31.

En manteau de voyage, Ayvanère était venue à l'AZ-37, juste avant de se rendre à l'aéroport des Lignes Intérieures pour rentrer chez elle.

Elle était demeurée un long moment dans le bureau de Melgon et, avec un peu de surprise, Aldéran la vit venir sur le plateau des Unités, se dirigeant d'abord vers la Lieutenante Daleyna Progris.

- J'ai apprécié votre aide, ainsi que celle de votre Unité Mammouth. Je vous en remercie.

- Avec plaisir, Inspectrice Thyvask. J'espère que nous vous reverrons.

- Vu que cela ne pourrait qu'être que dans de fâcheuses circonstances, il est préférable de ne pas le souhaiter. Bien que si je suis de passage dans la galactopole, j'apprécierais qu'on aille se faire une petite bouffe !

- C'est bien noté.

Ayvanère s'approcha ensuite des tables de travail de l'Unité Anaconda et récita à nouveau son petit texte avant de tourner les talons sans attendre de réponse et de se diriger vers les ascenseurs.

Yélyne, Soreyn et même Kaéryane fusillèrent alors Aldéran du regard.

- Cours-lui après, bougre d'idiot ! lança le jeune Inspecteur.


Ayvanère était déjà au volant de sa voiture de location quand Aldéran la rejoignit dans le parking souterrain.

- Tu reviendras ? glissa-t-il.

- Et, toi, tu as entendu ce que j'ai répondu à ton amie Progris… Ce fut une collaboration qui s'est heureusement bien terminée, mais je ne vois vraiment pas ce que tu peux bien espérer de plus !

- Laisse-moi t'accompagner jusqu'à l'aéroport, on y prendra un dernier café avant ton vol, jeta-t-il soudain.

- Ne t'illusionne donc pas, murmura-t-elle… sans pour autant l'empêcher de monter.

- Je peux savoir quel espoir tu peux encore bien nourrir ? répéta-t-elle alors qu'ils se tenaient à une haute table, grand gobelet de café à portée de main.

- Ayvanère, nous sommes deux adultes. Pour diverses raisons, nous n'avons cependant pas su gérer le drame qui nous a séparés enfin, surtout moi. Mais, au-delà de nos incompréhensions, et des réactions émotionnelles enfin partagées, nous devrions peut-être arrêter de nous déchirer ! Je ne te demande évidemment pas de revenir – et il ne m'est pas possible d'aller te rejoindre, même si tu le voulais – simplement, j'apprécierais qu'on puisse se reparler sur ces nouvelles bases, qu'on aie juste l'occasion de se revoir sans que les circonstances professionnelles ne nous y contraignent ?

- Tu parles d'amitié, c'est ça ?

- Par exemple. Au moins une stricte neutralité… J'aimerais vraiment.

La jeune femme esquissa un sourire un peu triste.

- Décidément, Aldie, tu resteras toujours un gamin. Ce n'est pas parce que tu m'as gentiment hébergée, qu'on a pu passer une soirée tranquille – et en même temps trompeuse sur nos relations réelles – que je vais faire table rase de, tout, ce qui s'est passé.

- Ce n'est pas non plus ce que je te demande, reprit-il, n'osant pas poser sa main sur la sienne. Nous n'oublierons jamais, le contraire serait inquiétant. Mais, pourquoi n'aurions-nous pas droit à une seconde chance, amicale… Si tu savais tout ce que j'ai ressenti, de positif, durant ces semaines ! Je ne sais pas ce qu'il en a été pour toi. J'aurais aimé, qu'en dehors des sorties coups de feu, que tu aies apprécié ces derniers jours.

- Je ne prétendrai pas le contraire. Il demeure néanmoins bien trop précoce de s'avancer, en quoi que ce soit !… Ah, c'est mon vol qu'on vient d'annoncer !

- Tu me contacteras ? tenta-t-il encore, timidement.

- Ou toi, si tu en auras toujours autant envie, dans quelques temps ! lança-t-elle soudain en lui remettant sa carte de visite !

Empoignant son bagage à main, elle se dirigea vers la porte d'embarquement où on la priait de se présenter.

Aldéran la suivit du regard, les émotions assez en bataille et multiples.

Réflexe ou acte prémédité qu'elle avait espéré pouvoir avoir, le petit bristol signifiait beaucoup et surtout, il lui donnait une véritable chance – et même une promesse – de la revoir afin de progresser à nouveau sur une route commune !

« A un de ces jours, Ayvi ».

Et il esquissa un sourire.


Deux semaines de vacances, en bord d'océan, avaient fait le plus grand bien à une Delly qui n'avait pas affiché une mine aussi reposée depuis des mois !

- Toi aussi, tu sembles aller mieux, remarqua-t-elle.

- Encore heureux. Où est ton mari ?

- Devant son ordinateur. Même s'il n'est pas sur place, il a réendossé une bonne partie de la direction du Laboratoire depuis la maison.

- On dirait que pour lui aussi, toutes, les choses reprennent leur place !

- Lentement. La perspective de pouvoir se retrouver debout, de pouvoir se pencher pour soulever ses filles, cela l'a dopé !

- C'est ce qu'on n'arrêtait pas de lui répéter depuis des mois !

- Surtout toi, remarqua la jeune femme en l'embrassant à nouveau. Il commence doucement à le réaliser, mais cela prendra encore du temps avant qu'il ne te remercie comme il le doit.

- Je ne demande rien ! protesta Aldéran, presque choqué. Tu te doutes que le revoir sur pieds – c'est le cas de le dire – est la seule chose que j'attende !

- Toi aussi, tu es redevenu plus serein, sourit sa belle-sœur en balayant de la main les mèches rousses qui lui barraient le visage.

- Les éléments de mon petit univers se remettent en place. Mon père vient encore de me dire que j'avais géré la situation de façon magistralee. C'est agréable à entendre même si je sais que j'ai fait bien moins qu'il ne le pense !

- Ne te sous-estime donc pas. Surtout pas toi !

- Oui, c'est vrai qu'en général je suis plutôt bon, mais je suis loin d'être satisfait de moi dans cette histoire…

- N'y pense plus. Tous ces mois douloureux sont derrière nous !

De fait, entrant dans le salon chaleureux, le jeune homme oublia autant les tracas du jours que ceux passés et il se détendit, allant embrasser son frère qui lui souriait.