24.
Aldéran et Ayvanère se regardèrent, indécis, presque surpris de se retrouver l'un en face de l'autre, seuls… et n'ayant nulle envie de se déchirer une fois de plus, sur la défensive.
- Tu as gardé cet appart, reprit-elle enfin, venant s'appuyer de l'autre côté du chambranle.
- Je te l'avais promis. C'est notre appart. Et le code n'a pas été changé.
- J'ai constaté. Je ne pensais pas te trouver ici, jusqu'à ce que je voie ton véhicule devant le box.
- Tu es quand même montée, remarqua-t-il.
- Je voulais savoir… Et puis, je voulais te parler…
- De quoi donc ? soupira le jeune homme.
- Mon père a été hospitalisé en urgence, il y a trois mois, suite à un malaise cardiaque. Il a été opéré et n'est rentré à la maison que quatre semaines plus tard.
- Soulagé qu'il s'en soit sorti, fit Aldéran en devinant que la nouvelle n'avait rien d'anodin !
Ayvanère se racla la gorge, croisant les bras pour cesser de se tordre les mains.
- Quand ma mère m'a appelé, je suis partie en catastrophe, plaquant là l'équipe et les profils en cours. Et je suis restée auprès d'elle jusqu'à ce que mon père puisse sortir.
Elle leva les yeux sur lui.
- Cela pour te dire que j'ai alors enfin compris que tu te sois précipité à la recherche de l'Arcadia et du vaisseau de cet ami ! Moi aussi, je n'ai pensé qu'à mon père, plus rien d'autre n'existant, je me suis instantanément déconnectée du boulot ! Je t'en voudrai toujours de ne pas avoir été auprès de moi, mais plus d'avoir fait passer ton père avant nous.
Aldéran inclina positivement la tête.
Au salon de thé, à l'entrée du Grand Parc, les deux jeunes gens avaient poursuivi leur discussion.
Ayvanère se livrait enfin, dans un flot de paroles trop longtemps retenues.
- Ce n'est pas tant le jour où j'ai été blessée qui a été le pire. C'est après, quand j'ai réalisé ce qui s'est passé, les conséquences ! Et, à partir de là, je m'étais tellement refermée sur la double, la triple douleur : la balle, la perte du bébé et le fait qu'on n'avait plus aucun avenir ensemble ! Je n'ai jamais songé, je n'ai pas voulu savoir, à ce qu'avait été ta souffrance… Tu n'as même pas pu faire tes adieux à notre enfant avant qu'on ne l'incinère et qu'on disperse ses cendres. Tu as dû avoir tellement mal !
- Je vous ai perdu tous les deux… J'avais pourtant espéré…
- C'était une perspective que je refusais absolument : plus de bébé… Sans compter cette incertitude.
- Et, quel a été le diagnostic final ? interrogea le jeune homme.
- Il m'a été, très, fortement déconseillé de chercher à tomber enceinte.
- Il y a donc une possibilité pour que ton copain actuel et toi… ? glissa Aldéran.
- Oui, sourit-elle enfin. Je serai prête à reprendre tous les risques !
- J'en suis heureux pour vous deux.
Ayvanère se mordit la lèvre supérieure.
- Je n'ai pas d'ami en ce moment. Je l'avais juste lancé pour te faire du mal.
Aldéran avait été chercher de nouvelles parts de tarte tandis qu'un serveur stylé avait apporté une autre petite cafetière.
- Concernant Berkauw, on ne va jamais s'en sortir avec ce jeu du chat et de la souris ! jeta la jeune femme. Et on ne peut pas lui laisser l'occasion de mettre ses projets à exécution.
- Il échappe à tout le monde, rappela-t-il. Tu as une idée, c'est ça ?
- Oui. Il n'y a qu'une façon de faire, mais bien que toutes les précautions seront prises, je ne suis pas sûre de pouvoir garantir entièrement ta sécurité…
- Dis toujours.
Eryna avait pris le bus pour se rendre au Centre Sportif et pendant que son cadet se mesurait au mur d'escalade, elle avait ouvert son ordinateur et passait en revue les sites de shopping.
Du coin de l'œil, elle vit le véhicule d'Aldéran remonter la rue et rentrer dans la cour.
- Aldie !
- Vous êtes prêts ? fit le jeune homme en descendant, ouvrant la portière arrière.
- Hoby, on rentre ! cria-t-elle.
Le garçonnet récupéra son sac et grimpa sur la banquette.
- Sanglés ? s'enquit encore Aldéran en tournant la tête vers eux.
Eryna montra la ceinture de son cadet bien fixée, ainsi que la sienne.
- En ce cas, je vous amène à l'appart de Sky et de Delly !
- Tu restes ?
- Non, Hoby. On a une intervention nocturne de prévue.
A ces mots, ses deux cadets se renfrognèrent et entreprirent de bouder !
25.
Après avoir investi l'entrepôt de la boîte de nuit, saisi les alcools de contrebande, en coopération avec la Brigade de Répression des Fraudes, l'Unité Anaconda avait soufflé d'aise, tout se terminant sans qu'un seul coup de feu ne soit tiré !
- Vous pouvez rentrer chez vous, je fais le point avec le Capitaine Umhel. Le rapport pour notre Colonel attendra demain matin !
- Merci, Aldéran, firent les membres de son Unité en se dirigeant vers leurs véhicules personnels, le jeune homme ayant rejoint les lieux avec également son tout-terrain.
Dirigeant la Section qui avait mené l'opération de la nuit, Jyr Umhel avait fait le point avec son partenaire.
- Mes hommes en ont encore pour un moment de recenser les caisses. Je ne peux donc pas encore vous remettre le listing que vous aurez à joindre à votre propre rapport, et la procédure exige que cela soit fait juste après la prise afin que les preuves ne puissent être invalidées ! Vous pouvez encore rester un peu, Lieutenant-Colonel ?
- Sans souci, je vais patienter à mon véhicule.
Torko avait donc eu droit à une promenade supplémentaire, qui le dégourdissait vu qu'il ne descendait plus sur le terrain et donc témoignait d'un ennui certain, patientant sur son coussin derrière le fauteuil de son maître sur le plateau ou y attendant son retour d'opération.
Aldéran se tenait près de la portière conducteur, observant distraitement les alentours, le périmètre cerné par des voitures des Patrouilles des Rues.
« Berkauw… Cette fois, tu en as fini de me défier, je vais te serrer. Et tant pis pour les projets d'Ayvanère ! ».
Il vérifia que son revolver était chargé et le glissa dans l'étui à sa ceinture.
- Torko, tu m'attends ici !
Et il se précipita vers le bâtiment en construction, un garage, dont seuls jusque là le showroom et le premier étage étaient érigés.
Près de deux heures avaient été nécessaires pour que chaque caisse soit scannée, emportée dans un truck pour le Dépôt de la Brigade.
- Désolé pour toute cette attente, Lieutenant-Colonel Skendromme…
Jyr Umhel observa Torko, couché près du tout-terrain, attendant sagement.
- Tu es vraiment bien dressé, toi ! Si seulement en plus tu pouvais parler et me dire où est ton maître ?
- Mais où donc a-t-il bien plus aller ? Il n'y a nul endroit où vraiment s'attarder dans le coin… Skendromme, où êtes-vous ? cria-t-il.
Quelques minutes plus tard, le Capitaine de Brigade dispersait ses hommes dans le périmètre d'intervention, à la recherche du disparu.
