Leçon 4: Trouver des solutions
Je m'éveillais à quatre heures du matin, frigorifiée. Je me rechaussais, cherchais ma veste à tâtons et quittais l'appartement de Philips. Je marchais quelques minutes dans un Londres embrumé avant de trouver une impasse sombre où je transplanais. Arrivée à la maison, je n'allumais aucune lumière et marchais sur la pointe des pieds. Même si ça avait été le but à l'origine, je ne tenais plus à me faire surprendre. J'évitais avec précaution les marches grinçantes de l'escalier et fermais à clé la porte de ma chambre. Puis, en me changeant, je tâchais de remettre de l'ordre dans mes pensées. J'étais confuse et en repensant à ce qui s'était passé chez Philips, l'idée de sauter du haut du clocher de Big Ben me semblait soudain très alléchante. Arriverais-je seulement à boire une bière sans que ce souvenir ne revienne me hanter? Et comment pourrais-je faire du bon travail si, à la moindre discussion avec mon père, mes nerfs se mettaient tellement en vrac que j'en venais à me précipiter sur mon partenaire pour l'embrasser fougueusement? D'ailleurs, oserais-je encore croiser son regard?
Je détestais ce que je devenais par la faute de mon père. Je me relevais, pris une douche, me changeais, avalais un café et m'enfuis rapidement. Philips était déjà à son bureau quand je franchis les portes du service. Je me laissais glisser sur la chaise en face de lui sans oser le regarder. Mais il m'observa et, happé par l'intensité de son silence et de toute sa personne, je ne pus m'empêcher de relever les yeux.
-Tu as une sale tête.
Malgré ses paroles, la légèreté de son ton me fit respirer. Je ne m'étais pas même pas rendu compte que j'avais retenu mon souffle.
-J'ai très mal dormi.
Il avait déjà baissé le regard vers ses parchemins, mais je perçus son sourire.
Ce fut la seule allusion à la veille.
Nous avions finalement fini nos paperasses et étions sortis à la recherche d'un informateur de Philips. Il m'enjoignait d'ailleurs à en trouver un très vite. Un gars pas trop bête qui pourrait me renseigner sur tout types d'évènements. J'étais résolu de laisser faire le hasard et de ne rien brusquer. La vie d'un Auror peut dépendre de ses relations avec son informateur, en choisir un que je paierais et qui me vendrait à qui lui donnerais davantage... Le climat dans le monde sorcier est très calme, mais les choses changent rapidement et un surcroît de précautions n'est jamais vain.
Obnubilée par mes problèmes personnels, je l'écoutais d'une oreille distraite, lorsqu'au beau milieu d'une de ses phrases, regardant la façade des immeubles, j'eus une révélation qui m'éveillas brusquement et m'écriais:
-Il faut que je déménage!
Philips me fixa, à la fois stupéfait et mécontent, mais ne fit aucun commentaire.
Le soir même, j'annonçais à ma famille mes intentions et le lendemain, je me mettais en quête d'un appartement. Le monde sorcier s'est particulièrement développé, spécialement dans la capitale. Trois quartiers ont vu le jour où la magie est utilisée. Malheureusement, les prix y sont totalement inabordables pour un salaire comme le mien. Au contraire, je réalisais que le taux de change Gallions-Livres Sterling était très avantageux. Je commençais naturellement à chercher dans les petites annonces des journaux Moldus et craquais une semaine plus tard sur un petit appartement à l'est de Soho, assez éloigné du Ministère. Je m'y installais petit à petit, m'achetant des meubles au fur et à mesure. Reprendre ceux de ma chambre m'avait semblé trop difficile. Et puis, je n'avais pas pu résister à la tentation d'acheter un lit King Size, bien au-dessus de mes moyens. En réalité, ce fut la première chose qui entra dans mon tout nouvel appartement. Cette folie fit paraître ma chambre bien plus petite qu'elle n'était et j'avais à peine la place de circuler, mais pour une fois que quelque chose m'avait tenté, je n'avais pas eu le coeur de me le refuser. Evidemment, il n'y eut que mon père et Philips pour se douter de la véritable raison de cette fuite. Mais je ne parlais plus à l'un; et l'autre semblait s'en moquer. Il me fallut presque deux mois pour que mon appartement soit un tant soi peu confortable, mais je m'en moquais.
J'adorais mon boulot, j'adorais mon mentor et j'adorais même m'extraire de mon lit trop grand à cinq heures et demie du matin pour être à l'heure au Ministère.
Je n'étais peut-être pas heureuse (la perte de mon père et de ma meilleure amie était encore trop récente), mais j'étais bien. Presque sereine. Et c'était un sacré progrès.
