Pour ce chapitre, quelques retours en arrière et le point de vue de quelqu'un d'autre...

Leçon 9: Ne pas regarder en arrière

J'ai onze ans, nous sommes en octobre. Le froid commence à s'insinuer dans le vieux château et, assise sur le bord d'une fenêtre, je resserre mes bras autour de mes jambes. J'ai été répartie à Gryffondor, là où sont mes frères, mais il y a une telle complicité entre eux que je me sens évincée. Hugo, qui est arrivée à Poudlard en même temps que moi, a été placé à Serdaigle et sa compagnie me manque.

Je suis loin d'être aussi heureuse que je l'avais imaginé et je me sens seule. Il est une heure, peut-être deux heures du matin et je n'arrive pas à dormir. Voilà pourquoi je suis installée dans la Salle Commune. Je pense. Je n'arrive pas à me faire des amis parmi mes condisciples, faute à ma timidité et au fait que tout le monde me voit comme la fille de Harry Potter.

Les larmes me montent aux yeux et je vais probablement commencer à pleurer, lorsque j'entends un bruit qui me fait sursauter. Je ravale ma tristesse et me lève rapidement. Je veux bien être misérable, mais je veux au moins l'être seule.

Je fais le tour de la Salle Commune et découvre, assoupie dans un grand fauteuil au coin d'un feu éteint, une fille aux cheveux bruns. Le bruit que j'ai entendu était celui de son livre d'Histoire de la Magie, qui est tombé au sol. Je la reconnais, elle est de la même année que moi. Elle s'appelle Cassandra, on s'est souri quelques fois, par politesse. Au moins elle ne me regarde pas comme la nouvelle attraction de la foire...

Je décidais donc qu'il fallait que je la réveille et murmurais son prénom. Elle changea de position mais ne s'éveilla pas. Je posais la main sur son épaule et la secoua légèrement. Elle ouvrit finalement les yeux et me regarda d'un air interrogateur.

-Tu t'es endormie, expliquais-je bêtement.

Elle était un peu confuse, puis elle rougit un peu et je souris. Je ramassais son livre et lui tendit. Elle le serra contre elle en expliquant qu'elle voulait prendre un peu d'avance sur le programme. Elle me demanda ce que je faisais et je répondis que je n'arrivais pas à dormir. Elle me sourit, me sourit vraiment et soudain, je ne pensais plus à mes malheurs. Elle répliqua gentiment qu'elle n'avait aucun mal et j'étais simplement fascinée par cette fille. Elle murmura qu'elle allait tout de même aller se coucher, me souhaita une bonne nuit. Je la regardais monter les escaliers en silence.

Je ne savais qu'une chose: je ne serais plus seule.


J'ai dix-sept ans, nous sommes en juin. Le Poudlard Express vient de nous déposer sur le quai. Cassandra et moi sommes déjà changé. A moins que ce ne soit pour un bal costumé, nous ne remettrons plus nos uniformes. Et nous en sommes fières. Nous rions en marchant et en nous tenant le bras. Nous nous séparons un instant pour que j'aille enlacer ma famille et qu'elle aille saluer sa mère. Elles ne s'entendent pas très bien, mais font toutes les deux des efforts. Elle revint vers moi alors que je discutais avec mon père. La chaleur lui donne les joues rouges tandis qu'elle s'excuse de ne pas venir dîner avec nous ce soir, comme c'était prévu. Elle dit qu'elle allait passer une soirée en tête à tête avec sa mère, pour voir ce que ça donnait. Elle m'enlaça très fort et s'éloigna. On n'avait pas besoin de se dire qu'on s'enverrait un hibou, c'était évident, pour elle comme pour moi.


J'ai dix-huit ans, presque dix-neuf, nous sommes en mars. Je passe la journée chez Lily pour que nous puissions réviser ensemble. On toque, la porte s'ouvre et mon coeur s'emballe. C'est son père qui rentre du Bureau des Aurors. Je rebaisse la tête vers mon livre pour les laisser discuter tranquillement. Il embrasse sa fille et j'essaie de ne pas trembler. Il s'en va et Lily revient s'asseoir à côté de moi. Le nez dans mon bouquin, je garde le silence. Je feins de me concentrer, mais je n'y parviens pas. Je suis amoureuse de son père. Rien que le penser me semble être un crime. Je me sens mal, vis-à vis d'elle et de toute sa famille. J'ai tout fait pour que ça me passe, mais rien n'y fait. J'ai tellement honte... Je ne l'ai dit à personne bien sûr, mais je crois que Lily a perçu mon malaise. Elle ne sait pas pourquoi, ça, j'en suis sûre. Je pourrais tout simplement ne plus jamais lui parler, mais elle me manquerait trop. Je suis si égoïste... Mais je ferais tout pour qu'elle ne sache rien.

J'ai vingt ans, nous sommes en juillet. Cela fait près d'un mois que j'entretiens une liaison avec Harry. Et j'ai beau me sentir coupable, les moments que je passe avec lui valent les mensonges que je suis obligée de dire à Lily. Un jour, il faudra bien qu'on s'arrête, mais je n'en ai pas le courage maintenant. La vie est bien trop belle dans ses bras.