29.

- Tu es bon à enfermer, Aldie !

Le jeune homme fit la moue, mais absolument pas contrit au demeurant !

- Je sais que tout le monde semble s'accorder sur ce point, papa, en revanche je proteste énergiquement !

- La bonne surprise… Comment va Skyrone ? interrogea ensuite, sérieusement, le pirate.

- C'est encore très faible, mais il perçoit des stimulations électriques du bout des orteils et certaines sensations de chaud et de froid aux jambes, sourit enfin Aldéran. Il est sur la bonne voie, même si ça prendra des semaines pour qu'il puisse passer à des exercices vraiment sérieux, et des mois pour qu'il remarche… En revanche, le spectre de la paralysie s'éloigne chaque jour davantage, c'est une certitude.

Albator eut un soupir de soulagement.

- Tu y es arrivé, Aldéran. Incroyable. Je n'y croyais pas trop je peux te l'avouer. Et surtout, je ne voyais pas par quel déclic…

- C'est pourtant toi qui m'as donné un début d'idée, lança le jeune homme.

- Ah ?

- Oui ! Tu as dit que je ne donnais le meilleur de moi-même qu'en m'occupant de ceux que j'aime. Mais, c'est Sky qui illustre le mieux cette qualité ! Il ne s'est pas défoncé avec les exercices, pour lui-même, pas non plus pour sa famille… Je devais donc le mettre « en situation » afin qu'il soit incapable de réfléchir et ne réagisse qu'avec son cœur.

- Tu as pris de grands risques. S'il n'était pas venu te repêcher…

- Dire que j'ai certainement battu mon record d'apnée et qu'il n'y avait personne pour l'homologuer, fit mine de se plaindre Aldéran. S'il était resté près de son fauteuil, à pleurnicher sur lui-même, j'aurais dû faire mine de m'en sortir par mes propres moyens ! Il n'était que temps, je devais réussir !

- Félicitations.

Et le jeune homme rosit de plaisir.


La soirée était bien avancée quand la sonnerie de l'interphone retentit alors que nul message d'annonce du Concierge ne l'avait prévenu.

Echaudé, Aldéran jeta un coup d'œil au vidéophone de la porte et tressaillit.

- Ayvanère…

- Pourquoi es-tu là ? fit-il après lui avoir servi un grand thé brûlant.

- Mon appartement vient de partir en fumée, après avoir été soufflé. Le charme des dommages collatéraux d'un type qui a mis fin à ses jours ! Je ne savais pas où aller, pas une chambre d'hôtel… Tu pourrais m'héberger, pour une nuit ?

- Et chez tes parents ?

- Mon père ne pouvant pas reprendre le travail, vu sa santé désormais, il est parti avec ma mère s'installer définitivement dans ce qui était jusque là leur maison de campagne. L'appart a été mis en vente.

- Choisis la chambre que tu veux.

- Merci, Aldéran.

30.

Aldéran arrêta son véhicule sur le parking de l'Hôpital Psychiatrique Pénitentiaire.

Après s'être présenté à l'accueil administratif, avoir remis son arme et sa carte de membre de la Police, il avait été conduit dans une aile de haute sécurité, à une cellule tout au bout d'un long couloir que coupaient cinq portails de sécurité !

- Vous l'avez bien isolé, remarqua-t-il au gardien qui le précédait.

- Nous avons eu de nombreuses mises en garde relativement à ce prisonnier ! Vous verrez d'ailleurs dans la salle des trois gardes qui s'y relayent que vous l'avez échappé belle !

Aldéran fronça les sourcils, ne comprenant pas, mais attendant de voir.

Et, quand il vit, il eut un haut le cœur en dépit de ses quelques années d'expérience.

Pourtant, il n'y avait ni sang, ni autres clichés de corps mutilés.

C'était dès lors la simple exposition des instruments de torture saisis à la planque de Pelmy Berkauw qui faisait froid dans le dos ! Des objets de la vie de tous les jours, d'autres purement chirurgicaux et les derniers uniquement utilisés par des bourreaux et recensés par le passé dans l'ordinateur du Professeur d'Université serial killer !

- Il aurait pu vous causer des dizaines et des dizaines de blessures, et vous garder en vie plusieurs jours durant !

- Je l'imagine aisément, souffla le jeune homme. Pourquoi cet étalage ?

- Ses avocats doivent venir cet après-midi. Ils voulaient confronter l'inventaire à leur liste.

- C'est malsain, ce véritable stand…

- Si nous avions su que vous veniez, on aurait attendu avant de tout poser.

- Inutile de me ménager, je me doutais bien du sort qu'il me réservait !

Le gardien glissa sa clé tubulaire et la porte s'ouvrit.

- C'est un parloir. Berkauw sera derrière une épaisseur de trois vitrages blindés, sans aucun accès à votre partie de salle. Il ne peut en aucun cas vous atteindre ! Et puis, avec cette télécommande, vous pouvez nous appeler, fit encore le gardien en lui remettant un objet de la taille d'un jeton de casino.

- Merci…

Aldéran entra dans le parloir, s'assit devant la vitre, attendant qu'on lui amène Pelmy Berkauw.


Pelmy Berkauw eut un léger sourire.

- C'est tant de gâchis de vous voir ainsi, intact ! Je pouvais tant sur vous, Inspecteur Skendromme. Et je suis un grand artiste, comme vous le savez.

- Je suis désormais Lieutenant-Colonel ! Et, j'ai pu voir toutes les photos de vos victimes… Elles ont souffert le martyre… Voilà pourquoi nous avons monté notre piège, sur une durée de quelques heures. Vous n'aviez plus aucune chance de nous échapper, Berkauw ! jeta Aldéran. Et vous voilà revenu à la case prison ! Cette fois, vous n'en sortirez plus et ce malgré les talents conjugués de vos avocats !

- Qui sait ? ricana le serial killer. Après tout, la première fois, j'étais censé ne pas quitter une cellule… Votre SIGiP m'a offert un pont d'or et remis en liberté sans un sourcillement !

- Une fois, mais pas deux. Dans le petit monde merveilleux des serials killers qui foisonnent, un maître comme vous, Berkauw, est vite classé obsolète ! De, très nombreux, petits nouveaux, ont pris la succession, avec leur signature, et ce sont eux désormais nos références !

Pelmy Berkauw se pencha en avant et Aldéran – bien que se sachant en parfaite sécurité – dû faire appel à tout son contrôle pour ne pas reculer, ce qui aurait fait trop plaisir à son démoniaque interlocuteur !

- Vous reviendrez me voir, Lieutenant-Colonel, un jour… Oui, vous aurez besoin de moi et vous implorerez, encore une fois, mes connaissances de fou furieux !

- Jamais !

- Si, j'en suis certain. Au fait, pourquoi étiez-vous venu me voir ?

- Je tenais à m'assurer que jamais vous ne sortiriez d'ici ! jeta Aldéran en se levant. Non, plus de marché, plus d'appel à vos délires sanglants… Vous êtes enterré parmi les pires cinglés de cette planète, à jamais !

Et, espérant se rassurer lui-même avec ces derniers propos, Aldéran quitta le parloir.

« Oui, Berkauw, je le crains, notre histoire n'est pas finie et on se retrouvera, un jour… C'est ma propre projection astrale que j'aie vue de votre côté du parloir ! ».


Ayant eu à finir des rapports administratifs, Aldéran n'était revenu à son appart que très tard.

- Ayvanère, j'ai rapporté des cornets de pâtes !

Mais l'appartement était sombre, silencieux, les plafonniers ne s'illuminant qu'à son passage.

Bien que cela soit à présent inutile, il était allé à l'étage et avait constaté que la chambre était vide, parfaitement rangée et que la valise de la jeune femme n'était plus là également.

- Ayvi… tu n'as donc bien passé qu'une nuit ici… Je te déteste quand tu tiens parole !