27.

- Le plan d'Ayvanère avait toutes les malchances d'échouer ! Aldie, ton Colonel a parfaitement raison : tu es taré !

- Il t'en aura fallu du temps pour le réaliser, vieux frère !

- Arrête de persifler, Aldéran. Tu as joué ce rôle jusqu'à rompre le fil du rasoir sur lequel tu te baladais… Comment peux-tu avoir foi en ton jugement, car malgré toutes tes affirmations, je te signale que depuis trois semaines, en dépit d'efforts, mes jambes demeurent mortes…

- Ca viendra…

- Non, c'est moi qui ai toujours eu raison… Je ne remarcherai plus jamais !

- Imbécile !

- Aldéran, si tu viens m'insulter sous mon propre toit, je ne me retiendrai pas de te foutre dehors, une fois encore ! aboya Skyrone.

Son cadet direct ricana néanmoins, mais sans aucune satisfaction.

- Tu l'as déjà fait, et je suis revenu !

- Tu es une désespérante calamité…

Skyrone passa les mains dans sa chevelure d'or roux.

- Et, ton Berkauw ?

- On l'a eu, mais ses complices sont toujours dans la nature !

- Quels complices ? !

- Berkauw surveillait nos communications, mais au vu des recoupements, non motorisé, il ne pouvait être sur mon parcours, à temps… Ce fou avait donc des acolytes pour le véhiculer… Et, eux, on ne les a pas alpagués… Ils vont vouloir venger leur commanditaire qui ne leur a certainement pas tout payé d'avance… J'ai mis nos apparts, La Roseraie et Skendromme Manor sous protection. J'espère que cela sera suffisant. Mais, j'ai affaire à tellement forte partie… Désolé…

- Ma famille est en sécurité ? glissa alors Skyrone, véritablement paniqué !

- J'espère… J'ignore à quelle menace j'ai affaire et donc je ne peux ordonner des mesures de protections basiques…

- Tu veux dire que ma famille pourrait être menacée et que tu ignores tout ? Tu es irresponsable !

- J'ai un peu de mal à fonctionner, dernièrement…

Skyrone ricana alors franchement.

- Tu manques te faire tuer par une superbe jeune femme siphonnée, tu te fais volontairement enlever par un des pires tueurs en série qui soit… Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans ta caboche. Crois-moi, Aldie, tu es à deux doigts que je ne passe des coups de téléphone pour que tu sois interné !

- Quelle originalité…

Aldéran eut un regard pour la piscine extérieure de La Roseraie.

- Je me fiche de tes idées à la noix, demain j'irai faire quelques brasses matinales.

- Ces efforts, de si grand matin, je t'ai toujours considéré comme idiot ! Mais je te chronomèterai, histoire que tu ne te contentes pas de barboter, ce serait bien trop facile !

- D'accord… Au final, tu es aussi taré que moi !

Et Skyrone ne put s'empêcher d'esquisser un sourire.


Delly était arrivée en début de soirée, avec ses filles et Eryna et Hoby.

- Qui gagne ?

- Moi, évidemment ! lança Aldéran en plaçant son pion sur l'échiquier. Allez, Sky, essaye un peu de te sortir de ce piège !

Rassurée quant à l'état d'esprit des deux frères, Delly alla s'occuper de ses filles tandis qu'Eryna et Hoby finissaient leurs devoirs.

28.

A l'aube, bien qu'il ne fasse pas très froid, le brouillard était assez épais.

- Toujours envie d'aller plonger ? questionna Skyrone.

- Ca va bien me fouetter les sangs… Mais je ne suis guère motivé, avoua son cadet qui ne semblait pas décidé à ôter ses vêtements !

- Ce n'était pas une obligation. Allons à la piscine couverte… Aldie ?

- Tu n'as pas entendu ce bruit ?

- Rien du tout. Les jardiniers sont sans doute déjà au travail. Delly veut de nouveaux parterres !

- Il est vraiment tôt, tu sais. Aucun membre du personnel n'est encore debout. On est seuls ici ! Je suis sûr d'avoir entendu bouger dans les massifs…

- Un animal, en ce cas.

- De gros animaux, siffla alors Aldéran qui s'était rapproché du fauteuil roulant de son aîné alors que quatre hommes encagoulés les avaient encerclés.

- Qui êtes-vous ? glapit Skyrone.

- Si tu veux mon avis, Sky, s'ils ont masqué leur visage, c'est qu'ils ne tiennent pas aux présentations ! grinça Aldéran en évitant la première attaque qui lui était portée.


Mais entre le sol détrempé par les averses de la nuit et surtout la présence de son aîné incapable de se défendre, le jeune homme se retrouva rapidement débordé par des adversaires maîtrisant aussi bien que lui le corps à corps,

Skyrone avait bien tenté d'appeler au secours, mais comme l'avait souligné son cadet, hormis eux, deux personne n'était levé à la villa qui se trouvait par ailleurs à quelques dizaines de mètres. Et quand son fauteuil avait été renversé dans la mêlée, il avait compris que l'agression ne pouvait que très mal se terminer !

- Aldéran ! cria-t-il encore quand après une ultime volée de coups son cadet soit jeté dans la piscine.

Skyrone se raidit quand le quatuor se tourna vers lui mais il ne devait vraiment représenter aucune menace, ni surtout faire partie de leur contrat, car les agresseurs disparurent dans le brouillard.

- Aldéran, hurla-t-il encore en l'apercevant, flottant entre deux eaux. Réveille-toi, sors de là !

Skyrone l'appela encore quelques fois, réalisant qu'il n'y avait absolument personne pour leur prêter assistance et que pour avoir pu parvenir jusqu'à eux, le quatuor avait trompé la vigilance des patrouilles de sécurité ! Quant au téléphone des communications intérieures, il était bien trop loin…

- Aldie, il faut que tu réagisses, tu vas te noyer !

Se traînant sur les coudes, il s'approcha de la piscine. Même s'il lui-même ne faisait que surnager, il devait absolument en sortir son cadet et il se glissa dans l'eau, barbotant assez pitoyablement pour le rejoindre.

Le retournant sur le dos, il entreprit de revenir vers les marches et là était le plus dur afin de tirer le corps de son cadet hors de l'eau !

Complètement épuisé, Skyrone aurait aimé souffler, mais il avait encore à faire rendre à Aldéran toute l'eau avalée.

Prenant à nouveau appui sur ses coudes, il se pencha sur lui.

- Ah non, ça suffit maintenant, j'ai suffisamment dérouillé, ne me touche pas, glapit Aldéran en roulant sur le côté et en se relevant souplement, à la stupéfaction totale de son aîné !


Delly n'était pas très contente non plus !

- C'est pas une case, c'est tout un hémisphère en moins qu'il faut pour avoir monté une telle scène ! aboya-t-elle à l'adresse de son beau-frère.

- Je n'ai pas eu trop le choix, protesta Aldéran. Skyrone ne voulait pas que je le précipite dans la piscine… Il fallait donc que je paie de ma personne et que je m'y retrouve le premier !

- Et je ne vois toujours pas pourquoi tu as organisé ta propre agression, grinça son aîné.

- Cela me semble pourtant évident : pour t'obliger à te bouger le cul ! aboya Aldéran. Tu as bien vu ce que tu as fait une fois que tu as été livré à toi-même et que tu étais obligé de me sortir de l'eau !

- Si j'avais su que tu feintais, je ne me serais certainement pas livré à cette débauche d'efforts !

- Que du contraire, assura encore Aldéran. Tu as dû te dépasser, ce fut un exercice comme jamais tu n'en avais eu… Ne me dis pas que tu n'as rien ressenti dans les jambes ? Pour me pousser sur le rebord, il t'a été obligatoire de prendre appui sur tes genoux ou tes pieds, même un fugitif instant. Idem quand tu t'apprêtais à faire pression sur ma poitrine pour je recrache l'eau, même si ça tenait plus de la convulsion j'ai entendu tes pieds patiner sur le sol… Les caméras de surveillance le prouveront !

- Décidément, tout le monde était au courant, marmonna Skyrone, toujours profondément vexé d'avoir été manipulé ! Et là, en dépit du bain brûlant, je suis encore glacé jusqu'à la moelle…

- Le kiné fera le point tout à l'heure, j'espère que lui au moins tu le croiras !

- Comme si j'allais me mettre miraculeusement à courir parce que tu m'as obligé à aller au bout de mes forces pour te sauver… alors que tu n'en avais nul besoin. Berkauw, il n'a jamais eu de complices, tu préparais déjà le terrain avec ce mensonge ! ?

- Oui, il fallait te mettre en condition. En revanche, je n'ai jamais commandé de brouillard à la météo ! Le kiné va surtout t'embarquer pour te faire passer une batterie de tests, durant les trois prochains jours.

- Il n'empêche qu'il faut en tenir une sacrée couche pour en arriver là, râla encore Skyrone.

- Je t'avais prévenu que je ferais tout… Même me faire malmener, car tous les coups ne furent pas du cinoche !