjà pris de vitesse ! asséna-t-elle en fixant soigneusement chacun de ses interlocuteurs. C'est l'un des plus intelligents individus que j'ai eu à pister… Et il a suffisamment prouvé qu'il pouvait filer entre les doigts de plusieurs forces de Police, ici et ailleurs !

- Que suggérez-vous ? questionna le Colonel du Bureau.

- Je n'ai pu que dresser une situation à partir d'éléments du passé de Berkauw, s'excusa-t-elle presque. Il me faudra des infos fraîches pour travailler.

- Vous les recevrez en même temps que moi.

- Merci, Colonel Doufert.

- Aucun souci pour vous loger, Mademoiselle ? s'enquit encore ce dernier.

- J'ai toujours mon appartement, rappela Ayvanère. Inutile de vous soucier de moi, je sais me débrouiller ! C'est moi qui vous contacterai en fonction des données que vous me transmettrez. Je n'accepterai aucun autre contact, conclut-elle en se levant. Inutile de me raccompagner, je connais le chemin !

Et bien qu'aucun d'eux ne regardent Aldéran, tous ne songeaient qu'à lui et au fait qu'avec le retour d'Ayvanère, la situation allait singulièrement se compliquer pour le jeune homme.


Doc fit glisser un petit verre à liqueur le long du comptoir, avant de poser une pinte de bière devant Aldéran qui s'était assis après avoir vidé d'un trait le godet.

- Toi, tu as meilleure mine, sourit le vieux médecin.

- J'ai eu droit à une bonne cure de sommeil. Mon père est passé ?

- Juste avant de repartir. Ca a fait plaisir. Tu l'as vraiment inquiété sur ce coup !

- Si j'avais su que cette fille était aussi siphonnée… Et, surtout, maintenant, je suis sans petite copine !

- Quel drame !

Aldéran esquissa un sourire.

- Ce n'est pas pratique, protesta-t-il encore. En plus, il va me falloir repartir en chasse… Ayvanère est de retour.

- Et vu le ton sur laquelle tu me l'apprends, ce n'est pas une bonne nouvelle, fit doucement le tenancier de La Bannière de la Liberté.

Le jeune homme expliqua la situation en quelques mots.

- Elle est là pour le boulot. Et bien qu'elle soit retournée à son appartement, il est évident que je n'ai pas intérêt à aller sonner à sa porte !

- Elle est pourtant là pour assurer ta protection, remarqua-t-il.

- Sur ordres. Mais elle n'a pas du tout l'intention d'échanger trois mots avec moi et ne veut certainement pas qu'on se retrouve en tête-à-tête, même professionnellement. Ca fait bizarre, Doc, je peux te l'assurer ! On a failli avoir un bébé et là nous nous ignorons superbement !

- Elle te bat froid. Et toi, que ressens-tu ?

- D'abord, j'ai été bien trop surpris ! avoua le jeune homme. Je ne savais pas non plus qu'elle serait son attitude, question qui a été vite réglée ! Au bout du compte, ça m'a fait très plaisir de la revoir, de la savoir en bonne santé. Et s'il m'était vaguement, ou inconsciemment, resté une illusion, je n'ai plus à en concevoir. Il n'y a plus rien entre nous.

- Désolé, petit.

Aldéran haussa les épaules.

- C'est la vie. Espérons qu'elle évitera que Berkauw ne s'en prenne à Melgon ou moi, j'ai suffisamment morflé !


Doc avait découpé et déposé deux parts de tarte sur le zinc.

- Ton aîné ?

- Statu quo. Je n'ai plus cherché de contact depuis que je suis repassé à La Roseraie après ma sortie de la clinique privée. Franchement, j'en ai plus qu'assez de lui et de son envie de ne rien faire ! Je sais que je suis très mal placé pour lui en faire le reproche, moi qui lui ai mené la vie dure – et c'est peu de le dire – durant des années ! Pour l'instant, sincèrement, il n'y a rien de plus que je puisse faire pour lui. Il faut que je trouve une solution pour l'obliger à marcher mais pour l'instant je n'ai aucune idée, quoique…

- Oui, Aldéran ?

- Je préfère tenter ma chance, le moment venu. Après tout, il y a toutes les malchances pour que ça ne fonctionne pas…

Après la tarte, Doc avait servi une sorte de ragoût qui devait avoir été réchauffé bien trop souvent, mais ce n'était pas mauvais et un vin râpeux l'accompagnait.

- Toujours pas l'intention d'aller faire une petite virée avec le Lightshadow ? questionna encore le médecin.

- J'ai bien assez à faire avec tout ce qui est terrestre, ces derniers temps… Mais, j'ai bien l'intention de remonter à bord, dès que tout se sera calmé !

- Un projet en particulier ? devina Ban.

- Warius Zéro a promis de me faire découvrir Gun Frontier et, si possible, sur le trajet, on devrait s'arrêter à un nommé Metal Bloody Saloon tenu par un certain Bob. Tu connais ce dernier ?

- L'Octodian ! Oui, sourit largement Doc. Le seul, encore aujourd'hui, à appeler ton père « gamin » ! C'est vraiment un phénomène ce Bob et il a surtout toujours les meilleurs alcools de la zone galactique où se trouve son saloon !

- Il m'intéresse, ce Bob…

- Tu m'étonnes, Aldie !

Et pour les deux amis, la soirée se poursuivit encore un bon moment.