Leçon 10: Protéger son équipier

Comme Philips me l'avait dit, j'étais reçue. Mon salaire fut augmenté et je quittais enfin mon bureau minuscule... pour celui de Philips. Le partager lui avait semblé être une bonne idée, jusqu'à ce que j'arrive avec mes affaires et que je n'en revendique ma moitié. Malheureusement, je n'eus pas le temps de me reposer sur mes lauriers.

Le trafic de potions était en plein essor. Toute la brigade était sur le coup, mais ces mecs étaient malins. Nous arrivions toujours lorsque toutes traces avaient été effacées.

Mais aujourd'hui, pour mon deuxième jour de "vrai" travail, les choses allaient peut-être enfin changer. Philips avait découvert une piste qui méritait d'être suivie. Évidemment, c'était le cas d'une bonne douzaine d'autres pistes. Mais celle-ci était sur le point de nous mener... dans une impasse. Ou plutôt dans une maison assez délabré dans un quartier sordide du Londres Moldu. Nous y avions détecté des traces de magie, alors que d'après nos informations, aucun sorcier n'y vivait.

Philips m'ordonna de passer par la porte de derrière, se gardant le privilège de l'avant. Je contournais la maison, enjambant des herbes folles et me rendit à mon poste, sens aux aguets, baguette en main.

J'entendis brusquement un craquement, un cri étouffé et mon sang ne fit qu'un tour : d'un sort bien placé, je fis sauter la porte et courut à l'intérieur. Ce qui se passa par la suite fut si rapide que j'eus à peine le temps de le percevoir.

Philips était à l'opposé et vit ce que malheureusement, je ne pouvais pas voir : un homme caché derrière une table, juste contre le mur. Il hurla mon nom et se précipita vers moi. L'homme se découvrit et, avant qu'aucun de nous n'ait l'occasion de faire quoi que ce soit, d'un fin mouvement de baguette accompagné d'un murmure des lèvres, il lança un sort. Le maléfice percuta Philips à l'épaule, et le propulsa contre une étagère rempli de fioles. Il s'écroula, assommé.

-Expelliarmus!, rugis-je.

Le sortilège de Désarmement toucha l'homme en pleine poitrine, sa baguette volant à plusieurs mètres.

-Incarcerem.

Des lianes l'emprisonnèrent, le faisant tomber au sol. Immobilisé, je ne me préoccupais plus de lui et courais vers Philips. Il était toujours inconscient. Je murmurais quelques formules de soins, sans succès. Me rappelant les consignes en cas d'urgence, je pointais ma baguette vers le plafond et murmurais un sortilège qui rameuterait à mon secours tous les Aurors du Quartier Général.

Effectivement, moins d'une minute plus tard, mes collègues investissaient le taudis. Philips fut transporté à Sainte-Mangouste, l'homme que nous avions arrêté, au Ministère, tandis que je m'étais assise, encore remuée par ce qui s'était passé.

-Lily!

Et ce fut la première fois depuis plus d'un an qu'entendre la voix de mon père ne me plongea pas dans le chaos d'émotions furieuses, mais me rassura bel et bien...

Je levais la tête et refoulais mes larmes. Il s'agenouilla devant moi et me prit les mains.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé?, demanda t-il, doucement.

Me rappelant mon métier, je m'efforçais de lui faire un rapport précis des évènements. Il m'écouta sans m'interrompre. Ce que j'avais fait était non-professionnel. En aucuns cas, on ne doit se laisser envahir par ses sentiments au point d'agir spontanément. On doit garder la tête froide en toute occasion. Sinon, on met la vie de ses partenaires en danger. Et c'était ce qui était arrivé.

Pendant que nos collègues restaient inventorier la marchandise, mon père m'aida à transplaner, je n'étais plus en état de le faire correctement. Il m'emmena dans son bureau, sortit du tiroir de gauche un verre et une bouteille entamée de Whisky Pur Feu et m'en servit une grande rasade. J'en bus une longue lampée et, sentant l'alcool me brûler le palais et la gorge, je respirais profondément.

-Depuis quand on prend de l'alcool dans ces situations?

Je vis s'accentuer les rides aux coins de ses yeux et il esquissa un sourire.

Un Auror frappa à la porte et entra sans attendre l'autorisation.

-Je reviens de Sainte-Mangouste. L'état de Philips est stable, mais il ne se réveille pas. Il semble être dans le coma.

La nouvelle m'assomma et me rendit perplexe. Quel genre de sort pouvait bien avoir employé l'homme pour que des Médicomages n'arrive pas à réveiller Philips ou à donner un diagnostic fiable?

-Merci Wilkerson., dit mon père en le renvoyant.

Le silence s'installa, inconfortable.

-Si tu veux te décharger de l'affaire, je peux la confier à quelqu'un d'autre.

-Non, je peux le faire., dis-je, avec une assurance dans la voix que je ne ressentais nullement.

Je me levais et la tête me tourna brusquement: je me retins de justesse au bureau.

-C'est l'alcool., grimaçai-je.

Il fit semblant de me croire et je sortis de la pièce.